‹ La comédie de DanteChapitre 10 sur 19 · C'est-à-dire législateur, roi, prêtre, artisan, etc · texte numérisé non relu

C'est-à-dire législateur, roi, prêtre, artisan, etc

La nature stellaire à la cire mortelle

En imprimant son sceau dans sa ronde étemelle, etc.

36. Selon la lettre, cela signifie que Taction des astres, dans leur évolution circulaire, opère sans tenir compte du sujet en lui-même, donnant parfois des inclinations ignobles à ceux qui naissent sur le trône et de hautes qualités à Tenfant de la chaumière. Il en est un peu différemment selon Tesprit. La nature circulaire devient la science mise en circulation et s*imprimant sur la cire catholique comme un sceau, dans le ciel sectaire, par les excellents anges chargés chacun de l'impulsion à donner à un astre scientifique ; et dans ce sens vous comprenez le début solennel de cette démonstration, aboutissant à proclamer que l'éducation développe ou étouffe les aptitudes du sujet, selon que renseignement est bon ou mauvais, et selon qnc

le disciple sait en profiler. Yoilà les prodiges opérés par la rhétorique et par la lettre « quand l'orateur parle arrière de Fauditeur. »

De là vient ^u'Esaû du tronc originaire, etc.

37. (Cf. Roger Bacon, Opus majus, édit. Venet, p. 187, et saint Thomas, Swn, theoL, p. i, quaest. 22, 23.) Jacob est ici Charles Aiaitcl, chéri de la Rebecca vaudoisc, TÉglisc évangélique, et son irèrc Robert, à sa troisième transformation, est devenu Esaû.

Si ne l'emportait ]^ la suprême influence,

38. Si rinfluence de la Papauté parlant au nom de Dieu, praweder divino, ne se mettait à la traverse, ceux que leurs pères spiri* tuels ont engendrés à la vie nouvelle ne s'écarteraient jamais do la bonne voie, cammino simil farebbe sempre a' generanti. Par malheur il n'en est pas ainsi.

Comme toujours avorte et trompe la culture ' Le grain qu*on a semé hors de sa région .

39. Le corollaire vous prouve combien nous avons été fidèle interprète, car il vous dit aussi clairement que possible : La providence impériale, Natura, voit ses bonnes intentions tourner à mal par suite des entraves que lui oppose la Papauté, Fortuna discorde, a se; il en est d'elles comme d'une semence qui avorte sous un climat contraire, fuor di sua région,

La hase sur laquelle opère la nature^ etc,

40. Base bien différente de celle qui est fondamento a tutio l'universo, E.XXXIL Comment la providence impériale et la théocratie usurpatrice pourraient-elles opérer sur la même base ?

...,ToiU fiomme serait bon,

Ui, La sagesse impériale peut seule diriger chacun dans sa voie, d'après ce principe, formulé de nos jours par les Sainl-Simoniens : « L'emploi selon la capacité, développée par l'enseignement rationnel, la rétribution selon les œuvres. » Ozanam avait raison de dire que les plus hardis novateurs furent devancés par Dante, cl, sous ce rapport, nous sommes complètement de sou avis.

Tel règne^ qui n'eti hcn qn*à prêcher un termon,

ti2. Robert de Naples se plaisait à composer des sennons et des allocutions pieuses pour des solennités ecclésiastiques et pour des chapitres de moines. On en conserve plusieurs dans la bibliothèque de SS. Jean et Paul à Venise, notamment un éloge de Bologne, fidèle au parti guelfe. {Voy. le Gomment de Tommaseo sur la Comédie.) C*est ce qui a valu à ce prince d*ôtre représenté dans TËnfer sous la figure de Mahomet, dont les inlcstins à découvert laissent voir le triste sac où s'entassent des aliments grossiers et leur résidu mal digéré, iristo sacco che merda fa. Quant à son avarice, Yillani s'en exprime ainsi : Re Ruberto fà il piii savio re che fosse ira christtani già fa cinquecenio anm, si di senno naturale, si discienza, con^ grandissimo maestro in theologia e somma filosofo... Pot che commincid ad invecchiare, l'avarizia il guastava in pm guise, tscusavasene per la guerra, ch' avea per racquistare la Sicilia, xll, 9.

CHA^iT II.

Uuand ioi\ père eut ainsi daigné, belle Clémence, etc. •

1. Clémence, fille de Charles Martel, mariée à Louis X, surnommé le Hulin, dont elle n'eut pas d'enfants.

Les méfaits dofit devait souffrir sa descendance.

2. Les lois fondamentales des royaumes de l'Europe désignaient Charles Hombert, fils de Charles Martel, comme héritier du trône de Naples après la mort de Charles IL Mais une sentence de Clé^ ment Y la décerna à Uobert, second fils du roi défunt, au préjudice de son neveu, fils de Taîné. Le Pape voulut même couronner co prince de ses propres mains et lui fil remise des dettes de son père cn\Trs l'Église (J. Villanl, vni,c. H2, p. UUO). Tels sont les méfaits, les actes frauduleux, inganni, dont il est ici question. La politique pontificale ne s'était méprise ni sur le danger que faisait courir à son influence en Ilalie la réunion de la Hongrie, de Naples et de la Provence sous un môme sceptre, ni sur les intentions secrètes du prince, que son amitié avouée pour Dante nous aurait révélées en partie si

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les discours que le poêle a mis dans sa bouche n'en fournissaient la preuve complète.

Je 'puii dire pourtant que de trop justes pleurs Doivent bientôt couler et suivront vos malheurs,

3. Prédiction sinistre lancée contre l'usurpateur Robert de Naples et contre Clément Y, dont les méfaits leur attireront un juste châtiment, giusto pianto.

Dans le divin soleil qui la remplit entih^e, etc.

lu Dans le soleil de vérité, source de lumière, que les fidèles contemplent à rOrient, lorsque TOccident est plongé dans les ténèbres. Dante e&celle à isoler et à grouper ses personnages, selon le sentiment dont il est animé à leur égard. Ainsi il fait disparaître le loyal Charles Martel, dont il honorait la mémoire, quelques instants avant d'introduire sur la scène un traître dont il parviendra à stigmatiser la félonie en dépit de la dignité épiscopale, qui ne saurait l'abriter contre sa haine et son mépris. Mais Charles Martel était la voce ferma, la foi et la parole invariable, l'autre fut la voce che va e riede, voix qu'il a pris soin de distinguer au commencement du chapitre précédent, al modo di lor viste eterne. Pourquoi ne pas mettre en présence le prélat provençal et le souverain de la Provence et faire introduire par une pécheresse l'évêque marseillais?

Morlels, race abusée et pleine de folie, etc,

5. Cette race abusée, anime ingannate, est le troupeau catholique, cela va sans dire. Fermant les yeux à la lumière orientale, il se détourne du vaudéisme de l'empire, da si faito B.ËN. torcele t cuori, et se presse en foule à des cérémonies idolâtres. On se rappelle ce que Béatrice entend par syrènes et par vanità. {Voy. Purg. xix e\ xxxl) Qui sait même si ce vers étrange : drizzatido in vanità le vosire tempie, ne doit pas se traduire en élevant des églises à la superstition 7 Tempie serait alors employé comme féminin de tempio; avis à MM. de la Crusca, car nous reconnaissons notre incompétence.

t..>Par elle mes waux n^étaieTU pas repoussés.

6. Béatrice n*a garde de mettre obstacle à uu eutretien qui va amener ses eitseigaenicttLs.

.... Fais-moi connaître Qms ma pensée en toi soudain a son reflet,

7. Autrement dil^ : Sois Téclio de ma pensée, aide-moi à la manifester sans trop de péril, ch'io passa ùi te riflctier quel clCio penso, car tu sais si je suis invariablement les cnseignctnenis de Béatrice, occhi fetjni savra nie. •

La nouvelle clarté qui venait d'apparaître, etc.

8. Chc ni'era ancornuova, signifie qu'en 1300, Dante n*avait |>as encore vu ce f)ersonnage féminin, qui appartenait à l'église dissidente a eut di ben far giova , et qu'il eut peut-être occasion de connaître plus tard, comme Ta pensé Ozanam.

Il est dans cette part de la terre italiqWf etc.

9. Entre Venise et Trente, conirée où riiérésic pénéira au xir siècle et trouva un asile contre l'inquisition. (Schmidl, i, 18/i.)

..-.S'en élança naguère Une flamme qu'on vit à la contrée entière, etc.

10. Cette flamme ou ce feu, facella, désigne Ëzzeliu III de Romano, tyran de Vérone, dont la mère rêva, dit-on, comme Uécube, qu'une flamme naissait de son sein. Mais dans la pensée de Dante, cette flamme n'est pas celle d'une torche incendiaire, c'est celle d'un fanal destiné à éclairer celle partie encore enlénébrée de la prava tora ùalica, qu'elle envahit en grande partie, fece alla contracta grande assalto.

Je resplendis tct, par la bonté divine. Parce,qu*en moi cet astre épancha tous ses feux*

11. Voilà, selon la lettre, une sainte de par l'astrologie et le fatalisme. Elle se proclame elle-même vaincue par l'influence steliaire de Vénus, mi vince il lume d'esta Stella, et c'est précisément parce qu'elle a été folle de son corps, qu'elle a place en Paradis. Selon Tesprit c'est une albigeoise enlièrement dévouée au gai savoir^ dont la rhétori-

que fot loute-puisMDle sur elle, au point de lui faire quitter son mari goelfe, pour se donner à un noMe et vaillant troubadour. Miraculeux effet de la lumière produite par la rhétorique de Vénus.

Mais à moi-^méne enfin» joyeuse, je pardonne, etc,

12. Bien d'autres Madeleines accepteraient volontiers pareil sort et en prendraient leur parti non moins cavalièrement» sauf à voir la foule catholique, vostro vulgo, trouver la chose étrange, forte; car les profanes sont *d*assez sottes gens : Gunizza met donc toute la boDDe grâce possible à se proclamer une insigne pécheresse, selon la ieUre. Elle n'en éprouve aucun ennui, mm mi nota; loin de là, elle est enchantée d'avoir commis tant de peccadilles gentilles, et elle se les pardonne d'autant plus joyeusement, lietamente, que la cause de son sort, de sa béatification, est, selon l'esprit, sa foi albigeoise et la baioe profonde de Dante pour celui qu'elle va signaler à son atten^ tioD. Gunizza était née d'un père Patérin, autrement dit albigeois, et ooos en avons la preuve authentique dans la bulle adressée en 1231, par Grégoire XI, aux deux frères de llomano, Albéricet Ezzeliu III, |)our leur enjoindre de livrer eux-mêmes leur père à l'inquisition, s'il ue renonçait à l'hérésie. (Raynaldi Ann. Eccles., ad ann, 1231, S 2, p. 379. ) C'est que tout vêtu du froc qu'il était et retiré d^ns un monastère, ce qui l'avait fait surnommer le Moine, Ezzelin II avait en effet embrassé les opinions des Patérins, Pauliciens ou Albigeois, opinions qui lui attirèrent l'excommunication, mais qui valu* rent à ses deux fils, entre lesquels il avait partagé ses domaines, la diarte impériale de 1232, par laquelle Frédéric H les prenait spécialement sous sa protection. (Gérard Maurisius, p. 35.)

Fille et sœur de Gibelins , hérétiques avérés et fauteurs d'hérétiques, Gunizza ne pouvait démentir le sang d'où elle sortait ; mariée dans nne de ces courtes trêves si fréquentes alors entre Guelfes et Gibelins, avec Richard, marquis de saint Boniface, chef de la faction Guelfe des Montecchi, dans Vérone, et tout-puissant dans Mantouc, comme plus tard sa nièce Adélaïde, fille d'Albéric de Romano, épousa Renaud d'Esté, elle quitta le toit conjugal pour vivre amoureusement, dit l'Anonyme, atnorosamente , avec le troubadour Sordello, que nous avons vu aussi jouer son rôle, comme maître eh gai savoir, dans .es chants vi, vu et vui du Purgatoire, (ïlolaudini, De factis in Marchia Tarvisana, i, 3, p. 173.) A 2)ordello succéda un gentilhoimne Trévisan du nom de fionio, avec qui elle courut une partie

de FEurope, puis elle so réfugia à Trévlse près d'Aibéric, son second frère. Elle épousa ensuite un gentilhomme du nom de Braganzo. Enfin après la mort d*Ezzelin , elle se maria de nouveau à Vérone.* C'est donc avec toute apparence de justice qu'un des annotateurs du l)ocle la qualifie de grande prostituée, fuit magna meretrix (Postill. Caet.). On va voir que c'est à ce dernier titre surtout qu'elle vient jouer son rôle dans le Ciel de Yéuus.

