Parie-lui dans ce langage entièrement le vieil homme
410 LE PURCTATOIRR.
Dont cent milles de cours ne peuvent lasser Tonde. Ce corps vient de ses bords *. Vous dire dans le monde Ce que je suis, serait vouloir parler sans fruit, Car jusqu'ici mon nom n'a fait guère de bruit. Tu désignes l'Arno, si je sais te comprendre, Répliqua celui-là qui venait de parler.
L'autre reprit alors : — Pourquoi dissimuler, Comme pour une chose horrible à faire entendre , Le nom même du fleuve ? — - En ces mots, sans attendre, L'autre ombre répondit : — Je n'en sais la raison, Mais certes périrait bien justement le nom D'une telle vallée et de son fleuve encore * ; Car, dès son origine, où s'enfle tant le sein Des monts altiers d'où fut détaché le Pélore •, Qu'il n'en est guère ailleurs d'eaux vives aussi plein, Jusqu'où son onde court, pour réparer la perte • Que la mer, par le ciel aspirée , a soufferte , Ce qui des fleuves fait à son tour l'aliment 7, Tous n'ont pas moins de peur de la vertu, vraiment, Que d'un aspic , et vont la fuyant comme peste 8, Soit effet du terroir, soit un instinct funeste. De la triste vallée aussi les habitants Ont à tel point changé de nature, en ce temps, Qu'il semble que Gircé leur donne la pftturfe ».
A. Des rive» de l'Àrno, qui prend eaux terrestres, d'après Brunelto
sa source sut la frontière de la Latini. Vûy. sort Tesôrû.
Romagne, dans la chaîne de lApen- 8. La vertu, telle que l'entendait
nin. Cette réponse estvdans le style la secte gnostique manichéenne ou
arguto. " la religion de l'Amour.
5. Attendu que l'élément guelfe y 9. Le poète nous donnera à endomine ; de là la répugnance affectée tendre plus tard, en parlant de <>!au du poète à prononcer mémo le nom eus se transhumanisant, quelle est dû Val d'Arno. celle qu'il entend par la magicienne
6. Ce promontoire de la Sicile est Circé, si habile à transformer les la continuation de la chaîne des hommes en brutes dénuées de rai- Apennins, son. Circé, Thaïs, Sémiramis, Rhéa,
?. Théorie de la formaUon des autant de noms de la grande prosli-
sources et de tout le système dos tuée.
ChANt XtV.
L'onde dont nous parlotos , au milieu de pourceaux Auxquels conviendrait mieux le gland, pour nourriture, Que les fruits des vergets et la chair des troupeaux, S'écoule, humble d'abord, frayaht sa route obscure"; Puis, descendant plus bas, chez des roquets hargneux, Plus importuns qu'ils n'ont de force et de puissance, En faisant un détour, elle s'éloigne d'eux 1&. Elle poursuit son cours, et, plus elle s'avance, En grossissant sans cesse, et plus , de toutes parts , Malheureuse et maudite, elle toit sur sa rivé Les chiens se faire loups". Puis, alors qu'elle arrive En un lit plus profond , de frauduleux renards S'offrent sur son chemin , si remplis d'artifice, Qu'il n'est pour les surprendre astuce ni malice u. C'est pour que l'on hi'entende ici que , poursuivant -, Je veux en dire plus encore ; et ce vivant Pourra s'en trouver bien un jour, s'il se rappelle Ce que par moi l'Esprit de vérité révèle. Je vois ton petit-fils se faire ardent chasseur De ces loups , sur les bords du fleuve à l'onde altière. 11 les met aux abois, traque leur bande entière ; Vend leur chair vive et puis les tue avec fureur1*.
10. Sur les domaines des comtes Guidi de Porciauo , parents de ceux de Romena, qui, bien que Gibelins, se detfionorèrent aux yeux de Dante par leur pusillanimité et leurs lâches complaisances envers les Florentins. L'allusion au nom de Porriàno saute aux yeux. Voy. Scipion Àm mirât"), Storia de* Conti Guidi.
11. L'Arno fait un détour au pied de la hauteur sur laquelle s'élève Artzzo. Cette petite république tenait pour les Gibelins, mais, trop faible, elle ne pouvait que harceler Florence, avec qui elle était sans cesse en guerre, et se munirait incapable
d'une lutte soutenue contre son opulente voisine.
12. Sur le territoire de Florence, où les gouvernants subissent de plus en plus l'influence de la louve romaine, où les fidèles d'Amour se laissent corrompre, entraînés qu'ils sont par les exemples d'insatiable cupidité dont ils sont Journellement témoins.
t3. Les Pisans, chez <tal l'intérêt mercantile faisait taire souvent leurs instincts d'opposition gibeline.
14. Fulcieri des Calboll, Seigneur de BretUnoro, petit-fils de celui auquel s'adresse cette prophétie,
Beaucoup perdent ainsi la vie et lui l'honneur. '
11 sort couvert de sang de la forêt sauvage "
Et la laisse en si triste et déplorable état
Qu'en mille ans rien ne peut lui rendre son éclal. —
Comme alors qu'on apporte un sinistre message, Celui qui le reçoit, prompt à s'en affliger, Se trouble tout à coup et change de visage, D'où vienne le péril de terreurs l'assiéger ; Ainsi je vis l'autre âme, à ce sombre langage Qu'elle venait, tournée à demi, d'écouter, Manifester son trouble et toute s'attrister16.
Les paroles de l'un, et de l'autre la vue , De connaître leur nom me firent désireux Et , non sans les prier, je m'en enquis près d'eux.
Or, l'Esprit, en premier, dont la voix inconnue M'avait parlé, reprit: —Tu veux savoir de moi Ce que tu ne veux pas que je sache de toi ; Mais la faveur divine, ici qui se déclare, De discours permet peu que je te sois avare : Apprends donc que mon nom fut Guido de Duca *7 , L'aiguillon de l'envie à tel point me piqua Que, si j'eusse en autrui reconnu l'allégresse 1S, Tu m'aurais vu pâlir comme un homme en détresse ; De ce que j'ai semé je recueille le fruit 19.
était, en 1302, podestat de Florence. di Firenxe, nel 1303. » OU. C.
Corrompu par Tordes Noirs, il sévit 16. En songeant k la honte que
cruellement contre les Blancs, parti la conduite de son peUt-Ûls ferait
auquel Dante avait appartenu, mais jaillir sur son nom, jusque-là res-
avec lequel il rompit à la suite de peclé.
ses déceptions comme conciliateur, 17. De Brettlnoro, ville de la Ro-
pour passer définitivement dans les magne, peu distante de Forli.
rangs gibelins, aux veux desquels 18* La gaie science albigeoise, le
les Blancs, parti de juste-milieu, gai savoir ou l'art, la science d'A-
n'étaient pas moins des loups que mour lui était en horreur avant d'\
les Noirs. être initié lui-même ; ce qui s'appe-
16. De Florence, seka selvaggia. lait/am licto, se faire gai.
« Questo predicimento ebbe suo 19. On peut remarquer combien
effetto quando FuMeri fu podettà est grande la différence des chàli-
Kace humaine, pourquoi ton cœur est-il conduit A convoiter des biens excluant le partage î0 ! Tu vois ici Rinier, l'honneur de son lignage , Issu des Galboli, dont aucun aujourd'hui iVhérite des vertus qui brillèrent en lui ". Non-seulement du bien , au bonheur nécessaire Comme à la vérité, qu'on méconnaît sur terre , Ceux de sa race sont privés, entre le Pô Et le mont sourcilleux , là mer et le Réno ; Mais le sol est partout chargé, dans ces limites, De buissons vénéneux , de semences maudites , Et le soc maintenant y passerait trop tard ". Qu'êtes-vous devenus , noble Henri Manard % Vertueux Licio , sage Gui de Carpigne ,
menu infligés par Dante aux transfuges de la secte et aux déserteurs du catholicisme. Les premiers sont plonges dans lés gouffres de l'Enfer, les autres , coupables seulement d'une faute vénielle, ne sont soumis qu'à une expiation temporaire rappelant, dans le Purgatoire, l'aveuglement qui leur fil fermer momentanément les yeux à la lumière.
20. Attendu que tous les biens devraient être mis en commun, comme dans la primitive Église, au lieu d'être accumulés dans les mains de quelques familles privilégiées, et surtout dans celles des gens d'église. (Foy. en. xv, vers 48 et suiv.) Ceux qui voudront ensuite se reporter au Convito iv, 11 et 27 , p. 337 et 351 des Révél., pourront Indiquer à M. Higault, des Débats, qui les y a cherchées en vain, où j'ai trouvé mes preuves du socialisme de Dante; et "M. Fcrjus-Boissard, mon honorable contradicteur au sujet de l'hérésie de Dante, dont il confesse loyalement les idées révolutionnaires et socialistes, le renverra au
lraité iv,ch. H, 12, 13, 14 et 15 de ce même Convito.
21. A plus forte raison l'ancien podestat de Florence, Fulcieri, le chasseur de loups. La famille de Galboli est mentionnée dans la chronique de Parme , dans les annales de Forli, de Cesènc et de Modène.
Voy. Muratori.
22. Il n'est pas besoin de dire, sans doute, que ce bien essentiel à la vérité et à la joie , ben richiesto al veto ed ai trastuUo, est la gaie science, qui ouvrait à la lumière les yeux de l'adepte, et devait lui procurer, comme fidèle d'Amour, le bonheur dans celle vie et dans l'autre. Guido de Duca signifie donc à Dante que les Galboli pnt rompu avec la secte et que, dans toute l'étendue de la Romagne, comprise entre le Pô , l'Apennin , le golfe Adriatique et Bologne, où passe le Réuo, l'influence de l'Église romainc,ses doctrines, renenost sterpi, ont pris do telles racine», qu'il aérait difficile de les extirper.
