Quel est ce pèlerin d'amour? Comédie un poème orthodoxe
est-ce le voyageur dont le cœur em- î. D'altro non calme, je ne me
porte une 1 1119 ge chérie, est- ce le mis- soucie de rien en dehors de cet
sionnaire de la religion d'Amour s'af- Orient vers lequel se tournent mes
fiigeant d'entendre la cloche catho- regards et ma pensée , d'où dérive
liquc lui rappeler par ses tintements la véritable lumière. Que Ton veuille
que Rome domine sur le monde, où bien faire attention à cette prédilec-
elle fait mourir les dernières lueurs tlon si souvent manifestée du poète
de ce jour qui procède d'Orient en pour l'Orient et au double sens ar-
Occident? Ce sont là des questions tificleusement combine dans ci*, vers
dont la solution peut paraître diffl- où l'on ne sait si calme se rapporte.
elle à qui s'opinialrc k voir dans la à Dieu ou à l'Orient.
Du Te lucis ante l'hymne saint fut alors
Entonné par sa bouche , en si touchants accords,
Que j'en vins tout k fait h m'oublier înoi-mfane \
Des autres les accents aussi doux et pieux
Se joignirent aux siens. Vers la sphère suprême
En chantant l'hymne entier toutes levaient les yeux *.
Applique bien ici, toi qui lis celte page, Ton regard attentif. Ne saurait davantage Le voile être léger, transparent, à pouvoir Au travers, désormais, sans peine apercevoir \
Cessa bientôt ses chants cette digne phalange , Et tous, le front levé, vers le ciel regardaient, Pâles, humbles, restant dans une attente étrange *.
3. « Avant que la lumière s'éteigne, dit l'hymne de saint Ambroise, nous te prions, souverain Créateur, de veiller sur nous et de nous garder ; éloigne de nous les* fantômes de la nuit et enchaine notre ennemi pour quo nos corps no soient pas souillés. » La portée secrète de ces paroles est facile a saisir, lorsqu'on les rapproche de l'épisode qui va suivre. L'Église les chante après compiles, et Dante a voulu reporter l'esprit de ses lecteurs sur cet office du soir, où il est dit, entre autres choses : « Seigneur, tu fouleras aux pieds le lion et le dragon, ps. 90.
— Défends tes brebis des bêtes féroces.— Lumière des lumières, mets en fuite les ténèbres. — Éloigne un ennem\ perfide , et déjoue ses noirs artifices. — Que l'ennemi ne nous inflige pas de nourcl es blessures, celui qui va rôdant comme un lion qui cherche une proie à dévorer. •
4. Dante ne nomme pas celui par qui il fait entonner le te lucis ante, mais ce ne peut guère être que l'empereur Rodolphe, qu'il a suffisamment désigné comme le Vénérable
dans cette loge dont tous les frères portent la couronne au front.
, [}. II y a donc dans ce passage quelque chose de mystérieux, d'allégorique qull y aurait eu péril pour le poëtc à exprimer autrement. C'est ce sens mystérieux que nous signalons en attendant qu'on veuille bien nous en proposer un nuire, réunissant les mêmes conditions de vraisemblance et se coordonnant aussi bien avec tout l'cnsomblc du poème.
Quand l'orthodoxie a-t-elle été obligée d'épaissir les voiles autour d'elle?
G. On a beau dire que ces Esprits ne prient pas pour eux ,• mais bien pour ceux qui vivent sur la terre et que c'est là ce que Dante a voulu exprimer on invitant ses lecteurs a redoubler d'attention; nous ne saurions admettre pareille explication, car alors il se donnerait à lui-même un démenti, en représentant ces Esprit» [aies et tremblants à l'approche, prévue par eux, de Satan, de l'ennemi; telle pouvait être, assez Fouvent, au moyen age, l'impression que produisait le pouvoir spi-
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Et je vis que d'en haut deux anges descendaient , Tenant chacun un glaive aux vives étincelles Dont la pointe manquait. Était leur vêtement D'an vert brillant et frais comme feuilles nouvelles, Et sur lui s'en venaient battre de vertes ailes , Qui derrière eux dans l'air s'agitaient mollement7. L'un vint un peu plus haut que nous toucher la terre, L'autre alla se poster sur le versant contraire; Se trouvèrent ainsi les ftmes entre eux deux. Je pouvais distinguer de loin leurs blonds cheveux ; liais se perdait ma vue en leur face, éblouie Comme une faculté que l'effort confondrait.