Jh citi^ sUcUs encor n$ t*effacera pas»

13. Dans cinq cents ans on se souviendra encore du renégat qui, après avoir fait, durant de longues années, de la propagande albigeoise, comme troubadour, passa tout à coup dans le camp opposé et se fit, comme l'inquisiteur Rinieri Saccone, le persécuteur acharne de ses anciens frères. Telle est la grande renommée, grande fama, à laquelle Dante fait allusion, sans expliquer si c'est au troubadour ou & l'évêque, que s'appliquent les paroles de Cunizza.

Par lut ixi peux jxi^er ii l'homme^ sur la terre. Afin qu'une autre vie abjure la première^ Vers Vexcellence doit diriger tous ses pas»

i/i. Littéralement : vois si l'homme doit se faire excellent, de telle sorte qu'uue autre vie délaisse, répudie la première. L'ambiguïté hostile de cette phrase saute aux yeux. Cunizza pense évidemment que le cher bijou d'évêque, chiara gioia, l'homme à la voix qui va e rte(^e^ a commis une très-vilaine action, en désertant à l'ennemi, et voici comment elle trouve moyen de le déclarer ; « Juge si l'homme qui fut un Parfait, doit agir de telle sorte qu'une autre vie (catholique) donne un démenti à la première. » Vedi se far si dee L'COMO ECGELLËNTE (Parfait) siy ch'aitra vùa la prima relinqua. On voit que nous traduisons littéralement.

C'est à quoi songe peu cette tourbe qu'enserre L'Adige, à l'occident^ le Tagliament, au nord.

15. Cette tourbe Guelfe de la Marche Trévisane ne pense pas comme nous, cià non pensa, et ne s'occupe guère des motils intéressés qui déterminent ces scandaleuses apostasies. Flagellée qu'elle est par tes seigneurs de la Scala , elle n'en persiste pas moins dans

son dévouemenl fanatique aa aaint-^siége, ne per esser battuta an^ m si p^nte»

Padoue alteinle au cœur empoufprera bientôt f, etc.

16. Ceux de Padoue, genti al dover crude, endurcis" dans leur rébellion contre Tempire , auquel leur devoir était d'obéir , et daus leur obstination catholique, seront mis en pièces par le vicaire impérial. Cane de la Scala, dans les marais de Yicence. (Yoy. Cortusior. hist. Ferrct. yicent. et Albert. Mussato.)

Et tel, où le Silé s'unit au Cagnanot etc.

17. Richard de Camino, seigneur de Trévise, qui au lieu de marcher sur les traces de son père, celui que Dante appelle i>ar opposition le bon Richard (Purg. , cb. XYi), pactisa avec les Guelfes, et fut assassiné en 1312, à l'instigation de Cane de la Scala, par des gentilshommes du voisinage, dont il avait déshonoré la fennne et la fille* (Voy. Cart. kist, Ferret. Viceul, lib. iv et vi, et Alb. IViussato, lib. Ui. rub. VI et lib. v. r. x.)

Pour la déloyauté de son lâche pasteur, etc.

i 8. Ka 1308, l'évêque de Feltre, qui était en même temps seigneur temporel de cette ville, et molto guelfo, dit VOttimo, ayant fait arrêter treize Ferrarais, coupables d'avoir porté les armes contre le Pape, il les livra au gouverneur de Ferrare pour le roi Robert, le Florentin Pino délia Tosa, qui les envoya au supplice. Dans le nombre se trouvaient trois Aidighieri Fontana, parents de Dante. (Yoy. Chronicon Esiense. Muratori, t. xv, page 375, et PostilL Cas.) La tour de Maltan, sur le lac de Bolsenne, servait de prison aux prêtres coupables de délits graves, et Boniface YllI y avait fait enfermer le pape Pierre Célestin , son prédécesseur. On comprend dès lors pourquoi elle est rappelée ici par Cunizza.

• Comment trouver alors une cuve capable D'absorber en ses flancs tout le sangfeiraraisf

19. Les treize gentilshommes livrés par l'évêque de Feltre furent mis à la torture. Quelques-uns ayant révélé leurs complices, il eu fat exécuté trente.

Mais cet horrible don d'un prêtre mùérahle, eic,

20. Per mostrarsi di parte. Le prélat eut da reste à payer cher

cette preuve de zèle , car Richard de Camiuo le fit mettre à tnoru

Fù tanto batluto con sacchipieni di rena che, corroito dentro îulto

il sangue, le inienora ne manda per la egestione. (Otliino, Co^mn.)

Digne de la contrée, en rien ne la dément,

21. Feltre appartenant au parti guelfe, devait avoir riiércsic et les Gibelins eu horreur; ce qui ne peut que révolter la sœur d*Ezzeiin.

Là-haut so7it des miroirs, dits trânes chez les hommes, etc.

22. « La philosophie a pour sujet roatériel rintelligence, et pour lonue Tamour ; sa cause efficiente est la vérité , sa fin est cette jouissance suprême qu*on acquiert par la contemplation de la vérité. » (Convito,) Tel est pour le poêle l*idéal philosophique réfléchissant Dieu-Yérité. Aussi Béatrice appartient-elle à Tordre des trônes, ch. XXXI. Gunizza , initiée à celte philosophie amoureuse par Sordello, est eu conséquence favorisée, par réflexion, de la vision béatifique de la vérité, et les désastres qu'elle prédit aux Guelfus, dans un bon esprit, ne peuvent manquer de se réaliser, questi pjrlar ne paion buoni.

Alors, VatUre joyau que je l'ouïs vanter, ctc,

23. L*évêque Foulques , dont Gunizza s'éloigne adroitement sans daigner lui adresser la parole, après l'avoir signalé à l'aiteniion du grand conoscitor délia peccata commis contre la foi évangélique. Foulques restant en scène, il est clair qu'il ne fait pas plus partie de la ronde, dans laquelle se remet Gunizza, que Brunelto Latini de celle de Guidoguerre et d'Aldobraadi. Gente vien, con la quale esser non deggio (Enf. xv).

... Jamais un rubts frappé par le soleil, etc,

2h. Le rouge étant la couleur des Guelfes, la gloire de Foulques, le persécuteur sanguinaire des Albigeois, l'évéque des diables, comme on l'appelait, devait tenir de la nuance du rubis balais et renvoyer sur Dante un reflet rouge ; mais il ne brille pour lui qu'en apparence, preclara si fece in vista. S'il s'est acquis là-haut cette

gloire apparente par la Gaie science, per letiziar, sachez que son esprit pervers, mente trùia, est enténébré dans i*enfer, giù s^abbuia.

Dieu voit tout^ dis-je, Esprit hienheureitXf et la vtie, etc.

25. Voulez-vous an sens tout dilTérent ? Traduisez : L*einpereur qni est tout, voit Dieu, parce qu'il a vu la lumière, ïurro vedc Dio; mais ton Papisme qui t'identifie, viluia, avec le pontife romain, mlla ou mente, jpeui te faire voir en noir mes vœux à son égard ou me faire haïr de loi, Nulla puote esser a te voglia buia di me, [Voy, Enf. XI, note 11 et Purg, notes 9 et 10.) Bien d'autres phrases doivent avoir été construites dans ce système; mais un Italien scnl pourrait les relever toutes. [Voy. sur Tout et Néant, Schmidt, ii, 19.)

D'où vient donc que ta voix qui réjouit les deux, etc,

26. Pourquoi ta voix , dont les accents réjouissent toujours notre ciel, puisque tes compositions sont encore chantées dans nos temples par ces (Hiérubins, fochî pii, que la maçonnerie appelle Zaphrîel, Zabriel, Camiel, Uriel, etc. (voy. Tbuileur de l'Écossùme^ 113) ; pourquoi donc ta voix est-elle si changée et ne satisfait-elle plus à mes désirs secrets» percliè non soddisface a* miei dùti ?

Si je plongeais en toi comme toi dans moi-mênic,

27. Si j'étais h la place , te Voyant papiste comme tu me vois albigeois, je ne voudrais pas même attendre une question de toi et je te tournerais le dos, non attenderé' xo tua domanda, s'io nCintuassi corne tu t'immii. Foulques, ne comprenant pas sans doute ces mots à double entente, s*empresse de dire qui il est; mais, à l'exemple de ces pécheresses qui se peignent en buste dans leurs mémoires, il ne parle que de sa première existence de poêle provençal, et, comme s'il rougissait de sa mitre épiscopale, il s'abstient de souffler mot soit de sa conversion , soit de sa luttç ardente contre l'église albigeoise et les Toulousains.

La plus vasle vallée où s'épandent les eauXt e/c.

28. Le bassin de la Méditerranée, qui reçoit Teau de l'Océan par le détroit de Gibraltar, se prolonge de l'occident à l'orient, entre l'Europe et l'Afrique.

Or 9ur Vttn de ces hords je reçus la naitêanet, $te, 29. C'esl-à-dirc à Marseille (voir Hùt. litt. de la France, l xvm, p. 588). Voici en quels termes le moine de Monlandon , poète provençal^ qui vivait vers la fin du xir siècle, parle de Foulques ou Foiquet , qu'il traite de pervers et de parjure :

E lo dozens sera Folquéts De Marseilla uns mercaders, Que a faits un sol sagramen Quant jurets che chansos no fets ; £ anz dison que fo pervers, Qu'et perjuret à son escion.

Où le sang a rendu tiède la froide dalle,

30. Nous laisseron»les commentateurs remonter au siège de Marseille par le second Bru tus , pour expliquer ces torrents de sang attiédissant Feau du port. Nous y voyons, pour nous, une allusion assez transparente à la lutte opiniâtre soutenue, à trois reprises différentes, par les habitants de Marseille, pour se soustraire au joug de Charles d'Anjou, en 1251 et 1256, mais surtout au mois de juin 1262. Alors le peuple, se soulevant de nouveau , fit main basse sur la gar* nison et sur les partisans de Charles, éleva une nouvelle forteresse et mit à sa tCtc Bonifacede Castellane, non moins renommé par son courage comme chevalier que pour ses talents comme troubadour. Mais son château de Castellane , l'un des plus forts de la Provence, où s'étaient renfermés les plus vaillants hommes d'armes, fut obligé de se rendre, et Charles , une fois maître des points fortifies les plus importants » se mit, avec toutes ses forces réunies, à dévaster affreusement les environs de Marseille, à trois lieues à la ronde ; puis il en fit le siège. I^ résistance fut longue et sanglante; les assiégés, décimés par la famine, furent réduits à capituler, et Charles, entré dans la place, « fit décapiter publiquement, dit Guillaume de Nangis, tous ceux qui avaient excité le peuple à la rébellion. » Voilà le sang qui rendit Êède l'eau du port et que le poète aurait voulu voir retomber sur la tête du dernier prince angevin. Peut-être aussi est-il fait alhision à la guerre civile acharnée dont la Provence fut le théâtre en 1229, lorsque les républiques de Marseille, d'Arles et de Nice s'étant soustraites à la suzeraineté de la maison de Baux, Marseille, assiégée, appela à son aide Raymond VII de Toulouse, qui passa le Rhône et la délivra. Commencement d'une lutte qui se -prolongea

avec une grande effusion de sang entre le comte de Provence et les villes libres soutenues par le comte de Toulouse. Dante et Foulques lui-même se sondaient bien vraiment du sang répandu à Marseille par les Romains du temps de César , tout dans le po6me est palpitant d'actualité.