Pierre Traversaro ? Faut-il qu'ainsi forlignc Le sang des Romagnols et devienne bâtard " ! Quand verrai-je un Fabbro dans Bologne renaître n , Dans les murs de Faenze un Bernardin Fosco, D'un tronc grêle et chélif rejeton noble et beau 25 ! Toscan , de la douleur que je laisse paraître Ne sois pas étonné, quand de Gui de Prata Et d'Ugolin d'Azzo , parmi nous qu'on vanta , Se réveille cbft moi la mémoire si chère ". Quand Frédéric Tignose et sa famille entière Me revient en pensée, et les Traversari, Qui n'ont pas plus laissé que lei Anastagi D'héritiers (les vertus qu'en eux nous honorâmes 27,
23. C'est comme profès de l'Ordre secret, on s'en doute bien, que Manardo de Faenza , Licio de Valbona et Guido de Carplgna, tous deux de Biontefeltro, ainsi que Pierre Traversaro, partisan zélé de Frédéric Il et seigneur de Ravcnnc, dont il fut chassé par les Polenta , sont cités ici avec honneur ; et les Romagnols s'abâtardissent parce qu'ils ont cessé de marcher sur les traces de si dignes modèles.
24. Dans Bologne, où domine maintenant l'élément populaire, dévoué au parti guelfe, en dépit des espérances que le forgeron Lambertuccio avait fait concevoir à la secte, dont il avait embrassé les doctrines. Peut-être Fabbro ou Le Fèvre était-il son nom de famille, car l'Anonyme l'appelle messer Fabro.
Voy. Muratori, Framm. hùt. Pis.
xxiv et Ghirardacci , Stor. di Bologna.
26. Simple ouvrier potier, qui avait acquis dans Faenza la même iufluence que Lamberluccio à Bologne. Ce qui prouve que la propagande sectaire ne s'exerçait pas
seulement dans les hautes classes.
Aussi, l'Anonyme remarque-t-ii qu'après avoir parlé des gentilshommes qui avaient soutenu l'honneur de leur nom, le poète met en relief les hommes d'une condition obscure qui s'étaient élevés à leur niveau.
2G. Che rivette nosco, qui fut des nôtres , qui fut comme nous nn virant, un sectaire. Le premier s'allia à la famille gibeline des Ubaldini du Mugello, le second était de Rimini; mais l'Anonyme constate que tous deux étaient délasse extraction.
27. Ces deux dernières familles avaient été chassées de Ravenne par les Polenta, quoique la seconde leur fût alliée, et leurs descendants avaient probablement renié leurs doctrines religieuses et politiques pour rentrer dans leur patrie; ils étaient restés en arrière, aussi Dante les traite-t-il de gens arriérés, génie diretala. De là leur abâtardissement et la douleur de Guido de! Duca. Voy. Ann. de Korli, p. 143-148, id. deCesènc,p. 1111.
Math. dcGriff.p. 118.
Je pleure, au souvenir des chevaliers, des (James
Des plaisirs, des soucis de ces temps glorieux;
Quand nous guidaient l'Amour, la courtoisie, aux lieux
Où maintenant Je mal dans tous les cœurs fourmille ".
Quand déjà s'est vouée à l'exil ta famille,
Pourquoi, Brettinoro, nc.pas fuir comme ceux
Qui , pour ne pas faillir, se bannirent nombreux i9 ?
Bagnacaval fait bien de ne plus reproduire 80;
Castrocaro fait mal, mais Gonio bien pis,
Lorsque, ayant le passé, tous deux pour les instruire ,
Ils engendrent encore h leurs comtes des fils ".
Les Pagani , sitôt que partira leur Piable f
A bien faire en viendront, mais non tant, toutefois,
Que d'eux reste jamais mémoire irréprochable ".
0 messire Ugolin des Fantoli, je vois
Ton renom assuré , car de ton sang personne
Ne saurait plus ternir l'éclat dont il rayonne " !
28. Rleif de mieux fondé que ces regrets donnés par l'ancien sectaire au temps de la puissance des Albigeois et des Templiers, où la religion de l'Amour et la cause impériale ou la courtoisie , étaient à la veille de triompher; où les chevaliers du Temple et les hauts dignitaires de la secte , anges ou dames, menaient joyeuse vie au milieu des alternatives de succès et de revers; tandis que maintenant ils voient tout en noir , le venin orthodoxe s'étant infiltré dans tous les cœurs; i cuor son fatti malvagi.
29. Pourquoi toute la ville de Berlinoro ne s'est -«lie pas exilée en même temps que la famille des Duca, ses seigneurs, a l'exemple de beaucoup de ses concitoyens qui, plutôt que d'abjurer leurs convictions, per non esser ria, abandonnèrent volontairement leurs foyers ?
Voy. Annales de Forll, de Ccsèneet
l'Hist. de Bologne de Ghirardacci.
30. La lignée mâle des Malàvicini , comtes de Bagnacaval , qui suivaient la bannière guelfe, a bien fait ;de s'éteindre. Voy. Ann. Ces., ' p. 110K Cron. di Bol., p. 286 et 358. Ann. Fort., p. 139 et 17G, et Ghirardacci.
3 1 . Perpétuant ainsi des races ennemies de la bonne cause. Voy. Ann.
Forl, p. 160.
32. Les Pagani de Suslnana, seigneurs d'imola et de Faenza, seront de nouveau des nôtres t lorsqu'ils n'auront, plus pour les entraîner a mal, Maïnardo, surnommé le Diable, tour a tour Gibelin ou Guelfe, au gré de ses intérêts. Mais ils ne sauraient effacer jamais leurs torts antérieurs. (J un. Forl, p. 1C9.) Maïnardo mourut en 1302.
33. Faute d'héritiers de son nom qui puissent le déshonorer, en abjurant la fol sectaire comme les précé-
Mais tu peux , ô Toscan , désormais t'en aller; J'aime bien mieux pleurer maintenant que parler, Tant me serre le cœur l'état de ma patrie J*.
Nous ne pouvions douter que cette troupe amie Nous entendait partir. Gomme elle se taisait, A suivre notre route elle nous induisait.
Quand nous fûmes plus loin et seuls, à notre oreille Une voix retentit, formidable, pareille A la foudre qui fend les airs ; elle cria : « Quiconque devant lui me trouve , il me tuera. » Puis elle se perdit comme un coup de tonnerre, Lorsque crève la nue et qu'en tremble la terre ".
A peine elle eut fait trêve, une autre , avec fracas Tonnant également , se fit entendre encore Et, terrible , jeta ces mots : « Je suis Aglaure , Qui devint pierre un jour". » Je rebroussai d'un pas
dents. ( Voy. sur Ugolin des Fantoli de Ginfrignano, A nn. Fort., p. 162, et Ann. Cet., p. 1 IDG.) Ainsi se termine cette revue rétrospective des loyaux serviteurs du parti anti-catholique et des félons qui avaient déserté son drapeau. L'intérêt qu'elle devait offrir alors se réJuit à nous faire connaître que si, d'abord, la propagande sectaire s'était étendue activement dans la Romagnc, elle avait fini par perdre beaucoup de terrain au temps de Dante, qui ne pouvait que s'en affliger.
34. Je ne sais vraiment pas s'il ne vaudrait pas mieux traduire «im'/ia nostra région la mente stretta .-j'aime mieux faire le papiste que de parler en Olbelin sectaire, tant notre contrée, devenue toute guelfe, m'a rétréci l'esprit.
35. A force d'employer les mesures de rigueur, Rome a fait disparaître l'hérésie de la Romagne ; voilà ce que vient de nous apprendre Gui
de Duca. Or, c'est précisément à ce moment que retentissent ces paroles de Cain (Exod., IV, M), menaçant d'un châtiment pareil à celui du meurtrier d'Abel, ceux qui tuent ou font tuer leurs frères , Albigeois, Templiers, Cathares et autres. Voilà le frein dont il a été parlé au rhant précédent.
36. Cet Aglaurus, ûls d'Érec!ik:c, que Dante, le confondant à dessein avec Aglaure, ûile de Cécrops, quoiqu'il écrive A glauro et non Aglaura, dit avoir été changé en pierre, pour rendre l'allusion plus facile à saisir, fut le fruit de l'inceste. Que l'on se rappelle les Invectives du poète contre Florence, s'enflammant dans les embrassemenis paternels, sa C.»nxone 0 patria degna di l rion (al fama, où il dit que Florence e«i dévorée par Capanéc, Crassus et Agiaurus, et l'on comprendra pourquoi Il a personnifie l'envie haineu.se dans cet homme de pierre ne fai-
Pour me serrer, tremblant, contre mon sage guide : La voix s'était éteinte au sein de l'air limpide ; Kt le potte alors : — Voilà le rude frein Qui devrait retenir l'homme dans" la limite ll ; Mais vous vous laissez prendre à l'amorce maudite Et vous attire à lui l'hameçon du malin ", Sans que frein ni leçon vous guide et vous profite. Le Ciel, qui vous appelle, autour de vous tournant, Déploie à vos regards sa splendeur éternelle; Mais, pour vos yeux, la terre est le but dominant, Et celui qui voit tout justement vous flagelle î9.
sant qu'un avec Madonna Pietra, pourquoi surtout il le met en scène après Gain. Ces deux voix sont tonnantes, parce que celui qui est censé parler ici sous «le nom de Caïn et sous celui d'Aglaurus, ne cessait de tonner contre l'hérésie et dirigeait contre elle les foudres de l'excommunication, puis la faisait livrer au bras séculier, c'est-à-dire aux Croisés ou aux bourreaux.
