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Le mont Saint-Julien, qui s'é tiques

CHANT UXIII. 276

J'entendis mes enfants, sous les sombres murailles, Pleurer tout endormis et demander du pain. A ce qui s'annonçait d'angoisses ponr mon sein , Ton cœur est bien cruel s'il ne sent mes alarmes. De quoi donc pleures-tu , si ne coulent tes larmes ?

Tous nous ne dormions plus , et l'heure s'avançait Où l'on nous apportait la triste nourriture; Chacun , en frémissant , à son rêve pensait •, Quand de la tour, en bas , j'entendis la serrure Se fermer & grand bruit 7. Sans prononcer un mot, Je regardai mes fils , dont rougit la paupière , Et je ne pleurai point : glacé, j'étais de pierre •. Eux , ils pleuraient. J'ouïs mon petit Anselmo Me dire : — A regarder ainsi , qu'as-tu donc, père ? — Je demeurai l'œil sec : de mes lèvres un son Ne sortit ni ce jour ni la nuit tout entière, Tant qu'un nouveau soleil n'eut éclairé la terre.

Lorsqu'en la douloureuse et funèbre prison Il eut fait pénétrer un débile rayon , Sur quatre fronts blêmis m'apparut mon visage. Au spectacle navrant ma douleur devint rage , Et je me pris, tordant mes poings , à les ronger. Eux , croyant que c'était par besoin de manger, Se levèrent soudain , -disant : — Père , de grâce, Nous en souffrirons moins si tu manges de nous. Tu nous donnas ces chairs misérables à tous ; Reprends-les à cette heure et nous en débarrasse. — Je me tins calme alors, pour n'accroître leurs maux.

Ce jour et l'autre encor, dévorant nos sanglots , Nous restâmes muets. Impitoyable terre ,

G, Il tout admettre , bien que le l'Arno, aOn qu'il n'y eût pas à reporte ne l'ait pas exprimé, que les venir sur l'arrêt de condamnation, cinq prisonniers avaient fait le ineme ré?c. S. Sa pétrification datait du jour

7. Les clefs en furent jetées dans où 11 s'était Tait Guelfe.

L ENFER

Pourquoi ne t'es-tu point ouverte sous nos pas? Lorsque furent passés quatre jours de misère , A mes pieds s'affaissa Gaddo , décriant : — Père ! 0 père, à mon secours ne viendras-tu donc pas ! — Il y demeura froid et mourut sur la pierre. Puis, du cinquième jour au sixième, tous trois Je les vis succomber, comme là tu me vois , Un par un. Je me mis , aveuglé de souffrance , A ramper à tâtons de l'un à l'autre corps ,

Les appelant deux jours après qu'ils furent morts

Puis, plus que la douleur le jeûne eut de puissance \

Quand, l'œil fixe et hagard , il eut fini ces mots, Se reprirent ses dents au crâne misérable , Gomme les crocs d'un chien faisant craquer ses os.

Ah, Pise ! ville impie et l'opprobre durable De la belle contrée où résonne le si , A punir tes forfaits si tes voisins ainsi Montrent tant de lenteur, et si le Ciel ne tonne,

. 9. Deux fils seulement du comle Ugolin, Gaddo et Hugues, périrent avec lui. Quant a ses petits-fils, Nino, dit Brigata , Henri et Ànselino, qui avaient été aussi emprisonnés, bien qu'il ne soit fait mention ici que du premier et du dernier , ils furent plus tard mis en liberté, et Anselmucclo, que le poète représente comme un enfant , était alors marié, ayant épousé la fille de Gui, seigneur de Cnprone. Quel que fût le but du poète en altérant ainsi la vérité de faits contemporains , comme pour Françoise de Ri mini, son intention a été de personnifier dans le comte Ugolin le Gibelin sectaire trahissant tout à la fois, dans un intérêt privé, son parti et sa croyance, en passant dans les rangs opposés; et d'autre part, dans l'archevêque de Pise, le Gibelin ortho-

doxe, s'allia nt momentanément à l'apostasie, puis la trahissant à son tour. C'est ainsi qu'il est parvenu à représenter, dans ce sombre épisode, les déserteurs apostats punissant les uns sur les autres leur déloyauté envers leur parti, et se déchirant a belles dents après une alliance momentanée. L'archevêque devait paraître doublement coupable à Dante, et pour n'avoir pas embrassé les doctrines religieuses de 11 secte, et pour avoir renié les antécédents de sa famille, les l'baidini du Mugello, en prêtant les mains aux projets ambitieux du comte Ugolin , passé dans les rangs des Guelfes. Peut- être aussi le poète, qui, dans le Purgatoire, témoigne d'une grande amitié pour Nina Visconli, gendre d' Ugolin, a-l-il voulu en même temps le venger du comte

Puissent donc s'ébranler Capraia, la Gorgone l0, A FArao faire digue et , refoulant ses flots , Tengloutir tout entière et les tiens sous les eaux ! Quand du comte Ugolin les trames criminelles Auraient, comme il fut dit, livré tes citadelles, Ses fils auraient-ils dû partager ses tourments ? Uguccion , Brigata, les deux autres encore, Nouvelles Thèbes, dont la fin te déshonore, Leur jeune âge en faisait des êtres innocents".

Portant nos pas plus loin , nous vîmes, frémissants, Des gens qu'étreint plus fort la glace condensée , Non plus le front courbé., mais tête renversée ". Les empêchent leurs pleurs eux-mêmes de pleurer u ; La douleur, par leurs yeux, ne trouvant plus passage , Amoncelle au dedans son formidable orage, D'où plus d'angoisse vient sans cesse les navrer ; Car les larmes , à peine au bord de leurs paupières ,

et du prélat, qui s'étalent ligués contre lui pour lui arracher le pou- \oir. On peut d'autant plus le supposer ainsi, qu'à en croire G. Troja, la responsabilité de la mort d'Ugolin reviendrait a ce Guido de Montefeltro, pour qui Dante exprime une vive sympathie dans le Contito, et non pas à l'archevêque Roger. Cf.

VeltroÂlieg. et voir a la fin du chant la note (").

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