Il convient, avant d'aller plus loin , de donner une courte biograiphie de Tévêque de Toulouse, jeté ici en scène comme préface vivante à la glorification Jhypocrite de saint Dominique. On sera à même de juger par le rôle que joua cet ancien troubadour dans la croisade albigeoise, jusqu'à quel point Dante, ennemi déclaré des Papes, qui, oublieux des préceptes du divin Maître, « armorient du signe du salut el des clefs de saint Pierre des drapeaux inhumains, » put concevoir la pensée de béatifier sérieusement le fougueux et sanguinaire Foulques, « Tévêque des diables. »

Né à Marseille, d'un père génois qui s'y était enrichi dans le commerce, Foulques ou Fjolquet mena d'abord' joyeuse vie au service des dames et se fit une réputation comme troubadour dans les cours de Richard d'Angleterre, d'Alphonse d'Arragon et de Raymond de Toulouse. Marié et père de deux fils, il n'en poursuivait pas moins do ses cançons amoureuses Adélaïde de Roquemartin, mariée elle-même à Barrai, vicomte de Marseille, et ses delix belles-sœurs, ainsi que la dame de Montpellier. Tout à coup, quel qu'en fût le véritaUe motif, car il y a de la légende dans celui qu'allèguent les chroniqueurs. Foulques est touché de la grâce, il se fait moine ; sa femme et ses deux fils entrant avec lui dans Tordis deClteaux. (Hurter, Vie (tinnocent III, t. i, p. 65.) Peu de temps après son admission au couvent de Toronelle, qu'il édifie par son ardeur, il en est élu abbé et, en février 1206, Pierre de Casteinau, Raoul et Arnaud Amauri, abbé de CSteaux, surnommé Tabbé des abbés, délégués par Innocent Ilfc pour extirper l'hérésie albigeojse, voyant que l'œuvre n'avançait pas, jugent à propos de s'adjoindre un collaborateur énergique dans le nouvel abbé. Déposant donc, eu vertu des pouvoirs dont ils étaient investis, l'évêque de Toulouse pour cause de simonie, ils firent élire à sa place Folquet. Mais le nouveau prélat fut fort mal accueilli de ses ouailles qui se rappelaient les désordres du troubadour licencleur, k tel point qu'il n'osait pas envoyer ^s mules à l'abreuvoir. (Guill. de Puyiaurens, Hist. albig., c. viii.) Ils «e refusèrent même à payer les dîmes ecclésiastiques, agissant en cela 'comme ils avaient fait à l'égard de l'évêque Fulcrand, qui s'était vu réduit à pthider contre le chapitre pour obtenir le revenu d'une simple prébende. (Catel ,

864 LE PABADIS.

Mém., p. 889.) Quand Toaragan de la croisade éclata sur les pays de langue d*oc, Foulques, Tâme ulcérée par les outrages dont les Toulousains l'avaient abreuvé durant 'plusieurs années, ne respira que vengeance et, se rattachant étroitement à Tabbé de Cîteaux, ainsi qu*à Simon de Montfort ; on le retrouve partout suggérant les mesures les plus violentes, a Les légats, dit Thistorien provençal, étaient constamment excités par le maudit évêque de Toulouse, Foiquet, qui ne cessait de chercher la perte de son seigneur, donnant toujours à entendre que son pays était plein d'hérétiques, principalement Toulouse (septembre 1210). » Aussi quand Raymond Béranger comparaissait à Saint-Gilles devant le légat Thcudise, et ne pouvait retenir ses larmes aux dures conditions mises à sa réconciliation, le malheureux comte entendait-il le représentant du pontife lui dire ironiquement : « Quelque grand que soit le débordement des eaux, elles n'arriveront pas jusqu'au Seigneur, '« et toutes les concessions qu'on lui arrachait n'avaient-elles pour but que de hâter sa ruino.

Le moment vint où le comte de Toulouse résolut de faire tétc à l'orage et de défendre jusqu'à l'extrémité ses domaines contre les croisés de Montfort; où l'aveugle Tiresias recouvra les maschiti penne (Enf. xx). A ce moment, Tévéque Foiquet abandonne son diocèse pour courir ameuter les populations de la France contre les hérétiques du Midi ; puis, revenu audacieusement dans Toulouse, où Raymond a la longanimité de le laisser rentrer, il reconnaît cet acte de tolérance en allumant la guerre civile dans sa cité. Une confrérie qu'il organise, dans le but de poursuivre à force ouverte les hérétiques, usuriers, routiers et juifs, et qu'on appelle la confrérie blanche, en vient bientôt aux mains dans la ville avec une autre bande, qui prend le titre de confrérie noire. Requis par le légat et {>ar Foiquet de porter secours à Simon de Montfort, dont l'armée assiégeait Lavaur, ces hommes fanatisé^ sortent de la ville au nombre de cinq mille et vont, malgré le comte Raymond, se joindre à ses ennemis.

La mesure était comble, et cette fois le comte chassa l'évéqne rebelle; mais Foiquet n'en fut que plus acharné à la perte de son suzerain. A peine Lavaur avait-ii succombé que, sous son inspiration, les légats, vouant Toulouse au sort de Bézicrs, se portaient sur son territoire avec toutes les forces des croisés, brûlant et massacrant tout sur leur passage (mai 1211). Arrivés sous les murs de la place, ils s'apprêtèrent à en faire le siège et, sur Tordre de Foiquet, le clergé sortit prpcessionncUement de la ville excommuniée. Mais les

membres de la confrérie Blanche, édairés par la catastrophe de Lavaur et par leur contact avec les croisés, s'abstinrent de suivre les prêtres et se réconcilièrent, dans Tinlérêt commun, avec la confrérie Noire.

Lors de la désastreuse bataille de Muret, nous retrouvons Timplacable ennemi du comte Raymond : « Là vint Févêque Foiqnet, la mitre en tête et le bois de la vraie croix en main » pour bénir l*arméc des croisés et promettre le paradis à ceux qui périraient dans la mêlée. I^a lutte une fois engagée, les évêques et les clercs, parmi lesquels nous trouvons saint Dominique et le terrible abbé de CÎteaux qui, s'étant fait élire archevêque de Narbonno, prenait arrogaroment le titre de duc, se retirent dans Téglise de Muret, où ils « criaient vers le Seigneur et poussaient au ciel de si grands mugissements qu'ils semblaient plutôt hurler que prier. » {Cansos de la crosada. P. de Vaucernay, G. de Puylaurens.)

A peine les prélats du concile de Montpellier (1214) ont-ils disposé en faveur de Simon de Montfort de tous les pays conquis par l'armée de la foi, quel est celui que désigne le cardinal-légat pour prendre possession de Toulouse au nom de l'Église rom;iine7 C'est encore i'évêque Foiquet, et on le voit se charger avec empressement de cette mission peu honorable pour un homme d'église, chasser de son palais Raymond VI, le légitime souverain, à qui il avait prêté serment de fidélité, et le réduire à s'abriter avec son fils, sa femme Gt sa bru dans la maison de David de Roaix. Le poète de la croisade affirme que dans le conseil qui fut tenu à Toulouse, conseil où assistait le prince Louis de France, on agita si l'on ne détruirait pas Toulouse par le fer et le feu, « l'êvêquë folquet était D£ cet avis, pour punir les Toulousains de l^ proteciioA qu'ils avaient accordée aux hérétiques. Mais Simon de Montfort réfléchit que déti*uire la ville ne serait pas à son avantage et fit décider qu'on se contenterait de raser les fortifications. » {Voy. Chronique languedocienne, Preuves de l'hùt. de Langued,, p. 87.)

A la fin d'octobre 1215 se réunissait le concile de Latran, convoqué par Innocent III, et l'évoque Folquet y amenait le chanoine d'Osma, Dominique, dont il avait pu apprécier le zèle et le caractère dans toute la période de la croisade; ce fut lui qui demanda au pontife la confinnalion de l'ordre des Frères Prêcheurs, établi à Toulouse sous son patronage et avec son concours actif depuis l'an 1207. On croira difficilement que Folquet se serait montré protecteur aussi chaleureux du chanoine es|)agnol s'il avait rencontré chez lui un

866 LE PABADIS.

eenaear rigoureux de sa politique sanguinaire et une vive opposition Il ses actes de feogeance haineuse.

Dans cette assemblée, qui réunissait 1,200 prélats, des voix indignées se firent entendre en faveur du malheureux comte de Toulouse et de ses sujets massacrés par milliers. D*autres flétrirent énergkfaement la conduite de Folquet. « Cet évéque, s'écriait Tarcbidiacre de Lyon, fait vivre dans le deuil plus de 500,000 hommes, dotti Pâme pleure et dont le cceur saigne,.. » {Poème de la Croù iode, § lb3-152.) On ne voit pas que ces voix accusatrices aient été appuyées par celle de saint Dominique qui, n'ayant pas quitté le théâtre de cette lutte acharnée, aurait pu, mieux que personne, éclairer par son témoignage la religion du pontife et dos Pères. Quoi qu'il en soit, ses deux protecteurs sortirent triomphants de l'épreuve, et l'héritage de la maison de Toulouse, sauf le marquisat de Provence, réservé au fils de Raymond VI| fut dévolu à Simon de Hontfort (Labb., ConciL, t. xi.)

Mais, en 1216, Marseille, soumise jusque-là à la suzeraineté de la maison de Narbonne, ayant présenté ses clefs aux deux comtes de Toulouse; puis, Avignon et tout le Venaissin avec le marquisat de Provence ayant suivi le mouvement, cette levée de boucliers vint mettre en péril l'établissement de Montfort. (Pierre de Yaucernay, 83, et G. de Puylaurens, 28.) Réduit à laisser Beaucaire è son rival, il revint en iiâte vers Toulouse, dans la crainte que les habitants ne livrassent leur ville aux Raymond. A son approche, les Toulousains, effrayés, envoyèrent une députation implorer sa merci; Gui de Montfort conseillait à son frère de les accueillir favorablement, plusieurs autres chefs partageaient cet avis; mais il fut combattu par l'évêque Folquet, toujours partisan des mesures de rigueur. « Une fois en la cité, dit-il, il ne faut épargner biens ni gens, mais prendre ce qui se trouvera, et sachez, seigneur comte, que si vous ne faites ainsi, vous aurez à vous en repentir. «

Son conseil prévalut; les députés de Toulouse furent arrêtés; puis, Folquet, entrant dans la ville sans défiance, persuada au peuple de sortir au-devant de Simon, pour apaiser le courroux de son seigneur; ce qui fut fait. On laissa la foule s'avancer près du camp ; mais « à mesure que les notables de Toulouse se rendaient auprès du comte, Simon les faisait prendre et lier. » Quelques-uns parvinrent à s'échapper et donnèrent l'alarme. Le peuple, furieux de cette ignoble trahi- ^ Spn, courut vers la ville et y trouva l'avant-garde du comte, qui, introduite par Cévêque Folquet, s'était déjà mise à piller les maisons

et à violer les femmes. On se rae sur les soldats, qai sont repousses STec vigueur; Folquet parvient à grand*peine à se réfugier dans le château Narbonnais, où Simon, qui était accouru à la rescousse et faisait mettre le feu partout, comme le lui avait naguère conseillé Folqnet, se voit lui-même refoulé avec ses soldats. (Hist, gén. du languedoc, t m, p. 293. G. de Puylaurens et P. de Vaucemay.)

Force fut alors de négocier avec les Toulousains vainqueurs. Tous les moyens étant bons pour triompher des hérétiques, Folquet a imagina une grande et perverse trahison. » L*abbé de Saint-Gernln alla de sa part proposer aux habitants de se remettre à sa merci en leur garantissant, « au nom de Dieu, du Pape et de tout le clergé, » la vie sauve, ainsi que leurs biens et la liberté. Il fallait accepter ces conditions ou livrer h la mort près de cent de leurs concitoyens renfermés par Simon dans le château Narbonnais, ils se confièrent donc 801 serments que leur faisait Folquet « de par Dieu, la Vierge Marie et le corps du Sauveur. » Voici comment ces serments furent tenus :

A peine Simon se fut-il fait rendre tous ses prisonniers, qu'il envoya les nouveaux députés qui étaient venus le trouver à Villeneuve, rejoindre ceux qui gémissaient captifs dans le château Narbonnais, puis, faisant arrêter dans leurs maisons tous tes « meilleurs de la ville » au nombre de deux mille, on les conduisit sur la place du IVIarché où on les força de déclarer quMls renonçaient à la garantie de l'évêque. Renonciation qui fut suivie d'exils, d'emprisonnements, de spoliations, de tortures de toute sorte, de la destruction des tours, des murailles et des moindres défenses dans Tintérieur de la cité.