37. L'homme de pierre et ses suivants, qui, dévorés d'envie et de haine homicide, devraient a voir sans cesse à l'esprit l'exemple de Caïn et
d'Aglaurus.
38. De Satan Aieppe, delV antico avversaro, ne faisant qu'un avec Caïn et Aglaurus.
39. Les biens terrestres, que le sacerdoce devrait avoir en mépris pour ne songer qu'aux choses du
. Ciel, sont au contraire l'objet constant de la convoitise des chefs de l'Église. (Voy. Conxito IV, 27, p. 351 des Rèvél.) Aussi, c'est avec juste raison que Dante, qui lit au fond de leur pensée, chi tutto discerne, les flagelle ainsi cruellement dans sa Comédie.
Entre la troisième heure et celle où naît le jour, Autant s'allonge Tare que la sphère parcourt, Gomme , en jouant , l'enfant qui va changeant de place ,* Autant avait encor le soleil', dans l'espace, De chemin à fournir pour que la clarté fuit. Là, de vêpres c'était l'heure , ici-bas minuit1. Ses rayons venaient donc nous frapper à la face, Car, à l'en tour du mont ainsi toujours marchant, Déjà nous nous trouvions tournés droit au couchant, Quand tomba sur mon front une vive lumière Plus éclatante encor que n'était la première *.
Son aspect imprévu me remplit de stupeur. Mes mains, au même instant, ombrageant ma paupière, Amortirent pour moi cet excès de splendeur.
De même que de l'onde ou d'un miroir limpide Le rayon lumineux qui vient de s'échapper, A l'opposé s'en va directement frapper, A monter, à descendre également rapide, Et de la verticale en s'éloignant d'autant,
1. 1 11 est trois heures, » répon- peuvent y attacher les lecteurs pro-
drait un apprenti Maçon. Il faut fanes. . bien que ces Indications précises des
heures du jour et de la nuit aient 2. 11 a eu soin de nous dire que
leur importance rituelle, pour que la première déclinait au couchant;
le poêle les signale avec tant d'exac- on peut donc être certain que celle-
titude, malgré le peu d'intérêt que ci venait de l'orient.
Comme l'expérience et l'étude rapprend ; D'une lumière ainsi devant moi reflétée Il me parut sentir l'atteinte et, dans l'instant, S'en détourna ma vue avec soin abritée 8.
Quel est, père chéri , cet objet radieux Dont ne peuvent assez se défendre mes yeux » Dis-je , et qui , là , vers nous , il me semble, s'avance ?
Et lui : — Ne sois surpris que ton regard mortel Ait peine encore à voir la famille du Ciel , Sans en être ébloui. Nous somtnes en présence D'un Ange, ici, qui vient inviter à monter. Pareil aspect, bientôt, loin de t'ètfe pénible, D'un plaisir aussi vif saura te délecter, Que la nature a pu rendre ton cœur sensible \
Dès que nous fûmes près de l'Ange du Seigneur, Il nous dit, d'un accent tout rempli de douceur : — Gravissez ces degrés en la roche prochaine, Là , moins roides qu'uilleurs ; moindre y sera la peine. —
Nous nous acheminions sans avoir réparti, Lorsque derrière nous fut chanté : Beati Qui miséricordes sunt, et : Sois plein de joie Toi qui vas, triomphant, du Ciel suivant la voie •.
3. Dans les premiers grades, la 5. Après avoir mentionné . le lumière n'arrive au néophyte que 7 •verset du ch.v de l'Évangile selon par réflexion, pour ainsi dire, à sa- saint Matthieu, pour faire entendre voir , par l'intermédiaire des anges combien les persécutions religieuses initiateurs. sont en opposition avec l'esprit du
4. Tu auras d'autant plus de plai- christianisme , le poète fait une lésir à voir ces missi dominici que lu gère variante au* 11* et 12e ; « Réauras plus le sentiment des bien- jouissez-vous lorsqu'on vous persefaits a attendre de la providence cutera, comme les prophètes qui ont impériale, quanto Satura a sentir été avant vous, dit saint Matthieu, Hdispone; ou si vous aimez mieux: parce qu'une grande récompense qu'ils t'apprendront à comprendre vous attend dans les Cieux. » Dante celte bien heureuse Nature impériale, modifie ainsi ce passage: godi tu Quanto H dispone a sentir Natura. che vinci, c'est-à-dire, réjouis-toi. Notez de plus que l'ange est appelé toi qui triomphas de tes pcrséci»- Messo. tours, et il n'e>l pas besoin d'expli-
Alors le maître et moi, seuls, tous deux nous montions Et je pensai pour moi que ses instructions Seraient, tout en marchant, d'une utilité grande. M'adressant donc à lui sans retard, je demande Ce que de la Romagne entendait cet Esprit Qui nous parla de biens excluant le partage •. Et sa réponse fut : —Connaissant quel dommage Est produit par le mal dont trop tard il guérit 7, Il n'est pas étonnant qu'à le craindre il enseigne, Pour qu'il sévisse moins et que moins on s'en plaigne. Si l'envie est féconde en douloureux soupirs , C'est que précisément se fixent vos désirs Sur ce qui , partagé , de valeur diminue \
quer à qui se rapportent ces paroles.
G. Expression dont s'est servi, dans le chant précédent. Gui de Duca, l'ancien persécuteur, converti, de ceux qui cultivaient la gaie science.
7. Par l'envie persécutrice, par le mal perverso du catholicisme guelfe.
8. Si la valeur des biens terrestres, cet objet de l'envie pontificale, s'amoindrit par le partage, la conséquence à en tirer, c'est que leur morcellement, à l'aide duquel se constitue la propriété privée, est une anomalie a laquelle II importe de remédier, pour le bonheur de l'humanité, et cela en mettant tous les biens en commun, selon l'esprit de la primitive Église. Nous recommandons ce passage à l'attention de M. Rigault, et nous le renvoyons au livre IV, ch. h du Convito, où Dante déclare positivement que les richesses sont « des choses imparfaites, sr ulement en tant qu'elles sont réunies en ia possession de l'homme, »
d'où suit que pour être parfaites elles ne devraient appartenir a per-
sonne. En effet, il ajoute que « l'on retrouve toujours l'iniquité a l'ori ' gine de toute propriété, qu'elle dérive du )\asard, d' héritages, de testaments , du négoce , de services rétribués, de vol et ûé rapine. » Si M. H. Rigault avait bien voulu lire seulement les pages 337 et 38 des Révélations, ii y aurait lu ces preuves de ce que nous appelons le socialisme de Daute, et même de son communisme, s'ii aime mieux. Libre à lui désormais de dire avec W.
Schlegel, triste autorité à vrai dire, s'il n'en a pas d'autre en réserve, que Dante, n'est ni patarin ni soda • liste. II lui aurait mieux valu s'en tenir à Ozanam qui, lut du moins, a fait, comme II le dit, un beau livre, en se trompant de bonne foi. Quant à l'appel qu'il fait à Rome, juge souverain en fait d'orthodoxie, je mn joins à lui de grand cœur, tout prêt à confesser et a abjurer mes erreurs dès que l'infaillible tribunal, complètement informé désormais par les documents qui surgissent de toutes parts, aura prononcé entre le grand accusé et son obscur accusateur.
Mais si vers les hauteurs du Ciel l'Amour divin Emportait tous vos vœux d'une ardeur soutenue, Vous ne vous sentiriez ni fiel ni crainte au sein '. Car là plus disent notre et plus chacun possède, Et plus la charité, qui veut que Ton s'entr'aide, Embrase tous les cœurs de la même vertu <f.
Je suis moins éclairé que si je m'étais tu, Répartis-je , et mon doute en est encore accru. Comment se fait-il donc qu'un bien que l'on divise " Puisse plus enrichir ses possesseurs nombreux, Que si le possédaient quelques rares heureux 15 ?
11 reprit à son tour : — J'excuse ta surprise , ' Car aux objets mondains ton esprit reporté Ne distingue que nuit où brille la clarté ".
Ce bien, seul infini, ce trésor ineffable Dont la source est là-haut, va de même à l'Amour Que sur un corps poli vole un rayon du jour ; Pour autant il se donne immense , inépuisable , Qu'il trouve dans chacun de véritable ardeur. A mesure que sait la charité s'étendre , Avec elle s'accroît l'étemelle Valeur.
Plus sont d'âmes là-haut en Dieu pour se répandre ,
9. Si vous vous conformiez à la il faut bien se servir, pour se faire loi d'Amour, vous ne craindriez pas entendre , de la langue de son de manquer, attendu que vous vous temps.
confieriez en Dieu et en l'amour de lt Dont la jouissance est parta-
vos frères, qui ne vous feraient pas géCf non ia propriété, ne confondons
défaut, comme ces biens que vous pag>
convoitez, biens imparfaits, vu leur * ^ e#y ...
M'....'AM *îo«c ™« «,«5r»e n„ iA ..«/ t2. Dante fait ici la sourde oreille reunion dans vos mains par le toi
et Yiwiquité. à Plais,r-
10. Ainsi, il est bien entendu que 13. Tu te préoccupes de la conslldans la doctrine du ciel sectaire, tutlon actuelle de la propriété que tous les biens devaient être mis en se partagent un petit nombre de nocommun pour que chacun put dire blés et de prêtres, mais c'est précinotre et jouir par indivis de la ri- sèment ce, qu'il s'agit de réformer, chesse de tous, constituant le fonds et ce qui deviendra clair à tes yeux social ou la fortune socialiste, car lorsqu'il en sera temps.
