Familles gibelines de Vérone, de Crémone et d'Orvieto
30- Les comtes de Santa-Fiore, dans le voisinage de Sienne, tenaient pour l'Empire, et, après la défaite de Conradin, en 1270, lis donnèrent asile aux exilés siennois dans leur château de Roccastrada. 11 en résulta que les Florentins faisaient de fréquentes incursions sur leurs terres, voire même les Guelfes de
Sienne, qui s'emparèrent de plusieurs de leurs châteaux, en 1299, et portèrent le ravage sur leurs domaines. Voy. Cron. Sanese , Muratori, XV, 36.
31. Pourquoi ne pas venir m'arracher à la domination du pontife, cause de tous mes maux; à cette monarchie sacerdotale du Vieux tl«* la montagne, d'où dérivent toutes les misères de la terre ? Roma redova, solat nous reporte à la lettre commençant par ces mats : Quomodo sedet sola ciritas? facta est quasi vidua domina gentium (Vit. N. il) ; lettre adressée par Dante aux cardinaux italiens, «'intitulant principes terrœ, et qu'on a prise pour un billet de faire part annonçant la mort de dame Béatrice, munie des sacrements de l'église, aux gros bourgeois de Florence, principes terne.
Combien Ton montre ici l'un pour Vautre d'amour". Que, si tu n'as pitié de nous , te couvre un jour De honte ton renom sur ce sol de misère ! Eh quoi ? faut-il le dire , ô Seigneur des Seigneurs ! Toi qui mourus pour nous crucifié sur terre , Tes yeux justes et bons sont-ils tournés ailleurs? Ou serait-ce plutôt que, dans ta Providence, Dont nul regard ne peut sonder l'abîme immense , Tu prépares pour nous quelque bonheur futur A notre cécité qui reste encor obscur" ? Car de tyrans partout est pleine l'Italie , Et le dernier manant à qui prend fantaisie D'être chef de parti , se pose en M arcellus »*. Cette digression ne saurait que te plaire, Ma Florence ; elle t'est de tout point étrangère , Grâce à ton digne peuple, habile on ne peut plus' A discourir longtemps lorsqu'il faut qu'il agisse. Beaucoup, sans doute, ailleurs, au cœur ont la justice ; Mais , à lancer ses traits , plus d'un se montre lent , Dans la peur de jouer de l'arc en imprudent : Au bord des lèvres, lui, l'a ton peuple et s'en pique*6. Plus d'un , ailleurs , refuse une charge publique ; *
Ton peuple, au premier mot , sans se faire prier, Répond : « Je subirai le fardeau tout entier".»
32. Sous la loi de celui qui a dit : L'influence qu'il avait exercée parmi Aimez-vous les uns les autres, ot les siens, en opposition à celle de dont le vicaire ici-bas ne se com- Dante, lui vaut d'être traité de maplait qu'à attiser des haines fratri- nant se donnant des airs dopposicides. tion républicaine à l'Empire, comme
33. Prépares-tu en secret le triom- ce 1). Ctaudius Marccllus, qui se déphe de notre église pour l'indemni- ,clara contre César et que Cicéron *er des maux qu'elle a soufferts ? couvrit de son pationagc.
34. Allusion à Vierl des Cerchi, 36. Toute cette métaphore roule chef de la faction des Blancs, appe- sur la ressemblance existant entre lée aussi le parti sauvage, parce la forme de la bouche et celle d'un que les Cerchi étaient originaires arc
d'Acon, pays montagneux et boisé. 30. Allusion à l'avidité avec la-
Avec raison lu peux, certe, être heureuse et fière,
Riche , en paix , déployant un jugement parfait.
Me trompé-je? L'on peut en juger à l'effet.
Lacédémone , Athène, où fleurirent naguère
Les civiques vertus , et dont les justes lois,
Pour le bonheur commun , de tous réglaient les droits,
N'étaient qu'aux éléments près de toi , qui sais faire
Tes décrets d'un si fin tissu, que ne vont pas
A la moitié de juin ceux qu'en mai tu filas.
Que de fois changeas-tu, sans qu'en arrière j'aie
A remonter bien loin , charges, lois, us, monnaie,
Mis-tu dans tes conseils de nouveaux citoyens ?