Le résultat de cette violation sacrilège des engagements les plus sacrés fut d'exaspérerles Toulousains et de leur faire saisir avec empressement la première occasion de briser un joug de fer. L'année suivante (13 septembre 1217), à l'approche du vieux Raymond VI, du comte de Gomminges et du fils du comte de Foix, la cité tout entière se soulevait contre ses oppresseurs et les chassait honteuseinent. Gui de Montfort tombait percé d'un coup mortel en s'efforçant de rentrer dahs la place, et Simon lui-même, repoussé avec perte, renonçant à l'espoir de l'emporter de vive force, devait se résigner aux longueurs d'un siège.

Tandis qu'il restait devant Toulouse, dont les murs se relevaient ^os ses yeux, et qu'il passait là Ihiver, non moins assiégé lui-même qu'assiégeant, l'évêque Folquet allait lui recrutant dans le Nord des auxiliaires et lui ramenait une petite armée commandée par deux ^gneurs flamands, Michel de Harnes et Am^nd de Ghisoin. Mais

enfin» après neuf mois de siège et une lutte héroïque de part et d'autre, celui qu*ou appelait le Josué, le Macliabée de la croisade, atteint è la tête par une pierre lancée d*un mangonncau, tomba luimême, pour ne plus se relever, le 25 juin 1218.

Exilé de son diocèse, où Raymond VII avait reconquis ses droits ^e suzeraineté, Tévêque Folquet s'était nalurellement réuni aux ennemis du comte, et nous le voyons en 1227, après la prise du château deBécède, par le sénéchal français Imbert de Beaujeu, faire livrer aux flammes, conjointement avec l'archevêque de Narbonne, un certain nombre d'hérétiques qui s'y croyaient en sûreté. Mais ce n'était pas là contentement suffisant pour le prélat que les Languedociens appelaient « l'évêque des diables. » Aussi saisit-il la première occasion de faire payer cher à Raymond YII la revanche qu'il était parvenu à prendre. Au mois de juin 1228, il voit arriver avec joie un renfort considérable à Imbert de Beaujeu, sous la conduite des archevêques de Bordeaux et d'Auch. Cette nouvelle armée vient de France, où le légat a ravivé le zèle de la croisade. £lle marche sur Toulouse et asseoit son camp à quelque dislance de la place, afin de mettre à exécution un plan de dévastation systématique suggéré à Imbert de Beaujeu par l'évêque Folquet. Il consistait à ruiner les Toulousains, afin de les asservir plus sûrement. Durant trois mois consécutifs, les croisés, sans tenter aucune attaque contre la ville, se bornèrent donc à lancer chaque matin, tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, des bandes de travailleurs qui, appuyés de bataillons armés, arrachaient les moissons et les vignobles, abattaient les arbres et démollissaient les riches bastides dont la campague était parsemée à l'entour de Toulouse. Il n*y resta plus, après cette razia d'invention épiscopale, qu'un désert et des ruines. (G. de Puyiaarens, ch. UO,) Force fut alors à Raymond VII, pour ne pas voir la ruine complète de ses sujets, d'accepter les dures conditions que lui valut la médiation de l'abbé de Grandselve et de Thibaut de Champagne.

I/évêque^FoIquet put alors rentrer en triomphe dans la cité désolée, dont il avait réduit à la misère les malheureux habitants, par le plan de campagne sauvage dont lui seul avait pu concevoir l'idée, et qui devait vouer sa mémoire à une éternité de haine. Au mois de novembre 1229, il poussait aux mesures les plus rigoureuses le concile réuni à Toulouse, sous la présidence du cardinal de Saint-Ange, légat du Pape, pour organiser partout l'inquisition dont lui-même devait présider le tribunal dans son diocèse.

Raymond VII, remis en possession de ses domaines par les commissaires de Louis IX, en exécution du trailé de Meaux, était revenu à'Toulouse résigné au sort que lui avait fait la nécessité. Mais il ne pouvait avoir l*espoir d'y vivre en paix tant qu'il aurait près de lui le fougueux prélat, son irréconciliable ennemi. £n effet, quelques troubles s*étant élevés dans la ville après le départ du cardinal de Saint-Ange, et plusieurs bourgeois ayant été tués par ceux qui les accusaient déjouer le rôle de délateurs près des membres du saintofGce, en même temps que des bandes d'Albigeois proscrits étaient venus ravager les terres épiscopales, Foiquet voulut rendre le comte responsable de ces attentats.

c Je' sais, lui disait-il, que par la grâce de Dieu et la vôtre, j'ai recueilli mes dîmes assez tranquillement 4'année dernière, mamtenant c'est à vous que je m'en prends des troubles que je souffre, et oe croyez pas que je puisse les supporter patiemment. Je suis disposé à êure exilé de nouveau, n'ayant jamais été mieux que durant mon exiL »

En conséquence, Raymond VII dut comparaître à Gastelnaudary devant Gauthier, évoque de Tournay, légat du Pontife, et s'engager à faire droit sur toutes les plaintes qui lui seraient adressées par les hommes d'église de la comté de Toulouse. Ce fut la dernière humiliation que fit subir à son souverain cet implacable ennemi des comtes de Toulouse, car il mourut peu après, le 25 septembre 1231, et eut pour successeur Raymond de Fulgar, provincial de ces Frères !*rôcheurs dont il n'avait cessé de patronner chaudement l'Ordre, après avoir contribué puissamment à sa fondation, à raison de son intimité avec saint Dominique, et qui l'avaient si bien secondé dans son œuvre d'extermination.

Tel fut l'homme qu'un zèle fougueux pour le triomphe de l'autorité pontificale, tant au temporel qu'au spirituel, poussa aux excès les plus barbares. Voilà comment il aurait conquis la sympathie de l'adversaire le plus constant de cette double autorité et mérité d'être mis par lui au nombre des élus.

Foulque je fus nommé par cexMS qui m'ont connu, etc.

31. N'y a-t-il que de la naïveté dans cette phrase, Folco mi disse (fueila gente a eut fu noto il nome mio, et faut-il la traduire ainsi que nous avons fait, ou bien l'entendre dans cet aulre sens : Je me suis fait connaître comme prélat fougueux et persécuteur aux htré-

870 LE PARiDIS.

dqucs» qui, au lieu de dire monseigneur de Toulouse, m*appe« talent Foulque le troubadour, Tévêque des diables?

Et s'imprègne de moi ce ciel qui m'a r^çu, etc.

32. J*ai laissé mon empreinte dans ce troisième ciel, en ma qualité de prince de Merci ou de Trinitaire écossais, et de même il m'a laissé un caractère ineffaçable, celui de maçon du Temple; c*est pourquoi tu me vois ici pour y être rétribué selon mes mérites.

Car certes plus que moi, tarit que fen eus licence t N'a pas hnlléf etc.

33. Tant que je n'eus pas apostasie, changé de peau, infin che si converme al pelo, tant que je n'eus pas revêtu la soutane des prêtres romains et dépouillé le maschili penne du troubadour albigeois, je brûlai de tout le feu de Tamour sectaire. £t voilà le prélat toulousain, qui de mâle s*est fait femme, se comparant à deux femmes, ou plutôt à deux églises apostates, savoir : Brescia-Didon, affligeant avec la Creuse tojulousaine , l'ombre d'Arnaud de Brescia, a Sicheo noiando, et l'église de Florence, cette autre Eve, Rodopea, pour montanima ou fiesolana, abusée par l'astuce guelfe. Ce n'est pas tout, par allusion au persécuteur, il le compare à celui qu'il appelle Alcide et qui , reniant un moment sa foi , fit couler le sang de ses frères, à Frédéric II, qui eut, comme Alcide, à lutter enfant avec des serpents, sous la tutelle d'Innocent III, puis, devenu homme, fut réduit à renfermer dans son cœur l'amour dont il brûlait, lole nel care ebbe richiuscu Qu'on s'étonne, après ces [tours de force mithologiques, que, jusqu'au xvi° siècle, la poétique ait été toute païenne, puisque la mystique elle-même l'était.

Mais l'dme ici n'est pas de regrets oppressée, etc.

3^. Vous avez cru jusqu'ici que Foulque parlait de lui-même en disant non si pente, ma si ride. Détrompez-vous ; il ne s*agit pour cela que de relire ce passage si astucieusement combiné ; vous verrez que c'est bien d'Alcide ou de Frédéric II qu'il y est question. C'est le fils de Henri VI qui ne se rappelle plus ses peccadilles de per^ sécution, che a menie non torna, et qui s'applaudit, si ride, en contemplant du ciel la valeur de Henri Vil, dirigeant la vaste organisation sectaire et se faisant sa providence , il valore che ordino e

proovide. Voilà comment le poêle , se riant de la difficulté, a trouvé moyen de faire emparadiser par Foulque lui-même celui que , par mesure de précaution, il avait semblé damner dansTËnfer en compagnie du cardinal Ubaldini.

Vari de toui emhéiXir que son amour déploie, etc.

35. Foulque, bon connaisseur qu'il est en Gaiesclence» admire rartàTaide duquel Dante est parvenu à embellir les merveilleux effets produits par cette vaste organisation , Varte ch' adoma tanto effetto; et il distingue parfaitement quel bien résultera de la révolution attendue» quand Tempereur, aidé des Albigeois et des Templiers, prenant le dessus , la puissance de Rome s*écroulera avec tout ce qui se rattache à elle, dùcemesi il bene perché al mondo di sa quel di giù toma. On est si bien placé pour apercevoir tout cela clans le ciel de la rhétorique ; puis, lorsqu'on a maints gros péchés à se faire pardonner, il faut bien flatter un peu Tamour-propre d*un poète qui vous garde une dent.

Tu désires savoir qui dans cette clarté, etc.

36. Il aurait dû paraître étonnant que Dante ne songeât pas à s'enquérir du motif qui a déterminé la conversion de Foulque, en faisant de lui an des plus ardents persécuteurs de ces fidèles d*amour qui l'avaient compté longtemps dans leurs rangs. Mais il avait ses raisons pour garder sur cet article le plus profond silence. H aime bien mieux faire dire par Foulque lui-môme que Rahab est le miroir dans lequel son infamie se réfléchit comme le soleil dans Teau, conie raggio di sole in acqua mcra.

Apprends que c'est Ràhah, etc.

37. Rahab fait ici pendant à Gunizza, car ce n*est certes pas sans dessein de la part du poète que Tévêque Foulque se trouve placé entre ces deux femmes, comme un criminel au pilori entre deux prostituées. Rahab, la courtisane de Jéricho, qui trahit les siens en cachant dans son logis les espions de Josué {Jomé, vr, 17), nous explique la pensée de Dante voulant livrer au mépi is public celui qui trahit ses frères et devint leur ennemi le plus acharné, en s'alliant à la grande prostituée. Pourquoi Rahab inspire-t-ellc une si vive curiosité à Dante? C'est qu'elle est, à l'égard de Foulque, l'écriteau

dMofamte pour ceux qui savent le déchiffrer. De même quVJlc donna asile aux espions de Josué, Foalque accneillil dans Toulouse les moines de Cîleaux, inquisiteurs de la foi, éclaircurs de Montfort, le Josué qui venait arrêter le soleil dans sa course d'Orient en Occident et conquérir la Provence, cette terre promise è Tavidilé des croisés du Nord, terra santa pour lc»s hérétiques; ne fut-il pas, déplus, l'hôte de saint Dominique, son protecteur et celui de son Ordre?