Plus on est pour aimer, plus on aime en effet : Tel un miroir renvoie à l'autre son reflet1*.
Si ma réponse encor laisse ta faim vivace , Tu verras Béatrice, elle saura tarir, Sur ce point et maint autre encore , ton désir ". Fais en sorte, dès lors, que de ton front s'efface, Gomme ont fait deux sur sept, cette quintuple trace D'un mal qui, pour guérir, veut qu'on en ait douleur ". . J'allais dire : Tu m'as instruit, je te rends grâce , Quand je vis que j'avais déjà sur la hauteur Atteint l'autre pourtour, et mon impatience D'y promener mes yeux me retint en silence.
Là, mon esprit, bientôt en extase entraîné, Fut d'une vision soudaih illuminé.
A mes yeux s'offre un temple où sont plusieurs personnes, Une femme en franchit le seuil qui, d'un ton doux, En mère, dit : «Mon fils, quoi! tu nous abandonnes ! Pourquoi donc as-tu fait de la sorte envers nous? Nous te cherchions ton père et moi, pleins de tristesse l7.»
M. De même que la grâce d'en à tort qu'on noua a reproché d'avoir
haut s'épand du foyer commun sur cherché un titre à effet, quand nous
la foule des élus en proportion des avons donné à nos Révélations celui
mérites et de l'amour de chacun, de de Dante hérétique, révolutionnaire
méme,8ur la terre, les richesses.cons- et socialiste. On peut voir mainte-
tl tuant le fond social, se distribue- nant combien nous étions bien fondé
ront en raison du cèle et des services à le faire , si bien que nous n'avons
des fidèles d'Amour; ce fond social, pas une éplthète à en retrancher.
valeur éternelle, qui ne saurait s'a- 15. La doctrine sectaire elle-
moindrir par le morcellement, ira même, incarnée dans Béatrice, te
au contraire augmentant sans cesse, révélera clairement ce que je ne
en raison du concours unanime de saurais t'expliquer que par des pa-
ceux dont un amour mutuel fécon- rôles détournées,
dera d'autant les efforts, ayant pour 16. Gomme tu ne pourras voir
but commun le bonheur de tous. dans tout son éclat la lumière dont
Ozanam était donc dans le vrai rayonne Béatrice qu'autant que tu
lorsqu'il disait, sans se soucier tou- auras répudié tous tes antécédents
tcfois d'en fournir la preuve, que profanes, hâte-toi de dépouiller les
Dante avait « devancé les novateurs dernières traces du papisme,
les plus hardis de nos Jours, » c'est- 17. Paroles adressées à Jésus par
à dire les saint-slir.oniens. C'est donc laVierge, lorsqu'elle le retrouva dans
CHAKT XV. 4^8
Et, dans le même instant, comme la voix se tat, Ce qui frappait mes yeux tout à coup disparut.
Une autre femme alors que la douleur oppresse, Dont les pleurs, le courroux entrecoupent la voix, Se montre à moi, disant: «S'il est vrai que tu sois Le maître en la cité de tout savoir la mère , Venge-toi, Pisistrate, et punis l'insolent Qui de ses bras pressa ta fille , notre enfant. »
J'entends alors l'époux qui, d'un ton débonnaire, Lui répond , en gardant un visage serein : «De grâce à qui nous hait que pourrons-nous donc faire, S'il faut sur qui nous aime appesantir la main u ? »
Puis, j'aperçus des gens enflammés de colère Assaillir un jeune homme et, sous des coups de pierre L'accabler, en criant : — Lapidons, lapidons ! Quand déjà le glaçaient de sinistres frissons , Je le vis, pour mourir, s'incliner vers la terre : Mais toujours il levait au Ciel ses yeux en pleurs; Priant Dieu, de cet air douloureux et sincère Qui semble à la pitié fait pour ouvrir les cœurs, De daigner pardonner à ses persécuteurs 19.
le Temple discutant avec les docteurs vieillie. Je doute que rien puisse être
(saint Luc, Il , 48). Avis à l'Église plus clair. Et M. Rlgault est-il bien
romaine de ne pas se montrer plus fondé à trembler de crainte que mon
8évère envers ceux qui l'abandon- livre ne soit mis ô l'Index pour avoir
nenl pour le Temple que ne le fut démasqué un ennemi de l'Église,
Marie à l'égard de son fils. Quoi de méconnu par elle-même, qui l'ad-
plus éloquent à la fols eta de plus mirait comme un de ses enfants t
hardi? Celui qui se permet un pa- 18. Celui qui est maître en la cité
reil rapprochement est-Il, ou) ou d'où rayonne toute la science chré-
non , un hérétique ? Comprenez bien , tienne, onde ogni scienxa disfavilla,
l'Albigeois , le patarin , qui aban- doit-il se montrer plus eruel qu'un
donne l'Église, sa mère, est comparé tyran païen et sévir contre eeux
Par le porte h Jésus, enfant inno- dont tout le crime est l'amour?
cent, éclairé d'une lumière surna- 19. De persécutée qu'elle était
lurelle, quittant Marie, sa mère, pour l'Église est devenue persécutrice à
aller dans le Temple faire preuve de son tour, et c'est elle qui crie au-
*a raison contre les docteurs juifs, jourd'hui, marftro, martim, contre
contre les défenseurs d'une loi ceux qui n'adoptent pas tous ses
Quand, revenant à soi, mon âme, encor troublée, Fut rendue aux objets réels, extérieurs, Je reconnus n'avoir en rien songé d'erreurs *\ Mon guide qui me vit la démarche ébranlée, Gomme un homme au sommeil qui vient de s'arracher Me demanda : — Qu'as-tu que tu ne peux marcher ? Tu viens, les yeux voilés, de faire plus d'un mille, Traînant tes pieds pesants, comme celui qui, pris De vin ou de sommeil, sur ses genoux vacille ".
Si tu veux m'écouter, père que je chéris , Tu sauras à mes yeux quels spectacles s'offrirent, Quand mes jambes ainsi sous moi s'appesantirent.
Cent masques, reprit-il, couvrissent-il tes traits, Que pour moi tes pensers n'auraient point de secrets 2!. Ce que tu viens de voir t'apparut, ne t'abuse, Pour que , de ce moment, tu restes sans excuse Si ne s'ouvre ton cœur aux effluves de paix De la source étemelle épanchés à jamais ". Je n'ai pas demandé : qu'as-tu? comme eût pu faire Qui seulement observe avec l'œil qui s'éteint,
dogmes. Gomme saint Etienne, Jes fidèles d'Amour tombent sous ses coups en priant le Ciel de lui pardonner sa cruauté ; mais je préviendrai qu'on peut tout aussi bien traduire : En priant le Seigneur de pardonner de la même manière que pardonne dame Piété. Con quello aspetto che Pietà disserta; ce qui est bien plus en rapport avec le caractère du poète.
• 20. C'est-à-dire que cette prétendue vision a été mise en avant pour exprimer des vérités qu'il était prudent de laisser seulement entrevoir, non falsi errori.
21. Peut-être faut-il voir ici une allusion au bandeau dont, à certain moment, on couvre les yeux du
néophyte qui se trouve ainsi ralenti dans sa marche.
22. Les hauts initiés savent dégager la pensée réelle sous tous les voiles dont l'allégorie peut les couvrir.
23. Sommation à Dante de suivre le drapeau de la monarchie dérivée de Dieu, opérant à son exemple, ne relevant que de lui et seule capable, en tenant en bride rois et peuples, de donner la paix au monde, de rendre bonne justice à tous , de mettre enfin un terme aux persécutions 4e Rome contre ceux qui abandonnent l'Église pour le Temple, et dont le seul crime est l'amour, pour lequel ils sont martyrisés sans pitié. Yoy.
son traité de Monarclria, p. 4 H et sulv. des Révél.
Alors qu'inanimé le corps gît sur la terre ; J'ai parlé pour qu'aux pieds la vigueur te revint, Et c'est ainsi qu'il faut, lorsque leur sommeil cesse , De ceux qui sont trop lents stimuler la paresse, Afin que de la veille ils sachent profiter ,4.
Autant que nos regards au loin pouvaient porter Nous allions attentifs , l'ombre alors étant proche, Faisant face aux rayons qui brillaient sur la roche ; Quand, venant par degrés, bientôt se rassembla, Gomme la nuit obscure , une épaisse fumée. Pour nous en garantir nul abri n'était là; L'air nous manqua, la vue aussi nous fut fermée ".
24. Une fois ses yeux ouverts à la a antre chose en tournant le dos à lumière, par l'enseignement sec- l'Orient, et les fumées d'une aveugle laire.l'initié doit redoubler d'énergie, colère devaient naturellement se pour contribuer de tous ses efforts au joindre aux ténèbres de l'ignorance, triomphe de la liberté et de la raison , pour les augmenter encore, au modans le but d'arracher l'humanité à ment où s'éclipsait , dans ces mal-
' cette torpeur qui la fait cheminer heureuses contrées de l'Occident,
dans l'ombre comme un homme soumises à l'autorité de Rome, le
pris de vin ou de sommeil, et de lui soleil de la libre raison. Les deux
procurer la paix, sous l'égide impé- voyageurs avaient donc tout motif
riale. Après la contemplation, Tac- d'observer attentivement au loin ,
tion. pour ne pas s'égarer parmi tant
d'obscurité, en s'e x posant étourdi -
25. Ils ne pouvaient pas s'attendre ment à une colère redoutable.
Des ombres de l'Enfer la ténébreuse horreur, D'une orageuse nuit la morne profondeur, Sous un ciel partout sombre et veuf de toute étoile, N'étendirent jamais devant mes yeux un voile Aussi dense que là, celui dont, chargeant l'air, Venait de nous couvrir cette fumée épaisse Et ne me fit sentir autant d'âpre rudesse '. Je ne pus , en effet , demeurer l'œil ouvert , Et mon guide chéri , toujours si bénévole , Se rapprochant de moi, me présenta l'épaule *.
