C'était le RU du comte Guido Camaldiiles
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A l'endroit où de nom il change 27, sur la rive
M'emporta ce jour-là ma course fugitive.
J'étais à pied , souffrant, à la gorge blessé,
Et le sable restait rouge où J'avais passé.
Là , se troubla ma vue , et ma voix affaiblie
S'éteignit, en nommant pieusement Marie ".
Je tombai sur la grève et, glacé du trépas,
Mon corps y resta seul. Ce que je vais rapprendre
Est vrai. Chez les vivants tu le rapporteras u.
L'ange de Dieu lui-même alors s'en vint me prendre.
Le fils d'Enfer criait: «Pourquoi me foire tort,
Et vouloir cette part qui survit à la mort?
Parce qu'il a pleuré deux gouttes, à t'entendre ,
Tu veux me le ravir. Eh bien ! je vais ici
Traiter à ma fcçon l'autre part que voici *\ »
Tu sais comme dans l'air s'amasse et se condense Cette humide vapeur en eau qui se résout, Quand du froid, en montant, la saisit l'influence. Le démon joignant donc à son intelligence Sa volonté perverse, au mal portée en tout, Mit là, par le pouvoir qu'il tient de son essence , La vapeur et le vent en action tous deux. Dès que le jour finit, d'un brouillard ténébreux 11 étendit le voile au loin , de Pratomagne
27. En 86 jetant dans l'Arno. a prouvé au p*ère la justice de aa
28. Nous avons dit que les sec- damnation. Il se contente , après taires désignaient leur église par le avoir tourné son repentir en dérinom de Marie, et nous croyons que sion, d'une misérable vengeance sur c'est désormais un fait acquis à la son cadavre. Mais le fils d'Eafer ne discussion. Buonconie fit donc , à serait-il pas le prêtre catholique qui l'article de la mort , un aete de foi aurait refusé la sépulture chrétienne sectaire. à ce soldat, et l'aurait fait traiter
29. Parmi nos frères qui vivent de mort comme le fut Manfred par la vie de l'Amour. l'évéque de Cosenza» En admettant
30. Le démon qui se laisse en- <rae la supposition fût hasardée, ne lever l'Ame du fils, ne se montre serait-ce pas là ce que le poète aupas aussi bon logicien que celui qui rait voulu donner à entendre ?
Jusqu'au dernier sommet de la haute montagne "* L'atmosphère au-dessus tellement s'épaissit Que l'air, gros de tempête , en eau se convertit Tomba la pluie à flots, et ce qui par les terres Ne put être absorbé , courut aux fondrières. En des lits plus profonds se répandant alors , Vers le fleuve royal avec tant de furie Se précipita l'onde , irritée et grossie , Que ne put nul obstacle arrêter ses eflorts. De l'Àrchian fougueux le flot trouva mon corps Sanglant et froid , gisant sur la grève voisine; Dans le lit de l'Àrao , rapide, il l'emporta, Ouvrant les bras roidis qu'en croix sur ma poitrine Je ployai , dans l'instant où le mal me dompta. Au fond il me roula de l'une à l'autre plage, Puis de limon , de sable entraîné par sa rage 11 me laissa couvert, enceint tout à l'entour **.
Oh ! lorsque tu seras au monde de retour, Et reposé d'un long et dénible voyage, Dit un troisième Esprit , comme l'autre se tut , Daigne te souvenir de moi, dont le nom fut La Pia. Née à Sienne, hélas ! dans la Maremme
3k Pratomagne, ou Grand-Pré, carne sola, devant rester le partage
sépare le val d'Arno de la contrée du démon, qui joint l'intelligence à
montagneuse du CasenUn , qui s'é- quel mal voler, ehe pur mal chiede.
tend jusqu'aux sommets de l'Apen- On remarquera que Dante emploie
nln. à profusion dans ce tableau, la nuit,
32. Ici se termine cette dcscrlp- les ténèbres, la vapeur, le vent,
tion poétique des funérailles nalu- l'eau et le froid , dont on trouvera
relies du jeune comte de Monte- la signification dans le chansonnier,
feltro qui, sectaire au fond de l'âme, p. 379 et 380 des Révél. Ce qui nous
ne livra que son corps à celui qui porte à penser que notre supposi-
représentait ici-bas l'ange du mal, tion , au sujet d'un refus de sépul-
et qui, étant mort repentant de la ture, accompagné de tumulte et de
faiblesse dont II fit preuve, en su- violence, résultant tant de l'Jnto-
bissant la contrainte de l'autorité lérance sacerdotale , que de l'indl -
dominante, jouira en esprit du bon- gnation sectaire, pourrait n'èlrc pas
heur des élus, son corps seul , la tout à fait dénuée de fondement.
S'éteignirent mes jours et s'ouvrit mon tombeau. Il sait comment pour moi sonna l'heure suprême , Celui qui , comme époux , me donna son anneau ".