Que d*en haut la grâce

Désigna dans noire Ordre à celia haute place, etc,

38. A nostro ordine congiunta, di lei nel sammo grado si sigilla. Littéralement : Rahab se rattache à notre Ordre et elle est signalée dans la plus haute subdivision de ce grade. Rien de plus net et rien de plus exact. Ouvrez, en effet, un rituel maçonnique, vous y verrez que dans le grade de prince de Merci ou de Trinitaire écossais, le candidat a nom Josué (Light on Masonry, p. 350), ce qui motive mainte allusion à Rahab dans les discours du vénérable. A coup sûr, la rhétorique de Dante dissimule ici à force de franchise, car vous remarquerez que rassemblée dans laquelle se fait la réception est appelée le troisième ciel : t the Chapier is styled the Third Heaven, » {Ibid.) Et nous sommes en effet dans le troisième ciel, celui de Vénus ou de la rhétorique, dans lequel la vérité ne brille pas encore tout entière, attendu que Tombre du monde orthodoxe vient s'y mêler, in lui l'ombra s'appunta clie il vostro mondo face.

Or, savez-vous maintenant devant qui comparaît le candidat Josué lors de sa réception comme prince de Merci t Devant ces patriarches du triomphe du Christ dont il a été fait mention dans les limbes de l'Enfer, à savoir : Moïse, Âaron, £liezcr, assistés d'un gardien du Palladium, symbole de l'Empire. Aux adeptes de nous expliquer cette symbolique biblique, pour moi c'est bien assez d'avoir à interpréter ceife de la Comédie. Nous retrouverons, du reste, les patriarches à la fin du ppëme, où peut-être ils se feront connaître à nous.

En signe et souvenir de la haute victoire

Que gagnèrent ses ntaint avec tant de labeur, etc*

39. Le motif de la béatification de Rahab ne serait-il pas au moins singulier, dans le fond et dans la forme, et ne semblerait-il pas que le christ se fût fait un cas de conscience de ne pas loger dans quelque ciel, in alcun cielo, cette pauvre fille fulledc son corps? Le Sauveur

GHAMT IX. 873

n'y est pour rien ; mais il coQvcnait à B. EN. de l'y caser, en signe de b baille victoire que gagnait Dante en parvenant à souffleter Foulque des deux mains, con l'una e Paîtra paltna, c'est-à-dire en le plaçant rntre deux prostituées et en le faisait se mirer dans Tune d'elles. De grâce, qu'on veuille bien se reporter au texte de cette tercine conçue avec une si merveilleuse habileté.

Que ténia Jomé $ur la terre promise, etc.

AO. lA prima glaria, dit ironiquement le poète, en faisant allusion au massacre de Béziers, premier exploit des croisés contre les Albigeois, exploit dû en grande partie à la trahison de la Rahab marseillaise.

Foulques était lié intimement avec le Josué Montfort, comme anssi avec saint Dominique, à qui il fit don du sixième de la dîme des fabriques paroissiales et de trois églises, à Toulouse, Sorèze et Pamiers. Non moins dévoué que Foulque au général des croisés, qui loi avait donné le château et la terre de Gassanel, dans le diocèse d'Age», saint Dominique baptisa la fille de Montfort et bénit le mariage d'Amaury, son fils aîné, avec Béatrice. {Voy. Echard, i, 12; B. Hombert^ chr. 3; Thierry d'Apolda, m, 65; N. de Treveth, chr.^ et la Vie de saint Dominique, par le R. P. Lacordaire.)

Dont le Pafe hien peu s'inquitle aujourd'hui, etc.

41. Le Pape, devenu français et résidant désormais dans Avignon, a oublié que le Languedoc et la Provence, cette terre sainte des héré* tiques, terra sama, désormais absorbés par la monarchie française, constituaient naguère un État riche et populeux sous un goavemeuicnt Indépendant.

La coufahle cité fille en tout de celui, etc.

&2. Cherchez quel est le lien qui rattache cette sortie contre Florence à ce qui précède, et vous verrez que c'est celui qui se rapporte tout à la fois au Pape et à Satan. S'il était besoin d'une preuve de plus à Tappui de celles que nous avons données pour établir que l'infernale Dite est Florence, la ville de Dis, de PHitns-Lucifer, Satanroi, qui de suprême pasteur s'est fait loup, maladetto lupo, nous n'aurions besoin que de rapprocher ce passage des chants VIII et IX de l'Enfer. En effet, Florence est bien la ville opulente qui sème les fleurs ou florins dans l'intérêt guelfe, et Dante la désigne ici comme

ane planle malfaisante, pianta, ayant sa racine au plus profond de TËnfer, dans la personne de celui-là même, dont il a été dit Pap'è Satan,

C'est pourquoi VÉvangile et les plus grands docteurs Sont délaissés, tandis qu'aux seules décrétâtes, etc,

63. Nouveau trait lancé contre la cour pontiGcaie, uniquement occupée à rechercher dans le recueil des décrétalcs de nouveaux prétextes pour satisfaire son ambition et son avidité, sans aucun souci des intérêts du ciel.

Seront purgés hientât de l'impur adultère, etc.

Uk. Dante trouve ainsi moyen de faire prophétiser par le troubadour évêque la ruine de TËglise catholique, en paraissant ne faire allusion qu'à la translation du sainl-siége à Avignon et peut-être aussi à la mort de Boniface YIII; car on a vu qu'il confond constamment dans sa pensée Satan, Fauteur du grand adultère, gran stupro, avec le chef de TÉgiise. Selon TOttimo, le grand adultère serait le pape Boniface, il quale per simonia e per ingarmo venne al ponttficato. G*est aussi Topinion de Landino; mais le P. Lombardi remarque avec raison que la mort de ce pontife ne purgeait pas le sol romain de la présence des cardinaux, en ajoutant : Bonifazio non fu certo Cultimo papa che a Dante spiacesse. Il est facile de mettre les commentateurs d'accord, en faisant apparaître le véritable sens de ces quatre vers. Jl saule aux yeux, et le voici : non-seulement le Vatican sera délivré de la Papauté, libero dali' aduUero, mais encore Avignon et la Provence, dont la cour de Rome a fait choix pour y résider, PaUre parti elette di Rama; pays qui, grâce à elle, ne sont plus qu'un vaste cimetière, où gisent les os de cette milice vaudoise seule à suivre les traces apostoliques, cimitero alla milizia che Pietro seguette.

Le premier ineffable et souverain pouvoir En regardant son filSf etc.

1. Dieu est encore désigné ici par celte expression mystique de

valore adoptée par les sectaires pour exprimer la suprême puissance d'émanation, che etemal mente spira, d'où dérivait la multitude des Eons^ perfections, idées, types ou forces secQudaires. Cette valeur ou puissance suprême étant le type de la monarchie universelle sur la terre, il va sans dire qu'on ne peut contempler l'ordre admirable régnant dans le monde des corps comme dans celui des intelligences, quanto per mente o per occkio si gira con tanto ordine fe', sans prendre goût k un gouvernement ordonné à l'image de celui-là et, par suite, sema gustar di L.V1.

Où wmt deux mouvements se croiser dans Vespace^ etc.

2. Au point où le Zodiaque se croise avec l'Equateur, entre le Bélier ou l'Agneau, symbole tout catholique, et la Balance, symbole de la justice, qui, de jure ^ n'appartient qu'à l'empereur; or, c'est à ce point précisément que se heurtent deux mouvements contraires, l'un en avant, l'autre en arrière, l'un moto aiC altro si percuote, car c'est la lutte de la raison et du droit contre l'autorité théocratique et contre l'iniquité.

....L'o uvrier qui d 'un regard joyeiuv Suit, tant il le chérit, son œuvre merveilleux, etc.

3. Le grand Architecte de l'univers, ce maître parfait, quel maestro, porte nécessairement le plus grand amour à la Gaie science des troubadours, à l'Art royal des maçons, dentro a se Varna; à tel point que son regard ne cesse d'en suivre les progrès avec un intérêt tout paternel, tanto che mai da lei l'occhio non parte. C'est pour cela que, dans le Temple, on fait grand cas de Varismetica, et, en

.particulier, de la géométrie^ si nous en croyons leTuileur expert de l'Écossisme. « Quel est le premier de tous les arts ? — L'architecture, dont la géométrie est la clef. — Êtes-vous grand maître architecte? — Je connais parfaitement tout ce que renferme un étui de mathématiques, équerre, compas, règle, etc. » P. 73.

Le cercle ollique où vont les jplanètes roulant, etc,

lu Aristote appelle l'éqoateur un cercle oblique. (De corr. et gêner,) Mais pour Dante, les planètes étant autant de sciences, on conçoit comment, dans sa pensée, le monde les appelle, le cliiama, pour satisfaire, per sodisfar, à son désir de lumière et de vérité.

Si ne i^meUnaii fOi leur route de la sorte, etc.

5. Si les orbites des planètes cessaient de s'entrecouper, il n*y aurait plus ni saisons, ni reproduction ici-bas, l'influence planétaire venant à s'exercer toujours sur un même point. Système dérivant tout à la fois de l'école d'Alexandrie, de la Gnose et de la Kabbale. Mais comprenez aussi que ces sciences-planètes sont obligées de suivre des voies sinueuses, strada torta, sans quoi les effets accomplis par le ciel sectaire ne pourraient se produire, inolta virtù nel ciel sarebbe in vano, et alors toute la puissance tomberait aux mains de la Papauté ou de la mort, sarebbe quasi ogni potenzia quaggiû morta. On voit que l'obliquité a du bon, il en cuit à Galilée pour avoir été trop droit son chemin. Libre à vous, du reste, de croire avec Ozanam que Dante avait une certaine confiance dans l'astrologie. Je ne doute pas, quant i moi, qu'il n'eût confiance aux astrologues et aux alchimistes, attendu qu'il entendait parfaitement leur langage, comme eux le sien, et qu'il savait au mieux où tendait leur science.

.... L'univere y perdrait Non moine en haut qti'en h<u de son ordre admirable f etc.

6. Si les sciences-planètes s'écartaient plus ou moins de la ligne du droit, dal dritto, c'est-à-dire de la justice, du droit légitime appartenant au monarque universel, il y aurait concession au pouvoir usurpateur ou transaction avec lui, et dès lors l'ordre serait interverti, en haut et en bas, sur la terre, assai sarebbe manco e giû e sa deW ordine mondano.

.M.Jtf t'ai mit Le pain à ta portée, a^ee à Ven repailre, etc.

7. Nous voici ramenés au pain des anges du Convito, et il est dans Tordre que Dante invite son lecteur à s'en reps^tre, tout en rêvant à ces graves problèmes monarchico-astronomiques, au moment où il arrive à la sphère du soleil, celle de la raison et de la vérité. En agissant ainsi, il acquerra la Gaie science et, à ce prix, se souciera peu de la fatigue, s'esser vuoi lieto assai prima cke stancoi Voulezvous savoir pourquoi la sphère du soleil est comparable à l'arithmétique, que Dante appelle arismetica, en contractant artis? C'est, 1° « parce que toutes les autres étoiles (sciences) s'éclairent de sa lumière, s^infai-mano (en puisant des informations dans sa virtit informatiia); 2"* parce que l'œil ne peut le regarder ou voir en lui,

nol pud mirare. » Or» il en est de même de Varismetica ou art (Tamaur, foyer de lainière et de vérité, « toutes les sciences s*éclairant de sa lumière et tous les sujets dont elles traitent ayant à être considérées sous un nombre quelconque e (comme Béatrice au point de vue de 3 et de 9). « £t, en effet, au dire d'Aristote, Pythagore ptx)fessait que chaque chose est un nombre, tutte le case esser numéro. » Puis « l'arithmétique a de commun avec le soleil qu'elle est inaccessible à l'œil de l'intelligence (oui à rœil nu, c'est pourquoi notre intelligence a recours aux lunettes), attendu que, considéré en soi, le nombre est infini. » {Conv, ii, 14.) Et le monde a été assez dnpe pour ne pas voir que Dante s'était moqué de lui avec toutes ces sornettes scientifiques.

Le fluff sublime agent des lois de la nature

Qui sur U monde empreint le sceau du Créateur, etc.

8. Littéralement : qui du ciel sur le monde imprime la valeur. En effet, le soleil- raison, premier ministre de la providence inipériale, ministro maggiore délia Natura, devait avoir la prétention de faire de la terre un ciel et de lui mesurer le temps par les connaissances que chaque jour devait lui apporter sur la voie du progrès, col Utme suo il tempo misurare. Qu'on veuille bien nous suivre sur le texte.

Sans quitter le chemin que j'indiquai plus haut. En spirale tournait, etc.