Ainsi que va l'aveugle , en suivant pas à pas Son guide, pour ne point dévier de sa route Ni heurter qui le blesse ou cause son trépas * ; Ainsi , dans cet air. Acre et sous sa lourde voûte, J'avançais , écoutant mon guide répéter : — De moi , surtout prends garde à ne pas t'écarter \ —
1. Le courroux de Rome est plus front les dogmes de l'Église, de dore rude à supporter pour le poète que di cosso contre elle, sûrs qu'ils l'ignorance qu'elle répand autour étalent alors de trouver casa che li d'elle, ce qu'il est bon de noter. molesti o forse ancida. Rien donc
2. Le langage mystérieux de la de plus en situation que cette comdoctrlne secrète se prétait non moins paraison de l'aveugle obligé de checom plaisamment à lui venir en aide miner avec la plus grande circonscontre le courroux des maîtres que pection.
contre l'ignorance des disciples. 4. Le langage allégorique est
3. Il y avait en effet danger d'être d'autant plus indispensable que la molesté et même mis h mort pour matière à traiter est d'une nature ceux qui s'avisaient de heurter de plus délicate, dans une atmosphère
CHANT XVI. 48fT
J'entendais , implorant paix et miséricorde,
Des voix pieusement chanter l'Agneau de Dieu
Qui remet les péchés dont on a fait l'aveu.
De leur prière Agnus Dei faisait Texorde §.
Tous ne formant qu'un vœu, l'exprimaient d'un seul mot •
Tant semblait les unir la plus grande concorde \
Entends-je des Esprits , maître ? dis-je aussitôt. — Tu ne t'abuses pas, reprit-il , la colère Chez eux s'expie ainsi par un retour sincère. ~
Toi qui t'en viens fendant notre fumée ainsi Et qui parles de nous tranquillement ici, Gomme si , sur la terre , encore par calendes Se divisait pour toi le temps , qui donc es-tu ?
Ainsi parle une voix. Le maître , qui s'est tu, Reprend alors : — Réponds, pour que tu lui demandes De cet endroit, plus haut, si nous pouvons monter.
Je pris donc la parole et dis : — 0 créature, Au sein de ton auteur qui , pour retourner pure , Te laves en ces lieux, veuille nous escorter, Et certes tu seras surprise à m'écouter !
Autant qu'il m'est permis , je te suivrai docile , Reprit-on ; la fumée empêche de se voir, Mais à nous rapprocher, l'oreille peut pourvoir 0.
amère et souillée de sang, amaro e 6. Paeem. Ainsi répondait Dante sozxo, et le poète doit maintenant au moine del Corvo : Paee. s'en écarter moins que Jamais. 7. Les partis sont généralement 5. I*ur prière implorait la paix unis tant qu'il s'agit de renverser, sous l'égide de la monarchie; car c'est lorsqu'il é'aglt de reconstruire après cet etorde trois fois répété : que la division éclate dans leura A gnus Dei, qui tollis peccata mundi , rangs. Celui-là n'avait d'espoir que viennent ces mots : dona nobis pa- dans son Messie, l'agneau de Dieu ci»; or, le'TraitéDeJfonarcfuan'a qui devait anéanUr dans le pape d'autre but que de prouver l'impos- l'auteur de tout mal. sibilité d'arriver au règne de la Jus- S. A l'aide du langage conventionnée et de la paix autrement que par nel , qui procurait le moyen de se délc rétablissement de l'Empire , le gager des Mena de la colère romaine, règne de l'Église ne produisant que d'iracondia $olvendo il nodo ; d'où la guerre et l'Iniquité. « tult que ces àmea n'ont pas péché
Sache donc que là-haut, dis-je, avec cette argile Que la mort doit dissoudre, euveloppe fragile, Après avoir passé par l'infernal manoir, D'ici je me dirige • ; et si Dieu de sa grâce A daigné m'entourer pour un si long espace ; S'il veut, par un chemin hors d'usage aujourd'hui , Que j'aie à voir sa cour, dont l'amour est en lui la, Tu n'hésiteras pas à m'apprendre, peut-être, Qui tu fus sur la terre, et me feras connaître Si ce chemin nous mène où nous devons gravir : De guide ta parole ainsi peut nous servir.
Je fus Lombard , et Marc sur la terre on m'appelle 4I ;
par colère, mais ont eu à pâtir dos emportements de Rome.
0. Notez que con quella fascia ehe la morte dissolve , peut tout aussi bien signifier : à l'aide de celte enveloppe orthodoxe, qui met en défaut la cour de Rome, qui réduit à néant, discioglie, cette Mort dont la piété est ennemie de la raison.
10. Dante tient à constater que c'est en dehors de l'usage moderne, fuor del modem' uso, qu'il traite de l'initiation, dans un poème où son langage parait se conformer en tout aux doctrines de la religion dominante; donnant ainsi à entendre qu'il agit en cela conformément à l'usage antique et marche sur les traces des anciens chantres des mystères : Orphée , Homère , Hésiode, Virgile, etc , dont les compatriotes récitaient les vers sans en comprendre le sens secret. Dans quel temps de l'anUquité était-il d'usage de visiter vivant la cour céleste? Mais traduisez aussi que le poète compte bien voir dans Rome une toute autre cour que celle qui y règne ; c'est pour atteindre ce but qu'il demande s'il a pris la .bonne route en composant la Comédie ,
dimmi s'io vo bene al varco.
11. Les commentateurs, qui n ont garde de se douter que les Albigeois Cathares ou Tartarins étaient désignés par le nom de Lombards, parce qu'ils étalent en grand nombre en Lombardie, où beaucoup s'étaient réfugiés de la Provence , s'étonnent que Dante appelle ainsi un noble Vénitien ; mais on voit qu'il avait ses raisons pour en agir ainsi. L'eûtil dit Latin , il aurait été tout aussi bien compris par les siens. L'annotateur du Cod. Caet. dit que ce Marc, fuit multum gratus dominis de Lombardia , c'est-à-dire à la famille de Can de la Scàla , ce grand khan des Tartarins, et, chose singulière, L. Portirellî (Comm., Milan, 1804), sans qu'on l'en ait cru, voit, dans le vénitien - lombard Marco, le célèbre voyageur Marc-Pol, qui visita, vers ce temps, la cour du khan des Tartares, et dont on peut dire qu'il connut le monde, del mondo seppe , l'ayant longtemps parcouru. Un rapprochement assez curieux serait a faire de ces indications sommaires avec la lettre d'Y von de Narbonne rapportée par Mathieu Paris , année 12 i3 ,
J'ai vu, connu le monde, et j'aimai, plein de zèle, Ce bien vers qui si peu tendent encor les bras ,J. Pour monter tu n'as point à détourner tes pas IS. Ainsi répondit-il. De prier je t'adjure Pour moi, dit-il encor, là-haut quand tu seras4*. Je repris aussitôt : — Sur ma foi l6, je t'assure , Comme c'est ton désir, de faire à ton égard; Mais un doute est en moi , d'une telle nature , Qu'à moins d'en étouffer je dois t'en faire part. Simple d'abord, voilà que ton dire, à cette heure, Est venu le doubler, en semblant confirmer Ce que d'ailleurs j'avais pu déjà présumer1*.
au sujet de ces Tartares qui prétendaient aller en pèlerinage a Saint- Jacqurs deCompostelle, ad sanctum Jacobum in Galitia, (en passant par Toulouse bien entendu). ( Voy. pag.
100 et 1 1 8 des Révél. et la note 20 du cb. i de l'Enfer.) Mais qu'il soit compris dès à présent que, pour nous, )V lombard Marco, aulicus et nobilis homo 'vPost. Caet.), c'est-à-dire Gibelin et membre distingué de la noblesse sectaire, est incontestablement le célèbre voyageur vénitien qui, né en 1250, ne mourut qu'eu 1323, et avec qui Dante, qui l'appelle Marco mio, se lia d'amitié à la < our de Vérone.
12. Ce bien, quel valore, valeur suprême, est la monarchie impériale dont les partisans, alors découragés, avaient mis bas les armes , disteso Varco ; nous avons signalé plusieurs fois le sens mystérieux de ce mot valore. Le monde que le Vénitien prit en dégoût, après l'avoir connu, pour se rattacher au bien suprême»
est celui sur lequel règne Satan aleppe , par allusion aux paroles de l'Évangile qui appelle Satan, prïwceps mundi ; car, pour Dante , le prince du monde est celui qui commande urbt et orbi. Libre aux com-
mentateurs d'entendre qu'au xiir* siècle personne ne songeait plus à Dieu et que Marc , qui n'en est pas moins en Purgatoire , l'aimait pardessus tout , parce qu'il connaissait le monde régi souverainement par l'autorité catholique.
13. Tu es dans la bonne voie, car tu tournes le dos au monde orthodoxe, et tu parviendras ainsi, de grade en grade , à contempler la lumière dans tout son éclat, et à voir la cour impériale remplacer la cour de Rome.