Ce couple, dit Sordel, vient du sein de Marie • , Pour garder ce vallon du serpent, l'œil au guet ; Car bientôt paraîtra cet adversaire impie. Et moi ne sachant pas quelle route il suivrait , A l'entour je portai mes yeux, l'âme transie, Et de peur me serrai contre l'épaule amie \
rituel sur les princes temporels; mais si nous devons voir réellement le démon dans le serpent qui va paraître, il faudra nous expliquer comment il peut avoir accès en pareil lieu. Nous ne sachons pas, quant à nous, que le dogme catholique admette ta présence, mémo momentanée, de Satan dans les réglons du Purgatoire.
?. Ces deux anges jumeaux viennent en réponse à la prière des rois frères menacés parle grand ennemi, pour leur apporter seeours et protection contre lui.
8. Çest-à-dJre du sein de l'Église sectaire, mère et fille du Christ impérial, pour défendre le vallon de la monarchie contre les embûches du pouvoir * pi rituel.
0. La frayeur qu'inspire h Dante, comme à cette petite éAUe de rul*,
présidée par un empereur, l'ennemi désigné par le nom de serpent, comme aussi la nécessité d'envoyer à leur aide deux anges du Ciel, ne peuvent être admis que comme une allégorie. Aussi le poêle a-t-H recommandé a son lecteur d'aiguiser son regard pour bien saisir la vérité. » Or, voici en quoi consiste la fiction. La nuit de l'ignorance va succéder à la lumière de la vériU* , le pouvoir temporel va cire réduit à fléchir sous la domination spirituelle, l'école rationaliste obligée de suspendre ses travaux et de renoncer à tout progrès, aura besoin pour sa sûreté d'avoir recours à un langage a deux faces, combiné de telle sorte que les mêmes mots offrent des sens divers. Tels sont les deux anges venus du sein de Marie, du grand Orient de la secte; ils sont les
— Parmi ces grands Esprits maintenant descendons, Reprit le Mantouan, et nous leur parlerons; Ils verront avec joie ici votre présence* \—
Près d'eux je me trouvai, quand je n'eus fait, je pense, Que trois pas ". J'en vis un sur moi l'œil attaché, A retrouver mes traits comme s'il eût cherché. En ce moment, déjà l'air devenait plus sombre, Mais non pas tellement encore que, dans l'ombre, A ses regards, aux miens n'eût à se révéler Ce qu'au premier abord la nuit semblait voiler 4a. 11 s'avança vers moi, vers lui je fis de même. Noble juge Nino, que fut ma joie extrême A te voir hors des rangs de ceux qui sont damnés " !
deux sens internes , moral et mystique , couverts «d'un même vêtement couleur d'espérance. Leur glaive flamboyant pour éclairer les uns et éblouir les autres, est sans pointe parce qu'il ne porte pas de coups droits et ne peut frapper que de côté, à l'aide de son double tranchant. Mais celte arme suffira pour proléger la secte contre ses adversaires. Il est bon de savoir que ie glaive à deux tranchants est adopté avec la même signification dans la franc-maçonnerie , car elle le fait sortir de la touche d'une de ses figures symboliques. Or, Dante ne dit même pas que ses deux anges eus- Kent les leurs a ta main.
10. Les frères étant toujours accueillis à liras ouverts par les frères, et surtout lorsqu'ils ont fait leurs preuves de zèle.
1 1 . Le nombre des pas à faire dans chaque circonstance est déterminé dans tous les rituels maçonniques , et ils procèdent généralement par trois, sept, neuf, etc. Dante n'en ayant que trois a faire, indique parlà combien il était rapproché par
l'opinion et par la foi de ce conventicule princier.
12. Malgré l'obscurantisme catholique, les frères qui se rencontraient ne laissaient pas de se reconnaître à l'aide des signes mystérieux qu'ils échangeaient. Si telle n'était pas la signification de ces trois vers, à quoi bon de pareils détails?
13. A voir que tu étais des nôtres, et non plus du nombre des Guelfes endurcis dans leur orthodoxie, ira' m, parmi les suivants de Rhéa.
Nino Yiscontl, juge ou gouverneur de Gallurc en Sardaigne , petit-fils du comte Ugolln, avait été chef du parti guelfe dans Pise, dont il fut chassé en 1208. En le faisant figurer dans ce congrès monarchique, Dante nous donne la preuve que se* opinions s'étalent notablement modifiées , et qu'après avoir repoussé énergiquement, comme tant d'autres républicains , l'intervention il un empereur dans les affaires italiennes, tout en adoptant les doctrines sectaires, comme moyen d'arrêter les empiétement* de la Papauté, il avait fini par se rallier aux Gibelins, dans
Quand furent des deux parts tous les saluts donnés*4, Vinrent les questions : — Au pied de la montagne Que de si loin, dit-il, par cette mer on gagne, Depuis quand t'en vins- tu? — Je répondis soudain : — Par le séjour des pleurs j'arrivai ce matin, Et je jouis encor de la première vie, Bien que j'acquière l'autre en suivant ce chemin ".