9. Le soleil arùmetica ne peut pas plus éviter les détours pour aueindre sûrement son but, que les planètes-sciences réduites aux sinuosités et à l'obliquité; donc si girava per le spire in che piii tosto ognora s'appresenta, attendu que, pour la raison, au xiv* siècle, la ligne courbe était la plus courte.

Chaque heure tour à tour à son poste 8*avcmce,

10. Le soleil allant alors du Capricorne au Cancer, allusions auxquelles nous ne nous arrêtons pas, il naissait chaque jour plus tôt et les heures avançaient avec lui. L'extrême habileté du poète consiste à avoir su faire concorder cette astronomie fantastique avec le système de Ptolémée qui, faisant la terre immobile, obligeait d'admettre la marche en spirale du soleil.

Avêc lui je montait, mats sans m'apereevoir De mon ascension ^ plus qu'on n*a conscience, eU.

11. Force élait bien à Dante de suivre les sciences-planètes dans leurs lonrs et détours et surtout le soleil, ce foyer de toute vérité. £t puis d'ailleurs il suivait son héros, io era con LVI. Quanta la comparaison, elle est des mieux trouvées pour un voyage imaginaire accompli tout entier dans la pensée.

Échappe à tout calcul par le temps supputé.

12. L'opération de la foi étant instantanée, l'atto suo per tempo non si sporge.

Non qu'elle revêtît une couleur nouvelle, etc.

13. Non per color; par l'excellente raison que, dans la loge des princes de Merci, d'où nous sortons, le irès-cxcellent chef-prince porte une tunique tricolore verte, blanche et rouge, a large tricolared (unie ofgreen, white and red {Liglit on M.\, p. 250), costume de Béatrice dans le Purgatoire, et que, dans la loge de Grand architecte, où nous entrons, les couleurs restent les mêmes. On verra, du reste, la dame du salut revêtir successivement, et avec la plus grande exactitude, les couleurs de chaque grade, dont les signes et les bijoux seront signalés avec non moins de fidélité. Si l'on ne voit pas là une preuve des liens étroits qui rattachent la maçonnerie et Dante aux Templiers, il faut renoncer à prouver historiquement quoi que ce soit.

On peut me croire au moins et désirer le voir, etc,

\h. Gomment les adeptes n'auraient-ils pas aspiré à contempler, au foyer de la lumière d'Orient, cette doctrine du progrès, celte doctrine vérité, de plus en plus resplendissante à mesure qu'elle s'élevait vers le ciel d'où elle dérivait?

Car du soleil nul œil n^a sondé la splendeur, etc. 15. Pas plus que l'œil de l'intelligence, s'il n'est armé de bons verres, les profondeurs de Varismeika. Mais il était très-heureux pour Dante que nul œil inquisiteur ne se portât sur son soleil-rationaliste, che som^a H sol non fosse occhio che andasse.

.... Comment en vérité Procède dans le iein de ta gloire infinie Son émanation et sa paiemilé, etc,

16. Corne spira e corne figtia. On peut, à coup sûr, rattacher ces expressions au dogme catholique, mais nul ne contestera qu'elles s'adaptent non moins aisément aux doctrines gnostiques et manichéennes. (Cf. Saint Thomas, Summatheolog,, part, i, quaest. 27, 28 et 36, art. 2; saint Épiphane, saint Théodoret, Néander, etc.) On va Toir qu'elles se rattachent aussi parfaitement à l'organisation sectaire. En effet, par suite de l'alliance du templarisme albigeois avec le parti gibelin, l'empereur, désigné comme le sauveur, le rédempteur attendu de ritalie et de la Provence, étant appelé du nom de Christ, celui de père revenait naturellement au trè&- vénérable grand maître de l'Ordre. On comprend, par suite, que le père et le fils respirant et se renvoyant de l'un à l'autre un mutuel amour, manifestaient chaque jour aux fidèles comment ils propageaient cet amour, et engendraient ainsi ï relise albigeoise de nouveaux fils, naissant à la vie nouvelle dans le sein de Marie. Or, tout cela n'est-il pas très-catholique?

Offre tes actions de grâce et de louanges, etc,

17. Adresse tes remercîments à Dieu, dont la grâce illuminante, d'accord avec Béatrice, t'a fait t'élever, dans ce ciel des mathématiques, jusqu'à la source de toute doctrine, à celle qui tombe sous les sens, d'où dérive l'expérience, nous a-t-il été dit déjà, fin a qiiesto iemibiL

Et pour lui mes élans d'amour étaient si forts Qu'oubliant Béatrice^ elle en fut éclipsée,

18. 11 n'y a pas k s'en scandaliser le moins du monde, Béatrice ne faisant qu'un avec Dieu, puisque elle-même est Trinité par simili^ tude (Vit. nov.), et que ce fut d'ailleurs par amour pour Béatrice que Dante se voua corps et âme à Henri; lisez plutôt : Tutto H mio amore in L.VI si mise, si bien que la politique l'emporta par moments sur la foi. La clarté, ce semble, va se faisant de plus en plus.

Loin d'en paratire en rien blessée, elle sourit, etc.

19. Nous ne saurions être plus susceptibles qu'elle, puisque nous savons maintenant que la seule monarchie universelle eut le pouvoir d'éclipser un moment la foi Béatrice dans l'esprit de son fidèle. Nous

apprenoas, par la même occasion, que la clarté de ses enseignements persuasifs, lo iplendor degli occhi suoi ridentt, dissémina dans plusieurs esprits ce qu'elle avait concentré dans le sien , mia mente imita in più cose divise, mais vous pouvez entendre aussi qu'elle eut ses raisons pour appeler l'attention qu'elle absorbait sur les travaux de plusieurs doctes personnages, travaux reflétant sa pensée.

Je vis nombre éCard/eur$ vivantes et sans pair, etc, 20. Ces ardeurs vivantes et qui l'emportent sur bien d'autres, fnlgori viventie vincenti, sont précisément les Esprits entre lesquels se trouva divisé l'esprit dont était animé le théologien Dante, ou sur les œuvres desquels Béatrice appela son attention. Ces bienheureux forment cercle autour de lui et de sa dame-foi, de telle sorte que les rayons de son esprit et de sa foi vont du centre à la circonférence. Remarquez surtout que ces nouveaux venus, ayant leurs motifs |K)ur dissimuler quelque peu, brillent moins ostensiblement que leur voix n'est douce pour ceux qui ont l'oreille assez fine pour en saisir les modulations, PiU dolci in voce che 'n vista lucenti.

,„» Ainsi quand Vair Est chargé de «apeur«, la Jille de la terre, etc,

21. C'est Teffet du halo autour de la lune, vous disent les commentateurs ; d'accord, mais que signifie cette comparaison lunaire précisément dans la sphère du soleil? Peut-être parviendrons -nous à l'expliquer. Traduisons d'abord : Quand l'air est chargé de vapeurs orthodoxes, on voit parfois la lune pontificale se faire une ceinture telle, qu'elle retient le fil qui forme cette ceinture, si che ritenga il fU che fa la zona. D'où suivrait que, selon Dante, ces ardeurs, dont l'éclat n'égale pas tout à fait celui du soleil-raison, mais dont les accents étaient pour lui pleins de douceur, auraient formé une pâle couronne autour de la Papauté, qui les aurait retenus par un fil, attendu que l'atmosphère étant chargée de vapeurs catholiques, elles n'auraient pu se dégager de son allégeance. Mais nous nous trompons peut-être, nous allons bien voir.

Sont à la cour du ciel, qu'en corps je visitai, etc.

22. Dans le Temple, cette cour de princes, au ciel constellé, que Dante visita plus d'une fois, se trouvent maints personnages décorés de bijoux brillants» comme les Maçons appellent encore leurs insi-

gnes, gioie carc e belle, en leur conservant même le nom italien à'Abito. Ces personnages et ces bijoux sont la propriété du Temple et on ne peut les lui enlever, non si posson irar del regno. Bijoux, costume, langage, rien de tout cela n'est de mise au dehors.

Ainsi de ces Splendeurs le chant plein de beauté, etc, 23. Il canto di que* lumi era di quelle {gioie); leur chant, leurs accents si doux appartenaient donc au Temple, 6u du moins à la religion évangélique, les écrits mêmes qu'elles avaient pu léguer à la terre auraient reflété, jusqu'à un certain point, les doctrines du Temple et les croyances vaudoises.

En peut bien d'un muet attendre des nouvelles, etc.

2&. Vous VOUS attendiez peut-être que Dante allait vous exposer comment le- Temple était en droit de revendiquer le chant de ces précieux bijoux; vain espoir : il restera muet pour les profanes; celui qui n'aura pas vu la lumière, chi non s'impenna si cite lassii volt, le trouvera muet comme un homme qui a fait serment de se taire; faites-vous donc recevoir franc-maçons, peut-être en apprendrez-vous davantage.

.,., Pareils A des étoiles près des immobiles pèles, etc»

25. Ces ardents soleils tournent trois fois, comme Triiiitaires écossais peat-être, autour de Dante et de Béatrice, immobiles au centre ; or, dans le grade de Chevalier du soleil, qui doit être proche voisin de celui de grand Architecte, le Vénérable, nommé Adam, comme Dante, a en face de lui frère Vérité, les autres membres sont rangés à Fentour. Ainsi, pour nous, Dante-Adam, l'invariable époux de la mobile Eve florentine, et Béatrice-vérité symboliseraient ici le soleil mâle et femelle des Mithriaquea, lisseraient le ()ôle lumineux autour duquel viendraient évoluer, comme pour faire acte d'hommage, des Splendeurs dont le chant, en harmonie avec celui du Temple, exige on mutisme complet de la part de ceux qui l'ont entendu. {Voy, les deux Tuileurs maçonniques de Bazot et de Yiliiaunic et p. 233 des lUvèL)

Tant que n'ont pas repris la noie et les paroles, etc.

26. En comparant ces bienheureux à des dames, donne, mot dont

88i LE PARàDlS.

on sait la valeur dans la symboliqae templière, le poëte entend les signaler de pins en plus comme des illustrations sectaires, au moins dans leur for intérieur. Us seraient restés, toujours selon lui, unis dMntention à Téglise dissidente, comme dans une ronde qui s'arrête, des dames continuant à se tenir par |a main, tum da ballo scioUe; seulement, le langage symbolique ayant changé, ils auraient eu besoin de se mettre au courant de la symbolique nouvelle, tacite cLscoltando, fin che le NOOVE NOTE hanno ricoUe, les notes de ce langage nouveau vanté par Bonagiunta, dans le Purgatoire xxiv, et dont TÂniour est lo dictateur. Sommes-nous dupe d'une hallucination ou ne faisonsnous que lire couramment ce qui s'offre à nous dans ce livre si longtemps fermé de sept sceaux, comme celui de V Apocalypse?

De sa gourde à ta soif qui dénierait le vin î

27. L'amour sectaire, s'accroissant par le partage de la doctrine 5 un plus grand nombre d'adeptes {Purg,)^ ceux qui suivent ses lois sont toujours prêts à distribuer soit le pain, soit le vin des anges^ à ceux qui, guidés par le rayon de la grâce, lo raggio dclla grazia, se montrent disposés à gravir l'échelle des grades, quella scala^ à moins d'obstacles venant arrêter l'eau vive de leur doctrine, cot^ aqua ch' al mar non si cala.

D'hommages enlouranl la belle et nohU dame, etc.

28. Il n'y a pas à le contester, tous ces Bienheureux, qui ne tiennent que par un fil à la lune papale, à la reine de l'Enfer, donna che qui regge, rendent amoureusement hommage, courtisent, caressent, si vous voulez, vagheggiano, la belle dame, la foi-Béatrice qui rend son fidèle digne du ciel, la bella donna ch' al ciel t'avvalora. Tous sont donc, au moins pour Dante et les siens, des coreligionnaires, bien que revendiqués dans des rangs tout opposés.

Où contribue au bien y et n* encourt pas vergogne Qui ne s'égare pas, etc.

