Quinze étoiles de première grandeur
Ce char auquel suffit si bien notre horizon, etc.
2. Les sept étoiles de la Grande-Ourse, autrement dit du Chariot, constellation qui, tournant autour du pôle, ne quitte jamais notre horizon.
Qu'il se figure enfin ce cor dont l'embouchure, ele.
3. Les deux étoiles qui terminent la Petite-Ourse, du côté opposé au pôle.
Depuis que de Minos la mort glaça la fille, etc.
U. Deux signes semblables à la constellation appelée la couronne d'Ariane, c'est-à-dire deux rondes.
La constellalion vraie et la double danse, ete,
5. Ainsi celte longue comparaison astronomique signifie tout bonnement, que les 24 |)ersonnagrs que nous venons de passer en revue, à savoir : saint Thomas d'Aquiu, d'une part, avec Albert-Ie- Grand, Gralieu, Picrre-lc-Lombard, le roi Salomon, Denys, le faux
Aréopagile/ Paul Orose ou Lactance, Boèce, Isidore de SéviUe, Bède- !
le- Vénérable, Richard de Saint- Victor et Siger de Brabant, douze en '
tout; de l*autre, en compagnie de saint Bouaventure, les doux Fran- |
ciscains Illuminât et Augustin, Hugues de Saint-Victor, Pierre €omestor, Pierre TEspagnol, le prophète Nathan, saint Jean Ghrysoslôme, saint Anselme, Donat, Raban-Maur et Tabbé Joacbin de Flores , se sont mis à former deux rondes concentriques tournant en sens opposé autour d'an même centre. C'est-à-dire que tohs ces personnages, en suivant des voies opposées, tendaient tous à un même but, la découverte de la vérité, vers laquelle ils convergeaient également, les uns par l'étude et par le raisonnement , les autres par le sentiment, la contemplation et le mysticisme. Or on voudra bien se souvenir que celte double ronde accomplit sa révolution autour de Dante et de Béatrice, placés là comme représentation symbolique de la Raison et de la Vérité, et que le poète résume ce jeu de scène, dont le lecteur doit garder le souvenir, corne ferma vupe, en disant : La doppia dama che circulava il punto dov* io era, dont le mouvement circulaire s'accomplissait dans mon rayon, autour du point où m'avait amené ma foi.
Maintenant que signifient ces trois groupes d'étoiles , soigneusement désignés? Les quinze étoiles de première grandeur, che in diverse plage lo cielo avivan^ désignent les personnages qui, dans Tune et l'autre ronde, ont brillé plus particulièrement par la science, indépendamment de leur foi. A savoir : Albert de Golc^ne, Pierrele-Lombard, Salomon, le faux Aréopagite, saint Jean Chrysostôme, Boèce, Isidore de Séville, Bède, Siger de Brabant; ceux-ci appartenant à la première ronde ; puis Pierre Comestor, Pierre l'Espagnol, saint Anselme, Nathan , Raban-Maur et l'abbé Joacbîm , dans la deuxième ronde.
Les sept étoiles du Chariot, carro^ équivalent ici à la basterna du Purgatoire t autrement ditausaint-siége, figuré également (cl), xxv du Purg.) par Calisto, ou l'Église romaine changée en brute, pour s'êUrc livrée aux appétits de la terre. Ces sept étoiles de la Grande- Ourse, ou du saint-siége, désignent donc ceux qui se sont plus rapprochés de l'Église catholique romaine, savoir : Gratien, Orose ou Lactance, Richard de Saint-Victor, Illuminât, Augustin, Hugues de Saint- Victor et DonaL
Le troisième groupe se compose de deux étoiles seulement : saint
Thomas d'Aquin et saint Bonaventure ; ils sont signalés comme for-
. mant l'embouchure du cor qui vient s'appuyer à l'axe du monde ,
LE l»ARADI8.
autrement dit, comme brillant à reilrémitô de la Petite-Ourse, dont le nom est ainsi déguisé comme Ta été celui de la Grande. Klle est devenue un cor, instrument retentissant, dont Thomas et Bonaventure sont la voix ou Torganc, la bocca. Mais si la Grande-Ourse est la grande Église catholique, la Petite-Ourse, qui lui tourne le dos dans le ciel, ne saurait être que la petite église albigeoise, en opposition avec elle sur la terre, et Ton reste stupéfié en reconnaissant avec quelle audacieuse habileté le poète est parvenu à rattacher à cette église opposante deux des plus éclatants flambeaux de la foi catholique.
La signification toute sectaire de cette fantasmagorie astronomique n'avait pas échappé à /'Outmo; mais n'ayant garde de l'expliquer, per più brève par lare, ùii-W, il a soin de rappeler que, d'après la déclaration de l'auteur lui-même , la hignification du poème est toute la fois littérale, allégorique, morale et anagogique, en ajoutant toutefois, avec un air de bonhomie qui sufiit pour mettre sur la voie, que saint François et saint Dominique sont les deux pôles du monde, donnant ainsi à entendre que l'un est aux antipodes de l'autre, san Domenico è l'uno polo e san Francesco l'altro.
On peut sans doute rejeter nos interprétations, mais il est un moyen certain de les réfuter, c'est d'expliquer rationnellement sous quelle inspiration Dante s'est trouvé amené à diviser en trois groupes distincts, par quinze, par sept et par deux, les vingt-quatre personnages qui figurent dans cette partie du poëmc, et comment, ayant à choisir parmi la foule des constellations, il s'est arrêté précisément, pour rendre sa pensée aux sept étoiles de la Grande-Ourse et à deux de celles de la Petite, pour les comparer aux neuf Bienheureux sur lesquels il voulait attirer, à des titres divers, l'attention du lecteur.
.... due du cours paresseux De la Chiana, Vessor du plus vile des deux, etc.
6. Dante n'écrit qu'en vue de sa chère Toscane, aussi lui enipruntc^t-il souvent ses comparaisons, comme ici où il oppose le mouvement du ciel premier mobile, qui était censé donner l'impulsion à tous les autres, au cours très-lent de la Chiana, pour faire comprendre que ce qui se passe dans son ciel sectaire est bien dilTcrent de ce qu'on voit dans le monde orlhodoxt*, nostra tisanza.
On n'y chanta Bacchtia ni U fil» de Latone, etc,
7. A cette mise en seèoe, calqoée sur ies cérémonies da culte du soleil, on aurait donc pu croire que les Bienheureux chantaient dans le Paradis, Apollon et Bacchus, P<ean et io Evohe, pour que Dant9 ait jugé à propos d'affirmer qu*il n*en est rien.
.... Dans une personne Vvme ei Vauire natwre eiMemlU s'unissant,
8. Nous ne nous arrêterons pas à discuter s'il faut lire avec Venturi et les académiciens de la Grusca, Trepersone tn divinanatura, ou tre sustanze, comme le portent plusieurs anciens manuscrits, notamment celui du Vatican. N. E. Il suffit qu'il y ait doute pour que nous ne voulions pas arguer contre l'orthodoxie du poète d'une expression contestée. Mais Lombardi a raison lorsqu'il soutient que les Ariens seuls ont pu donner au mot subsiancelà signification d'Aypostase. On verra d'ailleurs plus tard que ces trois personnes n'en font en réalité qu'une, réunissant les deux natures ou les deux caractères, divin et humain.
.,.De l'admirable vie Du saint pauvre de Dieu m'avait fait le récit, etc,
9. Saint Thomas d'Aquin. Les premiers Yaudois furent désignés sous le nom de Pauvres de Dieu, et nous avons exposé les motife qui, selon nous, ont amené Dante à appliquer ce nom de Paverel di Dio à saint François d'Assises.
M'invite matntenant qu'wne paille est hatiue Et la semence à part, à battre Vautre grain, etc,
10. Saint Thomas a battu la paille en flagellant d'une parole amère les Franciscains conventuels et les Dominicains fidèles à Rome, les uns et les autres comparés à un chaume aride, et il a expliqué ainsi la pensée dissimulée dans ce vers rendu obscur à dessein, V* ben s'tmpingua se non si vaneggia, il va maintenant commenter celte proposition qu*il a entendu appliquer à Salomon : A veder tanto non sur se H secondo.
.,.,En eux qu'il fût infus ] Par Celui q^ui les fit de tous ses dons pourvus» *■
il. Dante veut faire dire à saint Thomas : Dans ta pensée, le
premier homme et le Rédempteur ont seuls, sur terre, été doués par Dieu de tout le savoir accessible à la nature humaine ; autrement dit le Monogènes Christos, le premier né du monde d'émanation, et Adam, le premier né du monde de création, dans le système de la gnose ; or, c*est sans doute pour que le lecteur avisé puisse se tenir en garde au sujet de la démonstration annoncée, que le grave docteur débute par ce pitoyable jeu de mots : « Tu crois que Dieu mit dans la poitrine d'où fut tirée la côte destinée à former la belle joiTe dont \^ palais a coûté si cher au monde, et dans celle qui fut percée de la lance, tout le savoir qu'il est permis à la nature humaine de posséder; aussi tu restes surpris de m'avoir ouï te dire que Salomon fut à cet égard sans égal. En effet, vous allez voir comme quoi celui dont le flanc fut percé par la lance du Judas pontifical, forato dalla /oncta, qui satisfit après comme avant ses fidèles Gibelins, poscia e prima tanlo saiisfece, si sujiérieur au Vieux de la Montagne d'où dérivent tous les crimes, che <Vogni colpa vinse la bilaficia, autrement dit le messie Henri, ne fait qu'un avec Salomon, le plus sage des rois, attendu que Dieu, quel vcUor che l'uno e l'altro fece, lui accorda de voir la lumière, c'est-à-dire, tout ce qu'il est donné d'en voir aux hommes faisant librement usage de leur raison, quantumque alla natura umana lece ccoer di lume.
,...En te signalant la cinquième lumière, etc.
12. B.EN. che nella quinta luce è chiuso. Ainsi l'idée religieuse et ridée politique sont toutes deux cachées dans cette figure de Salomon, et c'est la faute des lecteurs s'ils ne l'esont pas aperçues, quand le poète a pris soin de les leur signaler en toutes lettres.
Tu verra» que mon dire et ta propre croyance Sont dans le vrat, comme est le centre dans le rond.
13. C'est-à-dire, tu verras que les deux opinions, qui paraissent opposées, sont également vraies et convergent au même point, de même que les rayons partant de la circonférence convergent au point central ; car tous deux nous pensons de même au sujet du Salomon germciin et du Messie impérial, qui ne fout qu'un; il ne s'agit que de s'entendre.
Ce qui doit prendre fin et ce doni l'existence Ne feut finir, ete,
ih. Ce qaî ne meurt pas, c'est-à-dire, le inonde sopematurel avec les intelligences cclesles; ce qui prend fin, c'est-à-dire le monde terrestre avec les animaux, les plantes et les minéraux ; tout cela n'est qu'un resplendissement de la pensée de Dieu, pensée toute d'amour, Verbe divin inséparable de son foyer, qui est Dieu lui-même, et de l'Amour et de l'Esprit-Saint, tous trois unis ne faisant qu'un. Celte pensée créatrice se réfléchit dans les neuf deux, nove sussùteme, el à mesure qu'elle descend jusqu'aux derniers rangs angéliques, tifoime poterne, son action, qui toujours va décroissant, en vient à ne produire plus que des choses imparfaites et de courte durée, bretn comtngenze, que le mouvement du ciel fait naître, avec ou sans semence, dans les trois règnes, animal, végétal et minéral. Il est à re^ marquer d'abord que cette théorie métaphysique est un véritable hors-d'œuvre ne se rattachant en rien à la proposition qu'il s'agit d'établir, à savoir que Salomon n'eut point d'égal en sagesse éclairée. Elle constitue de plus une hérésie évidente, mise en avant dans toute sa nudité, avec une audace qui confond, mais. que le succès a justifiée.
Est-il possible en effet de dire, dans l'ordre d'Idées du dogme catholique, que la pensée de Dieu va s'affalblissant à mesure qu'elle s'éloigne de son foyer divin, an point de ne plus enfanter que de chétives contingences? L'Église, qui, proclamant l'omniprésence de Dieu, enseigne que ^a pensée embrasse et remplit l'Univers créé par lui, peut-elle admettre que celte pensée perd de son énergie et de sa puissance créatrice à mesure qu'elle descend dans l'espace 7 II n'est pas un séminariste qui hésitât à s'élever contre la doctrine professée ici par saint Thomas ; il n'est pas en revanche un disciple de Saturnin, de Basilides, de Mardon ou de Yalentin, qui n'y reconnût tous les éléments du philosophisme gnoslique alexandrin.
Ouvrez Y Histoire critique du gnosticisme, par J. Maltcr, ouvrage couronné par l'Académie des Inscriptions, vous y verrez, que dans toutes les écoles, et notamment dans Celle d'Alexandrie, Inspirée par le platonisme philouien, domine évidemment l'idée de l'émanation de toutes choses d'un seul principe, mû par un amour primitif en union intime avec lui. Ce principe unique, éternel, infini, le roi de lumière, le Père inconnu, VEnsoph des kabbalisles, le Bylhos des Valentiniens, vit au sein du plérome, foyer de la divine lumière, véhicule ou symbole de l'Esprit, qui est la vie de toute chose et ne
fait qu'an a?ec FÊtre saprême, viva luce che non si disuna dal suo lucetue {U h p. 268). Gomment l'Être éterael se manifesle-t-îl, aoof l'inspiration de l'amour? Il donne l'essor à sa pensée, quella idua che partarisc^ amûndo, (l'idée type de Platon, etmaid, logos). Il opère ainsi par une suite d'émanations successives reproduisant ses qualités, d'après diverses modifications, à des degrés divers. ( Vojf. la note 3 du chant xux. ) Ces émanations, dérivées d'une source commune, sont désignées par les noms A'eons, de déploiements d'énergies, de puissances, aiones, sephirots, poterne, dunameis. Ainsi l'univers magnifique manifesution du Père tneonnu, n'est que h sainte splendeur qui rayonne de sa pensée, non è se non fpiendor di queUa idea. Ce sont les paroles mêmes du Ulmudiste Idra Rabba. (S. 5, § 2/i. &65, s. 5, § 58.) Ajoutez que, tout étant émané de l'Être suprême, plus un être est rapproché de lui, plus il est parfait, que plus il s'en éloigne sur l'échelle des émanations, plus il perd en pureté et va de déchéance en déchéance, discende aW ultime poterne. (Voy. Hist du gnosticisme, i, p. 98, II, lift et passim.)
Pour peu qu'on veuille bien peser les pensées et les expressions, ou ne saurait manquer de retrouver en substance dans ces quelques vers tout le système de gradations du Zendavesla, système que les kabbalistes empruntèrent aux Perses, et qu'à leur tour ils communiquèrent aux gnostisques. Ce qui le démontre de plus en plus, ce sont les neuf substances ou existences, nove sussistenze, dans lesquelles Dante fait se réfléchir, par irradiation, la lumière divine, et qui composent évidemment son plérome, pour lequel il parait avoir préféré la décade à l'ogdoade. A ces attributs hypostasiés de la divinité, concentrés dans le plérome, où ils étaient de toute éternité, incréés par conséquent, s'applique dès lors on ne peut plus logiquement le mot sussistenze, puisque, subsistant par eux-mêmes, ils n'ont pas été produits, mais seulement manifestés en dehors du plérome,
Mais sur le sens religieux vient se greffer le sens |K)liiique em- ' prunté à l'organisation du Temple. L'amour, la lumière et l'esprit sont le foyer lumineux qui constifue le grand Orient ou Tétoiie flamboyante, image de Dieu sur la terre, pouvoir suprême dont les œuvres sont les effets de l'amour, cke partorisce amando. Sa vertu bienfaisante se transmet par irradiation dans neuf grades principaux où elle est comme reflétée, en demeurant constamment une, sua boutade il suo raggiare aduna, quasi specchiato in nove sussistenze, eternamente rimanendosi una. Son action descend ainsi jusqu'aux derniers rangs de l'Ordre, jusqu'aux simples affiliés, ultime poterne, qui
ne contribnent que faiblement à la propagande et comme accidentellement, pcr brevi canttngenze. En effet, saint Thomas nous explique fort bien, qu*il appelle contingences, les recrues à la vie nouvelle, le cose generate, produites par l'action du ciel sectaire, il ciel movendu, au moyen de renseignement ou par un effet spontané, con semé e sema semé. Voyez, du reste, dans le Purg. xxvii, l'explication donnée par Mathilde au sujet d'alcuna pianta se produisant sema semé palese.
Ni la matière, ni la loi qui la conduit
A subir tt ta forme et ea fln^ n*eei la mémê^ etc.
15. « Le caractère distinctif du gnosticisroe, dans toutes ses branches, est d'enlever la création à l'Être suprême, pour l'attribuer à un agent secondaire, au Démiurge ou h des esprits inférieurs. » {Hist, du gnosu, I, 2Zi5.) Le monde intellectuel est le déploiement des facultés de l'Être suprême, du Père inconnu, il s'est fait par une suite d'émanations. Le monde Inférieur, au contraire, loin d'être l'ouvrage de Dieu, est celui d'une puissance inférieure. Mais quant à la nature de celte puissance et au mode de ses créations, les Écoles de Syrie et d'Egypte se partagèrent, suivant l'influence du parslsme sur l'une, et celle du platonisme philonien sur l'autre. {Ibid,, 250.) Danscesys*tènie philosophique domine l'idée de l'émanation de toute chose d'un seul principe et d'un amour primitif qui en est le mobile, en intime union avec la lumière et i'esprit« On ne saurait y méconnaître non plus celle de l'influence des esprits sidéraux, ni celle de la dégrada* tion successive des générations intellectuelles qui émanent les unes des autres. » [Ibid,, 269.) On va voir toutes les paroles de saint Thomas se rattacher à ce système,
La maiièrc est différente aussi bien que la puissance qui la met en œuvre, la cera e cki la duce non sta d'un modo, c'est-à-dire que la matière est plus ou moins imparfaite, ce qui exclut l'idée qu'elle soit l'ouvrage de Dieu, et elle subit l'action d'Esprits émanés de rintcliigence suprême à des degrés différents, puissances inférieures désignées dans la Genèse, 2, & et suiv. , selon la remarque de Phiion, par le mot Elùkim. De là résulte que l'idée typique, segno idéale, y apparaît plus ou moins éclatimte.
Voici maintenant l'interprétation du Temple. Les néophytes di^ térant de caractère, d'opinions, de rang, d'aptitude, comme ausai leurs initiateurs, la cera di costoro e cki la duce non sta d'un modo.
d*où suit que tous n*arri?ent pas à une égale perfection, al segno idéale,' tel Guelfe y parviendra quelquefois plus vite que tel Gibelin, et tel homme que tel autre, un medesvno segno, seconda specie, meglio e peggio fmtta, car rintelligcnce y fait beaucoup, voi nascete con diverso ingegno,
Si, la matière étant dans sa perfection. Le Ciel y déployait sa suprême action, etc,
16. Au point de Tue gnostique, entendez : Si la matière était préparée à point, si elle était l'œuvre de Dieu, et conséquemment parfaite, que l'influence sidérale agit alors sur elle dans sa plus haute puissance, le sceau lumineux, la luce del suggel, s'y reproduirait dans tout son éclat Mais la Nature, mot commode pour désigner rintelligence qui fait naître, sans lui affecter son nom réel, la Nature ne donne qu'à moitié l'empreinte à cette matière imparfaite, créée par un agent secondaire du Père inconnu, car la main lui tremble comme celle de l'ouvrier qui, bien qu'habile dans son arr, échoue à rendre sa propre pensée, c'ha l'abito deW arte e man che tréma.
Au point de vue templier, traduisez : Si le haut ciel sectaire pou« vait opérer ostensiblement, in sua virtù suprema, et partout par lui-même, partout apparaîtrait l'empreinte de son sceau lumineux, la luce del suggel; mais la Providence impériale est timide et ne permet pas de la faire briller entièrement, ma la Natura la dà sempre scema, attendu que, jusqu'à présent, elle n'a pas osé rompre con^plétement en visière à la Papauté. Si bien qu'elle a opéré comme l'ouvrier, dont la main tremble, bien qu'initié aux secrets àe l'art royal.
Quand donc Vardent Amour imprima à la matière Le radieux aspect de la vertu première, etc,
17. Selon la gnose : Quand c'est l'amour divin lui-même qui, préparant cette matière, non créée par lui, daigne y apposer l'empreinte de la radieuse pensée qui se manifeste en Dieu, la chtara vùta délia prima virtii, tout est perfection dans ce qui se produit, tutta la perfezion quivi s'acquista. Rien de plus clair.
Selon le Temple : Quand les Séraphins du neuvième ciel, avec lesquels nous ferons plus tard connaissance, excellents Anges brûlant du plus ardent amour, caldo amore, admettent le récipiendaire au grade suprême, appelé nec plus ultra; lorsqu'après l'avoir préparé convenablement et lui avoir donné le signe, dispone e segna, ils lui
font contempler face à face le monarque suprême; il est favorisé, délia cliiara vista délia pima virtû, et il atleinl le plus haut degré de perfection, tuita la perfezion quivi s^acquisia, ce qui n*est pas moins facile à saisir. Le Parfait Dante savait faire des Parfaits.
C'est ainsi que, pélrijadis^ un peu de terre^ etc.
18. Dans le sens gnostique : C'est ainsi que le premier homme, dont la terre avait fourni la matière au créateur secondaire dont il fut Touvrage, reçut du Très-Haut toute la perfection animale, lorsque l'amour divin lui accorda le pneuma ou l'esprit, Tintelligencc destinée 5 animer l'informe créature des Liohim et à en faire l'image de Dieu, cosi fu fatta già la terra degnaditulta V animal perfezion. Déduisons maintenant nos preuves, à cet égard, car nous n'avons pas la prétention d'en être cru sur parole :
« Saturnin, l'un des principaux chefs de l'École gnostique de Syrie, place sur le dernier degré du monde pur ou de la chaîne des émanations sept anges ou esprits sidéraux, les moindres en perfection dans les régions intellectuelles. Il en fait les créateurs et les gouvernants du monde visible, dont ils ont enlevé les éléments à l'empire des ténèbres, aûn de le combattre avec plus de succès. Ne recevant plus de Dieu que de faibles reflets de lumière, ils réunirent leurs efforts |x>nr fixer ces reflets dans un ouvrage de leurs mains et dont ils fussent les maîtres. Ils ne produisirent qu'un ver rampant avec peine sur la terre : c'était l'homme. Heureusement, la puissance supérieure, ^l'image de laquelle Tbomme était fait, eut pitié de lui, et lui envoya un rayon de vie divine qui Vanima. Ce fut ainsi que l'homme eut une dine^ et grâce à la communication de cette puissance, que le christianisme nomme le pneuma, ce misérable ver rampant sur la matière, peut s'élever jusqu'à Dieu. » (^Hist, du gnost., i, pp. 278 et suiv.) Peu importe que Dante ait emprunté à Saturnin ou au Néoplatonicien Philon cette idée de la réhabilitation de l'homme par le pneuma, le fait est que son point de départ est la misère de l'homme créé d'une matière grossière et imparfaite, matière qui ne peut se relever et devenir degna que par la communication de l'Esprit, dont la nature divine fait cesser son indignité primitive. Le vers suivant en témoignerait au besoin.
Dans le sens templier : Ainsi l'humble argile fut rendue naguère digne, dans l'Adam Florentin que nous connaissons, de toute la perfection dévolue à l'humanité^ alora qu'il fut admisen présence de son
938 LR PARADIS.
messie (Lettre de Dante à Henri VII). Cosi fu fatta già ta terra degna di ttuta C animal perfeziane, de la perfection des Cathares.
Ainti conçut Marit et, vierge^ àevini m^.
19. Comment la Vierge conçut-elle? Le catéchisme romain répond : Par Topération da Saint-Esprit, parce qae le Pneuma descendit en elle et la féconda, en lai communiquant, comme aussi au fruit de ses entrailles, toutes les perfections. Grâce à cette intervention directe de la divinité, l'humMe argile de la femme, déjà créée, s'éleva jusqu'à la divinité. Mais le catéchisme templier nous dit d'autre part, ce qui sera de toute évidence aux derniers chants :
Ainsi Notre-Dame de Mantoue, cette héroïque Manto, la Vergine cntda, transformée en Marie, enfanta le Rédempteur dans Henri de Luxembourg, devenu le grand-maltre du Temple, coH fu fatia la Vergine pregna. (Voy. Schmidt, Hist, des Cath,, II, kl.)
Nous ne savons ce qu'en penseront les doctes, mais pour nous, les deux interprétations parallèles s'adaptent si bien au texte, qu'il nous paraît impossible de ne pas admettre, que l'organisation politique telle qu'elle avait été rêvée dans le Temple, et telle qu'elle se prodoit dans le traité De monarchia^ fut calquée en entier sur la théogonie gnostique.
T9Ue qu'élu apparut danâ c$t dêux pirsonnagu.
W. Dans Adam et dans Jésus-christ; mais cette fois sans leur donner pour doublure Dante et Henri VII, qui ne tardera pas à se reproduire sous une toute autre physionomie. L'amour-propre de l'auteur ne pouvait pas aller jusqu'à se faire dire en face par saint Thomas : J'approuve ton opinion, commando tua opinione, jamais la nature humaine n'a été ni ne sera telle qu'elle s'offre en toi et dans ton héros. Tout ce que Dante se proposait, c'éuit de faire illusion et Dieu sait s'il y réussissait Cette tercine mûme devait faire rejeter bien loin l'idée qu'il eût voulu se désigner dans l'une de ces due persone.
Peut-être s'explique-t-on maintenant la forme obscure affcctde par saint Thomas, dans les deux propositions qu'il pouvait si bien se dis* penser d'émettre. Le non surse il secondo, comme l'U' B.EN. a'tmpingna, n'est qu'un artifice à l'aide duquel le poète se ménageait le moyen de faire abonder le docte interprète dont il avait fait choix dans
son idée faTorite, h savoir : qae pour le bonheur du genre humain^ le gooTemement du monde terrestre devait reproduire fidèlement celui du monde des intelligences.
Celui dont il 8*agit, dès hn^ comment jamais ÎTa-t^l eu son égal en «avoir, en sagesse, etc.
21. Comment admettre, sans [autre éclaircissement, que le premier homme et le rédempteur du genre humain n'aient pas égalé et même surpassé Salomon?
Mais pour qu'à eet égard toute obscurité cesset etc, 22. Ma, perché paia B.£N queLche non pare^ mais pour qu'apparaisse enfin ce bienheureux Henri, qui n'apparait pas encore.
Songe à ce qu'il était, et pour quelle raison, Quand lui fut dit : Demande, il requit pareil don,
33. Le Toiià donc connu ce secret plein d*horreur ! Il se rédoit il ceci en deux mots : comme roi, Salomon fut sans égal. Et ce serait pour en venir là que le docteur angéitque, remonUint jusqu'à la création, aurait débité tant de paroles oiseuses. Le croira-t-on et cela |)cut-ii tomber sous le sens? Cet autre sens n'est-il pas préférable?
Songe que Henri était empereur et que de puissants intérêts politiques lui firent accepter l'alliance du Temple ; le désir de triompher de la Papauté fut la cagion che lo inosse; aussi quand les Parfaits de rordre lui dirent : Demande à voir la lumière, ckiedi, il n'hésita pas à réclamer l'initiation, a dimandare.
Tu peux, au peu de mots que je viens de te dire, Comprendre qu'étant roi, la sagesse il requit^ etc.
2/t. Je me suis exprimé de telle sorte que tu puisses voir Henri VIT, che non pare, caché sous le nom de Salomon, non ho par lato si, che tunonposse'B.E^ veder ; c&r lui aussi, Enrico Lucemb. demanda la sagesse pour suffire à sa tSchc de roi^ ch' E.L. fu re che chiese senno, acciocchè re sufficiente fosse. El à qui pouvait-il mieux «^adresser pour l'obtenir qu'aux Parfaits, dépositaires de la vérilu inspirée par l'amour ? On ne saurait donné une version plus littérale ce nous semble.
Des iuprémet motetin, par $u%te, il ne s'enquitt etc, 25. Henri-Salomon ne se préoccupa d'aucune de ces questions où se perd l'esprit humain et que tes doctes se tourmentent à résoudre, il demanda seulement la sagesse politique, régal prudema, et c*est là qu'était dirigé le trait de mon intention, lo stral ditniaintemùm. Il faut convenir que ce trait-là n'a pas atteint le but sans de longs détours. Mais on voit au moins clairement à cette heure la pensée du théologien politique, telle qu'elle domine dans tout le poème. Ainsi c'est pour exalter la monarchie universelle s'appuyant sur l'hérésie que saint Thomas, érigé en Parfait, se fait successivement le panégyriste de l'humble saint François d'Assises, et celui du sage et grand roi Salomon. Est-il donc nécessaire de vous dire pourquoi 7 C'est que saint François, l'homme du peuple, l'homme de charité, le pauvre de Dieu, reproduit dans la pensée du poêle l'idée vaudoisc sous forme catholique, comme l'humble Béatrice, l'idée doctrinale sous le déguisement romain ; de même que Salomon, le grand et sage monarque, fondateur du Temple, reproduit sous forme cabalistique le sage et puissant empereur Henri YII, destiné à relever le Temple, renversé de complicité par Philippe>lc-Bel et par Clément V. Ouvrez les livres maçonniques, vous verrez en quel honneur les successeurs des Templiers, ceux qui se constituent leurs vengeurs, tiennent le fils de David, pour qui ils n'ont pas moins de vénération que les talmudistes. Son nom revient à chaque instant dans leurs cérémonies rituelles et, lors des réceptions aux grades de maître secret, de secrétaire intime, d'intendant des bâtiments, de maître élu des neuf, de sublime chevalier élu, de roycU arche, de grand écossais, le président de la loge réprésente constamment Salouon, avec le titre de trois fois puissant, C'est même dans son palais que l'assemblée est censée se tenir. {Voy. le Manuel M. \ ou Tuileur des divers rites de la M. -., par Villianme, 1830, chez Sétier libraire, rue de Grenelle- Saint-Honoré 29, le Tuileur expett, par Bazot, 1828, chez Boislc, rue deSorbonne 12, et Light on Masonry.) Il n'y a donc pas à s'étonner que Dante se soit complu à associer le docteur angélique à l'admiration que ses co-sectaires professaient pour le roi, qui personnifiait pour eux l'autorité monarchique éclairée par la sagesse, et dont le nom rappelait la construction du Temple, le meurtre d'Hiram et la vengeance à tirer des assassins.
Tu verras, en ^etaiti inieux mes expressions, etc. 26. £n signalant à Dante Fintention politique du surse, intention peu favorable à la plupart des rois, saint Thomas ne manque pas de lui recommander de persister dans sa foi albigeoise au sujet du premier homme, et dans son adoration pour son blen-aimé Henri. Con questa distinzùm puote star quel che credi del primo padre e del nostro dïletto.
Q/ue Ceci te profite, et, modérant ton pas, etc.
27. Que ce soit pour toi un motif de chercher à y voir clair avant d'asseoir ton jugement, de ne pas affirmer ou de nier sur la parole ou Tautorité d*autrui, comme il arrive d'ordinaire en matière de foi ; garde-toi de te prononcer, pour ou contre, les yeux fermés, al si e al no che tu non vedi, et consjjlte ta raison avant de croire sur l'ali^ation de qui que ce soit.
Car ceXui'làpanni tes sots ram/pehien haSt etc,
28. Geux-là qui ne font pas usage de leur jugement* de la raisoiï qu'ils tiennent de Dieu, et croient sans examen, sans distinguer entre le vrai et le faux, sema distimion^ tombent au rang des brebis romaines, ces brutes haïssables, comme il est dit dans le Convùo, et subiront le sort de ces misérables qui sont privés du bien de l'intelligence, del ben deW intelletto comme il est dit dans VEnfer.
Voilà pourquoi souvent une aveugle manie Fait que va dans le faux donner Vopinion, sic,
29. Qu'on se reporte à l'an treize cent et qu'on réfléchisse quelles opinions pouvaient alors préoccuper un bienheureux, au sein des Splendeurs du Paradis. Des opinions religieuses évidemment; comment donc ne pas être frappé de cette pensée que le docteur ange* lique fait ici allusion an catholicisme romain, à la religion qui dominait en souveraine et dont les chefs venaient d'écraser l'hérésie albigeoise? Nous ne croyons pas nous abuser en pensant que Dante entend faire dire à saint Thomas, que le prosélytisme catholique, Vopiman corrente, contraint par la violence les dissidents à embrasser de fausses doctrines, piega nel falso, et que beaucoup* parmi ceux qui suivent ces fausses doctrines^ enseignées par Rome, obéissent
à rhabitude, à la crainte d'affliger ceux qa'ib aiment, d*étre réduits à quitter famille et patrie^ à Bacrifier lea afléclioDsles plus cbèret; qu'ils ferment alora les yeux à la lumière, attendu que l'exercice du jugement est entravé par le sentiment, l'affetto lo intelletto lega. Ge dernier vers est on ne peut plus clair dans ce sens, et pour lui en donner un autre trèsHibscur, il faut détourner afeito de sa signification naturelle en le traduisant par passion.
Celui qui dans ses rets croit qu'étranger à Vairt, Saisir la vérilé sera facile ouvrage.
31. C'est en vain que les successeurs de Pierre le pêcheur se prétendent infaillibles, attendu qu'ils n'ont pas la vraie science, Vca-te, l'art royal des maçons, cet art d'amour qui seul met sur la voie de la vérité, et ceux qui s'embarquent avec eux sont sûrs de faire fausse route.
En ont donné la preuve au monde Melistus, etc.
32. Il en est, philosophiquement parlant, de ceux qui n'ont pas l'art royal, comme de Parmépide, de Mdissus et de Brlxus ; quant à Socrate, Platon et Aristote, saint Thomas n'a garde de les citer en preuve, pas même Averroâs, ceux-là savaient où ils allaient, andaoan e sapean dave. Il en est, au point de vue religieux, comme de Sa- bellus, d'Anus , écrit Arrio, non sans intention peut-être, et de ces autres insensés parmi lesquels il ne faut compter ni Saturnin, ni Basilides, ni Valeutiu et les autres gnostiques néoplatoniciens, qui connaissaient l'art, et qui ne s'avisaient pas, comme les pontifes romains, de faire violence aux Saintes Écritures, d'en tordre la lettre, pour leur attribuer un sens en opposition avec leur esprit, per render tarti li dtrettivoM,
N'ayet pas de juger tant de démangeaison, etc.
33. Que les catholiques,, les gentils, genti, aujourd'hui triomphants, ne se hâtent pas de chanter victoire, en se croyant trop certains de l'emporter toujours, troppo sicure a giudicar, et d'augurer de l'avenir par le passé. Ils pourraient bien s'abuser non moins que ceux-là qui évaluent la moisson avant sa maturité, car de même que j'ai vu, sur les branches arides du buisson épineux, la rose se dressant ûèrement, de même, la rose mystique des chevaliers Rose- Croix pourra bien s'élever un jour daus tout son éclat, du milieu des ronces et des épines, la rosa in su la cima. Plus d'un bâtiment après
CHANT XIU. 943
avoir eu longlemps le vent en poupe, a fait naufrage au moment d'entrer au port, et il n'y aurait pas à s'étonner qu'il en fût ainsi de la barque de saint Pierre, kgnovidiperirealC entrare delta foce.
Que ne s^avisent pas Martin et dame Berthe, etc,
34. Que le roi Robert de Naples, surnommé par dérision la reine Berthe, à raison de ses goûts peu guerriers, que cet allié de l'Église et Messire Martin, le pontife romain, le pelil Mars, Manino, cette vieille idole, cette pierre fruste, qui pèse sur le vieux pont et lui porte malheur, ce petit Mars qui déchaîna la guerre et ses dévastations sur les champs albigeois, prennent garde tous deux de se tromper. Qu'ils n'aient pas la prétention d'anticiper sur les décrets du Très-Haut^ parce qu'ils voient les comtes de Toulouse spoliés de leurs États, leurs sujets pillés, les Templiers torturés et volés, tandis que le clergé romain offre le Saint- Sacrifice en actions de grâces, per veder furare UN, altro offerere, car qui sait si Albigeois et Templiers, ces victimes d'un vol effronté, ne se relèveront pas et si les spoliateurs n'auront pas à tomber à leur tour, quel pud surger et quel pud ca-dere. Entendus dans ce sens, ces quatre derniers vers se rattachent Ic^iquement aux prédictions métaphoriques.que nous venons d'expliquer, tandis qu'interprétés comme le veulent les commentateurs, ils forment un hors-d'œuvre isolé, sans liaison avec ce qui précède et n'expriment qu'une pensée vulgaire en termes qui ne le sont pas moins.
Quant à l'esprit d'hostilité qui, selon nous, a dicté cette péroraison de saint Thomas, il ne faut pas oublier que le poète est parti de cette idée, que le saint docteur était du sang de ces d'Aquino, comtes d'Averse, dont le dévouement , restant fidèle à la maison de Souabe, vit toujours des ennemis dans la maison d'Anjou ; ce que lui-même expia par le poison qui l'expédia au ciel, lo ripinse al ciel (Purg. xx), et que, sous des apparences toutes contraires, le grand Dominicain n'aurait été que bien faiblement attaché à l'Église romaine, comme aussi saint François d'Assises et saint Bonaventure,
N'est-il pas étonnant, comme le remarque le savant auteur de VHxst. des Cathares^ que ni saint Thomas d'Aquin, ni saint Bonaventure, ni aucun des grands docteurs scolastiques, qui fleurissaient en France au xiii^ siècle, n'aient entrepris de réfuter avec toute l'autorité du talent et de la science, une hérésie qui avait envahi la moitié du pays, en inspirant au pouvoir ecclésiastique, d'assez vives
944 LE PAltADIS.
ioquiélades |)oar susciter contre die une croisade ? Comment ontiis laissé pareille tâche h d'obscurs champions, à quelques moines désireux de faire preuve de zèle? N*ont-ils pas fourni ainsi à Dante, au moins uu prétexte pour les représenter comme favorables à des doctrines qu'ils s'abstenaient de combattre, au moment où elles éclataient avecle plus d'énergie? « Rien n'indique que Simon de Tournay, accusé lui-même d'hérésie, ait eu en vue les Cathares, dans sa Somme théologique, en mentionnant le dualisme des anciens Manichéens. Il en est de même de [saint Thomas , que ses séjours en France et en Italie et sa qualité de Dominicain, auraient pu mettre en état de connaître et de réfuter les Cathares. Il a consacré, il est vrai, un chapitre de la Somme à défendre le monothéisme contre le principe dualiste ; mais sa discussion se tient tellement dans les régions de la généralité, qu'on ne saurait dire s'il ne s'adresse pas plutôt aux Manichéens anciens qu'aux Cathares de son temps. »(C. Schmidt,t. 11,258.)
CHANT m.
L'eau, dans un vaisseau rond, se meut du centre asix hords^ Ou vers le centre tend de la circonférence, etc.
1. Voilà assurément une comparaison bien étrange et dont les commentateurs auraient dû être frappés ; mais ce sont gens de bonne composition que rien n'étonne ; ils acceptent tout de cet excellent théol(^ien, qui sait si bien faire émettre aux Bienheureux les plus * grandes énormités sous les formes les plus irréprochables; mais nous nous permettons d'y regarder un peu plus près, dans la pensée que, pour dater de cinq siècles, les bévues n'en sont pas plus respectables, et qu'il est permis de rire au nez de ceux qui invoquent gravement la prescription en leur faveur. Or, nous savons que Béatrice se trouve placée avec Dante au centre de la double ronde ot que saint Thomas fait partie de celle qui se rapproche le plus d'eux; nous savons que, dans le langage des initiés, l'eau symbolise leur doctrine, l'enseignement ou la parole qui la propage ; or, l'essence de la parole de saint Thomas, nous venons de le voir, ne diffère en rien de la doctrine de Béatrice; ainsi donc, que la parole de l'une s'adresse au saint, du centre à la circonférence, ou celle du saint à la sainte, de la circonfé-
rcncc <iu centre, c*eKt tout un ; seulement les ondes de leur parole vont et viennent alicrnaiivement sans se combattre/ Vu qu^elles sont de nature semblable et que la glorieuse vie de saint Thomas, son esprit, sa pensée intime, est en tout conforme à la doctrine, à la foi personnifiée dans Béatrice; ce qui deviendra de plus en plus manifeste au cb. XXIX. Il est on ne peut plus simple que Dante ait eu à cœur de signaler aux siens cette conformité mystérieuse, en appelant leur attention sur la ressemblance qui se produisait entre les paroles du docteur angélique, ne tenant à Rome que par un fil, et celles de la clame du salut, la sitnilùudine cke nacque dei suo parlare e di quel di Béatrice, G*est à quoi il parvient à Taidc d'une comparaison dont l'étrangeté s'explique dès lors très-facilement, mais mérite qu'on y réfléchisse.
Cet homme aurait hesoin encor, mais en silence
Sa bouche vous le tait, c'est au plus s'il y penset etc»
2. L'inlervention de Béatrice ferait supposer une extrême importance à la question qu'elle prend la peine de formuler ici, et pourtant elle se réduit à ceci, quant au sens littéral : Si les élus doivent avoir pour vêlement durant l'éternité celte lumière rayonnante dont l'éclat les enveloppe à cette heure, comment pourra-t-on les y distinguer? Sa splendeur ne fera-t-elle pas obstacle à leur vue après la résurrection de la chair? Comment l'organe humain pourra-t-ii, sans en être offensé, l'endurer au dedans et exercer son action au dehors? Tel aurait été, semble-t-il, le grave sujet des préoccupations du poète, en présence de ces gloires du ciel. Mais non, Béatrice a soin de nous déclarer qu'elle se permet ici un petit artifice oratoire et que son disciple bien-aimé prend fort peu d'intérêt à la question ; car non* seulement il s'en tait, nol vi dice, mais il n'y songe même pas, ne pensando ancora. C'est elle qui pense et qui parle pour lui, mais il est permis de s'étonner de pareilles questions formulées par elle.
On doit se rappeler, en effet, que dans le chant vu, Béatrice a déjà exprimé des idées en complet désaccord avec la doctrine de l'Église, au sujet de cette même résurrection de la chair, et comment supposer, dès lors, qu'elle veuille maintenant se donner un démenti à elle-même?
Apprenes-lui doncit, durant Vétemité,
Votre substance doit darder tant de lumière, etc.
5. Il est deux manières de procéder à l'égard d'une proposition
946 LK PAUADIS.
mise en Avant par des adversaires : la réfuter par des arguments en forme on la réduire à Tabsurdc et ia tourner en dérision. Béatrice a employé le premier moyen .dans le chant vti, nu sujet du dogme de la l'ésurrection de la chair, elle va employer ici le second. Â cet effet, elle intervient pour poser une question d'une extrême naïveté» à savoir comment on pourra apercevoir les élus, après la résurrection de la chair, sous la lumière qui les enveloppe, et comment leurs yeux, matériels eux-mêmes, pourront distinguer ii travers ce réseau lumineux. N'est-ce pas là un sujet bien Important k éclaircir, et surtout quand celui quMl s'agit d'instruire ne songe pas lui-même à s'enquérir?
C'est elle qui prend la peine, de poser la question, c'est elle qui dû, mais qui, en réalité, ne prend pas plus que lui la chose au sérieux, ne pensando ancora, et, contre toutes ses habitudes, elle s'exprime dans des termes assez clairs, parlant comme si elle croyait à cette résurrection de la chair que, dans le chant vu, elle a foudroyée de ses syllogismes gnostiqucs : Quand vous serez redevenus visibles, visibili rifatti, comment pourra-t-on vous voir sous votre enveloppe de lumière, et comment vous-mêmes verrez -vous au dehors? La solution de cette difliculté semble se présenter d'elle-même, raison de plus pour la f9irc donner pompeusement par le plus haut savoir de ia docte compagnie.
Aiy\$i que, par instants, j^o^^ssés de plus de pie, Ceux qui dansent eii rond pretsenl lemouremen/, etc.
4. Il semble, en vérilé, que les deux rondes de Bienheureux se réjouissent à outrance de l'espièglerie de Béatrice, qui va permettre à l'un d'eux d'atténuer, par sa réponse, ce qu'il y a eu d'un peu trop compromettant dans l'argumentation de la dame, au sujet des créalions directes du Très-Haut et de celles des vertus potentielles, Jà santi cerchi mosti'ar nuova gioja,
(hU s'afflige d* avoir à mourir ici-las, hic.
5. Ceux qui s'affligent de voir Dante mourir ici-bas, perché (/ui si muoia, c'est-à-dire se faire catholique romain, pour vivre en esprit dans le ciel des intelligences, ferme à la matière, ignorent toutes les ressources qu'il peut tirer de cette pluie de la doctrine sectaire, lo refngerïo deW eternaploia, pluie éternelle rafraîchissant doucement les âmes promises à la béatitude.
Cet être un, infini^ qui vit en deux, en trois,
El règne en trois, en deux, un et triple à la foiSt ete^
6. Les Esprits qae nous savons se mettent à chanter celui qui, étant an, deux et trois, vit et règne en trois, en deux, en un. La définition, réduite à ces termes, devait satisfaire les catholiques en rentrant on ne peut mieux dans les formules gnostiques, notamment dans celle de Tallen et de Marcion, puisqu'elle comprend Dieu le Père, le pneuma ou TEsprit et le logos ou le Verbe, elle aurait pu même obtenir Tassentiment des Yalenliniens, dont le Bythos vit et règne en un, en deux avec Ennoxa, en trois avec le Nous^ bien qu'il vive et règne de même avec les trois cent soixante-cinq Éons émanés de lui. Elle ne satisfaisait pas moins les coreligionnaires du poète, attendu que pour eux TEmpcreur, monarque universel et tout-puissant, régnait à la fois comme père de ses sujets, comme fils de l'église albigeoise et comme personnifiant Tcsprit d'amour; que de plus nul ne pouvait limiter sa puissance, le Pape notamment, et que cette puissance embrassait tout, non circonscriito e tutto circonscrive. {Voy. pour les métaphores cathares les auteurs déjà cités.)
Et j'ouïs la Lumière au feu le plus céhsle, elc,
7. Ce n'est pas saint Thomas d'Âquin , comme on pourrait lo croire, qui va répondre à Béatrice; la Splendeur la plus (lia est celle dont il a été dit, au chant x, la quinta luce cli'è trà noi piii belia, c'est l'auteur du livre de la Sagesse, c'est le sage par excellence dn Talmud, c'est le fondateur du Temple, c'est Salomon, pour qui la résurreciionde la chair fut un dogme inconnu, et dont on ne saurait même citer un mol dont on pût inférer la croyance à l'immortalité de l'âme, les Hébreux paraissant n'avoir acquis leurs première» notions à ce sujet que pendant les épreuves ilc l'exil. C'est donc Salomon qui va se charger de pousser jusqu'à l'absurde les conséquences du dogme de ja résurrection de la chair.
Ainsi l'Ange à Marie a dû parler jadis, elc.
8. Le ton modeste de Salomon à l'égard de Béatrice, comparé à celui du messager céleste venant annoncer à Marie qu'elle est appelée à enfanter le Sauveur, n'a donné à réfléchir à personne ; comment 9e douter, en effet, que le fils de David s'incline ici devant celle qui personnifie la foi destinée à régénérer le monde catholique et semble
s'excuser d'avoir 2i parler contraircineiU à ses enseignements du chant Yii, du moins en apparence?
Son éclat suit l'ardeur, l'ardeur la vision, ele,
9. La splendeur dont les âmes élues brillent revêtues étant ie résultat de leur amour pour Dieu, et cet amour ne pouvant finir, il s'ensuit que celte splendeur rayonnera éternellemcnc autour d'elles en proportion de l'amour qui, selon qu'il est plus ou moins ardent^ procure une vision plus ou moins nette et puissante en rapport avec la grâce, récompense de l'amour; Béatrice n'a rien à redire jusqu'ici aux paroles de Salomon. Mais il n'en sera pas de même pour ce qui suit.
Quand, glorieu$e et sainte, afin qu'elle l'habite, La chair à Vdme aura rendu son vêtement , etc.
10. Ici commence la contradiction flagrante avec les enseignements de la dame du salut, contradiction qui apparaîtra aux moins clairvoyants, si l'on veut bien se reporter au chant vu. Comment, en effet, la chair, matière grossière et périssable, œuvre d'un agent secondaire, dlun démiurge, pourrait-elle jamais devenir glorieuse et sainte, glariosa e santa; comment la matière, principe du mal, pourrait-elle avoir accès dans le monde des inielligences, source de tout bien? Comment Tamour peut-il s'accroître dans le ciel, ainsi que la gratitude au sein du bonheur même, et cela par l'adjonction de la matière à l'esprit? Comment cette adjonction de la matière au pur esprit augmentera-t-elle Tintensité de la vision qu'elle semblerait au contraire devoir obscurcir, comme aussi celle du rayonnement lumineux ? Resurrectionem corporum negant, nous dit Reùwnus contra WaldeTises. (Bibl. veL P. P., p. 267, t. xxv.) (*).
(*) Parmi les sectaires, quelques-uns admettaient bien une résurrection des corps, mais il s'agissait pour eux des corps célestes et non pas de ceux de cliair et d'os. Voici comment : Selon eux, cellei des âmes célestes qui cédèrent aux séductions de Satan, se séparèrent, lors de leur chute, des corps dont elles éuient revétuesau ciel, ce qui fut lear pHma morte, et ces corps immatériels y restèrent sous la gai^e de leurs esprits gardiens ; ceux-ci toujours prêts à se réunir aux âmes déclines, lors de leur conversion à la foi évangélique, ei à les reconduire, après la mort des corps, dans la Jérusalem céleste. {AcU lie Vinquis. deCareass., 1305 ; Doat, xxxiv, f» 101.) Ut elles devaient revêtir de nou- ^lau les corps resplendissants, les blanches tuniques de Dame, quMl leur avait fallu quitter, et après leur a€(;onc(e mo/'C, être rétablis dans leur rang primitif et dans leur pureté originelle. Quisque restituUur in gradum pristinum. IVeinerius, 1/63. Bedibunt ad cathedras et tunicas quas demiserunt in paradiso, {Act. de t'inq. de Carc, ibid., V* 97, 101.) Cette reprise des corps célestes était, dit Schmidt, t. ii, p. 50, ce que les Cathares absolus appelaient, en leur sens, la résurrection des corps. (Moneta, A, J^53.)
MaiSt comme un charbon vif d'où la flamme s'élance, etc.
41. Ainsi la chair, Félément matériel , périssable, œuTre de secoude main, remporterait en éclat lumineux dans le monde inte11ec> tuel, sur l'élément spirituel qui, changeant de rôle avec lui, ne serait plus que son enveloppe et fia vinto in apparenza dalla came.
.... A suffire à tout, dans la héaliludet
Les organes du corps acquerront l'aptitude.
12. Il est évident que, la résurrection du corps admise, il tombe sous le sens que ses organes devront se trouver modifiés en conformité avec le milieu céleste où ils auront à fonctionner. Il n'était pas nécessaire de faire intervenir le grand Salomon pour répondre h cette partie de la question posée dérisoirement par dame Béatrice, qui savait bien ce qu'elle faisait. Car à quoi bon rendre des corps à des Esprits qui déjà voient, parlent, entendent, dans le ciel, à l'état de pures intelligences; à quoi bon leur rendre des organes tombés eu |)ourriture, si ces organes doivent être entièrement modiûés ?
Ils semblaient évoquer les corps restés sous terre.
13. f Ils montrèrent bien , en criant tout d'une voix amen, leur désir des corps morts, ben mostrar disio de'corpi inorti. » Quoi! dans )c sein de Dieu, dans le séjour de la béatitude, où tous les vœux son( comblés, les âmes bienheureuses nourriraient des désirs, et cela pour leur dépouille charnelle ? Mais alors leur bonheur ne serait pas complet, et depuis des milliers d'années la suprême bonté les livrerait au tourment d'une attente incessante. Dicunt Waldenses : Si sancti arant pro nobisj ipsi carereni gaudio.,, Sinostrî misereretur Virgo Maria, esset ipsa misera, non beata, {Refut. Wald, incert. auct Bjb. vet. P.P. t. xxv, p. 30û.)
*... Ceux-là qui leur furent plus chers AvaJit de briller flamme aux étemels éclairs.
14. Que le désir des élus se porte sur leur propre dépouille ou sur celle des objets de leur affection , ce désir n'en est pas moins un trouble à la béatitude, et il est difficile de comprendre ce que le bonheur des élus aurait à gagner à voir ceux de leurs proches déjk admis dans le paradis, revêtir les corps laissés sur la terre, puisqu'ils ne les voient pas moins près d'eux, purs esprits, dans le séjour
960 LE PABADIS.
d*éterneUe félicité. Mais ce ii*étai| pas assez poar le poète albigeois d'avoir poussé ses déductions jusqu'à Tabsurde , il lui fallait rendre ridicule le dogme contre lequel il se révoltait , et il nous représente Salomon on ne peut plus désireux de voir resplendir au ciel, comme un charbon dans la flamme, le corps de sa maman Betbsabée ; per le tnamnie. Il aurait ajouté per li babbi s'il avait pu se ménager |M)ur les papas l'excuse qu'il tenait en réserve pour les mamans, celle de la rime.
Mais ce n'est pas tout : de même que les paroles de Salomon, sur la résurrection de la chair, sont en op|M)sition manifeste avec celles de Béatrice, dans le chant vii, elles sont un démenti formel à ce qui a été proclamé par Ficcardc, cb. m : Fi-ate, la nostra volontà quieta virtùdicarùà^ che fa volerne SOL QUEL ch' âyëMO, e (Caltro non ci asseta. £h bien, Béatrice garde le silence et s'abstient de rien répondre 5 cette voix modeste qui vient de lui donner un démenti en face, et Dante, que nous avons vu si souvent agité de doutes à propos de questions assez indiiïércnles, n'a garde de relever des contradictions si choquantes , et ne prie pas humblement à son tour le fils de David de lui expliquer conmicnt ou peut désirer quelque chose dans le ciel, contrairement au dire de Piccarde, et surtout comment des Esprits peuvent y aspirer à revêtir de nouveau la matière.
(]ette scène a donc été dis()osée avec art par le poëte pour se ménager un refuge et une défense, au cas où la théogonie ex|)osée par Béatrice dans le chant vu et commentée dans le xiir par saint Thomas, aurait paru sentir un peu trop l'hérésie ; c'est pour cela que la réponse de Salomon, conçue, contre les habitudes dantesques, en termes clairs , précis et prêtant peu à l'ambiguïté, a été calculée de manière à pouvoir faire la contre-partie des théories gnosliques précédemment exposées , et ji paraître proclamer comme une vérité, dans son expression littérale, ce dogme de la résurrection de la chair, qu'elle avait intentionnellement pour but de saper à sa racine, d'un aliro vero andarc alla radiée.
D'anlres Espriltt fonnant tin grand eercU «n dehors Des deux rondes, dont l'une en Vautre est contenue,
iS. Aux personnages qui se sont signalés par la vigueur de leur esprit dans les labeurs de l'étude et dans les médiutions de la vie contemplative, sncoèdent ceux qui se sont illustrés par leur fx>urage dans la vie active; ce sont, la comparaison nous l'indique, selon
CHANT XIV « QK|
rbabitude constante du poêle, des héros qui, pour lui, uni uae louia autre valeur que pour le vulgaire, et une gignification bien différenlq de celle qu'on leur attribue, si che la vùia pare e non puar v^ra^ m eu sera bientôt convaincu, quand noua connaîtrons chacun de ces soldats du Christ ou prétendus tels, dont la ronde vient embrasser e( comme absorber les deux précédentes.
0 vrai rayonnement de VEsprit souverain, etc,
16. Ces nouveaux personnages élincelleot comme un rayunne* ment véritable de la source éternelle des émanations , vcro sfavillar del santo spiro^ rayonnement d'une telle Incandescence, candente, que Dante ne pont en soutenir Téclat. Car la gloire des héros qui vont apparaître provient ou des services qu'ils ont rendus au Temple ou du mal qu'ils ont fait à l'Église.
Mais Béatrice alors, l'œil brillant de bonheur^ etc.
17. Quant à Béatrice, plus -riante que jamais, vu le bon tour qui se préparc , il est impossible au poêle d'exprimer ce qu'elle déploie de beauté : ce sont de ces choses sur lesquelles il faut tenir sa mémoire Q^ bride, che si vuol lasciar.
Au stmrire enflammé dont semblait la planète M'arcueillir, pluB ardente et rouge quejamaii.
18. C'est dans la planète de Mars que Dante est transporté avec sa Dame, et l'étoile où il arrive, la Stella, ne s'offre pas à lui moins riante que Béatrice, puisqu'il nous signale son affocMo rùo. Mais il nous signale en môme temps deux couleurs bien différentes et il importe d'avoir l'œil aux couleurs du poète. L'éclat projeté par les Bienheureux qui paraissent en scène h celle heure, est d'une blan^ rA^«r éblouissante, lucore, et nous savons que Dante appartenait au parti do» Blancs, de l'autre que le costume des chevaliers du Temple était blanc, enfin que la blancheur est le symbole de la pureté et de l'innocence. Mars au contraire, séjour de ces Bienheureux, est empourpré, et sa couleur est « semblable à celle du feu • (Conoito), aussi le rire de cette planète est-il rouge, à tel point qu'on dirait du fou, riso affbcato, Savez-vous pourquoi ? C'est que ce rire embrasé, et cette épitbète de roggio, forgée pour la circonstance de noire mot rouge, font allusion, d'une part, au bûcher, au rogo qui a dévoré les Tem« pliers, dont le souvenir plane, comme on va le voir, sur la fin de ce
chant et sur les suiTants ; de Taatre, parce que la tcolarc riloelle de la ioge , pour ia réception à ce grade maçonnique» est rouge, comme vous pouvez vous en assurer (p. 198 du Manuel maçonnique, de Williaume) ; et vous verrez des changements de couleur analogues à chaque planète, en parfait rapport avec la décoration des loges, couleur qui se reflétera sur le teint de Béatrice.
Mars, riant rouge et offrant dans tonte son étendue la couleur adoptée par les Guelfes, indique assez que, dans Tatmosphère où le poète est obligé de les faire figurer, ses bianchc stole vont, en se montrant tout autres qu'elles ne sont réellement, faire douter de leur essence véritable sous une apparence douteuse, si che la vista pare e non par vera. C'est ainsi qu'il en viendra îi leur faire revêtir l'aspect de rubis, robbij autrement dit, la couleur des Guelfes.
Je rendis grâce à Dieu, de cette voix secrète Qui chez tous est la même, etc.
19. Les actions de grâces du poêle sont muettes, vu le danger de les exprimer; elles ne sont pas pensées en latin, langage de l'Église, que n'entend pas la foule ignorante^ mais en langue vulgaire comprise de tous, dans laquelle saint François prêchait et composait ses cantiques, con quella favella ch* c una in tuttiy ignorants et doctes:
Ta splendeur, Hélios^ seule ainsi les décore !
20. Si ses actions de grâces s'élancent de son cœur avec une ardeur croissante, c'est qu'il s'élève de plus en plus, avec l'aide de Béatrice, en gravissant l'échelle des grades. Les deux rayons dont l'éclat le frappe sont blancs, constellés de rubis, tanto lucore e tanto robbi, et se détachent sur le fond rouge de la planète, oi^ ils dessinent, comme il va nous être expliqué, la croix rouge que les Chevaliers du Temple portaient sur leur habit blanc. C'était donc bien le cas, à l'aspect de ce foyer lumineux, sur lequel rayonnait l'insigne glorieux qui n'avait pas sauvé les martyrs de la foi venue de l'Orient, de faire une invocation à la source de la lumière d'Orient, au soleil mystique des sectaires, en lui donnant le nom grec d'hélios^ avec d'autant plus de sécurité que le mot hébreu hélios signifie, haut, élevé, et qu'en italien l'orthographe est la même pour tous deux, (i'esl le même procédé à l'aide duquel Rhéa est devenue rea, procédé qui n'est pas Cfimpris à Genève, où l'on assure que j'ai « inventé l'ortbographeiUilienuede Reiij, en confondant sans m'en douter un mot
d*ortgine grecque avec nn vocable lalin. » Vive Dieu ! il parait qu'on est très-fort de ce côté-là en philologie.
D'un pôle à Vautre amsi que Galaxie aux Cicux, etc*
21. Galaxie, ou la voie lactée, est aussi appelée la roule de S:iiiiL- Jacques, et celte comparaison devait suffire à éveiller raitenlion do ceux qui, sous feinte de pi^lerinage en Galice, parlaient d'Italie pour aller visiter leurs frères du Languedoc et de la Provence, ou qui, missionnaires toulousains, se mettaient en route pour TAragon et allaient faire de- la propagande en Espagne {voy. Schniidt et la Vùa nuora) ; or donc, de même que la voie lactée est fonnée d'étoiles de diverses grandeurs, les deux rayons dont il a été parlé précédemment, étaient blancs, comme la voie lactée et comme le vêtement des Templiers, et de plus constellés, costellaii, <ïe joyaux maçonniques ou rubis, robln; ils formaient ainsi l'insigne vénérable de l'ordre du Temple, non pas la croix grecque ou latine, offrant quatre angles droits c^, mais celle que dessinent quatre quarts de cercle, en se joignant au centre de la circonférence )X(, venerabile segno che
fan giunliae di quadranti tn tondo, 11 y a plus, nous avons dit que la tenture affectée à ce grade est rouge : si nous ajoutons que les colonnes sont blanches, comme on peut s'en assurer dans le Tuileur cité, on aura l'explication, aussi complète que possible, de celte décoration bizarre, où figure en champ de gueules la voie lactée, constellée delà croix rouge particulière à l'ordre du Temple.
Il n'y a pas à se plaindre celte fois de robscurilé du poclc, c'est justice cl lui rendre, il est rarement aussi clair.
Sous la mémoire ici plie affaissé Vesitrit.
22. Le souvenir de cette croix arborée par les Templiers, victimes de la tyrannie politique et sacerdotale, était trop vif et trop amer au cœur du poète, pour que son esprit ne récusât pas la tâche dilTicîle et trop périlleuse d'en dire davantage. Le vers précédent témoignait déjà d'une audace qui trouverait peu d'imitateurs aujourd'hui même, où l'on admire tant de conrage civil, car il glorifiait des vaincus. Il est vrai qu'il était assez adroitement hypocrite pour dissimuler sa pensée à ceux qui pouvaient l'affubler d'un san benxto.
Sur cette croix brillait ti radieux le Christ, etc.
23. Christosy le premier né du monde d'émanatkm, seloB les giiosliqucs (Matler), resplendissait sur celte croix si différente [de la croix latine ; or, il suffisait d'en avoir indiqué le dessin pour en faire comprendre, sans avoir à chercher mieux, et la forme et la signiûcaliou ; aussi Dante est-il entièrement dans le vrai, lorsqu'il dit uc savoir trouver aucun autre exemple plus en rapport avec sa pensée, jwn so trovare esemplo degno, les quatre quarts de cercle étaient ea effet l'exemple le plus digue et le plus éloquent.
Mais quit prenant m croix, se fait suiwint du Christ t e<c,
2/i. Le Templier qui prend la croix du Chrisios gQ08iif|Qe etsuii sa loi d'amour, en fidèle adepte de la Gaie science, ne peut que savoir gré au pooie de ne pas s'expliquer davantage; il l'excusera nécessairement de laisser do côté tout ce qui pourrait trahir les leorets do TOrdre, vii sema à di quel ch' io Uisso.
Ne m'imputera pas à oHim le siîenûe,
25. L'affilié du Temple reconnaîtra que c'est le Chrùtos oriental qui resplendit sur celte croix mystérieuse, dont la forme est plutôt grecque que latine, dès lors, il appréciera les raisons puissantes qui m'ont induit à garder un silence prudent. Traduisez maintenant littéralement : « Sur cette croix resplendissait le Christ, ce qui fait que je ne sais trouver un exemple digne; mais qui prend la croix de Christ et le suit, m'excusera pour ce que j'osais, en voyant sur cet arbre étinceler le Christ ; » vous aurez, au lieu d'un sens clair et logique, une phraséologie aussi plate qu'insignifiante et sans liaison aucune avec le sujet.
De la base au sommet, des deux bras opposés, Je voyais se mouvoir mille feux embrasés, elc,
26. De la droite k la gauche de la croix maçonnique, de la base au sommet, et réciproquement, on voyait se mouvoir des lumièrea d'où s'échappaient de vives étincelles, sctntillando forte^ au nio* ment où elles se réunissaient, nel congiungersi, et aussi, lorsqu'elles se séparaient, nel irapasso. Ce qui veut dire que, dans tous les degrés de la hiérarchie, les membres de cet ordre du Temple, symbolisé par la croix orientale, qu'ils arboraient comme insigne, faisaient jaillir de vives clartés au milieu des ténèbres du catholicisme, et cela
au momeut où ils se réunissaient dans leurs loges mystérieuses, comme aussi lorsqu*après y avoir reçu le mot d*ordre, ils se séparaient pour aller faire de la propagande chacun de leur côté. Yeuiliez faire attention maintenant à la comparaison explicative. Les missionnaires de l'Ordre, ses prédicateurs secrets y deviennent ces mille corpuscules qu'on voit s'agiter dans un rayon de soleil projeté au sein de Tobscurité ; pas un détail qui ne porte coup : ces fractions imperceptibles du grand corps du Temple se meuvent au sein de la lumière, muovonsi per lo raggîo, en réglant leur mode d'action selon les circonstances, c'est-à-dire, procédant tantôt en droite ligne et rapidement, tantôt lentement et par des voies sinueuses, dirttte e torte, velocie tarde; changeant même d'aspect au besoin, rinncwando vista, c'est-à-dirc prenant le langage et les dehors du catholicisme pour arriver à leurs fins, et cela du plus grand au plus petit, lunghe e corte. C'est ainsi qu'ils s'y prennent pour faire pénétrer la lumière de rOricntdans cette ombre profonde que la gent romaine, les gentils, génie serva délia gentil donna dii Convùo, épaissit autour d'elle, k force d'art et d'industrie, pour se défendre contre l'invasion delà lumière d'Orient , chaque expression est à peser, l'ombra^ che PER SUA DIFESA la GEINTE con INGE6N0 ed ARTE acqtiista.
Repoussez cette interprétation et voyez à rattacher logiquement, si vous le pouvez, la comparaison à l'apparition de cette croix lumineuse, qui ne s'offre certainement pas au poète au milieu des ténèbres. Ce n'est pas tout.
£1 commet quand h luih à la hatpe s'allie , eic,
37. Dante nous a expliqué déjà maintes fois comment, dans la vaste et mystérieuse association dont il était un des membres les plus zélés, toutes les volontés, tendant au même but, u'cn formaient qu'une, comment toutes les paroles exprimaient la pensée commune. • 11 reproduit ici la même idée par une similitude musicale, en nous disant que tous ces Esprits, dont la multitude se moulrail à lui sous la forme de la croix du Temple, formulaient les mêmes vœux dans la plus parfaite harmonie, et faisaient entendre de tels accords, que ceux qui ne pouvaient saisir distinctement la note, da cui la nota non è iniesa^ à savoir les profanes qui d'abord n'entendirent rien à la note amoureuse, et, plus tard, à la note catholique, étaient ravis de l'enscnible, dolce tintinno.
S'épanchait de la croix un torrent d*harmonif. Dont je restais rur», sans distinguer le chant ^ etc.