Si tu n'es pas aveugle et si tu te souviens ,
Tu te reconnaîtras au malade semblable,
Qui ne peut sur son lit , pour goûter le repos ,
D'un ni d'autre côté trouver place tenable,
Et, s'y tournant sans fin , cherche à tromper ses maux ".
quelle chacun se jetait sur les fonctions publiques, non moins courues à Florence que chez nous, sous tous les régimes, par les mêmes dévouements, avec les mêmes serments et la même fidélité, quel que fût le parti vainqueur.
37. Cette sortie ironique contre Florence , où les prolétaires et la bourgeoisie, sans cesse en lutte, amenaient des révolutions continuelles, qu'on appelait cose nuove ou novità, suivies de remaniements sans fin de la constitution municipale, n'a pas besoin de commentaire pour quiconque a quelque idée de ce qui se passait dans les républiques italiennes du moyen âge.
Ceux pour qui c'est de l'histoire trop ancienne n'ont qu'à se rappeler ce qui se passe chez nous depuis soixante ans. 11 y avait seulement, dans ce temps-là, un peu plus de
croyances religieuses et les convictions politiques étaient généralement plus tenaces.
Voici un aperçu chronologique des révolutions de Florencedans le cours d'un siècle, c'est-à-dire à partir de cette année 1213, qui vit naitre les deux partis Guelfe et Gibelin :
1248. Expulsion des Guelfes sous Frédéric II.
1250. Retour des Guelfes. Établissement de la première organisation municipale, dite Popolo vecchio, composée de 12 anciens, à raison de deux par chacune des sections de la ville, dites sestien, d'un capitaine du peuple et d'un podestat.
1258. Expulsion des Gibelins.
12G0. Retour des Gibelins et banlssement des Guelfes, après la déroute de Monlapcrti.
1200. Institution des douze arts
et métiers, arli, à l'Instigation de Guido Novello.
12C7. Retour des Guelfes, expulsion des Gibelins.
1268. Nouvelle constitution établissant trois conseils, un de 12 membres, dits Buonuomini, un de 80, dit Credenxa, et une assemblée générale, dans laquelle trente bourgeois de chacun des sestiers se réunissaient aux membres des deux conseils.
1280. Retour des Gibelins, 14 bonshommes, dont 8 Guelfes et G Gibelins.
1282. Troisième constitution. Établissement de la Seigneurie, composée de 3, 6 et ensuite 8 prieurs.
1291. Organisation de Glano de la Bel la, dite Ordinamenti délia Giustizia. Création du Gonfalonnler de justice.
1293. Chute et bannissement de Giano de la Relia.
1300. Factions blanche et notre.
1301. Expulsion des A'otw. Charles de Valois les fait rentrer dans Florence.
1302. Bannissement des Blancs.
1304. Gonfalonnlers des compagnies du peuple, Gonfalonnler de justice et capitaine du peuple avec un exécuteur.
1307. Bannissement et mort de Corso Donatl.
D'un élan tout joyeux, quand leur accueil courtois Se fut réitéré par trois et quatre fois *, Sordello quelque peu se retire en arrière : — Qui , dit-il , êtes-vous ? Exaucez ma prière. —
De ces hauts lieux avant que fissent le trajet Les âmes, de monter dignes vers un Dieu juste , Furent ensevelis mes restes par Auguste 2. Je suis Virgile, et n'ai pour nul grave méfait Perdu le Ciel , sinon, faute de la connaître, Que je n'eus pas la foi s. — N'en dit pas plus mon maître.
Tel celui qui, voyant apparaître à ses yeux, Lorsque moins il y pense, un objet merveilleux , Doute et croit, incertain , disant : « Ce ne peut être ; » Puis «la chose est pourtant;» tel, d'abord étonné,
1. « Sept fois, dit l'Anonyme, assez que la gaie science n'est pas
nombre d'un grand effet. » C'est étrangère tt l'élan sympathique (1rs
pourquoi sans doute le poêle , qui deux Lombards.
U^Z.StyhJJf»\dLlnt 2- '« naquis et moaru. avant I.
EÏELta? ,:,"A«t H 7 l^nT^ venue du Christ, et par suite bien
le signa er au début du chant tep- 1É , eulPadopté Ia doc.
