Le psaume vi, Domine, ne in furore tuo arguai me, non pas
tel qu'il se trouve dans l'Ancien Testament, mais tel qu'il a été paraphrasé par Dante : « Seigneur, prends pitié de mes graves erreurs, car je suis faible et j'ai perdu toute mon énergie ; défends-moi , Seigneur, du grand Ver (del gran Verme che il mondo fora). Si tu ne fais pas alliance avec moi, qui se souviendra de toi dans la mort, qui est un lieu de discorde?... Dieu, dans son amour qui est si grand, m'a couvert de son manteau, aussi je ne crains plus mes ennemis, qui s'en iront pleins de confusion, parce que je suis purgé de toute lèpre, mondato d*ogni rogna (sous-entendu romana). » Que l'on veuille bien comparer cette paraphrase avec le texte derÊcrilure, et comme on n'y trouvera aucune des expressions soulignées, on reconnaîtra peut-être l'intention secrète qui l'a dictée et le motif qui l'a fait rappeler ici. C'est toujours au psautier de Dante qu'il faut se reporter pour les citations du même genre.
G. C'est la répétition de la scène
890 LE PU*<UTOIRE.
Vers nous vinrent courant, comme pour un message , Et s'enquirent de nous. Leur répondit le sage :
Vous pouvez rapporter à qui vous mande ici, Qu'est véritable chair le corps de celui-ci \ S'ils se sont arrêtés , comme je le suppose, De son ombre surpris , n'est besoin d'autre chose V Qu'ils lui fassent accueil; sa venue en ces lieux Pourra leur profiter \ — Je n'ai jamais, aux Cieux Quand s'avance la nuit, vu vapeurs embrasées Soudain fendre l'espace, ou le soleil d'août, De la nue au couchant émerger tout à coup , En moins de temps qu'alors, ainsi tranquillisées, Ces âmes vers l'es leurs s'en retournant ". Bientôt Elles eurent rejoint les autres , sur la route , Et leur troupe vers nous alors accourut toute, Comme des cavaliers s'élançant au galop ".
Cette foule te vient prier, dit le poète, Mais ses rangs sont nombreux, ainsi pour nul client Ne fais halte, en marchant écoute sa requête.
Ame, vers l'allégresse, allaient-ils s'écriant, Qui marches avec foi dans le corps que sur terre Tu reçus en naissant", suspends un peu tes pas.
précédente. Les siens sont en dé- son, Us se rassureront sans «voir
fiance de lai parée que la partie lu- besoin d'une plue ample explication,
mineuse de sa pensée se dérobe aux 0. C'est dans l'intérêt de la secte
regards sous la sombre enveloppe à que le poète a entrepris son triple
l'aide de laquelle H lui faut la dtssi- voyage, et il ie déclare aussi claire-
uinler. ment qu'il loi est possible de le faire.
7. Que celui-ci appartient aux Aussi, ceux à qui Virgile s'adresse, véritables croyants, aux sectateurs le comprenant à demi-mot, ne le de la vérité, et non à ceux do mcn- harcellent pas de questions, songe ; que c'est un vivant, non un 10. On conviendra que ces éclaimorc. reurs étalent gens de facile compo-
8. Son apparence catholique a sition, et que leur inquisiUon ne suffi, je le pense bien, pour les met- poussait pas trop loin ses exigences, tre en défiance, mais en apprenant 11. Ce qui témoigne d'un vif qu'il est de la même chair qu'eux, empressement à venir fraterniser, un apôtre de la vérité et de la rai- 12. Néophyte qui vas te réjouir
CBANT V.
Regarde si tu vis l'un d'entre nous naguère; De lui, là-bas, peut-être un jour tu daigneras Porter nouvelle aux siens. Trompant notre espérance, Pourquoi marcher toujours et ne t' arrêter pas? Nous avons tous subi la mort par violence ", Et nous fûmes pécheurs jusqu'au dernier instant ". Par la grâce éclairés alors , en pardonnant , Comme le cœur contrit nous quittâmes la vie, Nous pardonne aussi Dieu, qui nous fait maintenant Désirer son aspect d'une ardeur infinie ".
A quoi je répondis : — Encore que mes yeux Examinent vos traits avec soin » je ne peux Remettre. aucun de vous. Mais si je pouvais faire Quoi que ce fût avec l'espoir de vous complaire, Parlez, dignes Esprits, et je l'accomplirai16. Oui j'en atteste ici la paix sainte et féconde Que, marchant sur les pas de ce guide inspiré, Je vais, sans me lasser, cherchant de monde en monde17.
aux rayons du soleil- vérl le, avec ta corps et l'esprit, tous deux nouveaux, que tu as revêtus en naissant à la vie nouvelle de l'Initié, lorsqu'on t'a fait dépouiller le vieil homme.
13. Littéralement : nous avons tous été morts par force, noi fummo tutti già per forxa morlt, ce qui ne veut pas dire : bous avons péri de mort violente , mais bien : la force nous a contraints à prendre parti pour les catholiques. Qu'on se rappelle GuidoCavaieanli mari pour le service de sa dame toulousaine, et ceux à qui on donne la mort par force, morte per forxa, ch. xi. On comprend dès lors le motif pour lequel Virgile ne vent pas que son disciple s'arrête avec des gens qui n'ont pas eu le courage de résister a l'oppression.
14. Nous avons péché jusqu'à la un contre notre foi en subissant par force la religion de haine que remettait notre raison.
15. Éclairés par la grâce divine, à l'article de la mort, nous avons, pleins de contrition* abjuré notre erreur, et nous n'aspirons à présent qu'à jouir de la vision de notre Dieu-Amour, avec lequel notre repentir nous a réconciliés.