28. L*afiilié du Temple aiïeclc naturelleineut d*être au nombre de ceux à qui la noie échappait, aussi bien que les paroles, afin de se di.spcnsor de reproduire cet hymne qui le ravissait, melode ckc mi rapiva scnza intendei' l'tnno. Il n'y a pas à s'étonner de ce concerl qui accueille l'arrivée du poeic et de sa dame dans le ciel de Mars, car de même que le soleil correspond à Varismetica, Dante a pris soin de nous apprendre que « ce ciel peut se comparer à la musique sous deux rapports : d'abord h raison de sa position centrale, qui le met dans la plus belle relation avec les autres deux mobiles; en sea)nd lieu, parce qu'il dessèche et brûle; sa couleur, plus ou moins vive, selon la densité ou la rareté des vapeurs qui le suivent, étant semblable à celle du feu. Albumassar dit que l'embrasement de ces vapeurs signifie mo7't des rois et changemem de gouvernement, Sénèquedit qu'à la mort d'Auguste on \it dans l'espace un globe de feu, et à Florence, peu de temps avant sa i^ine (lorsqu'y vint Charles de Yaiois en pacificateur, Dino Compagni, ii), on aperçut dans les airs la figure d'une croix enflammée. Or, ces deux propriétés se retrouvent dans la musique, qui est toute relative (comme la langue des correspondances de Swedenborg), ainsi qu'on le voit dans les paroles harmonisées (dans les vers de la Comédie et des Canzoîii, par exemple), et dans les chants, dont l'harmonie est d'autant plus douce que la relation est plus belle. Puis la musique attire à elle les esprits Immains, qui sont principalement, pour ainsi dire, les vapeurs du cœur. » (Conv. H, 1/i.) Ceux qui, après avoir lu ce passage et tant d'antres analogues, trouveront nos rapprochemeiHi» forcés, donneront la preuve qu'ils n'ont pas la moindre idée de la manière de procéder du poète et de ses coreligionnaires.
Hymne de gîoi'e autant que je pouvais comprendre, Par les mots Itisurgi, Vinci, qui m' arrivaient, elc,
29. Il en a toutefois entendu assez |X)ur mettie au courant de ce que chantaient ces Bienheureux, les gens d'intelletto saiw. Lui-même il a pu distinguer des paroles qui lui révèlent un hymne de gloire en l'honneur de Christos, d'Hélios, du roi de lumière, de la première émanation gnostique, cl ces paroles sont risurgi, relève-loi, ordre glorieux du Temple, relève celte croix, ton insigne mystérieux, et celte église albigeoise dont les désastres ont été comme les avant- coureurs des tiens ! Vinci, triomphe à ton tour de ceux qui
foui abailu, de ceux qui régnent à Rome, eu France, à Naplcs et à Florence. Comment admettre uu autre sens à une époque ou TÉglise latine, épouse du Christ, régnait partout victorieuse et où le catholicisme romain, dominant sur tout l'Occident, n'avait pas à coup sûr è se relever. Qu'on se reporte d'ailleurs au passage du Convito cité dans la note précédente, et l'on reconnaîtra quels rapports étroits se révèlent entie les mots rùurgi, vinci, et ces morts de rois, ces changements de gouvernement, ces désastres prêts à éclater sur Florence, dont la croix de feu resplendissant dans la planète de Mars est le présage menaçant.
....Jamais plus douce chaîne Ne 8*éiait imposée à ma pensée humahu;.
30. Rien ne devait être plus agréable h Dante que d'entendre des menaces de malheur contre ses ennemis et des promesses de triomphe pour sa cause, pour la religion de l'amour. Aussi déclare-t-il qu'il y persistait de plus en plus, lo m*ùmamorava, et que rien n'est comparable en douceur aux liens qui l'y attachaient, non fu alcuna cosa che 7ni (egas.se con si doici vinci. Comment croire sérieusement que Dante, tel que nous le connaissons, fût homme à ^'énamourer si ardemment pour le jour du jugement suprôme, 5 moins qu'il ne renlendît à la manière des Vaudoi» : Judiciwn extremum dicunt fuliirum esse tune scilicet quando Papa et hnperator ad sectam eorum convcnercntur. (Rein. Cont, Waldenses, Cdi[t. VI,)
QManà je ne mets qu'ap.ès h plaisir qxie me cause L'aspect de ces beaux yeux où mon désir repose , etc.
31. Ne voilà-t-il pas un singulier scrupule, et qui témoigne d'une conscience des plus chatouilleuses? L'attention de Dante a été un moment détournée des beaux yeux de Béatrice, par des chants qui lui promettaient triomphe et vengeance pour les siens, et il craint d'être taxé d'impertinence, pour avoir osé mettre le plaisir que lui ont causé ces chants, au-dessus de celui dont ces yeux divins sont pour lui la source délicieuse. Mais si Ion réfléchit que Béatrice et cette foi, appelée à se relever triomphante, sont une seule et même personue, que le poëte n'avait pas besoin de se tourner vers sa dame pour songer à elle ou à sa foi, qui régnait en souveraine dans son âme; que plus sa foi-Béatrice s'élève dans les régions supernatureiles, en suivant l'échelle des grades, plus elle gagne en beauté et en pureté, de même
que son fidèle éprouve ane Jouissance de pins en plus Yive el sincère, piaccr che si fa montando più sincero, on concevra facilement que ses paroles, si audacieuses en apparence, tropp* ose, n'exclaatent en rien ce plaisir ineffable, che H placer santo non è qui dischùtso; qu*il s*y trouvait compris an contraire fort adroitement Alors ce verbiage ridicule du poêle demandant humblement li être excusé par ceux qui verront qu'il s'est accusé pour s'excuser et qu'il a dit vrai en réalité, escusar puommi di quel ch' io tn'accuso per ùcnsanni e vedermi dir vero, ce langage, si peu digne de la majesté du lieu et du sujet, deviendra du moins intelligible.
GHANT XY.
Un hieyvûiiXlani vouloir ^ où jtxint manifeste Cet amour qui t'épand de sa source céleste^ etc.
1. Nous sommes toujours, comme on a pu Je remarquer, sur le terrain de Tiniiiation albigeoise, maçonnique ou templière, comme on voudra l'appeler. Après avoir passé par les divers grades de grand Architecte, de Noachite,de Prince de Merci, de Chevalier du Soleil, nous sommes arrivés à celui de grand Ecossais de Saint- André ou Patriarche des croisades, grand-maître de la lumière. Nous avons vu le Tuileur maçonnique nous donner le commentaire de Galaxie déployant la croix rouge en champ d'argent sur fond de gueules, en nous apprenant que la tenture de la loge est rouge et que les colonnes en sont blanches; on peut y voir, de plus, que le vénérable est appelé patriarche, que le mot sacré du grade est nekamah, vengeance, ce qui explique vinci. Or, les habitants de Mars, dont le poète nous dit que les voix s'unissent dans une parfaite harmonie pour chanter des hymnes de triomphe et que, obéissant à une même volonté, ils cessent leurs concerts tous à la fois, ces Bienheureux qui portent pour bijou la croix rouge du Temple, sont précisément des personnages illustrés dans les guerres saintes, des héros, on, si vous voulez, des patriarches des croisades. Il va sans dire que chez eux la bienveillance ou la charité est le résultat de cette religion de l'amour, émanation directe, che drittamente spira, du père inconnu, du roi de lumière, de même que la cupidité et toutes les mauvaises passions
CHAMT XV. 9B9
dérivent do la religion de haine, corne cupidùà fa nella iniqua; d'où les instincts cupides de la louve romaine. Nous avons déjà expliqué comment tous les membres de l'Ordre, mus par une môme pensée rdigiense et politique, pouvaient être comparés à une lyre touclice par la droite du Très-Haut.
Ces W^n^urcui» Jï.^it*, que je vis à se taire S'êmpresscTt ioui d'accord, pour me donner loisir^ etc.
3. Il y avait, en effet, de la part de ces Bienheureux, très-grande cotirtoisie à interrompre leurs hymnes au Seigneur, pour donner loiiir h un mortel de se faire entendre, et leur silence devait ôtre pour le poète un encouragement à parler.
CeuX'là qui, par attache à des biens périssables f etc,
3. Rien de plus juste que la damnation éternelle de ces pontifes romains et de tout ce clergé catholique qui répudie la charité, et ciierchc à exterminer par le fer et par le feu la religion de l'amour, dans un but de convoitise insatiable, poussé qu'il est par la soif du pouvoir et le désir d'entasser des richesses périssables, pet- amor di CQsa che non durù
De même, du Iras droit de cette croix splendide Vers sa hase, je vis se diriger ^ rapide ^ etc.
II. Pour se rapprocher du poëlc, son trisaïeul Caccîîrguida, un des bienheureux patriarches des croisades, parmi lesquels il joue le rôle de Vénérable, quitte sa place au bras droit de la croix et se dirige rapidement vers le bas ; l'éclat qu*il jette dans sa course rappelle les météores désignés sous le nom d'étoiles filantes, subito fuoco che dura poco, attendu que sa carrière fut courte sur la terre.
La perle ne quitta pourtant pas le cordon.
5. Arrivé à la partie inférieure delà croix, Gacciaguida ne se sépare pas de ses compagnons de béatitude, ces perles de la croi);. constellée ; le lien qui le rattache à eux ne saurait se briser, ne si parti la gemma da suo nastro; il s'arrête là, répandant une douce clarté, comparable à celle d'une lumière dans un vase d'albâtre, fuoco dietro ad alabastro^ ce qui nous rappelle Galaxie, et nous donne à
960 LR PARADIS.
entendre que la p:irole du Patriarche des croisades 'sera tant soi^ peu
voilée.
Ne 8*atlei\drit pas plus Vomhre du vieil Anchyset etc.
6. Comme Ënée, Dante était descendu aux enfers dans un but politique et religieux ; comme le héros troycn retrouvant son père clans les Champs-Elysées, il rencontrait son trisaïeul dans le Paradis. La comparaison se présentait donc d'elle-même au disciple de Virgile, qui d'ailleurs indiquait ainsi que sa fiction poétique, ayant également un but politique cl religieux, se rattachait de même aux mystères de Tiniiiation.
O tu, Banguii meus, o superinfusa, etc,
7. Dante n'écrit jamais en latin ce qu'il peut exprimer en italien, et il a toujours un motif secret pour en agir ainsi. Or, c'est bien gratuitement que certains commentateurs lui ont attribué ici Tintention d'indiquer la langue parlée au temps de son trisaïeul. Le fait en lui-même est faux d'ailleurs historiquement D'autre part, Gaccîa* guida ne peut pas dire que la porte du ciel se soit refermée deux fois sur Dante, bis reclusa. Nous n'avons pas même vu qu'elle se soit ouverte, comme il en a été pour celle du Purgatoire, qui s'est ensuite refermée avec fracas. Cela ne signifierait-il pas que le ciel catholique a été fermé à Dante comme albigeois, et qu'à leur tour les Albigeois, déçus par l'apparence, l'auraient repousséde leur communion, de leur ciel, comme catholique romain, double épreuve dont le poète devait sortir triomphant, la Comédie est là pour en faire foi, ce qui motiverait l'exclamation de Cacciaguida : O grâce surabondante du Très-Haut! {Voy. d'ailleurs la canzoue : Poscia ck' Amor del tutio m' ha lasciato, p. Z^2 des Rcvél.)
Puis je U reportai, tout surpris, vers ma dame, etc.
8. Pourquoi celte stupéfaction de Dante après avoir regardé tour à tour son aïeul et sa dame ? Rien ne l'explique ; il se borne à dire : Quinci e quindi stupefalto fui. Mais on conviendra qu'il ne pouvait déclarer à haute et intelligible voix, qu'après avoir bien regardé en face, in viso, sa dame et son trisaïeul, il avait reconnu à des signes certains {*) qu'entre tous deux régnaient des rapports mystérieux
(*) Les Caibarcs avaient entre eux des signes particaliers de reconnaissance ; un cer-
et une complète intelligence, antrement dit, que Tantcur de sa race l'avait précédé dans la voie religieuse où il était entré en haine de Rome. De là, Tétonnement du poëte, de là, le sourire triomphant de Béatrice et le bonheur qu'il en éprouve, dentro agit occhi moi ardeva un riso tal ch* io pensai cco* tniei toccar lo fando del mio paradiso. Qu'on essaye de lui imuver une autre cause et Ton arrivera toujours à l'absurde.
Ajouta des diseows d'un ai sublime essor Qu'en vain je Vécoutais, etc.
9. Voilà le vieux croisé qui se dénonce lui-niémc pour un fidèle d'amour, en parlant le langage dus^ dans sa plus grande obscurité, si parla profondo. Pourquoi parier pour ne pas être entendu, lorsqu'on sah suilout qu'on ne doit pas Têtre ? Les idiots seuls agissent ainsi.
En venait le mystère
De la nieessitét non d'un choix volontaire, etc,
10. Ce ne fut point par choix qu'il se rendit inintelligible, mais par la nécessité des temps, ne per elezian mi si nascoscj ma per nécessita; c'est-à-dire pour ne pas être compris de l'ennemi; il fit donc en sorte d'employer, pour rendre sa pensée, les signes familiers aux fils de la lumière, à ceux qui ont la vie de l'esprit, langage bien sapérieur aux signes en usage parmi les suivants de la Mort pontifi* cale, suo concetto al segno del mortal sï soprappose. Il est bien entendu, qu'en feignant de ne pas comprendre les premières paroles du Patriarche des croisades, le poëte se fait à plaisir beaucoup plus ignorant qu'il n$î Tétait, afin de se dispenser de les répéter.
Quand se fut épanché l'amour qui Vemhrasait, etc.
il. Gomment trouvez-vous cette manière de procéder à desépan« chements de tendresse? N'est-elle pas bien trouvée? C'est quand il n'a plus rien à dire d'affectueux à son petit-fils, que le Patriarche se décide à devenir accessible à la commune intelligence, discese tnver
Uln mot, un certain si.mic suflUait pour découTrir un frère 9i un frère. Ils se rccMnnais* saient per soiam loquctam et per solos gestvs. (Alberlcus, 320.) Les maisons nu^nie ub demeuraient des Parraiis portaient des marquea secrètes, que l'œil d*nn Cathare iMuvait ■eul rcomualirc. (Mural, Aut. U.^Sj 151.) Voy, SchmUlt, fWrf , ii,95.
to segno del nostro intelletto, aax signes asaels, enfin au langage ordinaire.
ûttt dof^fMf |>0ur mon ung nwntrer tant de honte, ele.
12. On a déjdi pu voir combien il fallait pen se fier aax apparences d'oribodoxie de ces formules, qui s'adaptaient si commodément aux triades gnostiques et en même temps à TËmpereur, triplé en son unité. L'épithète coriese, assez étrangement appliquée à Dieu, vient ici apposer à celte formule suspecte le cachet gibelin. Personne jusqu'à Dante ni depuis lui ne s*est jamais avisé de dire de Dieu, qu'il était courtoisy c'est-à-dire qu'il avait la politesse, les manières d'agir d'un homme de cour. Si Cacciaguida rend grâce au suprême Empereur, ce n'est ni de sa |)olitcsse, ou si l'on veut, de sa bonlo envers son arrière-petit- fils. C'est de lui avoir inspiré un si ardent gibelinisme, d'avoir incarné en lui la pensée toute céleste de la monarchie universelle ; i)our qui veut y réfléchir, net inio semé se' tanto cortese ne saurait s'entendre autrement.
M*apporier un bonheur que, dant celle clarté D*oà te parle mavoùr, j'at longtempi iouhaité, etc.
iS. Cacciaguida se met ici, à son tour, en contradiction avec Piccarde, en parlant d'un désir, d*nn espoir impliquant privation, digwno, et par suite trouble à la béatitude ; mais passons. Il est plus imputant pour nous de lui voir constater que c'est Béatrice, la foi sectaire de son descendant, qui a suggéré à celui-ci l'excellente idée d'affecter les dehors orthodoxes, de revêtir un plumage d'emprunt, tfêstir le piume^ pour porter aussi haut son vol, et traverser la région du fou, sans crainte d'y périr consumé. Qn^nimmagnovoUime, dans lequel le vieux croisé a vu de si belles choses, c'était probablement le livre rouge de l'Ordre, où se trouvaient inscrits, ne varieiur, les noms des bons et des méchants, des vivants et des morts, des Mancs et des noirs, biancoe bruno, et dans lequel il voyait à Tavancc le nom de Dante Alighieri tracé en lettres d'or.
Tu croie que ton pemer m*apparatt reflété, etc.
iU. Ta foi étant conforme à la mienne, tu crois que pour moi la pensée est une émanation du père inconnu et qu'elle m'arrive par rayonnement, de même que, pour celui qui sait^ che conosce, qui professe nos doctrines , de la monade dérivent successivement la
tétrade, Theptade» l*ogdoide, etc. (Maticr it.) Ainsi 8*eip!iqae, sans le moindre effort, ce bizarre langage de i*aleul k son petit-fils.
Tu ne me dis doncjMU de te faire eotmaitre Qui je suiit ete,
15. Le Palriarclie des croisades manifeste trop bien sa foi, pour que celui qui est au courant des doctrines et de l*idiome sectaires, che canoscej ait à lui adresser la moindre question à cet égard, et il n*y a pas davantage à le questionner sur ce gai savoir qu*il possède au plus haut d^ré, au milieu des autres docteurs en Gaie science, troupe essentiellement gaie, cela va sans dire, turba gaia.
Tu crois vrai, car ici, dans la céleste vie,
Tout, petite comme grande^ ont VibU tttr ce mitoit, ete*
16. Ta foi est la véritable, tu credi 'l vero, et tu le sais, c*est un des privilèges de cette foi, que parmi ceux qui la professent et vivent de la vie nouvelle, di questa vita (nuava)» petits et grands, iminori e i grandi, sont en participation avec la pensée de Dieu, qui est tout amour.
Ce que je dois répondre est déjà décrété.
17. En effet, le poète savait fort bien à l'avance quel langage il mettrait dans la bouche de son bisaïeul au nom de cet amour sacré, sacro amore, quMI avait constamment en vue, con perpétua vista, et qu*ii aspirait ardemment à voir triompher dos doctrines de haine. C'était là son désir le plus cher, dolce desiar^ et il était altéré, assetato, de le voir accomplir entièrement ; en attendant, il y a\ait une vive jouissance à le manifester à la barbe de rennemi, aussi Caccia^ guida lui dit-il : Proclame en toute sûreté, colla voce tua sicura, et avec hardiesse, balda, dans le langage de la Gaie science, lieta, ce que tu veux, »uom la voUmtà, proclame ce que tu désires, tuoni'l desio. C'est du mot à mot, mais que voules-vous 7 quand les doctes font les enfants et s'entêtent aux contre-sens, il faut bien procéder avec eux comme avec les écoliers.
Et son, sourire fut le signe gracieux Qui me fit de parler encor plus désireuœ,
18. Béatrice, la foi sectaire du poète, l'a compris avant qu'il ait
parlé, pria cli Uo parlassi. Elle ne peut que sourire à la pensée de profiler d'une occasion si bien amenée et de donner libre essor aux belles choses que son bien-aimé a hâte d'exprimer par l'organe dont Il a fait habilement choix.
Lorsque s'est une fois révélée à vos yeux L'égalité ftremière^ etc.
19. I. 'égalité première, la prima eyualità. Le terme n*est-il pas des plus heureux pour rappeler le triangle lumineux, le niveau maçonnique, au milieu duquel rayonne le nom de rÉlerncl dans Tétoile flamboyante? Ceux qui ont vu la lumière, que rappelle ce symbole, sont tous pénétrés également de Tamour divin et possèdent également la science, Caffetto c 'l senno. Il doit en être ainsi, puisque tous sont frères, que le soleil d'Orient les réchauffe tous de son ardeur et les éclaire de ses rayons, sol che v'allutno ed arse.
Mais, parmi lesmorielt, vont d'un essor divers,.,. Pouvoir et volonté f etc,
20. Vous savez on nepeut mieux que le despotisme théocratique est l'obstacle qui s'élève formidable entre la volonté de ceux qui subis-» sent le joug de la Mort pontificale, mortali, et le but vers lequel ils aspirent, la cagion a voi è manifesta, aussi peuvent-ils faire peu malgré toute leur bonne volonté.
.... Moi chc'lifet mortel, Cette inégalité, je la sens en moi-même^ etc.
21. Ce joug de la Mort pontiGcale, je suis réduit ii le subir, du moins eji apparence, tb, che son mortal, aussi y a-t-il une extrême disproportion entre ce que je voudrais exprimer et ce que je peux k peine donner à entendre, avec beaucoup d'efforts, dans un langage symbolique, miscnto in questa disuguagliama. Vous me pardonnerez donc de ne pas être aussi explicite que je voudrais l'être, si je pouvais parler librement, colcuore.
....0 topaie éclatante^ Précieux ornement de ce joyau du ciel, etc.
22. On sait que, dans la franc-maçonnerie, Tornement distinctif de chacun des grades, comme le compas d'or couronné, l'équerre, le serpent d'airain, etc. , reçoit le nom de bijou, il est donc tout sim-
pie que Dame appelle gioia preztosa, précieux bijou, celle ci-oix qu'il a pris soin de uous décrire dans la forme de celle des clievalicrs du Temple, et que, par suile, son bisaïeul devienne une des topazes dont se compose ce joyau céleste, vivo topazzio che questa gioia preziosa ingemmi.
C'était ion bisaïeul; il fut Vun de mesfilt,
23. Je suis ton trisaïeul; mon fils, ion bisaïeul, est parmi les orgueilleux du Purgatoire. {Voy, ch. x.) C'est bien le moins (|ue les bonnes œuvres, comme ant;-catholique romain, lui soient comptées à décba)'ge pour son papisme, che la longa fatica gli raccord con C opère lue, par tes Canzoni, et surtout par ta Comédie^
Ce peu de mots suffit pour nous indiquer une profonde divergence d'opinion entre le père et le fils. Si le dernier est, depuis plus de cent ans, condamné à ramper au premier pourtour du Purgatoire, c*est qu'il fut un de ces aveugles, délia vista délia mente infermi, qui se courbèrent sous l'autorité de Rome, sous la loi pesante de dame Pieira; c'est qu'il s'interdit ainsi tout progrès et dut au contraire cheminer en arrière, par ritrosi passi; c'est qu'il se réduisit volontairement à ne plus se montrer un homme, non sembran persone, mais à descendre au rang de misérable ver, se traînant h la suite du gran vei*me che il mondo fora, à jouer le rôle de ces cariatides qu'on voit soutenir immobiles d'écrasants fardeaux. (Voy. Pg. 9, chniit x.) Le fils étant châtié dès lors, pour s'être montré fervent catholique, nous devons en conclure, que le père n'était rien moins que pai)iste, puisqu'il resplendit béatifié dans le Paradis; nous croyons même pou- Toir ajouter que, selon toute apparence, ce fils de Cacciaguida, désertant les traces de ce fidèle serviteur de l'empereur Conrad, aurait été le premier à adopter les opinions guelfes et à engager la famille dans cette voie; de là, la rancune manifestée contre lui, sous une apparence de compassion, par Dante qui n'a pas daigné le reconnaître sur la première rampe du mont d'expiation. L'auteur des Memorie per la viia di Dante, convient qu'il est difficile d'expliquer le motif pour lequel le |)oete a mis son bisaïeul en Purgatoire pour y expier le péché d'orgueil. Il n'a pas songé à V humilité de Béatrice.
Florence, alors pudique et sobre^ en paix vécut»
2U. Florence fut l'asile de la paix et de toutes les vertus, tant Qu'elle fut resserrée dans l'étroite enceinte de ses anciens remparts ;
c'est-à-dire^ tan( que rioflaence de la politique romaine ne chercha pas à y dominer, et n*y eût pas donné naissance aux luttes acharnées des Guelfes et des Gibelins. Elle éuit sobre et pudique comme on Test chez les Parfaits. L'horloge régulatrice de la cité était alors dans le clocher de l'Abbaye de Saint*Benott, dite la Badiaf attienante aux anciennes murailles.
•».. L'heure nuptiale N*avail pat à tonner Uen avant la taison^ etc.
25. Le luxe n'avait pas encore amené la corruption, les femmes ignoraient l'usage des ornements coûteux, et les pères n'étaient pas réduits à grossir démesurément la dot de leurs filles, pour que les maris pussent satisfaire aux exigences de leur coquetterie.
Ne reetait pat déterie alor$ mainti mattofi,
26 . Les exils, les émigrations volontaires n'étaient pas ft l'ordre du jour ; car il n'y avait pas alors deux partis acharnés en présence, s'empressant, une fois vainqueur l'un ou l'autre^ de proscrire, de rançonner, de molester les vaincus, et une foule de maisons ne restaient pas inhabitées, di famxglia vote.
N'avait pas an grand jour montré Sardanapale Ce qu'on ote en la Chambre, ete.
27. Quel est ce Sardanapale qui apparaît ici asKi étrangement, on en conviendra, car Florence ne renfermait alors que des citoyens; or, Sardanapale est le nom d'un roi fastueux et corrompu ; '^1 faut donc le chercher ailleurs; et où le trouver, sinon dans la nouveDe Babylone, sur le th«^fltre de ces fameuses orgies romaines, qui sont encore le scandale de l'histoire^ après a?oir excité l'indignation des plus saints personnages. Il n'est pas besoin d'ajouter que les appartements particuliersdu Pontifes'appelaient la Chambre, Caméra^ d'où le titre de Camerlingue donné d'abord à l'officier qui en avait l'administration, et depuis au Cardinal président de la Chambre apostolique. Au surplus Dante va nous éclairer sur son intention secrète par te rapprochement qui suit immédiatement.
....Àvep Mantemario Ne rivaliaait pas votre Uccellaloio, etc.
28. On le voit, la pensée du poëte se dirigeait si bien vers Rome
Cil Iraçanlcc nom de Sardanapalc, roi de Rabylonc, qn'il nous Iran»* porte aussitôt au Monte iMario, pour nous dire que, de même que les somptueuses villas des Florentins en sont arrivées à l'emporter sur celles des cardinaux, de ces ministres du Sardauapale pontiDcal; de même, quand le jour du triomphe luira pour la cause de TEmpire et delà religion dWmour, Florence sera plus déchue encore que Rome, celle-ci devant du moins conserver encore, après la ruine de la l'apanlc, le |)restigc qui se rattache à )a capitale des Césars. Ainsi Cac* ciaguida, en ne prophétisant que désastres aux deux grandes cités qui avalent encouru l'inimitié du poète, n'est en réalité que Tinterprête fidèle de ses vœux de haine et de vengeance contre toutes deux. Mais le sujet étant scabreux, nous dhVOttimo, le poëte ()arJc eu style dus et figuré, figuratamente e ckiuso pailla.
En ceinlnron de cuir avec sa howle d'os J'ai vu Bellincion Bertit etc.
29. La plus grande simplicité dans les vêtements chez les hommes, et nulle coquetterie chez les femmes. J. Villani. liv. v, désigne Bellincionc Berti dos Ravignani, comme le citoyen de Florence le plus honorable et le plus honoré. Sa fille, la belle Guaidrade, mentionnée au ch. XV [ de V Enfer ^ é|iousa le comte Guido, sous les auspices de Tempereur Olhon IV, qui dota son époux de la seigneurie du Casentino. Les Florentins étaient alors au mieux avec le chef de l'Empire et ne songeaient pas à prciulrc parti contre lui, dansl'lntôrét de la prépondérance du saint-siége. l^ies Nerli, ainsi que les Yecchietti, étaient au nombre des premières familles de Florence, pour la richesse et l'ancienneté.
Dans son 'pays natal sûre de son tombeau, Savs être pour la France en son lit dvlnsséc.
30. Vers la moitié du xir siècle, avant que Florence se fût inféodée à la |H)iiiique papale, les femmes, assidues aux soins du ménage et de la maternité, menaient une vie heureuse et paisible ; elles étaient sûn.s de mourir dans leurs foyers et non pas en exil iur la terre étrangère; si toutefois ciascuna era certa délia scpoltura^ ne fait pas allusion aux refus d'inhumation, ce dont nous ne voudrions pas jurer. (Voy. la note 30, au chant v dû Piirgaioire.)
Elles n'avaient pas à redouter incessamment d'être abandonnées par leurs maris, forcés d'aller guerroyer à droite et à gauche, dans
rintérèt de la l'Vauce, à la réquisition du pontife. Ceux qui traduisent :« pour s*en aller faire en France le commerce ou la banque» onblieot que, de tout temps, les Floreulins ont voyagé à l'étranger pour traûquer; que leurs richesses n'eurent pas d'autre origine, et que leurs négociants ne bornaient pas à la France leurs excursions aa dehors. Ces bonnes ménagères florentines n'avaient garde d'ciUretettir leurs enfants et leurs gens des légendes des Saints ou des intérêts de l'Église; c'étaient d'excellentes républicaines, sachant au mieux leur histoire ancienne et gardant un pieux souvenir de l'empire romain; persuadées que son patronage temporel valait beaucoup mieux pour leur municipe, que celui du chef de l'Église ; aussi parlaient-elles des Troyens, ancêtres des Romains, et des Romains ancêtres des Florentins, dans une pensée et dans des termes équivalents sans doute à ceux que chacun peut lire comme nous dans le traité De Monarchia. Mais vous pourriez aussi comprendre qu'en excellentes Vaudoises elles causaient de ces bons Troyens qui possédaient le pa//a(/ttmi-vérité des Maçons^ ennemis de ces Grecs dont le chef sacrifiait sans pitié l'Iphtgénie albigeoisQe [Voy. cb. v, et Cf. la Canz. de Raimbaud de Vaqueiras intitulée Lo CatTos, où Vieille commune assiège Béatrice dans sa forteresse.) Elles devisaient des Templiers, excellenU) Troyens, attendu que leur règle émanait du Concile de Troyes ; elles s'entretenaient de la Rome impér iale, si glorieuse, et de la Rome pontificale, cause de ruine pour les Florentins bien pensants, ce bon sang romain si différent de celui des brutes descendues de Fiesole. Allez^ c'étaient de maîtresses femmes, qui en auraient remontré en politique à Catherine de Médicis. Un docte théol(^ien vous- attestera même (note 12 du cb. suivant) combien elles montraient de zèle pour la propagation de la foi cathare et pour le uriomphe des Parfaits.
Une Cianghelle, alors, un Lapo Salterel
N^ auraient pas étonné moins qu'une Cornélic, etc.
31. Il est très-rationnel qu'après avoir fait figurer, dans le chant XXI de Y Enfer, sous la figure d'un diable et sous le nom de Scarmiglione, Rosso de la Tosa, l'un des syndics des Noirs, le plus opposé à toute transaction avec les Blancs, Dante saisisse la première occasion de flageller encore, dans quelqu'un des siens, cet ennemi acharné de sou parti. (J. Villani, Dino Compagni.) Il est vrai que celte Cianghella délia Tosa, mariée à IJlo Alidusi d'imola, rei»léc veuve de bonne heure, ne se montra pas inconsolable et mena une
\ie assez peu exemplaire; mais il faut reconnaître aussi que Cacciaguida n'aurait guère songé à la comparer à Corhélie si elle n*eût élé proclie parente de Rosso et de Pino des Tosinghi. Quant h Lapo Sakarello, c'était on jurisconsulte d'un esprit remuant et ergoteur, qni avait exercé les fonctions du priorat, peu de temps avant Dante, et s'était attiré la colère de Boniface VIII, en faisant intenter un procès criminel à des individus compromis dans certaines intrigues où la politique romaine était intéressée. (Faurlel, Dante et oingines de lalangueitaLy 1. 1, p. 161.) Appartenant aussi au parti des Blancs, il fut comme Dante, et par la môme sentence, condamné au bûcher et partagea son exil. Des projets ou des actes en opposition avec la manière de voir du poète, lui attirèrent sans doute son animad version, encore plus que son goût pour les jouissances raffinées. Il fut du nombre de ceux qui prirent part à l'expédition de Figlinc et se réfugia ensuite à Gênes.
Parmt ces citoyem loyaux, proheSt unis
Me fit naître la Vierge, invoquée à grands cris, etc.
32. C'est sous l'invocation de Marie que Cacclaguida vient au monde, ou du moins qu'il est initié à la vie nouvelle, car on voudra bien se rappeler que, dans le vocabulaire du poète, Marie est le nom de l'église sectaire, ce dont on aura plus tard la preuve incontestable, et il est fait cbrétieu sur les fonts de baptême. Mais la question est de savoir si, indépendamment du baptême catholique, il n'en aurait pas reçu un autre, d'après les anciens rites de la secte, comme semblerait l'indiquer cette mention de vostro antico batisteo^ car h quoi bon indiquer que, né vers les premières années du Xii' siècle, il n*a pas reçu l'eau sainte dans un édiûce construit vers 1293? Tontes poétiques que peuvent être ces énonciations du Patriarche des cn)isades, elles nous font douter beaucoup de son orthodoxie. Nous y sommes d'autant mieux fondé, qu'il parait avoir eu, non-seulement pour frères germains, mais encore pour frères en religion,- /raa' et non fratelli^ Moronte et Elisée, ce qui n'est pas pour nous étonner, lorsqu'il ajoute que sa dame, mia donna, lui vint de la vallée du Pô, dival di Pado. On conviendra que l'indication est larçe, car la vallée du lô commence au Mont-Viso, sur la frontière du Piémont, vers la France, et finit à l'Adriatique ; aussi a-t-on désigné successivement Yén>nc, Parme et Ferrare, pour lieu de naissance à la iristtïeule du poète. Celte dernière ville, où vivait encore une famille Aldighicri, Ta emporté, grâce au témoignage de Boccace. Mais ces Aldighicri de Ferrare
d*où TenaicntMis et, avec eux, celle dont il est fait meniioD ici? C*cst ce que Boccace n*élait pas obligé de nous dire, car il avait pour cela de trop bonnes raisons Eh I mon Dieu I rappelez-vous le pèlerinage de Manto, la fille de l'aveugle Rayroond-Tiresias. {Enfer xt.) Ccu en suivant la vallée du Pô et en remontant quelque peu les rives du Mindo, qu'elle trouva un asile au milieu des marais où s'élève Maatoue (*}. Or, Manto, les gens de bonne foi n'en sauraient guère douter maintenant, s*ils veulent rapprocher ce que l'histoire rapporte des origines de Talbigéisme avec ce que Dante et TArioste ont écrit au sujet de celle qui fut une prophélessc pour le premier, une fée [)our le second, Manto estla personnification de la secte albigeoise. Afin de convaincre ceux qui conserveraient des doutes, notamment en ce qui coucernc Tcxislence contemporaine de Cacciaguida et d'hérétiques iuibus de doctrines se ratuchaat à l'albigéisme, réfugiés dans la vallée des Alpes convergeant avec celle du Pô, nous ajouterons au témoignage non suspect de G. Cantù, dans son sacro macellos celui de M. Henri Martin, .t iv, p. 6 de V Histoire de France.
Le docte écrivain s'exprime ainsi : « Pierre de Vaucemai paraît s*élrc trompé en faisant dériver le nom de Yaudois du nom de Pierre, dit Yaldo, fondateur des Pauvres de Lyon. Le nom de Yaudois (Foiidès) parait signifier les gens des Yaux, des Yallées, et Ton ne |)eut guère douter qu'il n'y ait eu dans les Hautes-Alpes, ^j* les confins du Piémont et du Dauphiné (c'est-à-dire vers le Mont-Yiso et les sources du Pô), des groupes dépopulations qui conservaient de temps immémorial des traditions et des mœurs bien diiïéreules de celles qui avaient prévalu dans l'Église romaine. Ce qui est certain, c'est que Yaldo n'a prêché à Lyon que dans la dernière période du xw siècle et que les habitants des Hautes Yallées Alpestres, dès les premières ;muces de ce siècle (celui de Cacciaguida) passaient pour « souillés d'une hérésie invétérée. » Ce sont les termes de la chronique de salut
(*) On trouvera les prcuTet historiques de celte étnigrition des seciafrcs iiroTençiox en Loinbartlic dans le t. i de TZ/û/. des Cathcu'cs, par S.hniidi, noiammcni aux puges 329, 332, 537, 3?i0. On y verra, p. 175, qu'en 1257 le magistrat de Mantoue fit un slaïui pour empêcher les vexotions des inquisiteurs, statut contre lequel protesta le pape Alexandie JV, ce qui n*empC< lin pas que, Tannée suivante, Jean de Casalotte, éréquc de la Brandie de Itegnoio, h laquelle, selon nous, aurait appartenu Dante, rOsidait publiquement à Mautouc. (Uuratori, Ant. It„ V, 121.) On y vcira qu*cn 12(M, Bergane, I un des principaux centres de la luâmc branche, prenait également des mesures légales conii-c IMnquisItion. ( I^mi , p. 122, 139.) Enfin, p. 17S, que la ville de Vérone est souvent mentionnée, dans la t ccondc moitié du xiii* sii^e, comme résidence d'évôques catliai es, surtout comme asile des réfugiés provençaux (Muratori, V, 121, 130) et qu*en 1289, Guill. Petit, éoéque de Viglise fran^aiMC, dent cette ville, y fUt arrêté avec beaucoup d'auues Cathares français. {Àtxh, dcVlnq, de Carc,^ Uoat. xuij. f* 155.)
Tron» écrite de 1108 à 1136 ; et en 1096, le pape Urbain II avait, daiis une bulle« signalé la Vallis Gerontana comme un foyer d'hérésie. Nous avons de la même époque, des poésies religieuses Taudoises écrites non dans le dialecte lyonnais, mais dans le dialecte des Alpes. On peut vraisemblablement faire remonter les Yaudois tout au moins h Claude de Turin, cetévêqucqui, au ix' siècle, avait si éncrgiquement protesté contre Tadoration des images et contre d'autres pratiques romaines, a Enfin Pluquet nous dit, dans son Dictionnaire des hérésies^ qu'après les désastres des Albigeois, les Yaudois « se retirèrent dans la Gaule Cisalpine et entre les Alpes, où ils trouvèrent un asile parmi des peuples qui étalent infectés des hérésies du ix' et du X' siècle. » Daule aurait dès lors signalé avec un art admirable le double courant par lequel les doctrines vaudoises et albigeoises se seraient inûltrées dans la haute Italie, les unes, descendant des hautes vallées du Piémont, les autres, après leur prescription dans les pays de lan* gue d*oc, suivant la chaîne des Alpes et pénétrant à leur tour, par la frontière helvétique, dans la Lombardie, non sans laisser sur leur passage de$ germes que la réforme fit éclore plus tard, et notamment dans la Valteline.
Nous sommes donc fixés désormais sur la valeur de ces mots^ « la vallée du Pô. » Ils signifient que la jeune fille épousée par Cacciaguida .appartenait à une famille vaudoise descendue des Alpes dans la Lombardie ou le Ferrarais, où elle s*était établie. Si le poète n'avait pas entendu attacher une valeur secrète à ces expressions val di Pado^ il aurait dit tout bonnement que sa femme était soit de Ferrare, soit de Vérone, soit de Parme, et il n'aurait pas plus employé une locution qui ne précisait aucun lieu distinct, que nous ne dirions la vallée du Rhône ou celle de la Seine, pour désigner Lyon ou Rouen à quel* qu'un qui s'informerait du lieu de notre naissance. Dans les termes où elle est faite, la réponse du trisaïeul à son arrière-petit-fils ne lui apprend rien de positif, il lui faut tout un commentaire; tandis qu'elle a un sens très-caractérisUque dans sa concision, en admettant le sens caché que nous venons de signaler. Cette femme vaudoise une fois introduite au sein d'une famille florentine, y apporte des doctrines sucées avec le lait; elle convertit à sa foi son mari et ses beauxfrères; les nouveaux convertis adoptent poor désignation patronymique, le nom de celle dont ils ont subi l'influence, comme pour glorifier les résultats de son apostolat; un de ses fil» a répudié la foi maternelle» il est revenu au giron de l'Église romaine, et il est signalé comme ayant à expier, durant des siècles, son aveuglement et l'io-
fimiîté (le son cs|>nt. Si donc, sa filiation malernclle doit ctic un suj«C d'orgueil iwurlc |)o€ic albigeois, il n'a pas moins lieu d'cli-e fier du côté paternel; Cacciaguida va se hâter de l'édifier à cei égard.
Je tu\}^ V empereur Conrad, en haute estime Par qui je Jus tenu, comme va» liant guerrier, eic,
33. Ainsi Dante serait issu d'une mère vaudoise et d'un preux chevalier du Saint-Empire romain, dont il lui a plu de faire un grand Ecossais de Saint-André; voilà ses titres de noblesse bien établis sous le rapport religieux et politique à l'égard des Albigeois et des Gibelins. Cette noblesse remonte du côté paternel à la seconde cix)isade, qui, entreprise en 1147, sous le pontificat d'Eugène III, eut pour cliefs le roi de France Louis VII et l'empereur d'Allemagne Conrad III. Ce monarque avait résisté d'abord aux instances de saint Bernard, mais la réflexion le fit changer d'avis; en elTct, le pontife qui venait d'être promu au saint-siége, Bernardo de Pise, avait été le disciple del'abbéde Clairvaux qui, conservant sur lui la plus grande irrfluence, s'était rendu en Allemagne, investi en son nom de l'autorité apostolique. Conrad jugea donc que ce qu'il avait de mieux à faire était de prendre la croix ; mais il lui fallait une armée, et l'enthousiasme seul, plus facile à exciter chez les masses que chez les individus, pouvait la lui fournir. Il lui fallait en outre le concours des hauts vassaux de l'Empire, qu'il n'eût pas été prudent de laisser derrière lui; c'est à quoi pourvut l'éloquence de saint Bernard. Une nombreuse assemblée fut convoquée à Spire, et au milieu du sermon prononcé par l'abbé de Clairvaux, l'Empereur, se levant brusquement, prononça son \œa à haute voix devant l'autel ; son exemple électrisa les seigneurs présents et la plupart s'unirent à lui pour demander la croix ; entre autres Frédéric de Souabe, son ne?eu, qui depuis, empereur sous le nom fameux de Barberousse, se distingua surtout par son hostilité contre le saint-siége. ( Voy, la vie de saint Bernard, ses épîtres et celles de Pierre-le-Vénérable, Olhon de Fressingue.) Marié à une fille des Vaudois, Cacciaguida eut probablement |)our se croiser des motifs analogues à ceux qui influèrent sur la détermination de Conrad cl de Frétléric de Souabe ; pour faire acte de chrétien zélé et dissiper les soupçons qui avaient pu s'élever contre son orthodoxie^ il prit la croix, et suivit l'Empereur en Syrie, où, après avoir reçu l'accolade en récompense de sa vaillance et de ses bons services, il tomba martyr sous les coups des Sarrasins. Son âme fut alors aiïranchie des
liens dont Tavait garrottée le piincc du monde, pnnceps mundi, celui qui va prêchant l'amour mauvais et trompeur, source de tous les méfaits châtiés dans FEnfer et dans le Purgatoire, amoi' che moite anime deturpa, et sa fin glorieuse lui valut la paix éternelle. Mais dn sein de cette paix il attaque la Papauté» afin de constater que, s'il prit la croix, ce fut comme chrétien, titre réclamé par toutes les sçclos opposées à TÉglise romaine, et non comme catholique zélé.
Si noas ne craignions de nous faire lapider, nous dirions que Cacciagnida ne dit pas du tout qu'il ait pris la croix, ni qu'il soit allé en terre sainte, ni surtout qu'il y soit mort, et nous traduirions ainsi celte fin du chant ; Je suivis la foi et la politique de l'empereur Conrad, qui m'enrôla dans sa milice dissidente, mi cime délia sua mili" zia, tant lui plurent mes œuvres religieuses et politiques, tatuo per bene oprar gli venni a grado. Je l'aidai dans sa lutte contre celte loi cadiolique et cette race guelfe, il eut popolo, qui, par le crime des Papes, per colpa de' pastor (les Cod.Yat. Ang. et Gaet. portent de' et non pas del), usurpe les droits de la haute justice impériale» puissance temporelle que vous revendiquez pour César, usurpa vostra giustizia. Dans cette lutte, en Italie ou ailleurs, car guivi, adverbe de lieu, n'indique pas où, à moins qu'il ne signifie, ici, dans le Paradis, autrement dit dans le Temple : Je fus dégagé, disviluppato, des liens de ce monde asservi au joug du Pape, de Satan, principis mundi, monde essentiellement trompeur, mondo fallace, dont tes (^artisans subissent l'influence corruptrice, il eut amoi* moW anime deiurpa. Je fus immolé, comme Vaudois ou Pauvre de Lyon, car on ne connaissait pas alors le nom d'Albigeois, par cette race infâme de Gentils, da guella genteturpa (l'Évangile appelle les païens génies)^ et, martyr de ma foi, je quittai la lerre pour la paix éternelle.
Mais on n'admettra pas cette version, qui a le tort d'être trop fidèle, et puis tous les commentateui*s, dont la critique est si sûre, n'ont-ils pas répété, l'un après l'autre, l'iiistoire de la croisade de Cacciaguida? Va donc pour une croisade quelconque contre des païens tels quels.
974 LR PARADIS.
CIANT IVl.
Que mince eti ia valeur, â nohlene du twig, etc.
1. Les idées de Dante sur la noblesse se trouTcnt iongueoienl développées dans le livre iv du Convtto, dont nous avons donné l'analyse pp. 331 et suiv. des Révélations. Pour lui, la noblesse est l'apanage exclusif de Tinitié sectaire, de celui qui, à Topposé des hiites asservies à l'aulorilé pontifîcale, sait faire usage de sa raison, tour élevée du haut de laquelle Tadepte jette un regard de mépris sur les erreurs où Thumanité est journellement entraînée, dirùta terre délia ragione ovvero nobîltà. Quelle que soit l'obscurité du langage dont le poêle a pris soin de voiler sa pensée dans ce commentaire de la Canz., Le dolci rinie (tamar, on parvient à l'en dégager sans trop d'effort. Elle était fort bien comprise de VOttimo, car on peut voir, dans son Prœmio du ch. xvi, qu'il y reproduit textuellement les expressions du poète, dans lé IV" livre du Convùo, en disant notamment que, loin d'être noble, celui-là qui ne fait pas usage de sa rai* son est descendu au rang de la brute, anzî è bestia.
Tumêft$%ai îmiant noUre Vcrgueil au cmur.
2. Si Dante est fier de sa noblesse, c'est qu'elle ne lui vient exclusivement ni des richesses, ni d'une longue suite d'aïeux, puisqu'il oc peut pas faire remonter les siens au delà de deux siècles, mais qu'elle dérive pour lui de cette vertu {ragione Béatrice)^ qui rend l'homme heureux dans son opération, virtude imendo che fa P uom felke in sua operazione. C'est que ceux de ses ancêtres qu'il cite avec complaisance, faisant preuve de cette vertu qui sait, avec courage et liberté, choisir entre la vérité et Terrear, ont préféré le christianisme (les vallées alpestres k celui de la vallée du Tibroi et le service de l'iimpercur à celui du Pape.
Mais tu n*es qu*un manteau dont Vétoffe 8*aUèie, etc.
3. Cette noblessc-Ià, non moins que l'antre, a besoin de se retremper de génération en génération, non pas seulement par l'initiation , mais encore par des actes accomplis sons l'inspiration de ia raison, dans l'intérêt de la cause de la liberté et du progrés; seul
moyen d'assurer le triomphe de cette religion de Tamonr qui langait sor la terre, dave Paffetto nostro langue; snr la terre dont elle doit un jour faire un ciel où il n*y aura que de pures et sublimes aspiralions, dove appetito non si torce.
Par U mot vous, que Rome aecêpUi la première, eie,
ft. Les Papes ayant adopté les formules impériales, ils employèrent au pluriel nous et notre, au lieu de je et mon, d*où résulta qu'on s'ndrcssant à eux on leur dit vous et votre au lieu de tu et ton. Mais par suite de Topposition constante contre laquelle les pontires curent à lutter dans Rome, et qui finit par obliger Clément V de transporter le saint-siégc dans Avignon, les Romains s'étaient hâtés de répudier cette formule servile et, quoi qu'en dise Belti, c'est ce qu'exprime assez clairement cette /amt^/iacAem^npe7*5^t>ra à se servir du vous, longtemps employé à contre cœur. Le doute, à cet égard, n'est pas permis lorsqu'on lit dans Landino, qui écrivait en 1500 : Qtiasi tutie le nazioni dicono voiauno, fuor che iRomam, cke dicono tu a ogni uamo. C'est ce que fait encore aujourd'hui le bas peuple napolitain, comme le remarque Lombardl et comme m'en a fourni la preuve une bi-ave femme d'Ischia, que j'avais prise à mon service; dans l'espace de près de deux ans, elle ne cessa de m'appeler Eccellenza ou signona, tout en me tutoyant.
ton dxi premier fauot pat où s'engagea Genevre,
5. Les idées républicaines, dominantes alors en Italie, et sortent les nsagcs rituels de l'affiliation dont le poélc faisait partie, repoussaient une locution devenue banale aujourd'hui, mais qui paraissait alors à beaucoup ridicule et servile h la fois. Il n'y a donc pas h s'étonner que Béatrice l'accueille par un sourire d'ironie ; mais il peut paraître étrange que ce sourire iraprobaleur d'une sainte rappelle précisément à Dante, et cola en plein paradis, le souvenir d'une scène d'amour adultère et celui de la complaisante dame d'honneur qui favorisait les rendez-vous de la reine Genèvre avec le beau chevalier Lancelot. Néanmoins Dante, qui avait probablement puisé dans les romans tout sectaires du cycle du Saint-Graal, l'idée de déguiser sous des apparences catholiques son hostilité contre l'Église romaine; Dante, dont \cParadis admettait des vierges commeCnnizza et Rahab, pouvait bien se complaire, au milieu des élus du ciel, à se rappeler ce roman où
Ton voit un coulomb (pigeon) introduire pris de Lancelot la fille do roi de Perles, qui porte en main le Saint-Graal, afin qu*eHe ait k concevoir du preux chevalier le vierge Galaor. « Ainsi fut recouvré fleur pour fleur; car se, en sa naissance (de Galaor), fut fleur de pucellaige perdue et mal mise» depuis fut de par luy fleur de cheraicric restaurée par leur commun assemblement, et se verginité fol cinpirée, bien en fut le méfait amendé par sa verginité, etc. » (Édition de Philippe le Noir.) Tout cela n'est-il pas bien édifiant et de nature à préoccuper le grave adorateur de Béatrice au milieu des splendeurs du ciel? Au surplus, on a pu voir que la foi Béatrice n*était que bien peu à Técart, un poco scevra, pendant que Gacdaguida parlait de Tantique Florence, de Tapostasie de son fils et de son propre martyre comme Yaudois, martyre qui aurait bien pu ne pas être sans influence sur la conversion de son fils à la foi romaine.
VoM9 êtes, dit'je donc, mon fhre reipecUt êie*
6. Voisiete mio padre; c'est-à-dire, vous n*êtes pas seulement mon trisaïeul, dans Tordre naturel, mais vous êtes encore mon père dans l'ordre spirituel, c'est de vous que j'ai hérité ma foi religieuse et politique. Si vous n'admettez^pas cette interprétation, les premiers mots adressés par Dante au patriarche sectaire ne sont plus qu'une niaiserie.
Sans craindre que la joie en ton excèt la hrise.
7. On s'explique de pareils transports au moment où le poète vient d'entendre Cacciaguida se révéler à lui comme un adversaire de la Pa|)auté, un fidèle serviteur de l'Bmpire, surtout comme l'époux d'une femme vaudoise, et un martyr de sa foi. Autrement quel motif raisonnable attribuer à tant d'exultation 7 Serait-ce uniquement parce que Cacciaguida aurait fait partie de la seconde croisade, parce qu'il aurait pris une femme de Ferrare, parce que son fils serait au 2* étage du Purgatoire, ou parce qu'il réprouve la corruption des morars dans Florence 7 Est-ce là ce qui élève Dante au-dessus de loi-même, voi mi levate si M io son piU ch* io? Il est impossible de le croire. Qu'on ne s'y trompe pas d'ailleurs, ce n'est pas son âme qui est inondée de joie, c'est son esprit, sàmente, son intelligence^ où règne la Gaie science, l'arte (Camore, au point de s'identifier avec elle, la mente mia che dise fa leiizia, ou si vous l'aimez mieux, qui s'épanche elleinême en compositions destinées à propager le gai savoir -et la loi
d*amour, ce qui Tempêche de se briser, perché ptid sostener che non si spezza, tout en s'aliinentaiit aux mille ruisseaux d*cau vive, tanti rivi, que lui verse cette science bien aimée.
Diies-moii cher ancêtre, elc,
8. Cai*a primizia, chère prémice ; Tcxpression est à noter pour ceux qui l'entendront, comme nous, dans ce sens que Cacciaguida a éiù le précurseur de Dante dans la voie où il s'est engagé, et que ses actes politiques et religieux furent, pour Florence, les prémices de ce qu'elle devait attendre de lui-même.
Des nôtres yarlez-moit du bercail de sainl Jean, elc»
9. Quels furent vos ancêtres, en quelle année êles-vous né, quels étaient alors les principaux citoyens de Florence, et à quel cbiflrc s'élevait sa population ; tel est le sens apparent de ces questions. Nous allons voir Cacciaguida s'arranger pour y répondre eu Vaudois et en Gibelin.
Comme la brise avive en un foyer laflamme, elc.
10. L'âme du patriarche monarchique et vaudois ne |K)uvait qu'être extrêmement flattée du bonheur manifesté à sa vue par un arrière petit-fils qui, partageant sa foi politique et religieuse, le comprenait si bien à demi-mot, et lui adressait des questions en harmonie avec sa croyance. De là, ce rayonnement qui le fait comparer à un charbon enflammé.
Jfdais en répudianl ce moderne langage.
11. Cacciaguida a commencé par parler latin, et cette fois il n'employé pas ridiomç moderne, d'où l'on a conclu qu'il avait dû continuer à s'exprimer en latin ; mais si l'on ne peut douter désormais, que les sectaires avaient leur langage symbolique, langage mystérieux dérobé avec soin aux profanes, langage de convention que des imprudences ou des indiscrétions les contraignaient de modifier de temps à autre, on comprendra que Dante veut dire, que la réponse de son trisaïeul fut faite dans le langage secret usité à son époque parmi ceux qui s'étalent séparés de l'Église romaine. Pour mériter une mention, ce détail devait avoir son importance, car il va ^ans dire, que cent -ans d'intervalle apportent de grands changements dans
toutes les langues possibles, ainsi que Dante a eu soin de le consigner dans son traité ^ Vulg. EL (Yoy. p. 391 de nos RévéL)
Cinq cent cinquante fois, plus trois, à la demeure Du céleste Lion, etc,
12. Ce qui équivaut à dire, je suis né vers la fiu du xi' siècle, 90 ou 91. La planète de Mars accomplissant sa révolution en 686 jours 22 heures ^9 minutes, un peu moins de deux ans, nous adoptons ici trente, au lieu de trois, dans le texte, conformément à Topinlon et aux calculs du P. Lombardi. Mais existait-il, demanderat-on, des Cathares ou Vaudois dans Florence à cette qwque? Voici ce que répond à cette question le docte professeur C. Schmidt : « Dhs 1150, on trouve dos Cathares à Florence; un de leurs principaux ministres s'appelle Dioiisalvi {Vita Parcntii, Act. SS. mai v, 86) ; Pierre, le premier évoque de la branche de Concorezzo en Italie, est de Florence (Vignier, 268) ; les femmes mêmes de cette ville sont animées de zèle pour la propagation de la secte {Acta SS. mai, 1. c). En 1173, ils sont si puissants à Florence, qu'ils occasionnent une révolution dans le gouvernement de la ville. [Ckr. vis, Ital. chez Lami, ii, 691.) C'est auprès d'eux que se réfugièrent à plusieurs reprises des Cathares proscrits ou fugitifs. (Lami, i!i96.) Leur hérésie fut préchée à Orvieto en 1150 par deux femmes, Milita de Monte- Meato, et Julitta de Florence, qui par leur vie pieuse et charitable se concilièrent l'estime du clergé et la sympathie du peuple. » (Acta, SS. mai, 1. c. Ist. di Chitisi, suppl. de Muraiori, Rer. ItaL Scr, 903.) (Histoire des Cathares ou Albig. i, p. 62.) Ainsi non-seulement les hérétiques étaient nombreux dans Florence, au temps où Cacciaguida était dans la force de l'âge; mais encore les femmes, ces excellentes ménagères aux mœurs puritaines, qui portaient tant d'intérêt à Rome et à Fiesole, se recommandaient surtout par un grand zèle pour la foi évangélique. Et ce ^mi \^^ Actes des saints qui en fournissent la preuve.
Mes ancêtres sont nés, je naquis où s'arréle Au dernier des sestiers^ dans l'annuelle fête, etc.
13. Je suis né dans l'ancienne enceinte de Florence, divisée alors en six sections, dites sestiers, près de la porte Saint-Pierre, entre la place du Grand-Duc et la cathédrale actuelle. Les courses du Pallio se faisaient chaque année le jour de Saiut-Jean-Baptiste, et
les vainqueurs s'arrêtaient au pied des remparts de ce côté, leur point de départ étant à Touest, en sens contraire du cours de TArno.
En parler convient moins^ crois-moi, que de s'en taire.
iU. Pareille rélicence est au moins singulière de la part de celui qui n*a pas dédaigné de nous dire que sa femme était originaire de la vallée du Pô; d'autant plus que Brunetto Lalini nous a informés que son disciple descendait des vieux Romains venus en Toscane après la destruction de Fiesolc, quei Roman clie vi rimaser quando fu fatto 'l nido di malizia tanta, Riais ces Romains-là ayant fait sans doute un détour par la vallée du Pô, où ils auraient embrassé la religion d'Amour, Cacciaguida ne juge pas prudent de dire qu'ils furent Vaudois, chi ei si furoj ni de quel endroit suspect ils vinrent se fixer à Florence, ed onde venner qiiivi ; à son avis, il vaut mieux s'en taire que d'en parler, piii c il lacer, die 7 ragionare, onesto.
Dti vieux débris de Mars aux murs du haplislère, etc.
15. L'enceinte de Florence s'étendait alors seulement du vieux pont, où l'on voyait un débris de l'idole de Mars, au baptistère de saint Jean, et elle ne contenait qu'un cinquième de la population qui l'habitait en 1300 ; mais nous avons aussi cet autre sens : Ceux qui pouvaient prendre part à la lutte entre la vieille idole romaine, pietra scema, et le patron du Temple, ne dépassaient pas le cinquième des vivants, des Albigeois actuels, xi quinio di queiche son vivi (*).
(*) Il faut que le nombre des Cathares ou Vaudois se fût bien accru en moins d*un siècle dans Florence, puisqu*en 1226 nous y voyons un évoque évangéliquc du nom de Philippe Paternon, célèbre parmi ses corelÎKionnaires, et dont la Juridiction s'étendait de Piseà Arczzo. Les Cathares de Prato, de Val d'Arno et de Val d'Eisa relevaient de lui. ■ 11 avait une école Oorissante à Poggibonsi. Les principaux ministres et prédicants sous ses ordres étaient : Marchisiano, Farnèse, Torsello, Brunetto, Jacques de Montefiascone. Des seigneurs puissants, dit C. Schmidt, le protéfceaient et suivaient avec leurs familles SCS services religieux, qu'il célébrait tantôt dans Florence même, tantôt dans le château des Barone, à San Gaggio, ou dans une villa sur le Mugnone; parmi les croyants il y avait d'anciens prêtres, des savants, des artisans, des hboureurs, des femmes du peuple et de la noblesse. Enfin l*é\équc catholique de Florence, Jean de Vclletri, se décida à le faire arrêter avec le concours du magistrat. Paternon abjura, mais ne tarda pas à reprendre ses fonctions hérétiques et à présider les réunions secrètes de ses partisans. En 1227, Grégoire IX chargea plusieurs ecclésiastiques de le poursuivre ainsi que ses auditeurs, et de les condamner. Mais il se déroba à la persécution par la fuite, laissant l'autorité épiscopale à Torsello, qui l'exerça pendant plusieurs années, malgré les efforts de VEglise pou7^ dissiper la communauté cathare de Florence. Torsello eut pour successeur Brunetto, à celui-ci succéda Jacques de Montefiascone. » (Lami, ii, 493 et suiv.) JJist. des Cathares ou Albigeois, i, p. 157.
En 12ai!i, nouvelle persécution dans Florence contre les Cathares, oh le frère Ruggieri Calcagni déploie, par les ordres d'Innocent IV, la plus grande ligueor. Un grand nombre de croyants et de Parfaits, arrêtés par ses soitis, sont Jugés par l'évCque et par lui. Des
Mais si i*églisc vaudoisc éuit alors peu nombreuse, eiie se composait de la plus pure bourgeoisie, la ciitadxnanza pura vedeasi tielC nitxmo artista.
La bourgeoisie alors n allait pas se croisant, etc.
16. Florence, aujourd'hui déchue de ses antiques vertus, en esl redevable à la facilité avec laquelle on Ta vue admettre dans son sein, en leur accordant droit de bourgeoisie, les habitants des campagnes environnantes, manants grossiers aux instincts mercantiles, prêts à tout faire et à tout croire pour satisfaire leur cupidité; elle le doit au mélange du pur sang florentin avec celui des parvenus des bourgades voisines. {Voy. la douzième dos lettres de Guitton , d'Arozzo, que Fauriel appelle « de vrais sermons, inspirés par le christianisme et l'amour de la paix, » Daiite et les orig.^i, i, p. 350.) Il ne croyait pas dire si vrai , ne se doutant pas que ce fût Tœuvre d'un Parfait.
Ohl qti'il vous vaudrait mieux avoir donc pour voisine Pareille engeance, etc.
17. Mieux vaudrait pour les Florentins ne rien posséder au delà
hommes d'armes, envoyés par les seigncui s de Barone, délivrent les prisonniers, qui trouvent un asile dans le château-Fort de Guido de Cacciaconli, seigneur du Val d*Arno, oh ils continuent leurs exercices religieux. Sommé de les livrer, Guido s'y refuse et Ruggicii faiblit. I^ Pape envoie alors à Florence Pierre de Vérone avec le titre d'inquisiteur. 1^ procédures reprennent leur cours, plusieurs CatUares sont pris par la nouvelle milice dite des capitaines de la Vierge, et livrés au bûcher, entre autres te docteur Gherardo. Enfin une lutte sVngage entre les Cathares, ayant pour chefs les seigneurs de Barone, et les capitaines de la Vierge, que précède Pierre do Vérone portant l'étendard de la croix. Les hérétiques en minorité sont vaincus et forcrs de quitter Florence, oli ils ne parurent plus ouvertement; •ccpendutU Us s* y maintinrent eu secret jitsqu^au commencement (tu XIV* siècle^ malgré les condamnations prononcées de temps à autre contre la mémoire des Cathares morts ou contre leurs descendants. ■ (Lami, ii, 552 et suiv.) Schnûdt, llist. des Cath., i, 181.
Nous avons dit, note 6 de VFnfer, qu'il y avait parmi les Guelfes maints partisans de l'hérésie, comme Guidoguerra, Aldobrandi et Ilesticucci; c'est ce que vient confirmer ce passage du même auteur : « Un fait qui parait étrange, c'est que des villes guelfes, comme Milan, par exemple, furent au nombre des principaux centres des Cathares. Cela prouve que ce n'est pas par sympathie pour le catholicisme que ces villes s'opposaient aux prétentions des Empereurs et faisaient des alliances avec les Papes. Elles résistaient aux uns pour défendre leur indépendance républicaine, et s'alliaient avec les autres pour avoir leur appui politique. ■ {Ibid.t i, p. 59, 60.)
Ceux qui voudront connaître à quel degré de puissance étaient parvenus les Cathares ou Patérins vers la moitié du xiii* siècle, en France, en Allemagne, en Italie, à Florence, Vérone, Ferrare, Bimini, dans le royaume de Naples et jusqtie dans Home même , n'ont qu'à se reporter aux pages 54, 100, 104, 140 et 157 du même auteur. Ils verront aussi, p. 165, qu'en 1240, les hérétiques avaient pour croyants prt^s du tiers des habitants de Florence, et les familles les plus illustres doiu iU y liront les noms.
de leur banlieue, que d'avoir accru leur territoire au prix de pareilles adoptions.
;.. La puanteur du manant fïAguglionf De celui de Signa dont la main est agile, etc.
18. Messire Baido, jurisconsulte retors, originaire d*Aguglion, dans le val de Pise, ennemi personnel du poète ; comme transfuge du parti des Blancs, il était devenu l'un des plus exaltés parmi les Guelfes noirs. Aussi, un ancien commentateur le qualifie-l-il de gran cane. Promu au Priorat en 1311, il eut soin d'omettre le nom de Dante sur la liste des exilés autorisés à rentrer dans leurs foyers. Boniface ou Fazio de Signa, aussi légiste, appartenant de même au parti des Noirs, et à ce titre, signalé ici comme passé maître en fait de concussions.
N.'eiît'on vu celle plus au monde qui forligne Marâtre pour César ^ ete,
19. Si les chefs de l'église dégénérée, la gente cite piU al motulo traligna^ n'avaient usur[)é le pouvoir temporel appartenant, de droit divin aux Empereurs, un gouvernement juste et fort aurait pourvu à la bonne administration des cités, réprimé les prévaricateurs etemi)êché les guerres civiles, que Rome s'est complue Ik fomenter. {Voy. i'Ottimo et de Monarchia.) Florence n'aurait pas été réduite alors à appeler du dehors de nouveaux citoyens pour accroître sa population et ses richesses, afin d'être en mesure de lutter contre ses rivales.
Tel fait banque et négoce, aujourd'hui Florentin, Qui ferait retourné croupir à Semifontes^ etc,
20. Le château de Sémifontc s'élevait dans le val d'Eisa, il fut détruit par les Florentins. C'est de là qu'étaient venus les Pilti, dont le palais est aujourd'hui la résidence du grand-duc de Toscane.
A Montemvrle encor résideraient ses comtes, etc,
21. Si l'Empereur et les Gibelins avalent dominé en Toscane et non l'influence romaine, les comtes Guidi n'auraient pas éiéobligés de vendre aux Florentins leur château de iMonleraurlo, pour n'avoir pas à le défendre contre ceux de Pisloie.
La paroisse'd^Acon eût gardé les Cerchi, eic,
22. Messire Yieri des Cerchi et les siens n'auraient pas quitté le territoire de la paroisse d'Acon, et les Blancs n'auraient pas eu la funeste idée de choisir pour chef de leur parti, ce bourgeois enrichi, aux idées étroites, que Dante appelait Tâne de la Porte, Vasino délia porta, par allusion à la porte Saint-Pierre, près de laquelle il demeurait. (Voy. Fûrt rft Z). parBalbo.)
Les Buondclmont seraient au Val de Grève aussi,
23. Les Buondelmonli, dont la querelle avec les Araidei engendra dans Florence Tan tagonisme des Guelfes et des Gibelins, seraient restés dans le val de Grève.
Des races, en tout temps, le mélange funeste, etc,
24. Le mélange de races d'instincts et de caractères opposés n'est pas moins funeste aux cités, qu'à l'estomac le mélange d'aliments qui ne^ peuvent s'amalgamer ensemble.
L^aveugle taureau bronche et tombe plus soudain Que Vaveugle mouton, etc,
25. D'où 11 faut conclure que les Florentins n'auront guère à s'applaudir d'avoir gagné en force et en nombre, aveugles qu'ils sont et tiraillés en sens contraire par les factions qui les divisent.
• Cherche où brilla Luni, regarde Urbisaglia, etc»
26. Quand Luni, Chiusi, Sinigaglia, cités jadis florissantes, sont déchues de leur antique splendeur, comment Florence, qui suit les mêmes errements, échapperait-elle à leur sort ? Leurs principales familles, schiatte, ont péri ou se sont dispersées dans l'exil ; que celles qui dominent maintenant dans ses murs s'attendent à fmir de même, si elles persistent dans leur politique guelfe et dans la foi romaine.
Comme vous, cliaque chose a sa mort sur la terre, etc.
27. Chaque chose ici-bas a sa mort, comme vous avez la vôtre dans la Papauté, le vostre cose tutte hanno lor niorte, si corne voi ; elle est à l'état latent pour Florence, dans cette Papauté qui dure
beaucoup trop comme îusUtuUon, celasi in alcuna che dura motto, d'autant plus, que les Tîes sont courtes, le vite son cot*ie.
.... Ainsi fait la Fortuné Pour Florence, donl vont alternant les destins.
28. L*influcnce de la Papauté sur Florence y produit les mêmes effets que celle de la lune sur les marées ; aussi dans tout le poème la Papauté est-elle désignée, tantôt sous le nom de Fortune, tantôt sous celui de lune, d'Hécate, de reine de FEnfer, eta (Voy. Enfer et passijH.) Sa domination y a diverses phases de croissance et de décroissance ; elle ne cesse d*y agilcr les esprits aussi mobiles que les flots, et clic élève ou abat tour à tour les uns et les autres selon son caprice ou son intérêt ; fait exiler ou rappeler à son gré dans leurs foyers des milliers de citoyens, de même que la pression lunaire fait couvrir et découvrir alternativement par les flots les rivages de la mer. On peut juger maintenant si nous étions fondé à dire et répéter que pour Dante la Fortune signifiait la Papauté.