(Urne. Le commentateur, qui avait 7.,"" A d.,,„.,„Im "
vécu dans l'intimité du poète, ne fait lrlne du ^tolre.
pas connaître en quoi consistait la 3. Nous verrons plus tard Dante
grande vertu du nombre sept. A protester à sa manière, dans le Pa-
défaut de Pythagoriciens pour nous radis, contre la damnation à la-
en instruire, nous ne voyons que les quelle l'Église voue les païens qui,
francs-maçons qui puissent nous morts avant la venue du Rédemp-
éclairer à cet égard; car les deux tcur, n'ont pu être éclairés des iu-
éplthètes oneste et liete indiquent mières de la foi.
Se montra Sordello, puis, le front incliné,
Il revint humblement, comme, en signe d'hommage,
Le fait l'inférieur, pour étreindre le sage *.
0 gloire des Latins , dit-il, qui leur appris Ce qu'avait de puissance en lui notre langage *, Toi, l'orgueil éternel des lieux où je naquis, Qui me vaut de te voir cette faveur insigne ? Apprends-moi, de t'ouïr pour peu que je sois digne, Si tu viens de l'Enfer ou d'un autre séjour.
Et Virgile reprit : — Du douloureux domaine Ici je suis venu , parcourant tour à tour Tous ses cercles divers. De la céleste cour Une Vertu me vint évoquer et me mène.
Non pas pour avoir fait, mais eommc j'aurais dû Faute d'avoir agi, pour jamais j'ai perdu Ce soleil vers lequel tout ton désir t'entraîne •, Et qui tardivement , hélas ! me fut connu.
4. Genou en terre. II a d'abord embrassé Virgile comme compatriote f t comme frère en initiation ; ii lui rend maintenant hommage comme à la plus haute expression du langage allégorique des anciens mystères.
5. Les œuvres de Virgile sont en latin, celles de Sordello on provençal ; ce dernier, comme tous les chantres d'amour, n'aurait eu garde de composer dans la langue des doctes, tandis qu'il y avait tout avantage pour lui à employer la langue vulgaire, dont les universités et l'inquisition ne prenaient guère souci, témoin tant de compositions anti-religieuses que nous a léguées le moyen âge. Puis il avait , pour ne pas écrire en lutin, les mêmes motifs que Dan le a longuement exposés dans son Gonvilo. ( \'oy. les huit derniers chap du 11* traité, ou leur
analyrc dans les Révél.) Sordello n'avait-il pas les mêmes raisons que lui pour avoir à sa disposition deux ou trois casaques de rechange, due o treguarnaccheindosso ? Le langage commun aux deux poètes, celui que Sordello appelle lingua nostra, est donc ce langage des initiés que les troubadours a p pelaient dus et car, les huWcns coperto,ornatoyonesto, voire même latino, et dont la symbolique était la même, en Italie, en France, en Espagne, en Angleterre et aux bords du Rhin ; langage puissant en effet dans des mains habiles.
0. Pour n'avoir pas cru au Messie à venir, je suU privé de voir celui qui a fondé le christianisme, celte, religion d'Amour et de liberté dont il est \r. soleil resplendissant, astre de régénération que tu brûles de contempler dans tout l'éclat de son triomphe.