14. Cette recommandation de prier pour lui ne doit elle pas s'entendre, de même que toutes celles qu'il s'est fait adresser jusqu'ici par les âmes du Purgatoire , comme une invitation à un co-sectaire de prier dans le même sens , dans les mêmes temples , dans la même langue et dans le n éme but , à la place et non pas en faveur de celui qui parle ? .
15. Sur notre foi commune , per fede; ou je te promets de faire, pour notre foi, ce que tu désires ; car on peut traduire dans l'un et l'autre sens.
I6i En rapprochant ces paroles de celles des divers personnages de
430 LE PURGATOIBE.
Il est, hélas ! trop y rai que le monde demeure,
Gomme tu me l'as dit, dénué de vertus ,
De malice rempli , couvert de plus en plus " ;
Mais, je t'en prie, au moins indique-m'en la cause,
Que je puisse Ja voir, aux autres la jnontrer,
Car l'un la place au Ciel, l'autre en bas la suppose.
Je l'entendis d'abord de douleur soupirer, Et , poussant un hélas ! il me répondit : — Frère [\ Le monde est bien aveugle, et, l'on n'en peut douter, C'est de lui que tu viens ", Vous qui vivez sur terre , De toute chose au Ciel vous voulez reporter La cause , comme si , d'une loi nécessaire , Tout, mû par lui , devait d'après lui graviter. S'il en était ainsi , chez vous le libre arbitre En vous serait détruit ; le bien serait sans titre Pour avoir récompense, et le mal châtiments. Du Ciel , l'impulsion vient à vos mouvements , Je ne dis pas à tous ; mais , en l'admettant même , La lumière est en vous pour le mal et le bien ; Puis le libre vouloir, d'autant meilleur soutien Qu'en ses premiers efforts, si sa peine est extrême Pour résister au Ciel, plus ferme il en devient Et peut tout vaincre, à l'œuvre alors qu'on l'entretient *•.
la Comédie, qui lui. ont signalé la fester, d'un soupir, transformé en
double autorité spirituelle et tempo- hui. Vous n'y comprenez rien, n'est-
relle.exercée paries pontifes romains ce pas? Eh ! bien, écrivez en lettres
comme la cause de tous les maux de pointées, à la manière des Francs-
l'humanité. maçons, H. VI., et peut-être sau-
17 . Seppi del mondo , Marc n'a rez-vous y lire ; Uenricus YJ, le rien dit de plus; mais il n'en fallait sixième empereur de ce nom, Yarco pas davantage à Dante pour com- sesto du ch. xxi de l'Enfer. Mais prendre que, sous le prince de ce non, c'est un système absurde, Dante monde, il ne pouvait se rencontrer n'était ni Templier ni Franc-maçon, qne malice et perversité. 19. De ce monde qui subit aveu-
18. Frate, frère en religion , ap- glément la lui du chef de l'Eglise partenant au même Ordre , a la romaine, loi que toi-même as suivie même secte. Marc Pol est si bien un comme Guelfe,
frère qu'il lui suffit, pour le rnanl- 20, Dante ne croyait, que jusqu'à
. Libre, l'homme est soumis , en l'humaine demeure, A puissance plus grande, à nature meilleure11. L'esprit, qui pense et veut, elle le crée en vous, Et le Ciel n'en a cure ". Ainsi donc, h cette heure, Si le monde s'égare , en vous seuls , pauvres fous, En est la cause ;" ailleurs c'est à tort qu'on la place. Écoute, et je saurai te mettre sur la trace *\
Des mains de son auteur qui , premier qu'elle soit f D'un regard bienveillant tendrement la caresse, Comme la jeune fille, en ses jeux que l!on voit Passer étourdiment du rire à la tristesse , L'âme sort ingénue , encor ne sachant rien, Sinon qu'elle a surgi d'où dérive tout bien, Et qu'avec abandon elle se sent portée Vers celui , quel qu'il soit, dont elle est délectée":
on certain point aux inflences planétaire» , aoxqoellea Marc sembla faitre ici allusion. Son but est de mettre en opposition la raison, flambeau du libre arbitre , et l'autorité de ceux qui parlent au nom du Ciel.
Car dans le langage areane il y avait CieJ et Ciel. Or, la raison et la volonté , pour peu qu'elles soient constantes dans nne résistance d'abord pénible, doivent finir par triompher de l'autorité, qui tous donne seule dans ses écoles les premiers enseignements, i vostri mort menti initia.
21. Lorsqu'une fois l'homme s'est affranchi du joug de cette autorité qui parle an nom du Ciel, il est soumis à la loi providentielle de l'Empire, cette Nature par excellence, Natura migliore. C'est cette Nature bienfaisante qui forme l'esprit, qui crée (Intelligence de ses fidèles, dont l'Église catholique ne prend nul souci, che 'l ciel non ha in tua cura; remarquez que là il ne s'agit pas encore de l'àme , dont il
va être question tout à l'heure, et que le poète a bien sehi de dire que cette excellente Nature cria ta mente in voi,
22. Le ciel orthodoxe, autrement dit les chefs de l'Église romaine; de même que le elel sectaire, en anta* goniame avec loi , se compose des hauts dignitaires de l'église oc* culte.
23. Si les hommes se laissent égarer par les princes du monde* à eux la faute, puisqu'ils ont l'esprit pour penser et le libre arbitre pour choisir entre le bien et le mal.
24. Tel est l'aspect que la toile nous oifre à l'endroit , letournonsla pour l'examiner un peu à l'en* vers. Oh! alors la scène change, voyez plutôt : « L'Ame simplette du néophyte, qui apprend à connaître messlre Néant, {nulla et mente se valent) est traitée par l'initiateur représentant de L. VI. , traduisez vous-même, comme une petite fille qu'il faut former .peu à peu t cette innocente dit commo le Maçon ; J'ai;
Du plus chétif , d'abord , la charme la saveur ;
Elle court après lui f facilement tentée ,
Si ne sait guide ou frein maîtriser son ardeur.
Sur terre il fallut donc des lois pour freiu durable ;
Il fallut donc un roi qui , veillant nuit et jour,
Et dominant de haut la cité véritable ,
En signalât aux yeux la principale tour".
Il est des lois , oui ; mais qui leur prête main-forte ?
Personne. Le pasteur que , simple et confiant,
Suit le troupeau, peut bien ruminer; mais qu'importe,
S'il n'a l'ongle fendu " ? La foule alors voyant
Que le mets tentateur auquel son guide aspire
Est celui qu'elle-même avidement désire,
S'empresse à s'en repaître et n'a d'autre souci î7.
pleuré et ri; mais elle apprend aussi à connaître la vérité venue del'Orient:
saL.V.O. , traduisez : sa La Vérité Orientale , car elle est formée par un Maître en la gaie science ; et, comme elle est charmée de ce qu'elle apprend , elle y revient volontiers. Elle a diverses épreuves à subir : dans lesquelles ce bien suprême lut arrive peu a peu, pteciol bene; car on a soin d'y mêler quelques erreurs , par prudence , quivi s* inganna, jusqu'au moment où elle subit définitivement la loi d'Amour, qui devient son guide.
Eh bien ! qu'en diront les braves gens qui se pâmaient d'aise à l'idée de cette Innocente, sortant des mains du joyeux compère , dans lequel ils voyaient Dieu? Pauvre M. Aubert !
et le pèlerin dantesque M. Ampère, que dlra-t-il à son retour d'Ame- .
rique? C'est à se faire Dominicain.
25. Il semblerait qu'une âme du Purgatoire, et le poète prétendu orthodoxe qui la fait parler, devraient mettre en première ligne, comme règle et comme frein , la religion et
ses pontifes. Mais la loi étant la raison écrite, elle devait l'emporter aux yeux de ceux qui voulaient subordonner le pontife an monarque universel , phare de leur nouvelle Jérusalem.
26. Le pape et son clergé prêchent bien, mais agissent mal; leurs actes sont en contradiction avec la doctrine du Sauveur. Selon les commentateurs, fissa ungula ad mores, ruminatio ad sapientiam pertinet. Mais Dan le n'a certes pas voulu dire que le clergé catholique eût la sagesse, moins les mœurs ; il se serait bien gardé de concéder la majeure. On va voir qu'il est trèsfacile de pénétrer sa pensée : « Vous considérerez comme impures, les bêtes qui ruminent , mais dont la corne n'est pas fendue, » est-il dit au Lévltique xi, 4, et voilà, sans commentaire, les chefs de l'Église taxés d'impureté, aussi perfidement que possible, avec un texte de l'Écriture.
27. L'exemple des pontifes fait que chacun convoite a l'envi ces
Tu peux facilement ^apercevoir ainsi Qu'une direction fausse, mal entendue, Non la nature en vous qui se soit corrompue, A seule fait le monde et méchant et pervers l\ Rorâe, en le rendant bon, qui régit l'univers 2% Eut jadis deux soleils, dont la vive lumière Montrait les deux sentiers du Ciel et de la terre ; Mais l'un éteignit l'autre, et de là natt le mal ". L'épée est réunie au bâton pastoral ; Or, quand de vive force il faut qu'on les rassemble , Dans une même main ils ne vont guère ensemble : L'un ne peut craindre l'autre, ainsi tous deux unis11. N'en crois pas mes discours , mais regarde aux épis , Car toute herbe se peut connaître à la semence *\ Dans le pays qu'arrose et l'Adige et le Pô Brillaient et courtoisie et valeur et science , Avant que Frédéric eût noise pour l'anneau ".
biens temporels qui excluent le partage.