Ne saurait étonner dès lors, même des rustres, Ce que je te dirai de ces grands Florentins, etc.
29. En preuve de ce qu'il vient d'avancer au sujet de la funeste influence de la Papauté, cette Fortune toute-puissante bien qu'aveugle, Cacciaguida va passer en revue les principales familles gibelines dont elle a causé la ruine.
J'ai im, sur la chaussée, en ce temps même illustres, etc. 30. Il faut certainement lire avec Yiviani, tiel Callare, au lieu de net calare, la plupart des familles mentionnées ici étant désignées par la position de leur demeure; or, le Catlare ou la Callaia signifie la chaussée qui donnait entrée dans la ville. En effet, Cacciaguida entend opposer la splendeur de ces anciennes familles gibelines, splendeur dont il a été témoin, à l'état d'abaissement où les a réduits la prépotence guelfe. Il ne saurait donc dire qu'il les a vues sur leur déclin, nel calare.
Ughi, Catellini, Philippe, Alherichi, etc.
31. Les Ughi avaient donné leur nom à l'église de Sainte-Marie- Ughi et à une colline voisine de Florence; aussi leurs descendants
s*appelèreDt-its Moiitughi. — Les Ormanni, nommés depuis Forabofichi, faisaient remonter leur noblesse à Charlemagne. Malesptna ]es appelle genlilissimiuominiveimtida Roma, — LesGreci, dont le nom fut donné au faubourg qu'ils habitaient, se réfugièrent à Bologne. — LesCatellini, originaires de Fiesole, et les Filippi, qui habitaient près la Porte-Saintc-Maric, étaient éteints, au temps de T A non) me, ainsi que les Alberichi, dont le nom était resté attaché à Téglise Sainte- Marie Alberichi,
Les de l'Arche^ Aldinghi, Soldanieri, Bo$tique,eic.
32. Les familles de la Sannella et de TArca étaient fort anciennes au dire de Malespina; cette dernière descendait de Tano de TArca et prétendait remonter au règne de Charlemagne; elles habitaient près le Marché-neuf et la Porte-rouge, mais se trouvaient bien déchues au xiir siècle. — Les Rostichi et les Ardinghi avaient habité d*abord le quartier de la Porle-Saintc-Marie, puis celui de la Porte-Sainl- Pierre, près Saint-Michel au Verger. — Les maisons des Soldanieri s^élevaient dans le quar ier Saint-Pancrace, non loin de réglisc de la Trinité. Ces diverses familles ou n'existaient plus aiDrs, ou avaient perdu leur importance au milieu des troubles civils. Un Soldanieri est flétri comme traître au ch. xxxii de V Enfer.
l-ogeaient les Ravignan, dont le comte Guido^ etc.
33. Allusion à messire Vieri des Cierclii, Tancien chef du parti des Blancs, eiilé comme Dante, dont Tinimitié contre lui s'était encore accrue dans leur commune disgrâce, par suite de divergences d'opinion de plus en plus prononcées. Il avait acheté des comtes Guidi la maison autrefois habitée, près la Porte-Saint-Pierre, par les Ravignani, très-ancienne famille à laquelle appartenait Bellincion Bcrti, père de la belle Gualdrade, mariée, par Othon IV, au comte Guido dit le Vieux, Une branche des comtes Guidi avait ajouté à son nom celui de Berti.
Savait un la Pressa comme il faut gouverner, etc.
3^. La famille do la Pressa, établie d'abord dans le quartier de la cathédrale, alla ensuite habiter le seslier de Saint-Pierre Scheraggio. Ses membres s'étaient distingués comme administrateurs dans les diverses charges municipales. — Les Galigaî, dont il est fait mention au temps de Charles- le- Gros et de Conrad II, avaient leurs maisons
dans le quartier de la Porte- Saint-Pierre, près le verger Saint-Michel, et l'on y voyait briller Tépéc à la garde dorée, insigne de la noblesse. Comme les familles précédentes, ils appartenaient au parti gibelin, ce qui causa leur ruine. Éléonore Galiga!, maréchale d'Ancre, condamnée à mort comme sorcière, en 1617, par le parlement de Paris, (Hait une de leurs descendantes.
La colonne de vair, déjà grande, honorée, etc.
35. Les Pigli ou les Billi, selon d*autrcs, portaient sur leur écusson une bande de vair, nom héraldique du petit gris, en champ de gueules.
Les Gain, les Qiuochi, Barucci, Sifanti, Et ceux que fait rougir la mesure altérée,
36. Les Sacchetti, les Galli, les Sifanti, dans le quartier de la Porte-Sainte- Marie; lesGalfucci, près la Porte-Saint-Pierre ; ceux-d étaient parents des Donati, quoique appartenant au parti contraire. Les Sizi et les Arrigucci, dans le voisinage du Yicux-Marcbé, s'étaient distingués parmi les Gibelins qui prirent part au combat de Montaperti, où Farinaia triompha des Guelfes. — Quant à l'altération de la mesure étalon par la suppression d'une douve, contrairement à l'opinion de Landino, qui désigne les Ghiarmontesi, je croirais plutôt avec le P. Daniel que le trait est décoché contre les Tosinghi, ennemis personnels du poète, comme nous l'avons vu précédemment
Les Sixi s'asseyaient sur la chaise curule.
37. Les membres de ces trois familles, repoussés aujourd'hui des emplois publics comme Gibelins et hérétiques, ûguraient alors dans les conseils de la république.
Florence aux houles d'or devait gloire et siiccès.
38. Les Abati et les Lamberli, qui portaient dans leurs armes des boules d'or; blason symbolique du change ou de la banque qui les avait enrichis, adopté plus tard par les Médicis et les Foraboschi. Les deux familles mentionnées ici avaient probablement fini par se laisser aveugler par la caligine del mondo, puisqu'elles sont signalées pour le même péché qui a fait reléguer le fils de Cacciaguida au premier giron du Purgatoire, comme dùfatti per lor superbia.
Lorsque de votre Église est le siège vacant.
39. Les VisdoiniQi, les Tosingbî, les Aliotii, familles dont la souche était commune et dont les membres, en qualité de patrons et fondateurs de Tévêché de Florence, en prenaient Tadministration quand le siège venait à vaquer, couchant et mangeant dans le palais épiscopal jasqu*à Télection nouvelle.
La famille, en tout temps pleine d'outrecuidance^ etc.
UO. Les Gavicciull et les Adimari, deux branches de la môme famille et appartenant également au parti des Noirs. Boccacio Adimari avait pris possession des biens de Dante et, pour n'avoir pas à les lui restituer, il s'opposa constamment à son retour dans ses foyers. Aussi Cacciaguida garde-t-il rancune à toute sa race issue de petites gens, picciola gente^ et la signale-t-il à la fois pour sa lâcheté et sa vénalité. Les orgueilleux sont les ennemis des humbles, des Pauvres de Lyon.
D' libertin Donato, hrsiju'il vit son heau-pere A lui les allier^ d'où provint 2a colère.
ti\. Ubertin Donato ayant épousé une fille de Messire Bellincione, se montra très-irrlté de voir son beau-père marier son autre fille à un Adimari et le faire ainsi le beau-frère d'un parvenu de basse extraction.
Au marché l'on voyait déjà Caponsacco, etc.
A 2. La place du Vieux-Marché étant au centre de la ville, c'était un indice d'antique bourgeoisie que d'y avoir son habitation. Folco Portinari, le père de cette Béatrice dont on s'obstine à faire l'objet des amours platoniques de Dante, avait épousé une Caponsacco. — Les Giuda-Guidi et les Infangati, familles gibelines, habitant, la première, le quartier de la Portc-Sainte-Marie, l'autre celui de Saint- Pierre-bcheraggio, près l'église Sainte-Cécile.
Une porte tenant son nom des Pcrwasi, etc.
k^. Les Délia Pera ou Peruzzi habitaient le quartier Saint-Pierre- Scheraggio, et dans le voisinage d'une porte qui, de leur nom, fut appelée Péruzza. Ce qui prouve l'ancienneté de cette famille et quelle était autrefois son importance, à laquelle on aurait peine à croire aujourd'hui, tant elle est déchue, par suite des luttes intestines qui
Font ruinée comme gibeline et fait se confondre, avec tant d'autres, dans les rangs de la plèbe. Telle est l'interprétation de l'Ottimo, la seule acceptable, si Ton veut bien se rappeler que d'autres familles gibelines avaient laissé leur nom à l'église Sainte-Marie Ughi, au bargo des Greci, etc.
Au grand haron de qui l'on fêle la mémoire, etc.
Uh. Les nobles familles des Pulci, des Nerli, des Gangalandi, des Giandonati, des Pulcinelli et des Alepri se distinguaient par leur attachement et leur fidélité 5 l'Empire ; ausM le grand baron Hugues, marquis de Toscane et vicaire de l'empereur Oihon III, leur conférait la chevalerie avec les honneurs et privilèges qui en dérivent, en les autorisant à écartcler ses armes dans les leurs. Florence alors était heureuse et le devait à l'administration juste et ferme du lieutenant de l'Empereur ; à telles enseignes que, malgré le triomphe du parti guelfe, et quoique Giano de la Bella, dont l'écusson porte la bordure dorée, se soit rangé du côté du peuple, contre la noblesse (1292-93), chaque année, au jour de Saint-Thomas, les Florentins reconnaissants rendent hommage à la mémoire du grand baron.
Déjà les Gualterot et les Imporluni
Brillaient au premier rarig, et le bourg des ApâtreSt etc.
k&. Les Gualterotti et les Importun! habitaient le Borgo S, Apostoloj et leur influence y était telle, comme Gibelins, qu'au dire de Landino, la seigneurie poussa les Bardi à s'y établir, afin de leur opposer un contre-poids; d'autres Guelfes suivirent leur exemple et le voisinage amena promptement des collisions entre gens en rivalité d'opinions et d'intérêts.
La maison qui causa, par sa juste colère^ etc,
66. Celle des Donati qui, en provoquant un manque de parole injurieux envers les Amidei, causa tous les malheurs de Florence, en faisant de ses citoyens des morts, morii, des partisans du Pape. Les Amidei, alliés desLamberti, des Uberti,des Fifanti et des comtes de Gangalandi, habitaient près de l'église Saint-Étienne. Irrités de voir Buondelmonte, fiancé d'une Amidei, épouser une Donati, ils se vengèrent de cet outrage par le meurtre du coupable» meurtre qui, pour le Patriarche vaudois, est l'effet d'un juste courroux, giusto dûdegno. Delà, deux factions irrécondliables dans Florence, où les uns
prirent parti pour les meurtriers, les auti-es pour la victime, ce qui ouvrit une ère de discordes et de luttes sans un dans cette cité jadis si paisible. La haute noblesse se rangea du côté des Amidei et des Uberti, ce fut la faction gibeline ou impérialiste; la petite noblesse et la grosse bourgeoisie, popolani grossi, se groupèrent de l'autre côté et formèrent le parti guelfe, ou papiste. Gacciaguida est donc bien fondé ù regretter que Taîeul de Buondclmonte ne se soit pas noyé dans i'Éma, lorsqu'il partit du château de ftlontebuono, manoir patrimonial de sa famille, pour venir s'établir à Florence, en 1135. Sa pensée s'explique au mieux lorsqu'il ajoute, dans son langage symbolique, molli sarebber lieti, chc son tristi, beaucoup auraient le gai savoir et suivraient heureux la loi d'Amour, qui sont réduits à suivre tristement la loi de haine, le catholicisme, cause incessante de pleurs feints ou réels.
Feui-éire fallaii'il (in' à cette fieire antique t etc.
67. Celte pietra scema fait tout à la fois allusion à la vieille idole de Mars, qu'on voyait sur le vieux pont, et à la Papauté, Madonna Pietra, celte pierre stupide, scema, consumée de vétusté, et qui, tout en menaçant ruine, n'en pesait pas moins lourdement sur Floreuce. Notez que luna scema signitie la lune en décours; or, c'était bien le moins que de sanglantes prémices inaugurassent l'assujettissement de Florence à cette vieille idole de la Papauté, qui devait faire succéder pour des siècles toutes les calamités de la guerre aux douceurs de la paix, dont avait joui jusque-là la glorieuse cité; de la paix, pace, qui était le mot d'ordre de la secte, la devise du poète, et que n'avait cessé de prêcher saint François d'Assises.
J'ai vu Florence heureuse, exempte de regretjf etc.
US. Tant que l'aristocratie florentine domina dans la cité sous le patronage de l'Empereur, l'influence de Rome s'y fit peu sentir ; aussi n'y pleurait-on pas; autrement dit, elle n'était pas réduite à se faire l'humble servante du Pape, non aveacagione ondepiangesse. Aussi le peuple, aujourd'hui perverti et, à l'exemple de la louve romaine, obéissant à ses instincts cupides, avait-il alors sujet de se glorifier de ses vertus et de la prospérité de la république. Aujourd'hui au contraire, il a trop souvent à déplorer des défaites sanglantes, et il voit la bannière de la ville, où les Guelfes ont substitué le lis rouge
au lis blanc, cloaé à rebours sur la liaropc et trainé ignominieusement dans la poussière, comme à Montaperti et à Allopascio.
Tel est le coup d'œil rétrospectif jeté sur le passé de Florence, avec rintention de Fopposer à sou présent, par le Patriarche des croisades. Nous ne sommes encore qu'à la moitié du Paradis et déjà Ton peut voir que cette dernière Gantique]ne le cédera pas aux deux précédentes en révélations curieuses sur le genre d'orthodoxie dont se gloriGait le théologien florentin.
CBANT nii.
Tel celui qui, venu vers Climène jadis, etc.
1. En quoi Dante ressemble-t-il à Phaélon, et Gacciaguida à Ghimène? Quel rapport les questions qu*il songe à formuler ont-elles avec celle du jeune homme désireux d'apprendre de sa mère s'il était vraiment le fils d'Apollon ou du soleil égyptien (comme l'appelle Boccace, YI, Généalogie des dieux), ce que lui contestait Epaphus? Vous ne l'apercevez pas assurément, et cette comparaison mythologique ne vous eu paraît que plus étrange au sein du Paradis. Mais admettez que de graves soupçons se soient élevés contre le poète dans les rangs sectaires, à raison de son changement de langage et de son affectation d'orthodoxie romaine, comme il appert de la Ganzone, Posciach' amor del tutto m'Iia lasciato. (llévél., pp. 362 et suiv.) Admettez que les dignitaires de la secte participent des deux sexes et soient désignés par le titre de dames, donne, comme vous l'avez vu dans le Purgatoire, ch. xxv, où G. jGuinicelli est comparé à Eryphile, femme de Lycurgue, et Dante lui-môme à un fils retrouvant sa mère; comme en témoignent encore les vers donna mi prega et tant d'autres inutiles à citer ici. Vous corûprendrcz que Dante, fils de la lumière, en opposition aux enfants de ténèbres, ait voulu lever tous les doutes en faisant connaître, avec les précautions requises, sa filiation qui, d'un côté, le rattachait ^aux Vaudois, et, de l'autre, aux Gibelins; mais qu'en s'acquittant de cette lâche, il s'exposait au sort de l'imprudent Phaéton, dirigeant le char de la lumière hors de sa route ordinaire, c'est-à-dire à se faire foudroyer par le Jupiter du -Vatican, Vous ne vous étonnerez pas, dès lors, que Béatrice partage
rémotion do po^te, à la pensée da danger auquel s'expose le fils de la lumière égyptienne, e taie era sentùo da Béatrice, pleine de sollici ^ tude qu'elle devait être pour celui qui n'avait en vue que le progrès de la lumière d'Orient et son triomphe définitif. De son côté, le saint flambeau, santa lampa, dont il lirait son origine, ne pouvait y rester indifférent. Dante-Phaéton avait été déjà foudroyé lorsqu'il traçait ces vers, il avait été condamné au bûcher à Florence, comme concussionnaire, ^arata'ere; mais les effets du foudre ne dépassaient pas le territoire de la république, taudis que ceux du Jupiter, fils de la Rea romaine et non pas la Rhéa grecque, atteignaient partout, et même les têtes couronnées ; aussi lui inspiraient-ils une juste terreur, soit dit pour l'instruction du philologue de Genève.
En ioutû liberlv laisse éclater la flamme, etc.
2. De telle sorte qu'on y reconnaisse Tcmprcinte du sceau interne, si ch'ella esca segtiata bene delV inierna stampa, c'est-à-dire, qu'il n'y ait pas à se tromper sur le fond de ta pensée réelle, et qu'on puisse reconnaître que, loin d'être un faux frère, tu es toujours un vrai fils de la lumière, t'cxposant courageusement au sort de Pbaéton.
Non que nous puisse rien apprendre ton langage, etc»
3. Non que nous doutions de toi, mais pour fournir à ton trisaïeul, qui est un homme, uom, un Yaudois et non une brute catholique, l'occasion de te verser l'eau vive de sa Gaie science, si clic Vttoni ti inesca.
0 lot, tige che'rie, à mes regards confus
Qui t'élèves si haut en cette gloire immcvsc, etc,
h, O toi, ancêtre chéri, qui dois à ta foi anli-ilomaine devoir l'avenir à la source de toute vérité, aussi clairement que Tesprit humain peut voir l'impossibilité de trouver deux angles obtus dans un triangle équilatéral. Le poëte revient volontiers sur cette figure géométrique, si chère aux héritiers du Temple, habiles entre tous à employer l'équerre et le compas.
Sur mon destin futur, maints discours alarmants.
5. Durant mon pèlerinage en compagnie de Virgile sur la montagne d'épreuves et d'initiation, che C anime atra, et dans l'enfer
catholique, ce monde des morts, net mondo defunto, dont on sait le prince, j*ai entendu successiYement Farinata (E. x), firuneto Latini (E. XV), Conrad Malaspina (P. viii), et Oderisi d'Agobbio {ibid.), me présager des choses faites pour m'alarmer, malgré tout ce que ma foi politique et religieuse m'inspire de courage pour résister aux coups de la Papauté, avvegna ch* io mi senta B.EN. tetragono ai colpi di Ventura (ou Fortuna), En effet, comment supposer que la Fortune pontiflcale n*ait pas à se briser bientôt contre B,EN. tetra-* gono ai suoi colpi? (Enf.vii et Par, xvi.)
Car s'amoindrit Vaiieinie à voir venir Je trait.
6. Heureuse imitation de ce vers d'Ovide : Nam pravisa minus Ictdere tela soient, dont l'idée, reproduite par saint Grégoire, disant : Jaculum prœvisum minus Ucdit, se retrouve aussi dans ce vers de Pétrarque : Chèpiaga antiveduta men dole; le tout pour en revenir à signaler nommément dame Fortune comme son ennemie la plus redoutable, quai {saetta) Fortuna mi s'appressa,
Béatrice à le faire aussi ni encourageait.
7. Dante a parlé à son trisaïeul comme le voulait sa foi, en bon et fidèle chrétien évangélique, corne voUe Béatrice,
Il daigna me répondre, ainsi qu'un tendre père. Dont se trahit l'amour brillant dans son souris.
8. Cacciaguida lui répond, non dans le style des oracles païens, inspirés par le démon, dont triompha celui qui dit : Nuîic princeps HUJUS MUNDi ejicietur foras (saint Jean, xii); mais en termes précis et clairs pour ceux qui entendaient le latin albigeois ; ce langage à l'aide duquel la véritable religion du Christ devait triompher du prince du monde, ceint de la triple couronne. On a pu remarquer, enelTel, que Dante emploie constamment dans ce sens le mot latijio, qui pour lui ne signifie ni la langue italienne ni celle de Virgile ; aussi ajoutet-il que l'amour paternel qui lui répond est tout à la fois caché et apparent dans son propre rire, queW amor paterno cliiuso e paivetite del sua proprio riso; c'est-à-dire, cUis pour les profanes et apparent pour les initiés dans ce rire qui, selon la définition du Convito, est la corruscation de la Gaie science, le rayon révélateur du foyer mystérieux.
Mais n'en résulte pcisplus la néceigité, etc,
9. Les choses du ciel, régies par des lois immuables, ne changent pas et n*ont ni passé ni futur ; il en est autrement de celles de la terre, dont le regard du Très-Haut embrasse tout à la fois le passé, le présent et Tavenir. Or, ceux qui ont eu la vraie foi religieuse et politique, contemplant Dieu face à face, voient en lui les événements futurs reproduits comme ils pourraient l'être par le pinceau, dipinii. Mais cette prévision n'entraîne pas plus la nécessité fatale de ces événements, que les yeux où se reflette une barque se laissant aller au cours d'un fleuve, ne font obstacle à ce qu'elle suive une autre direction. C'est bien le cas de dire que comparaison n'est pas raison, car les yeux humains ne voient pas cette barque arrivée au but de son voyage, puis les accidents divers de son retour au port et c'est ce que voit le regard divin. Aussi TOttimo convient-il que cet exemple est fautif : Vero è clie queslo esempio non è perfetto, perche non si puo assimigiiare a Dio. Il aurait pu ajouter que Dante avait emprunio ce qu'il dit ici sur la prescience divine au livre v de Boèce, de Consolatione, 1. V. Mais la chose importante pour Gacciaguida, c'était de prophétiser sans encourir l'accusation de fatalisme augustinien.
Le lempst qui t'est caché, vient i'ojfrir à mes yeux.
1 0. On peut donc croire aux événements annoncés par le Patriarche des croisades, puisqu'en dérive pour lui de la source de toute vérité la connaissance anticipée.
Souviens-loi d'Hiitpolyle; une marâtre impie Le fit bannir d'Athène, en sachant le noircir,
11. L'impudique Phèdre, marâtre perfide et non moins impitoyable que dame Piété, fit jadis exiler d'Athènes l'innocent Ilyp()olyte. Tel est le sort qui t'attend ; comme Hyppolite, tu seras calomnieusement accusé de concussion et réduit à t'exiler de Florence. Oui, honnêtes commentateurs, c'est bien le Podestat Gante Gabrieli quiprononça la condamnation de Dante, à l'instigation des Prieurs élus par les Noirs, sous l'influence de Gharles de Valois ; mais reconnaissezvous en eux la spietata e perfida noverca ? Quelle est donc celle que Dante désigne par ces mots caractéristiques? Lui-même jous le dit, c'est Rome où chaque jour on trafique du sang du Christ, prelazionî, prébende, dùpemationi ed altre simili cose^ si corne è scritto IX. Infeimi. C'est en ces termes que l'OtUmo joint
son témoignage à celui dn poète. Là» Booiface VIII, le chef de cette Église qui s'est montrée marâtre autant impitoyable que perfide envers les Albigeois, veut cet exil inique; il y pousse de tout son pouvoir par ses agents, par leurs dénonciations mensongères. On le voit, la grande prosiiiuée n'a fait que changer de nom; tour à tour. Louve, Sémiramis, Thaïs, etc., elle s'appelle Phèdre pour Cacciaguida, dans son latin aussi clair qu'il est précis; et l'Oltimo ne 8*y trompe pas, lorsqu'il dit : Jn corte diRoma si vtiole per lo papa e, e già sicerca per messer Ccrso e li altri awersari tuoi. On lit de même dans le commentaire du P. Lombardi : Accerma il trattare che in Roma facevast con Bonifazio VIII di far passare a Firenze Carlo Senzaterra^ col pretesto di nformarla. Ainsi la marâtre romaine poussée, comme Phèdre, par le mauvais amour, cattivo amore^ accusait faussement de concussion, baratteria, le Pur, le Cathare, le Parfait Dante, non moins innocent qu'Hippolyte, puis les Thésée florentins le condamnaient à l'exil et au bûcher. Mais, pur de toute malversation, l'était-il de toute croyance hétérodoxe ? C'est une question à laquelle deux vieux commentateurs vont se charger de répoudre.
Chacun ira» selon Vordinaire sentencet Proclamani qite le tort e$t au parti vaincu, etc,
12. Comme toujours, on criera toile contre les vaincus. Les Purs, les Parfaits, persécutés, exilés, la parte offensa^ passeront pour de malhonnêtes gens, persane colpevoli e di mala condizione, dit l'Ottimo, ce qui sera faux ; mais on dira aussi que Dante et ses co-sectaires, suoi consettaiolij sont des ennemis de l'Église, nemigi della CHIESA DI ROMA, cc qul uc manquera pas de vérité. TeUe est également l'interprétation de l'annotateur du manuscrit Glembervie, vox sonabit Dantem et alias puisas illo tempore esse malos et ADVERSA- Bios SANGTJE ROMANiS EGCLESiiE. Pour ceux qui savent que les sentences de condamnation portées contre Dante ne l'atteignent pas comme hérétique, mais seulement àtilre de concussioimaire, peuton admettre que deux commentateurs contemporains aient signalé ce grido, vox ou boce, s'il ne s'était pas élevé de leur temps contre le poète et si leur oreille n'en avait été frappée? Si le chef d'hérésie ne fut pas articulé, c'est qu'il entrait sans doute dans les vues de la politique romaine de laisser ignorer au dehors que l'albigeisme avait ses postes avancés jusqu'aux portes du Vatican, jusqu'au sein de la fidèle Florence, et de ne pas fouhiir de nouveaux aliments à Tincendie, par des persécutions exclusivement religieuses. Le saînt-siége
994 LE PABADfS.
n'était pas toujours en mesoro de faire des croisades, et il s'en abstint jusqu'à Jean XXIII, à qui la sienne ne réussit pas.
La vengeance, qui tât ou lard lui rend hommage,
13. Les commentateurs ont laborieusement cherché ^ démontrer que ce vers signifiait ; la vengeance de Dieu, source de vérité, témoignera de quel côté sont les coupables ; mais la pensée ne serait-elle pas bien autrement facile à saisir et plus conforme à l'intention du poète en traduisant : la vengeance rendra témoignage à ceUe vérité que va répandant le parti opprimé, al ver che la (pour ella, dans tou3 les vieux auteurs) ella^ parte offensa, dispensa? L*Ottimo,qui d'ordinaire comprend très-bien la pensée sccrÈtc, mais se borne le plus souvent à expliquer le sens litiéral, en termes parfois très-dilTus, n*hé< site pas ici à déclafer nettement que le jugement divin tombera sur les liants dignitaires de l'Église et sur les exécuteurs de leurs œuvres d'iniquité : Il giudizio divino çadrà wpra iali prelati e sopra li S(JOi ESECUTORi. Aiusi le Patriarche des croisades donnerait luimême, en finissant, le commentaire des mots vinci et resurgi, par lesquels les bienheureux ont salue l'arrivée du poète dans la planète de Mars, blasonnée de la croix de saint André d'Ecosse, autrement dit des Chevaliers du Temple.
n ie faudra laiiser iou^ ce que tu tiens cher, etr,
ik. f'amille; biens, amis,' position sociale.
Lonque iu wulu$ faire, à toi ievi, ton parti, etc,
15. La défaite et l'exil ont été de tout temps une rude épreuve pour les partis. Le malheur aigrit les caractères que ne refrènent plus les liens de l'autorité et de la discipline , de déplorables rivalités éclatent, et la cause commune est sacrifiée à des jalousies égoïstes. Alors le pain de l'étranger n'en devient que plus amer, parce qu'il n'est donné qu'avec dédain. Voilà les rudes épreuves par lesquelles l'âme énergique et fière de Dante eut à passer. Voyant ses conseils repoussés, ses intentions méconnues par ses compagnons d'infortune, il prit le parti de s'isoler, Cacciagujda fait ici allusion à l'attaque tentée par les exilés contre Florence en juillet 1306. Cette expédi* tion, dont le comte Alexandre de Romena, l'un des Guidi meutionuési Enf, XXX, eut le commandement, assisté de douze conseillers ,
parmi iasqaels figurait Dante, échoaa complètement. Le pocte donne ici à entendre qu'elle se fît contre son avis et que, laissant ceux qui s^obstinaient à la tenter, sans aucune chance de succès, marcher d'Arezzo sur Florence, il se sépara d'eux pour retourner à Vérone et rester étranger désormais à leurs folles tentatives. {Vay, Villani, viii, 72, et Léonard d'Arezzo, Vita di Dante.)
Du grand Lombard qu^on voU ftorter Voiseau sacréf Sur VécheletlB d'or,l(i noble courtoisie, etc.
16'. La famille de la Scala, que l'Ottimo appelle des Scalinghi et qui est plus généralement connue sous celui des Scaligor, avait pour armes parlantes une écheletle d'or surmontée de l'aigle impériale. Cet écuBson signalait tout à la fois ceux qui le portaient comme Gibelins et sectaires, l'aigle étant pour les uns le symbole de la haute souveraineté de l'Empereur sur l'Italie, et Téchelette rappelant aux autres l'échelle des grades de l'initiation à un Ordre dans lequel ils figuraient aux premiers rangs. Celui dont il est fait mention ici est Barthélémy de la Scala, selon le témoignage conforme do VOttimo, du PosîHL Cas. de Pietro di Dante et de Landino.
Près de lui lu verras celui qu'à sa naissance, etc.
17. Can Grande de la Scala, Gis d'Albert et frère puîné de Barthélémy, auquel Dante a déjà fait allusion sous le nom métaphorique de Limier ou VeUro(Enf. ch. l), comme prédestinée refouler dans l'abîme la louve romaine. Dante écrivait Kan.
Car sache sur son front que ces sphères encore N^ont tourné que neuf ans,0.
18. Can Grande, le chef ou le grand Khan des Tarlarins de Lombardie, étant né en 1291 (Muratori, Ckron. de Vérone, t. VJii), il n'avait que neuf ans eh 1300, époque à laquelle le poëme est censé
. écrit Mais il avait aussi neuf ans, l'âge parfait du maçon, lorsque Dante écrivait son Paradis, qu'il lui dédiait. (Voy. son £p. dédie.)
.... Mais avant qu 'en félon Trompant le grand Hen'i, triomphe le Gascon^ etc.
19. Avant que le pape Clément V, Bertrand de Got, ancien arche* vêque de Bordeaux, ait à tromper par des promesses perfides la loyauté de l'empereur Henri VIL Guasco Papa Clemens qui ostende-
bat Henrico de Luximborgo favere et secreto favebat adversariis, dit l'annotateur Caet.
En lui doit resplendir une âme nohîe el forte, ele.
20. Nous avons ici le commentaire de ce que Virgile a dit du VeUro dans le i" ch. de V Enfer.
Maintes gens, grâce à lui, de sort feront échange^ L'indigent sera riche et le riche indigent.
21. Dante appelant de ses vœux une révolution tout à la fois religieuse, politique et sociale ; il est clair que ces vœux n'étaient réalisables, d'une part, qu'à la condition de faire passer aux Empereurs la souveraineté temporelle usurpée par les Papes, en substituant la religion d'Amour à la religion de haine ; de l'autre, d'arracher à , l'Église ses immenses propriétés et à ses partisans leurs richesses, produit du vol et de l'iniquité, {Voy. le Corwit. iv et p. 338 des Révél.) On comprend très-bien que le limier Lombard, une fois vainqueur de la Louve, puisse, comme chef d'un parti nombreux organisé dans l'ombre et s'étendant, non-seulement en Italie, mais encore en Provence, on Aragon, en Allemagne, en Angleterre, opérer un vaste bouleversement social ; autrement, qu'on veuille m'expliquer comment il serait tombé dans la tête d'un homme de génie comme Dante, d'espérer voir pareille tâche accomplie par le petit seigneur de Vérone, réduit à lutter péniblement, pour se maintenir au pouvoir dans son municipe usurpé, contre ses voisins guelfes et contre la re* doutable influence pontificale.
Il me prédit alors des faits qui paraîtront Incroyables à ceux dont les yeux les verront.
22. Est-ce que le silence recommandé par son trisaïeul au poète, qui n'a garde de redire les événements annoncés, n'indique pas assez leur nature et à l'aide de quels moyens mystérieux ils devaient être amenés? Peut-on croire sérieusement que Dante ne fit allusion dans sa pensée qu'à la réforme de quelques abus dans le sein de l'Église romaine 7
Il ajouta: — Voilà, mon fils, le commentaire, ele.
23. Voilà le commentaire de ce que tu as entendu de la bouche
de Farinata, de Brunctlo Laiiuj, de Conrad Malaspîna, d'Oderisi d*Agobbio, etc.
,..,I)oit ton destin Durer assegpour voir punir leur perfidie,
2li. Dante eût-il vécu bien davantage, il ne lui aurait pas été donné de voir se réaliser les prophéties de Cacciaguida.
Je repris : — Je vois bien, â père vénéré, ete*
25. L'espoir de voir sa cause triomphante, espoir toujours vivant au cœur des proscrits, donnera au poète le courage de lutter contre les obstacles, les pièges, les périls et les dégoûts de toute nature qui lui sont prédits. Si ses coreligionnaires le laissent dans Tisolement, lui du moins il ne s'abandonnera pas; c'est sur quoi peut compter le Patriarche vaudois, chez qui sont réunies, bien entendu, la raison intelligente, la droiture et la foi d'amour, persona che vede^ e vuol dirittamente ed ama ?
Pour qi^'en perdant les lieux qui me sont les plus ehers. Je ne sois pas exclu des autres pour mes vers.
26. U, se manifeste, avec évidence, le motif puissant qui détermina Dante à feindre une foi qui n'était pas la sienne et à greffer le langage orthodoxe sur la langue des fidèles d'Amour. Il n'a eu recours à la dissimulation que pour n'être pas réduit à ne plus trouver un abri où reposer sa tête ; il ne l'a fait que pour se précautionner contre un immense péril, qui partout l'aurait poursuivi^ di prove^ denza è buon che m'armi. Il a pu se rire des sentences d'exil et de mort lancées contre lui à Florence; le Gonfalonnier ne pouvant venir l'appréhender sur le territoire de Lucques, d'Arczzo ou de Pise pour le livrer aux exécuteurs; mais il en serait tout autrement si ses vers lui valaient une condamnation des inquisiteurs et une excommunication du pontife. Non-seulement il ne trouverait plus un asile dans tonte l'Italie ; mais, dans tous les pays catholiques, il se verrait traqué comme une bête fauve. Qu'on se rappelle Jean Huss, et deux siëcl&s après Luther, s'emprisonnant lui-même durant une année entière. C'est parce qu'il n'était pas sans crainte à ce sujet, qu'il a posé cette question, dubitando, à celui qu'il nous a signalé, autant qu'il lui était possible, comme ayant vu la lumière, voulu le triomphe de l'Empire sur la Papauté, et professé la religion de l'Amour.
Me fut donné de voir et d'ouïr maintes choses f etc.
27. J*ai appris, durant mon pèlerinage dans les trois royaumes de l*£nfer, du Purgatoire et du Paradis, des choses faites pour révolter les bons catholiques et pour m'attirer l'inimitié irréconciliable des chefs de TÉglise. Si je répète fidèlement ce que j'ai recueilli tant de h bouche de Virgile, sur Sémiramls, Thals^ la Fortune, le mont Ida, Manto, Tiresias, etc., que de celle de Stace sur la génération de l'homme, de Béatrice elle-même et de saint Thomas d'Aquin, sur la théorie des émanations, je dois m'atleudre à toute la colère de Rome et je suis en péril de mort, car toutes ces belles choses lui paraîtront di forte agrume.
OUf si nVst mon langage et franc et véridiqiie, Mais plein de réticence et timide, j'ai peur, etc.
28. Si je n'ose au contraire proclamer la vérité et confesser ma foi, je crains de déchoir dans l'opinion de mes frères et, par suite, de n'avoir à mettre au jour qu'une œuvre destinée à périr oubliée, du moment que leur suffrage ne sera plus là pour la soutenir et la faire passer à la postérité, à grand renfort de beaux commentaires écrits; commentaires non moins nébuleux, il est vrai, que le texte littéral, mais élucidés oralement, quant à son esprit d'opjiosition, dans de secrets conventicules, pour gens curieux et d'une discrétion à l'épreuve, dignes eu un mot d'ôtrc admis à voir la lumière dégagée des ténèbres catholiques, lux ex tenebris,
'm. Ton langage sévère Paraîtra sans doute âpre à quiconque aujourd'hui, elc,
29. Les Papes, les souverains, alliés avec eux, les Guelfes, les Gibelins apostats, les déserteurs de la secte, trouveront sans doute tes paroles rudes, la tua parola brusca, bien qu'ils n'en comprennent pas toute la portée, en ce qu'elles atteindront leurs mauvaises actions, celles de leurs proches ou des membres de leur parti.
Dis dans ta vision tout ce qui s'est produit^ etc.
30. N'en publie pas moins ta Comédie telle que tu Tas conçue, en tout conforme à la vérité. On ne nous opposera pas sans doute ces trois mots : rimossaognxmensogna, qui s'appliquent évidemment au fond et non à la forme, comme excluant tout artifice de langage, toute dissimulation de la pensée sous un voile plus ou moins transparent ;
car le poëme n'étant qu'une fiction, dn commencement & la fin, il serait ainsi condamné à Fa? ance dans son entier. Telle n'est pas à coup sûr l'intention du neux Yaudois. Loin de toi le mensonge et la calomnie, dit-Il au poète, mais, à cette seule condition, publie ce poème dans lequel tu as revêtu la doctrine de vérité, des voiles de l'erreur; ceux qui comprendront ton langage sauront bien les déchirer, comme Béatrice ceux de la prostituée difforme qui s'était présentée à toi sous les traits d'une douce syrène, et laisse se dépiter ceux qui se sentiront atteints par les traits que lu lances à découvert contre tout ce qui ne tient qu'à la politique ou à des abus cent fois dénoncés par les plus saints personnages, Tutta tîia vision fa manifesta e lascia pur grattar dov* è la rogna.
Si ton langage sexMe au 'premier goût amer, etc.
3t. Si d'abord beaucoup parmi tes frères s'indignent de te voir employer le langage de l'ennemi, vaer^ molesta, et sembler arborer sa bannière ; une fois qu'ils auront compris ta pensée réelle et reconnti h pain des anges (Convito), cette source de vie, vital nutrimento^ dans le mets si merveilleusement combiné que tu leur offriras ; ils ne tarderont pas h te rendre justice, et tu devras à leur admiration, à leur reconnaissance, à leurs commentaires enthousiastes de ta vision, dont ils n'expliqueront ouvertement que la lettre, cette immortalité à laquelle tu aspires.
Ta voixj en 8*élevant UhrCf mdle et sincère, elc,
32. Questo tuo grido, ce poème, ion ban de guerre, s'attaquera comme le vent des tempêtes h tout ce qu'il y a de plus élevé en puissance, en richesse, en renommée, aux pontifes romains, aux rois de France, de Naptes, aux empereurs, aux chefs de parlis, aux familles les plus influentes, à l'Église catholique elle- même, et lun courage, allié qu'il est à la prudence et au savoir, n'ai sera que plus glorieux, cid non fia d'onor poco argomentô.
Car V esprit n'a point joi ni ne $'arréte guère Aux exemples obscurs, etc,
33. A quoi bon faire tomber ses coups sur une foule obscure et tonner contre des méfaits vulgaires, per esempio ch aia la sua radiée incognita? C'est aux grands criminels, anime che son di fama note, aux forfaits retentissants qu'il convient de faire la guerre; car
iOOO LE PARADIS.
chacun les connaissant, chacun peut juger de la justice de Tattaque, et la leçon qui en résulte laisse dans Tesprit une empreinte plus durable. C'est pour cela que tu as passé en retue dans V Enfer les plus hautes renommées de l'Église, le grand Hildebrand, Innocent III, saint Dominique et tant d'autres.
CHANT ÎTIII.
Je sentait par le miel Vàhsinlhe balancée, etc,
1. Le Patriarche des croisades, qui vient de prédire au fils de la lumière la Uiple révolution nécessairement amenée par le triomphe du parti aiUi-catholique, ne peut que se complaire dans sa pensée ; mais le poète, non moins désireux de voir la prophétie s'accomplir, ne laisse pas de songer qu'il lui faudra payer chèrement la vengeance attendue et compenser la saveur du miel par l'amertume de l'absinthe, temprando col dolce i'acerbo.
••.. Laisse ces pensers^ et swige que ma place Est auprès de celui dont sans cesse la grâce, etc
2. Ne t*alarmc pas, lui dit la foi Béatrice, qui, venant de Dieu, conduit l'homme vers lui ; songe à mon origine divine, petisa ch* io sonot songe que je suis la vraie foi inspirée par l'amour, songe à celui qui est la source de toute justice et qui vient en aide aux opprimés, pensa à Colui ch' ogni torto disgrava. Cette version du Cad. Cassin, nous paraît être la seule véritable, car Béatrice ne semble pas s'y vanter d'influencer les arrêts de la justice divine.
....Ce que je vis luire D'amour en ses yeux saints ne peut se retrMer, etc,
3. Le sectaire ne saurait trouver dans sa foi que des encouragements, et les yeux de Béatrice n'étant autre chose que ses enseignements, son fidèle devait forcément renoncer à dire de quelle nature était l'amour qu'il y voyait briller, qua/e arnor. Ce n'est pas seulement qu'il soit en défiance de sa dextérité de langage, non perch' w pur del mio parlar diffidi ; il a pourtant fait ses preuves à cet égaitl;
CHANT XVllI. 1001
mais c'est que, faote d!Altn pour lui Yeoir eu aide, son esprit pourrait faire fausse route en si grave sujet, s'o/tn non la guidi. Que signifie donc aUri? Les eommentateurs, qui ne sont jamais embarrassés, vous diront que c'est la grâce ; pourquQi pas, s'ils ont eu raison de nous affirmer déjà que Dante désignait Dieu en l'appelant Vautre? Nous croyons être beaucoup plus dans le vrai en continuant à lire ici A.L. T,R.I., c'est-à-dire Arrt^o, Luceniburghese, Templaro, Ramano Imperatar^ et en comprenant, que le poète exprime ainsi le regret de ne plus avoir pour guide et pour appui le prince dont le triomphe sur la Papauté aurait afiranchi Texpression de sa pensée.
De tout autre désir fui ajfranehi mon conir.
Il, Tout ce qu'il lui est possible de dire, c'est que sa foi, se retrem*pant en elle-même, rimirando lei, absorbait tous ses pensers et tous ses désirs.
Tandi» gue, reflétée au front de Béatrice, etc.
5. La foi albigeoise, source de joie étemelle, d'où le nom de Gaie science et celui de Béatrice, émanant directement de Dieu, dont elle reflète la bonté et l'amour, on comprend comment Dante a pu être amené à dire, selon la lettre, qu'il éuit heureux de contempler, dans le beau visage de Béatrice, le reflet, seconde aspetto, de la divinité; mais 11 entendait, qu'avec le vieux Yaudois sa dame venait de se montrer sous son aspect religieux, et qu'elle lui apparaissait maintenant sous son aspect politique ; c'est ce dont on sera bientôt convaincu.
Prompte à me subjuguer au charme d'un souris, etc.
6. Les yeux de Béatrice, étant ses enseignements, qui répandent la lumière au milieu des ténèbres de l'erreur, son. sourire est le rayonnement produit par ces enseignements lumineux, carruscazione, pour employer l'expression du Convito.
Dans mes yeux seulement n*est pas le Paradis,
7. Cette philosophie contemplative que tu as puisée dans mes enseignements, ne suffit pas à la béatitude éternelle, non pur ne' mie' occhi è Paradiso; il y faut encore les labeurs de la vie active; écoute donc le Patriarche des croisades. « Non solum in contempla-
tione theologia {albigensù) est bealitudos sed etiam in exemplis valentittm viromm. » Ainsi, sauf noire parenthèse, nous abondons complètement dans l'interprétation du Post. caet. qui, sans doute, n*ignorait pas que le Theologus Dantes signiGail toute autre chose que docteur en théologie de TÉgiise catholique romaine (*).
Dans les traitSt le regard, on le voit révélé, etc»
8. De m<}me que Tamour se trahit parfois dans Texpression du regard, et que certain mouvement des yeux suffit aux fidèles d'amour l)our se reconnaître entre eux, 51 vide l'a/fetto nella vista^ un rayonnement plus \if de celui que le poète appelle fulyor satuo, indique chez lui l'inteutlou de reprendre la parole.
....Là, s'offre à tes regards Le cinquième rafneau de cet arbre sublime, etc.
9. On ne saurait méconnaître que cette métaphore s'applique au moins aussi bien à une doctrine quelconque qu'au Paradis catholique» et que cette expression si étrange de soglia, seuil ou pas, assez peu applicable à un arbre , s'entend beaucoup mieux dans le sens de degré ou grade ; nous ne nous y arrêterons donc pas davantage, ayant déjà expliqué à quel grade maçonnique correspond la planète de Uars, comparable pour tant de raisons^ selon Dante, à l'art musical.
(*} On 8'est souvent étonné de Pérudiiion tliéologiqne de Dante, mais Schmldt noin apprend, avec preuves à Tappui (ii, p. 15S), que les docteurs cathares i étaient trèsversés dans PËcrilure sainte et t^^s-habiles k rinlerprcter dans leur sens. • La nécessité oh Ils éiaipnt de soutenir leurs opinions contre le clergé caihollque leur Imposait la nécessité de la science, et ils allaient la puiser k sa source. iS'il se trouvait dans les ranùUes des Cioyanis des Jeunes gens capables, on les envoyait à Tuniversiié de Paris pour s'exercer aux disputes logiques et pour se (àmitiariser en même temps avec la tliéologte de rËgllse.t {Lelt, H* Yves de /Var6., chez Malth. Paris, M3.)pr, il est de tradition que Dame, à une époque quelconque, a suivi les cours de l'université de Parts. Il avait sans doute commencé son éducation dans ces hospicescoUêges ob tes sectaires «ne tenaient pas seulement leurs assemblées, mais oti les Jeunes Cathares se préparaient, par Pélude et Tabstlnence, aux fonctions de diacre et d'évéque, et oti les Parfaits, parcourant le pays, trouvaient le logement et la nourriture. C^est aussi dans ces maisons qu'était déposée la caisse commune, qui servait au soutien des voyageurs, des pauvres et des exilés.» {Arch, de Vinq, de Carcass,, Doat, xxiii, r> 200, etc. yoy, Schmidt, ibid.<, i, 106.)
Dante n*éiait pas seulement théologien ; ses écriis font foi de son savoir en physique, en chimie, etc., et l'on sait qu'il était inscrit en qualité de médecin sur le registre des corporations d*arts et métiers de Florence. Or nous lisons dans cette même histoire des Cattiares, si riche en renseignements consciencieusement puisés aux sources : « Les Parfaits pratiquaient fréquemment la médecine; c'est à cela qu'ils devaient en grande partie leur influence et souvent leur salut. ( Arch, de t*itiq. de Carcass,^ DoaU xxiT» f^ 110 et suivOThd'ologien, médecin, poète, astronome, que de moyens d'influence !
GHAMT XVIII. 14)08
Il n'est Muse, en tout temps , qui n'en fut illustrée,
10. Gaccîagujda vient, en effet, de nous déclarer que pour agir Bur Tesprjt et lui inspirer confiance, ferma fede, il fallait le frapper par des etemj)le8 éclatants ; or, rien ne pouvait être plus eflBcace sur celui de son petit-fils, que de lui faire passer en revue les personnages qui s'étaient immortalisés dans la vie active, sptrùi di gran voce, en combattant pour le triomphe de leur foi {*).
Sur Us bras de la croix dirige donc ies yeux, etc.
11. A chaque nom prononcé, tu verras sur la croix un sillon lumineux aussi rapide que le feu de Téclair dans un nuage.
Et je vis sur la croix jaillir une »plendeur A u nom de Josué^ etc.
12. Nourrissant une haine vigoureuse contre le culte des images, contre ces Amalécites et ces Philistins qui s'étaient fait des idoles d'argent et d'or {Enf. xix) ; contre ces Achan dont la cupidité s'était approprié des richesses frappées d'analhème par la voix du Seigneur, et surtout les dîmes, dont les Albigeois se faisaient une loi de refuser le payement, décimas qiue sunt pauperum Dei (voy. cb. xii, note 28); contre ces rois qui les soutenaient dans leurs usurpations, Dante ne pouvait manquer de mettre au premier rang le vainqueur, le juge inflexible du fils de Zaré ; et le poète qui, traitant de brutes, bestie, les rois, che son molli e son ran gli buoni, les plongeait en enfer sous le nom de géants, ne pouvait que sympathiser avec le héros, qui avait fait égorger trente et un rois, et dont le glaive avait exterminé les géants de la race d'Enac. (Josué, xi, 21.) Sachez, à ce propos, que tous les géants des romans de chevalerie ne sont autres que des rois*
Puis, à celui du grand et vaillant Mackahée, etc,
13. Ouvrez le livre 1*' des Machabées et vous y lirez ces paroles de Mathathias : « Malheur à moi ! suls-je donc né pour voir l'affliction de mon peuple et la ruine de la cité sainte, et pour demeurer en
(*} « Tous les croyants, dit (il, p. 09) le professeur Schmidt, qui n*avalt cer^ pas riniention de Tenir en aide au commentateur de Dante, n'étaient pas initiés aux détails les plus secrets du système Cathare. Ce n*vst qu*à ceux dont la persévérance n'inspirait pas de doute, que l*on donnait une Instruction plus complète. Non omnibus crcdenti bus suis dicunt, nec révélant, nec jtradiemu omuia,,... nisi solum bcw suis familiarlbus et BENB FiAMis. {Act. de Ciiuf, de Carcass., 1305, Doat xxiiv, r« 102. — Reinerius, 1706.)
paix lorsqu'elle est livrée entre les mains de ses ennemis ? Son sanctuaire est entre les mains des étrangers, son Temple est traité comme un homme infâme; les vases consacrés à sa gloire ont été enlevés comme des captifs dans une terre étrangère, ses vieillards ont été assassinés dam les rues et ses jeunes gens sotit tombés morts sous répée de leurs ennemis. « (Ch. il, v. 7, 8, 9.) Puis vous admirerez sa noble réponse aux envoyés d'Ântiochus, qui le sommaient d*apostasier : « Quand toutes les nations obéiraient au roi Antiochus, nous obéirons toujours, mes enfants, mes frères et moi, à la loi de nos pères. » (V. 19 et 20.) Paroles qui definrent la règle de conduite de Judas Machabée, le plus illustre de ses Gis, l'alto Macabeo. Le vaillant chef des Âssidéens, prit en effet pour tâche de « poursuivre les enfants d^orgueil, de délivrer la loi de l'asservissement des nations et de la puissance des rois, afin d'empêcher le pêcheur d'abuser impunément de son pouvoir. •> (V. kl et 68. ) N'était-ce pas là aussi le but que poursuivaient ceux qui avaient survécu à la mine des Albigeois et à la destruction du Temple ? Ce n'est pas tout ; Judas Machabée « devint semblable à un lion dans ses grandes actions, il poursuivit les méchants; la terreur de son nom fit fuir ses ennemis devant lui ; tous les ouvriers d'iniquité furent dans le trouble et son bras procura le salut du peuple. » (Ch. in, û, 5, 6.) N'était-ce pas là un glorieux exemple à mettre sous les yeux de Can le Grand de la Scala, ce limier ennemi de la Louve romaine et des artisans d'iniquité ? N'était-ce pas l'appeler à imiter le héros qui, vainqueur des lieutenants d'Âutiochus, mit le comble à sa gloire en renouvelant le Temple dévasté, en purifiant ses parvis profanés, eu relevant son sanctuaire et en « le dédiant de nouveau au bruit des cantiques, des harpes, des lyres et des cymbales, le même jour qu'il avait été souillé par les nations ». (iv, 38, û8, 5û.) Fouillez quelque peu la pensée de Dante, toujours vous retrouverez au fond le Temple, l'Empire et la religion des fidèles d'Amour. Ainsi réfléchissez sur cette bizarre comparaison du grand Machabée avec un sabot ; vous comprendrez que la Gaie science, letizia, est pour lui le fouet, ferza^ qui devait stimuler le zèle des fidèles et susciter de nouveaux Machabées appelés à renverser les autels idolâtres et à rendre au Temple toute sa gloire et sa pureté. Les Assidéens sont en honneur dans la Maçonnerie.
Aux noms de Cha/rlemagne encore, etc.
1&. Comment Gharlemague, cette grande personnification de r£m-
CHANT XYIII. 1005
pire au moyen âge, auraîl-il été oublié dans cette revue, où figurent des illustrations si disparates au premier abord? Le libérateur de Tlta- Ile, qu'il affranchit de la tyrannie des Lombards, le vainqueur de la barbarie au nord et au midi, Fami des lettres et des sciences, le protecteur victorieux de ces Papes qui auraient voulu, en retour de ses bienfaits, rabaisser les Empereurs à la condition de vassaux du saint-siége , le grand Charles avait trop de titres à la vénération du poète pour n'être pas à ses yeux un des plus grands saints de la vie active, quoique canonisé par un anti-pape.
...,Et de Roland, etc.
15. Roland, figure légendaire des romans du cycle de Chartemagne, symbolisant la force populaire, à l'élan irrésistible, à la foi naïve et désintéressée, aux entraînements fougueux et sanguinaires. Le poète ne pouvait mieux imprimer à son œuvre le caractère allégorique qu'en béatifiant dans son Paradis des héros sans réalité historique, de même qu'il avait damné dans son Enfer tant de personnages mythologiques ou paraissant tels.
De Vœil comme un chasseur suit son oiseau de proie.
16. L'attention avide avec laquelle le poète suit de l'œil le double éclair de Charlemagne et de Roland, coni' occhio segue suo falcon, témoigne assez de son désir de voir surgir une puissance comme celle du grand Empereur et un glaive comme celui de son redoutable neveu, pour faire bonne justice des usurpations des pontifes, en leur courant sus comme le faucon sur sa proie, comme le fils de Berthe sur ces Sarrasins qui ne sont pas des Turcs.
Puis aussit sur la croix, Guillaume, etc.
17. Ce Guillaume, sans autre désignation que le nom qui accompagne le sien, est Guillaume d'Orange, car voilà encore un héros de roman béatifié, dont Texistencc historique est tant soit peu entourée de nuages; mais vous allez voir que le poète avait plus d'une raison pour le mettre en Paradis, croyez bien du reste, que la principale n'était pas sa canonisation sous le nom de saint Guillaume de Gellonc.
La première est son titre de duc de Toulouse on d'Aquitaine,
1006 LR PARADIS.
dtix Tolosana Wilhelmus ab urbe. (Ermold Nigel. Vay, Reînaud. 112-15 et D. Vaissette, i, A61-2.)
La seconde, c'est que la chanson de geste consacrée à sa ^ire lui donne pour auteurs Âymeri de Narbonne et Hermenjart de Pavie, à savoir un Provençal et une Lombarde de cette vallée du Pô où prit femme Gacciaguida, c'est-à-dire un Albigeois et une Cathare, quand la charte de donation du monastère de Gellone, d'accord avec la légende latine, désigne ses parents sous les noms de comte Théodorie et de comtesse Aldane. Fauriel reconnaît avec nous « qu'un motif privé et local a dû faire donner le nom d' Aymeri de Narbonne au père prétendu de Guillaume-Ie-Pieux , ce chef imaginaire de toute la lignée des héros chrétiens, vainqueurs des Maures. » (ir, ^10/) Le fait est qu'Aymeric, vicomte de Narbonne en 1071, et non pas vers 760, époque à laquelle serait né le duc de Toulouse canonisé par Dante, avait épousé Maliaud, îiUe de Robert Guiscard, autre saint de la façon du poète, dont nous aurons bientôt h examiner les droits à pareille faveur. ( Voy, D. Vaissette, ii, 226, 255 et suiv.) Mais disons dès à présent que le Guillaume d'Orange des chroniqueurs et des Trouvères n'est autre que le grand comte de Provence, Guillaume premier, fils de Boson II, vainqueur des Sarrasins en 975, dont une descendante, £uime de l'rovence, avait fait passer, avec une partie de son domaine, Vager Argentetis, près d'Arles, célèbre sous le nom d'Archant ou i'Alischans^ dans la maison de Toulouse, par son mariage avec Guillaume Taillefer {voy. Notice sur Orange^ par J. Courtet, Revue Archéol. ix« année, 52, pp. 336 et 87) ; et nous n'ignorons pas combien cette maison de Toulouse tient au cœur du poëte, qui se rappelle jusque dans l'Enfer les tombeaux d'Alischans. (£. ix.)
Le personnage fictif de Guillaume est une véritable marqueterie, dont les Guillaume de toutes les époques et de tous les pays ont fourni un fragment. « .*^ouvent, dit M. Paulin Paris, les aventures attribuées à Guillaume d'Orange par les auteurs des romans de gestes appartiennent à d'autres héros do môme nom, tantôt Guillaume-Bras-de-fer, fils de Tancrède de Hauterive, tantôt Guillaume- Longue-Épée (deux héros normands comme Guiscard) avec lequel on semble le confondre. » (Manuscrits delà Bibl. m, p. 120.) Les romans de gestes dans lesquels il figure ont été évidemment composés par des hommes hostiles à l'influence des pays de langue d'otï sur celui de langue d'oc, comme le reconnaît M. Paulin Paris, en disant qu'ils « offrent le symbole de la réaction de la Provence contre l'Ile-de-
France. « {Ibid, p. 116.) Peqsera-t-il que te caractère de ces compositions ait échappé à Dante, et que ce n'est pas précisément pour cela que Guillaume d*ûrange soit devenu pour lui un saint?
Nous n'avons certainement pas l'inlention d'analyser ici les enfances Guillaume, la bataille d'Aleichans, le charrois de Nismes^ le couronnement de Looys, la prise d'Orange, la mort d'Aymeri de Narbonne, li convenans Vivien, Girard de Yiane, la bataille de laquifers, etc. , nous en signalerons seulement quelques passages qui, de même que pour Lancelot du Lac, indiqueront l'esprit dans lequel ces compositions furent écrites, et dans quelle inieiiiiou Dante a pu leur emprunter des saints comme Guillaume et Rainoard.
Ceu]c qui auront la patience de feuilleter ces romans de gestes y verront, que le marquis au Cort nez substitua ce surnom à celui de Fierebrace, illustré par lui auparavant, à la suite d'un combat qu'il soutint sous les murs de Rome contre le géant Corsuble, champion de Galafre, Soudan d'Egypte, dont le cimeterre lui abattit une partie du nez ; qu'il devint amoureux de la belle Orable {Orabile, à'Orare)^ fille de Ciariaus (de Clarus), seigneur sarrasin d'Orange; que Je roi arabe Thiébaut {Theobaldus, hardi contre Dieu), l'ayant demandée en mariage, elle lui fut accordée, quoique déjà éprise de Guillaume; mais qu'en habile magicienne, elle s'amusa à baffouer son époux pen* dant son repas de noces ; bêtes féroces, géants, moines, sangliers se détachent des tapisseries pour tomber sur les convives, qu'une inon"' dation met en déroute, et qu'elle laisse Thiébaut se coucher seul.
Ils y verront que le mariage d'Orable n'empêche pas Guillaume au Cort nez de la prendre àper eà moilliei^ du vivant de son mjari, après l'avoir fait baptiser sous le nom de Guibourc, et, comme nous passons sur les merveilleux exploits du héros, nous appellerons seulement leur attention sur le nom assez étrange de Noupatris, roi d'Oraste, qui nous paraît dériver de Nous Patris, Tesprit du Pape, régnant sur ceux à qui l'on à\X orale, fratres.
Mais nous avons bâte d'arriver à la conversion de Guillaume^ qui n'est pas toujours très-bien embouché, témoin la manière dont il traite, après la bataille d'Aleschans, sa nièce Blanchefleur, femme du roi Looys : « Tais-toi, dit*il, pute lisse provée, Tbiébauz l'Arrabe vos a ensoinantée et meintcfoiz comme putain foliée. » (Vers 3,018.) t Quant la chière vos est si enflamée et Looys vos a bien retornée, iij fois ou iiij dessous lui défolée, quand de luxure estes bien saolée, etc. » (Vers 3,030.)
Après la mort de sa femme Guibourc, née Orable, qui « fumcmU
de franche urine ^ > est-il dit, vers ^,697 de la batajUle d'Aleschans, GaillaDme aa Cort nez a la fantaisie de se faire moine et va prendre le froc « dans le moustier de Genves, en Genevois sur mer. » Bientôt les moines se plaignent que ce robu<$te soudard, dont la robe lai est trop courte d*un demi-pied, boit et mange quatre fois comme eux el surtout de ce qu'il les roue de coups lorsqu'il est ivre. L'abbé reconnaît qu'ils ont pris là une lourde charge et, pour s'en débarrasser, il envoie frère Guillaume à la mer chercher du poisson pour le couvent. « Si vous êtes attaqué par les voleui*s du bois de Beaucler, lui dit-ll, donnez sans résistance, cheval, robe, bardes, bottes, et ne bataillez pas: s'ils vont pourtant jusqu'à eiiger vos brayes (caleçons), défendez-vous, mais que vos armes soient seulement dtos et de chair. )i Guillaume part avec ces instructions et, attaqué par quinze brigands, comme l'espérait bien l'abbé, il donne successivement « gonne de son dos, l'estamine et le froc, » son cheval, ses bottes et ses gants; mais les bandits le somment de leur donner encore ses braies et sa ceinture. Alors, perdant patience, il en tue deux ou trois à coups d^ poing, en écrase deux l'un contre l'autre, en brise un septième contre un chêne, puis il arrache la cuisse et la jambe d'un cheval de somme, et, ainsi armé de chair et d'os, il dépêche le reste des bandits. Cette besogne terminée, il remet en place la cuisse du sommier, en priant Dieu de le guérir, ce qui s'accomplit par miracle, et le cheval le suit avec son fardeau.
A son retour au moustier, les moines sont tout déconvenus. Ils lui ferment la porte au nez; mais frère Guillaume prend une grosse poutre et fait voler en éclats ais, gonds et verroux. Le frère portier et deux moines sont tués du coup. Guillaume tombe sur les autres à poings fermés, les foule aux pieds, déchire leurs chapes, renverse l'abbé d'un coup de pied, et rentre ainsi en vainqueur dans le monastère. L'abbé prend le parti de lui pardonner, et, certain d'avoir toujours assez de moines, « jà de moines recoverrons planté, » il fait enterrer les morts, et Guillaume a du bon vin « tant com il pot boire. > Bientôt, sur l'avis d'un ange, il quitte l'abbaye pour se faire hermite au désert de Montpellier. Là, le roi Louis, attaqué dans Paris par le païen Ysoré, venant « d'outre la mer de Sassoigne, » envoie quérir Guillaume. Il quitte donc son hermitage, vole au secours du roi et tue Ysoré en combat singulier, puis revient au désert achever « bêlement son moustier. » Il veut ensuite construire un pont sur le torrent voisin; mais le diable défaisant la nuit son travail du jour, Guillaume le guette un soir et le précipite dans le gouffre. Enfin il
CHANT XVllI. 1009
prend le parti d'aller s'établir à Gellone. Il y trouve un désert infesté de reptiles, « serpenteaux crestés, granz lézards et granz crapoz enflés; » mais il se met en prières et tous se précipitent dans Tcau avec d'alTreux mugissements. Guillaume entreprend de se bâtir une cellule; mais survient un géant « grant et orrible » qui, armé d'une masse énorme, désolait la Provence. Le vaillant hermite arrache un jeune arbre pour combattre son adversaire, lutte avec lui corps à corps, le terrasse et le lance dans le torrent
Ceux qui voudront en savoir davantage se reporteront au Moniage Guillaume, où la légende de Guillaume de Gellone se confond avec celle de Guillaume l'hermite, et peut-être arriveront-ils à comprendre ce que signifient dans ce récit, évidemment allégorique, les serpents crestés, les crapoz enflés, le géant à la massue qui dévaste les pays albigeois, et les jeunes arbres (plantes nouvelles, néophytes), à l'aide desquels on parvient à le terrasser.
On n'aura pas à nous opposer que le Guillaume du poète est celui de la légende et non celui des romans provençaux; car c'est précisément pour qu'il n'y ait pas de confusion à faire, qu'il a pris la précaution de l'accoupler à Rainoard, comme il a associé Roland à Charlemagne, afin de reporter la pensée sur le grand Empereur des romans de gestes. Or, nous allons pouvoir apprécier tout à l'heure les mérites de cet autre saint de la façon du poète.— On peut consulter, du reste, la vie de saint Guillaume dans la collection des Bollandistes, au 28 mai. Mabillon l'a insérée dans ses Acta SS., ordL S. Bene^ dîctû
.... Rainoard, etc,
18. Les commentateurs sont très-sobres d'explications sur Rainoard ou Rainoarz, qu'ils se contentent de nous donner comme un parent de Guillaume d'Orange ; ce serait donc un saint par alliance. Son nom dérive des mots provençaux raina, querelle, et rainos, renous, querelleur, hargneux {voy. les lexiques romans de Raynouardet de Roquefort), et son caractère ne dément nullement son nom. Quant à son origine, « fiz fu d'un escler o (arabe), dit le roi Looys, dans la Bataille d'Aleschans, et il fut acheté par lui « dessoz Palerme. » Il est alors âgé de quinze nns et sert comme marmiton dans la cuisine royale. Guillaume d'Orange, charmé de sa bonne mine, le demande au roi, qui le lui donne volontiers, et, à la requête du jeune garçon, il l'emmène à Àleschans. Son premier exploit, sur
la route, est d'entrer de force dans un couvent de moines, de tuer leur cuisinier, de manger' leur diner, de boire leur vin Ji leur barbe dans le réfectoire et de faire l'aumône à leurs dépens. Il tue ensuite, avec rénorme gourdin ou plutôt madrier, que le romancier appelle tinel, le cuisinier de Guillaume. Puis voilà que la petite nièce du duô, Alice, fille de filancheflcur et du roi Looys, s'amourache de Rainoard pour sa bonne grâce à porter son gros tinel. Après s'être enivré à la table d'Ëymery de Narbonne, il jette au feu un troisième cuisinier, du nom de Marquet, pour s'être opposé à sa gloutonnerie. Lorsqu'il a « iVJarquct ars, » dame Guibourc, la femme de Guillaume d'Orange, l'emmène « en sa chambre perrine » pour s'informer de lui qui il est, sans grand résultat; elle ne l'arme pas moins de pied en cap comme elle aurait fait d'un chevalier. Rainoard, ainsi équipé, s'en va à la cuisine voir tourner les broches, s'y gorge de viandes et de vin, puis remonte à la salle, où il se remet è manger et à boire de plus belle avec les seigneurs.
Ce qu'il aime le plus au monde, après la bombance, c'est son tinel, ce madrier qu'il manie sans plus d'effort qu'un chevalier sa lance, quoiqu'il faille une charrette et quatre chevaux pour le traîner. Rainoard, dont il est les amours, le baise, le caresse, le lave et en fait son oreiller, quand « il dort au feu la pance enflée » vers 5,027.
Telle est sa seule arme dans la sanglante bataille d'Aleschans, où il accomplit des exploits merveilleux. Après avoir abattu des milliers de Sarrasins, il délivre les neveux de Guillaume, faits prisonniers par l'ennemi; mais sous la force du dernier coup qu'il vient de porter, son tinel s'enfonce en. terre et se brise, cela ne l'empêche pas de tuer plus de 200 païens à coups de poings, et enfin il se rappelle qu'il porte une épée au côté.
Les païens sont en fuite quand Rainoard reconnaît le roi Desramé, son père, qui lui reproche d'avoir donné la victoire aux Francs, en l'appelant fils de putain, et en lui portant un coup sur son casque. Rainoard va le tuer, quand son frère Jambu se jette entre eux et tombe sous le coup, la tête tranchée, Rainoard alors de s'écrier : « Si feré-je Dcsramé le chenu se il ne croit le digne roi Jhesu. »
Mais ne voilà-t-il pas que ce chrétien zélé jusqu'au parricide se met en fureur contre Guillaume d'Orange qui ne Ta pas attendu pour diuer. Rainoard menace de renier le Christ et jure par Mahom, que pour se venger il prendra Orange et fera venir contre celui qui l'a offensé toute sa parenté royale. Il se laisse enfin attendrir par Guibourc, en qui il reconnaît sa sœur Orable, et loi raconte comme quoi
ce fut eu fuyant, après avoir tue un de ses petits frères, avec qui ii jouait, qu'il fut pris et Tendu par des marchands. Gomme il n'a pas encore été baptisé, l'éveque Aymer verse Teau sainte sur son front, et Guillaume, qui vient d'être son parrain, l'arme chevalier, et veut lui faire épouser sa petite-nièce Alice, fille du roi Loôys, « li veut doner Aaliz a moillier. » Un messager part donc pour Paris, et le roi, qui n'a rien à refuser à son oncle, envoyé sans relard la princesse è Orange, où elle devient la femme du héros au tinel. Kn considération d'une aussi belle union, Guillaume donne à Rainoard beaucoup d'argent et en outre les villes de Torlolose (Toulouse) et de Portpaillart (Port-Yendre).