11 est un lieu, là-bas, qui n'a point de supplices, Mais qui d'une ombre terne est seulement voilé , Où, sans pleurs ni sanglots, le regret exhalé Ne fait que soupirer, loin des saintes délices. Là je réside avec des êtres innocents , Qu'avant d'avoir purgé la faute originelle , A de ses dents de fer mordu la mort cruelle 7. J'y suis avec ceux-là qui, de vices exçmpts , Des trois saintes vertus sont restés ignorants , Quoiqu'aux autres voués et sachant avec zèle Toutes les pratiquer, dans leur route mortelle â. Mais toi, si tu le sais et le peux, apprends-nous Du Purgatoire au juste où se trouve l'entrée % Pour que plus promptement à sa porte sacrée Nous soyons arrivés. — Ceux qui sont ici tous, Répliqua-t-il, n'ont point de demeure prescrite. A l'en tour, au-dessus, ne m'est point interdite La faculté d'aller : si donc il t'est à gré, Autant qu'il est en moi je t'accompagnerai. Mais vois comme déjà le jour qui fuit décline. De nuit nul dans ces lieux en avant ne chemine "; De vous choisir un gîte il faut donc prendre soin ". Des âmes sur la droite , à l'écart , sont peu loin. Vers elles, s'il te plaît, nous irons et, peut-être,
7. Noui avons vu ce que sont ces pour être voilée, n'en apparaît pas limbes, dans lesquelles In cruauté moins sous les précautions dont elle de l'Église catholique relègue les s'entoure, enfants, innocents que n'a pas purl- 9. Ils n'ont fait jusqu'ici que parues l'eau du baptême, et qui, en courir les abords du Purgatoire, conséquence, sont dai denti délia 10. Il faut renoncer à tout pro- Morte morti. grès tant que régnent les ténèbres
S. Avec tous les sages et les héros du catholicisme romain,
de l'antiquité, malheureux qui, ne 11. Le seul refuge contre l'In-
connaissantpas les trois vertus théo- fluence sacerdotale, c'est la puls-
logatcs, se bornèrent à pratiquer sance monarchique , aussi Sordcllo
toutes celles qui font la gloire et le va-t-Jl conduire Virgile et Dante au
bonheur de l'humanité. L'Ironie , milieu de rois et d'empereurs.
CHANT Vil. 861
Que tu te sentiras joyeux de les connaître.
Gomment donc, s'écria le maître, qui voudrait Gravir ce mont, la nuit, serait-il de le faire Empêché par quelqu'un ou s'il ne le pourrait ?
Et le bon Sordello ", du doigt rayant la terre, Reprit : — Vois , du soleil lorsqu'à fui la lumière , Tu n'y franchirais pas ce trait11; quoique vraiment On n'éprouve à monter nul autre empêchement Que la nuit ténébreuse. Alors sans résistance Cède la volonté qu'entrave l'impuissance ". Mais on pourrait -descendre et plus bas retourner, Tant que sous l'horizon la lumière est murée ".
Comme surpris alors d'une chose ignorée Mon maître répartit : — Veuille donc nous mener Où tu disais qu'on peut se plaire à séjourner ". —
Nous n'avions parcouru qu'un assez court espace, Lorsque je m'aperçus que le mont dans sa masse Laissait une échancrure, ainsi que dans nos monts Se découpe le sol pour former les vallons.
Où vous voyez sur soi que la côte s'affaisse, Dit l'ombre, à cet instant, nous nous arrêterons , En attendant au ciel que le jour reparaisse17.
12. Bon pour noble, digne, grand. manité que le progrès en arriére. Sordello n'est tout cela qu'en sa qua- Qu'on nous donne une explication li té de poète albigeois, aussi sa ré- raisonnable, en harmonie avec le ponse est-elle conçue dans l'esprit dogme catholique , de cette «ingusectaire. Hère impossibilité de locomotion en
13. Quand la raison, cette lumière avant, attribuée par le poëto aux de l'esprit humain, a disparu, lais- âmes du Purgatoire. Il ne l'a certes sant notre esprit dans les ténèbres, trouvée ni dans saint Thomas, ni dopo 'Isolpartito. dans saint Bonaventure.
14. Sous l'influence de la doml- 16. Avec les rois et les empenation catholique, le découragement reura. Quant aux papes, il est bien s'empare des esprits réduits à l'im- entendu qu'on ne saurait s'attendre puissance. a trouver en leur compagnie plus do
15. Les ténèbres de l'ignorance caime et de bonheur que dans l'Enrépandues par l'Église romaine , dont fer lui-même.
l'horizon refoule la lumière et la 17. De même que la monarchie
tient captive, ne permettent à l'hu- n'occupe qu'une peUtc place sur le
Entre notre montée et l'esplanade en haut , Un oblique sentier, qui sur le roc serpente, Au flanc de ce vallon nous conduisit bientôt Où plus qu'à mi-chemin s'en vient mourir la pente ". La pourpre, la céruse et l'or et l'argent pur, Le bois brillant de l'Inde et le plus fin azur Et l'dmeraude, alors qu'elle est fraîche rompue , Tous, pour le vif éclat, pour la riche couleur, Par les fleurs, les gazons qui, là, charmaient la vue. Seraient laissés bien loin , comme cède vaincue Une valeur chétive à plus haute valeur. N'avait pas seulement à plaisir la Nature Là nuancé partout l'émail de mille fleurs, D'un mélange inouï de suaves senteurs Elle y parfumait l'air". Je vis sur la verdure Des âmes, entonnant le Salve Regina 2\ Que le pli du vallon nous cachait jusque-là.