29. Que de divagations au sujet de ce vers : V ben s'impingua se non si vaneggia! Ripn de plus simple pourtant. Il ne s'agit, pour en rendre le sens palpable, que de rétablir les lettres ponctuées et de lire : V* B.EN. s'impingua. Voyez un peu : saint Thomas d'Aquin, car c'est lui qui vient de prendre la parole, déclare à Dante qu'il appartint au troupeau de Dominique , et il ajoute que dans

Tordre des Prédicateurs se recrute largement, s*impinguas TaUngéisme impérialiste, dont la formule est B.EN. ou Béatrice-Henri; qu'il en est ainsi parmi ceux des frères qui répudient les Tanités de l'Église romaine, se non si vaneggia. On se rappelle, en effet, que dans le Purg,^ ch. xxxï, Béatrice a reproché à Dante ses distractions catholiques, quaiiûées ^'altra vanitàj après lui avoir répété par deux fois dans le chant précédent : B.EN. son B.EN. son Béatrice. Quant à Tordre des Dominicains en lui-même, son histoire est là pour attester qu'il a fourni bon nombre de libres penseurs et peutêtre d'adeptes, ayant Campanella et jusqu'à Yauini.

.... A tna droite est Albert de Cologne, Moine, mon maître, et moit je suit Thomas d'Aquin, sic»

30. Le premier personnage signalé par Tange de TÉcole, qui, à en croire Dante, aurait été l'un des excellents anges du Temple, retenu seulement par un ûl à l'Église de Rome, est le bmeux maître Albert» surnommé le Grand, dont le nom est resté à la place Maubert, où il donnait ses leçons. Hardi novateur, sa doctrine, empruntée à Aris* tote, qu'il restitua au monde latin, fut tempérée par celle de Platon, et Tun des premiers il ouvrit la voie à la libre pensée philosophique* Ses recherches sur les sciences occultes, ou plutôt ses connaissances en physique et en mathématiques, lui valurent la réputation de magicien. {Voy. Hauréan, Pkil. scoL, et la Fratice Uttér,, xix, B63.)

Saint Thomas d'Aquin, né en 1227, mort en 127/i, ne fut canonisé qu'en 1323, et, par suite, postérieurement à Tapparition de la Comédie. Après avoir terminé à treize ans ses études chez les moines du Mont-Cassin , le jeune gentilhomme prit l'habit dominicain à Naples et se rendit aux écoles de Paris, d'où il partit ensuite pour aller à Cologne étudier sous le fameux dominicain souabc Albert de Bolstadt, alors le maître par excellence, « le grand Albert » Il Taccompagna à Paris, où il prit plus tard ses grades et fit des cours publics. Redoutable adversaire du péripatétisme arabe, il le combattit dans presque tous ses écrits. On le vit se rendre en Italie pour défendre, devant Alexandre IV, les ordres Mendiants attaqués par l'Église française et par l'université de Paris, Ordres qui, à en croire Dante, auraient dès lors renfermé maints éléments anti-catholiques, et dont le docteur angélique gagna la cause devant le Pape.

Nous laisserons à d'autres, plus habiles théoI<^iens que nous, le soin de rechercher dans les écrits de Tillustre auteur de la Sumnia 56. •

theologicasnr quelle base le théologien florentin a pu s*appuyer pour revendiquer, comme un frère n'ayant pas liberté d'allure complète, cette lumière de l'Église romaine. Grand admirateur de Boéce, qu'il se proclame, peut-être a t-il entendu honorer ainsi en lui le commentateur du livre de Consolatione^ livre dont il s'était inspiré pour composer son Convùo, consacré à la Philosophie-Béatrice, et dont le titre lui rappelait la Consolation des Parfaits. Peut-être admirait- il en lui le disciple, quant à la forme dialectique, du grand Âvcrroês. Mais à coup sûr il voyait, dans son livre du Gouvernement des princes, où Jes Romains et le droit romain sont l'objet du plus pro- ' fond respect, des priuci|)es politiques en harmonie avec les siens ; peut-êire loi tenait-il compte de la condamnation dont le synode de Paris, présidé par Etienne Tempier, frappa, eu 12 17, la doctrine qui lui faisait placer dans la matière le principe de l'individualité. Puis Thomas ne combattit pas l'albigéisme. (Schmidt, m, 238.)

 un autre point de vue, le frère Thomas avait droit à toutes les sympathies du Gibelin, comme ayant sucé avec le lait l'amour de la maison de Souabe et la haine de celle d'Anjou. En effet, les comtes de Caserte, de la maison d'Aquino, firent jusqu'à la dernière heure preuve de dévouement à la maison de Hohenstauiïen. Saint Thomas lui-même n'aurait dû, à l'en croire, sa fin prématurée qu'aux senti-

nts hostiles dont Charles d'Anjou le supposait animé contre lui.

oy. Purg. XX, note 17.) Quoi qu'il en soit, nous signalerons un rapprochement assez éirangc entre la manière de voir de Dante I sou sujet et celle de Martin Luther : si, i)our le théologien florentin, l'ange de l'École est presque un frère, malgré le lien fragile qui l'atuchc à Rome, le théologien de >Villemberg, moins habile à lire au fond de sa pensée, hésite à son égard, et « ne sait, dit-il, si Thomas est damné ou sauvé. » {Prœf. adv. Latotn.)

.,,*Ce radieux souris Te signale Graiient etc. .

31. Auteur d'un recueil des lois' de l'Église qui, sous le titre de Decreium, fut soumis au pape Eugène III, le jour de Saint-Bcnoit, 1151. Cet ouvrage, qui fit longtemps autorité devant les deux juridictions civile et cléricale, l'uno e l'altro foro, fut un bienfait pour son temps, en ce qu'il mit un terme à maints abus résultant de l'interprétation arbitraire des édiis pontificaux, et remit en lumière le droit n)niain, cette arme constamment dirigée contre la Papauté et

la féodalit^^. Gralien, né à Cbiusi, apparlint à Tordre de Saint-Benott vt professa le droit canon dans Técole de saint Félix. 11 représente ici rinterrention de la raison dans Tétade de la jurisprudence. {Voy. Ziegelbauer, Hist. lût., O.S.B.I. 62, édit. fr.)

.... Ce Pierre par qui son trésor humblement FtU offert à V Eglise, etc.

32. Pierre, surnommé le Lombard, parce que, dit-on, il élait né près de Novarc; mais, à notre avis, ce serait plutôt parce qu*il aurait été d'origine cathare, ayant vu le jour dans cette vallée d'Agogna signalée, dans la chronique de saint Tron, comme un nid de Yaudois. Il fut, du reste, Tun des plus célèbres docteurs de Técole de Paris, et disciple d*Âbélard, avec Gilbert de la Porrée, Àmaury de Chartres, Pierre Comestor, Jean de Salisbury, Othon de Fresingen, Alex, de Haies, et tant d'autres, ses continuateurs, u Nul, dit M. de Rémnsat, n'eut de plus grandes obligations à Abélard. C'est Abélard parvenu, Abélard évêque, un peu énervé par une ambition satisfaite (et tel est le fil dont a parlé le poète), mais instituant l'esprit de son école dans la chaire épiscopale et donnant à la théologie, pour charte octroyée, le Livre des sentetwes. » {Htst. d'Abélardy i, il, p. 170.) « On a cru étouffer Abélard, dit Michclet, mais il vit et parle dans sou disciple Pierre le Lombard, qui, de Paris, régente toute la philosophie européenne ; on compte près de 500 commentateurs de ce scolaslique. » {Hist, deFrance,u, 380.) Chose remarquable, Dante, qui exalte les disciples, n'a pas dit un mot du maître dans tout le cours du poëme, et saint Bernard, qu'il met en scène à la fin du Paradis, ne lui a pas fait rompre, au sujet d'Abélard, un silence évi- . deroment calculé. Pierre Lombard fut dénoncé comme réaliste par Gauthier, chanoine de Saint- Victor, et l'archevêque de Paris vit rÉglise en concile condamner quatorze propositions d'un ouvrage inspiré par Arnaud de Brescia et par l'Arabe Mansur (Jean de Dainas, auteur du livre intitulé Source de la science^ accusé de pélagianisme) , et surtout par le sic et non d'Abélard qui, disait-il, à en croire la tradition, était son bréviaire. {Voy, Mag. J. Cornubius, Eulogium, Thés. nov. anecd., t. v, p. 1666. — Ab. op. innot.,p. 1156.) Pierre Lombard figure donc ici comme représentant des deux excommuniés, Arnaud de Brescia et Abélard, qui y resplendissent par leur absence. Le Livre des sentences, dans lequel M, Hauréan signale une teinte de proclisme et de spinosisme, pose hardiment le pour et le contre, sauf

886 LB PABADIS.

h Gonclore dogmatiqueroenr, exemple suivi cent ans plusf tard par saint Thomas d'Aquin loi-môme, dans son admirable livre « aussi dogmatique par ses conclusions, dit M, de Rémusat, que sceptique par l'exposition. » L*écoIc de saint Victor rangeait Pierre Lombard, dont la voix conciliatrice s*était en vain élevée au milieu des luttes rivales, parmi « les quatre labyrinthes où, disait-elle, s'était perdue la foi. »

La cinquièine clartéi la plus vive à i$s yeux, etc.

33» C'était bien le moins que, |>arroi toutes les lumières de la science et toutes les ardeurs de Tamonr, figurât le premier constructeur de ce Temple détruit par les païens, qu*il s'agissait de faire sortir de ses ruines. On sait en quel honneur est tenu Salomon dans la franc-maçonnerie, où sa balance, son grand pentaclc et sa clavicule, ou petite clef, produisent des merveilles, car Salomon est toujours animé du désir de venger la mort d'Hiram (Jacques Molay, voy. tous les ouvrages maçonniques) sur le traître Abiram et ses complices. Or, le rituel manuscrit des chevaliers Kadosh ou de l'aigle, que j'ai sous les yeux, remarque qu'il faut lire Abi Raniak et traduire dejiciens patrem. Je vois, de plus, dans ce même rituel, que Kadosch ou Kodesch signifie saint, pur, équivalent de Cathare, et que ces chevaliers de Vaigle dérivent des Hach-rhêti et des Hapli* lêthi, CCS braves {viriiiosi) institués par Salomon, que l'Écrilurc désigne sous le nom commun de nliassidécns; les uns adonnés à la pratique et les autres à la contemplation. {Voy, Grégoire, Ilhu des scct. rcltg., ni, 231 ; Bègue Clavcl, Hist. pitt. de la F, maç., p. 338 et suiv, et se reporter à la note 20 du ch. xiii.)

Un doctrifie jamaU ne surgit son semhlahle, 3&» NuUus ante te sirnilis ftwrit, nec post te swrecturus sit. (Rois, liv. m, ch. ra, y, 12.)

A sa suite Véelat que tu vois rayonner, etc.

35. Dante n'en était pas h savoir que Denys l'Aréopagite n'était pas l'auteur du livre de Cœlesti hierarchiaj^^, dès le Yi* siècle, Hypathius en avait contesté l'authenticité; nnis il ne pouvait manquer d'emparadiser l'auteur apocryphe d'un ouvrage composé, dit M. Hauréan (t. i, p. 86), sous Tinspiralion de la gnose Alexandrine,

d*où dérfiait l'alblgéisme. Et c'était un coup de mattre que de faire proclamer, précisément par Tange de TÉcolc, les mérites d'un livre qui reproduisait et accréditait dans l'École la plupart des fantaisies enthousiastes de Proclus. {Voy. L. Moniet, Des livres du pseudo- Denys, pp. 1, 2, 16. GOrres, la Mystique divine, etc., i, 66, 77.)

Cei anocak zélé doni la voix défmdit, etc.

36. Paul Orofie, qui dédia à saint Augustin les sept livres que, d*aprôs son invitation, il avait composés pour démontrer, contrairement aux accusations des païens , qu*il ne fallait pas attribuer les désastres de Tcmpirc romain à Tintroduction du christianisme. Peutêtre aussi Dante a-t-il entendu désigner Lactancc, dont le christianisme passe pour peu orthodoxe et que saint Jérôme appelait le Cicéron chrétien.