Comme Guillaume, Rainoard finit par prendre le froc. Mais nous croyons en avoir dit assez pour édifier chacun sur ce personnage dont sont issus en ligne directe, et le géant Morgan t, le Monjanle maggioie, et frère Jean des Entomeurcs. D'où l'on peut conclure que Danle fut au moins aussi bon catholique que le chanoine Pulci et le curé Rabelais, comme Rainoard un saint suigcmris.
Godefroyt le grand chef, elc»
19. On voudra bien remarquer que Godefroi de Bouillon est le seul véritable croisé dont le nom figure sur la liste assez singulièrement mélangée, que le poëtc fait passer sous nos yeux. C'était bien le moins que le Patriarche des croisades imprimât «i ces héros évoquée par lui, nous savons maintenant dans quel but, le caractère de défenseurs de la loi du Christ, en leur adjoignant le Capxtano clie 'l gran sepolcro liberô di Crùto, Bien des gens ne connaissent Godefroi de Bouillon que pour avoir lu la Jénisalem Dclivrce^ et j)our eux il est le prototype du chrétien soumis de cœur à la voix du chef de l'Église, un pius Mneas catholique. Ils seront donc bien surpris d'apprendre que le dévot capitaine fut l'ennemi acharné de Grégoire YII, qui l'excommunia, et de sa propre tante, la grande comtesse Mathilde, l'amie et la protectrice dévouée de ce glorieux Ilildebrand, si maltraités tous deux dans l'Enfer et dans le Purgatoire. Or, voici, pour leur édificalion, ce que nous apprend l'histoire, en projetant un peu d'ombre sur l'auréole poétique du héros.
Godefroi-le-Bossu, chef de la maison de Basse-Lorraine, mort à
Anvers en 1076, laissa à notre Godefroi, fils puîné de sa sœur et
d'Eustache, comte de Boulogne, la seigneurie de Bouillon, les comtés
d'Ardenne, de Verdun et de Metz. L'empereur Henri IV, désireux
de se faire des partisans dans la lutte qu*il engagea, au sujet des in- Testitures, avec Grégoire VIT» qu'il avait fait déposer par la diète de Worms, le créa marquis d*Ânvers ou de Bral>aDt. En reconnaissance de ce bienfait, lorsque le parti saxon et haut allemand eut décerné la couronne impériale à Rodolphe, duc de Souabe, en mars 1077, Gode* {roi se déclara avec une extrême énergie contre ce compétiteur et servit de tous ses efforts la cause de l'Empereur excommunié par l'indomptable Hildebrand, en même temps que celle de l'anti-pape Guibert, élu le 31 mai 1080 dans une espèce de Concile tenu à Brixen, dans le Tyrol. Ce fut à lui que l'empereur Henri IV confia l'étendard de l'Empire, contre'lequel la comtesse Mathilde, sa tante, comme veuve de Godefroi-le-Bossu, soutenait de tous ses efforts la bannière de l'Église. Un chroniqueur lui attribue même la mort de Rodolphe, tué dans une grande bataille aux bords de l'Elsten Victorieux de ses ennemis en Allemagne, Henri IV ayant repassé en Italie, s'avança contre Rome, et Godefroi monta le premier sur les murailles de la ville éternelle, qui fut prise par les Impériaux, bientôt forcés de battre en retraite à l'approche des Normands de Robert Guiscard. Ce fut en récompense de ces exploits contre l'illoslre chef de l'Église, que Godefroi fut créé, en 1093, duc des deux Lorraines, lorsque cet Empereur en eut dépouillé son fils Conrad, en châtiment de sa rébellion parricide, à laquelle la comtesse Mathilde fut accusée de l'avoir poussé {Irnp. Henr, vitcu Veterum script. , qui, etc. , p. 1 88. ) Ainsi Godefroi de Bouillon aurait commencé sa carrière par le dévouement à l'Empire et la révolte contre l'Église; il aurait préludé par la prise de Rome à celle de Jérusalem. {Voy. Albéricap. Leibnilz, access. I, 180. Michelet Hist. de France, II, 229. H. Martin, m, 137, 165.)
Dante, parfaitement au courant par son trisaïeul des motifs qui avaient déterminé l'empereur Conrad à se croiser sous la pression de saint Bernard, n'ignorait certes pas davantage le mobile politique auquel obéit Godefroi de Bouillon en allant porter la guerre en teiTe sainte; mais nous ne saurions guère douter, puisqu'il est le seul parmi tant d'illustres croisés dont il ait jugé à propos de faire men tion ici, que ce mobile ne fût en parfait rapport avec les antécédents anti-guelfes du conquérant de la terre sainte.
,.,.Le fier Roheri Guiscard^ etc.
20. Si l'on se rappelle comment saint Bouaventure a procédé à
l'éloge de saint Dominiqne, en rappelant les mérites de saint Fran* çois, afin d'avoir moins à dire sur ceux de son émule, on nous pardonnera d'entrer ici dans quelques détails biographiques sur ce Robert Guiscard ou l'Avisé (de Wùe), que Dante place précisément à côté de Godefroi de Bouillon, quoiqu'il n'ait jamais pris la croix, ni mis le pied en terre sainte. Il faut bien expliquer comment l'un des plus rudes adversaires de Grégoire YII se trouve ainsi associé dans sa pensée à celui qui se proclama son défenseur. Disons-le de suite : c'est que tous deux furent excommuniés par lui et que tous deux, entrés dans Rome le fer en main, y firent couler h flots le sang des défenseurs de TÉglise.
On sait comment la Fouille fut conquise par les aventuriers normands, dont les chroniqueurs contemporains dépeignent ainsi le caractère : Solo deo immortali audientes esse, cuncios mortales pro hostibusducere. (Baron. , Anna/, an. 1058-59. — Vbi vires non succeS' sissent, non minus dolo et pecunia corrumpere, GuilL Malmesb. ap» Scr. fr. XI, 183.) M. Michelet fait d'eux ce portrait peu flatté : « Mélange d'audace et de ruse, conquérants et chicaneurs comme les anciens Romains, scribes et chevaliers, rasés comme les prêtres, et bons amis des prêtres, au moins pour commencer, ils firent leur fortune par l'Église et malgré l'Église. » {Hist. de France, ii, 175.) En eflct, les deux empires d'Orient et d'Occident s'étant confédérés contre eux, l'empereur Henri III chargea le pape Léon IX, Allemand et allié de sa famille, d'exterminer ces envahisseurs. Mais le belliqueux pontife, abandonné de ses soldats, tomba entre les mains des Normands, qui n'eurent garde de le maltraiter. Loin de là; agenouillé dévotement aux pieds de leur prisonnier, ils le contraignirent de leur donner, comme fief de l'Église, tout ce qu'ils avaient pris et pourraient prendre dans la Fouille, la Galabre et en Sicile. (Gaufr. Malaterra, i, 1&; Guill. Apul. il, p. 261; Hermann. Gontract. ap. Scr. fr. XI, 21.) Le principal personnage de cette comédie, qui se renouvellera plus d'une fois, est Robert Guiscard, en compagnie de son frère Humphred. Bientôt maître de la plus grande partie de l'Italie méridionale, Robert se fait duc de Fouille et de Galabre au détriment de ses neveux, fils d'un frère aîné. Alors il ne respecte pas même le territoire de l'Église. Une première excommunication est lancée contre lui; mais il n'en tient compte; et le pape Nicolas II, tombant à son tour entre ses mains, est obligé de la lever, de reconnaître son titre de dac, de le nommer lui et ses hoirs, à perpétuité, légats du saint-siége en Sicile, ce qui coupe court à toute discussion sur la
1014 LR PARADIS.
qaestiondes invesiiiurcs, et de dcienir, malgré laî, le suzerain de ce terrible vassal, qui lui prête serment comme tel et reçoit de sa main une bannière. (Baron. , A/m. , 67, 68.) jMais plus Robert s'agrandit, moins il respecte le lien féodal qui l'attache an saint-siége. Il ne s'arrête enfin dans ses usurpations, qu'au moment où Grégoire VII, qui d'abord a reconnu la nécessité de le ménager, se décidant à rompre entièrement {\01U), fulmine l'excommunication contre lui et les siens : Normarmi cpii nobis rebelles sunt. {Epist. 25; I. I ; Collect. Mansi, t. xx, p. ûl6.)
;Sur ces entrefaites, l'anti-pape Guibert est proclamé sous le nom de Clément III, et, sous son influence, une conspiration est organisée dans Rome par Cencius, qui s'entend avec Robert Guiscard i)our mettre à mort Grégoire VII ou le livrer à l'empereur Henri IV, avec qui le prince normand avait noué des relations amicales (Platina). Dans la nuit de Noël 1075, des sicaires dirigés par Cencius envahissent Sainte-Marie -Majeure. Grégoire est saisi par des mains sacrilèges, ses vêtements pontificaux sont déchirés, et il est entraîné dans une des tours de Cencius, d'où le peuple soulevé parvient à l'arracher. (Paul Bernried, Pandolphe de Pise, cardinal Aragon, Lamb. Platina, Sigonius, etc.)
Dans sa cupidité insatiable, qui le faisait visera conquérir l'empire d'Orient et à devenir empereur d'Occident, Robert met, en 1078, le siège devant Bcnévent, ville de l'État pontifical, qui ne lui échappe que par l'intervention armée de Jourdan, son neveu.
Sentant enfin qu'une réconciliation avec le Pape favoriserait puissamment ses projets ambitieux sur l'empire d'Occident, il se rend deux ans ajirès à Bénévent, et se jette aux pieds de Grégoire VIL Le pontife le reçoit en grâce et lui donne de nouveau en fief la Pouille et laUalabre, tolcranl avec résignation q\x'i\ conserve ce qu'il retient en outre injustement, à la seule condition de défendre l'Église contre ses ennemis. (Baron., Ann. Muratori, vi, 421.) A en croire Guillaume de Ponille et Richard de Cluny, d'après un bruit alors répandu, le Pape aurait promis de plus au prince normand, de le couronner roi d'Italie. Ce qu'il y a de certain, c'est que Grégoire VII écrivit aux évoques de Pouille et de Calabre pour leur recommander de soutenir de toutes leurs forces Robert Guiscard, qui s'apprêtait à venger l'empereur grec Michel contre l'usurpateur du trône de Constant! nople {Epist, j viii, 6), ce qu'il ne fit sans doute qu'en exécution d'une clause secrète.
Mais Robert était bien plus presse de s'emparer du trône de By-
CHANT XVIIÎ. 1015
zance qae de remplir ses engagements contre Henri IV et ses partisans. En même temps qu'il se rend maître de Corfou, de Butrento, et qu'il assiège Darazzo (Anne Comnene, Alex, i, et Gauf. Malaterra, lil, 13), il négocie avec l'empereur Heuri IV un traité d'al-* liancc contre Grégoire VII qui, menacé de se voir assiégé dans Rome, chargeait Didier, abbé du Mont-Cassin, de découvrir à quel point en était ce traité plein de périls pour lui. {Epist., xi, 1. 9.)
Les Allemands s'avancent en effet contre Rome, dont Hs s'emparent sous la conduite de Godefroi de Bouillon, et ce n'est qu'en 103/i que ce dévot catholique, ce saint selon le cœur de Dante, se décide à marcher au secours du pontife assiégé dans le château Saint-Ange par les troupes de Henri IV, depuis la Pentecôte 1081. La porte Flaminie lui est ouverte, et aussitôt Rome devient la proie d'une soldatesque effrénée, avide de sang et de butin, composée en grande partie d'éléments sarrasins. Maisons, palais, églises, monastères, sont livrés au pillage, puis aux- flammes, les hommes sont passés au fil de l'épée, les filles, les femmes, les religieuses ont à subir le viol et le martyre. C'est avec des peines infinies que Grégoire et ses gardes parviennent à sauver du pillage et de l'incendie un petit nombre d'églises, Rome entière nage dans le sang, et la flamme a tout ravagé depuis Sain t- Jean- de-Latran jusqu'au château Saint-Ange. « Hostiliter incedens et vastans a palatio Laierani risque ad castellum Sancti Angelù » (Romuald, SalerniL Chronicon.) nDux {Robertus) ignem exclamans, urbe accema, ferro et flamina insistit. » (Hist. sicul. rer., t. v.)
Voilà de quelle manière Robert Guiscard traita la capitale du monde catholique, qu'il venait défendre en vertu des traités, durant trois jours qu'il y exerça un pouvoir discrétionnaire ; c'est ainsi qu'il récompensa le peuple qui avait arraché le pontife aux mains de Cencius et de ses sicaires. (Berlhold, Léo Ostiensis, m, 52; Gaufred. Malaterra, m, 37; Pandulph. Pis.) Ces exploits accomplis, le prince normand s'éloigna de Rome et de ses ruines fumantes; il partit, mais en n'oubliant pas d'emmener avec lui le Pape dont il espérait se faire un instrument utile à sa grandeur et qui mourut peu après à Salerne, en 1085.
C'en est assez sans doute pour apprécier le saint personnage que le poêle se fait signaler par le Patriarclie des croisades, comme un modèle à suivre, le doux et pieux héros dont il fait le compagnon de Godefroi de Bouillon, comme pour nous donner à entendre, que le défenseur patenté de l'Église sut trouver moyen d'être plus funeste
encore à nome que le guerrier qui, marchant contre clic en ennemi, avait eu la gloire de la prendre d'assauL
C'est donc bien le cas de répéter ici avec saint Bbnavcnture : Degno è che dov' è l'un, l'altro s'induca, si che, conC elli ad una miliica^o, coii La gloria loro insieme luca (Par. , xii), et d'ajouter avec lui : Se tal fu Ctina ruota délia biga, ben ti davrebbe assai essa^ palese l'eccellenza dell'altra.
Bien des. noms gloricnx auraient pu être ajoutés à cette liste, si la pensée du poète eût été réellement catholique ; ceux de saint Louis, par exemple, et de Raymond de Saint-Gilles. La haine que poruit Dante à la Maison royale de France excluait nécessairement le premier, mais son affection pour la Maison de Toulouse devait plaider pour le second. Veut-on savoir quel motif puissant arrêta sa plume? C'est qu'il ne pouvait faire mention du glorieux comte de Toulouse, aïeul de Raymond Bérenger VI, sans rappeler soudain à l'esprit le cheï de la croisade dirigée contre ce dernier, et sans dénoncer, pour ainsi dire, le silence profond gardé par Cacciaguida au sujet de Simon de Montfort Ce silence, personne n'a songé à le remarquer, grâce à l'habile précaution qu'il a prise ; il est pourtant assez éloquent Le désastre des Albigeois ne remontait pas encore à un siècle; c'était donc un événement récent et presque d'un intérêt actuel par ses graves conséquences. £h bien, Cacciaguida s'abstient de signaler le glorieux champion de l'Église, le héros de la croisade, l'ami de saint Dominique et de Foulque; il laisse à l'écart des héros historiques pour citer qui? des héros de romans! Qu'on veuille bien y réfléchir et l'on sera forcément amené à conclure avec nous, que les Albigeois, loin d'être des héréUques aux yeux du poêle, étaient de glorieuses victimes et des martyrs de la religion d'Amour, que les seuls saints les seuls véritables chevaliers de la Croix étaient ceux qui avaient combattu leurs ennemis.
.... Vint se miter sans reiard Au chœur où dans le chant se montra tout son art.
2t. Cacciaguida s'est acquitté de son rôle avec toute l'habileté possible dans le cours de ces trois chants, et il est temps de le congédier ; mais le poète tient à constater combien ce personnage a déployé d'art dans la tâche difficile de manifester pour les élus sa pensée secrète, en' la faisant accepter pour orthodoxe par les profanes. Aussi le proclame-t-il grand artiste panni ceux à qui il a donné la parole dans ses chants du Paradis, fra i cantor del Ciel ar lista.
Et Danic a raison de le proclamer tel, car il a su nous insinuer tout doucement que, dévoué de cœur à la cause impériale, il avait embrassé la religion d*Âmour h la suite de son mariage avec une Yaudoise ; il a mis sous nos yeux un magnifique tableau de la prospérité de Florence, au temps où elle s*abritait sous le patronage impérial, et où partie de ses citoyens professaient en paix la foi des Pauvres de Dieu, il a passé en revue les plus anciennes familles florentines, leur distribuant Téloge ou le blâme selon qu'elles avaient suivi l'étendard de TËmpire ou la bannière de TÉglisc. Il a prédit le triomphe à son arrière-petit-fils, sur ses ennemis guelfes; enfin il a glorifié dans Josué, regorgement des rois et la destruction du culte des images, dans Judas Machabée, les défenseurs du Temple et ses vengeurs, dans Charlemagne, la plus haute expression de la puissance impériale, dans Roland, la force |>opu1aire se dévouant à son service, dans Guillaume et Rainoard, dévots à la manière des Normands, assommant les moines tout en prenant eux-mêmes le froc, les héroïques défenseurs de cette Aquitaine envahie et dévastée par les hordes idolâtres que déchaînait sur elle Noupatris, roi d'Oraste ; enfin dans Godefroi de Bouillon et Robert G uiscard, les deux champions qui avaient causé le plus de mal à Grégoire YII et à sa cause, Tun en le combattant à visage découvert, l'autre en se posant comme son défenseur. Ajoutons que Guillaume d'Orange, dont les poètes provençaux faisaient l'auteur de la maison de Toulouse, et sur le compte duquel ils se complaisaient à mettre les exploits des héros normands, ennemis de la France du nord (P. Paris), Guillaume supplée ici Raymond de Saint-Gilles, passé volontairement sous silence, comme le Sicilien Rainoard supplée Frédéric II, issu de Robert Guiscard, par sa mère Constance, autre croisé dont il ne fallait pas réveiller le souvenir.
Gacciagnida, qui s'est tiré sans encombre d'une pareille épreuve, au point que personne ne s'est avisé jusqu'ici de suspecter la bonne foi de ce vieillard vénérable, et ne s'est aperçu de l'extrême adresse avec laquelle il excluait du notubredes champions de la vraie foi, Simon de Montforl, le héros de la croisade albigeoise, pour exalter le rusé Normand dont l'assistance désastreuse avait été pour Grégoire VU une lamentable droix, Cacciaguida, il faut le reconnaître, peut être considéré comme proies en l'artd'amour ou Gaie science, et mérite incontestablement le titre d'artiste que lui décerne son arrièrepetit-fils ; aussi le fait-il figurer au centre de cette troisième cantique, comme résumant dans son ensemble le plus complet sa pensée politique et religieuse. £n évoquant cette belle et noble figure, Dante
1018 LR I»ARADI8.
semble avoir voulu nous dire : Voilà celui dont j'ai suivi l'exemple et les leçons, comme lui, j'ai été Gibelin et j'ai préféré la religion d'Amour à la .rdigion de haine, celle de la vallée du Pô à celle de la vallée du Tibre; comme lui, j'ai pris la Croix malgré moi, pour servir mon empereur bien aimé, car ce langage orthodoxe qu'il m'a fallu affecter, pour diriger plus sûrement mes coups contre la théocratie romaine, a été bien réellement pour moi une lourde croix; mais c'est à quoi doit se résigner quiconque veut combattre satan Aleppc et suivre la loi de Christ, chiprendesua croce e segue CRISTO, mais non t)as le Pape.
.*„ Attendant que ta bouche ou son gesU Me dictât tnon devoirf etc,
22. C'est en effet par l'enseignement oral et à l'aide des signes convenus, per parole o per attosegnato (voy, chant xv, note 8), que les membres de TÉglise occulte étaient mis en demeure d'accomplir leur devoir, tï loro dovere, en contribuant, dans la mesure de leurs forces, au triomphe de leur foi.
...».Je visses beaux yeux Briller re$plet\dissants, si purs et si joyeux, etc
23 E vidi le sue luci, etc., cioè le sue demostraziani^ dit l'Ottimo, nous donnant ainsi une nouvelle preuve de sa parfaite intelligence du poète, qui déclare dans le Cofwito,qvLe les yeux de sa dame Philosophie sont ses enseignements.
Du reste, Béatrice aurait été bien diOicilo à satisfaire si elle ti'eût pas montré l'allégresse la plus vive après avoir entendu le Patriarche des croisades exprimer, dans un langage dont elle avait la clef, des opinions si complètement selon son cœur. Aussi se montre-t-elle à son Qdéle plus rayonnante que jamais, de joie et de bonheur, tatuo mera, tanto gioconda, car l'allégresse de Béatrice s'accroît à chaque bonne malice que son disciple bien-aimé peut faire k sa rivale détestée, et nous ne sommes pas au bout.
Comme, alors gu'on se sent de jour en jour au cœur Plus de joie à bien faire^ etc,
2U. Dante se rend avec justice ce témoignage qu'il a parfaitement opéré dans ces trois derniers chants, où il a déployé toutes les ressources du génie poétique, en même temps que les combinaisons de
la. dissimulation haineuse la plus raffinée. Machiavel a dit «il faut faire le fou, comme Brutus, louant, disant, vantant, accomplissant des choses contraires à sa conscience, ^uv plaire au prince. » Dante Tavait .devancé dans la théorie et dans la pratiqué et, pour abuser le prince, princeps mundi, pour travailler à sa ruina, il n*hésita pas à faire le fou, almercato de' non saggi (Canz. xv. Voy. RcvéL, p. 36û), à feindre la dévotion catholique et à dire des choses contraires à sa conscience. Le tout pour s'élever de. plus en plus, bene operando, à ses propres yeux et à ceux de son adorable Biatricc qui, eu récompense de ce que la sua virtute avanza, le fait monter^ au ciel de Jupiter.
Je reconnus, à voir utw douce lumière Épancher mollement sa limpide blancheur, etc»
25. Savez -vous pourquoi Béatrice passe du rouge au blanc ? C'est que, de Tatmosphèrc de Mars, dont la teinte sanglante s'est reflétée forcément sur elle, et cela à sa grande honte, elle passe dans l'atmosphère . toute gibeline de Jupiter, dont la couleur blanche, celle des partisans de r£mpire et des Templiers, la décl^arge de cette honte qui lui empourprait la face, di vergogna il carco. N'êtes-vous pas convaincus , recourez au Tuileur maçonnique. Il vous a déjà parlé d'une tenture rouge décorant la loge du Patriarche des croisades, que nous avons retrouvéedans Marsaurûo affocato. Eh bien, il vous signalera une tenture blanche (p. 20^) dans la loge des chevaliers Kadosh ou Parfaits, que le poëte nous ouvre dans Jupiter, candida e temprata Stella, Ainsi chez Béatrice le changement de couleur continuerait de se trouver en parfait rapport avec la décoration rituelle de la Maçonnerie. Elle serait ou rouge ou blanche, selon que la loge correspondante au ciel dans lequel elle passe, est tendue de rouge ou de blanc. Mous laissons tirer la conséquence aux lecteurs de bonne foi.
En Vaslre jovie^ije vis dislinctemenly etc.
26. Le P. Lombard] a eu raison de croire que Tépithète de gioviale, appliquée à la planète de Jupiter, doit s'entendre tout à la fois dans le sens de jovien et de jovial. Pour le poëte, en effet, cette planète toute monarchique est comme un fanal, facella, allumé à l'aide de la Gaie science, pour éclairer les fidèlcs-d'Amour désireux de voir la monarchie universelle remplacer la théocratie catholique ; aussi est-ce l'amour monarchique, Camor che li cra, représenté par
des souverains selon le cœur du poète, qui va dessiner les lettres destinées à imnifestcr sa pensée intime. Mais commençons par a|>prendre de lui-même quels rapports 'pouvait avoir l'astre jovial, où il est transporté, avec une des sciences recommandées aux adeptes : « Le ciel de Jupiter peut se comparer à la géométrie pour deux propriétés. Ainsi, d*abord,il se meut entre deux cieux dont la température opposée contraste, répugna, avec la sienne qui est moyenne et bonne : savoir, entre le froid de Saturne et la chaleur de Mars. D'autre part, il est le seul entre toutes les étoiles qui se montre blanc et presque argenté. De même, la géométrie se meut entre deux parties qui contrastent avec elle, repugnanti ad essa, savoir entre le point et le cercle, qui tous deux répugnent à sa certitude; car le point est immésurable, à raison de son indivisibilité, et aussi le cercle, dont l'arc résiste à une quadrature parfaite. La géométrie est aussi très-blancbe en ce qu'elle est sans tache d'erreur, et très-certaine par elle-même, ainsi que sa suivante, anceila, qui a nom perspective. » Nous verrons plus tard des mêmes sciences mentionnées honorablement, à raison de leurs rapports mystérieux avec tel ou tel grade, dans les réceptions maçonniques.
Brillantei de clarté, ces saintes créatures,
Volant tout en chantant, dessinaient des figures, etc.
27. Ces saintes créatures, santé créature, non moins bien disciplinées que les oiseaux du marécage dont les bandes.se forment soit en ligne, soit en demi-cercle, soit en triangle, mues qu'elles sont par une pensée unique , se groupent d'elles-mêmes de manière à reproduire les caractères destinés à formuler leur devise commune.
D'ahord leur danse au chant s'accordait nohle et digne, ete,
28. Ces élus royaux chantaient tout en accomplissant leurs évolutions graphiques, mais Dante s'abstient discrètement de nous dire ce qu'elles chantaient Nous n'avons pas de moins bonnes raisons pour croire que leurs chants ne différaient guère de ceux qui retentissaient tant dans les temples albigeois que dans ces loges maçonniques signalées dansleVti/^. eloq., lib. l, comme répandues par toute l'Italie, et où les Templiei*s réunissaient leurs affiliés. Car, il n'y pas à s'y tromper, après avoir passé successivement par les grades de prince de Mercy, de chevalier du Soleil, de Noachite, de grand Écossais de Saint-André ou Patriarche des croisades, Dante arrive,
CHANT XVllK 1021
dans Jupiter, à cdai de chevalier de Y Aigle uoir ou blanc ou de Kadosh, mot hébreu, dont l'acception est la même que celte de Cathare, c'est-à-dire sanctus, purificatus, ou Parfait Nous savons déjà que Jupiter se fait remarquer par sa blancheur, candare, comme Mars par sa rougeur, et qn*une tenture blanche décore la loge des chevaliers Kadosh. Les changements de couleur de Béatrice, en passant d'une de ces planètes dans Tautre, vous ont paru assez significatifs ; mais la ressemblance ne s'arrête pas là.
Qu0 dans ces qtUlques vers éclate ta puissance, etc.
29. On va juger si la difficulté que le poète avait à vaincre, se bornait à l'ajustement de quelques mots latins dans ses tercines, et si les détails maçonniques, dans lesquels il se proposait d'entrer, n'étaient pas tels qu'il dût invoquer à son aide, très-peu chrétiennement sans doute, cette Muse qui déjà l'avait si bien inspiré dans des circonsunces analogues.
Cinq fois sept lettres donc frappèrent mon regard, etc,
30. Cinq fois sept font trente-cinq lettres, composées chacune d'un certain nombre de lumières ou de Splendeurs, luci, splendori, ce qui nous indique que la loge des chevaliers Kadosh, à cette époque, était éclairée par 35 bougies, lorsque son luminaire est aujourd'hui de 81, que l'on réduit à 27 et quelquefois à 9. A quoi bon préciser le nombre de lettres contenues dans le précepte qu'on a sous les yeux, si ces chiffres n'avaient pas une signification rituelle?
JDiligite d'ahord et puis Justitiam, etc.
31. « Aimez la justice vous qui jugez la terre. » Ces paroles du premier livre de la Sagesse, attribué à Salomon, dont le nom est en si grande vénération chez les Maçons qu'ilsjle mettent partout, s'adressent bien entendu aux papes et aux rois. Or, il est bon de savoir que les chevaliers Kadosh, Parfaits ou Cathares, sont des amis dévoués de la justice, dont le nom se reproduit sans cesse, tant verbalement que par écrit, dans leurs réceptions, et qu'ils ont précisément pour mission de venger les victimes de l'iniquité pontificale et royale, à savoir, les Albigeois et les Templiers; puisqu'ils sont Templiers euxmêmes, et que leur mot sacré est nekamah^ c'est-à-dire uUio. Dans le quatrième appartement, où la loge prend le titre de Sénats le grand-
maître, qualifié de trois fois puissaut, représente (Yédéric II ; noa pas le roi de Prusse, comme on Ta si iiaïvemeDt cru et répété par* mi les Maçons, mais le pupille d'Innocent III. (l^iiiaume p. 204 et suiv. Rituels m^nmcTÏL) C'est le représentant de Frédéric II qui fait jurer au frère déjà décoré de l'insigne de l'aigle, « d'être toujours prêt à marcher pour rétablir Tordre du Temple et pour venger la mort de Jacques Alolay, dès qu'il en sera requis, sur ceux que le chapitre lui désignera; » d'élever un édifice digue de ses frères, to vise an édifice worthy his broikers^ et qui lui communique le nom qu*il doit prendre à l'avenir, nom qui leur est particulier, uncommon to ail others andwhich is : Knight radosh or Knight oftlie avhite an(/ BLACK EAGLE, tnstead of knight TEMPLARS. {Lighi on rnasoury p. 287.) Le tout précédé de paroles d'exécration contre Philippe-le- Bel, Clément V et les rois et princes complices de la ruine de l'Ordre, compris sous la dénomination générale de iraitors of the Teniple. Or, c'est le châtiment de ces traîtres qui doit être une leçon pour papes et rois, en leur enseignant à pratiquer la justice.
Dans VM du dernier mot la phalange sublime Resta, gardant ses rangs, à sciniiller eneor. Et l'astre ainsi semblait d'argent diapré d'or,
32. Cet M, initial tout à la fois de Molay, THiram des chevaliera Kadosh, et de martyr, mot dont Hiram nous offre les lettres principales, avoit droit, à ce titre, à toutes les sympathies de ces bienheureux Templiers, dont une des qualifications est celle de Gratul élu ; c*est donc sur lui qu'ils s'arrêtent de prérércnce, pour exécuter le changement de décoration où le poète va déployer sa dextérité ordinaire. L'astre paraît argento d'oro disiimo, attendu que nous lisons dans le Rituel manuscrit que Taigle qui surmonte le trône est « becque, membre et couronné d!or, »
Puis j'aperçus d*en haut d'autres clartés descmdre Sur le point culminant de VM, et s'y poser, etc.
33. Le concours de tous les Grands élust parfaits et sublimes Maçons, était indispensable pour former l'insigne par excellence de l'Ordre. Ils arrivent donc en foule sous forme de lumières, lumi, en chantant le bienheureux Henri VII, dont l'esprit leur imprime leurs mouvements et qui les attire sympathiquement à lui, à ce que croit Dante, cantando, credo, il B.£N. ch'a se le move. Nous savons corn-
GHi«T XVllI. 1023
bien le poète apporte de circonspection à s'expliquer sur ce qqe •chantent ses saints; ou il n*entend pas ou il ne comprend pas.
Ensuite f comme on voit des tisons embrasés» etc,
3/i. Dante se faisait sans doute illusion, en voyant les Grands élus du Temple aussi nombreux dans le Paradis que les étincelles qu'un coup de pincettes fait jaillir des lisons embrasés; mais Fillusion est la consolation des malheureux et il faut la lui pardonner.
Les unes s'élevant haut et Us autres peu^ etc.
35. C*est toujours le soleil ou le grand Orient qui sait discipliner si bien la grande année des vengeurs du Temple, et assigne à chacun d'eux leur rang ou leur grade, en faisant monter beaucoup les uns et peu les autres^ salir qiial assai e quai poco.
Je vis U cou d'une aigle et sa tête apparaître,
36. Voilà le grand mot tracé, et le poète étale avec bonheur à nos yeux le bijou du grade, comme il est appelé dans les rituels, à savoir : une aigle aux ailes éployées. Celte aigle est blanche et noire, chez les Francs-Maçons, comme le pavé mosaïque du Temple, c'est-à* dire qu'elle change d'aspect selon les circonstances, lumineuse pour les initiés, obscure pour les profanes. Celle-ci se montre blanche à l'initié Dante, parce qu'il se trouve dans la seconde pièce de réception des chevaliers Kadosb, dont la tenture est blanche. L'aigle est dédoublée dans Aquilant le blanc et Griffon le noir, (Yoy. Pg, xxix, note 27. )
Guide et maître lui-mémej il inspire et hénit Vinstinct qui, sans errer, donne la forme au nid»
37. Les adeptes sont eux-mêmes les éléments, les matériaux de cette aigle, qu'ils représentent aux regards, et que leur mission est de reconstituer dans toute sa gloire et sa puissance. La tâche qu'ils remplissent leur est imposée par Dieu même et, maçons du Temple, appelés à élever « un édifice digne de leurs frères, » c'est pour eux affaire d'instinct, comme pour les oiseaux l'aptitude à bâtir leur nid. Mais de plus nous ne serions pas éloigné de croire, en adoptant en partie l'argumentation du P. Lombardi, qu'il faudrait traduire nidi par loges, véritables nids pour les sectaires, qui s'y réunissaient mystérieusement, après leur avoir donné la forme et la décoration rituelle,
la môme pour toutes, attendu qu'elles étaient reliées uniformément par la même autorité suprtMue, vmù^ dyname.
Eurent à faire peu pour achever Vimage.
38. La tête et le cou de l'aigle une fois dessinés au-dessus du Y, qui forme la partie centrale de l'M, et les dcut jambages latéraux Ggurant l'extrémité inférieure des ailes, il y avait peu à faire pour compléter l'image révérée, con poco moto segiiito l'imprenta.
...,Du Ciel, dont iufaisVomement, le délice. Émane, cmnme effet, notre humains justice, etc,
39. Cette aigle est si bien l'insigne du grade, son bijou, que Daute trouve moyeu d'appeler de ce nom son étoile chérie, dolce Stella, en s'écriant qu'elle enjoyelle le ciel, lo ciel chc tu ingemme, ciel du Temple jnaçonniquc, vers^a voûte duquel elle semble s'envoler ; ciel dont émane la justice, qui doit frapper les bourreaux du Temple. Aussi le poète dit-il notre justice, nostra jtistizia, i>our bien faire comprendre qu'il s'agit de cette justice impériale dont les Kadosh font serment d'être les exécuteurs sur ceux qui leur seront désignés. Nul ne croira assurément que Dante partageât l'opinion de ceux pour qui l'administration de la justice sur la terre subissait Tinfluence du ciel de Jupiter, à moins qu'il n'entendît toutefois celui qui lançait les foudres du Vatican.
De voir où la vapeur s^engendre et se nourrit Qui voile tes rayons, etc.
UO. Je conjure donc Tesprit sectaire, tout à la fois Gibelin et Templier, qui dirige ta pensée et tes actes, dont ton courage s'inspire, la mente in che s' initia tuo moto e tua virtute, d'examiner d'où provient la fumée qui vicie tes rayons. Cette fumée, fumo, équivaut à la caligine del mondo dont la signifioaiiou a été expliquée au ch. XI du Purg,; elle a son foyer dans Rome, et non -seulement elle obscurcit les rayons de l'aigle impériale, mais encore elle en dénature, elle en pervertit la bienheureuse influence, tuoiraggi vizia.
... Au trafic qui flétrit Ce temple dont les murs, fondés sur tant d^oracles, etc*
U\. Afm que le Christ ait à s'irriter de nouveau en voyant un clergé sacrilège trafiquer des choses saintes, et Clément V, dans un
gmànt XYiii. 1025
misérable intérêt temporel, vendre à Pliilippe-le-Bel le sang et les richesses de ce Temple livré à la spoliation la plus effrontée, sans respect pour tant de martyrs de l'Ordre et pour les signes manifestes de la protection divine. Qui sait même si par ces mots, si mttrd di segni, le poète n'a pas entendu exprimer que les nouvelles murailles du Temple sont les signes mystérieux destinés à établir une barrière infranchissable entre les initiés et les profanes ?
0 milice du Ciel que j'adjure à genoux, etc.
&2. O soldats du Christ, commilitones Christi, coiume saint Bernard appelle les chevaliers du Temple, vous que j'ai là devant les yeux, ajoute le poêle, pour bien faire entendre que ceux qu'il contemple sont des membres de l'Ordre proscrit ; adorez Dieu comme il veut l'être, c'est-à-dire à notre manière, adora (ce qui nous rappelle le B.EN. per me s'adori^ signalé au ch. v du Purg.), afin que tous les malheureux égarés par l'exemple du pontife romain, du Capo reo, de ce vieillard qui se mire dans la corruption romaine, son ouvrage, en tournant le dos à la lumière d'Orient (Enf, xiv), aient à revenir au bien, à la foi évangéllque et à la monarchie impériale, en répudiant la religion de haine et le tnalo esemplo. O (^walleria che viltoriastî fiel mondo, dit l'Ottimo, qui sait fort bien de quel ordre de chevalerie il s'agit ici, adora per la maivdra di Dio, disviata per la malo esemplo del PASTORK.
Jadis avec le glaive, on se faisait la guerre, etc,
UZ. Pour qu'il n'y ait pas à se tromper sur la source du mauvais exemple, le poète dirige immédiatement notre pensée sur les Papes, non-seulement comme perpétuant en Italie ces luttes intestines à la suite desquelles tant d'exilés étaient réduits à manquer de pain, tagiietido lo pan che il pio padre a nessun serra ; mais encore parce que, se faisant une arme redoutabledes excommunications, iiscausaicnt la ruine des princes et des peuples, contre lesquels ils en abusaient cruellement, ce dont serait incapable un pio padre. Croira-t-on qu'en écrivant ces vers, Dante ne pensât pas aux Albigeois, à ces martyrs de leur fol dont, à près d'un siècle de distance, H n'osait pas même prononcer le nom ?
Mais ioi qui n écris rien que pour le ratwtr, eic.
kU. Après Tattaque géuérale contre les chefs de l'Église, voici venir l'attaque particulière contre Clément V, coupable d'avoir sacri* fié l'ordre du Temple à la cupidité de Pbilippe-le-Bel. Le reproche qui lui est adressé, de n'écrire que pour raturer, ne fait pas seulement allusion, comme le reconnaissent tous les commentateurs, aux censures et aux anathèmes dont ce pontife accordait la révocation ï prix d'argent; mais encore à ses hésitations dans le procès des Templiers, qu'il laissa instruire par les légistes de Philippe-lc-Bel , après en avoir évoqué la connaissance comme un droit du saint-siégc; procès qu'il finit par sanctionner, eu supprimant l'Ordre de sa pleine autorité, après avoir maintes fois protesté contre les iniquités barbares dont les chevaliers du Temple étaient l'objet. Aux yeux du poète, ces chevaliers étaient l'élite de la chrétienté, la partie la plus vigoureuse et la plus féconde de la vigne du Seigneur; aussi repro** che-t-il à Clément Y de l'avoir dévastée, en donnant à entendre que, tout Pape qu'il était, il ne fut pas même chrétien, pour avoir osé braver l'indignation des deux grands apôtres du christianisme et agir comme s'il n'eût pas cru que, du haut des cieux, ils étaient témoins de ses méfaits; Pensa che Piéiro e Paolo ancorsonvivi. Songe qu'ils revivent dans les Parfaits, ces apôtres de la religion do vie, en lutte incessante contre la loi de mort
....Afe tient tant de ferveur Pour celui qui jeudis vécut en solitaire , etc.
Ii5. L'or, selon le poète, était le seul dieu auquel crût le pontife qu'il poursuivait de tant de haine, et les florins frappés à l'effigie de saint Jcan-Daptislc, ce pieux solitaire dont Hérodiade acheta la tête par ses danses lascives, che pei* saitt fit tratto a martxro, avaient un bien autre prix aux yeux de Clément que l'exemple de saint Pierre et de saint Paul. Nous rappellerons, à ce sujet, que ceux qui suivaient les doc* trines vaudoises et albigeoises revendiquaient obstinément le titre de chrétiens, et que, à l'exemple des gnostiques, ils prétendaient se rattacher, par une tradition non interrompue, aux Apôtres, dont iIk vénéraient la mémoire, mais sans leur rendre un culte de latrie.
GHAMT XIX. 1037
GHANT m.
L'oiseau resplendissant, les ailes éphyées, etc,
1. La belle image, comme l'appelle le podtc, se compose de chevaliers Kadosh, qui ne sont aulres, on Ta vu, que des Templiers et, par suite, des profès en Gaie science, terme équivalent à la religion d'Amour, cette source de joie et de bonheur. Aussi rien n'égale l'allégresse des hnes joviales, en formant l'oiseau ^ovta/ ou jovien, insigne de la puissance dont elles alieudent le triomphe de leur cause, nel dolce frtii liete faceva L* anime conserie. S'il y a calembourg dans l'emploi de giaviale pour jovien et jovial tout à la fois, c'est à Danle qu'il faut s'en prendre ; mais il ne faut pas nous en vouloir pour l'avoir signalé, car nous ne sommes pas le premier. £n effet, voici ce que l'on peut lire dans le plus ancien commentateur du poëme : « Après avoir préparé la matière de son dire jovial, del suo gioviale dire, dans le chant précédent, le poëte va la développer en faisant parler la figure de l'aigle composée d'esprits d'humeur joviale, composta di spiriti gioviali, » {Cant, XIX. Prœmio,) Rien ne prouve mieux la profonde intelligence du texte chez TOttimo, que cette affectation de sa part à reproduire coup sur coup, en jouant sur le mot, l'expression même sur laquelle il votdait appeler l'attention du lecteur.
Chacune paraissait un ruhis dont Vardeur, eto»
2. Les âmes de ces chevaliers du Temple semblaient autant de petits rubis, ntbinetto, attendu que la croix rouge de l'Ordre éuit ce qui frappait plus particulièrement l'attention du poêle; ces rubis brillaient de tout l'éclat dn soleil d'Orient, dont d)acun d'eux, ciasctina, reflétait les splendeurs dans ses yeux, ne" miei occhi rifrangesse LUI. Il est assez difficile de savoir si /ui se rapporte au rubineito, au rayon ou au soleil ; mais l'amphibologie disparaîtrait si Ton devait lire L. Ml. Il faut, du reste, que l'Ottimo attachât une importance particulière à ces rubis mystérieux, puisqu'il termine sa note en disant qu'ils mériteraient une admirable exposition, (/ni si voneùbe mirabile esposizione. Qu'on veuille bien nous dire ce qui l'emiiechait de la donner.
Ne fut, en aucun iem^f ptume apU à le décrire, etc.
3. Qui jamais avaut Dante aurait imaginé d'étaler à nu, daas une composition poétique, tous les symboles d'une association mystérieuse, dans le but de les faire pénétrer, avec ses doctrines, dans les rangs ennemis? Qui aurait songé à éveiller ainsi, chez les esprits curieux, Je désir de connaître le sens de ces symboles, puis celui d'être admis parmi ceux qui savaient les comprendre et les expliquer ; le tout grâce aux insinuations des adeptes, chargés d'éclairer peu à peu, sur la signiGcation intime du poème, ceux qu'ils avaient mission de recruter? Non, jamais l'artifice sectaire n'avait été poussé jusque-là. Jamais, faute de comprendre, même en partie, on ne l'avait soupçonné, ne fil per fantasia giammai compreso.
J'ouïs parler lehecd» VaigU, et de mes yeux, etc.
U. Il est tout simple que le symbole impérial, représentation collective d'une association formée d'un nombre donné d'individus portant les mêmes insignes, formant les mêmes projets, aspirant au même but et mus par une même volonté, parle à la première personne du singulier en exprimant la pensée collective. Dante aurait donc été assez peu fondé à tant crier merveille, si sa pensée n'avait été de stimuler par là l'attention de ses lecteurs.
Ici, commença-'t-il, comme juête et pieux, etc.
5. Traduisez : C'est pour avoir été justes et ^ avoir aimé. Dieu et notre prochain, 7 taro e pio, comme il est recommandé aux chevaliers Kadosh, que nous sommes ainsi exaltés par le poète, qui partage notre foi, et brillons dans le grade désigné par les mots mec plus ULTRA, grade che non si lascia vincer a desio, puisque le désir ne saurait aller plus loin. Lors de la réception à ce grade, le vénérable se nomme chevalier grand-maître, le premier surveillant chevalier GRAND-PRIEUR, d'où l'on peut conclure qu'il n'y a là qu'une ramification de celui de Kadosh. £n effet, si nous en croyons le F. \ Boubée, tonte la série des grades de 19 à 30 serait comprise dans le Kadosh {Étud. hist. et philos, sur la franc-maçonn. , p. 124), entre autres ceux de grand-pontife, prince du Liban^ prince du Tabernacle, prince de Merci, chevalier du Soleil, Grand-Commandeur du Temple et Patriarche des croisades. Qu'on juge par là combien de
Parfaits oa de Kadosh ont déjà passé sous nos yeux, grâce h Fhabileté de la mise en scène.
En honneur fat laissé sur terre ma mémoire , etc.
6. Comme celle de l'Empire romain, la mémoire des Templiers a survécu à leur ruine, les catholiques eux-mêmes, genii malvagge, ne peuvent leur refuser les justes éloges dus à leurs exploits eu terre sainte, commendan lei; mais ils ne songent guère h les imiter, che poco tocca al Papa la menwia, (Parad. ix.)
Comme de cent charbons ne naU qu'une chaleur, etc.
7. Le feu de la charité dont sont embrasés ces Parfaits, ces fidèles d*Ârnoar, les fait comparer à bon droit à des charbons ardents, molle bragge, n'exhalant qu'une même chaleur, comme leurs paroles n'expriment que la même pensée d'amour, molti amori.
Veuilles me soulager de la faim importune, etc.
8. Ces âmes joviales, émanées de la source de toute joie et nourries de la Gaie science, deviennent maintenant des fleurs, dont les senteurs se confondent en un parfum unique, parfum de justice, comme le dit l'Ottimo, odare di giustizia, qui éveille rap|)éiil du poète, toujours avide de ce pain des anges, cibo, dont le Comito devait appeler à prendre sa part la foule de ceux que l'Église catholique tenait plongés dans l'ignorance.
Je sais bien que s*il est une autre sphère au Ciel, ete,
9. Si vous avez au-dessus de vous le Grand-Orient, qui réfléchit dans tout son éclat la justice divine, les voiles de l'allégorie et du symbole, qui dérobent ses décrets aux profanes, son t transparents pour ceux de yolre grade, il voslro non l*apprende con velame.
,.,.Vo^ts n'ignore»
Quel doute, en moi bien vieux, réclame votre office.
iO. Ou comprendrait que le poète désirât vivement, depuis longtemps, éclaircir ses doutes au sujet d'un de ces grands problèmes dont l'esprit humain s'est préoccupe à toutes les époques; mais on va Toir que la question sur laquelle il attend une solution n'a pas une
1030 LR PARADIS.
aussi large portée et que Taigle s'arrangera même ponr ne loi donner qu'une explication assez obscure.
De même tressaillit VemhUme glùriei^, tle.
11. Savez-Tous pourquoi Taigle est si joyeux? C'est qu'il fient de trouver le moyen de se faire reconnaître pour un symbole maçonnique sans compromettre en rien les secrets de l'Ordre. C'est qu'il ?a apparaître dégagé du Toile qui le couvre encore aux yeux des initiés, comme le faucon dont on détache le chaperon, quasi falcone cK esce di cappella. Yoiià pourquoi s'applaudit ce symbole parlant formé de Parfaits ou de Cathares, chantant les louanges du Seigneur tout autrement qu'on ne le fait dans l'Église romaine, comme le savent les saints anges du Paradis sectaire, con canti quai si sa che lassù gaude.
.... Celui dont le compas Dans Vespace traçant les limites du monde^ etc.
12. Dans le cours de son allocution en qualité d'orateur de la loge des chevaliers Kadosh, allocution appelée instruction en France, lecture par les Anglais et lettura par les Italiens, l'aigle ne peut manquer de faire allusion aux deux grades honoraires de petit et de grand Architecte. Voilà pourquoi il représente le Créateur, dans son rôle de souverain architecte de l'univers, faisant tourner le compas dans l'espace, et traçant ainsi les limites du monde, tant visible qu'in visible, occulta e manifesta. Bien plus, il nous le montre dessinant lui-même le bijou de ce grade, à savoir : un cercle d'or contenant un double triangle formé d'un compas et d'un niveau, the jewel ù a double triangle formed with a compas and level, atul contatned with a golden circle. a Le cercle, est-il ajouté, représente l'immcn* site de l'espace, » et il est évident que le triangle maçonnique étant le symbole de Dieu, le double triangle, l'un supérieur, l'autre inférieur, représente l'ensemble de ce que l'aigle appelle occulta e manifesta, tout ce que renferme le saint des saints, the holy of haltes, and in Hebrew, HiîKAL. » (Voy. Light on Masonry, pp.. 293 et suiv., 298 etsuiv.)
't.. A celle œuvre féconde Ne put tant appliquer nne marqxie profonde, etc.
13. Quelle que soit l'immensité de l'univers, où le grand Archi-
CHANT XlX. 1031
tecle a laissé l*einprciDte de sa tootc-puissantc sagesse, sa pensée en dépasse encore de beaucoup retendue.
Le premier orgueilleux en est la preuue sûre : Pour n^avoir pas, aveugle, attendu la clarté, etc.
14. C'est faute d'avoir vu la lumière, per non aspettar lume, que Satan tomba du ciel, comme un fruit qui n*a pas atteint sa maturité; ceux-là donc, qui restent dans les ténèbres et ne sont pas mûris par le soleil d*Orient, seront à leur tour précipités dans Tenfer, où ils rejoindront le premier orgueilleux, il primo mperbo, ce monstrueux Lucifer dans lequel Dante n*a rien négligé pour nous faire reconnaître ceux qui l'ont suivi dans les voles de Torgueil.
.,., Toute nature N'offre qu'un réceptacle étroit , trop limité, etc.
15. Les Papes ont voulu s'égaler à Dieu, se donner pour ses représentants, prétendre à l'infaillibilité et prononcer sans appel sur les plus hautes questions du dogme; mais la portée de Tesprit humain est trop courte pour embrasser l'être infini, qui n'a d'autre mesure que lui-même, ch'è sema fine, e se con se misura.
Par sa nature mJme il se trouve impuissant, etc.
16. Ainsi les Papes, qui ne sont pas d'une autre nature que le reste dos humains, minor natttra, ne i)euvent qu'errer comme eux en prétendant sonder la pensée divine et, déçus par l'apparence, s'écarter beaucoup de la réalité, molto di là (la quel ch* egli c parvente. Inférieurs à Satan, che fu la somma d'ognicî-eatura, et aussi orgueilleux que lui, comment échapperaient-ils à son sort, et, sans aspettar lume, pourraient-ils se flatter de discerner nettement et dans son immensité celui qui est le principe de toutes choses?
L'intelligence dont le Ciel vous a pourvtis N'arrive à sonder mieux la jxutice divine, etc.
17. Concluez de là que les chefs de l'Église, principes mandi, ne voient pas plus ce que cachent les profondeurs du Ciel, que votre regard n'aperçoit au fond de la mer, quoique vous puissiez distinguer, à quelques pas du rivage, le sable et les rochci*s que recouvre la vague, com' occkio per to mare inlro s'interna.
1032 LR PARADIS.
Ne$'épand la clarté que de la pure étoile, eic,
48. La lumière vioiu de Dieu seul cl non des homroes,«qui osent se meure à sa place; celle qui ne dérive pas de ce foyer, que rieii ne saurait troubler, n*est que ténèbres. Ce qui provient des hommes, fussent-ils Papes ou cardinaux, n*est que le résultat de Tignorance ou des mauvaises passions, c tenebra od ombra dcUa carne o sua velcno.
,»..Il n'en faut davantage Pour que, désormais, tombe en entier le nuage, etc.
19. Maintenant que le voile est écarté de tes yeux, tu n'auras plus à confondre la justice pontificale, gmstîziamorta, ombre de la chair ou son venin, avec la justice divine, giustizia viva, et tu feras trêve 2i tes questions à ce sujet.
Ainsi t tu te disais : — Sur Viivdien rivage.
Où nul ne ftroclama le nom de Jétus-Christ, etc,
20. Tu t*es préoccupé de propositions comme celles-ci : Hors de l'Église point de salut ; le juste même, qui n'a pas reçu le l>aptéme et ne s*est pas soumis à la discipline catholique, ne peut être sauvé ; et tu t*es dit : Gomment est-il possible que le père de toute justice condamne à des peines éternelles Tbomme vertueux qui n'a jamais entendu parler de Jésus-Christ, ni du baptême, ni de l'Église?
... Qui donc eS'tu toi-même, etc.
21. Celte réponse qui, du reste, ne résout pas la difficulté, ne s'adresse pas évidemment à celui qui doute et s'informe; mais à cenx qui prononcent ex cathedra, la condamnation du juste non baptisé, aux Papes et aux docteurs" catholiques, qui prétendent décider de leur siège, a scrarma, sur des choses hors de leur portée, lungi mille miglia. L'artifice, dans toute cette tirade de l'aigle, consiste à diriger partout ailleurs les paroles qui semblent s'adresser à Dante. {Voy., sur les opinions des Cathares ou Pauvres lombards, qui, pour nous, malgré des dissidences momentanées, ne font qu'un avec les Vaudoîs ou Pauvres de Lyon et les Albigeois, le Tractatus de hoeresia Paupcrtim de Lugdimo, dans le t. v du Tlies, de D. Martenne, p. 1782, et la Disputaùo citée plus haut, p. 1754.)
*St ne vous parlait pas de bien haut V Ecriture, ete.
22. -1/aigle trouve la question trop délicate pour la résoudre cathégoriquement; il lui est plus commode de renvoyer son interlocuteur à rÉvangile, se la scrittura sovra voi non fosse, non pas TAncien Testament bien entendu ; mais elle néglige d'indiquer les passages décisifs. On verra, dans Tautre chant, qu'elle a eu ses bonnes raisons pour cela et qu'elle est plus favorable à la manière de penser de Dante et de ses coreligionnaires, au sujet des justes non baptisés, qu'il ne lui convient de le paraître ici.
En soi bonne, jamais la volonté première, etc* Ne peut nul bien créé Vavoir en sa puissance, Ni Valtirer à lui, etc.
23. La volonté divine est immuable parce qu'elle est souverainement bonne et souverainement juste, mai non si masse; elle ne change pas avec les pontifes qui se succèdent sur le siège apostolique, tous infaillibles et pourtant professant des opinions différentes sur une question où sa justice est intéressée au plus haut point ; elle n'est pas déterminée par des motifs d'ambition et de cupidité, nullo creato bene a se la tira; c'est elle qui s'est manifestée en suscitant Henri de Luxembourg, essa radiando, L.yi cagiona. Cessez donc, esprits grossiers, brutes humaines, terreni animait, d'accepter aveuglément toutes les décisions de ceux qui usurpent la justice divine et la justice temporelle, émanant toutes deux de cette source que rien n'altère et qui ne se dément jamais. Voilà bien la leçon faite aux Papes et aux Catholiques, mais où est la réponse aux doutes du croyant orthodoxe?
Ainsi qiœ la cigogne f alors qu*à ses pelitSt etc,
24. L'aigle a tout lieu d'être satisfaite d*avoir émis sans se démasquer entièrement des propositions assez délicates, et Dante d'avoir recueilli ses instructions qui, pour lui, sont le pain des anges; aussi la compare-t-il à la cigogne venant de distribuer la pâture à ses petits, et lui-même à Tun d'eux qui, sa faim repue, regarde sa mère tourner dans son nid. Tout nid est rond et dès lors de forme parfaite.
Que d'accord balançaient tant d*unantmes vœux, etc.
25. Pour comprendre comment l'aigle bat des ailes et tounie en chantant, soutenue par tant de conseils, l'alimovea sospinte da tanti
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consigli, il faut savoir qoe les réunions dans lesquelles se font les réceptions maçonniques, reçoivent tour à tour, et selon les grades, les noms de conseil, de chapitre, A* aréopage, de sénat, de consfs^ taire, etc. , noms que nous verrons en eflet employés par Dante pour désigner telle ou telle partie du Paradis. Or, c*étaient en effet ces réunions mystérieuses qui, imprimant le mouvement à la secte, la disposaient à prendre l'essor au moment favorable, quand les chants initiateurs devraient faire place à Faction.
Comme entend ton oreiUe et nonpoi ton etprit, etc,
26. Si les paroles dont il s*aglt soûl celles que Taigie a prononcées au sujet de la justice di\ine, Dante a dû parfaitement les comprendre, sans cela il n'aurait pas été aussi ravi. Il doit donc être question maintenant de celles qu'elle a chantées tout en tournant et qui, plus explicites sans doute que les précédentes, étaient de nature à ne pas être répétées. Mais la conclusion est toujours la même, à savoir que le sacerdoce ramain, mortali, s'arroge à tort le privilège de damner et de sauver, en préjugeant ainsi la sentence divine.
Quand te fut arrêté l'essor de tant d*éclairi, ete, 27« Ces lumineux éclairs de l'Esprit saint, Ittcenti incendi, font naturellement opposition à t Tombre de la chair et à son venin, » c'est-à-dire les dignitaires de l'association sectaire aux dignitaires de l'Église romaine, comme aussi le glorieux insigne des Ëmpcrcui*s romains, qui les rendit al mondo reverendi, est opposé à l'étendard aux deux clefs de ces Papes que l'Esprit saint a cessé d'inspirer et dont le monde subit le joug en frémissant
.. . Att Ctel, otî cfaftt m gloire il th^né^ Nul n'ett monU jamais qui ne crut pas au Christ, etc.
28. Croire au Christ, dans le vocabulaire du poète, c'est professer de cœur la religion de l'Amour, c'est aimer Dieu et le prochain, c'est croire qu'un prêtre indigne ne peut consacrer le corps du Rédempteur, quod malus sacerdos non potest consecrare corpus Christi; qu'il n'est pas de Purgatoire, et que, par suite, les prières pour les morts sont inutiles, comme aussi les pèlerinages, perigrittationes sunt imta; que les prières en latin ne pi^ofitent en rien, attendu qu'on les récite sans les comprendre, non proficium quia
CHANT xiXi lOBB
non wieUtgmiturf que tonl homme de bien est prêtre, omms boni sunt sacei dates; qac tous les lieux sont également sainlB, et que les cérémonies du culte, renfermées dans Tenceinte des églises, sont la fête des pierres, ea esse festa lapidutn; que les cierges brûlés en rhonneur des saitils sont une duperie et les chants d*église du temps perdu, attendu que Dieu entendrait bien mieux sans acoompagne*ment de musique, quod melius audiret Deus sine notis. (Yoy. D. Martenne, y, pp. i75/i, 1766. Disp. CathoL et Pater.) Enfin, être chrétien, c'est croire que TAncien Testament est une œuvre de l'écrit debaine^ à rexception des livres de Job, des Psaumes, de Salomon, de la Sagesse, de Jésus fils de Syracl^, dlsaîe, de Jérémie, d'Étéchiel, de Daniel et des douze prophètes, exceptis his libris. (Voyez F. Renerii, Summa, ibid., p. 1769.) Pour ces chrélieus-là et pour Dante, leur plus docte théologien à coup sûr, quiconque eut la charité et fit le bien, crut au Christ, il fut Maçon dans l'âme et le Ciel lui fut ouvert.
Mais sache que beaucoup à la houeke ont U Christf etc,
- 29. Est- il besoin de dire que ceux qui ont sans cesse à la bouche le nom du Christ, sont les membres du dergé catholique et en tête les vicaires du Christ? Nous les avons vu (Congés en masse dans l'Enfer pour leur avarice ( Ch. vu ) questi fur cherci e Papi e Cardinali; ceux-là sont donc bien certains d'êti^e plus sévèrement châtiés au jour du jugement que les païens eux-mêmes ; attendu que, d'après la doctrine vaudoisc, prêtres indignes qu'ils étaient, ils commettaient une profanation en consacrant le corps du Christ et en adressant à Dieu des prières qu'il rejetait.
bes deux collèges quand se fera U parlagey eic,
30. Quand les sectateurs de la religion d'Amour et ceux de la religion de haine auront à passer, les premiers à la droite du Seigneur, les seconds 5 sa gauche, quando si pariiramw idueCoUegi, TEthiopien, c'est-à-dire l'école africaine ou Alcxandrine du guosticisme (Voy. Matter), réprouvera de pareils chrétiens et ne pourra reconnaître en eux des frères.
Avec justice alors que ne pourront pas dire Les Perses à vos rois, etc.
31. Le mot £rtV7;7e est si bien employé là par allusion àTécole
10S6 LG PARADIS.
Alexandrine, d'où surgirent les prîncipaax systèmes gnostiqaes, que l'aigle évoqoe maintenant le souvenir de l'école persane ou manichéenne, en paraissant s'inqaiéter de ce qu'on pensera en Perse de la politiqoe des rois européens et de leur manière d'agir envers l'ordre du Temple, héritier des doctrines de l'Orient, che potran dir liPersi aivostri régi?
Les francs-maçons, à leur tour, héritiers directs des Templiers, ont conservé le livre dont l'aigle fait ici mention, lors donc qu'elle nous en aura révélé quelques passages, nous citerons aussi quelques extraits de celui dont il est donné connaissance à leurs chevaliers Kadosb.
Onyx^erra^ parmi maints autres faits d' Albert, etc.
32. Le poète gardait d'autant plus rancune à Albert d'Autriche, mort en 1308, qu'il avait plus espéré de lui pour affranchir ritalic du joug pontificaL En effet, ce prince , qui avait épousé Elisabeth, belle-sœlir de l'infortuné Gonradin, se trouvait allié à la maison des Hohenstauffen, et le pape Boniface VIII s'était d*abord prononcé énergiquement contre son élection à TEmpire ;* mais bientôt, loin de songer, comme plus tard Henri YII, à rajuster le frein d'esta fiera e fella {Pur g. vi), il s'était réconcilié avec le pontife et, faisant au saint-siége des concessions plus importantes que jamais aucun empereur (Pfister, Hist. (fAUem.,t. v, p. 146), il avait reconnu (17 juillet 1303) que les Empereurs tenaient leurs droits du saint-siége et prêté au Pape serment de fidélité et d'obéissance. Enfin, au lieu de passer les Alpes avec une armée, pour abattre l'influence française en Italie, il ayait préféré, pour l'agrandissement de sa maison en Allemagne, porter en Bohême une guerre injuste et désastreuse et contracter alliance avec Philippe-le-Bel, dont la sœur Blanche devait épouser Rodolphe, son fils aine.
Sur Us bords de la Seine, on y'verra U deuil Dont est cause ce roi battant fausse monnaie, etc.
33. Selon Dupleix, un sanglier aurait heurté violemment le cheva I de Philippe-le-Bel, lorsqu'il chassait dans la forêt de Fontainebleau, et le roi, renversé du choc, serait mort peu de jours après sa chute. {Hist. de France, il, p. 397.) Selon Mézerai, cet accident aurait eu lieu vers la Place-Royale actuelle et aurait été causé par un pourceau qui se serait jeté enUre les jambes de son cheval. {Abrégé Chron., u,
CHANT XIX. 103t
223.) Toujours est-il que, pour Dante, le bourreau des Templiers, le roF faux monnayeur ne devait périr que de mort violente, comme tous ceux qui avaient pris part à cette sanglante tragédie; telle est aussi l'opinion des modernes Templiers, dont le livre conserve fidèlement les noms de ses complices, en mentionnant la mort prématurée de chacun d'eux. Ainsi, en parlant de Clément Y, on y lit : « Il ne survécut que quarante jours à notre grand-maître J. Molay , » et au sujet d'Albert d'Autriche, « Il s'entendit avec Philippe pour la condamnation des Templiers ; peu de temps après il fut tué dans une bataille sur le Rhin, par Jean, duc de Souabe, son neveu. » Le fait est que les premières mesures de rigueur dirigées contre l'ordre du Temple sont du 13 octobre 1307 et qu'Albert périt en mai 1308.
....On y verra l'orgueil Qui slimule £coS8ait, Anglais, et les irrite, etc»
3&. Les Écossais, divisés alors en deux partis, à la tète desquels étaient les deux concurrents au irône, Ballioi et Aobert Bruce, ne demandaient pas mieux que de rester dans leurs limites, seul, le roi d'Angleterre, Edouard P% poussé par l'ambition et par l'orgueil, la superbia ch' asseta, voulait réunir l'Ecosse à l'Angleterre, comme il avait fait du pays de Galles, et envabisait le territoire voisin. Toujours est-il qu*£douard, s'éunt associé à la politique de Philippe-le-Bel contre l'ordre du Temple, était, aux yeux du poète, criminel au premier chet En effet « il envoya partout aux Shérifs, tant en Angleterre qu'en Ecosse, des ordres cachetés en vertu desquels les Templiers furent arrêtés le même jour et à la même heure. » (Rym. m, 3/i, 43.) Or, il est douteux qu'il ait été possible d'opérer de même eu Ecosse,d'autantplusque,d'aprè8la tradition maçonnique, les Templiers auraient précisément trouvé un asile dans les montagnes de l'Ecosse et que leur livre est muet à Tégard de Ballioi et de Robert Bruce. iMais il n'en est pas de même pour le roi d'Angleterre. Ou y lit : « Edouard, grand-lord, prince d'un génie médiocre, livré aux plaisirs et avide d'argent. Influencé par les lettres de Philippe-le-Bel, il fit arrêter tous les Templiers de son royaume, en 1307, et, par politique, cupidité et ambition, il fil tout ce que voulait le roi de France... Il périt misérablement. «Comment Edouard aurait-il trouvé grâce devant le poëie plus que devant les Francs-Maçons, qui, à en croire leurs manuscrits a sont tous Templiers, ce dont il ne nous est pas permis et dont il ne serait peut-être pas prudent de les instruire;» lorsqu'en 1298 il avait
épousé Marguerite, sœur de Philippe, et obtenu pour soii fils Edouard la main d'Inbelie, fille de ce roi détesté 7 C'est peut-être à cette Marguerite que (ait allusion; dans le Purg<xioire, le 138' vers du ch. vir.
Dn tnorukrqyM apagnol; de celui de Bohême, e/c.
35. Le roi d'Espagne mentionné ici n'est ni Alphonse X surnom* mé Tastronome, roi de Casiille et de Léon» mort en 1252, ni Fetxiinand lY, dit l'Ajourné, mort en 1312, qui enicvacn 1309 la place de Gibraltar aux Maures d'Afrique ; mais bien ce Jacques 11 d'Arragon dont il a été déjà fait mention ch. vil du Purg. et qui régna de 1291 à 1327. Le prince qui avait pu épouser une fille de Charles ii d'Anjou et céder à ce prince ses droits sur la Sicile, au préjudice de son propre frère, devait être pour Dante un prince lâche, efféminé, incapable de se refuser à d'injustes rigueurs envers les Templiers, lorsqu'il s'agissait de complaire à Philippe-le-BeL De même que le roi de Bohême dont il est ici question serait plutôt Rodol|4ie^ fils d'Albert d'AuU-icbe, mort en 1307, que Winceslas lY, dit le Yieux, mort en 1305; et l'intention du poète aurait été alors de signaler ce prince sans courage comme opposé en tout au vaillant Jean de Luxembourg, fils de son hien-aimé Henri YII, élu roi de Bohême en 1309.
s* y verra du boiteux, roi de Jérusalem, etc»
36. Le roi de Jérusalem est Charles II d'Anjou, surnommé le Boiteux, roi de Naples, dont on disait qu'il avait tous les vices, contre une seule vertu, la libéralité ; c'est à quoi fait allusion l'M, pour mille, opposé à I, pour un. Monté sur le trône en 1289, il mourut en 1309. Comme l'agent le plus actif de la politique française en Italie, il n'avait pu qu'approuver en les imitant les mesures de rigueur prises par Philippe-le-Bel contre l'ordre du Temple; aussi le livre maçonnique n'omet-il pas de mentionner ce fait, que u le roi Charles de Naples fit de même arrêter tous les Templiers dans sa province » King Charles of Naples tn like manner ordered al thc Templars in his province to be arrested. (Light on Wasonry, p. 283.) Il n'est guère possible de douter que ses deux gendres, Jacques, roi d'Aragon et Frédéric, roi de Sicile, aient hésité à suivre son exemple; inde ira. Aussi allons-nous voir ces princes signalés tout deux comme ayant déshonoré leur race et sali deux nobles couronnes.