Avant que les derniers rayons cessent de luire ,
sol catholique, où l'Église a usurpû la Nature , cette providence de l'al-
la domination, elle n'occupe qu'un bigéisme, y pourvoyait incognito,
étroit vallon dans la montagne de jugez-en vous-mêmes : Natura rt
pierre, qui s'est quelque peu retirée facea un incognito indistinto. La
sur elle-même, face di se grembo, Nature fait tout bien; dès que vous
pour lui laisser cet étroit espace. la voy«z apparaître, soyez assuré
Mais quelque resserré que soit son qu'elle opérera des merveilles,
domaine , elle offre encore un asile 20. Il est bien entendu que la
aux amis de la lumière en attendant reine du ciel sectaire est l'église
des temps meilleurs. gnostique-manichéenne, que les Al-
18. Ce n'est qu'en louvoyant et bigeois désignaient aussi sous le par des moyens obliques qu'il est nom de Mûrie. C'est à «lie que ces possible d'arriver à relever l'autorité esprits monarchiques sont censés impériale de l'état d'impuissance où dire: «Nous t'invoquons comme elle est réduite. notre douce espérance dans cette
19. Comment ne pas voir dans vallée de larmes; implore pour nous cet Kden allégorique l'âge d'or que la le Seigneur et délivre-nous de la monarchie devait faire renaître sur mort. » On sait ce que signifie cette la terre ? N'est-ce pas là un pied-à- mort. Ce n'est pas, à coup ?ûrt la terre bien confortable pour un lieu mort naturelle, qui n'a rien à faire d'expiation, et sa décoration ne dans le Purgatoire catholique. Touies semble-t-ellc pas jurer à côté de les bonnes prières du poème sont celle des autres girons ? Mais aussi de ce genre.
Nous dit le Mantouan , qui daignait nous conduire ,
De ces âmes veuillez différer d'approcher,
Vous observerez mieux ici , de ce rocher,
Leurs actes et leurs traits que si, dans la vallée ,
Vous étiez introduits au sein de l'assemblée.
Celui qui s'offre assis le plus haut et paraît,
A son air soucieux, éprouver le regret
D'avoir trop négligé ce qu'il aurait dû faire ,
Dont la bouche est parmi ces chants seule A se taire " <
Fut l'empereur Rodolphe ". Il aurait pu guérir
Les maux de l'Italie; aujourd'hui qu'elle est morte,
D'autres tardivement voudront la secourir ".
Celui qui l'entretient et, ce semble, l'exhorte,
Gouverna le pays où naît l'onde que porte
La Moldave dans l'Elbe et l'Elbe dans la mer.
Généreux et vaillant il eut nom 01 toker 2* ,
Et se montra meilleur dèç sa plus tendre enfance
Que son fils Venceslas, qui, le menton barbu,
Vit dans l'oisiveté, de luxure repu li.
Cet autre, au petit nez, qui semble en conférence
Avec celui dont l'air bon, doux le souris ,
En mourant fugitif ternit l'éclat des lis ".
21. Comme empereur il préside dont jEncas SU vit» fait presque un en silence cette assemblée de rois, saint; à raison sans doute de l'abet ne doit faire entendre sa voix négation avec laquelle il laissa Ionique pour rétablir entre eux l'accord brr, à la voix de Bonlface VIII , les et l'harmonie. Voy. de Monarrfiia. doux couronnes de Hongrie et de
22. Rodolphe de Habsbourg, fon- Pologne, qui lui étalent offertes, dateur de la maison d'Autriche. Mais ce qui était un mérite aux yeux
23. Comme 11 est arrive à Henri de Pic H, constituait aux yeux de de Luxembourg, dont ce poème est Dante une honteuse lâcheté. Ajoutez la glorification par la musc de Thé- a cela qu'il avait beaucoup contribué résic, désolé de ne pouvoir arra- a l'élection d'Albert d'Autriche, cher l'Italie des bras de la Mort. 2G. Philippc-lc-Hardi, mort à Pcr-
21. Gendre de l'empereur Hodol- pignàn, après une campagne désas-
phe. H réunit à son royaume de treuse contre Pierre 111 d'Aragon.