10. Dante appelle ces Esprits, en communauté d'opinion et de doctrine avec lui, tpiriti ben nati, par opposition à ses adversaires, qu'il a plongés dans l'Enfer en qualité de mal nati, fussent-ils princes, rois ou pontifes.
1 ? . Que désirei-vous ? demandait à Dante le religieux du monaslèr* del Corvo, à l'embouchure de la Magra. U paix, répondait le poète,
De serments n'est besoin, chacun a tout espoir Dans ce que tu promets et pleine confiance, Reprit alors l'un d'eux , pourvu que l'impuissance N'ait pas à venir mettre obstacle au bon vouloir. Or, moi qui , le premier, en ce moment te parle, Je te conjure, au cas, un jour, où tu verrais Le pays qui s'étend entre l'état de Charte Et le sol romagnol, d'exaucer mes souhaits ". Aide-moi dans Pano de tes bonnes prières , Afin qu'adorent bien pour moi des cœurs sincères , Et que je sois lavé de mes graves méfaits ". Là, fut mon toit natal; mais des larges blessures Par où s'enfuit le sang sur lequel je siégeai *•, Aux champs Anténoriens mon corps fut affligé tf, Quand j'y croyais trouver des retraites plus sûres. Du meurtre celui d'Esté, irrité contre moi, Donna l'ordre, en foulant aux pieds justice et loi ".
et il ne faut que lire le Ier livre de constitue les gravi offese dont il asla Monarchie pour s'assurer que la pire à être lavé. Nous avons déjà vu paix était pour lui l'avènement de quel sens 11 fallait attacher aux l'empire universel, substitué à la prières, considérées seules comme domination universelle de l'Église bonnes par les âmes du Purgatoire romaine. C'est par cette paix qu'il dantesque, buoni prieghû jure, c'est elle qui est l'objet de ses 20. In sut quale io sedea, ce qui vœux, et il espère y arriver en sui- est en conformité avec ce verset: vant les traces du chantre d'Auguste, A nima carnis in sanguine est. ( Lédc ce second César, par qui furent vitiq. xvn, 1 1 .) Il faut se rappeler que fermées les portes du temple de c'est une âme <jui parle. Janus. 2 1 . Les Padouans attribuaient la
18. La Marche d'Ancône, dans fondation de leur ville au troyen laquelle est située la .ville de Faoo, Antenor, dont le poète a donné le confine d'une part au royaume de nom à l'une des sections du cercle Naples, où régnait alors Charles H, de Judas, et c'est probablement et de l'autre à la Romagne. pour les signaler eux-mêmes comme
19. Sï che ben per me t'adori, des traîtres, qu'il les désigne ici par mot à mot: afin qu'on adore bien à le nom d'Antenori. En effet, nous mon intention ; d'où il résulte cette avons vu le Rotschild de Padoue . conséquence qu'on y adorait mal, damné pour avoir pris une grosse en suivant la religion orthodoxe, à part de l'emprunt florentin, laquelle s'était conformé par force 22. Jacques de Cassera avait été L'Esprit qui porte la parole; ce qui podestat de Bologne, dont Axxo III,
Mais si, quand m'atteignit l'homicide phalange,
Aux abords d'Oriac, plus sage, je courais
Vers Mira pour m'enfuir, encore je vivrais.
Par malheur je portai mes pas vers le marais ,
Et là , m'embarrassant dans les joncs et la fange ,
Je tombai, sous le fer je vis s'ouvrir mon flanc,
Et mes veines répandre à longs flots tout mon sang ".
Un autre, après lui, dit: — S'il faut que s'accomplisse Le désir à gravir ce mont qui t'a porté, D'aider au mien rends-moi le charitable office. Mon berceau fut Montfeltre et j'eus nom Buonconte ". Jeanne25 et d'autres de moi gardent peu souvenance, Aussi marché-je ici le front bas et chagrin.
Alors moi : — Quel hasard ou quelle violence Tout à coup t'emporta si loin de Gampaldin, Que jamais de ta tombe on n'ait eu connaissance ?
Hélas ! répondit-il, au pied du Casentin, Suit son cours l'Archian , qui sort, à sa naissance , Au-dessus du moutier " des flancs de l'Apennin.
d'Esté, convoitait la possession, et, " de Montefeltro, que Dante a repré-
sectaire en secret, bien qu'ostensi- sente ich. xxvn de l'Enfer) comme
blemenl orthodoxe, il s'était attiré ■ damné par le fait de Bonlface VIII,
l'ani m ad version de ce seigneur et pour lequel il témoigne sa haute
guelfe, en signalant aux Bolonais ses estime dans le Banquet. Buonconte
projets ambitieux. (Tôt/. Ghirar- n'avait pu que suivre les traces de
dacci, 11b. x. Annal. Est. Muratori , son père, en se montrant forcément
t. XV, 344 .) Dante met ici le premier catholique, et en restant l'ennemi de
en scène, avec l'Intention évidente de Rome dans son for intérieur. Il avait
le réhabiliter , comme ayant gardé ainsi tout droit à la bienveillance du
au fond du cœur la vraie doctrine, poète, d'autant plus qu'il avait été
et de dénoncer le second, zélé dé- tué à Campaldino, en combattant
fenseur du Saint-Siège, comme son contre les Florentins, a la tête des
assassin, et comme le digne Ois de troupes d'Arezzo, le 1 1 juin 1289, et
celui qu'il a plongé, en compagnie qu'on n'avait pu retrouver son
d'Ezzelin, dans le lac à l'onde Ban- corps. Voy. Villanf, lib. vu, cap. 14
glante. Voy. l'Enfer, ch. xii. et 30, et Dlno Compagni, Muratori,