La couafdÎM $ncor t'y verrUf Vàvarice
I)e tel qui som sa loi tient cette ile de /eu, etc.
37. Frédéric d*Aragon monté sur le trône de Sicile, Vùola dcl fuocOf après son frère Jacques, est accusé d*avarice et de lâcheté tout à la fois, pour s'être laissé tenter par une riche dot et pour avoir imité son frère, en consentant à épouser Ëléonore, troisième fille de Todieux Charles d*Anjou, à la condition honteuse de renoncer au titre de roi de Sicile pour prendre celui de roi de Trinacrie. Peu de mots en abrégé suffiront pour rendre compte de son ignoble conduite, digne d*étre mise en parallèle avec celle de son oncle Jayme, roi de Majorque, faisant la guerre à Pierre d*Aragon, le promoteur des Yêpres siciliennes, et avec celle de Jacques, dont il a été parlé note 24, comme un des rois de l'Espagne, ce qui vient confirmer d'autant notre interprétation,
Le prince poriugaiê et U Norvégien» «le
38. Denis, roi de Portugal, surnommé Agricola, monté sur le trône en 1279, mort en 1S25, est associé ici, non sans loteotion, à un roi barbare, c'est-à-dire à Haquin YII, qui prit la «ouroone do Morwôgeen 1399. Mais la mauvaise humeur de Dante à son égard est l'effet d'un mal entendu* Il est bien vrai qu'à l'époque t)ù le procès des Templiers s'instruisait en France et où les légistes de Philippele-Ael, d'un côté, les délégués de Clément Y, de l'autre, recueillaient les dépositions des témoins et les réponses des accusés, le roi Denys, docile aux ordres du pontife, fit procéder dans ses États à une en<quête contre les chevaliers; que cette enquête n'ayant rien produit à leur charge, il ne s'empara pas moins de leurs propriétés, en 1311 , lorsque Clément Y eût prononcé leur condamnation, dans le concile de Yiennc, en refusant de les remettre aux chevaliers de Saint-Jean. Au moment où le poète composa le Paradis, il avait donc toute raison de considérer le roi Denys comme un ennemi de l'i^rdre» retenant ses biens par cupidité. Mais peu d'années après, ce prince, beaucoup mieux disposé en faveur des Templiers que le poète ne pou vait le supposer, manifesta par des actes ses véritables sentiments à leur égard. La tempête une fois passée, il fonda en 1318 Tordre religieux et militaire du Christ, dont les membres furent presque tous des Templiers, et le dota des biens de l'Ordre condamné; osant ainsi tendre aux opprimés une main généreuse et conserver en fait ce que l'autorité pontificale avait aboli. Mais alors, le Paradis était publié, et si Dante, qui finit ses jours ea 1321» eut coonaissaiice de la noUe
conduite du roi portugais, il dut emporter avec lui le regret d'avoir luéconnu au bienfaiteur de ses frères. Les héritiers du Temple se sont chargés, à son défaut, de i^ndrc justice à ce prince ; voici en effet ce qu'on lit dans leur livre : « Le Portugal est le lieu où le respectable Ordre a été le plus dignement conservé. Le roi Denys, surnommé le libéral, qui régnait alors dans cette contrée, fut le seul sauverain qui se refusa à la persécution contre les Templiers ; il les protégea, leur conserva leurs biens^ et perpétua TOrdre sous le nom de chevaliers du Christ. » Comment douter après tant de témoignages appuyés sur Thistoire, que Dante ne dispensât Téioge ou le blâme qu'au point de vue templier, autrement dit sous l'influence de ses passions de sectaire et d'homme de parti ?
Et celui de Rascia» qui, pour son plus grand bien, etc.
39. La Rascie ou le royaume de Rascian, partie méridionale de la Servie, qui, au x* siècle, dépendait de la Dalmatie, passa à cette époque sous la domination de petits souverains qui affectèrent les allures de la royauté, et s'adressèrent tour à tour aux papes et aux empereurs grecs pour devenir indépendants. Ainsi Uksan obtint d'Honorius III d'ôtre reconnu à ce titre en l'année 1217 ; à l'époque où Dante écrivait,. le roi de Rascian s'appelait Uros. Après avoir divorcé trois fois, il avait fini par épouser une fille de l'empereur Michel Paléologue, et se soumettait tour à tour, selon son intérêt, à l'Église grecque et à l'Église latine. Il est à supposer que, s'étant tourné du côté de Rome, il avait sévi soit contre les Templiers, soit contre les Cathares, qui avaient une église importante à Trogir ou Trogurium, en Dalmatie (Rener. , 1767), et qu'on retrouve en Rascie vers 1350. (Fariati, iv, 382; Wadd., 98 et suiv.) De là, proviendrait l'indignation du poète contre cet émule de Philippe-le- Bel, comme lui ennemi des Templiers, et se faisant comme lui faux monnayeur, en battant de faux sequius au coin vénitien.
Heureuse la Hongrie ^ heureuse la Navarre^ etc,
UO. Heureuse la Hongrie, si Charles Robert, fils de Charles Martel, dont la mémoire était chère au poète, nous avons vu pourquoi (ch. viii), ne se laisse pas influencer, mal diriger, malmenare, par le saint-siége, qui a fait reconnaître son droit à la couronne dans la diète de Pesth, en 1307, et par la politique guelfe de son oncle Robert de Naples. Heureuse la Navarre si, se faisant uil rempart dv ses montagnes, elle échappe ^ la domination tyrannique de Ptiili{^e-|e^
Bel, marié à Jeanne, fille de Henri-le-Gros, dernier roi de la race de Champagne, contrairement au vœu des Navarrois, qui préféraient pour leur jeune princesse l'alliance de la Castilie ou de l'Àragon. Partout nous retrouvons donc la haine de la race Capétienne et du bourreau des Templiers.
Aux cris de Famagoustet aux 'pleun de Nicosie, etc,
Ui. Les peuples de TEurope, comme arrhes de ce qu'ils ont h attendre de leurs monarques, per arra di questo, n*ont qu*à voir ce qui se passe dans Tîle de Chypre, où Fleuri II de Lusignan, se faisant Texécuteur des hautes œuvres de Clément V, livre lâchement à la torture les chevaliers du Temple, pour les forcer à se confesser coupables de crimes imaginaires. En effet, les archives secrètes du Vatican ont livré le recueil des lettres de ce pontife, el llaynouard a publié le texte latin de celle qu'il adressait, le vni des Calendes de septembre 1311, au i*oi de Chypre, ainsi qu'aux évêques de Famagouste el de Nicosie, pour qu'ils eusseul à procéder par la torture contre les membres de l'Ordre.
Le pontife exigeait que les accusés fussent « appliqués par deux, trois, quatre, cinq et six à la question, ce que les évéques et délégués avaient, disait-il, imprudemment négligé de faire; il Vordonnaît donc expressément, les sacrés canons exigCtint qu'en pareille circonstance les personnes contre lesquelles s'élevaient des itidices si évidents et des 'présomptions aussi fortes, soient livrées aux bourreaux des tribunaux ecclésiastiques. » Il chargeait, en conséquence, le légat en mission à Rhodes, de passer à Chypre, où le livre maçonnique nous apprend que « les Templiers avaient établi leur chef-lieu dans la ville de Delenasse, » afin d'assurer dans celte île l'exécution de ses ordres. {Voy, p. 2/!i9 des liévéL)
On s'explique dès lors la mention faite par l'aigle maçonnique de ces deux villes obscures, à la fin du chant, les cris d'indignation et les pleurs de leurs habitants, en voyantdes innocents livrés à la torture sacerdotale; on s'explique cette épithète de brûle, besiia^ donnée au prince complice d'une pareille barbarie, digne dès lors de marcher de pair avec les autres brutes, nommées Albert d'Autriche, Philippele-Bel, Charles II d'Anjou, Jacques et Frédéric d'Aragon, Edouard d'Angleterre, etc. , che dal fianco dell* altre [bestxé) non si scosta; et l'on ne peut se refuser à reconnaître que le livre, dans lequel lit couramment l'aigle impériale, est en parfaite harmonie avec celui
1042 LR PARADIS.
doni les Templiers modernes ont soin de donner lectare aox adeptes, pour les disposer à tirer des rois et des papes h vengeance due ao sang de leurs frères.
CIANT XL
A X'htuTB OÙ \t flambeau du vnonie qu'il éclaire, eir.
1. Quand la doctrine politique et religieuse, dont Taigle est le symbole et qui est la lumière du monde, che tutto H mondo alluma, est réduite à se dissimuler et à s*abaisser, si dùcende, que sa clarté s*éteint de toutes parts, d*ogm parte si consuma, pour faire place aux ténèbres de Tignorance et de la superstition catholique ; le ciel sectaire^ où ce soleil religieux et monarchique rayonna d'abord, che sol di L. VI prima s^acccnde, en retrouve les clartés disséminées dans une multitude de flambeaux ou de fils de la lumière, , en qui elle brille reproduite, per moite luci, in che unà risplende. Rien de plus clair, assurément, c*est encore du mot à mot. On ne saurait donc trouver étrange que Taiglc, au moment où elle se tait, soit comparée au soleil, que le poète, au début de sa Comédie, nous a montré se taisant, là dore 'l sol tace. Ce vers devait naturellement lui venir à l'esprit lorsque, préoccupé de la môme pensée, il faisait faire silence à l'oiseau béni, symbole de la prospérité universelle sous un seul monarque et sous une seule loi d'Amour. Quant aux chants de ces nombreux frères qui formaient l'aigle lumineuse, dont ils étalent comme la monnaie, Dante a recours, pour se dispenser de les reproduire, à son procédé ordinaire; il ne les a pas retenus, da mia memoria labili e caduci. Heureusement qu'il a pu nous transmettre les paroles de l'aigle et que, par elles, nous sommes à môme de suppléer par la pensée à son défaut de mémoire.
0 doux et pur Amaur, qui voilé d'un sourin, etc,
2. O douce religion d^Amour qui voiles, sous un sourire ineffable, sous les symboles persuasifs du gai savoir, tes vœux de vengeance contre les ennemis de Tordre du Temple, contre les proscripteursde la foi albigeoise, dolce amof^ che di riso t'ammanti, que tu montrais
CHAiNT XX. 1043
d'ardeur dans ces foyers éiincelants, favilli, avivés par l'esprit du soleil d'Orient, qui ne leur inspirait que des pensers cathares, ch' avien spirùo SOL di pensiet' saniû On sait que Saint, Catiiare, Parfait, sont des mots équivalents.
Quand Ut8 joyaux bénis aux lucides rayons, etc,
3. Quand cessèrent de chanter les très-excellents Anges, décorés des chers et brillants bijoux maçonniques, cari e luctdi lapilli ond' io vidi ingemmato il sesto /um^^le poète entendit comme le bruit d'un fleuve tombant avec abondance d'une cime élevée, et s'écoulaat clair, tout en descendant de pierre en pierre, di pietra in pietra. L'eau courante {ego sumaqtiaviva) étant, on s'en souvient, le symbole dé la doctrine sectaire, c'est elle qui va jaillir abondante et limpide du bec de l'aigle, comme d'une haute cime, caatme, malgré les obstacles que lui oppose l'Église romaine, madonna Pietra, en se faisant même de ces obstacles comme autant d'échelons, di pietra in pietra (*).
Et comme, sous le doigt, au col de la guitare, etc.
ti. De même que le son se forme à la partie supérieure d*nn instrument, au manche de la guitare ou à l'embouchure du chalumeau, de même les pensées émanées de chacun des frères composant, comme autant de lumières, le corps resplendissant de l'aîgle, se formulaient à Textrémité du col, c'est-h-dire dans les rangs supérieurs de l'Ordre. Il est facile de comprendre dès lors comment les pensées identiques ex])rimées dans le sein de TOrdre par les membres des divers grades, montaient sans éclater au dehorSj'par le canal hiérarchique, jusqu'au Grand-Orient, qui leur donnait la formule obligatoire. Telle
(*) R Pressés par leurs adversaires de répondre sMIs croyaient que Dieu a a-éé le Ciel, It terre, la mer^ et toutes les choses (pil y sont, ils ne le niaient pas ; mais Ils songeaient à la crtetiOD céleste et inTisible du Dieu bon ; quelques-uns même auacliaient à leur réponse on sens plus allégorique : le Ciel que Dieu a créé, ce sont les âmes célestes, la terre^ ce sont les âmes terrestres de ceux qui ne sont pas encore initiés dans la mérité, la MEB, c'est Peau pbofonde et pore de la doctbine du salut; tout ce qui y est c*e&t la foi, qui est dans les âmes purifiées et sauvées. » (Disputatio, 1707. Foy, Schmidt, II, 19.) Par suite, l'Empereur, régnant sur les esprits sains, intelligents, éuit devenu messire Tvtto, tandis que le Pape, n'ayant pour sujets que des brutes dirigées par des appétits matériels, était messire Niente ou \ulUi, et tes amis du poëie, qui avaient étudié si profondément la doctrine et les dogmes catholiques, inscrivaient intrépidement sur sa tombe : Theologus Dantes^VLLivs dogmatis expers^ c'est-à-dire babile à exploiter, au profit de sa croyance, les dogmes de la religion de Néant ou de la matière. {Voy, les vers de Pierre des Vignes, précédemment cités, oCi figure Frédéric JI soos le nom de Tntto,)
est évidemment la signification de quel mormot^ar per Caquiia talissi su per lo coUo, corne fosse buggio.
Soug forme de langage, il sortit ^ mot à mot, elc,
'5. Gomment le théologien sectaire n'aurair-il pas recueilli avec . ravissement, dans son cœur et dans sa mémoire, l'expression de sa .propre pensée sanctionnée par les excellents Anges composant le Grand-Orient dn Temple, dans ce prodigieux langage dont il fut FAdam, avec autorisation, mais sans garantie du gouvernement occulte?
Observe la partie, à voir qui[de$linée, elc.
6. Observe attentivement mon œil, cet organe qui chez moi, aigle divine, n'est pas moins apte à contempler la source detoulelumiôre, que celui des aigles terrestres à endurer l'éclat du soleiL Comment dès lors ne pas considérer comme paroles d'évangile toutes celles qui tomberont du bec d'une aigle si clairvoyante, et ne pas leurattribuer l'infaillibilité refusée aux décisions des pontifes?
Ceux-là par qui mon anl brille si radieux, elc.
7. Ceux qui dessinent son œil, c'est-à-dire la pupille et l'arc do la paupière supérieure, sont les plus hautes notabilités de tous les grades, di tutti i loro gradi son lî sommi; ils formeraient donc une sorte de concile suprême de l'Ordre, où chaque grade figurerait patun représentant ; mais nous verrons plus tard ce qu'il en est.
.... De VEsprit saint c'est ce chantre inspiré Qui jadis fit porter Varche de ville en ville.
8. Txi roi David , qui luce in mezzo per pupilla, figure le Vénérable , présidant l'illustre assemblée dont il occupe le centre, en l'éclairant de sa lumière. Ce poste d*honneur lui revenait à un double titre. D'abord comme père de Salomon qui fit construire le Temple et vengea la mort d'Hiram sur ses meurtriei*s, ensuite comme l'auteur de ces psaumes adoplés par toutes les hérésies, dont l'Église romaine a poursuivi longtemps les traductions en langue vulgaire, notamment celles que n'avaient pas manqué d'en faire les Albigeois {voy, Fauriel), et que Dante lui-même paraphrasa pour sa part, de manière à ne laisser guère douter de son hétérodoxie ceux qui voudront les rc-
lire sans prévention. « Au xv siècle, Grégoire VU défendait impérieusement à un roi de Bohême de faire traduire les livres de YÉcrt" ture dans la langue du pays... Au xnr"", quand les Protestants, aux portes de Paris, chantaient quelques cantiques de David, rimes en français par Marot, le fanatisme du temps s'indignait de cette profanation et la réprimait par des bûchers et des échafauds. » (Yillemain. Cottrs de lût. franc,, pp. 359, 360.)
De leur mérite il juge en la voyant immense.
9. Le mérite de ses chants, il merto del svo canto, consiste dans les versets en si grand nombre où les adversaires de Aome ont voulu voir des menaces et des prophéties contre son orgueil et son ambition, des promesses de victoire et de vengeance pour ceux qu'elle opprimait. Ici même Dante, qui se reporte au psaume l""', Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum^ attribue la récompense dont jouit David dans le Ciel , à ce conseil céleste dont il suivit les inspirations, conseil en tout opposé à celui des impies, et d*où dérivait pour lui la religion de TEsprit, analbématisée par Fimpiété pontificale. De l^, rimmense récompense qui consistée figurer en guise de pupille dans Tœil de l'aigle maçonnique.
Le pliis près de mon hec prit en pitié la veuve, etc.
10. Celui qui vint consoler Tltalie, la vedovella,lavedova Italia, privée de son Empereur, n*est autre, on le verra plus tard, que l'empereur Henri YII, déjà désigné sous ce nom au ch. X du Purgatoire. L'aigle le tient en si haute estime, que sa place est au plus près de son bec, ai becco mi s^ accosta; elle semble pourtant faire de lui un pa!en, mais c'est à bonne intention, et pour avoir occasion de donner un démenti à l'Église, damnant sans rémission ceux qui meurent hors de son sein.
Il sait des sombres lieux quelle est la différence, etc.
11. Bien mieux que Trajan, Henri YII est à même d'apprécier combien il en coûte cher aux pontifes romains, plongés dans l'Enfer, de ne pas avoir suivi les préceptes de charité et d'humilité donnés par le Christ > car il a l'expérience de la douce vie sectaire, des sentiments de confraternité qui dirigent l'église albigeoise et les membres de Tordre du Temple, après s*être trop longtemps soimiis aux prescriptions de l'Église opposée, delC opposta.
....A la suiU, celui Qui fait la êommiié $U la circonférence, eie,
12. D*après le témoigoagc de la Sainte-Ecriture, Ezécbias fut an roi juste et selon le cœur de Dieu. Or, Dante, peu favorable au culte des images, devait lui savoir gré d*avoir « détruit les hauts lieux, • brisô les statues et ordonné do mettre en pièces le serpcut d'airaio, que Moïse avait fait. » (Roù, xviii, U) (*). Ezéchias eut toutefois un tort, atfdlrc de TOttimo, qui pour nous révéler la pensée du poète altère légèrement riiistoirc, ce fut de montrer « alli Pagani le cose segrete del Tempio, la quai cosa nonera licita; aussi Dieu slrrilat-il contre lui. » Il Tailligca donc d'un ulcère et chargea Isaîc de lui annoncer sa fin prochaine. Puis, touché de son repentir, il lui fit savoir par le même prophète qu'il guérirait et que ses jours seraient prolongés de quinze ans ; mais les conséquences de son imprudence au sujet des choses secrètes du Temple n'en furent pas moins funestes, car la vue des trésors consacrés au Seigneur alluma la cupidité des rois de Babylone, des Clément et des Philippe-le-Bel du temps, et, conformément à la prophétie d*Isaïe, « tous ces trésors amassés par les prédécesseurs d'Ezéchias furent emportés en Babylonie » (Isaîe, XXXIX, 6) et tombèrent ainsi dans des mains profanes. Les fautes d'Ezéchias n'ont pourtant pas fait obstacle à sa béatification, et Dante nous le montre dans un des plus hauts grades, sommi gi-adi; mais nous avouons que nous avons en grave suspicion ce prétendu Ezéchias, qui fit reculer la Mort, la morte indugib^ par une pénitence véritable, et dont les dignes prières firent que s'accomplit le lendemain ce qui devait s'accomplir aujourd'hui, degno preco fa crasiino dell* odiemo. Nous verrons bien.
Louable inieniion ^ui ^^oria mauvais fruii.
13. C'est la même pensée que le poète a déjà exprimée ch. xix de V Enfer, Ahil Costantin, di quanio mal fu matre quella dote che da te prese lo primo ricco pâtre. Qu'il crût ou non à Tauthencité de la donation faite par Constantin au pape Sylvestre, donation soutenue comme faisant partie du symbole jusqu'au xvi* siècle, et qu'il
(*} Il n'y avait exception que pour les repct'/csà la dt^rense absolue que les Caiharcs, dans riiorreur que leur inspirait TeffuMon du sang, faisaient & Vxxn croyants de tuer des animaux. KGcft, Epitc. UodUms.^ 902; Eniieng. , 2M, H. St. de UellaviUa, 91, add. ft HciiM-r., ap. (iiTlscr. iL^niiTic, 21ti ; Ad. (te Cinq.) Les reptiles cUient envisagt^ parmi eux, au moins synilraliquemcnt, comme logeant des esprits ciéés par le démon ; ce qui uxpli(|ue ces traubuiuiatious en serpents cl ces repUles Ba»« nombre dool fDuruiUk) la sixième fos^e des MaUbotQC^ (ouïe peuplée de Guelfes. ( Ën(, uiv et uv.)
aurait été très-dangereux de révoquer seulement en doute au xiv*, Dante tient compte à cet Empereur d'une intention qui, bonne au fond, a eu des résultats déplorables, en livrant TOccideutet surtout ritalie à Tinfluence pontiGcale et à la politique de division suivie par les papes. Il lui sait gré de s*être fait grec, de romain qu*ii était, en sévissant contre saint Albanase et contre Arios, chefs des deux partis opposés, en exerçant à l'égard de l'un et de l'autre la haute suprématie qui, à sou point de vue, appartenait k TEmpirc sur les chefs de l'Église, soumis de droit, comme les autres citoyens, aux lois yrecques, émanées du monarque universel. II ne pouvait donc manquer de lui assigner un poste éminent dans sou Paradis^ en dépit de quelques méfaits du juste monarque, comme le meurtre de son fils Crispus,de sa femme Fausta, etc. Sans compter que Constantin garda toute ià vie le titre de grandrponitfe, qu'il différa son baptême jusqu'à son dernier moment, dans la pensée que le sacrement régénérateur laverait tous se» crimes , et qu'il mourut soupçonné d'être Arien. Dante, qui savait tant de choses, n'ignorait pas cela, et c'est peut-être ce qui constituait à ses yeux le mérite que n'effaçaient pas les maux causés par une libéralité à laquelle il ne croyait guère. Si Gonslantia n'a rien donné en effet, '/ mal dedutto non gliè nocivo.
L'autre, au-dessous, de l'œil où se courbe Vorhitey Fut Guillaume^ etcm
i&« C'est à son sang normand que Guillaume II, dit le Bon, roi de Sicile, doit de figurer en si haut rang dans le Paradis, avec sou aïeul Robert Guiscard et ce Guillaume d'Orange sur la tête duquel les poêles provençaux se complurent à accumuler toutes les prouesses des héros normands. 11 le doit aussi <i la faute politique qui lui fit accorder la main de Constance, sa tante, au fils de Frédéric Barberousse, Henri VI, le Pelée du podte, comme père de Frédéric II, l'Achille de la secte, le pupille du Chiron romain. Innocent III. Comment Dante aurait-il négligé l'occasion de faire du Normand-Sicilien Guillaume, excommunié par le pape Adrien IV, un saint du plus haut grade, afin de l'opposer à Charles II d'Anjou, réclamant en vain ses droits sur la Sicile, et à Frédéric d'Aragon, coupable au premier chef pour avoir consenti à épouser une fille de ce prince guelfe, en se résignant à prendre le titre de roi de Trinacrie et à subir l'influence pontificale dont son père avait osé s'affranchir?
,.„A ceiie heure il n'ignore Combien aux justes rois porte d'amour le Ci>l, etc.
15. L'amour du ciel sectaire est naturellement dévolu aux rois justes et bien pensants à la façon de Constantin et de Robert Guiscard, mais non pas à celle du roi de France Louis IX, et ils y sont revêtus de splendeur en proportion de leurs mérites.
Qui croirait awr la terre, où régnent tant d'erreurs Que le troyen Ryphée, etc,
16. Le monde catholique livré à Terreur, égaré qu'il est par les Papes, il mondo errante, ne saurait admettre aisément qu'un païen soit sauvé sans avoir reçu le baptême, ou cru en Jésus-Christ ; encore moins qu'il puisse devenir un saint des plus hauts rangs du Paradis, sammi gradû Mais le monde catholique est abusé par les chefs de l'Église, et il vaut bien mieux, sur la parole de Virgile qui, sans dire un mot de sa foi, désigne Ryphée comme un homme juste par exceWence, justùsimusunus ei servantùsimus œqui (^neid. il), croire que les |)ortes du Paradis se sont ouvertes à deux battanb pour recevoir en lui un juste, un Parfait, la justice passant bien avant la foi dans le ciel de Jupiter, puisque le pieux Enée lui-même, le fondateur du sacro-saint Empire, n'est pas admis à y figurer.
Bien que sa tm« au fond ne sache cncor plonger,
17. Nous entendrons bientôt l'aigle nous expliquer 2i sa manière comment opère la grâce divine, dont les élus mêmes ne connaissent pas tous les mystères, et les motifs de l'immense faveur accordée à l'empereur Trajan et au Troyen Ryphée, mort sans confession ni baptême, en défendant sa patrie les armes à la main.
L'image, où je voyais du bon plaisir divin^ J/emhlème révéré^ etc,
18 La dernière douceur que savoure l'aigle satisfaite, Vultima dolcezza che la sazia^ est évidemment ce qu'elle vient de dire au sujet de Ryphée ; on peut donc être assuré que cette étrange béatification sert de passe-port à quelque bon tour à l'adresse de l'Eglise romaine; le tout à la satisfaction du Très-Haut, dont elle symbolise et représente la volonté suprême, imprenta del Cetemo piacere; car tout n'arrivant que selon son bon plaisir, al eux disio ciascuna cosa quale ell* è divenia, il est évident que sans son aveu elle ne se se-
rait pas permis de placer dans sou œil un paîea qu'il n*aurait pas éclairé des rayons de sa grâce.
....iit-J0 bien entendu^ ele.
19. Dante lui-même est ébahi de ce qu'il vient d'entendre, cke cose son queste? qu'est-ce que cela veut dire ? s*écrie-t-il, et il hésite à croire l'aigle sur parole, ne sachant pas mieux dissimuler ses doutes que le verre ne cache la couleur dont un de ses côtés est revêtu. Tout le consistoire maçonnique dont est composé le corps de l'aigle, qui vient d'exprimer la pensée commune, est enchanté de l'effet produit par son orateur, et manifeste sa joie par un rayonnement plus splendide, di corruscar gran (este.
Je vis se révéler une plus vive joie, etc,
20. L'aigle se reprocherait de faire languir un disciple si bien disposé, et si son œil, dans lequel brillent plusieurs saints de la façon du poêle, jelte un éclat plus vif, più acc€50,c*esi que ces saints personnages sont plus intéressés que les autres dans la question qui va être traitée.
Tu fais comme ceux-là qui d\n objet cité Retiennent bien le nom, mais de sa quidilé, etc.
21. Tu fais comme les catholiques, qui croyant sur parole ce que leur dit le Pape, sans en savoir le comment ni le pourquoi, non vedi come^ répètent des mots dont ils ne comprennent pas le sens, et ajoutent foi à des choses qui restent pour eux des mystères, se son credute^ sono nascose. Ils peuvent en retenir les noms ; quant à l'essence de ces choses, à leur nature, sua quiditate^ il n'en sauraient connaître à moins qu'on ne les en instruise ; or, l'aigle n'aurait garde de dire qui doit donner cette instruction et de désigner clairement soit le vicaire de Jésus-Christ, soit les membres du clergé catholique romain ; elle aime bien mieux avoir recours à la formule habituelle d' A. L. T. R. I. , qui nous permet de proposer cette autre traduction : Tu fais comme celui qui entend et retient le nom voilé sous le monosyllabe ben^apprende per nome la cosa B.EN. (Beatrice^Enrico) mais ne peut voir ce qu'il signifie, siia quiditate, si elle ne leur est expliquée par ceux dont le mot d'ordre est A.L.T.R.L (Arrigo Lucemburgense, Templaro, Romano Imperatore. )
Au royaume des Cieux peut faire violence, etc,
22. Nous lisons dans l'évangile scion saint Matthieu, xi, 12» ces paroles de Jésus-Christ : « Depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu'à présent le royaume des Cieux se prend par violence, il est dérobé par les violents. » A qui pensera-t-on que i'aigle entende iaire allusion, lorsqu'au moment d'exposer la doctrine de l'Égliae oaiholiqne et de rapporter une [légende apocrj'phe, admise eu ce temps» pour avoir occasion de lui en opposer une de sa composition, elle entre en madère par ce vers moitié latin, moitié iulien : rbgnuii GOStORUll pwlenziapatef
Qu'on veuille bien se rappeler qu'elle a été au chant précédent, son entrée en matière et son expœition de principes. La prima wh lontà da se mai non si mosse; nullo creato ben a se la tira, La volonté de Dieu est immuable, le plus parfait des êtres créés ne saurait exercer sur elle la moindre influence. Voyons donc maintenant comment elle va faire concorder deux propositions si contraires, à savoir, l'immutabilité de la volonté divine et la violence qu'elle a parfois à subir d'un ardent amour et d'une vive espérance.
Elle est vaincue ainsi parce quelle veut Vétre, etc.
23. Voilà tout ce que l'aigle trouve de mieux à nous dire pour ne pas se mettre en contradiction avec elle-même. Elle s'en tire à la manière du poète dans l'éloge de saint Dominiqne, à l'aide de jeux de mots. La divine volonté est vaincue selon elle, parce qu'elle veut l'être et, par sa bonté à se laisser vaincre, elle est victorieuse de son vainqueur. Mais a-t-elle ch<ingé, oui ou non ? Pour nous éclairer à ce sujet, rapportons en deux roots la légende si précieusement recueillie et si habilement exploitée par le poète : « Il est écrit, dit rottimo, è scritto, qu'au temps de saint Gi^goire, on trouva, en creusant une tombe, la tôte d'un homme modt depuis longtemps, dont la langue s'était conservée comme s'il eût été vivant, corne di vivo. À la demande du saint pontife, cette tête se mit à parler et lui apprit qu'elle avait appartenu è l'empereur Trajan. » Profondément affligé qu'un si bon prince fût damné comme païen, je Pape adressa de si ferventes prières à Dieu qu'il obtint sa résurrection. Trajan profita de son retour momentané à la vie pour recevoir le baptême, « visse e battezzosij » ce qui lui valut le salut; mais saint Grégoire eut à payer pour lui, « car il fut grandemeat éprouvé dans sa chair
en ce nioude, œ porta in questo mondo nnolta pena nella carne sua si corne è scritto nella sua leggenda.
Au jésuite Yeaturi, qui se montre fort scandalisé de la béatification de Trajan après sa damnation, quoique le poëte ait affirmé qu'il faut laisser tonte espérance à la porte de l'Enfer, et que jamais aucune âme n'en est sortie, le P. Lombard! répond par ce passage de saint Tbomasd'Aquin : De onimbus talibus dici opportet^ quod nonerant in infemo finaiiter deputati. (Suppl., quaest. 75, art. 5, 6.) Mais l'immuable volonté en est-elle moins changée? Ne se subordonnet-ellcpas à un futur contingent? Si Dieu avait décidé de toute éternité que Trajan serait sauvé, pourquoi l'envoyer provisoirement en Enfer ou partout ailleurs, en attendant qu'il plût h saint Grégoire de lui adresser de ferventes prières pour que s'accomplit cette volonté que rien ne saurait influencer, a se tirare? Dante, si prompt à émettre ses doutes sur des questions bien moins graves, ne s'avise pas ici de demander le moindre éclaircissement, par la raison toute simple que l'aigle joue avec lui le rôle de compère. Il sait fort bien, en eifet» qu'elle ne se montre si bonne catholique qu'afm de faire passer bientôt sa réponse à une question qu'elle a d'abord esquivée, celle du salut des païens par la seule vertu, sans le baptême d'eau, que rejetaient les Cathares, et sans le secours de prières plus ou moins ferventes.
O, apprends qu'ils n'ont pas, dépouillant sa poussière, Quitté leur corps mortel, païens comme tu croi, etc.
2/^. La béatification de Ryphée est certes bien plus étonnante que celle de Trajan, malgré toute son invraisemblance; mais l'aile a d'excellentes raisons pour les comprendre dans une même accolade. A ses yeux, une légende vaut l'autre; à ceux qui la chicaneront au sujet de Ryphée, elle répondra en citant Trajan; car si l'Empereur romain a pu être tiré de l'Enfer, è raison de ses vertus, et croire au -:5auveur après sa passion, ai passi piedi, le Troycn a pu obtenir la même grâce pour avoir cru à la passion à venir, ai passuri, La seule différence , c'est que Trajan a pour lui des témoignages écrits, è scritto, quand Ryphée n'a en sa faveur que l'aigle impériale etl'Alighieri, son secrétaire. Quoi qu'il en soit, il nous est affirmé ici qu'on les a considérés à tort comme morts tous deux dans le paganisme, qu'en réalité tous deux ont eu, avant de quitter la terre, une foi ferme, ferma fede, et ont fini en chrétiens, non pas en catholiques, attendu qu'ils ont eu l'amour de la justice.
,..,L'un, de ce gouffre immonde D'où nul ne se relève à bonne volonté, etc. Ce fut le digne frix d*une vive espérance y etc.
25. L'âme de Trajaa sortit de i*£afer, u* non si riede giammai a buon voler, et reprit son enveloppe de chair, toi^no aW ossa. Elle dut cette faveur aux prières pleines d'espérance adressées par le saint Pape à Dieu, dont put être ébranlée Fimmuable volonté, si clie pousse sua voglia esser massa, cette même volonté dont il a été dit que da se mai non si masse. Durant le peu de temps qu'elle garda sa dépouille mortelle, cette âme glorieuse crut, avec tant d'ardeur et de véritable amour, en celui qui pouvait lui venir en aide, qu'elle se rendit ainsi digne, à sa seconde mort, de venir figurer dans ce jeu, a questo giuoco. Ainsi, c'est chose avouée, nous assistons ici à un jeu de scène, ce dont on pouvait se douter depuis longtemps. Gomme toujours, nous n'avons devant nous que des masques; et tout ce que nous venons d'entendre se résume en ce peu de mots : L'âme de Trajan est revenue sur la terre pour trop peu de temps et s'est fait béuir dans la personne du juste Henri de Luxembourg. Reprenons ce passage en modifiant légèrement la traduction : La chair de Trajan avait quitté ses os, c'est l'expression maçonnique; mais sou âme glorieuse, l'anima gloriosa onde si parla (pourquoi affecter de ne pas la nommer?) fut rappelée à ces os veufs de leur chair (par qui? pas un mot de saint Grégoire), elle quitta l'Enfer ou Rome, dont les pontifes pervers ne reviendront jamais à bon vouloir « u* non si riede giammai a buon voler; ce fut la récompense d'une vive espérance mise par le poêle et son parti dans l'efficacité des prières faites à Dieu pour susciter cette âme impériale, per suscitarla, contre une auto* rite usurpatiice ; si bien que la volonté de Dieu, qui de toute éternité a décrété la souveraineté universelle de l'Empire romain (voy. De Monarcliia), put agir dans ce sens, si chc potesse sua voglia esser massa, (Quant au nominatif, auquel doivent se rattacher les prières, l'espérance, la volonté, il a été passé sous silence à dessein.) L'âme de Trajan ne resta que peu dans le corps du juste Henri, Twlla carne in che fu poco; mais dans ce trop court séjour, elle fut chrétienne à la manière des Albigeois et des Templiers, elle crut au Ghrist venu, credetie in L.YL, attendu qu'elle eut la foi albigeoise, dans la personne du Luxembourgeois, i)our lequel Dante adopta la ctésignatioii numérique VL (Voy. Enf. xxï, note 26.) Or, cette croyance anlicalfaolique pouvait l'aider à relever l'Empire et lui valoir une mcn • tion honorable dans le poème, che potcva aiutarla.
Si nous nous abusons dans notre interprétation, il faut en accuser un malheureux hasard qui s*obstine à combiner certaines phrases et certains mots, toujours les mêmes, de telle sorte qu'en y regardant d'un peu près on leur retrouve toujours la même valeur.
L'aulre, par cette grâce intarissable et pure, etc.
26. La grâce se manifestant par Timpéiration de la doctrine, elle peut être comparée, comme elle, à une onde limpide découlant, comme elle, d'une source divine que l'œil humain ne saurait sonder, même superficiellement, et encore moins l'œil des profanes.
Pour la justice fut tout zèle, tout amour, de.
27. Si Trajan n'est qu'un masque sous lequel est habilement dissimulé l'empereur Henri VU, il serait bien possible qu'il en fût de même de Ryphée et que, sous son nom, se déguisât quelqu'un de ces justes, de ces Parfaits auxquels il a été déjà fait maintes fois allusion dans le poëme, notamment dans VEnfer, vi. Essayons donc d'appliquer encore à Dante lui-même ce que l'aigle nous dit de Ryphée. Comme lui, Dante, bien que condanmé à l'exil et au feu pour malversations, baratterie^ mit tout son amour dans la droiture, dans la justice, tutto suo amor Uiggiii pose a drtttura ; c'est pour cela qu'il demandait hautement qu'on rendît à César ce qui appartenait à César; aussi, de grâce en grâce, c'est-à-dire après lui avoir fait voir les abus de l'Eglise romaine et embrasser l'albigéisme. Dieu lui ouvrit les yeux sur les moyens de parvenir à la rédemption de l'Italie, de la vedovella, iddio gti aperse Cocchio alla nostra redenzion futura, rédemption qui devait être le résultat inévitable du triomphe de la monarchie sur la Papauté et de l'église albigeoise sur l'Église ro-< maine. Il crut donc à cette rédemption désirée , onde credette a quella, beaucoup plus certainement que Ryphée à celle du genre humain par le Christ; il crut en celui qu'il appelait son Christ, son Messie (iwy. ses lettres à ce prince), et il ne lui fut plus possible d'endurer la puanteur du paganisme catholique , l'adoration des images, les prières pour les morts, etc., etc., nonsofferse da indi'l puzzodel paganesmOj et il alla gourmandant les aveugles qui se laissaient abuser et les pervers qui, les tenant dans l'ignorance, les corrompaient par leurs odieux exemples, riprendeane le genti pe)Derse. Nous avons peine, quant à nous, à nous persuader, sur le seul témoignage de l'aigle, que telle ait été la manière d'agir de Ryphée à
répoque da siège de Troie» tandis que Tbisloire, d*accord avec la Comédie et les autres œuvres de Dante , est là pour attester que Dante déploya tout le zèle d*un missionnaire politique et religieux pour faire prévaloir ses opinions monaixhiques et sa foi sectaire, en ne cessant de fulminer Tanathème contre les Guelfes et contre les chefs de l'Église romaine. Nous doutons fort, par les mêmes raisons, que Ryphée ait reçu un baptême quelconque, et encore moins celui des trois vertus théologales; mais nous sommes certains, car luimême nous Ta dit intelligiblement {Purg. xxix et suiv.), que Dante a reçu le baptême maçonnique en présence détruis dames en grande vénération dans le Temple, et que les frères maçons appellent la Foi, l'Espérance et la Charité, quelle tre donne gli fur per baitesmo clie tu vedesti dalla destra ruota, dames qui ont existé de tout temps, surtout en Orient, plus de mille ans avant que saint Jean eût baptisé dans le Jourdain, dinanzi al batezzar più d'un millesmo. — On remarquera que, tout en lui décernant un brevet de droiture, le poète a eu la modestie de placer son représentant au-dessous des person * nages royaux évoqués par lui, c'est-à-dire dans la partie inférieure de l'œil. Ryphée est là près de Trajan, comme dans l'Enfer Ulysse auprès de Diomède.
Maintenanique nous avons recueilli quelques renseignements assez probants au sujet de Trajan et de Ryphée, voyons un peu s'il n'y aurait pas à découvrir quelques liens entre ces deux personnages et les bienheureux qui leur sont associés. Est-ce que Dante qui avait paraphrasé les psaumes de David et trouvé dans ce travail un moyeu commode de donner, sous le nom du saint Roi, carrière à la haine que lui inspirait la puanteur du paganisme; Dante qui durant son exil était allé çà et là, prêchant poce et portant ainsi l'arche d'alliance de manoir en manoir, di villa in villa et non pas di città in ciuà, ne devait pas être bien plus cher à l'aigle impériale que le roi propliète? De même Ezéchias, l'ennemi des idoles et des idolâtres» réprimandé par Isale, mais non châtié, pour avoir offert aux yeux des profanes les choses secrètes du Temple, pouvâit-il avoir autant mérité à ses yeux que Dante qui, n'ayant pas moins que lui les idolâtres en horreur, avait été réprimandé, comme lui, par les propliètes de la secte, pour avoir osé découvrir aux regards des profanes, sous des déguisements catholiques, traités de bouffonneries, scede, bonnes à figurer au marché des fous {RèvéL, p. 36 'i), ce que le Temple défendait de révéler; puis aurait obtenu par de dignes prières défaire le lendemain ce qu'il voulait faire la veille, crastinodeW odiemo,en con-
Unuant sa (Comédie, aGn de faire reculer la Mort. Ezéchias ne se rattachcrait-il pas ainsi étroitement à Ryphée et à Dante? Est-ce que Constantin, cet Empereur qui causa tant de mal, à bonne intention» par une libéralité imprudente, ne se rattacherait pas intimement au Trajan germain se faisant Grec, Nicéen, c'est-à-dire ayant un pied dans les deux campsi et prêt à céder aux caresses pontificales» manière d'agir» qui, malgré les meilleures intentions* n'en fut pas moins très-préjudiciable ï k' cause, buana ituenzùm che fe* maifruito? N'en serait-il pas de même du juste et bon roi Guillaume de Sicile, réduit à lutter contre le saint-stége et frappé d'excommunication, tout en faisant le bonlieur de ses si^ets? Il nous semble que ces divers rapprochements peafMit donner beaucoup à réfléchir à ceux dont la conviction n'est pas faite a priori sur l'orthodoxie du poeie Florentin ; car si nous ne nous trompions, l'œil de l'aigle, taillé à facettes, ne refléterait au demeurant que deux figures, chacune sous trois aspects différents.
Prédestination, oh ! combien ta racine.
Plonge ^profondément loin du regard homé^ etc,
28. Nous voici revenus aux prémisses posées par l'aigle, car s'il y a une prédestination, dont la racine plonge profondément dans l'immensité du Ciel, les causes et les effets, arrêtés à l'avance par une volonté immuable, ne peuvent subir aucune modification dans leur marche nécessaire; les prières sont sans influence sur elle et ne sauraient lui faire violence (*). Il y a dès lors présomplion audacieuse de la part de ce clergé qui affirme le contraire et prétend lire dans la pensée du Très-Haut, lorsque la cause première échappe en entier à sa vue mortelle, che la prima cagion non veggion iota.
Vous, mwteU, réprimes votre inquiète audace, etc,
29. Vous, sujets de dame Piété, de cette mort de l'intelligence, ne prononcez pas en aveugles sur le salut ou la damnation, voimortaU tenetevi stretti agûuUcar, car nous qui voyons la lumière et qui avons la vériuble révélation de Dieu, que vous revendiquez tausse-
(*) Jésus-Christ ayant dit, sans taire aucune distinction ■ Le fils de l'homme n'est pas Tenu pcmr Caire périr les âmes, mais pour les sauver ■ (saint Luc, IX, 50), les Cathares •OQtenafent que toutes les âmes créées de Dieu seraient sauvées, et rejeinicni en conséquence la'doctrine de saint Augustin sur la prédestination ; il ne devait y avoir de damnés que les esprits œuvres du mauvais principe, dont l'enfer dcTalt ôtre la terre. ( Moneta, M9; act, de Vinq, de Caraw» 12A7, Doat, xxir, P OS.)
ment, nous nous abstenons de décider, faute de connaissance siiflBsanté, et d*cmpiéter sur le jugement de Dieu.
Nouê e$t douce pourtant, celte ignorance même, etc.
30. Nous ne regrettons pas notre insuffisance à cette tftche, car nous mettons ailleurs notre bonheur ; sa plus haute expression se résume dans notre foi religieuse et politique, formulée par les initiales de Béatrice et de Henri, perché ilnosiroben in ^Ke^roB.EN. Raffina. (Ne voilà-t-il pas encore un jeu de mots heureusement placé?) La foi albigeoise et la monarchie universelle, au spirituel comme au temporel, voilà ce que nous voulons, parce que telle est aussi la volonté de Dieu, chè quel che vuole iddio e noi volemo. La conclusion est digne de Texorde, on en conviendra, et ne dément en rien les propositions émises dans le reste du discours ; tandis qu'on n'en saurait certes dire autant si Ton veut prendre au pied de la lettre toutes les paroles de Taigle.
Me versant la liqueur, tout ma /aille paupière, etc.
31. C'est probablement parce que la médication qui éclaircissait la courte vue du poêle lui paraissait d'une extrême douceur, soave medicina, et surtout parce qu'il comprenait parfaitement l'image divine, l'imagine divina, qu'il s'est abstenu de toutes questions, lui si prompt à émettre des doutes sur ce qui lui parait offrir utilement matière à discussion.
...,Les deux feux bienheureux, A chof^ mot, d'accord comme un battement d'yeux, etc.
32. Etonnez- vous après tout ce qui vient d'être exposé que l'excellent empereur Trajan-Henri et le très-juste Ryphée, le Parfait Dante Alighieri soient seuls désignés comme applaudissant aux paroles de l'aigle, sur les six personnages censés former son oeil ; étonnez-vous du touchant accord qui leur fait approuver Thabile discours de l'aigle impériale, tendant à établir en substance la prédestination du salut, et l'inutilité des prières pour faire fléchir une volonté immuable, devant laquelle ont trouvé grâce de tout temps la vertu et la justice, indépendamment de toute condition rituelle , résultant de l'admission dans telle ou telle église. N'avions-nous pas raison de dire au commencement de ce chant, que l'aigle se réjouissait à l'avance de quel-
qoe bon lour dont elle s*apprétait à nous surprendre, et celui-là ne vaut* il pas les autres ?
CHANT m
De nouveau contemplant Béatrice, mes yeux
Ne u'occupaient que d'elle, et mon âme avec eux, etc.
1. Ici noas passons du sixième ciel au septième, de Jupiter à Saturne, de la vie active à la vie contemplative, de la politique à la religion; ausbiJe poète détourne-i-il ses yeux do l'aigle impériale, du symbole politique, pour les reporter sur celle qui est la personnification de sa foi, (/a ognialtro intento s'eia tolto.
Semblable à Sémélé, cendre tu deviendrais.
2. Si cette foi béatifiante, dont les yeux sont les enseignements et le sourire la lumière qui en résulte, laissait briller sans ménagement, à ce point de Tinitiation, son sourire lumineux, elle s*ex poserait à faire envoyer au bûcher son fervent adorateur par les R. P. inquisiteurs, qui ne rient guère et n'ont pas le moindre goût pour la lumière d*0rjent, dli cener tu li faresti.
Qui brille d^autaiH plus, de Vétemel palais Qu'on monte les degrés, etc.
3. PlusTinitié s'élève en montant Téchelie des grades, piùsisale, plus il découvre de beautés dans la religion d'Amour, cela va sans dire.
h. Si Béatrice n'apportait pas désormais la plus grande prudence dans ses communications à son disciple, les beautés splendides de la doctrine blesseraient des yeux habitués aux ténèbres, et le poète, qui oserait les reproduire, serait consumé comme une feuille sèche parles foudres de Tcxcommunicaticm ; et cela malgré tout le bagage catholique, défroque de la Mort, dont il aurait cru se faire une égide
contre le péril ; cette défroque, dont grande a été sans doute la puissance, puisqu'elle a fait illusion durant cinq siècles, serait réduite on poussière et laisserait Thérésic à découvert. Comme on le Toit, mortalpodere n'a pas, ici, la valeur de potcstà,
..,. Sous l'ardeni poitrail du Lion parvenant, etc.
5. Au mois de mars 1300, époque à laquelle le poème est censé commencer, Saturne était dans le signe du Lion, dont les influences «idérales, au dire des astrologues, se mêlaient dès lors aux siennes propres. Or, si nous en croyons le poète, « le ciel de Saturne a deux propriétés qui permettent de le comparer à l'astronomie, astroiogia; i'iine est la lenteur de son mouvement en parcourant les douze signes, puisqu'il met vingt-neuf ans et plus pour décrire son cercle; l'autre est son élévation au-dessus de toutes les autres planètes. Ces deux propriétés se retrouvent en effet dans l'astronomie, car il faut de même un très grand espace de temps pour parcourir le cercle qu'elle embrasse, tant à raison de renseignement théorique, trèslong et compliqué, que pour l'expérience à acquérir ; elle est aussi la plus élevée des sciences pour la noblesse de son sujet et pour sa certitude. » {Corw. ii, 1û.) Appliquons-nous donc bien pour profiter des enseignements plus ou moins astronomiques qu'on va nous donner dans Saturne.
Onu ton attention pa^se toute en tes yeux, etc,
6. Littéralement, les vers italiens signifient : Fais attention à ce que tu vas voir et souviens-t'en pour le rendre fidèlement; mais ils ont aussi un autre sens que voki : Que ta pensée se déguise dans son expression, ou bien mot à mot: Abrite ton esprit derrière tes enseigne- Qionts, dirietro agli occhi inox (ses yeux, comme ceux de Béatrice, •ont ses démonstrations, Conv,), en dépeignant ce qui va t'apparattre dans ce miroir maçonnique, fa di quelli specchio.
Celui qui concevrait quelle douce pâture, etc,
7. Quiconque saurait que le poêle se reiiaissait du pain des anges {Canv. i), lorsqu'il se laissait absorber dans la contemplation de sa foi personnifiée, et qu'il était appelé à se nourrir de. ce pain céleste, «n portant ses regards sur des symboles qui en ravivaient en lui l'ardent amour, neW aspetto beato, comprendrait avec quel empresse* ment il obéissait à son guide céleste, céleste scorta, et se prétait à
saTonrer la même pâtore sous on autre aspect, ce même pain des anges, pastura, égal en poids et en qualité, bien qne différent quant à la forme, dans chacun des plateaux de la balance, contrappesando Pun col l'altro lato.
Portant le nom d*un roi dont U sceptre propice, etc.
8. C'est le siècle de Saturne que Dante se flattait de voir renaître avec le triomphe de la monarchie impériale sur Tautocratie sacerdotale, dans la pensée que toute malice aurait alors à disparaître de la terre, ogni malizia moria, avec ceux dont l'exemple et la politique dépravaient de plus en plus le monde. C'est donc dans l'astre qui porte le nom du caro duce^ sous lequel le monde coula des jours heureux et purs, qu'il ?a nous signaler les moyens propres, selon lai, à atteindre ce but désiré; le tout à l'aide d'une couleur de rhétorique, comme dit l'Ottimo, qui usa uno colore rettorko. Comme nous ne sommes pas astreint aux mêmes précautions, nous appellerons cette couleur une figure maçonnique, et l'on va juger si nous y sommes bien fondé.
Jê ifis m escalitr, d'or pur et tranaparent, etc.
9. V<N€i la figure sur laquelle Béatrice appela, au commencement de ce chant, toute l'attention de son fidèle, en lui recommandant de n'en parler qu'avec la plus grande circonspection. Elle a donc une imporunce majeure à ses yeux. Cette figure est une échelle offrant la couleur de l'or, « symbole de pureté, » dit l'Ottimo, et dont la subsUBce hmpide laisse transparaître les rayons de la lumière, in che raggio trabtce. Ccrte échelle, qui s'élève à perte de vue, n'est toutefois qu'une image réfléchie, puisque Béatrice a déclaré formellement qu'elle apparaîtrait reflétée dans le miroir de Saturne, la figura che in questo spedchio ti sarà parvefUe. Les échelles paraissant peu nécessaires au Ciel, dont les habiUnUont des ailes, nous n'y chercherons pas celle qui s'offrit au poète reflétée dans Saturne ; nous avons d'autant plus d'espoir de l^ trouver sur la terre, que la vision dont Jacob fut favorisé la lai montra ici -bas. Il ne nous faudra pas, en effet, aller bien loin pour y rencontrer celte échelle d'or pur ou cathare.
En effet, elle existe encore à l'heure qu'il est. Unique et multiple,
elle se dresse dans chacune des loges maçonniques disséminées sur
la surface du globe; le long de ses échelons descendent, du ciel sur la
terre, des clartés éblouissantes destinées à triompher des ténèbres de
l'ignorance, et Tesprit qui en est inondé s'imagine voir ruisEseier devant lui toute la lumière répandue dans le ciel, vidi per /i gradi scender giuso tatUt splendor, ch' io pensai cIC ognilume che par net ciel, quindi fosse diffuso.
Vous n'admettez pas cette interpréution ? Peut-être en croirezvous ce qui se répète journellement dans les solennités de ceux qui se proclament les héritiers directs des chevaliers de Tordre du Temple, les Écossais d*Heredum. Ouvrez leurs rituels, voici ce que vous y lirez, sous ce titre : Instruction, en anglais lecture, pour le grade de chevalier Kadosh, « dont la réception a trois phases, » nous a dit le frère Boubée. Or, sauf erreur, nous sommes ici à la dernière.
Lorsque le récipiendaire a répondu aux questions qui loi ont été adressées : «Qu'il est chevalier Kadosh ou chevalier de l'Aigle blanc et noir ; que le député inspecteur, par lequel il a été reçu dans le silence de la nuit, l'a décoré de Vhabit, du ruban et du bijou de l'Ordre ; qu'il s'applique de tout son pouvoir à élever un édifice digne de ses frères; » on lui demande : « Quels progrès avez-vous faits? — R. — J'ai acquis la connaissance de I'échelle mystérieuse ; a il ajoute, en réponse à autant de questions successives : « £ile se compose de deux montants, supporters, nommés, en hébreu, Oheb Eloha, amour de Dieu, et OhebKerobo, amour du prochain (principe fondamental de la religion d'Amour), et de sept échelons, figurant les vertus que je dois pratiquer, savoir : !• justice, bonnes œuvres; 2*» candeur; 3° douceur; W roi ferme dans la vérifé [ferma fede); 5*» grande œuvre, labor magnus, progrès; 6« patience dans les revers; 7* prudence, discrétion. » Nous supprimons, pour abréger, les noms hébreux; mais on les trouvera dans les Tuîleurs de Bazot, p. 118, de Delaulnay, p. 229, de Villiaume, p. 20û, et dans Light on Masonry, p. 288. On pourra se rappeler, en les lisant, le début latino-hébraïque du ch. vu.
Mais ce n'est pas tout; il se trouve, par une merveilleuse coïncidence, que ces sept échelons, figurant autant de vertus préconisées par notre poëte, représentent encore, en commençant de même par en haut, 1» l'astronomie, correspondant à la jysUce de Tàge d'or et à ce ciel de Saturne où nous sommes arrivés, il delà di Satumo si puocomparare ait aslrologia; notez qu'une loge de Saint- Jean, dont je vois les procès- verbaux mentionnés depuis 1783 dans un catalogue du libraire Guillemot, existe encore à Paris sous le tiiie distinct if de ri4<3fe d'or. {Conv. n, 1/|.) 2" La géométrie, cj)mparable h Jupiter, par les motifs déduits dans le Convito, de ujénic que, ;i" la
musique comparable à Mars, U"" Tarithmétique au soleil, 5^ la logique, dialettica, à Mercure, G** la rhétorique à Vénus et 7^ enfin la grammaire à la Lune, c'est-à-dire tout l'ensemble du trivtum et du quadriviurn. {Voy, Bazotet Yilliaume aux pp. citées.) Nous devons faire remarquer qne tous deux mettent, par une transposition peu logique, la géométrie au troisième échelon supérieur, et la musique au deuxième ; mais c'est la seule différence à signaler entre l'échelle du Paradis et celle du Temple, nous n'en sommes pas moins en droit de dire à Dante, comme aujourd'hui le Vénérable à celui qui vient de gravir l'échelle mystérieuse : « Vous êtes Templier. »
A ces deux significations des échelons cabalistiques vient se rattacher un autre ordre d'idées, dont nous nous ferions scrupule de ne pas donner connaissance à nos lecteurs, puisqu'il comporte aussi son instruction ; nous empruntons ce renseignement à un cahier manuscrit que nous devons à l'obligeance d'un chevalier Kadosh dont le zèle maçonnique s'est considérablement refroidi.
Lorsque le récipiendaire a prêté les serments requis, donné le signe de certitude, l'atrouchement, les paroles des Croises^ le grandmaître lui explique la valeur des lettres tracées entre chaque échelon : a Le T que vous voyez là-haut, entre le septième et le sixième échelon, signifie Templier; i'M, entre le sixième et le cinquième, Jacques Mo- LAY, le véritable Hiram; les lettres P.B. , Philippe-le-Bel, objet d'exécration pour l'Ordre; entre le quatrième et le troisième, G.V., Clément V, Pape vendu au roi de France, avec lequel il partagea les dépouilles du Temple; entre le troisième et le second, Ë.D.G.L., Edouard, Grand Lord ou roi d'Angleterre, complice de Fhilippe-Ie- Bel. Entre le deuxième et le premier, les lettres G.A.B.N. signifient: Gérard, archevêque de Mayence, Albert d'Autriche, Blanche, sœur de Philippe-le-Be],et enfin Adolphe de Nassau, signalés comme ayant coopéré plus ou moins à la ruine de l'Ordre. » La vengeance de ce crime odieux est le but auquel doit aspirer tout chevalier Kadosh, dont le mot de passe est Nekam Adonaï, et il ne peut manquer de l'atteindre à l'aide des sept vertus et des sept sciences symbolisées dans l'échelle de Jacob. Demandez en effet à un Franc-Maçon comment il espère arriver au terme de ses souhaits, à ce Ciel étoile qui a pour supports : la sagesse pour combiner, la force pour soutenir, la beauté (la leggiadria de Dante) pour orner toute grande et importante entreprise. Il vous répondra ; «Avec l'aide de l'échelle de Jacob» by the assistance of Jacob' s Ladder. (Light on Masonry, p. 39.)
C'est pour accomplir leur œuvre de vengeance que les modernes
Templiers sont armés du glaif e, que les deux étendards de l*Ordre portent, l'un la croix templière a? ec la légende Dieu le veut^ 1 autre Tsiigle noir tenant un poignard dans ses serres, avec la devise vaincre ou mourir. (Viliiaume, p. 20à.) «Que signifie la croix surmontée de Taigle et du glaive ? — ^ue je dois en tout temps employer mon glaive, sous la bannière de l'aigle noire, à soutenir TOrdre. — Où travailliez- vous 7 — Dans une place de sûreté, à rétablir secrètemeta l'édifice ruiné par des traîtres. — Quel succès en attendezvous? — J/es droits de la vertu, Taccord des frères, les possessions de nos ancêtres et un bonheur sans fin. — Avez-vous pleuré? — Oui — Avcz-vous porté le deuil ? — Oui, je le porte encore. — Pourquoi 7 — Parce que la vertu est méprisée, et que tant que régnera le vice (lecaporeo), la vertu sera opprimée, les crimes resteront impunis. Mais en favorisant nos projets et nos vœux, le grand Architecte de l'univers fera luire le jour qui verra punir le vice et récompenser la vertu, d (Light on Masonry, p. 288.)
Si vous voulez maintenant savoir comment le vice est symbolisé dans les loges maçonniques, vous le reconnaîtrez peut-être sous la figure d'un serpent à trois têtes, car vous vous rappelez l'horreur des Cathares pour les reptiles; autrement nous vous renverrions au triple Geryon que le poète nous représente avec' la face d'un juste et une queue de dragon. (K. xvit.) En effet, «le grade de Pontife, remarquez ce litre, ou de sublime Écossais, a pour objet la noavclle Jérusalem ou la Maçonnerie régénérée écrasant le serpent à trois têtes, (Oelaulnay, p. 163.) En conséquence « quelques chevaliers Kadosh font broder sur le tablier l'échelle à deux montants (celle des vertus et des sciences), posée sur un serpent à trois têtes. » (Viliiaume, 206).
On connaît maintenant l'échelle de Jacob et quels sont ses éléments ; on sait que les modernes Templiers l'emploient à s'élever jusqu'à la voûte du Temple, jusqu'à leur ciel mystique, représenté tour à tour couvert de nuages poiu* les profanes ou resplendissant d'étoiles pour les initiés, a clouded canopy or stairy-decked heaven. On est donc en mesure de me dire en quoi l'échelle dantesque diffère de l'échelle maçonnique et comment il se fait que nous retrouvions ainsi, de ciel en ciel, tous les symboles encore en usage dans la t\ «Maçonnerie, tous les rites prescritsdans ses divers grades, etjusqu'aux mots de son vocabulaire. Refuser d'admettre que ce soient là des preuves de raffiliaiion du poète à une association occulte, hostile à rjÈglise orthodoxe et à la constitution sociale de son temps, c'est à
noire sens, vouloir nier l'évidence, et déclarer ne vouloir êlre convaincu que sur la représentation d*un diplôme authentique constatant raffiliation du poêle florentin à Tordre du Temple, appuyé d'une profession de foi religieuse et politique écrite en entier de sa main avec la signature : Dante Alighieri, pasteur de la religion d*Amour. Eh! mon Dieu, tâchez donc de comprendre Boccacc, vous disant que la mère de Dante, enceinte de lui, rêva qu'il était pasteur et ajoutant avec bonhommie, c'est-à-dire pastoi* spiriiuale ; est-ce clair î (Voy, Viia di Dante, à la fin ; lisez les Églogues de Dante et cellesde Jean de Yirgilio son ami; nous vous recommanderons aussi celles de Pétrarque.)
Comme ause cham-ps, le matiiit par native eoutumt, S'agitent les corbeaux ^ à l'heure où point lejour^ eto.
10. Ces cornoilies-là, pole^ sont parfaitement disciplinées; ellci se meuvent ensemble, imieme si movanos et cela « à ia première beure du jour, » comme disent les Maçons, au moment deoommen** ccr leurs travaux; les unes s'en vont en exil ou pour un apostolat lointain, et ne reviennent pas ; d'autres retournent d'où elles sont venues, une fois leur mission remplie ; d'antres restent au lieu natal, mais en faisant de fréquentes touinées, roteando, afin d'entretenir la chaleur des membres qui se refroidissent, a scaldar le fredde piume. Nous savons bien que les Parfaits, ou les pasteurs Cathares, avaient adopté le vêlement noir (*), mais nous n'apercevons pas très* clairement comment des éclairs ou des étincelles en mouvement peu* vent être comparées à des corneilles, à moins que nous n'admettions qu'à l'instar de l'aigle blanc ou noir, elles sont à volonté lumineuses ou obscures ; en effet, on peut remarquer que ce rayonnement étincelant n'a lieu qu'au moment où ces élus, aussi bien disciplinés que les corneilles, atteignent un certain grade ; questo sfaviUar imieme venue j si corne in ceuto grado si percosse. Or, ce grade ou cet échelon astronomique ou saturnin, était évidemment le T en commençant par le bas.
Tu me révèles bien Vamour qui hruU en toi, etc»
il. L'étiquette du grade n'admettant pas le costume noir-corneille
(*} Les Bonshommes ou Parfaits, portaient d'ordinaire des vêtements noirs. ( Petr. Vall. Cern. 556.) I>es femmes Pai faites |)ortaient également des espèces de nianleauide couleur noire, iuperluaieale, {ÀcLde rinq. de Toulouse^ Ooat, xxv, t- 147.)
1004 LE PAltADlS.
pour recevoir la visite crnn frère voyageur, pcUegrino^V élu qui s'approche, |)our donner la bienvenue au poëte, revêt une blaucheur aossi éclatante queposMble, Jt/i?cAiaro^ou peut-être mieux encore, révèle sa foi par des signes cl des attouchements des plus clairs {voy, note 8 du ch. xv) ; toujours est-il que le poète ne s*y trompe pas, et qu'^fl se dit «I part soi : Je vois bien tes signes et je te reconnais pour an fidèle d*Amour, dévoué à l'Empire, io veggïo B.EN., Camor che tu M*ACCENNE.
Mais celU dont j'aiiendst fOur parler et me taire t ele,
12. Il semble que Dante pourrait montrer moins de prudente circonspection dans \c Paradis, oùnnl danger ne saurait le menacer, que dans VEnfer ou le Purgatoire; il n'en est rien pourtant, car il n'ose dire un mot ou se taire sans l'aveu de cette foi mystérieuse dont il a fait sa compagne inséparable. D'où l'on peut conclure qa*il avait conscience de la difficulté du terrain et des périls qu'il osait y braver, plus redoutables encore que ceux dont il s'était si habilemoit tiré dans les deux autres royaumes. Au surplus, en attendant de Béatrice te corne e '/ quando del dire e del tacere, il ne faisait que se conformer à l'usage rituel des loges, où le récipiendaire ne prend jamais la parole sans être interrogé, et attend que son guide, la scorta, le socius Cathare, lui dise quand et comment il doit répondre {*). On voit que rien n'est oublié, et que ces mots qui paraissent si inoffensifs, contra il disio fo ben se non dimando^ ont leur valeur rituelle comme tout ce qui précède.
Mais elUf qui lisait, nettement retracée
En Celui qui voit toutj ma secrète pensée, etc.
13. Au résumé, la scorta est bonne personne et, comme « elle voit ce qu'il tait dans le voir de celui qui voit tout, nel veder di queilo che tutto vede, » la foi albigeoise et templière réfléchissant directement la pensée du grand Architecte, où elle lit comme dans un mi-
(*) « Les Cathares aTaient pour règle de ne rien faire, ni voyage, ni repas,'Di prière, sans oompagnoiu 11 n*éuit pas indispensable que le compagnon, socius, fût lot-mème un Purfait; il pouvait être un croyant d*une fidélité éprouvée. ( Act. de Vùtq, de Oarc, 124S; Doat, xxili, r»102.) » Schmidi, il, Wi,
Fidèle k cette règle, même dans la fiction, Dante a choisi pour soeiusé»n% VEnfer et le Purgatotrc Virgile, puis, dans le Paradis, Béatrice, remplacée à la fin du poème par saint Bernard.
roir, elle accorde, par exception, an poêle la pcrniission de parler le premier.
Pourquoi du Paradis cette sphère hénie
Me laisse à regretter la même symphonie^ etc.
\U. Ne trouvez-voQspasque le grand Aiighieri semble se rapetisser à plaisir dans les questions, d'une futilité enfantine, qu'iraOectc de poser successivement à tous les plus grands docteurs ? Le voilà pris actuellement du plus ardent désir, caldo dxsxo^ de savoir pourquoi Ton ne chante pas ces cantiques dévots que nous savons, dans le ciel de Saturne comme dans les autres; c'est pour obtenir une réponse si importante, dont il se déclare peu digne, qu'il se met en frais d'extrême politesse envers le Vénérable, auquel le gai savoir a fourni son costume à double face, vxta beata che ttstainascosta deniro aUa tua letizia.
Ton ouïe est mortelle aussi bien que ta vue, etc,
15. Réponse polie équivalant à dire : Mon bon ami, tu as l'intelligence bien obtuse si tu ne comprends pas que nous ne saunons chanter ce que Béatrice ne peut enseigner ; attendu qu'il y a des oreilles catholiques pour nous entendre, t/c/tVntorfa/^ et te faire payer cher nos chants ; or, cela ne ferait pas rire cette pauvre Béatrice qui a tant pleuré dans le Purgatoire, avec ses frères et sœurs, a qui elle disait, en se servant des paroles même du Sauveur : Modicttm et non videbitù me, (Ch. xxxili.)
C'est pour te faire fête, et de tous mes rayons^ ^ De mes discours amis accueillir ta visite.
1 6. Le Vénérable s'est empressé d'accourir au-devant d'un visiteur aussi distingué, certain de lui faire fête par les paroles que nous entendrons bientôt, et qui nous révéleront d'où procède la lumière qui lui fait un manteau de Templier, la luce che mi ammanta.