28. Les papes sont donc la cause de tout le mal et c'est avec raison que le temps présent, leur ouvrage, a été représenté dans l'Enfer sous la figure d'un vieillard, les yeux tournés vers Rome, son miroir, c'est avec raison qu'il a été dit : Il capo reo il mondo torca. Le mauvais gouvernement des pontifes, la mala condoita, a rendu le monde pervers, è la cagion che fl mondo ha (alto reo, et 11 ne pouvait en être autrement , puisqu'il suivait la loi de Rhéa; mais ce n'est certainement pas la faute de la providence impériale, de cette Nature dont le principe incorruptible ( st antérieur et supérieur à celui de la puissance pontificale.
20. L'ancienne Rome, qui rendit le monde bon, che H buon mondo feô , dit le texte ( votj. le traité de
Monarchia); tandis que la Rome pontificale l'a perverti.
30. L'autorité du pape a absorbé celle de l'Empereur, inde mali labes.
31. Est-Il besoin de dire quel est, dans la pensée du poète, celui qui doit craindre l'autre , lorsqu'on sait lequel des deux faisait eneore tout trembler au moment où 11 écrivait?
32. Juge au résultat ce qu'a produit l'usurpation pontificale.
33. Avant la querelle des Investitures, dans laquelle Frédéric 11 tint tête à Innocent 111, la Lombardle, remplie d'Albigeois et de patarins, était toute sectaire et impérialiste, valore se référant au spirituel, et cortesia au temporel, a la curie, comme dit Dante dans le Vulg. eloq. i, et dans le Convito u, Il (rot/, p. 402 des Révél.). « Dans toutes les villes de Lombardic et de Provence , dit l'inquisiteur Ranieri ,
Mais quiconque, prenant des gens de bien ombrage, Par là ne passait plus, pour ne pas les hanter, Peut maintenant sans crainte y faire un long voyage1*. Il eu est néanmoins trois encore à compter, Nobles vieillards en qui se survit l'âge antique, Faisant honte au nouveau, Dans son sein pacifique Ils regrettent que Dieu les rappelle trop tard. C'est Conrad Palazzo , le vertueux Ghérard , Et Guido du Castel, que mieux encore on nomme, Comme en France l'on dit, le simple et bon Lombard *\ Crois donc dorénavant que l'Église de Rome , Pour tenir confondus deux pouvoirs différents, Tombe dans le bourbier, s'y salit et sa somme *•. Oh ! dis-je, cher Marco , ce que de toi j'entends
contemporain de Frédéric 11, il y a plus d'écoles pour les hérétiques que pour les théologiens, et plus d'auditeurs patarins que de catholiques. Leurs apôtres prêchent dans les marchés, dans les champs, dans les malsons particulières. » Hist. of tkt Cruiads agaimt ihe Âlbig. Londres, 1826. Voy . Enfer, ch. i, not. 20.
34. Les catholiques timorés qui craignaient de traverser la Lombardie de peur de se trouver en contact avec des hérétiques (les gens de bien), peuvent y passer maintenant en toute sûreté, tant les temps sont changés. Au temps de Frédéric 11, l'hérésie, au contraire, avait de nombreux sectateurs dans la Haute-Italie, d'où elle s'était répandue jusque dans les villes de l'État romain.
Voy. Hurter, Vie d'Innocent 111, 1. 111, p. 10 et 34. Sismondi, Hist.
des Français, t. VI et VII, et la note 33 ci -dessus.
35. Le premier de Brescia, le second de Reggio de Modèoe, et le troisième de Trévise , s'il s'agit réellement deGherard de Camino. Dante
le désigne à la française, franc* camente, par le nom de Lombard, pour qu'on n'ait pas à se méprendre sur le culte qu'il professait, ainsi que le lombard-vénitien Marco, pour laraleur et la courtoisie. « On donnait divers noms en France, aux patarins d'Italie j ils étalent appelés A Itoatoi* de la ville d'Albi, et lombards, parée que leur religion flortesait surtout en Lombardie. » (J. Léger, Hist. des églises Taudoises.) D'où résulterait que notre rue des Lombards aurait donné asile, dans l'origine, au\ Italiens réduits à s'expatrier comme suspects d'hérésie.
36. Les deux pouvoirs temporel et spirituel étant un fardeau trop lourd pour l'Église de Rome, il s'agissait d'abord de lui enlever le premier; et le poète s'en exprimait hautement, non sans faire en cela preuve de courage. Quant à l'autre, il y prenait plus de précaution, bien certain du reste que, une fols maître, l'Empereur, qu'il appelait de ses vœux, ne laisserait pas la somme à qui l'avait salie.
CHAUT XVI. 4Jf5
Est plein de vérité. Désormais , je comprends Par quel motif, jadis , de Lévi le lignage Se vit , en Chanaan, exclure du partage ,7. Mais quel est ce Ghérard que tu viens de citer, Débris des bons éteints, qui semble subsister En reproche vivant à ce siècle sauvage?
Ou ton discours m'abuse ou tu veux me tenter, Reprit-il, car étant Toscan, à ton langage, Pour toi le bon Ghérard semble en vain exister; Mais de Gaia, sa fille, à moins de l'emprunter, Par nul autre surnom je ne sais le connaître »\ Que Dieu soit avec vous ; je ne dois pas rester Près de vous plus longtemps. Tu vois déjà paraître
37. Le clergé ne devrait pas être propriétaire, par le même motif qui lit que les lévites n'eurent que la dime des terres partagées entre les autres tribus. Aussi, pour les gens d'église surtout, séculiers ou réguliers, la propriété, qu'elle dérive de legs, d'héritage ou de toute autre source, repose sur l'iniquité, comme il est dit dans le Comito, IV, 1 1 .
Yoy. p. 335 des Révél.
38. Comment, pas même par le pays qu'il habitait, en l'appelant Ghérard de Camino ou de Trévise ?
Le lombard Marco, de Venise, fait l'éloge du lombard Ghérard, qu'il appelle il buon Gherardo, rien de plus naturel ; mais le père de cette Gala, citée là comme une merveille, a bien l'air d'avoir été tout bonnement le protecteur de la gaie science, c'est-à-dire des Provençaux ou troubadours albigeois exilés en Lombardie, et le père de la Manto trévisane. Gaia, gaie, est un bien singulier nom, et il est fort douteux qu'aucune femme l'ait jamais porté; d'autant plus que l'ami anonyme de Dante, son premier commentateur,
dit de cette prétendue fille du bon Ghérard, qu'elle « était connue dans toute l'Italie en ce qui touche les délectations amoureuses, eirea le dilettaiioni amorosc. Cela s'entend fort bien de la religion de l'Amour, mais ne constitue rien moins qu'un éloge pour le père et pour la fille, s'il faut le prendre à la lettre. Benvenuto d'imola va plus loin encore en disant de cette Gala : « Véritable Trévisane, d'une nature très-amoureuse. » Fort bien, mais quelle était la nature de cet amour ? 11 ajoute qu'elle se prétait à rendre à son frère Richard de Camino des services complaisants dans ses intrigues amoureuses. Or, en admettant le fait, ces intrigues étaient certainement tout autres que le supposait Benvenuto, car il est évident que, dans la pensée du poète, le père avait maintes raisons d'être fier de 6a fille, non moins bonne lombarde que lui-même. Tiraboschi ne parle de celte Gaia que d'api es Danlc et comme auteur de poésies -, à la bonne heure, mais alors ce seraient des poésies amoureuses.
A travers la fumée un rayon argenté, Gomme l'aube, au matin, perçant l'obscurité; De l'Ange ainsi, tout près, s'annonce la présence. Je dois partir M. — Alors, prenant d'autre côté, 11 ne me voulut plus accorder audience.
30, Il est assez singulier que ce personnage, le seul que Dante mette en scène à l'étage où s'expie le péché de la colère, prenne ainsi brusquement congé, sans 8 'expliquer sur le motif du châtiment qu'il subit II aura pensé que son langage suffisait à laire connaître d'où proyenaient
ses accès de colère ; si toutefois il n'a pas voulu donner à entendra que Marc Pnul figurait là bien moins en punition de ses fautes , que comme une des nombreuses victimes du courroux pontifical, ayant eu à souffrir cruellement dans Y aère amaro e soxzo.
CHANT XVIÏ.
Rappelle-toi, lecteur, s'il t'arriva jamais D'être pris dans les monts par un brouillard épais, A voir moins qu'une taupe à travers sa membrane, Comme, alors que l'humide et profonde Tapeur Commence à s'éclaircir et devient diaphane, Le soleil faiblement y glisse sa splendeur, Et tu pourras ainsi concevoir la manière Dont je vins , par degrés , à revoir le soleil , Qui déjà s'abaissait à l'horizon vermeil.
Près du maître j'allais, marchant vers la lumière , Sur les siens en réglant fidèlement mes pas, Et je sortis ainsi de la sombre atmosphère, Quand du jour les rayons disparaissaient plus bas '.
Imagination , qui parfois nous entratnes A tel point hors de nous , que nous n'ouïrions pas Mille clairons sonnant des montagnes aux plaines, Qui donc te met en jeu quand se taisent les sens ? Sans doute une lumière aux effluves puissants Dans le Ciel engendrée, et venant d'elle-même
f . Nous le savions déjà, mais il échapper à la colère pontificale et à
ne se lasse pas de le redire, c'est en marcher vers cette lumière philo-
ne s'écartant en rien des règles de sophique dont les rayons sont morts
son langage orthodoxe et symboli- pour les classes inférieures de la
que, langage créé à l'imitation de société, raggx morti già net bassi
celui de Virgile, qu'il parvient à lidi.
Rayonner ici-bas ou par l'ordre suprême 2.
D'un courroux sans pitié chez celle qui , jadis , Fut changée en l'oiseau, dans le calme des nuits Qui se platt à chanter, l'image en ma pensée Dans toute son horreur apparut retracée s.