Bohème la Styrle cl l'Illyiie. Dante ne pouvait que lui garder
25. Venceslas IV, dit le Vieux, rancune pour avoir cédé le ctMiitat
Voyez comme il se bat le sein par pénitence. Regardez l'autre encor, soupirant près de lui» Qui de sa main a fait à sa joue tin appui. Pour fils et gendre ils ont le fléau de la France'; Us savent que ses jours coulent souillés, honteux; De là naît le cbagrin qui les ronge tous deux ". Le personnage au corps si membru, dont s'accorde Le chant avec celui de cette ombre au grand nez ", De toutes les vertus, dont il tressa la corde, Marcha ceignant ses reins, durant ses jours bornés , Et si le jeune prince assis plus en arrière Eût régné plus longtemps après son noble père ", Ses mérites chez lui seraient passés entiers.
On n'en peut dire autant de ses deux héritiers : Jacques et Frédéric en royal apanage Reçurent ses États"; mais ce que l'héritage
Ycnaissln au Saint-Siège et guerroNC contre les Aragonais qui , jusqu'au dernier moment, avaient défendu Toulouse et les Albigeois.
27. Jeanne, fille de Henri, surnomme le Gros , roi de Navarre et comte de Champagne, mis ici en scène par le poète, en compagnie de Philippe-le-Hardi, avait épousé Philippe-le-Bcl, a qui la destruction des Templiers vaut d'être appelé le mal pervers de la France. Si Henri est représenté comme ayant un air de bonté, béni g no aspetto , c'est qu'il avait pour frère ce Tbibaud, comte de Champagne, renommé parmi les troubadours et dès lors imbu de leurs doctrines hérétiques; quant à lui, il n'était rien moins que débonnaire. « Combien que la commune opinion soit que les hommes gras sont volontiers de douce et bénigne nature, si est ce que celui-ci fut fort aspre. » Hist. de Navarre.
28. Pierre 111 d'Aragon, qui était d'une forte corpulence, et Charles 1", roi de Pouillc et comte de Provence, dont le nez était d'une grandeur remarquable, grande di persona, ii féroce riguardo , di colort uJtrt- #/io e con grande naso, dit de lui Villani, vu, 1 .C'est à titre de moteur secret des Véprcs-Sicilicnncs et, par suite, de vengeur des Albigeois sur la maison de France, que le premier est exalté ici aux dépens de Charles d'Anjou et de ses descendants, champions fidèles du Salnt- Siégc. C'est aussi certainement, comme gendre de Manfred.
29. Alfonse, (Us aine de Pierre, son successeur au trône d'Aragon, mort jeune et sans enfants.
30. Jacques, fils puiné de Pierre III, roi d'Aragon, après la mort d' Alfonse, et Frédéric, son frère, roi de Sicile.
Je premier ayant épousé une fille de Charles 11 de Naples, céda à ce prince ses prétentions sur la Sicile,
ans
Eut de plus précieux et, certes, de meilleur, Aucun des deux n'en est demeuré possesseur. Revivent rarement dans un même lignage Les humaines vertus; ainsi le veut Celui Qui les dispense, afin qu'on les demande A lui.
A ce prince au grand nez s'applique ma parole Non moins qu'à Pierre, au chant duquel s'unit le sien " ; Et la Provence aussi, la Pouille se désole ». Comme de la semence au fruit ne revit rien , Bien plus que Béatrice et plus que Marguerite De son époux Constance encor se félicite»*.
Ce roi, simple qu'il fat, laissa dans ses États Des rejetons meilleurs. Voyez-le, solitaire, Assis un peu plus loin , c'est Henri d'Angleterre ".
double crime aux yeux de Dante.
Le second, monté à son tour au trône de Sicile, épousa de même une fille de Charles lî , et renonça au litre de ro! de Sicile pour prendre celui de ro! de Trinacrle. Tous deux de plus se montrèrent dociles a l'influence du Saint-Siège , ce que le poète ne pouvait leur pardonner.
31. Cette idre de faire chanter à" l'unisson les deux rivaux Pierre III et Charles d'Anjou , se rattache au système préconisé par Dante dans son traité de la Monarchie. Us se trouvent là sous la présidence de l'empereur Rodolphe, dont le siège, domine celui des autres rois, più sied' alto, et dont la suprême autorité rétablit l'accord entre les ennemis les plus acharné.*.