Plus d'amour ne m'a pas fait accourir plus vite, etc*
17. Nous savons déjà que, dans chaque grade, il y a égalité d'amour entre tous les frères, et il en devait être ainsi là, tous se montrant* revêtus des mêmes insignes et bijoux.
Mais cette charité qui sait faire de noue
Des serviteurs lélés et prêts au premier signe, etc.
18. C*est l'amour suprême, représenté par le chef du Grand-Orient, ce conseil souverain dont relèvent toutes les volontés, sertie al consiglio che 7 moml o governa, qui désigne chacun selon sa capacité, sorteggia^ pour les missions à accomplir. Le poêle maçon fait Tignorant pour avoir occasion de compléter son Tuileur sous le titre de Comédie.
Comment d'un libre otmmr la sainte obéissance, etc.
19. Dante n'ignorait pas que la charité éuit libre et non pas imposée par contrainte ou terreur, Ubero amore, dans cette Cour, cet Aréopage ou ce Concile, comme on voudra Tappcier avec les chers frères, et que cet amour libre leur suOisaitpour suivre los Justes et bienfaisants décrets de la Providence éternelle, représentée ici-bas par la Nature ou la Providence impériale, dont Tart d'Amour est comme petit-fils. {Enf. xi.)
Powq^uoi tu fus ainsi^ seule, prédestinée, ete»
20. Nous connaîtrons bientôt les motifs qui valurent h ce flambeau sacré, sacra lucerna, l'honneur d'être prédestiné au rôle de Vénérable pour la réception du poète ; et Taffectation que met Dante à le presser sur ce point, quand ces motifs ne peuvent être exposés ouvertement, est un nouveau trait d'habileté dans une ceuvre où il y eo a tant, perché predestinata fosii sola a questo u/ptio?
Se mit à tournoyer comme une meule ardente, etc.
21. Poussé ainsi au boulon, le Vénérable prend le parti de jeter de la poudre aux yeux du questionneur. Il se met à tourner comme une meule ardente, mû qu'il est par cette foi illuminante dontTamour est, à.Ia fols, le fanal et le foyer, dei suo mezzo fece il liane centro; mais mieux encore, le Vénérable se fit le centre ou, si vous le voulez, le foyer de la lumière, qui se propagea par son moyen ; il faudrait donc voir en lui, comme en saint François d'Assises, un agent précieux de la secte, appelé comme lui, .vans le savoir sans doute, à lai rendre d'immenses services. Voilà de quoi ne se doutait pas le P. Lombardi qui, charmé de ces expressions, farsi del lumc centra, les qualifie de vaga perifi azû-Ca qui nous paraît charmant, c'est la bonhomie de certains commentateurs , la duperie des traducteurs
et la Diaiseric de la masse des lecteurs acceptant la bouche béante, et dans le nombre combien de grands docteurs, les bourdes les plus ébouriffantes.
A ma perception la vertu qui s*unil, etc.
22. La religion d* Amour, que le Vénérable porte dans le secret de son cœur» Camor che v' era dentro, se charge de faire la réponse en ces mots : La lumière divine qui rayonne sur moi vient se confondre avec celle dont le foyer est en moi, ond' W7n'inventro;sa vertu, jointe à celle que j*ai acquise en voyant la lumière, cot mio veder congtunta, m'élève tellement au-dessus des catholiques romains , ces brutes profanes, que je contemple l'essence suprême, dont cette lumière, révélée à mes frères, est l'émanation directe, délia qttale è mnnta.
Et de là Cette joie en mot qui resplendit, etc»
23. De là provient la Gaie science, dont mes paroles et mes écrits sont le rayonnement, Callegrezza onde fiammeggio, attendu que la clarté que répandent mes écrits, dirigés contre les scandaleux abus de l'Église romaine, est en rapport avec la clarté de ma vision, au sujet des choses de la foi, perché alla vista mia la chiarùà délia fiamma patreggio. On voit combien c'est à tort qu'on reproche l'obscurité à Dante, il est souvent au contraire d'une limpidité d'expression étonnante. Nous connaîtrons bientôt les écrits dont il s'agit
Ce que tu veux savoir et ne sauras jamais, etc.
2l\, Comment répondre sur la prédestination sans s'engager dans l'examen de questions que Dante a toujours soin d'esquiver, ou n'aborde jamais qu'indirectement? celles de l'origine du mal par exemple, du libre arbitre, de l'efficacité des prières sur une volonté immuable. Le Vénérable se tire donc d'affaire du mieux qu'il peut, en déclarant son incompétence sur une question insoluble dans les plus hautes sphères du ciel. Mais Bossuet vous dira qu'un dogme, qu'il appelle nouveau, éuit « comme l'âme de la Réforme » et qu'il consistait à soutenir (jue quiconque reconnaît le franc arbitre, nie la prédestination. (Hist. desvar., p. 565.) Oui, comme nous l'avons vu, dans le sens où l'établit saint Augustin. Or, Dante n'avait garde de procéder par distinctions sur un sujet aussi délicat.
Quand tu retourneras dans le monde mortel, eic,
25. Dis bien au clergé catholique, aux suivants de la Mort théocratique, aux sujets du Prince du monde, al mondo mortal, qu*il ne leur appartient pas de décider en pareille matière, et qu'il y a présomption de leur part à s'engager sur ce terrain, en se prétendant infaillibles, che non presumma a tanto segno più mover li piedi. Leur esprit terrestre ne produit que fumée, calîgine det mondo (Pitrg, XI), d'où Caligorant (Arioste), ils ne sauraient donc pénétrer, dans leur humble sphère, ce qui échappe aux regards des habitants du Ciel, car ils sont loin d'être purs et encore moins Parfaits.
De ce qu'il fut de lui je m'enquis humblement,
26. Dante prend le bon parti en ne pressant pas daTantagc le Vénérable, qui vient de lui donner d'excellentes raisons pour ne pas répondre, et il nous rend le service de s'informer très-humblement à qui il a l'honneur de parler. Soyons donc attentifs. Comment en effet ne pas être curieux de connaître le nom de ce flambeau lumineux de la religion d'Amour des Yaudois, des Albigeois et des Templiers?
Sous le plus élevé, que l'on nomme Catrie, etc.
27. Entre la mer ïyrhénienne et la rive Adriatique se dressent, non loin de Florence, les cimes des Apennins, bien au-dessous desquelles grondent les foudres du Vatican. Sur une de ces hauteurs, qu'on appelle Catria, et dont le sommet se projette en saillie, gibbo, entre Gubbio et la Pergola, est un hermitage consacré à une seule adoration, a sola latrîaj celle de Dieu, non au culte des images, pratiqué par ces catholiques qui se sont fait cent idoles pour une, Voi ri orale cento, {Enf, xix. )
....Là je vivais content.
En méditation sainte et contemplative.
28. Là, le Vénérable se voua au service du Dieu du Ciel, non à cehii des saints, ses créatures, et tout entier à la contemplation, bien différent de ces prélats et de ces abbés occupés uniquement de vanités mondaines, il mena, hiver comme été, h vie la plus frugale, en haine du luxe des tables ecclésiastiques, pliant sous le poids des mets les pins savoureux ; luxe contre lequel il s'éleva avec une chaleureuse indignation. Lisez ses épîtres, quand vous saurez son nom,
puis .lisez Touvrage que Pétrarque nous a laissé, avec tant d'aulros conçus dans le même esprit, sous ce litre, De vita solùarût; vous verrez combien ses idées au sujet d*ua monde corrompu et de la cour romaine, concordaient avec celles qui déterminèrent l'amant de Laure-Béatrice à adopter la vie solitaire et à se faire Pasteur, comme Dante , pasteur évaugélique ou Albigeois, pastor spirituale, comme dit Boccace, pasteur de la religion de l'Esprit, et à composer des églogués latines très instructives; mais encore moins que les 3 entretiens, coUoquia, qu'il a intitulés son secret, Secretum meum. Il y a dans le r*" livre de cette vie solitaire, traité m, un chapitre 4 que je vous recommande. Il est intitulé : Quomodo ex periculo Pasiontm disci possit vitain soUicitam minus esse tutam, et quomodo, ea ratione, AUcroR ipse vitam elegerit solitariam.
Le champ rendait alors à ce Ciel largement, etc..
29. Ce cloître produisait alors une abondante moisson de solitaires, destinés à peupler des deux dont l'essence nous est désormais connue, et qui ressemblent d'une manière si frappante à ceux des Templiers modernes ; à telles enseignes, que ceux-ci ont aussi leurs soli" taires, qu'ils tiennent en grande vénération. Ne m'en veut-on pas croire ? Peut-être ajoutera-l-on foi à un rituel qui n'a certes pas été composé ad hoc, car il est imprimé en 1829 à Utica» ville des États* Unis d'Amérique. J'y ils ce qui suit : « Quel est votre mot de passe ordinaire? Manchin (probablement un mot hébreu estropié comme tant d'autres). C'est un des noms du Grand-Maître, en très-grand honneur, most reriovmed, parmi les solitaires connus sous la dénomination de Kadosh. — Que signifie ce nom? — Solitaire ou séparé (du monde et du Pape, son prince), solitary or separcue. » (Light on Masonry, p. 288.)
•De plus, dans le cahier manuscrit dont j'ai déjà cité plusieurs pas-» sages, et il existe beaucoup de cahiers de ce genre dans la Ma^ çonnerie, à en juger par le nombre de ceux qu'on trouve cotés dans le catalogue de la bibliothèque du F. *. Morand, que vient de publier le libraire Guillemot, on trouve un exposé historique p^r demandes et par rc))onses, sous le titre de deuxième instruction, dont sauront peut-être tirer parti de plusérndits que nous ; « Qu'avez-vous vu en entrant au Chapitre (est-il demandé au néophyte Kadosh) ? — Neuf grandes lumières. — Que signifient-elles? — Les neuf maîtres élus qui furent envoyés à la recherche du Uaître (le coiupagaon Abiraui)
— Que firent-ils ioraqae le Temple (de Salomoii) fut acheté ! •* Plusieurs se mirent sous un même chef, iravailtont à la réformaiion des mœurs, et à élever en eux un édifice spirituel et se rendirent recommandables par leur charité {caritas, amar) — Comment les appelait-on? — Pliaras Kol, mots qui signifient séparés {solitary or separtaed). — Conunent éuîent-ils séparés ? — Par la sainteté de leur vie et surtout par leur charité sans bornes envers les Pauvres (de Lyon). Lorsqu'on leur demandait ce qu'ils prétendaient faire durant le cours de leur vie, ils répondaient : Aborkah eth Adonai bekol àeth; thamid thegillatho ^e/^At; c'est-à-dire: Je bénirai le Seigneur en tout temps et j'aurai toujours sa louange dans la bouche. Ils disaient encore : Bahabah achallek him hehani, dont le sens est : Je traiterai toujours les pauvres comme des frères et je ne négligerai rien pour les secourir. (Qu'on se rappelle les invectives de Dante contre ceux qui dépouillent la veuve et l'orphelin et ses louanges au Scaliger, par qui les pauvres devaient devenir riches.) — Ne s'éloignèreni-ils pas par la suite de ce genre de vie ? -^ Peu à peu ils négligèrent leurs anciennes pratiques et leurs devoirs; ï orgueil, V avarice, leur servirent de guide et ils se contentèrent de conserver un extérieur austère, ne se soutenant que sous le manteau de V/iypocrisie. -^Gomment s'est-il pu faire que V Ordre se soit conservé jusqu'à nous dans toute sa pureté ? — Plusieurs d'entre eux, lélés obsservateurs des lois qu'ils s'étaient imposées, se séparèrent et furent appelés à juste titre kadosh, qui signifie saint (parfaits, purs, cathares, puritains), ils étaient connus sons le nom d'Esséens ou Ësséniena. (On remarquera que certains écrivains ont prétendu rattacher Jésus-Christ à la secte des Esséniens.) Comment s'appelait le Grand- Maître qui ordonna aux 70 frères de travailler à la version de l'Écriture-Sainte? — Ptolémée Philadclphe, roi d'Egypte, prince des astrologues (de Saturne sans doute) qui vivait 210 ans avant la venue du Messie. -* Quel a été le Grand-Maitre juif qui a été le plus en réputation? — Menaghëm (c'est évidemment le même root que le Manchin des Américains) c'est-à-dire Consolator (*). Il vivait sous
(*) Ce conâolator nous paraît se rattacher iiiiimemcnt> la eonsolationy,quc donnaient les Parfaits aux lidèles Vaudois, Albifireois ou Cathares. (Jualtwr habent san'ameHtOt qua 9Hnt : imposUio m/iiiNs pania beneUictio^ pcfnitentia et ordo.
Maints impositio vocatiœ ab eis co:^solami:ntuu ei apintuule baptismum, s\\e ÉAPTisMt!M SPiRiTt^s SANCTi, sùic qutty sccutidum fos, uec pcccatum mortale remit' tUur, nec »pirilus sanctus alicui datur. Suinina, f. Ilciaedi. Th. noo, D. Martennc, v, p. 702.
Cum baptismwn aspenieiHur, dit des PauUcieos le moioe de Zlgabtae, iUe tarMH
Hérode*Antipas (ce Menachem ne serait autre alors que saint Jean- Baïuiste qui versa Feau sur le front du Rédempteur et aurait fait ainsi du Fils de Dieu un membre de Tordre des Ësséniens}? *- Quelle était leur règle?-— Ils élisaient un chef, Grand-Mattre, qui jouissait de ce privilège pendant sa vie, et lorsque quelqu'un était jugé digne d'entrer parmi eux, il s'engageait à trois choMS par un serm^t; sa* voir : la /bt envers Dieu, h justice envers les hommes, et Vobéis^ sance envers leurs princes. — Suivaient-ils tons la même règle? — Non, il y en avait qui vivaient dans le siècle, mais le plus grand nombre habitait les possessions qu'ils avaient dans la Nigritie, la Scy tfaie (probablement le désert de Scété, où se retira saint Macaire) et la Thébaîde, qui servirent ensuite de retraite» aux solitaires que nous connaissons sous le nom de Peines du désert, — L'Ordre n'é-^ tant composé que de juifs, comment s'cst-il pu faire qu'il ait passé chez les chrétiens? — Le pins grand nombre ayant embrassé la religion chrétienne et voyant qu'il n'y avait, dans les usages de l'Ordre, rien de contraire à l'Évangile, communiquèrent leurs secrets à [Absieors chrétiens (les gnostiques?) avec lesquels ils s'unirent plus intimement. Leurs biens étaient communs et ils s'excitaient mutuellement à des œuvres de miséricorde. — L'Ordre se soutint-il longtemps ? — Jusques environ l'an 700 (l'époque de Charlemagne et celle à laquelle le Toulousain Stace quitta le quatrième étage du Purgatoire, ch. XXII, p. 689). Peu à près il déchut, et au commencement du XII* siècle il était presque inconna ( Vers l'époque de la première Croisade et de l'apparition des Troubadours, ces missionnaires de l'albigéisme ou de la religion d'Amour.) Il 8*était cependant conser-
ve fitiQUiil suscipere, namEvangelii verbaàaptismum exittUnant, quoniam JDonUnvt, Ego sdm, inqnit, AQDA viva, p. 20S, G. Bapltsmum nostrum Joannis baplismum esse dicuHtf pcr aquamentm fkri, lU ipsU viéttur, Quamobrem ri quis ad ipsos eonfugU etim REBAPTISANT.... Joonnis evangelium capUi ejus imponunt ef spirituh sanctom suum invocanU et Paier Nosier c<munt, {Solam precationem appellunt quam Dominuê traMIf in Stfongôtiis, id est Paler Nosiar. ) Et po»t ëaptismum. ejuâ modi tempus assignant ad accuratiorem instUutionem , tempcratioremque vitam, et puriorem precationem. Ddnde testimontum exigunt, an hœc \observavit, Quod si vîj'i muUeresque affimuiritit, ducunt eum ad celebriorem L'hitutionem. Statuunt etUm miserum ad ORi£iNTEM soleu et impio ipsius capili fiirsus evangeUum imponunt^ et AymnKifi ranunt quo grattas agunt ; atque ita initiant. ( Id. p. 12A, xvi, Max. Bfbl. Tel. P. P. L XIX.)
Indépendamment da consolamcntum et « Tout en rejetant le sacrement caihoUqiie de la confession, les Catbares pratiquaient une confession publique et solennelle qu'ils considéraient môme comme une espèce de sacrement. (Ileincrius, 1762.) Cette cérémonie, qu'ils appelaient servilium et apparettamentum, prenait place entre la bénédicUun et le baiser de paix. • {Arch, de l'inq. de Carc.) Voy, Schmidt. ii, 130. Aussi Dante n'at-il pas manqué ù faire sa confession publique, son apparelUimentum , au ch. xxxi du Purgatoire,
vé chez quelques personnes pieuses. De ce nombre étaient Hugues de Payens et Godefroy de Saint-Omcr, qui s'unirent pour le faire revivre dans toute sa splendeur, et fondèrent l'ordre du Temple, dont les progrès furent tels qu*au dire de Guillaume de l'yr, il comptait en li/i6 plus de 300 chevaliers de maisons souveraines ou du premier rang, sans compter plusieurs milliers d'autres frères, ni les servants d'armes. »
Cette légende, qui remonte haut assurément, est reproduite par la plupart des écrivains maçons, sans indication aucune de sources, dans le but évident de rattacher li Maçonnerie à l'ordre du Temple, de même que celui-ci aux origines du Christianisme et aux temps bibliques; ces écrivains ne l'ont certes pas puisée dans la Comédie, car ils n'auraient pas manqué, s'il en eût été ainsi, de revendiquer la confraternité de son glorieux auteur ; d'un autre côté les nombreuses concordances que nous avons signalées précédemment et en outre les allusions frappantes faites dans ce chant à la tradition maçonnique, ne permettent pas de douter qu'elle soit venue à la connaissance de Dante, Pétrarque n'en ignorait certes pas non plus. (Yoy. de Vùa solùaria,)
Dans ce pieux séjour je fus Pierre Damien, etc,
30. Le Vénérable qui nous a déjà dit de si belles choses sur la prédestination n'est donc antre que Pierre Damien, le solitaire de Catria, en qui l'Église ne révérerait qu'un Kadosh, un Parfait, un Cathare ou un Patérin, imbu des doctrines vaudoises, un ûdèle de la religion d'Amour.
A nous d'examiner , dès lors , de quels faits Dante, theologus Dantes, a pu partir pour arriver à personnifier dans ce saint personnage le solitaire maçonnique, le Séparé, l'Essénien, en un mot, le Kadosh.
Pierre Damiani, c'est-à-dire fils de Damien, vécut de 988 à 1072. Après avoir gardé les pourceaux dans sa jeunesse, il trouva un protecteur dans un de ses frères, archidiacre de Ravenne, qui se chargea de son éducation. Ses éludes terminées, il prit l'habit de bénédictin et se retira dans reriuitage de Sainte-Croix, à Fonte Avellana, dans, rombrie, où il se livra à l'étude et à la contemplation. Il en fut nommé abbé, en lO&l, par Benoît IX^. Après de fréquents rapports avec les papes Grégoire VI, Clément III, Léon IX, Victor II, Etienne IX, il fut créé, bien malgré lui, cardinal d'Ostie, eu 1057,
par ce dernier poiilife, auquel succéda Grégoire VU, qui dut, en partie, son élection au nouveau cardinal. Ami de la solitude, adversaire chaleureux des abus ecclésiastiques, contre lesquels il fulmina dans ses nombreux écrits, il renvoya, en 10l62, le chapeau de cardinal, qu'il n'avait accepté que sous la menace de Texcommunicatiou, et rentra, comme simple religieux, dans son ermitage de TApennin. Non-seulement il avait, aux yeux de Dante, le mérite de s'être élevé contre le droit que s'attribuaient les pontifes romains de s'opposer, par la force des armes temporelles, aux prépotences des empereurs, en leur proposant l'exemple de Jésus-Christ, de saint Grégoire et de saint Ambroisc^ doctrine que fiaronius traite d'erreur condamnable, dérivant directement de Julien l'Apostat (Baron. Ad ann, 1053); mais il y joignait encore celui d'avoir, par une illumination d'en haut, vu le pape Benoît IK en £nfer, et aussi d'avoir écrit l'opuscule inti< tulé : Gomorrhianus. On le trouvera dans le tome m de l'édition publiée à Paris, en 1663, chezTompère. Peut-être l'Alighieri y puisat-il l'idée de faire des Guelfes autant de Sodomiles. {Enf. xi et Purgau XXVI.) Nous avons dit précédemment {Enf, vu et Purgau xxviii), que Pierre Damien lui avait, à coup sûr, suggéré le travestissement de Grégoire YII en Pluton et celui de la comtesse Mathildc en Proserpine, par la lettre où il appelle le grand Hildebrand saint SaïaUj en le qualifiant de fléau Assur, et en comparant sa pitié à celle de Néron', non sans lui reprocher de l'avoir aiguillonné en le soufiletant, et caressé, pour ainsi dire, avec des serres d'aigle. Voilà ce que Baronins et, de nos jours, l'auteur de YHist. univers, de l'Église, M. l'abbé Rohrbacher, appellent une lettre amicale; méconnaissant ainsi la profonde divergence d'opinion qui avait éclaté entre ces deux personnages longtemps amis, dont l'un, plein de véritable humilité, était retourné dans son cloître, dont l'autre entendait faire prévaloir la tiare sur les couronnes des rois, en se proclamant leur maître, comme le représentant de Dieu. Ajoutons que, dans sa lettre à Cadolaus, le pape intrus Honorius II, ce môme Pierre Damien s'exprime ainsi : Sacerdotes Z)ei... in super biœ se comibus élevant, et non sacerdotalem , sed regalem, imo tyrannicam ferulam arripere supei* hwnanum geiius anhelant. (Baron, an. 1062.) Est-ce que Pap' è Satan Aleppe n'est pas là en germe ? Est-ce qu'il n'est pas en toutes lettres dans cette suscription d'une épîti^c adressée au souverain pontife, Papœ Satatiœ, Papa Satanœ pbincipi, dont le poète n'a fait que nous donner la traduction italienne avec le dernier mot en syriaque ? De pareille^ pensées exprimées en ces termes ne
1074 LE PARABIS.
pouvaient être que des plus sympathiques à Dante, comme aussi à Pétrarque, non moins bon théologien que lui, et nullius dogmatis cxpers. C'est donc à juste titre que Pierre Damien, qui écrivit De solitario! vita laudibus (Opusc. XV, c. i), est cité honorablement par le chantre de Laure, auteur d'un traité spéciaLcfe Vûa soUtaria, dans lequel le cardinal-évêque démissionnaire figure en compagnie d'Adam, que nous verrons bientôt, du roi David, que nous avons vu former la pupille de l'aigle, de Jacob, dont Téchelle est sous nos yeux, de saint Grégoire, qui ressuscita Trajan, de saint François d'Assises, dont nous avons entendu l'éloge, de saint Bernard, qui apparaîtra bientôt, et de maints autres encore. L'intérêt que Pétrar* que portait à Pierre Damien alla même jusqu'à lui faire envoyer recueillir sur les lieux des renseignements à son sujet, vu la grande divergence des récits, discordia multa, en ce qui concernait ce personnage. Or, d'après le rapport des religieux à ses envoyés, il apprit : Fuisse eum primo SOLITARIUM, inde altius evectum, demttm ultro ad SOLITUDIWEM redUsse. (C. xvii, tr. 3, lib. II.) N'est-il pas étrange que Pétrarque ignorât un fait de notoriété publique, consigné dans des actes authentiques, et dût envoyer sur les lieux pour s'en assurer? Oui, certes; mais la question était de savoir s'il était bien revenu à la solitude telle qu'il l'entendait, et la tradition avait dû s'en conserver parmi les Bénédictins de Fonte Avellana. A en croire même les Memone per la vita di Dante, l'Alighicri aurait fait lui-même ce pèlerinage et sans doute dans une intention analogue. Les couvents, à cette époque, devaient souvent se transformer en loges (*) ; c'est pourquoi Dante ne se sera pas fait scrupule de faire subir la même transformation au Paradis, en nous le montrant comme un vaste théâtre maçonnique et d'y faire jouer au bienheureux Pierre Damien le rôle de Vénérable des Solitaires ou Kadosh,
Et Pierre h Pécheur vécut au monastère Dit de Sainte-Marie, etc.
31.- Pierre Damien tient à ne pas être confondu avec Pierre des Oncsti qui, signant comme lui, i>ar humilité, Petms peccaioi, futlc
(*) t L*ascéUsme des sectaires leur procurait rentrée dans les monastères ; leurs doctrines séduisaient môme des prfitres de PËglise. • (Sclunidt, i, p. IM.) t L'iitfréslc atait |)éiictré Jus(|ue dans des couieuts catholiques. Ou en cite un dont toutes les nonnes apP>rtt-naicni à la seclc, (|uoi(|u'ciles eussent conservé .l'habit de leur Ordre. • {Act, de t'M' de CVirroM., xiLiii, ^• 1 et suiv.) Schuiidt, i, p. 202.
fondateur du monastère de Sainte-Narie-cu-Port à Ravenne et ne fit jamais d*oppo$ition au saint-siége ; il a donc soin d'expliquer à Dante qoe son homonyme finit ses jours dans son couvent , situé sur les bords de l'Adriatique, et n'eut que le nom de commun avec lui.
Peu de jours me restaient à vivre sur ia terre ^ QMar^ me fut imposé ce chapeau convoité, e(c.
32. Nous avons dit que Pierre Damien n'accepta le chapeau de cardinal, avec le titre d'cvêque d'Ostte, que pour détourner les foudres de l'excommunication dont il était menacé par Nicolas IX, probablement à l'instigation de « son Qéau Assur, » de celui « qui le caressait avec des serres d'aigle ; » qu'après avoir été chiesto e trotta à subir cette charge, il s'en démit le plus tôt qu'il crut pouvoir le faire. Sans rappeler ici tant de lettres où il tonne contre l'indignité des hauts fonctionnaires de l'Église, nous nous bornerons à citer nu passage de celle qu'il adressa, après sa nomination, aux autres évéques cardinaux pour leur exposer énergiquenient leurs devoirs : « 11 est ^ dit dans le prophète : Voici un homme, I'Orient ou le Levant est son nom (Assises devrait aussi s'appeler VOn'ent, on s'en souvient, voy, cb. XI), car il se lèvera de dessous lui (l'Orient) et tY bâtira le TeM" nE du Seigneur, Oui, il bâtira le Temple du Seigneur, il portera le diadème de: gloire, et il sera en même temps prêtre ou pontife sur son trône. » Nous lisons plus loin : « L'épiscopat ne consiste point dans la pompe extérieure, ia magnificence des habits, l'or et les fourrures précieuses, les chevaux fringants, etc. , mais dans la pureté de la vie et dans la pratique de toutes les vertus. L'Apôtre qui a dit : Celui qur désire l'épiscopat désire une bonne œnvre, ajoute : Il faut que l'évéque soit irrépréhensible. —Malheur donc à ceux qui, menant une vie blâmable, se rendent encore plus criminels en désirant une place où Ton doit vivre sans reproche ! » Celui qui osait parler ainsi à ses frères ne les voyait certes pas tels que les voulait l'Apôtre, et ' Dante pouvait penser que sa manière de voir se rapprochait beaucoup de la sienne.
Dans son xxxi* opuscule, il nomme deux évoques déposés pour leurs mauvaises mœurs et dit que, « étant des évoques de bois, il ne leur servirait de rien de se montrer avec des crosses revêtues d'or et semées de pierreries. » Plein d'indignation contre le luxe des prélats et des Papes, il a commencé par s'écrier : Tadet catera vanitaiis attexere, non ridenda, sed gemenda ridiculaj fastidium est tôt 68. . *
ambitionis ac prodûjiosit vesaniœ dimmwnue jwi'tcnta. Papales sciltcci ùèfuliis, gemmis micantibus , attrexsque bralieolis peniwei'sa loca corruptas. Impériales equos, qui dumpernices yressus arcuaiis ceiricibtis glanierant , sessoris stn manus loris innexas, indomita ferocitate fatigant. Oinilto annules enormibus adhibitos maryofûis; pranereo virgas, nonjam aura gemmisque conspicuas, sedsepuUas. (Cap. VI.)
Un homme qui pensait et s'exprimait ainsi, :au xr siècle, devait trouver, une fois admis au nombre des élus, que tout avait bien empiré au xiv*' et que le chapeau de cardinal couvrait alors des tcles bien plus indignes de le porter que de son temps, di mole in peggio si travasa,
Mais n*est-il pas étrange que Pierre Damien, ué en 988, cardinal en 1057, et mort seulement en 1072, ayant dès lors survécu quioie ans à sa promotion, ce qui est assurément une longue carrière dans une dignité conférée d*ordinaire à Fâge de la maturité, vienne parler ici du peu de vie mortelle qui lui restait lorsqu'on lui fit violence ï ce sujet, poca vita rnortal m'era rimasa? Oui, cela peut surprendre dans le sens littéral, mais devient des plus simples si Ton veut traduire ce vers selon l'esprit qui l'a dicté : Il m'éuit resté pea de chose de cette foi catholique qui constitue la vie des vassaux pontificaux, des suivants de la Mort, j'étais prêt h passer dans les rangs vau* dois, à adopter la foi de vie et d'amour, celle des solitaires.
Nous traduisons, comme toujours, la pensée de Dante, sans accepter pour vrai le fait qu'il met en avant avec ses précautions habituelles; nous tenons seulement à constater que Pierre Damien est revendiqué par le poëte comme un des siens, et nous avons cité les textes qui ont pu l'amener à en agir ainsi ; nous serions même assez porté à croire que Pétrarque ne fit recueillir des renseignements à Fonte Avellana que i)our s'édifier à ce sujet, en s'assurant si Pierre Damien avait été solitaire avant sa promotion au cardinalat ou seulement aprèSi
Toujours est-il que ce fut dans sa solitude, et avant sa promotion, que Pierre Damien écrivit son GomorrkianuSy qu'il adressa ad Léonem IX Pont. Roin., afin d'appeler son attention sur Tinvasion croissante du mal qu'il lui signalait : Quoddam nefandum et ignominioswn valde viiium in nostris PARTJBUS inolevit. Heu, pudet dicere, pudet tam turpe vitiuni sacris auribus intimare, sed vitium centra natttrani vclut cancer, ita serpit ut SACRORUM HOMINUM ORDINEM attingal, et intei^dum, ut cruenta bestia inter oviLE Christi cutn (anta libertalis sœvit audacia, m quant pluribtis multo salubrius
CHANT XXÎ. 1077
fuerù in mùndana militiajngo deprimi, quant sub religiows obtentu iam Libelle ferreo juri diabolica tyi'afmtdis tnancipari; jjrœsertim cum aliorum scandalo. Et nui quantocius sœdis aposloUcœ vigot^ occurrat, non est dubiitm quin effrcBnata Hequitia, cûm restringt voluerit, a cursus sui impctu desistere nequeat.
Si le mal se fût trouvé circonscrit daus les environs de son monastère, le saint abbé en aurait référé à Tévêque, rector ecciesiiv, et ne se serait pas adressé aussi haut, on jetant de tels cris d'alanncs. In partxbusnostris?\%\\\^Q donc, dans nos contrées ilalicnnes, et sacrorum hominum ordinem, le clergé en général.
Sur les vingt-six chapitres dont se compose cet écrit, nous nous bornerons à rappeler le premier, sous ce litre : De diversitate peccatorum contra naturam, dans lequel il est dit : Quatuor diversiiates fiunt. Alii siquidem secum, alii aliorum manibus, alii inter fenxora, alii denique consummato actu, contra naturam delinquunt. Le deuxième, où il déplore Tindulgence des évêques , rectoris ecclesiaitim (il ne s'agit donc pasd*un seul diocèse), dont Topinion est qu'il n*y a lieu d'exclure des Ordres que pour le dernier cas. Le cinquième, intitulé : De spiritualibus palribus qui cum fdiis suis coinquinanlur. Le dixième, dans lequel il s'indigne contre ceux qui, s'appuyant sur les Canons, admettent à une pénitence plus ou moins longue ceux qui ont forniqué d'une des manières précitées, prêtres, moines, diacres, évêques, que la fornication aille jusqu'à la bestialité, qu'elle soit accidentelle ou habituelle. Le onzième, où il s'élève contre les Canons et contre les peines temporaires qu'ils édictcnt contre ces saletés : Cum peccare sicut sodomita, dit-il, ut ipsi perhibetis, nihxL aiiud sit quam fomicarï in teiga, quid est quod vestri canones in uno pêne versiculo tam multiformes et varii; ut peccantibus sicut sodomitOi decennii pondus injungant ; in terga vero fornicantibus, quod idem est, infra triennii compendium pœnitentiœ lamenta coerceant ? Le treizième : De his qui fornicantur irrationaliter^ id est qui miscentur pecoribus, aut cum masctilis polluuntur. Le quinzième : De clericis vel monachis si fuerint masculorum insectatores, Enfin, le vingtième : Quod de MANinus immundoaum nout Dëus accipëre SAGRIFICIUM, proposition en tout conforme aux doctrines vaudoise et cathare. On voit sur quels témoignages pouvait s'appuyer Dante pour faire des Guelfes^ et surtout des prêtres catholiques, autant de suppôts de Sodome et de Gomorrhe : In somma sappi, clie tutti fur cherci (Enf. xv), et jusqu'à quel point il pouvait se croire fondé à faire dire à Pierre Damien : Au moment où je fus nommé cardinal-
évéqae d'Ostic, poca vùa mortal m'et-a rimasta, et, comme Thomas d'Aquio, je ne tenais que par un (il à TÉgUse de Rome.
Votes d'élection, s'en allaient Paul et Pierre, etc.
33. Nul n'était plus en droit de proleslcr, dans le Paradis, contre Tintenipérance somptueuse des prélats du xiv* siècle, que ce Pierre Daniien indigné, au xr, delà corruption ecclésiastique, et s'écriant : « Plus de discipline , on ne s'applique plus qu'à ses passions ! Qui a honte d'une vie déréglée ? » {Epist. il.) « On ne peut posséder à la fois le Christ et des trésors, car celui qui entasse des richesses, est plutôt un adorateur de l'argent qu'un suivant du ClirisL Nuinmicola verius quam Christicola. » (Opusc. XII, c. 4 et 6.) Aussi se complaît-il à opposer la frugalité, l'édifiante maigreur des premiers apôtres, à la gourmandise et à l'obésité des prélats romains.
Et deuœ hétes ainsi vont ioux la même peau.
3/i. Dante a déclaré dans le ConvitOy ii, 8, que l'homme qui ne suit pas la raison, non vive uomo ma bestia, et nous avons expliqué comment, pour lui, la raison était l'antagoniste de l'autorité. Luimême vient ici à l'appui de l'interprétation, en signalant comme des brutes les Pasleurs-de ces brebis à l'aspect humain, qui n'étaient à ses yeux que des bêtes haïssables, di quelle bestie chehanno apparenta nmana e spirùo di pecora o d'altra bestia abominevole. Venturi se récrie contre ce qu'il appelle une « grossièreté, un mot à l'usage du marché; » Lombardi, plus indulgent, ne voit là que l'abus du sel Gibelin ; mais l'Ottimo, entrant davantage dans la pensée do poète, sait fort bien nous dire que les prélats romains, in luogodi ragione usan l'appetito, corne la bestia, et qde le cavalier et sa monture étant couverts d^una cardinalesca cappa , cette cape est la peau qui revêt les deux bêtes. Questa lezione è chiara, a-t-il soin d'ajouter, perd che ognuno Cha veduto.
PeuX'iu ta)U endurer, patience suprême, etc.
35. O patience et crédulité des peuples, o patience du juge éternel I Après avoir entendu cette instruction anti-catholique romaine de Pierre Damien^ personne ne sera tenté probablement de demander avec Dante, par quel motif il fut prédestiné parmi tous ses compagnons célestes à porter la parole en qualité de Vénérable des ^ oli-
taircs, Perché predestinata fosii sola a questo ufizio, tra le tue eonsorte.
Puis, à Ventour du saint ces vives étincelles
Se rangeant, un grand cri fut par elles poussé, etc.
S6. Les frères de tous les grades, flammes vivantes par le zèle et Tamour, più fiammelle, accourent en foule à ces dernières paroles du Vénérable, qui leur paraissent un véritable appel aux armes. Sur Tordre parti d'en haut et qui parvient en descendant successivement jusqu'aux derniers échelons, ces bienheureuses flammes se mettent en tournée de recrutement et deviennent plus belles à chaque visite maçonnique, tant la joie et l'amour les inondent en voyant leur nombre aller toujours croissant. £lles viennent se ranger autour du Solitaire, et font retentir leur ban de guerre, grido, contre l'Ëglise catholique, ban dont le poète a bien soin de ne pas répéter les termes; il n'ose même risquer une comparaison, tout en disant que ce tonnerre le vainquit, mi vinse il tuono. Mais s*il n'entendit rien, ne io /o 'm^i}^ comment fut-il vaincu par le bruit? Ce sont les paroles qu'il n'entendit pas, disent les commentateurs ; alors ils pensent comme nous que ce grido n'était pas un simple cri, mais bien uuo proclamation plus ou moins explicite. Nous n'avons pas du reste à revenir sur les motifs impérieux qui défendaient au poète de reproduire textuellement cette déclaration de guerre, et lui conseillaient de se tirer d'affaire en prétextant n'en avoir rien entendu.
CHANT un.
De stupeur aecahU, vers mon guide, soudain, Je tournai mon regard, etc,
i. En qui le poëte aurait-il eu plus de confiance qu'en celle dont il avait fait l'inspiratrice de ses pensées, le guide de toutes ses actions, en personnifiant en elle sa foi religieuse et politique ? A qui mieux comparer celte foi, son recours et sa consolation dans les épreuves de l'exil, qu'à une mère tendre toujours prête à venir en aide à ^on ûls, et le soutenant par sa parole, qui relève son courage, che '/ suol bendisparre?
Ne sait^tu pat qu'au Ciel tu te trouvée^ dit elle, etc.
2. Eh I mon Dico, Dante n'a garde d'oablîer qu*il est dans le ciel des Solitaires ou Kadosh, décoré de TÉchelle de Jacob, et de bien d'autres choses encore, où le zèle, guidé par la raison, et dès lors essentiellement bon, buon zeio, contraste par là même avec le zèle des brutes soumises à Tautorité; zèle aveugle, fanatique et par suite essentiellement mauvais.
Ce que t'auraient causé de révolulion
Mon sourire et leur ehcaxt, ce cri te le révèle, etc. •
3. Concevez-vous, en prenant les choses au pied de la lettre, que le sourire de Béatrice et le chant des Saints dussent produire des effots plus redoutables pour l'organisation humaine que le cri ou les |)arolps de guerre que viennent de faire entendre les Bienheureux? Il semble que le cri devrait être plus puissant que les chants et ceux-ci que le sourire. Dante nous a accoutumés à plus de logique; aussi entendrons-nous, qu'il était bien plus dangereux pour le poète théologien de révéler les doctrines qui constituaient sa foi, de les faire rayonner corruscare, comme un sourire, de les reproduire dans des chants ob des argumentations sectaires, que de faire éclater des menaces contre la Papauté, puisqu'à tout prendre, on ))onvait soutenir n'avoir que l'intention d'en combattre les abus et la puissance temporelle. Et pourtant ces menaces h haute et intelligible voix n'avaient pas moins leur péril, fait pour ébranler les plus forts courages, aussi Dante en éprouve-t-il beaucoup d'émotion, mosso cotanto. C'est ainsi que nos interprétations vont s'étayant successivement Tune l'autre, sans jamais se contredire ; ce qui n'arrive pas toujours aux commentateurs.
La vengeance qui doit frapper tant de méfaits, etc.
U, Ce cri de guerre des bienheureux frères contenait donc, tout à la fois, une menace de vengeance, et une prière au Très-Haut de la seconder; c'était leur mot de passe, nekam adonat. Mais ici la seconde vue de Béatrice a été en défaut, et Dante est mort sans voir ses vœux exaucés. Que ne prolongeait-elle ses jours jusqu'à la fin du xviir siècle, ou seulement jusqu'au xvir?
Le glaive de là-liaut n'est rapide ni lent.
5. Le glaive du Très-Haut frappe à son heure, sans s'inquiéter
CHANT XXIK 1081
pins de ceux qoi voudraient hâter ses coups, que de ceux qui voudraient les retarder.
Plus d'un illustre Esprit va s'offrir à ta vue, elc,
6. Mais si tu veux voir le glaive divin s*appesantir promplement sur l^s coupables qui, nous dit i'Ottimo, commacutano li spirUuali reggimenii in te^ra, tourne-loi désormais vers Arrigo Luccmburgliese, Templaro, Re VI; Rivolgùi ornai inverso hX/ï. R. VI. Peut-être finira-t-on par admellre que pour s*adapter constamment avec taftt de justesse, l*inlerprétation que nous donnons à ce mot, qui revient sans cesse dans le poëme, doit êlre la seule véritable. Si tu suis le conseil que je te donne et t*cn vas contempler la- face du chef du Grand Orient, se com'iodico, Caspettoridui, tu verras ce prince entouré de beaucoup d*illustres esprits, de Solitaires, de très-illustr(^ Kadosh. Et en effet, Dante alla embrasser les sacrés genoux de Henri de Luxembourg, en qui il reconnut Dei ministrum et ecclesiœ filium et romanrtf glaria» promoto7'em. (La gloire a son épilhèfe, quant à l'Église, il n'avait garde d'en ajouter une.) Je te vis alors, écrivait-il à ce monarque, te vidi et te audivi, quum pedes tuos manus mew tractanmt et labia mea debitmn persoLverunt (quand je prêtai le serment du grade) ; quum exultavit in te spiritus meus ; cpium tacitus dixi mecum ECCE AGNUS DEI, ecce qui tollit peccata mtindi (celui qui fera disparaître le péché en écrasant il capo reo, le serpent à trois têtes, le triple Géryon qui pervertit le monde). Lisez la curieuse épîlre adressée par Dante exuL immeritus sancto triumphatori et domino singularij Domino Heivrico, épître où il prévoit le retour du règne de Saturne et de la Justice,lk laquelle préside celte même planète.où nous sommes arrivés avec lui, et vous comprendrez que pour lu^ jamais Â. L.T. R. VL n'a signifié ici ni ailleurs ni autrui.
De mutuels rayons se paraietU emhelUs.
7. £n portant ses regards dans la direction indiquée par Béatrice, c'est-à-dire du côté de cet Henri en qui la secte avait mis son espérance, et qui, pour Danlc comme pour ceux au nom desquels il écrivail à ce prince, imm et ego qui scinbo tant pro me quam pro aliis (ibid.), était l'agneau de Dieu, son ministre; du côté de ce Grand* Orient d'où découle l'eau vive de la doctrine, il vit les vénérables maîtres, iUustri 5pin/i qui, professant les véritables principes de la religion du Christ, lui portèrent témoignage en pratiquant l'hu-
1082 LR PARADI8.
milité, la charité, la frugalité, le détachement des nehesses, l'arnoor du traTaîi dans la collaboration commune ; tout ce que prêchaient en un mot ces dignes continuateurs des Esséniens. {V&y. Reinerius, Moneta, Piiichdorf, saint Bernard, Bossuet, etc.) Ces vénérables maîtres lui apparaissent, au nombre de cent, sous la forme de foyers sphériques, sperule, figure parfaite, se renvoyant l'un à l'autre cette lumière d*Oncnt dont les rayons les embellissaient, parce qu'elle était pour eux la source du beau, du bien et du vrai , piu s'abbeUivaticonmutuirai; et qu'elle faisait d'eux des Parfaits.
Jt demeurais muei : tel \ homxM qui régime, etc.
8. Quelle. prudence craintive au sein du Paradis où il n'y a que « sainteté et bon zèle ! » Béatrice vient de le lui dire, mais c'est que le séjour des Saints était au moins aussi dangereux pour lui que le royaume de Satan, et, il en fait l'aveu, c'est qu'il craignait d'en trop dire, d'être par trop explicite dans des questions dont la nature pouvait laisser entrevoir le but auquel il tendait constamment! Ausm gardait-il le silence, comme un homme qui n'ose pas interroger,' par crainte de se trahir en parlant trop, si del iroppo si terne.
Celui qui répandait l'éclat le plu$ sublime, etc.
9. Voilà encore un des bijoux de l'Ordre, un glorieux Saint, réclama fort innocemment sans doute de la part du bienheureux, comme une de ses plus grandes et plus éclatantes lumières , la maggiore e la più luculenta dx queste margherite. Ce radieux bijou ne se montre pas moins empressé que Pierre Damien à faire au poète les honneurs du séjour des Solitaires, et il s'avance vers lui, pour, le satisfaire complètement à son sujet, dx se, en lui révélant qu'il professe au fond les mêmes opinions , et qu'il doit aussi le considérer en réalité comme un frère.
Sij comme dans ton Ame il m* est dominé délire^ etc.
iO. Si tu pouvais voir quelle est la charité qui brâle en nous et nous unit les uns aux autres, comme aussi à toi, la carxtà che ira noi arde, tu reconnaîtrais que nous sommes, ainsi que toi, des fidèles de la religion d'Amour, des Solitaires, des Sépares, et tu n'hésiterais pas à nous ouvrir ton ame, à exprimer tes pensées, comme tu sais si bien le faire, a tua posta ; oui, Ix tuoi cancetti sarebbero espressù
J'irai, par ma réponse, au-devant du pettâêr, tUt. 11. Vn frère seul pouvait faire preuve d*un pareil empressement, en se faisant un plaisir d'épargner au poète, dont il connaissait les hantes visées, Vako fine, non pas seulement un retard do quelques secondes» mais encore le péril d*en trop dire.
Le sommet de ce mont qui, depuis, sur sa pente^ etc. Vit s'élever Cassirit etc.
12. Saint Benoît, car c'est lui qui s*olTre à nous dans le ciel de Saturne, au milieu des Solitaires, que le poète nous représente comme autant de bijoux lumineux, s'embellissant mutuellement des rayons qu'ils se renvoyent ; saint Benoit s'exprime ici de manière à éviter toute expression pouvant le rattacher en quoi que ce soit à l'Église catholique romaine ; il ne fait mention des païens que par une périphrase, la gente ingannata e mal disposta; celui qu'il dit avoir appelé sur terre la vérité, colui che in terra addusse la vérità, n'est pas nommé. Comment douter que ces mots désignent Jésus-Christ ; si pourtant il s'agissait de saint Jean-Baptiste, de ce grand maître des Esséniens qui, retiré au désert s'y nourrissait « de miel, de sauterelles ; » de celui « dont la danse causa la mort » et qui est en si grande vénération dans certains lieux ? Ce qui pourrait porter à le croire, c'est ce passage du pape saint Grégoire où il est dit de saint Benoît : Ubi ara Apollinis fuit, oraculum sancti coîistruxit Johannis. (Dialog. lib. n, c 8.) Qui sait si, aux yeux de Dante, cet oracle de saint Jean remplaçant celui d'Apollon-Soleii, dieu de la lumière, ne devenait pas une loge d'Esséniens (*) ? Si celle manière de voir n'était pas adoptée par le pasteur Pétrarque, chantant dans un latin emphatique les louanges de saint Benoît, sans rien exprimer de précis à son sujet, sinon qu'il s'éloigna de Rome, Roniam dimisit, pour se retirer au désert, dans une caverne dévote, devotum specus, et se taisant sur le surplus, quoique bien informé, sciens sileo, comme s'il y avait là un secret à garder? Quoi de plus étrange en effet, que ces expressions au sujet de cette caverne qu'on retrouve invariablement dans les épren-
ez) On n'objectera pas que Iwur cerlalns Caihare?, ceux que M. S'.hmidt appelle absolus, saint Jean-Baptiste aurait été un des démons du dieu mauvais, envoyé ponr entraver Tœuvrc du Christ (Ebrardus, 15a;Moiieta, 229 et suiv. Dispiit. inter Cath.et Paterin., 1707), car tout dans le poème nous signale Dante comme appartenant aux Catliares mitigéSj h ceux ûoni les dogmes philosophiques se rattachent plus particulièrement au gnosticismc aloxnndrin ; aussi serlons-nous porté à penser qu*il (Hait de la branche de Bogtiolo {voy, neinerius)ct même de l'église française de l^orobardie. (Schm.)
ves maçonniques, specus quod qui yiderunt, vidisse quodammodo PARADisi LIMEN credufit, {Votf. Lib. U, Tract m, cb. 9, De vita
solitaria.)
Maintenant si nous cherchons dans la vie de saint Benoît les i»oti€i qui purent porter Dante et Pétrarque; ces deux amis de la vie soliuire et contemplative, à voir dans saint Benoît un glorieux prédécesseur des solitaires ou séparés de leur temps (comme Bossuct appelle aussi les Vaudois), de cette association mystérieuse qui ne se proposait rien moins que la reconstruction du Temple, à Taide de la réforme politique et religieuse, nous trouvons qu'ayant entrepris de ramener à une voie plus chrétienne les moines de Vicovaro, les bous Pères le prirent en haine et tentèrent de Tempoisonncr dans le calice; qu'il retourna alors dans son hermitage de Subiaco, mais que s*y voyant encore en butte à Tcnvie et aux haines monastiques, il prit le parlî de se retirer sur le mont Cassiu, où il fonda l'Ordre qui porte son nom. Or, nous lisons au commencement de la B^le qu'il loi donna : a il y a quatre espèces de moines : les Cénobites, vivant en commun; les AmzcAoràe^, dans l'isolement ; les Sarabaites^ quu n'ayant été éprouvés par aucune règle, ni par l'expérience, et plus semblables au plomb qu'à l'or, restent, dans leurs œuvres, fidèles au siècle et, mentant à Dieu par la tonsure, ne s'occupent pas du troupeau du Seigneur, mais de leurintéiét propre ;%tns se faisant une loi à leur gré ; disant saint ce qui leur vient à l'esprit et réprouvant ce qui ne leur convient pas (*). La quatrième espèce se compose de certains vagabonds ne s'occupant que de leurs plaisirs et de leur gourmandise, pires que les Sarabaîtes etix-mêmes. Il est plus sage de se taire sur leur manière de vivre que d'en discourir. » (Phrase toute dantesque.) Nous entreprenons donc avec l'aide de Dieu, de régler la très-courageuse Société des Cénobites.
Or, la règle que donna saint Benoit proscrivait l'oisiveté et recommandait le ti*avail, l'obéissance au chef de la communauté ; les frères devaient « vivre du labeur de leurs propres mains, comme firent les Pères et les Apôtres. • Ils éuient laïques, [Benoît lui-même pe reçut jamais les ordres, et il semble même avoir eu peu de sympathie pour les membres du clergé, à en juger par sa manière de penser au sujet des Sarabaîtes et aussi par cette prescription à leur égard : « Si
(*) C*cst la inCinc pensée qui inspira ce vers appliqué à la Séiniramis romaine : lÀbito fe* ticito in ma legc, (Enf. v.)
quelque prêlre vous demande à entrer, ne lui accordez pas trop faciiement sa requête^ si pourtant il {lersiste, qu'il soil tenu d'accomplir tous les devoirs de la discipline sans aucune dispense {*),
Sans pousser plus loin ces recherches, nous rappellerons, que rédigée par saint Bernard, chargé de cette tâche par le Concile de Troyes, qui semble s'être réuni dans ce seul but, puisqu'on ne voit dans aucune histoire ou recueil des Conciles qu'il se soit occupé d'autre chose, la règle des moines chevaliers du Temple est une dérivation de celle de saint Benoît, sous laquelle vivaient les religieux de Cluny, de Cîteaux et de Clairvaux.
Ces autres feux qui tous étinceïlent si vifs, etc,
13. Les Bienheureux désignés par saint Benoît sont, comme lui, des solitaires contemplatifs, qui s'isolèrent de la tourbe des profanes et des Sarabaîtes, pour se livrer au travail et à Tétudc, sans pour cela renoncer à s'entourer de frères et d'amis; en effet, le Solitaire Pétrarque consacre un chapitre à démontrer quod iis quibus opportuna est solitudo,nonsit suadeiulum ut amiciiia juracontemnant, et quod turbas non amicos fugiant. (Ibid. lib. i. Tr. v. c /i.) lis nous sont signalés ici comme animés de cette ardeur de zèle qui produit des fleurs et des fruits saints. Pourquoi faut-il que saint se traduise aussi pur Cathare et Parfait?
Et moi, tu m*a8 montré si grande bienveillance, etc. \U. Le fondateur des laborieux Bénédictins se fait un devoir de rendre hommage à ceux qui, comme lui, instituèrent des Ordres dont la règle recommandait le travail et défendait Fimmixtion dans les affaires du monde ; nous renverrons donc au Codex Rcgularum, Rome 1661, ceux qui voudront s'assurer jusqu'à quel point celles de saint Macaire l'Alexandrin et de saint Romuald, fondateur des Camaldules, dont Pierre Damien a écrit la vie et dont Pétrarque n'omet pas de faire l'élt^e, répondaient aux idées connues de Dante. Nous remarquerons seulement ici que ceux de ses frères dont parle le saint fon«
(*) Rapproclicz de ces prcsci {plions ce que rappurlc ninieii des duclriiics des Pauvics de Lyun, Leonisli, Valdcnscs ou Paupercs de ÎMgUuno, adtncttani que tout boiiimc de bien peut coofe&scr et coitsacrer, que tous, clercs et laïques duivenl \\\re de leur travail, quod clcrici et cltiuslrales possessiones non debcant tiaùcre, ucc prçcbcndas, etc. (Max. Bibli. veL P. P. t. xxv, p. 265.)
dateur, sont ceux qui restèrent de pied ferme, che fermar lipiedi^ dans la solitude du cloître, et conséqueinment ceux-là qui ne briguèrent ni lesévêchés, ni les autres dignités ecclésiastiques, oeox qui, persistant dans la bonne et véritable voie, ne se montrèrent avides ni d*lionneurs ni de richesses, et n'allèrent pas, à l'exemple de l'abbé des abbés et de ses accolyies, porter en grande pompe la désolation, sous le nom d'inquisiteurs de la foi, dans les contrées albigeoises.
Et moi : — Tu m'as montré ti grande hienveiUanee, Hc,
15. Voulez-vous le sens véritable de ces vers? Le voici : T« paroles le font connaître à moi ()our un fidèle d'Amour, raffetto che dimosiri, et comme sympathisant peu avec Rome, avec ses prêtres avides et menteurs envers Dieu, avec ses moines fainéants. De plus tout ce que je vois el remarque de bon, labuona sembianza ch'io vedo e nota, chez ceux qui t'entourent, me les montre animés du même zèle pour la loi d'Amour. Aussi mon âme s'oor vre à la confiance, comme aux rayons du soleil d'Orient, qui lui verse la chaleur et la lumière, s'épanouit la rose mystique des Maçons, corne 'l sol la rosa. On pourra du reste juger bientôt de la (idélité de la traduction, car cette rose symbolique ne tardera pas à se moutrer à son tour dans tout son éclat.
Dis-moi ai, par faveur inhigne, je pourrais Te voir à découvert et contempler tes traits,
16. N'est-ce pas une fantaisie d'enfant que Dante exprimerait ici, à prendre sa demande au pied de la lettre? Pourquoi pareille curiosité lui viendrait-clleprécisémentici, lorsqu'il ne l'a manifestée poor aucun autre persomiage non moins illustre ? C'est ce dont nul n'a pris souci. Le poêle s'inquiète bien vraiment de savoir si saint Benoit a la bouche grande ou petite, le nez fait de telle ou telle façon. Ce qu'il désire connaître, c'est le Benoit véritable, l'homme à la pensée organisatrice, le censeur sévère des Sarabaïtes, menteurs envers Dieu, et du monachisme oiseux ; non le Benoît de la légende. Il serait heureux de le contempler dégagé de son auréole de saint, con imtnagine scoverta, et de connaître,- tel qu'il fut en réalité, celui auquel il donna le nom de Père, dans le môme sens que Pétrarque l'appelant dux occidentalium motiachorum.
Il me fut répondu : — Ton désir, 6 mon frère, etc.
17. Au nom de padre, saint Benoît répond par celui de fratCt dont nous avons déjà signalé la différence avec fraiello^ comme correspondant au fra espagnol. Ainsi voilà la fraternité spirituelle suffisamment indiquée entre le solitaire Dante et le solitaire Benoit tous deux pasteurs spirituels. Quant au désir du poëte de savoir complètement à 'quoi s'en tenir sur le fond de la pensée du saint fondateur, sur le principe réel de ses actions, il ne saurait s'accomplir que dans la sphère suprême, lorsqu'après être sorti triomphant de toutes les épreuves, avoir passé successivement par tous les grades, il aura acquis la vision parfaite du vrai, du beau et du bien, dans laquelle consiste Taccomplissement de tous les désirs; attendu qu'alors il aura été reconnu mûr par Tintelligence et Parfait on Cathare i{Uiïin à la doctrine ; Ivi è perfetta, matura ed intera ciascuna desianza. Cette sphère sublime, celle loge suprême est la seule, sola, où tout soit immuable, parce que le vrai, le beau et le bien sont éternellement les mêmes et ne sauraient se modifier dans aucune de leurs parties, comme il en a été de certains dogmes fondamentaux ; elle n'est pas dans tel ou tel lieu, à Rome plutôt qu'ailleurs. « Tous les lieux étant également saints » au dire des Pauvres de Lyon. Elle ifest donc pas en Italie plus qu'eu France ou en Allemagne, et surtout elle ne relève pas exclusivement de la volonté arbitraire de tel ou tel homme, qu'il s'appelle Paul ou Pierre, non s'itnpola^ plus qu'elle ne s'impetra. Je n'invente pas le mot. Dauic a eu soin de le placer comme indication dans la bouche du comte Ugolin, si dentro impetrai, lorsqu'il saturnisa en lui le papisme dévorant ses enfants, en commençant par détruire chez eux ^l'organe de l'intelligence, là 've 'l ccrvel s'agginnge con la nuca, (E. xxxii.)
Notre échelle mystique y rnonte en haut det deux, etc.
18. C'est là qu'on parvient en gravissant l'échelle mystérieuse, NOSTRA scala infino ad essa varca, l'échelle aux échelons à la fois scieutiGques et mystiques» sur laquelle la philosophie appela l'attentioA de Boèce, et Boèce celle de Dante. Cette échelle s'élève si haut, dans des profondeurs inaccessibles aux profanes, qu'à moins d'atteindre au sommet on ne saurait la mesurer tout entière du regard.
Jacob jusqu'au sommet put élefyant sa vue, etc,
19. Il ne faut rien moins que l'attestation de saint Benoit pour
nous faire admettre que cette échelle, dont la nature uous est fort 8iHpecte, et que nous trouvons là dans le ciel non moins suspect de Saturne, soit la même dont, seul, le patriarche Jacob aperçut le sommet, où Dieu se manifesta à lui, comme nous le rappelle Pétrarque dans ce traité de la Vie solitaire que nous avons déjà cité si souvent innivtim scalœ dominum vidit. (Lib. II. Tr. ii,ch. V.) Nous sommes quant à nous très-disposé à croire que celle que vil Dante ne diffère en rien de celle dont chacun peut aujourd'hui se procurer le spectacle moyennant certaines cérémonies. Malheureusement saint Benoit ne saurait nous dire, si les Anges dont Jacob vit celle échelle si chargée, (tangelisi carca^ si les Splendeurs qui la descendaient en foule dans Saturne, pour accueillir le Solitaire florentin, et les dignitaires qui la gravissent de nos jours, en nombre plus ou moins grand, appartiennent à une seule et môme famille ; mais à son défaut, nous |X)uvons affirmer que, parmi les anges maçonniques, on retrouvera nommément, Zaphkiel, Zabriel, Camacl, Uriel, Aiichael, Gabriel et Raphaël ; nous livrons donc la question à Texamen d'autorités plus compétentes. (Voy. le Tuileur de Bazot, p. 113, et Liglu on Masonry, 254.)
Et ma règle survit en perte du papier,
20. Le désastre des zVlbigeois el la ruine des Templiers avaient dû en effet refroidir singulièrement les néophytes, et il fallait être poussé d'un zèle bien ardent pour tenter une ascension qui pouvait conduire au bûcher, per salirla ma, nessun diparte da terra % picdL Il nous paraît évident que le poète veut nous donnera entendre, |)ar la bouche du saint, que la règle de Saint-Benoît, inspirée par Tosprit d*amour, par une piété dont la tradition évangélique était le flambeau, ne différait en rien de celte religion d'Amour, dont le but était la perfection morale et intellectuelle. L'échelle de Jacob et sa règle sont étroitement unies dans la |)ensée du saint fondateur, puisque c'est en regrettant que si peu des siens se décidcnl à la monter, qu*i! se plaint de voir sa règle mise au rebut Ce qui équivaut à dire que ceux qui devaient travailler pour vivre, nageht dans l'abondance et s'engraissent dans l'oisiveté, que ceux qui devaient se murer dans leur solitude, sejettcni au milieu du siècle, dont ils épousent les passions, que ceux qui ne devaient admettre parmi eux des prêtres qu'avec la plus grande circonspection, se soni faits prêtres eux-mêmes,
CHANT XXll. 1089
ont « menti à Dieu par la tonsure » et se sont mis à briguer les plus hautes dignités ecclésiastiques.
Les murs qu'on appelait autrefois ahlaye^ e(c,
21. Les abbayes de Bénédictins sont devenues des antres où toutes les passions brutales se donnent libre carrière ; Thabii de TOrdre, le cocoUcy ne couvre que vices honteux et appétits.déréglés ; d'où suit, que; partis du même point, ceux qui ont déserté la loi d*Âmour se sont corrompus comme farina ria, tandis que ceux-là qui sont restés fidèles, n*ont fait que croître en vertu, en savoir et en pa^fection. L'habit des Bénédictins étant blanc on doit comprendre l'allusion à des sacs de farine gâtée, mais aussi la croisade contre les Albigeois n'avait-elle pas été prêchée par des moines de Gîteaux ?
Car tout ce que VÈglise acquiert revient de droit Au pauvre f etc.
22. Les revenus, /rurt(7^ des grasses abbayes de l'Ordre s'élèvent à des sommes scandaleuses; mais l'usure la plus criante est moins odieuse au Seigneur que l'abus que vous faites, dans votre orgueil fastueux, de ces richesses données par la piété des Qdèles, pour être distribuées en aumônes alla gente che perDio dimanda; autrement dit, à ceux à qui appartiennent les dîmes, ainsi que le proclamaient les Albigeois; décimas quœ sunt pauperum Dei, pour employer les expressions mises par le poëte dans la bouche de saint Bonaventure. Vous devriez dépenser vos trésors en bonnes œuvres et non pas les employer à gorger vos proches, ou à satisfaire des vices dignes de Sodome et de Gomorrhe, ne d*aUro più bruito. Saint Benoît, comme on le voit, ne dilTère pas de manière de voir avec Pierre Damien, et il ne tient à rien que le solitaire du mont Gassin n'entre dans des détails d'impuretés qui, peut-être, laisseraient en arrière celles dont le Gomorrhianus, au W siècle, et l'histoire de Yarchi, auxvi% sont des monunents trop éloquents.
.... Vn bon début chez vous ne dure même pas, etc.
23. Les Gatholiques, fn<>rm/z^ ces suivants de la Papauté, mortd e la raison et de la justice, sont tellement enclins au mal par nature, qu'on a beau les mettre dans la voie du bien, la déplorable direction à laquelle ils obéissent aveuglément, les fait retomber dans leurs anciens errements, en moins de temp» qu'il n'en faut au chêne pour
1090 LE PABADIS.
porter fniit et fournir la pâture aux |K)urceaux ; pas un mot qui ne porte.
Saint PUrr commença ions or ei tans argent, etc,
2U. Pierre ne possédait ni richesse ni puissance temporelle lorsqu'il jeta lea fondements de TÉgiise ; regarde les Papes couverts aiyourd*hui d'or, d'argent, de pierreries, riches d'immenses trésors» en convoitant sans cesse de nouYeaux, et ne reculant devant ancuns moyens pour usurper le pouvoir temporel La prière et le jeûne, c(m crcuione e con digiunoj telles furent les seules forces dont je fis usage pour ramener les âmes au bien ; vois Tabbé Arnaud Amaury, vois Foulque de Marseille lutter de violence et de cruauté avec Simon de Monlfort, pour abattre Raymond de Toulouse et convertir, le couteau sur la gorge, les malheureux Albigeois. Ce fut par l'humilité, par ce que la charité a de plus tendre que François d'Assises, cet époox delà Pauvreté, réunit autour de lui un nombreux troupeau, comincib umilmente Francesco il suo convento; compare son Ordre, à soa début, avec ces Franciscains devenus riches propriétaires, de pauvres mendiants qu'il avait voulu les faire, et pourvoyeurs de bourreaux, comme inquisiteurs, quand le pauvre de Dieu aurait eu horreur de faire couler le sang du plus chétif de ces animaux qu'il appelait ses frères (*). Aussi, ce qui offrait la blancheur de Tinnoccnce est devenu noir de vices^et de méchanceté, del bianco fatto bruno.
Maie eeriee du Jourdain quand Dieu refoula Vonde, etc. 25. Qu'il s'agisse ici du passage du Jourdain et de la mer Rouge ï pied sec ou de la conversion rétrograde d'Alfonse Jourdain, père de Raymond lY , revenant de l'albigéisme au catholicisme, voUo rûrarso, et fuyant ainsi la mer de toute vraie doctrine, il tnar fuggir, cela signifie, en somme, que la perversité du clergé catholique est devenue telle, que le secours d'en haut ne saurait manquer de faire triompher l'église des Parfaits, sans qu'il y ait à crier bien fort au miracle.
(*} Pour les Cathares, c'était un crime de tuer uii animal ; ils ne faisaient d'exception que pour les repUles. (Ermeog. 2SS; El. de Belle ville, M; Eymericus, 2^4, etc.) Le guerrier tuant son ennemi dans le combat, le Juge envoyant un malfaiteur au supplice; iB«i< surtout le prêtre livrant un héréUque au bras S4;culier, étaient aussi coupables à Ifurs yeux que les meurtriers et l«s assassins. (Ebrard., 150; Ermeng., 2M; Moneta, StSet suiv.; Reiner., 1762.) Bene potest cognosci quodclcrici non leneni uiam apo$toiorumt qitia apostoli non occideàanty nec morti iiominem exponebant , sicut ipsi farivnt. {AcU de Vinq» <U TouL^ 1273. Doat, xxv, f M.)
Telle qu'un iourhillon pour monter s'élança.
26. Sa prophétie menaçante lancée contre madonna Pieira, en faveur de celle qui non s'impola, saint Benoît se remet à la téic de son collège de Solitaires, qui serre les rangs, et toute la bande remonte en tourbillon Téchelle mystique sur le haut de laquelle s*appuya Dieu lai-même pour parler au Solitaire Jacob.
De ma dame à leur suite un signe me poussa, etc,
27. Il suffit à Béatrice de faire le signe du grade, pour que Dante comprenne sa pensée et s'élance sur Téchelle de Jacob, à la suite du bienheureux Collège, dietro a lor mi pime con un sol cenno sa pei' quella scala; tant la foi qui tend au Ciel a d'empire sur la nature humaine qui, livrée à elle-même, ne suit que les appétits terrestres, si sua vmù la mia natura vinse. Le voilà ainsi enrôlé lui-même en sa qualité de Kadosb dans le Collège des Solitaires, successeurs des Esséniens de saint Jean-Baptiste. Il a d'autant plus hâte de les suivre qu*il lui reste encore des grades supérieurs à acquérir.
Ici-bas, où Von monte et descend; non jamais, etc.
^8. Jamais, dans ce monde, qui de droit divin relève de la providence impériale, Natura, et où les frères maçons du Temple montent et descendent à Teuvi Téchelle symbolique, aucun d'eux ne mit plus d'empressement que moi à en gravir les degrés.
Il est vrai que je vis le signe m'apparattre
Que le Taureau précède, et que j'y suis entré, etc.