A peine ma réponse eut frappé son ouïe Qu'il recula deux pas, Sordèl aussi, tous deux Comme des gens surpris par un fait merveilleux 4*. L'un tourna tout à coup vers Virgile sa face, Et l'autre " vers l'Esprit qui près de lui siégeait, En s'écriant : — Conrad, viens voir ce que permet Le Seigneur tout-puissant par sa divine grâce18.
Puis à moi s'adressant : — Par ce qu'il est en toi De gratitude due à Celui qui nous cache Si bien sa voie à tous et son premier pourquoi Que vouloir les sonder est impossible tâche19, Lorsque t'auront revu passer les grandes eaux ",
la pensée que la liberté et le pro- tre Arezzo, dans les rangs des Guelgrès étaient Incompatibles avec la fes florentins, théocratie. 18. Conrad Malaspina, seigneur 11. Les belles révérences que men- de la Lunigiane, aïeul de Moroello de lionne ici le poète, bel salutare, sont Ciovagallo et de Franceschlno Mali* s»aluts et les signes rituels, autre- laspina, au foyer desquels Dante ment ce puéril cérémonial n'aurait exilé trouva un asile hospitalier, certes pas trouvé place ici. avait épousé Constance, sœur de
« t i„ «« .«:- «««,,..« „..♦..« t,^ Manfred ; c'est à ce titre qu'il figure
15. Je ne suis encore qu un neo- « , . » '., „Artl„%A «.m ; AL ^.ii^»
, . . . , , t ,. ♦ •„ ici, et aussi comme allie des Scallger
p1i\tc entré dans la vie active, et je . V . M ... , . . . c .. *f
m'achemine a la vie méditative, S"5eK^
cherchant à mériter mon initiation P Admettra-t-on que ces mots :
aux plus hauts grades. ^ quH singolaf gfad0t ^ -gnl
IC.Tous deux étonnés queGuelfe, fiCnlj loulà |a f0|B> pnr cp!Ic gratitude
tel qu'il s'était montré, Il fût devenu singulière, et par ce grade unique,
Gibelin, en dépouillant complète- ge trouvent employés là sans inten-
Hient le vieil homme. uon et par l'effet du hasard ?
17. L'un, Sordello; l'an Ire, Nino 20. Lorsque tu rentreras dans le
Visconli , qui avait vu Dante corn- inonde, des profanes , après avoir
battre avec lui, à Campaldlno, con- pas?é par toute la série des grades
38t LE PURGATOIIE.
Dis à Jeanne , ma fille, à moi qui pense encore , Pour moi qu'elle intercède où , sitôt qu'il implore, L'innocent exauce trouve appui dans ses maux ". Je ne saurais compter sur le cœur de sa mère Depuis qu'aux voiles blancs, veuve, elle a dit adieu, Les lui fera trop tôt regretter sa misère". Par elle on peut juger d'amour combien le feu , Si l'œil et le toucher souvent ne le rallume, Dans un cœur féminin promptement se consume. La couleuvre qui rampe au champ du Milanais Ne lui réserve pas si belle sépulture Que l'aurait fait le coq dans les monts de Gallure".
C'est ainsi qu'il parla, montrant, dans tous ses traits Empreint, ce zèle droit, exempt de tout excès, Qui dans l'âme répand sa flamme calme et pure ".
D'un œil avide au Ciel pourtant je regardais , Où les étoiles vont d'un essor moins rapide ", De môme que la roue en tournant au plus près De l'immobile essieu. — Mon fils , me dit mon guide , Qu'observes-tu là-haut? — Et moi, lui répondant : — Ces trois feux dont l'éclat rend là le pôle ardent. —
Il reprit : — A cette heure, en bas les quatre étoiles , Devant toi, ce matin , qui rayonnaient sans voiles, Ont plongé : celles-ci dans le Ciel ont monté,
et parcouru toute une mer de doc- les Visconti avaient été chassés de
trtoe. Milan par les De la Torrc.
31. Jeanne Visconll épousa Ri- 23 Les Visconti de Milan portaient
chard de Cnmmlno , seigneur de une couleuvre dans leurs armes :
Trérise, donl il sera fait mention « une vouivre à Tissant de gueules,»
plus tard. et ceux de Pise, un coq d'or en champ
d'azur.