32. Parce que les héritiers de Charles d'Anjou n'ont pas moins dégénéré que ceux de Pierre III.
33. Constance, fille de Manfred, femme de Pierre d'Aragon, doit être plus fière de son époux que Béatrice de Provence , première femme de Charles d'Anjou, et que Margue-
rite de Bourgogne, qu'il épousa en secondes noces, (toy. son épitaphe dans l'Atlas de Le Sage) car, tout dégénérés que sont ses fila, ils sont encore j bien au-dessus des princes de la maison d'Anjou, ces soutiens de la domination du Saint-Siège en Italie. Nous avons signalé, dès 1842, l'erreur des commentateurs, faisant porter ce trait sur Marguerite de Provence, femme de saint Louis.
34. Si ce monarque n'est pas celui qui dut payer chèrement Je meurtre de Thomas Bccquet, ce que nous croyons, il faudrait reconnaître en lui Henri III, Ois de Jean-Sste- Terre, longtemps tyrannisé par le comte de Lelcester, fils de Simon de Montfort, et rétabli dans la plénitude de son autorité par la victoire d'Evesham, gagnée par le prince Edouard, sur le fils du vainqueur des Albigeois. Dans tous les cas , Je défaut de désignation fait foi de la la volonté de laisser subsister le doute? mais le secret motif des préférences et des antipathies du poète se rattache toujours, on peut
L'autre, assis au milieu, dans le rang le plus bas, Et qui regarde en haut, est le marquis Guillaume, Pour qui le Montferrat et le Ganavesin Pleurent, toujours en guerre avec l'Alexandrin, Dont brave leurs efforts la ville aux toits de chaume *\
en êlro certain, à la part prise par le* uns ou les autres, à la lutte contre l'Église et ses champions. Le prince Edmond, frère d'Edouard 1", successeur d'Henri III, investi des propriétés et des honneurs de la famille des Moutfort, fut la souche de la maison de Lancastre.
35. Guillaume VI, dit Je Grand, qui, après avoir été l'allié de Charles d'Anjou et lui avoir facilité la conquête du royaume de Naplcs, tourna ses armes contre lui, lorsque ce prince voulut asservir la Lombardie, et devint, en 1281, le chef d'une puissaUe ligue gibeline, comprenant Milan, Vercell, Novare, Tortone, Alexandrie, Asti , Côme et Pavie.
Fait prisonnier par les Alexandrins révoltes, 11 fut mis dans une cage
de fer et mourut leur prisonnier en 1202, malgré les efforts faits par ses flls pour le délivrer. Théodore Paléologue , son pelit-flls , qui régna de 1305 à 1338, s'étant déclaré pour l'empereur Henri VII, fut reconnu par ce prince en qualité de marquis de Montferrat, au préjudice du roi de Naple* et du marquis de Saluées.
Ainsi s'explique cette mention accordée à un personnage d'une Importance secondaire. Dante le fait siéger au-dessous des têtes couronnées , mais il le montre les yeux levés, guardando insuso, c'est-àdire fixant ses regards sur Tempe?
reur Rodolphe. Voy. MuratoriVIII, p/1 1G4. Meinoriale Potcitatum Aegiensium, ld. ix. Cronicon Parmensè, p. 795, id. xi. Cronicon Astense, p. 1C6.
C'était déjà l'instant où du navigateur Le regret se réveille et s'attendrit le cœur, Le jour qu'à ses amis éplorés, sur la rive, Il dit un triste adieu ; l'instant où se ravive Du pèlerin rêveur l'amour et le chagrin , SU entend une cloche au tintement lointain Sonner, pleurant le jour qui se meurt dans l'espace ■ ; Quand, de l'ouïe en moi laissant l'usage vain, J'observai, curieux, une âme de sa place Qui soudain se levant,- réclamait de la main Qu'on voulût l'écouler. Dès qu'on l'eut exaucée, Les bras levés, la vue à l'Orient fixée, A Dieu, dans son extase, il semblait qu'elle dit : «Rien ne m'occupe ailleurs et rien ne resplendit1.» Puis si dévotement, d'une douceur extrême,