29. Pnisse-t-ii être vrai que je verrai le triomphe de Téglise albigeoise, divoto trionfo, que j'appelle de tous mes vœux en me frappant le sein, au souvenir de mes péchés de guelfe et de catholique romain, comme il est vrai qu'en un clin -d'œil je passai d'un grade à un autre et me trouvai transporté dans le ciel des Gémeaux; c'est-à-dire dans ce ciel géminé qui « peut être comparé à la physique (science des corps, délie cose sensibût), et à la métaphysique (science des idées, délie cose non sensibili) {Conv, il, 15), parmi ceux qui sont homme et femme, corps et idée, comme Mercure Hcrmathéné, comme Dante ne faisant qu'un avec Béatrice, sa foi ; parmi ces personnages géminés à qui l'on offre symboliquement des gants d'homme et des gants de femme; parmi ces maçons dont le Temple est pavé de pierres blanches et noires, afin d'indiquer qu'ils passent alternativement, à
Texemple de Castor et de Pollux^ des téoèbres à la lumière, visibles et invisibles, alteroativement, comme Aquilaot et Griffon.
0 conslelîatxon à Véclai éihéré, etc.
30. Dante est-il né da mois de mai au mois de juin ? Nul ne ie sait, et le seul témoignage cité à cet égard se réduit à ces vers, qui pour nous doivent surtout s*cntendre dans ce sens : Glorieuses étoiles du Temple dont la lumière dispose l'âme à la vertu eu Téclairant, c'est à vous que je dois le génie dont je fais preuve dans ce poème, car c*est vers l'époque de la fête du grand maître essénien, saint Jean- Baptiste, que je suis né à la vie nouvelle, en voyant la lumière, cette lumière qui se montre et se cache comme vous, ruuce et s'asconde, selon le lieu, le temps et les personnes, et dont le soleil, la Stella^ l'astre flamboyant, est le symbole {voy. cb. xxvii, note 35, comment s'appelle la fille blanche et noire de ce radieux père de la vie), car c'est en naissant à cette vie nouvelle que je reconnus le poison catholique dans l'air que je respirais, io sewtf Caere tosco.
C*ett par ta région que j'y parvins encor^ etc.
31. Né à la vie nouvelle sous votre influence, c'est à vous qut je dois d'être parvenu aux plus hauts mystères de la science maçonnique des Templiers cathares ; et, en eflet, c'est en ce sens que nous le donne à entendre assez adroitement l'Ottimo : L'autorc quasi vuoi figurare che, si corne alC intrare nella vita (nuova) taie segno li fù una porta, cosi alla secunda vita la scienza li è porta. Gomment douter, en eflet, que Dante ne fût convaincu que cette foi-Béati*ice, dont Tinitiation lui avait révélé les mystérieuses beautés, ne dût le conduire au salut éternel?
A ce passage ardu qui l'aUire d'en haut.
3'2. Je me confie donc dévotement en vous, bienheureux Gémeaux, a dont le Seigneur est Mercure, il cui signore è Mercurio^ le Dieu qui induit les hommes à l'art d'écrire et aux subdiiiés de l'esprit, soltilizzare d'ingenio » (l'Ottimo), afin que vous m'aidiez h franchir sans encombre certain passage difficile (forte), où j'ai grande envie de m'engager, che a se tira l'anima mia. Nous pourrons bientôt juger de la difficulté qui préoccupait l'esprit du poète.
Regarde en bas, et vois de mondes tout un monde, etc,
33. Béatrice ne manque pas ici de se conformer à la pratique rituelle, signalée dans tous les mystères, et qui consiste à enjoindre au récipiendaire, parvenu à un degré d'instruction supérieur, de jeter ses regards en arrière, afin de pouvoir se rendre compte à lui-même de l'espace qu'il a parcouru, autrement dit des progrès qu'il a faits. Or, Dante a franchi les sept échelons ou les sept premières classes, comprenant trente titres divers, dans la hiérarchie des grades, selon la classification du F. -. Boubée, Vénérable de la L. *. Jérusalen), des vallées égyptiennes, et officier du G. *. O. '. de France (p. 121 de ses Études philosophiques). Il lui en reste encore à monter trois, que le même frère appelle grades administratifs, mais auxquels conviendrait mieux, selon nous, la qualification de grades mystiques, ce qui complétera le nombre de trente-trois, aflecté non sans cause, on le voit, à la Comédie, puisque chacune de ses trois parties se compose de trente-trois chants, ni plus ni moins, le premier de l'Enfer n'étant, de l'aveu de tous, qu'une introduction.
C'est donc au moment où son fidèle est censé posséder toute l'instruction maçonnique qu'il est possible de communiquer, non pas au plus grand nombre, mais à certains esprits d'élite, que Béatrice lui fait jeter un regard rétrospectif sur la carrière parcourue, en lui disant : Te voilà au seuil des plus hautes dignités de l'Ordre, et l'instruction que tu as reçue, par discours et par figures, t'a dessillé les yeux; ils doivent voir clair et loin maintenant, tu dei avei' le luci chiare e acuie ; ainsi donc, avant de t'élever aux plus hautes conceptions de la doctrine, à ces grades sublimes auxquels tu aspires, prima che piit tu t'inlei ou t'inmei, regarde en bas et juge quelle distance te sépare. Solitaire et Sépare, de ce Prince du monde que tu as appris à connaître dans le gouffre le plus profond de l'Enfer, et de cette foule de brutes, ses très-humbles sujets, que, grâce à moi, tu vois croupir sous tes pieds dans leur igno)'ance, vedi quanto mondo sotto li piedi già esser ti fei. Rien ne peut mieux te mettre à même d'apprécier les merveilleux effets du gai savoir, et tu n'en seras que plus digne d'être accueilli, le cœur joyeux, il tuo cuor giocondo, de la foule joyeuse et triomphante, turba trionfante e lieta^ qui s'avance vers toi dans ce Temple, dont la forme ronde, figure parfaite, est l'image du ciel, séjour de la perfection, che vien per questo ethera tondo. Quel socius(\\xt Béatrice, et comme elle connaît son Tuileur !
Je vt< ce gloht tel qne» soudain^ je tonrti, eie,
3&. Dante obéit, il abaisse son regard à trayers les sept sphèresde la géométrie, de la rhétorique, de la dialectique, etc., et il sourit de pitié au misérable spectacle, vil semblante^ que lui offre ce globe terraqué, où les hommes, non moins stupides que lâches, vili, se laissent abrutir par Tignorance ; aussi est-il grandement de Tavis de ceux qui en font le moins cas, che P ha per mena; ceux-là seulement sont à ses yeux des honnêtes gens> veramente probi, qui ont mis leur espoir dans A.L.T.R.O, c'est-à-dire dans Henri de Luxembourg Temptaro^ ou si vous Toulez, Templier et très- excellent roi, Re Ottimo, Tenez-vous-en au sens liuéral , vous n*avez qu'un lieu commun assez faiblement exprimé.
La fille de Lalone, épanchant ta lumière, etc,
35. Combien ne dut-il pas être heureux de voir la Papauté à la triple couronne, brûlée à son tour, incensa, après avoir envoyé unt de gens au bûcher ; brûlée en effigie dans la personne de la Glie de Latonc ou de la triple Hécate! Bien entendu qu'alors cette apparence trompeuse, ombra, qui lui fit croire à sa rareté et à sa densité, avait entièrement cessé.
Là» de ion fils aussi je pust Hypérion,etc.
36. II vit la lumière, autrement dit, il contempla face à face le fils d'Hyperion, ou le soleil de la raison; il vit comment la rhétorique et la dialectique sectaires, représentées par Vénus et par Mercure, ont pour règle la raison-soleil et font en sorte de ne pas s'en écarter, se tenant toujours circa e vicino.
J'aperçus Jupiter à Véclat tempéré, etc.
37. Il vit la modération impériale du géométrique Jupiter tempérer la fougue musicale de Mars et la froideur astrologique de Saturne ; si bien que les diverses applications de ces figures symboliques ; la manière de les varier et les lieux où il convient de les employer, il variar cite fanno di lor dove, s'offrit clairement à ses regards, mî fu cliiaro. Il put aussi se rendre compte de retendue de chacune des sept sciences ou arts, du plus ou moins de temps qu'exige leur élude et de leurs limites respectives, corne sono in distante riparo.
Ce gloh€, jiauiTre nid donï notre âme est 9% JUre, etc.
58. Il nous a déjà dit ce qa*il pensait de cette misérable terre asservie aux Papes, il ne dut donc pas y arrêter longtemps ses regards, et dut être plus empressé que jamais de les reporter sur les beaux yeux de celle dont les enseignements, occhi belii^ lui ayant valu déjà de s'élever si haut dans la science, lui promettaient en outre la régénération complète de ce globe sublunaire. Pense-t-on maintenant que Dante eut motif d*êlre si ému an début de ce chant, mosso cotanto? Nous abusions-nous en disant, note 32, qu'on pourrait juger bientôt de la difficulté qui préoccupait le poSte, en songeante certain passage, passo forte, ou tout autre que lui aurait certainement échoué?
COANT XXIII.
Comme sur Varhre aimé, dans ses rameaux fleuris, etc.
1. Que de fraîche poésie dans ce début du chant I Et pourtant ce nid cache encore une allusion dont nous ne nous serions pas avisé si rottimo ne nous avait mis sur la voie, en nous disant avec sa bonhomie ordinaire, qu'à la différence de l'homme, qui a besoin d'étudier l'architecture (pour devenir maçon), les oiseaux construisent leurs nids par instinct naturel , en ajoutant qu'il est certains oiseaux dont on ne peut trouver les nids, d'alcuniucceUtnon sitrova lor nido. Les maçons ailés travaillent sous l'inspiration de la nature, lavorano da natura, de même que les maçons à deux pieds sans plumes, selon la définition de Platon, sous celle de la providence impériale, Natura, qui, on s'en souvient, est la mère de Van (maçonnique) dont Dieu est le grand père (Enf. ch. xij! Comme on ne trouvait pas plus au xiv* siècle les nids des Templiers, devenus maçons, que les nids de certains oiseaux, il faut convenir que Vart était parvenu à rivaliser avec l'instinct.
De même Béatrice ohaercait alientiioe, ctc,
% Béatrice, cette bienheureuse doctrine albigeoise, qui procurait à l)ante,'son nourrisson, le pain des Anges, et lui avait appris l'art de
1096 LR PARADIS.
cacher son nid, en lui rendant agréables de pénibles travaux, y<mi labongli son gratis à raison des douces perspectives offertes à ses désirs, aspetti desiati, Béatiice considérait attentivement la partiedo ciel où le soleil montre moins de hâte, sotto la quale il sol mosira mon fretta. Quelle est donc cette partie? Le côté du midi, répondent tout d'une voix les commentateurs. Oui, messieurs^ c'est bien là ce que le poète a voulu vous donner à entendre; mais comme toujours, vous êtes ses dupes. C'est en réalité, vers l'Orient que regarde Béatrice, car c'est de ce côté que le soleil paraît le plus lent dans sa marche à celui qui attend la lumière, cubaine des ténèbres. Mais si vous ne m'en croyez pas, rapportez-vous-en au poëte lui-même comparant Béatrice à l'oiseau qui, con ardente affetto, il sole aspetta, et r<^arde, l'œil rixct du côté de l'aube, fiso gtwrdando pur chc l'alba nasca.
On se calme en songeant que Von peut espérer. 3. Traduisez : Moi qui voyais l'église sectaire réduite k suspendre ses travaux et à s'en aller errante, sospesa e vaga, j'attendais avec non moins d'impatience des temps meilleurs; c'est pourquoi je désirais avec ardeur l'avènement d'A.L.T.R.0. et cette espérance me rendait heureux, feci mi quale è quei che desiando A.Ij,T.R.O. rorria e spcrando s'appaga. O commentateurs, admettez-vous donc que, près de Béatrice, Dante pût désirer autre chose qu'elle, admettez-vous qu'il pût avoir d'autres désirs que les siens ? Trouvez-nous donc un sens acceptable à altro, et non pas en opposition avec tonte la donnée du poème.
L'intervalle fut court, je m'empresse à le dire, etc.
U. Dante est servi à souhait dans son désir de voir apparaître A. L. T. R. O. Nous connaissons donc déjà le Messie qui dçvait combler, appagare, son espérance. Celui devant les pas duquel le Ciel devait aller se rassérénant de plus en plus, lo Ciel venir- più e più rischiaraiulo.
Le lriov\phe du Christ et ta troupe immortelle, etc.
5. Deux choses résultent de ces paroles de Béatrice, la première (|iie Dante était déjà affilié à l'ordre du Temple lors de la venue de Henri VU en Halle, la seconde que l'expédition de ce monarque fut le rc^ulial des mouveinenis que se donnèrent les sectaires pour lui
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préparer les voies, il frutto del girar di queste spei^e. Quant aux bataillons, schiere, du triomphe du Christ, nous y reconnaissons avec rottimo, la trxunfante cavalleria, dont se composait le cortège impérial et, si vous le voulez, les martyrs de la primitive église, donnant la main à ceux de l'église régénérée des Parfaits.
Ètincélaient ses yeux^ de borOieur si remplis^ etc.
6. La foi albigeoise personnifiée est au comble du bonheur à celte venue désirée; son zèle brûlant enflamme ses joues; ses yeux, ou plutôt ses proclamations, dimostrazioni (Convito), abondent de ces expressions figurées dont la Gaie science enseigne Tusage ; et si vous voulez vous édifier complètement à ce sujet, lisez la proclamation adressée par Dante, à tous tes rois d^ Italie, aux sénateurs de RonWy aux ducs f marquis et comtes et à tous les peuples, ainsi que sa lettre latine déjà citée, à celui dont il fait sou Messie, son Christ, en l'appelant Vagneau de Dieu, le Sauveur destiné à détruire dans le monde le règne du péché (*). Âpres avoir si complètement exprimé sa pensée et celle de Béatrice, il était bien permis au poète de se dire : J'ai déjà dépeint avec les expressions bibliques les mieux appropriées au sujet, l'ivresse joyeuse de Béatrice et de son église, à l'approche de son Rédempteur, ainsi passons outre sans plus nous étendre, passar mi corwien sema costrutto, Miiéniemenlt sans construction. £hl ne voyez-vous pas que c'est là un terme maçonnique ? Aussi les commentateurs, gens très-orthodoxes, ne le comprennent-ils guère, les uns voulant qu'il signifie sans utilité, les autres sans phrases, en bloc, alla rinfusa.
(*) ficootez l'inquisiteur Binieri tous disant un demi-siècle avant Dante : Leonifti Judieiwn extremum dicunt futvrwn esse tune scilieet qitando Papa et Jmperator adsectam eorum convertentur, (Cap. vi, p. 267; Max. Bibl. vet. PP, t. xxiv.) Or c'est cet écrivain ecclésiastique dont Bossuet invoque l'autorité lorsqu'il représente les Vaudois ■ Ne cessant de crier contre les inventions humaines el de citer rÊcriture-Sainle dont ils avaient un passage toujours prêt, quoi qu'on leur pût dire, lorsque interrogés sur la foi ils éludaient la demande par des équivoques. (Ren., cap. T, p. 749.) Si on les en reprenait, c'éuit, disaient-ils, Jésus-Christ même qui leur avait appris cette pratique, lorsqu'il avait dit aux Juifs t iDéiruisez ce temple et Je le rebâtirai en trois Jours ■ (Joan. II, 19), entendant du temple de son corps ce que les Juib entendaient du temple de Salomon. Ce passage semblait fait exprès à qui ne savait pas le fond des choses. Les Vaudois en avaient cent autres de cette sorte qu'ils savaient tourner h leurs Gns ; et à moins d'être fort exercé dans les Ecriuires, on avait peine à se tirer des lileis qu'ils tendaient.i {Hist. des Var.j p. 5S5, liv. xi.) Aussi combien sont tombés et se débattent encore à tâtons dans le magique panneau de la Comédie, en persistant à la qoalilier de dii'incy avec les Parfaits, qui eo furent les premiers prôneurs et les premiers commentateurs.
Comme, lorsque ton disque en eniier i'arrondiU Par une nuit sereine Hécate au ciel sourit, He.
7. Traduisez : De même que la Papauté triomphante, ne* plemlumi, sereni, le front ceint de la triple couronne, trivia, rit au milieu de ces vertus théologales et cardinales, qui disent dans le Purgatoire, nous sommes ici Nymphes, étoiles au ciel; Nymphes ou étoiles dont se décore aussi bien le Temple que l'Église, le ciel albigeois que le ciel catholique, cl cela en tous lieux, chedipingono'lcielperuatiiseHi, je vis un soleil impérial communiquer à des milliers de fiddes d'Amour, embrasés d'un même zèle, ses clartés vivifiantes, comme Tastredu jour (dans le système de Ptolémée) transmet ses rayons aux étoiles. Remarquez que telle est précisément la comparaison mise en avantpar Boniface VIII, pour justifier la suprématie du chef deTÉglise sur le pouvoir temporel, avec cette différence que, pour le pontife, le soleil symbolisait le saint-siége. Dante ne fit donc que retourner la proposition ; et TOttimo, qui ne s'y trompe pas, a soin de noter qu'il y a pleine lune quand celle-ci est en opposition avec le soleil, Pieniiiinio è quando la luna è opposùa al sole. Or, Dante trouvait les pleines lunes trop fréquentes et prétendait faire cesser l'opposition par le triomphe définitif du soleil.
' Sa lucide suhstance en leur vive lumière Toute transparaissait f tellement nette et claire, ete»
8. Personne ne pouvait voir plus clairement que Danie ressente tout impérialiste et sectaire, la lucente susianzia^ du symbole qu'il mettait en avant, et il devait une vive reconnaissance à cette foi doctrinale qui l'inspirait, de lui avoir suggéré une aussi audacieuse fiction. Aussi s'écric-tnl, o dolce guida e cara!
Là, brille la sagesse, éclaU la puisiance, etc. 9. Béatrice lui explique complaisamment que ce qui l'éblouil, sobranza, est la vertu, viriù (dans le sens de force, d'énergie, e/yitamè) qui s'étend sur tout, dacui tvulla siripara, l'Empire universel étant de droit divin ; que dans le Messie impérial est la sagesse et la puissance, quivi è la saptema e la possanza, qui ouvrit les roules entre le ciel et la terre, ch' apri le strade ira H cielo e la terra, en venant affranchir l'Italie et l'Europe entière du joug de l'Enfer pontifical; délivrance si longtemps désirée par les fidèles d'Amour, comme en témoigne la proclamation citée plus haut, onde fu già si
tunga disianza. Était-il donc, en conscience, bien difficile d^exprimer nettement, si telle eût été réellement la pensée du poète, qu'il était admis à contempler l'humanité du glorieux Maître des Apôtres crucifié pour le salut du genre humain ?
Ei ce qu'il devenait^ je n'en ai peu mémoire.
10. £h! mon Dieu, nous nous eu souvenons fort bien nous : Une joie immense inonda sa poitrine lorsqu'il eut vu face à face son Messie, et lui eut prêté le seraient qu'il lui devait, quum lubia mea debitum persolverunty et ne ))ouvant la contenir^ elle éclala dans la proclamation aux rois et aux peuples, puis se changeant en colore; hors de sa nature de parfait, fuor di sua natura, elle reteulit comme la foudre, lorsqu'elle appela la vengeance de Henri contre les pécheurs d'Âmalecb, et contre Florence, cette Myrrha perverse s'enflammant dans les cmbrassements de son père (Clément V). {Voy. la proclamation citée plus haut.)
Précieux souvenir, au fond de ina^enséi'.
11. Après avoir été admis en la présence du Messie, dont la vue ne l'avait pas réduit en cendres, Béatrice aurait eu mauvaise grâce à lui refuser son sourii*e, sous prétexte qu'il n'aurait pu en supporter le rayonnement ; elle lui octroyé donc la permission de la regarder à son tour. Une si grande faveur, en rapport avec le 'grade de Rose- . Croix auquel le voici parvenu, p^offerta degna di tanïO grado, confond son esprit, qui cherche à se rappeler comme une vision oubliée, visione obblita; autrement dit : les diverses cérémonies symboliques qui se sont accomplies successivement sous ses yeux et à l'aide desquelles il se trouve enfin apte à contempler la lumière dans tout son éclat; cette lumière d'Orient dont resplendit le sourire de Béatrice. Quant à la profferta elle-même, le poète la grave dans son souvenir, où il aura soin qu'elle n'ait pas à s'effacer.
Mes chants ne rendraient pas ce sourire enchanteur, etc,
12. Il faut nous résigner à rester dans l'ignorance 4e ce que |)ouvaît exprimer le sourire de Béatrice, seuls les modernes Templici-s pourraient nous en instruire, mais c'est là leur secret. Il doit nous suffire de savoir que les neuf muses et leurs plus chers nourrissons perdraient leur latin ï vouloir chanter le saint rire, il santo riso et
ce qu'il ajoutait de beauté au saint aspect de la dame do salut. Gomment en effet se hasarder au xiv« siècle à exposer la moindre partie de la vt^rité sectaire, sans risquer le bûcher? Aussi Dante prcnd-iJ le parti du silence. Mais nous crie-t-K)n, vous calomniez Dante» tcmis l'accusez de lâcheté, vous le faites agir comme ces VaudoisdootBossuet dit : « Ainsi séparés de cœur de l'Église catholique, ces hypocrites^ autant qu'ils pouvaient, paraissaient à l'extérieur de la même foi que les autres, et ne faisaient eu public aucun acte de religion qui ne démentit leur doctrine. » On conviendra du moins que l'ac^ cusalion d'hypocrisie est bien atténuée par ces lignes, qui précèdent immédiatement : < Un ancien auteur a remarqué que les Vaodois recevaient rarement de leurs Barbes le baptême et le corps de J.-C; mais que tant leurs maîtres que les simples croyants, les allaient demander aux prêtres. (Pylichdorf, ch. 26, n* 796.) On ne voit pas même que pour le baptême ils eussent pu faire autrement, sans se déclarer; car on eût bientôt remarqué qu'ils ne portaient par leurs enfants à l'Église et on leur en eut demandé compte. » (Hùt. des Var. liv. xi, p. 559, £d. Charpentier.) En effet, qui demandait compte en pareil cas? L'inquisiteur pour la foi, et l'on sait comment Or, en ce temps-là, nous craignons bien que la' plupart de ceux dont nous soulevons l'indignation n'eussent été des hypocrites, en supposant que, pour leur malheur en ce monde et dans l'autre, ils eussent fait partie de l'église dissidente.
Par bonds doit procéder ainsi ce saint poënie, etc.
13. £st-il rien de plus éloquent que cette terreur du poète, qni le fait trembler sous le poids dont s'est chargée son épaule, revêtue du déguisement catholique, Vomero mortaL Dante semble avoir voulu ici aller au-devant du reproche de lâcheté et d'hypocrisie. Lui-même nous le dit, le fardeau était lourd, celui qui avait eîi la hardiesse de s'en charger, trouvait h chaque pas le chemin coupé devant lui, il cammin reciso, et force lui était, s'il voulait mettre la dernière main au poème sacré, de procéder par sauts, en traçant les tableaux et les scènes de son Paradis, convien saltar io sagrato pœma. De plus, ce qu'il n'ajoute pas, pour cause, Is^mort, ou l'inquisition le guettait au l)assage. Il avait fait ostensiblement acte d'opposition, ce qu'il avait payé de l'exil, de la confiscation, ajoutée à la peine capitale suspendoe sur sa tête, et il ne continuait pas moins de parler, d'agir et d'écrire en Gibelin. Devait-il pousser la franchise jusqu'à se déclarer haute*
CHANT XXlll. 1101
ment sectaire, et se vouer ainsi volontairement au bûcher ? Peut-être crut-il être plus utile à sa cause en composant la CiOmédie et d'ailleurs nous avons établi {Rével. p. 75 et suiv.) que sa foi lui défendaii de s'exposer au martyre sans nécessité, bien plus elle lui commandait la dissimulation ; en veut-on une nouvelle preuve 7 On la trouvera dans un manuscrit du xiir siècle intitulé Tractatus de haresiapauperum de Lugduno. On y verra même, que pour les dissidents ou protestants d'alors, le langage dus était de précepte (*).
Ce n'est point une mer pour fragile nacelle, etc.
iti. Vous voyez combien il avait conscience du danger auquel il s'exposait et du courage dont il faisait preuve en TaiïronUnt, puisqu'il se compare à un pilote naviguant dans des parages remplis d'écueils, sur lesquels il lui faut autant d'audace que d'habileté pour s'aventurer, même avec un bâtiment solidement construit et dans toutes les règles de l'art royal.
0) DOC£RT IN VEBB» PALLIAT18. Tel est Ic titre du chap. Puis Pauteur anonyme éciit : Doeent verbis coopertis loqui (c'est bien le parlar coperto) ut pro veritale loqui aludeantf loqui metidacium,,.. Ex cadcm simulalioney fréquentant nobiscum Ecclesiaa, intersunt diviniSj offerunt ad aliare, pcrcipiunl aacramenta, confitentur saeerdûtibua, jejunant jejuna Eccietiœ et feata colunt et benedictionem sacerdotum ineiiHOto capile auscipiunt. (Tbes. .iiov. aoccd. de D. Martciine,; v, p. 1782. ) Bh bien» Dante, pasteur Vaudois, a été à la messe des prêtres catholiques, il s*cst confessé à eux, a reçu dévotement leur bénédiction ei il a écrit, avec toute l'or ihodoiie qu'il a pu y mettre, sa Comédie bérétique en langage oouvci t. C'est fort m<il à notre point de vue, c'était trèsbien au sien ; mais il en est ainsi et nous n'y pouvons rien.
Vous làut-il d'autres preuves? Nous les tiouvei oiis d;uu Euthymius, moine de Zigabène, qui vivait vers Tan lllO, t xix de la Max. BibL Vct, Patrum, dans Rinieri, ibid., L Xiv, et dans Bossuet disant {Hist. des Tar., p. 500) : «La marque la plus certaine pour connaître ces hérétiques était le soin qu'ils avaient de se cacher, non-seulement en recevant Us sacrements avec notts, mais encore ai répondant comme nous, lorsqu'on les pressait sur la foi... Interrogés en particulier sur chaque dogme. Us pm^aiasaient catholiques, en trahissant leurs sentiments par des mensonges, ou du moins en les dégui' sont par des équivoques pires que le mensonge. Tout leur langage était pleim D'ALLecoRifiS, et on les prenait pour des Orthodoxes, à moins d'avoir appris par un long usage à connaître leura équivoques. ■ Foyez aussi saint Bernard, scrm, lxv, lxvl Enfin réfléchissez sur ces paroles du moine de Zigabène t Hanc item Domini vocem in Evançeliis saHptam asserunl ; omni raiione saluti vestra consuliie, hoc est : omniabte et DOLO SIMULANTES FiDEM EORUM Qii VOS OPPRIHONT, scrvotc VOS a pcriculo et movte quœ vobis ab Ulis imminet. Hue enim et iUiul spéciale, QUiCCUMQUE dixerikt vobis, coM SIMULATIONS MiMiRUM FACiTE, .sccundum opcra autem ipsorum kolite facere IN veritate. Etenim ipsnm quoque dominnm discipulis aperte locutuh esse, in- CREDCLis AOTEM IN PABABOUS, Ut increduU simulationcs spedem intuenles non videant id quod in cordtbus noslris reconditum est, et aodiestes non auoiant. Parabolam çnim, inquiunt, appellat dolum et simulationem. (Max. Bibl. vet. P.P. xxi, p. 225, t. XIX.) On le voit, les preuves ne manquent pas. Et cette fois on ne dira pas sans doute (|iic nous tiraillons les textes» ou que nous fabriquons des cleCi à notre usage exclusif. On veut de l'érudition, eu voilà. Mais on sera édifié aux chants suivants.
A nwn aspect aifiai potkrqwti reitanl ioasfin A l'enivrer d'amotMTf ne pas tourner ta vue, etc.
15. Pourquoi rester dans une vaine conteoiplation des beautés de la doctrine de vérité et ne pas t'occuper activement de ce beau verger albigeois, bel giardinOj dont les arbres fruitiers se couvrent de fleurs aux rayons et sous les regards du Christ impérial, sotto iraggi di Cristo s'infiora ?
Brille la Rose ici, dont au Verhe dwin,
Alors qu il se fit chair , s'ouvrit le chaste sein, etc,
1 6. Ici est la fleur symbolique des Rose-Croix, cette rose mystique adoptée également par TÉglisede Rome, comme la figure de la Mère du Sauveur, et par celle de Toulouse, comme le type mystérieux de l'assemblée générale des fidèles d*Âmour. C'était, en effet, dans le sein de cette rose ou de cette assemblée, que le Verbe divin s'était fait chair dans la personne du Christ impérial qui, admis à ses mystères, voyait tout à la fois eu elle sa mère, né qu'il était par elle à la vie nouvelle, et sa fille à raison de la protection dont il la couvrait Le moine de Zigabène nous a transmis certaines métaphores des Paaliciens, d'où dérivèrent les Cathâtes ou Albigeois des x' et xi* siècles {voy, Schmidt), où Ton peut trouver la clef de celles qui doivent étonner ici. Qu'on veuille bien méditer sur ce qu'il rapporte à Icar sujet : « Ils disent que tous ceux des leurs dans lesquels habite l'Es* prit saint (les Parfaits) sont mères de Dieu, Dei parentes, et désignés par ce nom, et nominari (de là les hommes-femmes, les excellents anges, etc.), attendu qu'ils conçoivent le Verbe de Dieu et le portent dans leur sein, concipiant et in utero gèrent, et qu'ils le mettent aa jour, pariant, en enseignant les autres, et nihil amplius quam ipsi habeant habere primant illam genetricem, (Cap. xni.) Âujourd'hqi les Maçons répondent très-sérieusemont au Vénérable qui les interroge : « Je vais bien, quoiqu'cn état de grossesse et prêt à mettre au monde un enfant mâle. » Enfin, dans le grade philosophique intitulé : Clef de la Maçonnerie, nous voyous une figure symbolique appelée la Conception dans la lune. Conception in the Moon, ce qni signifie « une femme pure d'où proviendra un nouveau roi et une révolution de temps glorieux, a new King and a révolution or fiUlness of time, filled tvith glory. Le nom de cette femme est A Ibraest • (probablement Abraxa). {Light on 3/.-., p. 265.) Vous trouverez .aussi, au ch. xui des Mémoires de Cellini, une vision dans laquelle nn soleil (figure de l'initié) se gonOe et soudain offre à ses regards un
Christ (autre figure de Tinîtié sectaire), puis, se gonflant encore, une très-belle Vierge, e, cresciuto il gonfio, subito siconoertiin una fatma di una beUissima Madotma. Que valent toutes les démonstrations d'orthodoxie multipliées dans le poème contre de pareils rapprocbemenls, appuyés des autorités citées note 13 ?
£( ces lis ÔAmi au loin la senteur répandue Fit dans la sombre nuit trouver le bon chemin.
17. Ces lis odorants, comment ne pas le voir? ne sont autres que les Parfaits, les saints de la secte, dont les leçons et les exemples montraient le chemin de la vraie foi évangélique. Florete^ flm^es, quasi liliwn^ et date odm^em (Ecclesiastic. xxxix.) Les Templiers à rhabit blanc avec la croix rouge pourraient bien aussi être compris dans le nombre de ces saints, car TOttimo, qui les désignerait alors sons le nom d*apôtres, nous dit que « les lis, par leur blancheur, signifient pureté et foi, le rouge du calice, incorroptibiiilé et charité, l'odeur, espérance et prédication.
J'affermis potir lutter ma paupière débile, etc,
18. Après que Béatrice eut parlé en ces termes à double entente, le poète, qui vient d'être obligé de faire saltar la sagraîo poema, pour esquiver d'avoir à s'expliquer sur l'expression compromettante du sourire de sa dame, se hâte de lui obéir, en portant ses regards sur le spectacle qui s'offre à lui ; et savez-vous le motif qui l'y décide? Il ne lient qu'à vous de le connaître, en réfléchissant quelque peu sur la signification de ce vers bizarre : Encora mi rendei alla bataglia de' debili cigli Croirez-vous vraiment, avec les commentateurs, que cela veuille dire : Je me remis à faire affronter à ma vue débile les splendeurs contre lesquelles il lui fallait lutter? ?^'est-il donc pas beaucoup plus simple et plus naturel d'entendre : Je me remis à lutter contre ces Catholiques à la vue débile, délia vista délia mente infermi (Purg. x), déjà tant de fois abusés en leur faisant illusion au moyen d'un vernis d'orthodoxie adroitement étendu sur ma toile? On va pouvoir en juger bientôt.
Comme d'une hauteur, parfois, je découvris. Quoique les yeux dans l'ombre, un riant paysage^ etc.
19. Afin de se procurer l'avantage de combattre à l'ombre contre les aveugles vassaux de Rome, comme les Spartiates contre les Perses,
il étend un nuage sur son Christ impérial, qu*il fait remonter comme un figurant d*opéra dans sa machine, à l'aide d'une comparaison des plus poétiques, en prenant soin de ne projeter sur la scène que la lumière nécessaire pour distinguer les acteurs. Cette lumière jaillit d'en haut sur eux. Cathares , splendeurs ou fleurs ad libitum^ en rayons ardents, fulgurati di su di raggi ardcnti. Quant au principe de ces rayons, les plus clairvoyants n'y voient que du feu et les debiii dgli rien du tout. Il est impossible de mieux se prêter à la circonstance que cette prétendue humanité du Christ.
O héniqne vertu, de ion sublime ii/pe
dut Ui empreins ainsi, iu dai^noM t'élever, etc*
20. 0 bénin pouvoir impérial et templier, benigna virtù, qui les marques de ton empreinte, si gl' imprenti, à l'aide de bijoux, de décorations et de signes pareils à celui que Benvenuto portait au front (Mémoires)^ signe qui, visible à Paris, disparaissait à Rome, à cause du brouillard; toi qui ne fais que le bien, en opposition à ce pouvoir satanique d'où procède tout le mal, tu t'es enlevé complaisamnicnt, su Vesaltasti^ pour me laisser libre carrière au conspect de ces aveugles Catholiques, à l'esprit myope, là comme ailleurs, per largimii loco, agli occhi li che non eran possenti, vu leurs debili cigli. Ëst-il possible de traduire plus fidèlement? N'importe; il est des gens opiniâtres qui trouveront beaucoup plus orthodoxe cette mystification sacrilège de l'humanité de Jésus-Christ rabaissée au rdle de comparse, du Sauveur du monde se mettant en frais de complaisance, pour accueillir la bienvenue du pasteur spirituel, Daote Alighieri, escorté de son Egérie.
D'admirer de ce Ciel la plia grande lumière,
21. Une fois le Christ impérial enlevé au Ciel, d*où ses rayons se répandent sur ses fidèles, le plus grand feu d'Amour resté sur la scène, lo magior foco, le plus grand foyer de la doctrine sectaire, c'est évidemment l'église évangélique elle-même, c'est Marie, c'est la fille et la mère du sauveur de l'Italie et du monde entier, du vainqueur de Satan ; c'est la belle fleur des chevaliers Rose-Croix et des Bons chrétiens albigeois. Rien donc de plus naturel que, prononcé par Béatrice, le nom de cette belle fleur, dont il appelle matin et soir l'intercession à son aide, ck' io sempre invoco e niane et ^era^ éveille chez
CHANT xxin. 1105
le pieux Paslcur un vif désir de la coatemplcr, et envahisse son âme loule entière.
Celle vivante étoile à. V éclat radieux, etCj
22. Il jeltc donc ses regards sur la vive étoile, si différente de la 'une, astre glacial de la mort ; il la voit triompher dans le Ciel, comme elle a triomphé des rudes épreuves qu'elle a eu à endurer sur la torro, « où elle s'est relevée, toujours vivante, après le massacre de ses chers Albigeois et le désastre de ses bien-aimés Templiers. £t savez-vous de quoi il se préoccupe en la regardant? De sa qualité et de sa quantité, il qtiale e'I quanto. Le quale, passe encore, bien que peu de femmes, même belles et saintes, se résignassent volontiers à un examen trop approfondi ; mais le quanto! est-ce que cette locution scolastique, indiquant nettement un être collectif, n'aurait pas dû mettre sur la voie. Oh I que non pas, les gens aux debili cigli sont là, aifirmant que le quanio se rapporte à la quantité de splendeur. Bravo, mes maîtres, la plupart de vos explications sont de cette force. Mais nous espérons vous édiûer complètement au ch. xxxi f).
QM,'v>n jet de feu sur elle en cercle descendit, elc,
23. C'est à bon droit, nous dit le P. Lombardi, que tous les commentateurs, espositori, ont signalé dans cette flamme lumineuse l'archange Gabriel. Encore une de vos niaiseries, braves gens, à qui Dante a su faire ingurgiter tant de bourdes bien plus indigestes encore que celles-ci. Oui, c'e^^t bien sur l'ange Gabriel qu'il a voulu diriger votre attention. Mais pour lui cette flamme étincelaute était celle de l'amoar, de cet amour divin descendu du Ciel, dont s'inspirait l'église évangélique, qui la rendait mère par l'enseignement et dont les rayons la ceignaient comme une glorieuse couronne, aguisa dicorona cinsela e girossi intorno ad ella. Cette flamme affecte la forme ronde, par le môme motif que la table des chevaliers Parfaits était ronde à la cour du roi Arthus; parce que le cercle est la ûgure géométrique la plus parfaite. Que de savantes disserutions à jeter au feu! Mais
(*) Si vous voulez, cil aitciidant, savoir approximaiivcmcnt en quelle quantité se trouvaient les églises dissidentes en Italie, l'ancien pasteur cathare Rinieri S:iccone vous donnera, dans sa Summa, des renseignements utiles. Ainsi II vous dira : Sunt XVI eC" clesUe Catharorum, celles de Donnesacho, de Oincoreizo, de Dajalo, de Viccnce, £C- C1.ESIA FlORKRTrNA, dc la vallcc de Spolète, du Mantoue, de nurscii, de Bcrgamc, du comt£ <ic Milan, de la Rouagme, de VEro^^e, etc., encore le R. 1*. inquisiteur qui écri- Tait vers )2&o, nv les connaissait-il pas toutes. (Voy. Thés, nor.aiiccd.y Marienne, V, p. 1767, et, aux abreuves supplémentaii*es, la Topographie des égH>cs Cathares.)
1106 LB PARAdfS.
rafenoat I celte flamme drcaiairc qn'on veut nous donner pour on ange déguisé au milieu du bal masqué auquel nous assistons.
Un ange peut avoir des motifs pour se déguiser sur terre, et à plus forte raison l'Amour, mais au Ciel, h quoi bon? au séjour de toute vérité et pour rendre hommage à Marie, à la Reine des Anges ! Qne voulez- vous, on ne pense pas à tout ; aussi n'a-t-on pas songé qu'un hérétique seul aurait pu concevoir Tidée de faire du saint messager de rincarnation,un'galantin céleste allant, sous un costume d'emprunt, courtiser sa dame au conspectdcs Bienheureux,
L'hartnonie, ici-bas^ quiplm tuave excelUf etc.
2ft. Dante n'a jamais été plus vrai dans l'expression. Quelle lyre, en effet, a jamais été plus douce et surtout plus habile que cette 1}tc provençale, brisée dans le cataclismc Albigeois? que celle de l'Alighieri loi-même, de son premier ami Cavalcante, de Cino de Pistoic et de leurs coreligionnaires; que celle de Pétrarque, de l'Arioste, du Tasse et de tant d'autres? C'est que tous, on le reconnaîtra un jour, forent inspirés par cet amour évangélique dont les rayons couronnaient le beau saphir Albigeois, saphir dont l'éclat ne se manifeste entièrement qu'au dernier ciel, ou au 33' grade de l'Ëcossisme ; comme nous le verrons sans doute au 33« chant du Paradis, bel zaffiro del qualeil ciel piii chiaro s'inzaffira.
Je suis ce saint Amour, qui, ^essence angélique, etc.
25. Eh bien, Dante ne le proclame-t-il pas ici aussi clairement que possible? Celte flamme lumineuse dont sa chère église se couronne, c*e8t l'amour angéliqoe, l'amour des excellents Anges albigeois. Templiers, Maçons, comme on voudra les nommer, lo sono l*amor angeltco, et je répands à la ronde la gaie et sublime science, giro Valta ferû?a^ émanée du sein de cette église qui eut l'insigne honneur de recevoir en loge, de loger, albet^gare, notre Empereur désiré, alla letizia cke spira del ventre, che fu albergo del nostro disiro. Persisterat-on après une explication si claire à soutenir qu'il faut traduire : Je suis l'ange Gabriel, l'amour angéliqucqui tourne la haute joie émanée du sein' qui hébergea notre désir, et à voir, dans ce galimatias double et Uripie, l'expression naïve d'une conviction orthodoxe? Mais poursuivons, en donnant d'abord notre interprétation : Egirerommi donna del Ciel, Et j'irai la répandant, Dame du ciel albigeois, tant que tu suivras ton fils Henri VII, mentre che seguirai, tuo figlio, et
que tu rendras d'autant plus divine, par tes enseignem^ts et tes exemples, la sphère suprême où s'accomplit la révélation finale, que ce glorieux fils y est entré comme un de tes plus hauts dignitaires, e farai dia piii la sperà suprema, perché H entre. Grammaticalement, il n'y a point dans ce dernier mot licence poétique, entre n'est pas empbyé pour entri, car il a pour nominatif le Christ impérial et non pas Marie. Quoi qu'il ep soit, on reste libre d'entendre et de rendre ainsi cette tercine : Et j'irai tournant, Dame dû Ciel, tant que tu suivras ton fils (la condition est étrange), et rendras d'autant plus divine la sphère suprême, qu'elle est ton séjour, ou que tu y entres. (Comme s'il y avait moyen de diviniser davantage le sanctuaire impénétrable de la sainte Trinité, même par l'admission auprès d'elle de la plus parfaite des créatures.) Ces deux modes de traduction mis en présence, nous croyons la question décidée pour quiconque tient à comprendre ce qu'il lit. Nous n'ajouterons donc rien à pareille démonstration, sinon que Dante, à force de franchise, n*a jamais poussé plus loin qu'ici la dissimulation, et que celui qui savait feindre ainsi, n'était certainement pas un lâche hypocrite.
Des hommes que la nécessité du temps forçait de dissimuler leur croyance, pour qui même cette dissimulation était de précepte ; mais qui, donnant du reste l'exemple de toutes les vertus, ne péchaient que par un rigorisme outré; « des hommes qui, le plus souvent traqués, fugitifs, entourés de mille dangers, conservent néanmoins leur foi ; des hommes qui se jettent avec joie dans les flammes des bûchers, peuvent être des enthousiastes, mais jamais des imposteurs ou des hypocrites. » (Schmidt, Hùt. des Calh,, II. t i^k.)
Voilà ce gu'exjorimati la pure mélodie^ etc.
26. Voilà comment l'Amour, inspirateur de la religion évangéliqnc des Albigeois et des Templiers, scellait l'alliance de son église avec h cause impériale, s'auachait à celle-ci par des liens indissolubles, si sigillava. Voilà commen t cet A mour angélique allait partout à la ronde, circulata melodia, célébrant, tant en vers qu'en prose, et dans le langage populaire, les louanges du nouveau Messie, appelé à délivrer les peuples du joug de la religion de haine. Aussi tous les Bienheureux, tous les Parfaits, ces foyers de lumière, tutti gli ALTRI mmi, lisez saints dévoués à A. L. T. R.I., s'écriaient-ils, Ave, Maria, salut à notre Église, en faisant retentir ce nom de Marie, qui servait si bien
1108 LR PARADIS.
leurs projets, et pour lequel la pieuse Béatrice professait une dévotion si particulière. (Voy. la Vita nuova,)
L'ample manteau royal qui revêt Vuniven, etc.
27. Par suite du pacte meoiionné plus haut, le manteau impérial du roi des Romains, Grand-Maitre reconnu désormais de l'ordre des Templiers, et patron suprême de Téglise évangélique, édifiée sons le vocable non suspect de Marie ; lo real tnanto, couvrait de sa hanic protection toutes les loges de ce monde maçonnique, dont les grades sont contenus les uns dans les autres, comme les divers cieux, volumi 11 est bien entendu que ce monde-là est celui qui, inspiré par le soufDe de Dieu, a le plus de ferveur, la foi la plus vive et les mœurs les plus exemplaires, attendu qu*ii s'efforce de suivre plus parfaitement sa loi, ptù ferve e più ^avviva nelC alito dt Dio e net costumi: On rira bien quelque jour en constatant que, durant cinq cents ans, de graves personnages ont affirmé que c'était le manteau royal du monde, en qui la ferveur et la vie augmentaient sous le souffle de Dieu et sous l'influence de ses habitudes bienfaisantes, costumi.
Si loin alors turnous son interne paroi, ete
28. Par malheur, lorsque le pacte d'alliance fut conclu, le poète exilé se trouvait trop éloigné pour se joindre à ses frères et se placer avec eux sous la tutelle immédiate de son Dieu, sous l'interna riva tanto distante; il ne pouvait songer à lo voir encore, faute d'être en mesure de quitter les lieux où ihétait réfugié, che la sua parvenza ancor non m'appariva, £n conséquence, il lui fut impossible de réjouir ses yeux au spectacle de cette église albigeoise et templière, de cette flamme couronnée, qui se leva en masse pour suivre son fils bien-aimé, son Messie et son Christ, pero non ebber gli occhi miei potenza di seguitar la coranata fiamma cite si leva appresso a sua semema. Voilà comment les mots, ridiculement forcés au sens figuré, reprennent un sens clair, lorsqu'on ne veut leur faire dire que ce qu'ils signifient tout simplement
De même cliaque flamme à la candide ardeur, etc.
29. L'éiai-major de la sccle, les hauts dignitaires de l'église miiitanto, partis à la suite du Messie iii)j)érial, un plus ou moins grand nombre de fidèles d'Amour retenus, comme Dante, par un motif ou
CHANT XXllI. 1109
par un aulre, mais surtout parce que, engagés dans le saint minis« 1ère, ils uc pouvaient porter les armes, restèrent à attendre le résultat de la lutte engagée ou Toccasionde faire preuve de zèle, rimaser li nel mio cospetto. Le poète rend ici témoignage de leur ardeur enthousiaste pour la cause, alto affetto. Ce sont des âmes candides où brûle le pur amour, candot-i; aussi nous les montre-t-il les bras levés au Ciel qu'ils invoquent, et les compare-t-il à Tenfant tendant les bras à la mère dont le lait le nourrit Enfin, sa joie est si grande, à cette unanimité de vœux, manifestée par le chant de Regina cœli, qu'il ne saurait jamais oublier ce moment, où son âme s'ouvrit aux plus douces espérances, maida me non si parti il diletto, L'Ottimo ne néglige pas de noter que l'hymne Regina cœli, latare^ alléluia, se chante aux vêpres de la Pâque de résurrection, nelC offizio di Nos^ trorDanna.
Uue de riches trésors dans ces sainU lahen%acîe8^ etc»
30. Quels trésors de vertu, de science, de sainteté, dans les pasteurs évangéliques, h la différence de ce clergé si honni par Pierre Damien, dans ces Parfaits dont les âmes sont autant de riches tabernacles, arche ricchissime! Que de zèle à semer partout ici-bas» comme de bons laboureurs, bone bobolce, malgré tant d'obstacles et de redoutables i)érils, la parole de vérité , les saines doctrines de la tradition gnostique recueillies de la bouche même des apôtres I apôtres qui vont apparaître à leur tour en témoignage, pour proclamer des mérites albigeois et déposer à charge contre la prostitaée de Babylone. Au surplus, amis comme ennemis sont d'accord pour attester Taustérité apostolique des Parfaits ou Bonshommes (*).
Là, celui qv^i, duranl X*exil de Bahylone,
Pleura dims l'amertume, en lui laissant son or, etc.
31. Commençons par rétablir le texte de la première terciue, que certains veulent h tort réunir à la dernière ; nous soutenons, nous.
(*) niuieri Saccone dit d'eux, qa*ils •Tifaient Jostement devant les hommes, qu'ils étaient i^glés dans leurs mœurs, modestes dans leurs habits, abstinents duns leur manger, etc. (Gap. VII.)» Saint Bernard n'est pas moins e&plidte à leuréj^rd : ■ Leurs mnurs sont irréprochables, déclare-MI, ils n*oppriment pcrsoimc, ils ne font de tort & personne, leurs visages sont mortiflés et abattus par le Jeûne; ils ne mangent point leur pain comme des paresseux i*t ils travaillent pour gagner leur vie. ■ (Sermo 60, i, 1495.) ■ Si convcrsationem interroges^ nihil irrcjrrehcusitfiUus ; et quod loquUur factis proOaJ,,,. Jam quod ad vitam moresque spcctatj rœminem concutit, ncmincm ci9'cumvenit, ncmincm siipcrtjredUur. « (Sciui. 65, i, 1495.)
1110 LE l'AKADIS.
qu'il faat ïireiQuivisi vive e gode deltesaro,etc (God.Vat.etAug.)» et, avec plusieurs |§ditions du poëme : NelC esilio diBabiUmia dave si iascià l'oro. En conséquence, nous traduisons : Là, danscetle huitième région du ciel sectaire, dans ce « cielo stellato, qui peut être comparé à la physique pour ses trois mouvements, et à la métaphysique pour Galaxie, désignée par le vulgaire sous le nom de diemin de Saint-Jacques » {Cottv. ii, 15); là, on vit de la vie de Tesprit et Ton jouit du trésor de doctrine qu*on a acquis en pleurant (maçonniquement) dans Texil de Bab\lone, sous le joug de fer de la prostituée. Dm super flumina confusionis deflevimus, et imploré sans cesse la protection d'un roi juste qui écrasât les satellites d'un cruel TYRAN, qui satellitium savi tyranni deperderet. (Leit, de D. à Henri VIL) On doit comprendre maintenant conunent les pauvres exilés en larmes furent réduits à laisser leur or à la prostituée de Babylone, aux satellites du cruel tyran, dont le juste roi devait les délivrer; mais cet abandon de l'or a aussi sa signiflcation symbolique, puisqu'on le retrouve dans les initiations modernes, comme dans les anciennes. En effet, il n'est pas de franc-maçon qui ne vous dise que, lors de sa réception, on lui a fait déposer tous bijoux d'or ou d'argent; vous pourrez, d'ailleurs, lire dans le Tuileurde Villiaume, entre autres, page /i6, que « le récipiendaire se présente les yeux couverts d'un bandeau, n'étant ni nu ni vêtu, et dépouillé de tous métaux, comme les prêtres égyptiens déposant leurs bagues et tous ornements d'or et d'argent pour sacriûcr au soleiL •
Le sens de la première tercine ainsi fixé, voici celui de la dernière : Là, à la suite de son messie Henri Vil, l'alto figlio di Dio e di Maria, triomphe de la victoire que son poëme lui fait remporter sur le cruel tyran et son entourage tonsuré, Satellitium, victoire obtenue à l'aide de ceux dont il a fait des Parfaits, des solitaires, comme dit Pétrarque, tant dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament, con Caniico e col nuovo concilio, Dante Alighieri lui-même, qui s'est réservé les clefs de cette gloire templière et impérialiste, di T.A.L. glaria, et qui, en conséquence, continuera d'en faire l'usage que vous savez. Ces clefs, nous croyons les avoir retrouvées, et nous espérons les mettre à la portée de tout le monde.
Que les gens de bon sens yeuillent bien réfléchir et se demander s'il est possible que Dante ait voulu dire que saint Pierre, qui n'eut point d'exil à subir et n'alla point à Babylone, puisque l'Église nous enseigne que sa première épitre, datée de cette ville, fut écrite de Rome, ait laissé soit dans Babylone, soil dans Rome, l'or qu'il n'eut
jamais, Pier cammincio sanza oro; enfin ce que pourrait signifier cette victoire due à l'Ancien et au Nouveau Testament; si même il est permis d'entendre ainsi ce mot de concilies adopté aussi par les Maçons, dont les loges prennent tour à tour le titre de concile, de cour, de consistoire, de collège, etc. Dante avait à faire entrer saint Pierre eu scène et, avec son habileté de main ordinaire, il s'arrangeait ix)ur diriger la pensée de son côté; les cicb qu'il metlait en avant n'étaient qu'une fausse enseigne; mais combien de dupes ne devaient-elles pas l'aider à faire !
O conxiivei élus au festin de VAgiieau, elc,
i. Convives du grand banquet templier, commensaux du Grand- Maître Henri de Luxembourg, cet agnus Dei destiné à abattre la prostituée, qui engendre tous les pécbés du monde; vous à qui 11 distribue ou fait distribuer, dans la doctrine de vérité, ce pain de vie« ce pain des anges objet de tous vos vœux (reportez-vous à la bénédiction du pain chez les Vaudoiset aux banquets maçonniques); venez en aide à celui qui a pu glaner, par la grâce de Dieu, quelques-unes des vérités dont vous vous nourrissez, -avant que la Mort pontificale, riuquisition, morte, ait & l'ajourner à comparaître, comme suspect A'hérésïe^ tempo glipresmba (le double sens est-il assez palpable?}; compatissez à son immense désir d'obtenir la complète révélation de la lumière, et qu'elle descende sur lui en rosée, e roratelo alquanio.
Que sa lèvr» se mouille au flot où vous huveg,
2. Car vous vous abreuvez sans cesse à cette source mystérieuse de la doctrine albigeoise, gnostique et templièrc d'où dérivent ses opinions religieuses et politiques, onde vien quelck' ci pensa, d'où provient ce qu'il pense et ce qu'il écrit sous l'inspiration du génie. Combien de fois n'avons-nous pas répété que Veau vive était le symbole de la doctrine (*) t
(*) Si TOUS dénirn savoir ce que pensait Dante, leR. P. imiaifiiteiir Rlnieri Soocone,
1112 LF. PARADIS.
Tels qu'en font resplci^dir les comètes aux Heux.
3. C*est ainsi d'ordinaire que les professeurs du gai saYoir, anime Ueie, manifestent leur assentiment et leur satisfaction comme on a pu le voir maintes fois. Leur amour ^ appuyé sur la foi et sur V espérance comme sur deux pôles inébranlables, poli fissi, projette à la ronde, dans de fréquentes tournées, ses rayons lumineux. Mais au moment où nous sommes arrivés, cet amour se laisse emporter à l'indignation, et son rayonnement devient comparable à celui des co-
nçut TOUS metire sur la voie, dans récrit spécial 06 il a consigné les doctrines et les opinions des Vaudois, Cathare», Patérios ou Pauvres de Lyon. {Max, BibL Vei. PP. xxt.) DicuHt quod Bomana Ecclesiu non sit ecclesia Jesu Christi , scd sit ecclesia HALiGKANTiuM, 6/ (/woc/ DEFECERiT SUD SVLVESTRO, quando i^encHum tcmporalhtm infusum est in ecclcsiam (c'ciil'à-dirc lorsque ConsUnlin ùlit primo Hcco padre) : qnod OMMA VITIA ET PECCATA i7i ccclcsia sunt ; quod IPSI SOLI JUSTE VIVANT. (Kappeicxvous les dc^ix seuls justes, signalés dans Florence parCiacco (E. vi), et les tre rccchi iioinini':! par Marco i^mbardo (cli. xvi du Pc.) : Dieunt quod doctrinaii evangeucah IHsnc nuHus scrvet in Ecclesia prêter eos ; quod ipsi sunt vere pad pères spiritg cl persecutionem patiuntur propter justitiam et fidem. Quod Romana ecclesia sU MERETRix IN APOCALYPSi proptcT supcrfluum omatum, quern ecclesia orientaus non curai (mus-^I que de prostituées dans la Cioniédie depuis la lupa et Sémiramis, dans VEnfcr, Jusqu'à la Syrène et à la courtisane du Purgatoire, Josqu*& Rahab au sein da Paradis.) Dieunt quod Papa sit capot omnium crrorum (auiiementdit le capo reo, le vieillard de l'Ida, d*o(i di^rlvent tous les maux et tous 1rs méfaits de la terre). Quod prœlati sint scribœ et religiosi Pharisœi, Quod Papa et omnes Episcopi sint homicida PROPTER BELLA (commc Ics CaoTsUii e Guaschi avides de sang humain, comme ces pontifes arborant les saintes clefs sur les étendards déployés contre des chrétiens. {Par. xxvii.) Quod DECIMA non sint dandœ,.. Quod clertciet claustrales possessiones non DEBEANT HARERE, ucc pi'œbcndas ; REC Jt'RA REGALiA EPISGOPI et obbatcs. Item, omnem clerum damnunt propter otiutn^ dicente» eos manibus dcbere operari, sicut aposloli feccrunt. Item, quod nullus sit cogendus ad fidbm. Item, de sacramento Ettcharistiœ diciun quod sacerdotcs in mortali non possint conflcerc. (Des prêtres indignes ne pouvant conférer utilement les sacrements, on s*explique les noires couleurs sous lesquelles le poCte ne cesse de représenter le clergé romain, avec la pensée de Pavllir dans Topinion des catholiques, de foire douter ceux-ci de refflcacité de ses prières et de leur doimcr ft entendre que rÉgiise de Rome a eu conscience de Tindignlté de ses ministres, lorsqu'elle a proclamé que les sacrements conférés même par un prêtre indigne n'étaient pas moins elHcaces aux yeux de Dieu.) Item, quod scmel in anno fidèles communicant, hoc reprobant, quiaipsiQUoiiDin communicant. Ilan dieunt quod transsubstantiatio fiât pcr VERBA vuLGARiA.... Item cautum' ecclcsiœ dieunt clamorem infernale v. (Aussi que de clameurs dans l'Enfer catholique !)
Dieunt quod nullus possit absolvi a halo sacerdote. item, Quod bonits laîcus pote»tatem habeatabsolvendi. Item, quod ipsi per uancs impositionem pcccata dimittant et dent spiritum sanctum. (Comme fait saint Pierre à Dante.)
Itemquodecclesi^EKnk\Enny dieunt, matrimoniuu clericis proribendo, cumetiam
ORIENTALES GONTRAHANT.... Item, quod Omjlis laiCUS bonus sit SACEROOS, sicut APOS-
tou laici erant. Item, quod latina oratio laicis non prosit. Item quod omnis laicus et etiam fgemina oebeat pkadicare. (Voilà pourquoi Béatrice monte si souvent en chaire.) Ilan, dieunt quod sacra scrittura eumdeni cffeeium Imbeat in vcl- GARi quam in latino. Item, Testamenti Novi textum et magnam partem veteris vdlgariter sgiont corde. (Étonnea-vous après cela de la science Uiéologiqoe de TAIigliieri.) Itetn decretales et décréta respl'Unt et tmilum inhœrent textut Item, £xcoM-
nUNlCATlONEM GONTEHNUNT. Itcm, INDULGENTIAS RESPCDNT et DISPENSAT 10 NES DERI- DENT,... Legctidas Sanctorum non credunt, item, miracula sanctorum subsanuant, llcm dieunt, quod\homines cogantur ire ad Ecclcsiam; ipsi etiam ficte vadunt,
OFFEKONT, GONFITENTDB , COMMIINICANT, SED TOTUM FICTE. Item, PEREORINANTCR, Ct
CUAWP XXIV. 1113
mètcs, raggiando farte a guisa di comète, Tapparition de ces astres c'iant on présage de ruine pour rois, papes et grands de la terre.
Et, comme dans l'îiorloge on voit chaque rouage, etc.
U. Dante, déjà parvenu anx grades supérieurs, est à même de comparer, en pleine connaissance de cause, Torganisation tempiiôre au mécanisme d'une horloge. Pour lui. Dieu lui-même devient ie grand ressort, qu'il passe sous silence, et dont la grande roue reçoit Timpul-
Lomtfardiam Vitrantes (en Languedoc ou en GaHce), visitant episcopos suos (ce que nous n'avons cessé de i-épéter), etc., etc. (Cap. v, p. 205.)
ifcm, dieunt quod ipsi sint Pateh et Filids et Spiritus Sanctus. Hle enim dicitur Pateb qttl primo intrat sectam ipsorum, FiLius, qui a tali patrc per ipsius prœdicationem intrat sectam ipsorum. Sriritus sahctds, qui est perfectus in secta ipsorum, (On le voit, leur langage symbolique ne reculait devant aucune assimilation.)... Item^ dtcunt Papam caput totios hali (le capo reo, le chef de ces Cretois qui, selon saint Paul, sont toujours menteurs, Ep. ad. TH., {le vieux de l'Ida, le p6rc de Viiifamia di Crcti,) et doctoreai erroris. Item dieunt, sacerdotes factores mm MENDACis. Item, dieunt DiEVB non esse creator muudi (duUnonde visible). Si quaeratur, quomodo Adabi dicaturprotoplastns 7 Dieunt quod fuit primus uouo, quisccundum cos, per création em Dei ex PRiEDicATiONE, primo creatiisfuit, qui primcs FEG1T VOLUNTATEM DEI, CREDERDO SECTJE EORUM. ( Aussl Dante a-t-il (evûtu dans la Comédie le nom et le personnage d'Adam, comme étant le premier ou Vanziano i)armi ses frères de Florence.) Si c'est là un argot» on doit commencer à le comprendre.
Item, RESURRECTION EM GORPORCM HEOANT. (Rappelez-vous les paroles de Salomon à ce sujet. Par, xiv.)
Item, dieunt quod JCDiSUS possit salvari in secta sua sine baptismo. (Reportezvous aux discours de l'aigle, xix et xx du Par.) Item, corpus Dei dieunt esse pu- ROM PAREH. Corpus autcm proprium appellant verum corpus Christi.
Communes opinioncs omnium Catharorum suntg videUeet : quod Diabolus fecerit HONG MUNDUM. (Visible.) Item, quod omnia sacramenta ECCLESiiE nihil prosikt ad sdluiem, et quod non sint vera sacramenta Cbristi, sed deeeptoria et dUibotica.... Item, omnes Cathari neoant garnis resuhrectionem FDTURAH..../r£m, om,nes negant PURGATORICH, etc., cap. VI, pp. 206, 267.
11 n'est pas un de ces item auquel ne puissent se rattacher des passages entiers du poënie, comme aussi à ces extraits du moine de Zigabène, qui existait un siècle avant niiiicri, antérieur lui-même & Dante d'une cinquantaine d'années.
Rcjiemnt omnes tibros mosaicos... Beliquos item omnes qui postea scripti sunt, timquam JHaboli astutia compostti sint. Scptem dunlaxat suscipiunt et cotant, id est psalteriam et librum scxdecim prophetarum cl Evangelium seeundum Matlhœum, àtarcum, Lucam et Joanncm, et scptimum librum quo rcs ab Apostotis çestœ continentîtTj cum omnibus Epistolis etJoannisthcologi ApocalypsL Sapientia cnim, inquiunt, œdiflcavit sibi domum, septemque columnas substiluit. li^ombre de grande vertu, dit ,1'Otiimo.) In repudiundis libris mosaicos et cœtcris subscquentibus cum Paulidanorum hœresi Bogomilcs consenliunt.
Vcneraiulas imagines aspernantur et IDOLA oentium appellant, argentumque et AURUM, et opéra manuum hominum.
Totos sepicm libros quos diximus sic interpretantgr ut eos pervertant, verbaquc dclorqucant a rccldsententid, et suis accommodcnt'jopinionibus. Et quidquid in illis adversus peccatores et impios idololatvas dictum est, ic^ contra nos dictum ASSERUNT ; quidquid autem de amicis Dei , id ad se tradunt , confldenterque ELECTOS ETjcsTos, ET HJEREDES Dei SUOS cssc contcndunt. ()Ln U'ircs d'il ercdum.)
IpscJoanncs habebat vestimenlum suumdepHis camelorum et zonam pellicann circa tumbos suos ; et cibus ejus erant locustœ et met sylvestre. Cameli pilos mosaicœ legxs dieunt esse prœcepta, quœ ipsa quoquc, ut cametus, impurq sit. Zonam vero pelliceam sacrum evangelium interpretantur, quod ovium pellibus insniptum est.
sioii ; celle-ci opère invisiblemeiity guteto pare, sur celles qai la Boivent, comme le Grand-Orient sur les grades successib ; les antres se meuvent plus ou moins visiblement, selon le degré de transmission, de môme que les Maçons, dont l'action est soumise à un mystère moins rigoureux à mesure que le grade est moins élevé. Or, ces Amours, se groupant par rondes ou mieux par loges, se melteut tout à coup en branle, c'cst-à-dirc qu'ils commencent les travaux, selon Tcxprcssion technique. Le poëte peut juger alors à la richesse de leurs bijoux, de lcui*s insignes ou décorations, de la vélocité ou de la lenteur que chacun d'eux doit apporter dans l'action propre à son grade, dalla sua richezza mi si facean stimar veloci e lente. Croirez-vous bien qu'en paradis, les élus aient à se distingner par la rapidité ou
Beatitudines omneê de Bogomilis Chtistum dixisse contendunU Se adm esse ffau' pct*cs sftiritu , et lugebe et csuHre atque sitire justitiam, et quœ scquuntur. Se vocarl sal ta-rœ et mdndi lcceh ; et quidquid de Apostolis Christvs dixit.
Hw'xumque Mosaicœ tegis adhortatioties locttstas appcllant; met autcm sytrtstrt vocatit EvangcUum... Pi'ccuvsort'in enimesscmedimn^atunt, inter anliquam legcm et novam et utriusquc fnisK pavticipem,
Ncque per Uia^osolimam, inquit Ev., jt/rarprii, quoniam etvittis est magni rcgis, MAGNUM REGEH dicunt Hunc esse DiABOLUM (Satan Aleppe) ut mdrdi principem. l. BcspicitL\ inquit Ei\ , volatilia captif quod non serwit ncque metiint, et quœ sequuvt»r, VoLATiLiA cOELi MONACHOS APPELLANT, qui in cotumuis dcgunt , et eirni incrtcm vitam traducant, tamcn a Patrc cœlcstc îiutriuntur, (napp(;lez-\ous les Harpicis) LIMA VEBO CAMPi SE ipsos vocAWT, quod ANIM£ CAîf DORE PCBi siNT, virtutilms ornatU (Vous verrez ces flcurs-là jouer leur rôle h la fin de la Comédie.)
Et acccdonSf inquit Ev., unus scriba dixit ci : Magister, scquar te quocumque ieris. Et dicit ci Jcsits : Vulpcs fvvcjs habcnt et vplucrcs cœti nidos; Filins autcm hominis non tuibct ubi caput reclinct, Vulpes intelligunt morachos, qui in domuncutis angustiSy tanquam in latebris inclusisunt. (Ce renard qui emporte le fond ducbar de Béatrice au cli. xxxii du Pg, serait donc le monachisme ? Ce qui nous mettrait sur la voie pour interpréter l'allégorie mise en œuvre dans notre vieux roman du Renard. 11 faudrait alors y voir les alternatives de lutte et d'entente amicale dont le clergé et la noblesse féodale donnèrent si souvent le spectacle au moyen âge, et dans lesquelles, aiui ou ennemi, maître Renard Unissait toujours par mettre à mal le féroce Isengrin, constamment dupe des bonnes malices de celui qu'il avait tour & tour pour ad vcrsaire et pour allié.) yolaiiiia cœli eos, exisfimant qui in columnis titam degunl, ut antc diximus, apud quos Christus omnino non habitet, eum illics presentia sunt inoigri. (Max. Bibl. vet. PP. XIX, p.p. 220, 223, 224 et suiv.)
Ces deux auteurs ecclésiastiques antérieurs à Dante, l*un d'un siècle et l'autre de plus de cinquante ans, se trouvent ainsi avoir commenté sa Comédie par anticipation , et nous fournissent, à l'envi l'un de l'autre, de précieuses lumières pour l'interprétation de son langage symbolique ; aussi n'en avons-nous pas Uni encore avec eux. Nous sommes, on le voir, un eflronté plagiaire ; non-seulement nous avons volé Rosettl, comme l'affirnie le sigjwr Atto Vanucci, en reproduisant son système^ au dire de M. Sébastien Rbéal iliiog, univ.y Didot, art Dante), mais nous poussons l'audace jusqu'à piller sans remords d'anciens docteurs, de RR. PP. inquisiteurs et même de doctes historiens modernes, comme MM, SchmitU et Mattcr. Ces derniers du moins ne nous en voudront pas de leur avoir volé|une découverte qui, certes, ne leur eût pas échappé si leur attention se fût portée sur la l>ivi>ie Comédie» Par malheur il n'en est pas de même de ceux qui, censés l'avoir étudiée, ont prononcé à son sujet de si étranges Jugements, et se sont fait ainsi une célébrité quelconque. Oh! ceux-là nous garderont longtemps rancune; mais soyex tranquilUs, ils ne souffleront mot; bien plus, ils feront faire silence autoar,d*eux. Eai«ce qu'il faut ébiuiter de pareils scandales? Fi donc I Est-ce qu'ils étudient l'argot T
la lentear de leor danse, dont témoignerait le plus on moins de richesse de leur costume officiel?