Udme iainte qui montre à qui la comprend hieti, etc, 37. Sévcrin Bocce, que Dante appelle dans le CoTwito son consolateur et son maître. « Boéce et Cicéron, dit-il, m'acheminèrent par la douceur de leur parole h l'amour de celte dame, c'est-h-dirc h l'étude de la très-noble philosophie, à l'aide des rayons de son étoile, qui est Y écriture de cette dame.'n (Tr. Ti, 16.) Boèce, philosophe stoïcien, bien plus encore que chrétien, car dans ses cinq livres il no dit pas un mot de la religion du Christ, fut donc, de son aveu, son modèle dans sa Vie nouvelle, opuscule dans lequel il entremêla comme lui les vers et la prose, pour donner naissance à un personnage symbolique, (fui, philosophie consolatrice pour Bo^ce, devint i)Our lui philosophie Béatrice, autrement dit procurant le bonheur. C'est avec son âme ou sa pensée que converse Boêce, à qui elle apparaît les yeux ardents, les pieds sur la terre et la tête dans le ciel, enveloppée de voiles déliés, tissés de ses mains, marqués en haut et en bas des lettres initiales de Théorie et de Pratique, enfin portant l'échelle des grades de l'initiation. (Voir les RevéL,^. 309.) Elle n'est pas moins ennemie des syrènes que Béatrice. « Sortez d'ici, s'écrie- t-elle, pernicieuses syrènes dont les chants sont mortels; « aussi Boëce l'appeile-^t-il également la dame de toutes les vertus. De même Dante, évoquant et personnifiant sa pensée doctrinale, nous la montre toute resplendissante à mesure qu'elle s'élève de la vie active ou pratique ^ la vie mystique ou contemplative, vêtue de voiles aux trois couleurs

symboliques, et satervaut des astres scieniifiqucH coiiittt d*autant d'échelons pour atteindre au foyer de la Yéri té suprême. Dante devait être plein de gratitude pour celui qui lui avait suggéré l'idée de la Fortune pontificale, <> qui ne s'attache pas aux: seuls gens de bien et né rend pas gens de bien ceux à qui elle s'attache. » (Liv. il.) Pour celui qui avait célébré les miracles de l'amour, le penchant que les hommes tiennent de la Nature pour le bien^ son fameux B.EN. (Liv. iil) Pour le philosophe auquel il avait emprunté ses idées sur la noblesse due h l'initiation sectaire (Ibid.), et sur la prescience en opposition avec le libre arbitre (1. v), son procédé pour faire des dieux par communication (1. m); et cette idée, si souvent reproduite, « que celui qui abandonne la vertu cesse d'être homme pour passer à la condition des brutes. » (L. iv.) Dante ne pouvait donc faire moins pour lui que de le mettre en Paradis à côté de l'ange de l'École qui, l'ayant commenté, devait être un de ceux dont il était bien compris, chi di lei B.£N. ode; car, dans l'intention du poêle, ces mots impliquent Tassentiment du commentateur à la pensée intime de l'auteur.

Re^se sur la terre en la nef au ciel d'or, elc.

38. On croit que les cendres de Boece, que Théodoric fit mourir en prison, sont conservées à Pavie dans l'église de Saint-Pierre, dite au ciel d'or, de sa décoration.

V Isidore j à la fois, du vénérable lihie

£t d'un contemplateur surhumain, de Richard.

39. Isidore, évoque de Sévilic, en 601, auteur d'un livre des Origines,d'un commentaire de TAncien Testament, d'un Traité des écrivains ecclésiastiques et d'une chronique. — Bède, prêtre anglo-saxon, né en 672, composa sur la philosophie, les sciences, l'histoire ecclésiastique et l'Écriture sainte, des ouvrages très-remarquables pour son temps. « C'était, dit M. Hock, un de ces théologiens penseurs, qui prétendaient conduire à la fui par la raison; un érudit sachant, pour en avoir beaucoup lu, la théologie et la philosophie. S'il ne les mêla pas, il les rapprocha assez pour que ses lecleui*s pussent les unir. « {Hist, de Sylvestre //, p. ûO.) — Richard de Saint- Victor, né en Ecosse, mort en 1173, fit de la contemplation le commencement et la fin de toute philosophie. Croire et aimer, telle était la maxime qu'il pratiquait; la conscience illuminée par la grâce étant

le Dicilhir guide que Thomme puisse suiTre'et la contcmplaiiou, disait-il» étanl comme une montagne élevée dominant de bien haut toutes sciences mondaines. (Voy, llauréan, 1. 1, p. 326.) « Richard, dit M. Henri Martin {Hist. de France, iv, p. 3), est véritablement, an moyen âge, le prototype de tout le mysticisme et de tout Tilluminisme moderne. » (Cf. Gôrres, la Mystique, i, 128.) Ainsi, d*un côté, la raison, éclairée par Fétudc et par la science, de l'autre, les inspirations de la conscience, dirigée par Tamour et dégagée de « la poussière des pensées terrestres, » sans appel à l'autorité et par suite à la violence, tels sont les titres de ces trois personnages à la béatification.

C'est Sigier^ dont Véclat y brillera sans fin, elc.

&0. Sigior ou Siger de Brabant, doyen de Notre-Dame de Courtrai, né probablement dans celte ville, contribua à rétablissement de la Sorbonne avec son fondateur. Comme Guillaume de Sainl-Àmour, il se distingua par son opposition contre les ordres de Saint-François et de Saint-Dominique, accusés d'envahir la prédication et renseignement; il fut l'antagoniste de saint Thomas d'Aquin qui, sans s'effrayer du soulèvement de l'opinion populaire avivée par les chants satiriques de Rutebeuf, en même temps qu'elle était soutenue par toute l'Kglise de France, se constitua leur défenseur. Cité eu 1277, conjointement avec Bernard de Nivelle, devant l'inquisiteur, Simon Duval, siégeant à Saint «Quentin, pour des propositions analogues à celles que M. Renan, dans sa rcmi^rquahle Histoire de l'AveiToisme, n'hésite pas à faire remonter jusqu'à lui (pp. 217 à 220), il encourut une condamnation, à laquelle s'associa, cette môme année, l'évêque de Paris, Etienne Tempier, après une discussion très-vive, qui eut lieu à l'évèché. Nous avons cité (p. 6 des Rhèl,) quelques-unes de ces propositions dont on trouvera la longue liste dans Du Boulay (t. ni, p. 398). On y distingue hardiment, entre ce qui est du domaine de la philosophie et de celui de la foi ; on y proclame que le monde est éternel, que les discours des théologiens sont fondés sur des fables, que la loi chrétienne e.st un obstacle au savoir, et qu'elle contient, comme les autres, des fables et des mensonges, fabula et falsa, que les seuls sages sont les philo.sophes, etc. Telles sont les importunes vérités, invidiosi veri, auxquelles fait ici allusion le saint docteur, comme pour se condamner lui-même ou pour donnera entendre que s'il les combattit, tout en les admettant dans son for intérieur, ce fut

comme obligé à le faire par Thabit qu'il portait, et retend par ce fil qu'il n'osait, ou ne pouvait rompre. {Voir la savante notice de M. V. Lecicrc, t. xxi, de VHist, lût,)

Uhorloge dont au loin va retentir l'airain, etc.

lii, Noug avons dit précédemment que cette ronde, où Ggure saint Thomas, au milieu de compagnons si disparates, rappelle la danse circulaire des Mythriaqucs en I*honncur du soleil mâle et femelle et celles d'Eleusis, dans lesquelles était symbolisée la révolution des planètes. La comparaison de l'horloge se réfère tout à la fois à la marche des heures réglées par le soleil et ù la direction uniforme imprimée aux Chevaliers du soleil sous l'influence de la raison et de la vérité, lumière spirituelle; à l'harmonie complète dans la manière de voir et de penser des personnages composant cette ronde symlx)lique; à la communauté de foi et de doctrines qui amenait à « philosopher d'accord, dans l'Athènes céleste,» les représentants d'écoles si diverses en apparence. {Conv. m, U. ) Admettez maintenant que Béatrice personnifie la théologie, elle ne serait encore qu'une science humaine, et Dante ne saurait à coup sûr figurer là, h côté d'elle, qu'en qualité d'illostre pécheur. Comment, dès lors, ne pas voir une véritable profanation dans cet hommage solennel rendu à tous deux à In fois par des saints que l'Église compte parmi les plus grands, saints associés à des hérétiques avérés? Comment le sentiment catholique, parfois si susceptible, n'en a-t-il pas été révolté? C'est que le préjugé était là, sauvegardant la prétendue orthodoxie de Dante, arche sainte à laquelle nul ne pouvait touciier sans soulever une immense clameur de haro.

GflANT XI.

Ambition slupide, aveugle des humains, etc,

1. Souvenir et traduction libre d'un aphorisme de saint Jérôme, dont nous ne nous arrêterons pas à détailler les applications, nous bornant à cette seule réflexion, que le sacerdoce qui abaisse l'homme n'est pas celui dont le poêle se glorifiait d'être revêtu, puisqu'il ne parle que des préoccupations des catholiques romains, insensata cura de' MORTALi. En effet, les Guelfes n'avaient, selon lui, que de raau-

vais syllogismes, diffeïtivi sillogismi^ h opposer ^tn Gibelins. GeuK-ci ,,çx;ifU^iept ArrigQ.JMcemb, Imperatare^ ccox-Ià in basso battevan Tâ-LI. ; ils entendaient régner par la violence et le sophisme, s'approprier le bien des pauvres, se livrer aux appétits sensuels et à l'oisiveté, tandis qae leur ennemi irréconciliable, da lutte qtieste cose sciolio, ne songeait qu'au triomphe de sa foi.

Comme du candélahre un cierge qui s'élance, etc.

2. Par le motif que chacun de ces personnages est un flambeau de doctrine s'alimentant au même foyer, celui de la raison.

J'ouïs alors au sein de la même clarté

Qui i>enait de parler, et souriait plus vive, ete»

3. Cette lumiera, comme l'appelle le poète, est l'esprit de iKiint Thomas d'Aquin, qui reprend la parole. Pour que Dante le fasse sourire, on peut être sûr qu'il va lui prêter un langage fort peu orthodoxe.

J'ohserve la pensée au foyer étemel ^ etc,

U. Ainsi , Dante fait établir d'abord , le plus innocemment du monde en apparence, par saint Thomas, que |)our tous deux la lumière et l'amour dérivent d'un même foyer, dcL suo raggio m'accetidoy puis il lui fait dire, qu'il va s'exprimer de manière à reproduire ce que Dante sent et pense lui-même, il tuo sentir^ cl à lui faire distinguer au mieux qu'il partage sa foi religieuse et politique, qui è uopo che B.EN. si distingua. On va en juger.

, c Où contribue au bien ^^ et de même ceux-ci :

c En doctrine jamais ne surgit son semblable. »

5. Voir dans le chant précédent ces mots qui s'appliquent, les premiers à l'ordre des Dominicains et les derniers à Salomon. Ils devaient avoir une extrême importance aux yeux du poète, pour que sa pensée eût à s'y arrêter ainsi plus particulièrement.

Qu'un œil créé ne peut sans vertige y plonger, 'elc,

6. Le regard des anges pas plus que celui des hommes; les uns ni les autres ne pouvant comprendre que la volonté de Dieu atteigne un but unique par des moyens opposés.

Pour que» plu8 confiante el plus inébranlable. L'épouse vert l'époux ait à se diriger, etc.

7. Quelle pouvait être, dans la pensée du pasteur albigeois, la véiitable épouse du Christ? Mon pas l'Église de Rome sans doute» mais bien celle qui avait répandu des flots de sang en proclamant, con alte grida, la religion de Tamour.

"Pour guides lui donna deux princes' glorieux^ etc.

8. Che quinci e quxndi le fosser per guida, de ci et de là, dans un sens tout opposé, Tun opérant par l'amour et la douceur, l'autre par la violence et la haine.

Que sa grâce marqua d'un sacré caractère, etc.

9. On remarquera que ces deux princes, qui ne sont autres que saint François d'Assises et saint Dominique, sont ordonnés par Dieu et que Dante emploie pour eux ce même verbe ardind dont il s'est servi en définissant la Fortune. {Voir Enfer, cb. vu.)

Le premier tout hrulant de séraphiqw ardeur, etc,

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