En était absorbé mon esprit à tel point Que, sans l'affecter plus que s'il n'existait point , Nul objet, au dehors, n'aurait pu le distraire \ Puis, dans ma rêverie exalté , j'aperçus Un criminel en croix, la face sombre, altière, Qui mourait exhalant l'orgueil et la colère \ Je voyais & l'entour le grand Assuérus , Sa jeune épouse Esther et le vieux Mardochée , Ce juste, qui n'eut pas l'âme plus empêchée
2. On sait que, dans les divers systèmes gnostiques, tout procède de Dieu par émanation directe ou indirecte. L'imagination serait ainsi pour Dante une émanation secondaire de la lumière céleste, source de toute vérité.
3. Progné, la mère dltys, et non Philomèle, aurait été changée en rossignol, au dire de quelques-uns, dont Dante adopte l'opinion. Rien de mieux, mais qu'est-ce que Progné et le rossignol ont à faire en Purgatoire? Vous le comprendrez si vous lisez, page ÏO des Révélations, ce que les Paulicicns, sectaires gnostiques, entendaient, au dire du moine de Zigabène, leur contemporain, par les oiseaux du ciel, qui ne filant ni ne moissonnant et ne faisant que chanter, n'en sont pns moins bien vêtus et bien nourris. Vous le coin-
S rendrez encore mieux si vous rééchlsset que le plumage du rossignol est de couleur sombre comme le vêtement ecclésiastique, et que, pour les hérétiques, l'Église, dont les ministres les1 faisaient torturer, mas-
sacrer et brûler, était une Progné qui, tout en se délectant à chanter, più a conter *i dilettat égorgeait ses fils et les offrait, comme un mets agréable, au Père commun. Les similitudes d'où le poète tire tes comparaisons sont souvent bien moins saislssables.
4. Croit-on que la métamorphose de Progné en rossignol eût été d'un tel intérêt pour Dante , s'il n'avait rien vu là que le châtiment, assez doux, d'une mère barbare, servant à son mari infidèle les chairs de son enfant, égorgé par elle dans sa fureur jalouse? La scène suivante achèvera au surplus de lever le doute.
5. Le crucifié que voit le pofte dans son alta fantasia, mourant comme il a vécu, n'est pas Aman, qui du reste ne fut point mis en croix, mais pendu, c'est l'usurpa- ' teur tyrannlquc du pouvoir du prince temporel, celui qui se donne pouf le vicaire du Dieu crucifié, dont 11 est si loin, aux yeux de Dante, d'imiter la douceur et l'humilité.
Pour faire que pour dire '. Et dès que ce tableau Vint à s'évanouir, comme bulle fragile Dans l'air disparaissant, lorsque lui manque l'eau, Qui sur elle étendit son écorce subtile, Ha vision m'offrit, personnage nouveau, Une vierge éplorée et décriant; «0 Reine, Pourquoi donc écoutant la colère et la haine , As-tu voulu périr? Tu te donnas la mort Pour ne me perdre point, hélas ! et Lavinie A tes bras désormais n'en est pas moins ravie. C'est moi, mère, aujourd'hui qui pleure plus encor Sur toi que sur un autre aussi frappé du sort \
Gomme se rompt le somme , alors que la lumière , Qui le fait se débattre avant de défaillir, Sur les yeux clos encor vient soudain à jaillir ; De même s'effaça l'image tout entière Sitôt qu'en face vint m'atteindre la clarté ,
0. A peine etUil besoin d'ajouter qu'Assuérus est la figure du souveverain temporel ressaisissant le pouvoir tombé en des moins indignes»
que la jeune Esther est l'église sectaire, son épouse, et le juste Mardochée, Dante lui-même, che fù al dire ed al far cosi 'ntero*
7. Traduisons littéralement oe discours, tout gibelin, de Lavinie, en nous bornant à l'annoter entre parenthèses : « 0 Reine [Amata, patrie aimée , Italie , jadis reine des nations. Voy. ch. vi, Serva Italia), pourquoi as-tu voulu n'être rien par colère (t'annlhller par pei'rdu courroux pontifical, en subissant le joug des papes ; on sa rappelle que le pape était appelé Mente, synonyme de ,VuIJa,et l'Empereur Tutto) ? Tu t'es tuée pour ne pas perdre Lavinie [pour que Rome , personnifiée dans
Lavinie, dont dérivait » selon tante dans son traité de Monarchia, tout droit légitime sur le territoire du Latlum, ne passât pas au pouvoir d'un prince étranger). Je ne suis pas moins perdue pour toi désormais (Rome n'est pas moins perdue pour l'Italie comme capitale, depuis que le Saint-Siège a été transféré dans Avignon, sous la dépendance de l'étranger), et je pleure maintenant ta ruine (causée par ton aveuglement) bien»plus que celle d'un autre (celle de Henri VU, toujours désigné, on s'en souvient , par altri, taie et autres expressions analogues). » Cette Vision, divisée en trois tableaux eu parfaite concordance entre eux, et retraçant les châtiments réservés à la colère, ne font donc que reproduire une même pensée toujours hostile au chef de l'Église orthodoxe.
Plus vive qu'il n'en brille h nos yeux sur la terre. Je me tournais pour voir où j'étais transporté , Lorsque dit une voix : — C'est par ici qu'on monte.— T>e tout autre penser j'en demeurai distrait
Soudain, de regarder celui qui nous parlait Mon désir fut si vif, ma volonté si prompte, Que jamais sans le voir rien ne m'eût satisfait. Mais comme notre vue au soleil est blessée , Dont la face se voile à nous sous sa splendeur, Ainsi de mes regards l'énergie affaissée Défaillit sous l'excès de cette vive ardeur.
C'est un divin Esprit , devançant ta prière , Qui daigne nous apprendre où nous devons gravir, Et se dérobe aux yeux sous sa propre lumière \ Comme envers son prochain l'homme devrait agir, 11 agit envers nous. Car, pour le secourir, Celui qui, calme, attend que son prochain l'en prie, En voyant son besoin, se tient, d'une âme aigrie, Tout prêt à refuser ce qu'il devrait offrir *. Avant de voir partout la montagne obscurcie , Du bienveillant avis pour monter profitons; Nous ne le pourrons plus , si nous ne nous hâtons , Que n'ait reparu l'aube10.— Ainsi parla mon guide, Et vers un escalier à la pente rapide Nous marchâmes tous deux. A peine je venais D'en monter un degré, que je sentis tout près, Au mouvement de l'air, comme un battement d'ailes :
8. Comme le langage même de la pontife romain, secte, destiné a éblouir les uns par n „ 4 „ . , . , . le cliquant de. images, et à éclal- , \& '"V"1?' ^""T t rcr le. autre, par le» vérité, cachée. '« ch»rl£a *»?a **" •o,1,c"f0' adroitement dan. le sen, Interne. " » ** bewin d «P""1™- Cet ange est là, du reste, de même 10. On se souvient que tout proque les précédents, pour effacer un grès afeensionnel est impossible des sept P qui doivent tous dispa- pendant que règne l'obscurité Mirait re du front de l'ancien vassal du cerdotalc.
Me frappait au visage un vent léger et frais H. 0 Beati, disaient des voix d'Esprits fidèles, Pacifici1*, les cœurs exempts de noir courroux 1S f
Déjà se projetaient si haut par-dessus nous Les rayons que la nuit, dont s'avance le voile, Vient éteindre en dernier, que déjà mainte étoile Faisait briller au ciel sa tremblante, lueur.
De la sorte pourquoi t'abattre, ô ma vigueur? En moi-même, disais-je, en sentant que sans cesse De mes genoux lassés s'accroissait la faiblesse ".
4 la fin des degrés nous étions parvenus Et nous étions restés là , sans nous mouvoir plus Qu'un navire qui vient d'aborder le rivage. J'attendis un moment qu'en ce nouveau parage Quelque chose frappât mon oreille ou mes yeux; Puis, me tournant alors pour m'informer au sage , Je lui dis: — Mon bon père, apprends-moi dans ces lieux Quelle faute est lavée et qu'au moins ta science Si nos pieds sont oisifs se refuse au silence ".
Et lui : — L'Amour du bien , de sa tâche oublieux,
il. Le souffle purificateur qui ef- produit par la même e.iuse. L'in-
fnçaît un des sept P. • fluence de la nuit est antipathique
12. Quoniam filii Dei vocabun- aux fils de la lumière, qui parfois fur, ajoute saint Matthieu. Par suite. se laissent aller au découragement, ceux qai attisaient des guerres en la voyant épaissir ses voiles auacharnées entre chrétiens, étaient tour d'eux.
des fils de Satan, et Satan lui-même. 15. Dante parait avoir adopté
Dante désirait la paix , c'était elle pour règle, in medio tirtus , car H
qu'il cherchait, et, comme lui, ses se fait recommander par l'Amour,
frères aspiraient à voir un empereur dans sa Vie nouvelle , de placer au
àlatétcdela monarchie universelle, milieu de ses vers ce qu'il a besoin
substituée à la théocratie , parce de faire comprendre sans se corn-
que, seul, ce prince pouvait procurer promettre, (foy. p. 40 des Révél.)
la paix au monde. Voy. de Monar- Or, ce chant XVIÎ occupe le point
ehia. central de son poème. Aussi va-t-1!
13. De ce courroux funeste qui, nous y donner, a sa manière, l'exs'irritant de la contradiction, divise plication de l'antagonisme des deux pour régner, qui sévit contre les principes du mal et du bien, autredissidents, etc. ment dit des deux Amours, le bon