33. Lorsqu'on se rappelle l'abus que le poète fait du mot Pietà, tant dans la Comédie que dans Ja Vie nouvelle et le Convilo, on a peine à se défendre de voir dans cette Pia une allusion à l'Église, celte épouse du Christ, et à l'anneau , symbole de leur union mystique, que porte au doigt le pontife romain. Dante aurait ainsi pris texte d'un fait connu, sur lequel il se bâte de glisser en quatre vers, pour accuser la Papauté d'avoir détruit dans son corps, disfalto , la primitive Eglise, dont l'esprit gémirait exilé de la terre, en attendant qu'elle pût se relever triomphante. N'y aurait -il donc qu'un effet du hasard dans cette singulière coïncidence qui ferait pré-
cisément dcNello des Pannochieschi, mari de la Pia , le seigneur de Pieira? En tous cas, nous ne saurions voit* dans cet épisode à peine ébauché, que la répétition du procédé habituel , à l'aide duquel le poète cherche à faire illusion au lecteur en confondant la réalité avec la fiction. La Pia ayant péri de mort violente, au su de tout le monde, lui a servi à faire passer inaperçue l'orthodoxie forcée de Jacques de Cassero, du jeune Montefeltro et des autres , tous morti per forsa* C'est le même expédient qu'il a déjà mis et qu'il mettra encore en œuvre, pour la sodomie et pour les péchés de la gorge.
Au jeu de la zara1, quand finit la partie, Le perdant, dépité d'avoir eu le dessous , Se met avec tristesse à répéter les coups. S'attache à son vainqueur toute la compagnie : L'un lé précède ; un autre au pan de son habit , Derrière lui, s'attache, et de flanc l'assourdit Un troisième , priant qu'au moins il ne l'oublie. Lui, poursuit son chemin, à l'un, à l'autre entend ; Celui pour qui sa mair* libérale s'étend, Cesse de le presser et soudain lui fait place. De la foule voilà comme il se débarrasse *.
Dans cette épaisse troupe, ainsi je cheminais Et, vers chacun , à droite, à gauche me tournais : En promettant à tous, j'éclaircissais leur masse.
Là , j'en reconnus deux, que vit naître Arezzo : L'un, qui périt frappé par Ghino de Tacco * ; L'autre, à ses ennemis lorsqu'il donnait la chasse, Dans les flots submergé *. Frédéric Novello
1. Jeu de hasard qui se jouait qui avait fait exécuter à Sienne, en avec trois dés. qualité de vicaire du podestat, le
2. De celte fouie d'àmes, il faut frère et le neveu de Ghino. Lemettrconclure qu'aux yeux du poète il y trier le tua à Rome sur son siège avait, de son temps, une multitude et emporta sa tête.
de ucns dont le catholicisme était 4. Hugues, par abréviation, Guccip
le résultat de la violence et de Top- ou Cione, des Tarlati, que son che-
pre*?lon. val emporta dans l'Arno, lors d'une
3. L'auditeur de Rote, Benincasa, excursion qu'il faisait à Laterina
Au Ciel levait ses mains, la voix humble et soumise5. M& suppliait aussi le jeune homme de Pise Qui fit se montrer fort le noble Marzucco s. Dans le nombre , je vis aussi le comte Orso 7, Et cette âme qui fut, par la haine et l'envie, Arrachée à son corps, et non pour félonie, Ainsi qu'elle disait. Je parle en ce moment De Pierre de la Brosse et, sur ce, que pourvoie, Puisqu'elle a vie encor, la dame de Brabant , A ce qu'en bercail pire un jour Dieu ne l'envoie 8.
Quand je fus délivré de ces ombres enfin , Qui toutes m'imploraient pour avoir des prières , Afin que pût briller pour elles plus prochain Leur jour de sainteté , poursuivant mon chemin , Je dis au sage maître : — 0 source de lumières ! Tu méconnais, ce semble, en un texte formel , Qu'on fléchisse en priant la volonté du Ciel •.
contre les Bostoli , autre famille puissante d'Arezzo, qui avait appelé à son aide les Florentins.
5. Fils du comte Guido de Ballifolle, tué en combattant avec le précédent contre les Bostoli , aidés des Florentins.
6. De la famille Scorlglanl ou Scornazzani. Le jeune Farlnata ayant été tué par le comte Ugolin, dit l'Annot. Caet., Marzucco, son père, qui avait pris l'habit de frère mineur, eut assez de force d'âme pour aller baiser les mains du meurtrier, afin d'en obtenir la permission d'inhumer le cadavre de son fils.
7. De la famille Alberti de Florence, selon les uns , et, selon d'autres, fils du comte Napoléon de Cerbaïa , tué par son oncle , le comte Albert de Mangona.
"S. Pierre de la Brosse, ministre et favori de Pbllippe-le-Hardi, ayant accusé Marie de Brabant, seconde
femme de ce prince , d'avoir empoisonné l'ainé des trois fils du roi , nés d'Isabelle d'Aragon, fat luimême déclaré calomniateur, sur le témoignage d'une béguine de Ni\ elle, considérée comme une sainte, et pendu comme coupable de péculat.
Dante trouve ainsi moyen tout à la fois de revendiquer Pierre de la Brosse comme un des siens, de proclamer la culpabilité d'une reine de France , belle-mèro 0e Phiiippe-le- Bcl, et de la damner par avance comme calomniatrice et empoisonneuse. La guerre des Albigeois, la ruine des Templiers, l'appui constant donné par la France au Saint- Siège , telle est, à n'en pas douter, la cause de cette haine qui ne laisse échapper aucune occasion de se déchaîner contre tout ce qui, de près ou de loin, se rattache aux descendants de saint Louis.