Elle tourna trois fois autour de Béatrice, etc.
5. D'une de ces rondes ou loges, que le poète avait remarquée h raison de sa beauté supérieure, ch' to notai di piii bellezza (il n'a garde de nous dire qu'elle tournât plus rapide, car alors toute sa comparaison serait à néant et adieu Thorloge maçonnique) il voit sortir un feu, fuoco^ plus rayonnant que tous les autres du bonheur des élus, pià chiarezza, et dont le nom nous sera bientôt révélé. Ce bienheureux feu vient, à Béatrice et tourne trois fois autour d'elle, en chantant ses louanges sans doute; mais son chant est trop divin, divOy ou trop compromettant, pour qu'il lui prenne fantaisie de le rc dire, la miafantazia nol mi ridice. En conséquence, la plume fait comme le poëme consacré à l'exaltation de l'albigéisme, sagraio ^oerna; lorsqu'il y a trop grand péril en la demeure, il lui faut sauter aussi, 5a&a iapenna. Mais qu'importe? si le |)oete n'ose faire bénir par paroles sa foi Béatrice au nouveau personnage, il la lui fait bénir en action, et il va mCme trouver le moyen de la lui faire couronner par représentation.
..,• QiUe 'pour tes retracer La bouche ose parler, la couleur est trop vive,
6. La couleur serait trop vive, vous l'entendez, s'il exprimait ce qu'il pense. Les plis de cette draperie qui lui sert à voiler son Isls, cotai pieghe, venant à s'effacer entièrement, et les teintes sombres servant seules à accuser les plis, l'étoffe deviendrait tout à fait transparente; alors adieu toute illusion. Quelle orthodoxie que celle sur laquelle il faut accumuler cotai pieghe, équivalant à tanta sottilitade, pour rottimo, qui nous explique comment, si la couleur des plis avanzasse in chiaritàde la veste, non farebbe pieghe anzifarebbe délia vesta piega c di se superficie, ce qui serait, ajoute-t-il, contre l'intentiou du peintre !
O sainte sœur, de qui V ardente piété, etc.
7. C'est un frère en religion, un frate, qui s'adresse à Béatrice, et afin que cela soit bien compris, il lui donne le nom de suora affecté aux religieuses (*). Aussi est-ce l'ardent amour, V ardente
'{*) «Les Parfaits et Parfaites se donnaient entre enx les noms ûc frère et de soncr.
1116 Li: PARADIS.
affetio, manifesté dans sa dévote prière, qui l'a déterminé à sortir de la belle ronde dans laquelle il figurait, comme Vénérable sans doute, pour venir lui parler.
•,..ÈitmtXU Splendeur Du grand Apâlre auquel laissa Notrc-Seigneurt ete.
8. Ce Vénérable est donc saint Pierre en personne, le grand clariger céleste, c'est lui qui vient de rendre hommage à Béatrice, eu tournant trois fois autour d'elle; proclamant ainsi la sainteté, la pureté de cette foi personnifiée, de cette philosophie multiple, de cette théologie |)arfaite dont Tcssence est restée si longtemps un mystère {*).
Daigne questionner à ton gré sur la foi^ etc,
9. Les Vaudois et Cathares étaient hérétiques sans doute, quoique
{ArclL de Cinq, de C'a/vott., 1203, Doat., xxiv, r* 19 et suiv.) Schraidt, il, 96^ «Taoïùt les ParfaiKfS habitaient seules, tan I Al plusieurs dVntre elles vivaionC ensemble dati&dn maisons Gonunun es (ainsi PIrcarde, ch. m), s'occupant de travaux manuels, ou de l'éducation de jeunes filles, ou bien aussi du soin des malades et des pauvres. Elles avaient aussi le pouvoir d'administrer le consoUimcntum en des cas cxtrômes. On reiâcbaii quelquefois pour elles la règle austère qu'ell«s avaient dA s'imposer, et pourvu qu'elles s'engageassent h recevoir de nouveau le consolcment avant leur mort, on leur permettait de rentrer dans le monde. ■ (/d., iMd.) Ainsi Piccarde n'eut pas d'autres dispenses à obtenir et en fui quitte pour cet engagement; comme la parfaite Adélald<^ femme du rhcvalîer AIzicu de Ma$t>abrac. ( Atrh. de l'inq. de Carcass.^ 12^13, DoaL xxiv, f 203 et suiv.)
« Il est remarquable, dit Sdimidt. i, 190, que dans les provinces où fleurissait la Gaie science des troubadours, et oii le service des dames était une des principales veitus chevaleresques, on voyait tr^s-souvent les femmes renoncer au monde pour se vouer au dur ascétisme de la perfection cathare. ■ {Arch. de Hnq» de Careass., xxiv, 241.) La chose est remarquable en effet, mais n'a rien de surprenant, la Gaie science de l'Amour, opposée & la triste religion de haine étant tout autre chose qu'une doctrine littéraire, comme on Ta cru jusqu'ici, et se proposant pour but de faire biillcr aux regards des croyants la lumière de la religion de vérité^ destinée précisément 5 les conduire au salut en faisant d'eux des Parfaits. C'est ainsi que la chevalerie, d'origine toute sectaire, a pu se greffer à force de patiente habileté sur la société catholique. IVien de plus évident désormais. On n'en continuera pas moins de débiter sur la chevalerie, ceue pépinière de Parfaits, les plus doctes billevesées, et les couronnes académiques de pleuvoir sur messieurs tels et tels faisant pa'uvc de mémoire et de discipline universitaire pour avoir si bien retenu les leçons de messieurs tels et tels.
(*) ■ En jetant un coupd'œil sur l'ensemble du système cathare, on reconnaît qu'il veut être à la fois une PiiiLOSOiniE et une relicion, une métaphysique et un cii/lc, une doctrine pour l'inielligence et un guide pour la rie. • (Scbmtdt, Uist. des Caih,, II, 167.) Il est impossible de mieux résumer les divers caractères do la Béatrice dantesque. « Considéré au point de vue philosophique, le Catharlsme est le résultat d'une spéculation imparfaite sur les rapports entre Dieu et le monde, entre le bien et le mal. Dans cetie spéculation, basée sur un fond éminemment païen, rien n'est abstrait, tout y prend immédiatement une forme sensible, et l'imagination de ses partisans, plus puistante que leur raison, l.'a enrichie de personnifications i\i de fables qui donnent à plusieurs de m.s parties tous les caractères d'une vériiublc mythologie, etc. • {Ibid.) il y a beaucoup <ie vrai dans cette appréciation quoiqu'on puisse y signaler quelques eneiirs dans les parties que nous supprimons pour abréger, ^0lls la lecommandons à M. Fc. Morin.
chrétiens, les Templiers aussi à notre avis, comme pcuUêlre aussi les Maçons de nos jours, quoique beaucoup d'entre eux fort innocemment et sans le savoir. Issus des gnostiques, qui prétendaient remonter aux apôtres, et avoir recueilli d'eux, par une tradition non interrompue, la véritable doctrine du Sauveur, ils devaient avoir saint Pierre et les autres disciples de Jésus-Christ en non moins grande vénération que les catholiques. A leurs yeux, saint Pierre avait fondé TÉglise romaine, dégénérée, pervertie par ses successeurs, et cVstbien comme premier apôlre du Sauveur, comme institué par lui chef de son Église, que le fait intervenir Daiile, chrétien sincère, ainsi que le proclamait M. de Lamennais, sans se douter qu'il le fût jusqu'à la perfec» tion. C'est comme tel que Béatrice s'adresse à lui, afin qu'il ait h s'assurer que son fidèle est bien réellement un fils de la primiiive église, si différente de celle des Papes. Un examen approfondi, complet sur le dogme, n'aurait pas tardé à révéler la dissidence, aussi l'adroite Béatrice, qui tient à conserver pour elle-même et pour son protégé le déguisement catholique, entend-elle ne faire porter l'épreuve que sur les points où les deux églises rivales sont à peu près d'accord. Elle invite donc saint Pierre à interroger Dante sur la foi, la première des 0 trois colonnes sur lesquelles s'appuie le Temple, » en lui disant qu'il n'ignore pas à quel point le récipiendaire, aime, csl)ère et croit, puisqu'il le voit en Dieu, dans le triangle lumineux contenant l'iod hébreu, comme aussi dans les peintures symboliques si transparentes dont il a orné son Paradis, h l'instar de la loge des Rose-Croix ; '/ viso hai quivi dove ogni cosa dipinta si vede^ tes regards se portent sur tout ce qu'on voit peint ici, ce qui t'en apprend assez. Il n'y a pas là d'idolâtrie, car ce sont des symboles que nul n'est tenté d'adorer.
Mais la foi véritable, au royaume céleste, Faisant les citoyens^ etc.
10. La foi étant une des trois conditions nécessaires pour élre admis dans le Temple, comme citoyen delà nouvelle Jérusalem , il est bon que le récipiendaire s'explique à ce sujet.
Ainsi que d'argxwienls s* arme le hachelier, elc,
il. Dante n'aurait pas eu à s^armer de pied en cap pour faire sa profession de foi et se trouver prêt à ré|X)ndre à un tel examinateur, a tal quercnte, s'il n'avait eu à redouter de donner prise par ses ré-
ponseB aux soapçonsdont il était TobjeL Ge fot même* sans doote, afia de coaper coart aoi accusations dirigées contre lui, qn'il imagina ce magnifique épisode, dans lequel il put parler tout à la fois le langage de r^glisc romaine et celui du Temple. En veut-on la preave écrite, la preuve contemporaine? La voici, dans le texte original de rotUoio: È (la sapere cite quelle che masse l'Auiore a volere trattare qid de' punti dcUa fede chrxsiiana cosi in singularitade ^ si fu la invidia di IfOLTI MORDITORI, iqiiali non intendendo lostile, nel mododelsuo parlare poeiico,in ALCUNA parte li le opponeano a resia. Ce fat U certcsunconpdemaîtrcdesapartetquidut bien attraper les méchantes gens qui, ne comprenant pas les ressources de son style poétique, l'avaient accusé d'hérésie en certains points, autant par envie que par ignorance. A notre avis, pourtant, ces méchantes gens-là ne laissaient pas que d*avoir d'assez bons yeux, ou peut-être, comme le P. Hardouin, signalant dans la Comédie, Tœuvre d'un disciple de Wicleff, ne faisaient-ils que flairer l'hérésie dans cette œuvre admirée et la damnaient-ils d'instinci. Mais leur tort réel était de lancer contre le poète une accusation alors capitale, ce qui est toujours une mauvaise action . Nous ne nous arrêterons pas à ces expressions de Baccellier et de Maestro, équivalant si bien aux dénominations de récipiendaire ou de candidat et à celle de maître, dans les réceptions maçonniques; nous avons hâte de jeter un coup d'œil sur le lieu de la scène.
« Le ciel étoile, où nous nous trouvons, peut être comparé, écrit Dante, à la physique, pour trois propriétés, et à la métaphysique, pour trois autres ; à la physique, 1° par les chases visibles qu'il nous montre dans les étoiles et dans Galaxie, appelée le chemin de Saint- Jacques ; 2** pour le pôle qu'il nous laisse apercevoir en tenant l'autre caché, Caitro citiene ascoso; 3° pour son mouvement visible d'Orient en Occident, tandis que le mouvement en sens contraire est imperceptible. De plus, les sages d'Egypte ont signalé mille vingt-deux corps d'étoiles, ce qui constitue une très-grande ressemblance avec la ph}sique, si l'on y regarde subtilemetu ; car le deux exprime le mouvement local, qui se fait de nécessité, le vingt, le mouvement d'altération ou de changement, le miUe, le mouvement de progrès, del crescere, et la physique ne montre que ces trois mouvements, questitre motisoli mostra lafisica. Ce ciel a, de même, une grande ressemblance avec la métaphysique, r à cause de Galaxie, blancheur résultant d'une multitude d'étoiles que nous ne pouvons discerner, et dont nous n'avons conscience que par leur effet, de même que nous n'acquérons l'intelligence des substances premières dont traite
la métaphysique, que par leurs effets; ^'^ à raison du pôle que nous ne voyons pas, et qui signifie les choses immatérielles dont traite la métaphysique; 3** enfin son mouvement presque insensible d'Occident en Orient, à raison d'un degré en cent ans, lui fait signifier les choses incorruptibles CRÉÉES en premier par Died et dont traite la métaphysique. » {Conv. ii, 15.)
Afin de jeter quelque lumière sur ce commentaire si ténébreux du pocme, et sur des rapprochements si laborieusement amenés, nous commencerons par faire remarquer que tout y procède par trois, racine de neuf, ce nombre si cher à Béatrice-Trinité {voy, la Viia nuova), et que dans ce ciel étoile, qui comporte à la fois les choses visibles et celles qui ne le sont pas, le blanc et le noir, le pôle appa* rent et le pôle caché, les trois mouvements, local, d'altération et de progrès, ce dernier essentiellement visible, et procédant d'Orient en Occident, les personnages visiblement mis en scène, vont figurer de même, au nombre de trois, et symboliser la foi, l'espérance et la charité, ces trois mouvements invisibles de l'âme, attendu qu'il est dit dans la deuxième épître aux Galates : Jacobus et Cephas et Joannes qui videbantur columna esse.
Ouvrons maintenant les livres et les cahiers maçonniques des héritiers du Temple. Nous lisons d'abord (p, 133 du Tuileur de Vil- Itaume) : « Dans le rite écossais, on ne connaissait anciennement que le grade de chevalier Rose-Croix de Kilwinning et d'Hérédom (lisez Heredum), » Voici maintenant la décoration de la loge de réception : « Premier appartement, trente-trois (deux 3) lumières de cire jaune par trois groupes de onze; à l'est, au sud et au nord, trois colonnes sur lesquelles est inscrit foi, espérance, charité; au fond de la salle, toute tendue de noir, trois croix, celle du milieu portant au centre la rose mystique entourée d'une couronne d'épines. » — Dans Light on Masonry, p. 223, la décoration est la même : sur un calvaire, trois grandes croix ; au bas du calvaire, un tombeau ; trente-irois bougies dans trois chandeliers à onze branches chacun. Trois colonnes de six pieds de haut (deux fois 3), dont le cliapiteau porte, en grandes lettres d'or, foi, espérance, charité. Le récipiendaire (p. 220) doit se procurer trois paires de gants, dont une de femme, et deux bâtons de cire fine, for the scals (pour sceller fes traités d'alliance); il doit, en outre, présenter à chacun des frères une paire de gants d'homme et une de femme, avec deux bâtons de cire à cacheter. Ceux-ci doivent porter, sur leurs habits blancs, une chasuble de satin blanc bordée d'un large ruban noir avec une croix
rouge, faîte comme la chasuble qu*ua prêtre catholiqoe porte sur Faubc, ca célébrant la messe, as the chasuble of a catholic priest, p. 223.
Le deuxième appartement doit offrir, à son extrémité orientale, un transparent représentant la résurrection de J.-C, Sauveur do genre humain, surmonté d'un triangle brillant entouré d*unc gloire. 1^ troisième appartement doit représenter, en tableaux peints sur des transparents, toutes les horreurs attachées à l'idée de V Enfer, Avant Touverture des travaux, deux surveillants, warden,\oui s'assurer que le chapitre est bien couvert, ce qu'ils font en demandant à la ronde, in rotation (aussi que de rotations, giri, de toutes nos Ardeurs), le signe, l'attouchement et le mot. Cela fait, le Grand-Maître demande : « Quelle heure est-il? — Celle où le voile du Temple fut déchiré (les Templiers trahis), où les ténèbres et la consternation couvrirent la terre, où les étoiles disparurent et le flambeau du jour s'obscurcit; où les outils de la Maçonnerie furent perdus et où la pierre cubî(iue sua l'eau et le sang. Celle enfin où le grand mot maçonnique fut perdu. »
Le souverain chapitre est ouvert alors pour se livrera de nouveaux travaux, dans le but de retrouver le mot perdu, de hâter la propagation de l'Ordre et de procurer LA perfection à un chevalier d'Orient (afin d'en faire un Parfait, un Cathare). Lorsqu'une fois le récipiendaire a satisfait aux conditions requises, il est mis dans la salle de réflexion, puis, le maître des cérémonies l'ayant décoré des insignes dudernier grade qu'il a obtenu, il lui dit : a Tous les Temples sont démolis ; nos outils détruits avec nos colonnes, le mot sacré est perdu, malgré toutes nos précautions, TOrdre en général est dans la plus grande consternation. Voulez-vous nous aider à retrouver le mot? — Très-volontiers. — Suivez-moi. »
£n arrivante la porte du chapitre, le f. * . surveillant demande : Que voulez-vous? — C'est un frère chevalier d'Orient et d'Occident qoi, errant dans les bois et les monts, a perdu le mot, à la destruction da SECOND Temple, etsoUicite humblement votre aide pour le recouvrer. La porte s'ouvre, le candidat trouve tous les frères désolés et le Grand- Maître lui dit : Mon frère, la confusion s'est mise dans nos travaux, il n'est plus en notre pouvoir de les continuer ; vous devez apercevoir, à nos regards et à notre consternation, que la confusion règne sur la terre. (Babel, la confusion des langues. Voy. De vulg, elotf-, p. 387 des RévcL) Sur la déclaration du candidat, qu'il est prêt ù contribuer de tout son pouvoir à retrouver le mot {Verbum, la parole véritable,
transmise par la tradition gnostique), il est admis, à la condition de travailler trente-trois ans, pour apprendre les beautés de la loi mmvelle (de la Vie nouvelle). Chaque fois qu'on le fait passer devant les trois colonnes, il répète les mots Foi, Espérance, Charité, qui y sont tracés. On lui demande ensuite : «Qu'avez- vous appris dans votre voyjige? — J'ai appris gratis vertus, pour me guider h Ta venir. Foi, Espérance, Charité; en est-il d'autres?— Non, elles sont le principe et les colonnes de notre nouveau mystère, — Engagez- vous à ne jamais vous départir de cette foi, » Lorsque le récipiendaire a prêté serment et reçu le costume et le bijou du grade (nous aurons bientôt à le décrire), les frères se lèvent en faisant le signe du bon pasteur. (Le Manuel de Villiaume nous apprend, pp. 133 et suiv., qu'il consiste à se donner réciproquement le baiser fraternel, osculum fraternitatis, comme nous l'avons vu ch. xxvi du Purg,) On lui déclare alors que le mot est perdu, the true word, et que, pour le retrouver, il faut avoir au cœur la foi, Vespérance et la charité. Il doit donc se mettre en quête du mot perdu, et, pour cela, on le dépouille de sa chasuble et de ses ornements, qui sont remplacés par des habits noirs souillés de cendre et de poussière, en signe à^humiUation (aussi combien d'humilité chez la Béatrice de la Vie nouvelle l). On le fait passer dans le troisième appartement, dont il a à faire trois fois le tour , et où on lui montre la représentation des tourments des damnés , showing him the représentation of the torments of the damned (rappelez-vous, au xxx** ch. du Purgatoire, ces mots de Béatrice : Tutti argomenti alla salute sua ei^an già corti, fuor che mostrarli le perdute genti, etc.). Après ce voyage en Enfer, le Vénérable donne ordre de l'introduire à l'orient du chapitre et lui fait subir cet interrogatoire : D'où venez-vous? — De Judée. — Par où êtes-vous passé?— Par Nazareth. —Qui vous a conduit?— Raphaël. —De quelle tribu êtes-vous? — De Juda. — Prenez les initiales de ces mots LN.A.I. — Mes frères, s'écrie le Grand-Maître, le mot est recouvré, donnezAux la lumière, et on lui enlève son bandeau. Le nouveau Rose-Croix donne alors le mot de passe, qui est Emmanuel (nom sous lequel la prophétie désigna le Messie et auquel on répond pax vobis, comme Dante répondant pace). On lui demande où il a été reçu chevalier et prince de la Rose-Croix, il répond : Dans un chapitre où régnaient la décence et V humilité (chez les Parfaits, assistant au consolement, cumreverentia magna, Ecbert. 911). Qu'avezvous vu en y entrant? — Mou âme fut en extase à la vue de nos ineffables mystères et du silence qui régnait dans la loge (voilà
pourquoi si tace in questa ruota la dolce sinfahia di Paradiso, xxi). — Que s'est-il fait après? — On iD*a fait travailler trente-trois am (âge du Sauveur lors de sa passion). — Qu*avez-vous appris dansTOs voyages? — Le nom des trais colonnes qui soutiennent notre édifice, et que ce sont les trois grandes vertus qui sont le fondement de ce grade, etc.
Le Grand-Mattre demande : Quelle heure est-il? — Celle où le mot a été recouvré, où la pierre cubique s'est changée en Rose mystique (Étonnez-vous, après cela, que celui à qui le Christ a dit : Ta es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église, devienne, sons la baguette maçonnique du poète, un chevalier Rose-Croix), où rÊTOiLE FLAMBOYANTE apparut dans toute sa splendeur, où nos autels reprirent leur forme ordinaire, où la vàitablc lumière dissipa les tcticbres, où la loi nouvelle devint visible dans toutes nos œuvres, etc. Le Grand- Maître se lève ensuite et donne le baiser à tous les cheTalicrs en leur disant paix profonde, et ils lui répondent paix. Puis, lorsqu*il les a congédiés eu leur disant : Allons en paix, mes frères, prendre la réfection que réclament nos travaux, les princes Rose-Croix mettent leurs souliers en pantoufles, wear their shoes in the fmm o[ slippers (*).
« Le BANQUET, la seule cérémonie de table en usage dans les chapitres de Rose-Croix, est d'une nécessité indispensable, attendu qu*i! est la commémoration du repas que notrd Sauveur donna dans EmmaUs lorsqu'il se fit connaître à ses disciples, après sa résurrection. (Ce banquet étant de nécessité absolue, Dante pouvait-il se dispenser de donner son Convito?) Le très-sage couvre la table d'une nappe blanche et met dessus un morceau de pain blanc, au centre d*UD triangle formé de trois chandeliers, portant des bougies allumées. Il prend des baguettes de six pieds (figure du bourdon des Apôtres), et les présente au candidat qui en remet une à chaque chevalier, puis tous prennent place autour de la table, la tCte découverte, à Fexception du Maître, qui met son chapeau après la prière. Cette prière prononcée il rompt le pain (ce pain des Anges dont Béatrice sollicite les miettes pour son fidèle, o sodalizio eletto alla gran cena del benedetto agnello), en prend un morceau et passe le reste à sa
(*) A l'Imitation des apôtres qoi anaient pieds nus, êeaUi^ et des intabbatatU non donné aux Vaudois, dit Bossuct, c & cause de certains souliers d'une forme particulière qu'ils coupaient par-dessus, pour faire paraître les pieds nus ; et ils affectaient cette chaussure pour marque de leur pauvreté a|)ostolique. {Ui$t, des Far., p. 541.)
droite. Quand tons sont pourvus, chacun mange le sien {*). EnGn le dernier chevalier admis apporte un gobelet de vin qu'il dépose au milieu de la table. Le Mailre le prend et lorsqu'il a fait le signe de Rose-Croix, il en boit une gorgée, et le passe do même à la ronde, jusqu'à ce qu'il lui soit revenu. Mettant alors un genou en terre avec tons les chevaliers, il jette dans le feu ce qui est resté du vin, puis tous se lèvent, le Maître donne à chacun le baiser, en disant : La paix soit avec vous, et tous -se retirent après avoir relevé les quartiers de leurs souliers. (Voy. Ligth on Masonry, pp. 220 et suiv. jusqu'à 231.) Dans certaines loges, le Maître allume un petit papier sur lequel est tracé INRI, le met dans la coupe vide où il est consumé, puis après avoir fait le signe, il s'écrie : Consttmmatum est. (Ibid. p. 322.)
Telle est, résumée autant que possible, quoique bien longue encore, lacérémonie de réception d'un chevalier Rose-Croix. Nous connaissons donc maintenant dans son essence ce qui constitue la métaphysique du huitième ciel, de ce ciel étoile qui suggéra à Dante tant de bizarres rapprochements, hérissés de toute Férudition propre à en obscurcir la signiûcation. Voilà ce qui était invisible ali xiv^ siècle ; voilà le pôle caché aux profanes, et sur lequel tant de nuages avaient été accumulés, qu'il nous a fallu y regarder subtilement^ selon le conseil du docte théologien albigeois, pour parvenir à le découvrir. Une fois ses mystères percés à jour, il nous sera plus facile de nous reconnaître dans ce que ce ciel comporte de visible, en suivant le poète dans les trois chants qu'il lui a consacrés, fidèle qu'il a toujours été au nombre trois, comme à sa dame et à sa religion d'Amour. Passons donc maintenant à la physique, au pôle apparent et aux choses qu'il a bien voulu nous rendre visibles à l'aide des trois personnages auxquels il va donner la parole.
. (*) «De même qae les Cathares faisaient correspondre le Consolamentum au baptême des catholiques, ils avaient un usage qui devait rappeler la sainte Cène et qu*lls appelaient la bénédiction ou ta fraction du pain» Cet usage se pratiquait à chaque repas anquel assistaient des Parfaits. Des morceaux de pain, béni par le plus ancien d*entre eux à défaut d'un ministre, étaient alors distribués à tous les assistants, qui rappelaient le pain de Dieu ou le pain de la sainte oraison- L5 où les Parfaits pouvaient visiter souvent les fidèles, ils leur bénissaient du pain en assez grande quantité pour qu'ils pussent en manger tous les Jours. Dans les temps de persécution, cet usage dut se modiûer ; on ne mangeait alors du pain bénit qu'aux occasions solennelles, surtout aux fâies de Noél et de Pâques. Des messagers fidèles le portaient dans les villes et dans les villages aux croyants et ceux-ci le conservaient religieusement dans des cassettes pendant des années entières. » {Lib. sent, inq. ToL 29, 30, 112. Eymerlcus, 274. Arch. de Vinq, de Care. Doat, xxin, r» 204b.) Schmidt. ii, 130. Cest ainsi que pour Dante le pain de Dieu était devenu le pain des Anges,
Fais-toi ecnnatlre à nout pour un Chrétien fidèUt fie-
12. Tous ceux qui confessent le Christ ont la prétention d*ôtrede bons chrétiens^ à quelque secte qu'ils appartiennent, la question de saint Pierre laisse donc à Dante une latitude complète. Il Taorail bien autrement embarrassé s*il l'eût posée ainsi : Fais-toi connaître pour catholique romain. Sachez donc que les Parfaits se donnaient entre eux ce titre de bons chrétiens équivalant à bonshommes ; ainsi pour demander la bénédiction, à la fin du service religieux, les croyants disaient : « Bons chrétiens, recommandez-nous à Dieu, priezle qu'il nous accorde une bonne fm et qu'il nous donne de ses grâces. > {Arch. de l'inq. de Toulouse, 273, Doat xxv, fol. 117-19; LÀber sent, inq. Toi. 29.) Lors donc que saint Pierre appelle Dante buon christiano, il le signale aux siens comme Parfait ou ministre de la fui évangélique (*).
Ayant tourné les t/eux, je vis un signe prompt, etc.
13. Cette fui doctrinale, à laquelle il a recours pour répondre à l'interrogation, a en elle trop d'habileté |K}ur ne pas l'engager à déployer tout ce qu'il a de science en théologie, agua deiV intemo fonte, afin de donner le change aux malveillants, mordiiori de l'Oitimo.
Fasse la Grâce , qui me vaut cet avantage^ etc.
16. C'est aux niorditotn qua Dante dut en réalité la grâce qu'il se procura d'être examiné sur la foi par le premier chef de l'Église ; mais s'il avait ii cœur d'exprimer des pensées en harmonie avec le dogme catholique, faccia U miei concetli esser espre$si\ c'était à la condition de réserver par devers lui celles qui pourraient s'en écarter essentiellement.
La foi de ce qu'attend Vespoir est la substance, etc,
15. Rien de plus habile et de plus orlliodoxe tout ensemble qucde répondre à cette demande du saint Primipile, qu'est-ce que la foi ?
(*) «Quand on lirait reçn le Consolamrnlum, on éiatt considéi^ comme Parftdt, nom par lequel la scclc dësignail ceux qui avaient reçu rimpnMtion des mains. Pour cette raison, indépcndammcni du nom de Cathares ou Purs, on les appelait au^si les À mis de IHcUy les Bonshommes, les Bons cimËTiENK. ■ (Manst, xxii, 157; Poir. Val. Gern. SM; Add. ft Ilcin. ap. (iieisor, 31. Aci. tnquis. sou^enl; Lib, sent, Inq. Toi 23, 105, ISl ; G. de Puy-l^ureus, 008.) Sctiinidl, ii, 91.
par la définition textuelle- de soa bieii-aimé frère saint Pan), dont les Albigeois ne récusaient pas plus Tautorité que celle des autres apôtres : Est fides speraîidwum substantia rerum^ argwnenlum non apparentium (Heb., XI, i), la divergence ne commençant entre les orthodoxes et les hérétiques qu'à l'interprétation de certaines parties des évangiles; les derniers soutenant que Rome s'était singulièrement écartée du buon fUo dans lequel Tavaient mis saint Pierre et saint Paul.
Sif toulefoùj tu sais en même temps comprendre, eic,
16. Saint Pierre qui doit se douter du stratagème, puisqu'il voit tout en Dieu, ce qui pourrait même le dispenser de pousser plus loin Texamcn, veut naturellement savoir si le candidat a la saine intelligence du texte cité.
Je répondis : — Ici tout ce que mon œil sonde De mystères profondst d'arcanes étemels, etc,
17. Les choses mystérieuses qqi m'apparaissent ici, dans ce ciel des Rose-Croix, sont profondément cachées aux profanes, comme l'aUropoloche {lenciuco^o; n'existant que dans la seulecroyance albigeoise, sur laquelle se fonde la plus haute espérance, elles y sont subs* tantiellemcnt, fesser loi' di sustanzia vi prende intenza; c'est sur cotte seule croyance albigeoise qu'il faut baser ses arguments, da qucsia credenza ci conviene siilogizar^ sans regarder du coté de l'Église catholique, sema alira vistcu Et voilà comme l'esprit et la lettre difTércnt constamment dans tous le cours du poème sacré. Essayez donc de faire dire ainsi le pour et le contre dans le cours de quelques mille vers à tout autre écrivain, s'il n'appartient piis à la môme école.
Les sophistes confus auraient la bouche close.
18. Saint Pierre aurait bien le droit de ne pas se payer de pareille monnaie, mais celui que le poète évoque ici pense un peu comme lui au fond, et il approuve complètement une réponse conçue dans la forme scolastique la plus irréprochable, de façon à satisfaire à la fois et Rome et Toulouse. Les sophistes du catholicisme perdraient leur /oi in^ s'écrie- t-il, en adoptant à son tour celui de Dante, il sua latino, si tout ce qu'enseigne la doctrine évangélique,e/oan>ia^ était compris
comme tu le fais, c'est-à-dire en bon pauvre de Dieu, on en bon chrétien, cpmme on appelait les croyants.
Mais, dis-moi, dan» ta bourse ett- elle juste aussi, eie.
19. Nous trompions -nous quand nous avancions que le saint Pierre qui s'exprimait ainsi, ne diiïérait guère au fond de manière de penser avec le po(5te? Dante n*en fait-il pas ici un amour embrasé, amore acceso, pour donner à entendre qu*en réalité il faut voir en lui le Primipile des fidèles d*Amour.
Or, le saint Pierre que nous disons affecte de douter que la réponse du fidèle Âligbieri, irréprochable à l'analyser et à la peser, lega e peso, soit précisément conforme en tout à sa manière de penser, et que la monnaie cspotiée be diffère pas jusqu'à un certain point de celle qu'il garde en poche, nella sua boi^sa. Il est des gens qui se flattent d'attraper le bon Dieu, à plus forte raison les saints; mais le double sens que nous avons signalé ne pouvait échapper à la pénétration d'un Bienheureux.
.... Si nette et si ronde QAieje n'ai sur son coin nul doulCf Dieu merci,
20. Dante peut en toute conscience, au moyen d'une restriction mentale excluant le sens littéral, affirmer que sa réponse, entendue dans le sens qu'il a voulu lui donner, ne diffère en rien de ce qu'il pense, et que son esprit, où elle se formule nettement et complètement, lucida e tonda, n'a aucun doute sur sa valeur, attendu qu'il a eu soin de la frapper au coin orthodoxe, nel suo conio nullamis'in' forsa, si bien que messlre Néant, nuiia, en sera dupe.
.,.,D'où te vint Ce joyau précieux, sur lequel, dans le momie, etc.
21. D'où provient i)our toi cette foi précieuse, gioia (mot qui signifie aussi joie et par suite Gaie science), sur laquelle se fonde toute vertu, attendu qu'elle est une des colonnes du Temple !
,.,.La large pluie où daigt^ V Esprit saint Se répandre sur Vune et sur Vautre écriture, etc,
22. Rien ne saurait égaler l'habileté de cette réponse : L'Église interdisait aux fidèles la lecture des livres saints et, autant qu'elle le put, elle en empêcha la traduction en langue vulgaire. Toutes les
Bibles en proveoçal furent recherchées et détruites après la croisade albigeoise. |Kn proclamant que la foi dérive pour lui des saintes Écritures, Dante indique suiEsamment que leur connaissance est indis^ pensable pour croire et avoir la foi ; que Tabondante rosée de PEsprit- Saint ne saurait féconder que la raison éclairée par la lecture et par la méditation ; aussi voyons- nous que le candidat an grade de Rose- Croix est rais dans une chambre de réflexion tendue de noir, où il trouve une bible ouverte sur une petite table, avec une chandelle allumée ayant pour support une tête de mort {LightonMaso7iry^22h.) Non-seulement donc le poëte déclare ici avoir été dans la salle de réflexion et avoir fait son profit de la lecture de la bible, le vecchie e le nuove cuoje, mais que sa raison, y a puisé des arguments si saisissants, que toutes les démonstrations faites chaque jour du haut des chaires catholiques lui ont paru sans valeur aucune, ottusa. Qu'on veuille dune bien réfléchir qu'à cette époque le dergé catholique seul avait le droit de démonstration, que seul il pouvait expliquer le livre de vérité, et cela sous peine de mort pour les contrevenants.
.... Ces cBuvres que n'eût su La nature, en battant le fer sur son enclume, etc,
23. Les hérétiques admettaient un certain nombre de miracles, ceux de Jésus-Christ notamment, et encore en les interprétant souvent dans uu sens symbolique; ils en rejetaient beaucoup parmi ceux qu'adoptait TÉglise romaine. Le poëte trouve ici moyen de ne pas s'expliquer sur un sujet si délicat ; il aiïecte d'admettre les miracles en général, mais il a soin de tenir les exceptions en réserve; bientôt même il va se montrer disposé à faire bon marché des miracles euxdiêmes.
.... Dis, qui fteut t'asswrer Omc ces œuvres aient bien existé? etc.
24. Qui t'a prouvé que les œuvres mentionnées dans l'Écriture fussent vraiment miraculeuses? reprend saint Pierre, qui pousse son homme au bouton. Personne n'en vient porter devant toi témoignage sous la foi du serment Ces paroles de saint Paul ayant produit l'effet désiré, le rusé candidat emprunte le fameux argument de saint Augustin dans sa Cité de Dieu, ch. v, argument qui dans sa bouche revient à dire: Je fais assez peu compte des miracles en général; celui don t je suis frappé, et qui ne sort pasde l'ordre naturel, c'est l'éta*
blisseraent da cbristianKsinc par les Apôtres, non pas celui de 1* Église catholique, telle qu'elle est, ne confondons pas; tous les autres ensemble ne valent pas à beaucoup près celui-là, queste* uno^ celui-là seul, è tal che gliaiirx non sono il centesmo.
Celle qui fui jadis une vigne opuîenU, eic.
25. Nous étions bien fondé à dire : Ne confondez pas le diristiauisme avec le catholicisme; le récipiendaire se hâte de constater la différence. L'un est une vigne fertile, l'autre n'est qu'une ronce épineuse aux fruits acerbes, comme ceux du prunier sauvage, pruno. C'est pauvre et au sein des privations que saint Pierre planta la première, bien différent en cela de ceux qui l'ont fait si déplora blement dégénérer.
„.,Du Seigneur, célibroni les louanges, etc.
26. Le Te Deum n'est-il pas admirablement placé là ? La hante cour des chevaliers Rose-Croix, alla corte, est enchantée de la manière adroite dont le candidat s'est tiré d'un examen si scabreux, et surtout du dernier trait lancé contre l'Église catholique. Aussi entonne-t-elle tout d'une voix : « Te, Deum, laudanus, te^Domimm, confitemur, tous les anges (de noire ciel, tous nos dignitaires, chérubins et séraphins) te proclament à l'cnvi, trois fois saint, Seigneur, Dieu Sabaoth (mot hébreu que Dante n'a pas oublié, ch. vu, 1) ; l'armée velue de blanc des martyrs, candidatus (revêtue de la chasuble blanche des Rose-Croix), chante tes louanges; tu as brisé l'aiguillon de la mort {de Madonna Pietà, cette mort des vivants) et ouvert anx croyants (aux Purs, aux Cathares) le royaume des deux. Tu es le juge attendu ; sauve ton peuple. Seigneur, et bénis tes héritiers (les héritiers du Temple, les chevaliers é'heredum) appelle-les dans ta gloire éternelle avectes saints (tes Cathares, tes Kadosh, tes Solitaires). » Combien de cantiques et de psaumes n'avous-nous pas déjà vus se reproduire avec un égal à-propos ?
Puis, ce prince d'en haut, qui, dans son exaiinen.
De branche tn branche avait pris un essor sublime, etc.
27. Après ce Te Deum significatif, le prince souverain des Rose- Croix, celui du moins qu'ils reconnaissent pour tel, aussi bien que l'Église romaine, qui proclame saint Pierre son fondateur; quel baron, dont l'examen poursuivi de point en point, di ramo in ramo, l'avait
fait arriver ao but qu'il désirait atteindre, ultitm fronde j c'est-à-dire à dixevdir la Papauté par une profession de foi frelatée et à lui jeter rinjurc à la face, saint Pierre reprend la parole pour continuer ce curieux examen.
.,JLa grâce qui, dans un mystique hymen. Épousant ton esprit, en ce moment t'inspire, etc.
28. Cette divine Béatrice, cette doctrine albigeoise personnifiée, est la grâce qui t'a conduit à Tinitiation, en devenant la dame de ton esprit, donna delta mente (voy. la Vita nuova, p. 32 des RevéL); c'est parce qu'elle illumine ton esprit, donnea avec lui (le domnejar des troubadours) et ne fait qu'un ainsi avec toi, que tu es mystiquement homme et femme, union symbolisée par la double paire de gants. £lle est donc la grâce qui t'a inspiré et fait parler comme il fallait ponr ne pas encourir Vauto da /)?, la bocca t*aperse cotn* aprir si dovea. Voyez-vous la grâce faire la belle, donneare, avec l'esprit de Dante, lui faire la cour? Admirables commentateurs! Peut-être comprendra-t-on maintenant pourquoi saint Pierre approuve complètement ce que le bachelier, aussi retors qu'un inquisiteur, a jugé à propos d'émettre, cid che fuori emerse; sans parler de ce qu'il a gardé par devers lui. Il s'agit maintenant de savoir ce qu'il croit, quel che crediy et pourquoi il croit. Mais le théologien ne sera pas plus embarrassé |)our répondre que par le passé. Ah ! si un fils de saint Dominique avait eu à jouer le rôle de saint Pierre, qu'il l'aurait bien autrement pressé de questions ! (Voy. Modus examinandi hœreiicos, dans Bibl. vet, PP. elDoctrina de modo procedendi contra hareticos^ chez Nartenne, et D. Thés. nov. Anecd, v, etc.)
0 Très-Saini'Plre, Esprit à cette heure qui «o«, etc,
29. O Saint-Père de la véritable église des saints, qui vois en esprit ce que tu crus dans ton enveloppe mortelle, toi dout la foi fut telle, qu'arrivé après saint Jean dans le sépulcre (le tombeau figure aussi dans les réceptions maçonniques), tu y entras avant lui {Ev. S. Johan, xx), je saurai bien te donner satisfaction, et cela grâce à la forme, la forma del creder. La forme, non la substance, ainsi le mot est à noter, quand même il signifierait l'ordre successif, et les motifs de ma croyance. C'est qu'en eiïet pour le théologien Dante, tout cet examen n'est qu'une affaire de forme extérieure.
1130 LE PAUADIS.
Je croûeti uHmuI Dtcu, ioui-fuisKini, éUimel, etc.
30. Il n'est pas une secte chrétienne qui n'acceptât ce credo, dans lequel le théologien Albigeois se serait fait scrupule de ne pas donner place à Tamour.
.... Outre que mainte preuve, Métaphysique ou non, frappe mon sent mortel, etc.
31. Dans le ciel étoile des Rose-Croix « comprable à la métaphysique pour trois propriétés et à la physique pour autant, » Corw. {voy. note 11 de ce ch.) ces preuves physiques et métaphysiques ne pouvaient faire défaut à pareille profession de fol ; mais Dante ajoute, qu'il se fonde encore sur la vérité qui pleut du ciel |)ar Moïse, les prophètes, le» psaumes, les Évangiles, les épîtres et les Actes des Apôtres. Il semble donc que Dante aurait fait scission, en ce point du moins, avec les Parfaits^scs confrères, qui dans le concile de Lombers, en 1165, répondaient à l'évéque de Lodève : «Nous n'admettons ni la loi de Moïse, ni les prophètes, ni les psaumes, ni l'Ancien Testament, ni les interprètes du Nouveau ; nous n'admettons que VÈvangile, sept épttres, les Actes des Apôtres et l'Apocalypse. » (Eit. des Arch. de l'incfuis. de Carcassonne. Brbl. imp. collect. Doat n" 21.) N'en croyez rien, et reportcz-yous aux nombreuses allusions faites dans tout le cours du poème, tant à Moïse, poyr l'esclavage d'Egypte, le passage de la mer Ilouge {voy. notamment En/l £i,p.9, 32, Par. 6, 24, 26, 32), qu'aux prophètes Elie, Isale, Ezéchiel. Daniel, qu'aux nombreux psaumes se succédant avec lem* éloquente application ûàm tout le Purgatoire; enfm rappelez-vous toutes les citations des Évangiles, des épitres et des Actes des Apôtres, vous comprendrez alors qu'il faut traduire avec nous : Ma croyance se fonde sur la vraie doctrine (Peau vive) qui pleut ici, dans ce poème, piove quinci, et que j'y fais pleuvoir aussi bien à l'aide de Moïse, des prophètes, des psaumes, rejetés par moi, que par l'Évangile , les épîtres, les Actes des Apôtres, auxquels j'ai foi, comme émanés de ceux que Pesprit d'amour, Vardeme spirtOj féconda, fece almi, dans le môme sens que aima Ceres. £t pour qu'il n'y eût pas à se méprendre sur sa pensée, de même que les Maçons disent, il pleut, font signaler un péril imminent, il s'est servi du mot piove, afin d'indiquer aux siens que le danger qu'il bravait audacieusement, Pobligeait à user ainsi de feinte en paraissant accepter ce qu'il réprouvait Où trouverez-vous en effet dans Moïse et les prophètes que Dieu meut le
ciel par Tamouret parle désir? n'indiquait-il pas, par ces seuls mots, la source toute éfangélique de sa foi, et n'exciuait-il pas le dieu de Moïse et de David, qui n'apparaît dans l'Ancien Testament que sous l'aspect d'un maître jaloux et d'un juge redoutable? Il y avait au surplus dans la secte divergence au sujet de l'Ancien Testament, les uns le rejetant entièrement, comme les Parfaits de Lombers, les autres * en admettant douze livres comme les Patérins de Lombardie. (Uinieri ap. D. Martenne, v. 1769.)
Trois perêonnet, je croie, en qui mon dme espère,- elc. Ce qui dans VEvatigile est mainte fois écrit, En grava pour toujours la trace en mon esprit,
32. Le voici revenu à l'Évangile, qui a imprimé dans son esprit la croyance en trois personnes éternelles, J*essence à la fois une et triple, dont Tidée comporte également le pluriel et le singulier, sono e este. Sans nous arrêter à la bizarrerie de la définition, nous nous bornerons à renvoyer à V Histoire du gnosticisme de M. Matter ; on y verra que plus d*unc secte gnoslique aurait pu souscrire à celte définition de la trinité. Gomment se fait-il, pourrait-on se demander, que les enseignements de l'Église catholique^ les écrits des Pères, les conciles, celui de Nicée surtout, ne soient pas mentionnés par un si bon théologien, commç ayant contribué à déterminer sa croyance au sujet de la profonda condizion divina, qu'il ne fait qu'effleurer et pour cause, ch* io tocco mo? Ah ! s'il s'en tait, il a pour cela d*ex cellentes raisons, et la preuve, il prend la peine de la déduire nettement : La mente mi sigilta l'evangelica doctrina. C'est la doctrine évangélique qui a entraîné sa foi, c'est elle qui s'est imposée à son esprit, comme un sceau laissant son empreinte sur la cire molle, la doctrine évangélique entendez- vous bien, appelée de ce nom bien avant Luther, doctrine prôchée par ces excellents anges, princes souverains Rose-Croix, dont les adeptes doivent se munir symboliquement de deux bâtons de cire fine à cacheter, en témoignage de docilité et de silence. Les Vaudois du reste, au témoignage de fiossuet, auraient cru à la trinité et même à la transsubstantiation, ce en quoi ils auraient différé des Cathares Manichéens.
De là ma foi dériw et naquit dans mon dme, etc,
33. Tel est le principe de sa foi, telle estrélincelle qui, jaillissant du foyer oriental, s'est déployée comme une flamme inextinguible,
vivace^ dans l'âme du théologion da Temi^c, où elle scintille désormais comme l'étoile flamboyante dans le ciel des Rose-Croix. Qu'on venille donc bien se rappeler cette brillante étoile à sept pointes qui rayonne dans le Temple des Rose-Croix, briliiant star ofseven poinis, au centre de laquelle brille Vtod hébreu ou le G; the flanung star qui décore la poitrine du Maître, et dont| il annonce la réapparition au récipiendaire (voy. la note 11) ; vous la retrouverez dans tous les rituels maçonniques et le chevalier Tlschoudi lui a consacré un ouvrage qu'on pourra consulter. Voilà comment se déroulent succèssivemcnl à nos yeux, dans l'ordre exact des grades, conformité à noter, tous les ornements de la Maçonnerie, et encore ne sommes-noos pas au bouU Mais que voulez-vous? ce ne sont pas là des* preuves, ce ne sont que des inductions, et le hasard peut avoir produit tout cda, comme une combinaison de lettres jetées au hasard aurait pu produire la Comédie elle-même.
Comme un maître apprenant ce qu'à peine il espère Embrasse, tout joyeux, le zéU serviteur, etc.
3&. C'est le moment de se rappeler que le candidat Rose-Croix a voyagé comme Dante, en Enfer, qu'il |)asse par Nazareth, ou par la chambre de réflexion, équivalant au Purgatoire, et qu'il arrive enfin dans le troisième appartement, resplendissant de lumièi*es, comme un paradis, où Dieu rayonne dans l'étoile flamboyante. Or, une combinaison étrange, due encore au pur hasard, fait que Dante, dont les comparaisons sont toujours si éloquentes, vient précisément à celle heure nous dire ceci : De môme que le Maître Rose-Croix, enchanté d'apprendre du récipiendaire, que le mot est retrouvé, lui donne le baiser fraternel, Yosculum fraiemitatis^ aussitôt qu'il a cessé de parler, Vabbracia per la navella, tosto ch* e* si tace^ en le félicitant d'une si bonne nouvelle, graiulando (reportez-vous de grâce à la note 11), de même saint Pierre, cette lumière apostolique qui m'avait fait subir l'examen d'aspirant Rose-Croix, fut tellement chartné de l'habileté dont j'avais fait preuve, qu'il m'embrassa par trais fais en me bénissant, benedicendomi cantanda tre volte cinse me, O hasard ! ce sont là de tes coups (*).
(*) t Le seul vrai baptême, suivant les Cathares était le baptême t du saiot Esprit et
• de feiip dont parle TÉcriiure. Ils administraient ce baplêine sans élément maténei,
par la seule impotiiton des mains»,. Apr^s la profession de foi et les engagements pris»,
I on remeliail au Titre consolé , en souvenir de ^on in itiatiun, un fit déilin ou, de Utine^ dont
I il devait se ceindre le corps etqu*on appelait symboliquement son vtHement, Avant de
I se séparer, le ministre donnait encore au nouveau Pai fait le baiser de paiXy ei^Vmbras-
Ce n*6tait pas assez pour Dante que Virgile, en le couronnant et on le murant au chant xxvil du Purgatoire, Teût proclamé roi et pontife^ grade que nous retrouvons dans la Maçonnerie. Il est en efiet dans les rituels un dix-neuvième grade de TEcossisme, sous le titre de GroJid'Pontife de la Jérusalem céleste; celui qui y est admis devient roi et pontife, dans une loge appelée hcourdeSiî%aî,où Ton voit la Jérusalem céleste descendant du sein des nuages pour écrdscr, crushf les restes de Babylone et en chasser le serpent à trois têtes, three headed serpent or Itydra (rappelez-vous le triple Geryon et le Dragon du Purg. xxxii.) Au centre de la cité sainte est un arbre portant douze espèces de fruits différents, pour indiquer où trouver les douceurs de la vie, to make understand where the sweets of lifc arc to be found (Pg. xxil et xxxil) ; le Vénérable est appelé trois fois puissant. {Light ou Masonry, \k2, 238.) Or, nous ne doutons pas que la trois fois puissante Béatrice-Trinité n*ait rempli ce rôle sur la montagne du Purgatoire, où nous avons vu aussi, un bel arbre chargé de fruits; et qu*cn vertu de sa délégation, l'ami Jean de Virgilio n'ait lui-même couronné et milré Dante, en le proclamant grand - |)ontife de la Jérusalem céleste. Mais comme nous le disions, ce haut grade ne suffisait pas au théologien disi>ident; il nourrissait une plus haute ambition^ celle de tenir du chef des Apôtres lui-môme son titre de Fasteun évaugélique, dont il était heureux et ûer.
Cette fois, en effet, ce n'est pas seulement un grade que saint Pierre confère à Dante, c'est une mission apostolique, une charge sacrée, c'est le caractère sacerdotal ; autrement pourquoi faire intervenir un si haut et si saint personnage? Il ne lui impose pas les mains sans doute, ou du moins l'imposition n'est pas exprimée, par l'excellente raison que le poète n'a pas donné de mains h ses Splendeurs; en fût-il môme autrement, il avait cent aussi bonnes raisons pour ne pas commettre pareille imprudence ; mais il a suppléé à cette cérémonie autant qu'il était en lui, car on ne méconnaîtra pas qu'un baiser, ou un embrasscment de saint Pierre, puisse valoir d'ordi-
aant deux (bis sur lu bouche, Bis in orc ex Iraverso, ■ Ou qui fuisait trois fois. [Forma qualiter hœreti hœreticant tiœrelicos suos, ap, Marteniie, et Dur. Th, nov. anccd, ¥ ; Arch, de Cinq, de Cure, xxu, f» 112b) ScJunldt, ii,121 et suiv.) C'est ce même baiser que Francesca de Riinlni a écliaiigû avec Paul, cli. vde V Enfer, coiiiuie aussi Arnauld, Daniel, Guido Gutnicclli et les autres Parfaits, au cb. xxvi du Pg,
Arnauld Daniel dont le nom se reproduit ici, pourrait bien n'être autre que cet Arnauld dont iiarle l'évèque I^ucde Tuy (pp. 165, 109, 182, 183', « lionunc lellr^ écri\ain infatigable, débitant sous formes calhotiqaes, des compositions où il insinuait les pi lucipes de son hérésie • cl (|ui périt asbasbiuO en Espagne, à I>éon, en 1210. (Kay. Scbinidi, I, 300.)
nation. Or, ce n'est Jpas poar une fois qu'il est embnsaé par saint Pierre, c'est trois fois, tre voUe cime me, comme le Parfait reccYsat le cousolement; quand le très-sage Maître des Rose-Croix ne donne qu'une fois au récipiendaire le baiser fraternel. Je demanderai ao plus incrédule s'il pense en conscience qu'il fût possible de faire plus sans être livré au bûcher et surtout, do plus dire en moins de mots. Aussi persislons-nous plus que jamais à croire et à soutenir que Daule a voulu faire allusion ici à son ordination comme pasteur de réglisc albigeoise, en indiquant qu'elle se ratucbait bien pins directement au prince des Apôtres que le sacrement conféré joarnellement par les Papes et par les évêques à des hommes indignes du saint ministère, contrairement aux recommandations de saint Paul, Ép. à Titus, I, 7.
Hugues Foscolo disait il y a quelque vingt ans : « Dante ▼calait fonder une nouvelle école de religion. « Mais il mourut sans pouvoir en fournir d'autre preuve que son assertion, et d'ailleurs on voit qu'il ne s'agissait pas d'une école nouvelle. Rossetti le proclamait bon catholique, n'aspirant qu'à une réforme des abus de l'Église romaine. Je soutiens moi et je crois aller le prouvant de plus en plus, que Dante ne voulait pas fonder uue religion nouvelle, puisque cette 'religion, connue, selon les pays, sous le nom d'hérésie paulicienne, vaudoise, albigeoise, cathare, etc., existait depuis longtemps, et que son origine, d'après des témoignages authentiques, reinontaii aux premiers âges du christianisme ; mais qu'il aspirait à la relever, et avec elle l'ordre du Temple, qui en était le foyer le plus actif; enGn, que, membre de l'église proscrite et dispersée, il entreprit un apostolat périlleux, au succès duquel il consacra ses efforts^ ses veilles et son génie, avec la conviction d'accomplir ainsi le devoir d'un bon prOtrc et d'un bon chrétien.
CHANT nV,
S'il arrive qu'un jour ce poème sacre',
OEuvre où mirent la main et le ciel et la terre, etc.
1. Traduisez : Si cette Comédie, consacrée à exalter la sainte religion évangélique, poema sacra, dans lequel j'ai mis en tableaux le
ciel sectaire et la terre catholique, rude traTail qui m'a fait maigrir dans les veilles et Tinquiétude, me ?aut jamais de parvenir à mon but, à la ruine de la Papauté, implacable ennemie à qui je dois ee long exil loin de Florence, le bercail où je dormis irréprochable comme Tagneau, n*ayant d'autres torts que ma haine contre ces loups romains, dcmt Tavidité s'acharne sur ceux qu'ils appellent leurs brebis (ici rottimo renvoyé, pour savoir qui sont ces lupi, aux ch. vi et xiy du Purg,: on ne peut mieux faire que de suirre son avis), je rentrerai dans mes foyers le verbe haut et ferme, en délégué impérial, con A.L.T,R,Â. voce, avec les insignes de ma haute mission, con A.LT,R.O. veilo. J'y reviendrai en prophhie inspiré, vates^poeta, ayant prédit la ruine de la Prostituée, et je prendrai dans la loge de saint Jean, où je reçus jadis le baptême de l'initié, les insignes distinctifs de mon grade de Rose-Croix, cappello, chapeau, mitre ou couronne. Voilà quel était eu effet l'espoir du proscrit, et c'est ainsi qu'il ouvre le chant dans lequel il s'apprête à traiter de l'espérance, celte seconde colonne du Temple maçonnique.
Car en mon sein la foi pénétra dans ce lieu. Cette foi par qui Vâme est agréable à DieUf elc,
2. Oui, ce fut en effet dans cette loge de saint Jean qu'il fut initié aux Mystères du Temple, à la foi albigeoise, qui seule rend les «Imes agréables à Dieu, che fa conte V anime a Dio, C'est pour cette foi que saint Pierre lui a donné le baiser fraternel, en lui imprimant le caractère sacerdotal , si mi giro la fronie. On voit que le poêle fait ici ses efforts, en revenant sur son ordination, pour appeler l'allention Ycrs son front, sanctifié par cette imposition des mains dont il tremble de parler plus clairement.
Mais hiêniôt s* avança vers nous une Xumihre, etc.
3. Le personnage lumineux que le poète voit s'avancer vers lui appartient à la même ronde ou compagnie, schiera, d'où saint Pierre est sorti, à celle des apôtres, et l'Ottimo nous prévient que le poète leur applique le mot primizia, prémice, pour indiquer ceux que Dieu institua ses premiers vicaires, à l'exclusion de leurs successeurs, ad eschiuderne liviziosi, rejetés de Dieu avec ignominie. Mais qui est-ce qui lit l'Ottimo? il est bien plus commode de consulter le P. Lombardi, voire même M. Artaud.
..^ Voici U saint prcpiee Que vont Ut pèlerim visiter en Galice,
U, L'arrivée de saint Jacques transporte Béatrice de joie. Pleine de Gaie science qa*elle est, piena di letizia, elle invite saa fidèle à regarder celui qui synibolis.) res()érance, Tune des colonnes do Temple, celui qu'elle appelle le tœ^on, et pour qui ceux qui conjorent, en Tespérant, la ruine de l'Église catholique, faisaient, au témoignage de M. Schmidt dans son bist. des Cathares, de pieux pèlerinages à Rome, en terre sainte, en Galice, afin de pouvoir visiter sans danger lem^ frères, grâce à leur déguisement en dévots catholiques.
Quand la colombe vient se poser tendrement Auprès de sa compagne, etc.
5. Innocentes colombes, les Rose-Croix en abordant des frères ne manquent pas de se manifester pour fidèles d'Amour, eu écliangeant les signes à la ronde et en murmurant à voix basse le mot sacré, yirando e mormorando. De même les deux saints patrons, colonnes du Temple, se fout un accueil fraternel, en vantant le pain des anges, ce pain de Dieu ou des saintes ot'aisons, dont on se nourrit au banquet des Rose-Croix, comme à celui des Parfaits, pain tant prôné dans le Convito si doctement illustré par Fraticelli et consorts.
Leurs saluts échangés dans cet accueil joyeux, etc.
6. Ce n'est plus le moment de pleurer quand l'espérance est là devant elle toute rayonnante, au point d'éblouir Dante. Les larmes de Béatrice sont si bien séchées désormais, qu'elle commence par rire avant de prendre la parole, ridendo 'allora, Béatrice disse. C'est que vraiment elle avait bien de quoi, et elle doit rire encore de grand cœur d'une si bonne duperie ; si tant est qu'elle soit réellement en Paradis, ce dont nous doutons fort.
.... L'allégresse infinie De notre basilique et les dons du Seigneur j etc.
7. Toi qui, dans ton épître aux douze tribus dispersées (i, 5), as dit : « Si quelqu'un de vous a besoin de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous libéralement, la sagesse lui sera donnée; • proclamant ainsi la largesse infinie de celui que nous adorons dans notre basilique ou Temple impérial, Dieu d'amour, Dieu prodigac
de ses dons, si différeiil du Dieu haineux et cupide qu'on adore à ilomc , de i'iutus on Piuton, ce maledeito lupo.
Veuille de Vespérance, au comlle du bonheur. Parler, toi qui devins chaque fois sa figure, etc.
8. Parle en termes retentissants de l'espérance, fa risonar la spcme, maintenant que nous voici à ce haut grade de Prince souverain llusc-CroiXi m questa altezza. Nul ne saurait mieux le faire que toi, qui en devins la figure, en compagnie de Pierre et de Jean, syuibulysant les deux autres vertus théologales, columnœ^ chaque fois que Jésus-Christ voulut manifester sa divinité par des miracles. {Voy. Ev. de saint Matthieu, xvii, desaintMarc,v, etc.) C'est aussi comme figures que les trois grands Apôtres sont mis en scène dans cet épisode capital, comiue les colonnes du Temple, et comme personnification des trois mouvements signalés dans le ciel où resplendit Tétoile flamboyante. {Cono. XV.)
Lève la iéie, et fais que ton cœur se rassure, etc.
9. Au point où te voilà parvenu, après avoir fait perdre la piste h Tennemi, tu peux aller le front haut, leva la testa. Tu ne saurais douter désormais que ceux qui, sortant des rangs catholiques, e/e/ tiior/a/ mom/o^ s'élèvent jusqu'ici dégrade en grade, vicn quassù, n'arrivent à la Perfection ; car leur esprit et leur raison ne sauraient manquer de mûrir aux rayons de notre étoile flamboyante, à la clarté féconde de nos enseignements, cotwiefi M a* nostri raggi si niaturù
Vers ces monts de splendeur je levai donc mes yeux^ etc.
10. Les montagnes lumineuses, monti,\ers lesquelles le poëte lève les yeux, sont les deux apôtres, la lumière dérivant surtout de l'Évangile et des Actes des apôtres pour les Albigeois, comme aussi de ce calvaire représenté dans la loge des Rose-Croix. Celte métaphore estd'ailleurs empruntée au psauûie 120, Levavi ocailos meos inmonteSy unde venu auxilium mihi. Or, on a déjà pu voir que ces montslà devaient venir singulièrement en aide à la fiction catholique. Puis, lisez la suile de ce psaume : « iMon secours viendra du Seigneur.... Assurément celui qui garde Israël ne s'endornjîra point. LeSeigneur vous garde, il est à votre droite pour vous donner protection ; lesoleii ne vous brûlera |)oinl durant le jour, ni la lune pendant la nuit. Le Sei-
gnear vous garde de tout mal ; qu'il garde irotre âme, qu*il soit Toire garde tant à Ventrée qu'à la ^ort t>^ inaintenaDt et toujours. » N'y aurait-il pas eu ingratitude de la part de Dante à rejeter, avec ses frères Albigeois, ces psaumes dont les Puritains, ces Cathares de Cromwei, ne tirèrent pas meilleur parti?
Puisque notre Empereur veut qu'au plus haut des cieux, etc.
11. Le choix des expressions est éloquent dans cette allocution de saint Jacques. Puisque notre Empereur, nostro imperadore, le chef suprême du Grand-Orient, veut qu'au conspect, à la barbe de la Papauté, ami la morte, tu sois introduit dans le chapitre des Rose- (Iroix, sa cour la plus mystérieuse, neW aula più sécréta (croyezvous aux secrets du Paradis?), au milieu de ses comtes, comités, autrement dit de SCS princes souverains, sovereign princes of Rose- Croix, ofheredum; afin qu'après y avoir vu la lumière de vérité, il vei-, qui éclaire cette bienheureuse cour, ton espérance dans le triomphe de ta cause, se ravive en toi et chez tes frères en religion comme en politique, in te ed in A. L, T. R, VI; car l'espérance est une des colonnes de la religion d'Amour qui fait chérir Béatrice et Henri, B.KN. inamora; définis-la et dis comment elle fleurit dans ton esprit, énamoure pour ces deux objets de ton culte, explique d'où elle dérive pour toi, onde a te venne.
Me prévint, elle-même en répondant d'abord.
12. Il semble que Dante, interrogé, devrait s'empresser de répondre à un si saint personnage; non, c'est sa dévote protectrice, quetla pia, qui s'empresse de prendre la parole, afin de lui épargner l'embarras de se louer lui-même; c'est cette foi béatifiante qui guida sa plume et le fit se lancer d'un essor si audacieux, en bravant la double puissance du successeur de saint Pierre, che guida le penne a cosi alto volo.
Vont pu lire les ye^ix dans le soleil mystique f etc. 13. Écoutons donc Béatrice : L'église militante, nostra cavalleria, qui combat si courageusement contre l'église triomphante de Satao Aleppe, n'a pas de fils plus rempli d'espérance; c'est ce dont fait foi l'acte scellé de cette étoile flamboyante, nel sot, qui verse la lumière sur toute notre chevalerie, illumina tutta la nostra cavalteria, prend
CHANT XXV. HS9
soin de nous dire roitirao. Nous voyons, en effet, ce soleil servir de caclielauxRose-Croix,quisignentd'ordinaire f^ C.S.P.R.C. ou bien K. C. P. R. C. ,c*esl-à-dire K/lùoSU, chev. prince souverain Rose-Croix. Et, à ce propos, nous renverrons aux deux médailles du Musée de Vienne, portant Tune la tête de Dante, Tautre celle du peintre Pierre de Pise, et tous deux celte même inscription : F.S.K.I.P.F.T. , c'est-à-dire : Sacra Kadosh, Imperialis Principatus, Fraier Tem," pLarius; médailles signalées, p. 253 des RévéL, en note.
Dana la sainte Sion â^Égypte s'il arrivef etc.
1/i. Dante, ayant répudié le catholicisme pour Talbigéisme, s*était • soustrait au joug des Pharaons pontificaux, il arrivait d*Égypte, comme ces âmes que nous avons vues aborder la plage du Purgatoire à leur sortie de Rome, en chantant In exitu Israël de Mgijpto, Et il est à cette heure dans Jérusalem, de même que le Rose-Croix, se dirigeant vers la Jérusalem céleste, répond au iMalire, qu'il a passé par Nazareth pour obtenir son admission dans le Temple (*). Avant donc de recevoir Tordre de combattre TÉglise triomphante de Rome, anzi cite V militar (jli sia prescritto, Dante, qui a passé, comme le Rose- Croix, par la Judée ou l'Enfer, par le Purgatoire de la chambre de réflexion, autrement dit Nazareth, vient dans le Temple pour voir la lumière, ricne in Gerusalemine per vedere. Saint Jacques ne demande pas, heureusement, pour voir quoi?
QAtant aux deux points touchant lesquels, pour te complaire, etc,
15. Dieu, qui a aidé le poète à se tirer -de pas si scabreux, ne manquera pas de l'assister encore ici ; Béatrice a raison d'y compter et d'affirmer que son ami, qui ne l'est nullement de la Fortune pontificale', trouvera peu de diflîcuité à traiter les deux |)oints en question, gli altri duo punti non glisaran forti; elle peut même affirmer qu'il
C) • La Belhléem oilcste des Albigeois, dont parle Pierre de Vau.cernai, est à peu pnfes de infime génie que les rêveries des Manichéens. Cetw Bethléem invisible rerlent asscx à la Jérusalem d'en haut,{que les Pauliciens de Pierre de Sicile appelaient la Mère de DteUf d'où Jéius-Christ était sorti.» (Bossuet, Ilisl.des yar.^ liv. xi, p. 512.) ,Ge qui concorde au mieux atec ce que le moine de Zigabène nous dit des PauHaensou Uugoniiles, ces ancêtres des Albigeois : SUiagogam suam appeltant BedUecm, In se cnim C/iristum twscU sen Verbum Dei^ que fldei veritaa prœUicatur, Nostram autcni ËGCLESUM Hebodem iittet'prctanturf quœ Verbum apwl cas natum conetur ocddere,., HiEROSOLYMAM (rcr/*c3<rcm) NOSTRAM APPELLANT EccUsUxm, (DoguL P<UU7p<., p. Ut tit. XXIII, cap. 28, p. 229 de la Max .Bibl. vet. PP.)
sVd expliquera sans jactance, noti gli saran di iattanzia, attendu qu'il n'a pas moins d'humilité que l'humble Béatrice. Tous deux atleudrunt, pour montrer quelque orgueil, le irioniphe de l'église militante.
Ai7\si qu'un bon disciple à répondre à son maitre N'hésite pas f etc.
16. Excellent disciple qu'il est de l'église évangélique, laquelle enseigne à ses ûdèles que l'espérance est une des colonnes du Temple, Dante est tout prêt è répondre au glorieux docteur qui l'iuterroge, et il le fait d'autant plus volontiers , pronto e libente, qu'il se sent très-expert, esperto, et surtout Nullius (iogmatis expers, dans l'art de faire étalage de bonne doctrine à l'égard des deux églises rivales, perché Ut sua bontà si disasconda; si bien qu'il décoche à l*tt&e, comme il le dit, ce qu'il a soin de cacher à l'autre.
L'espérancet alors dis-je, est une attente sure, etc,
17. Fidèle au système qui lui a déjà si bien réussi, Dante, au lieu de ré|)ondrc de son chef, emprunte sa définition au maître des sentences : Est spes certa cxpeciatio futura bealitudinis, veniens ex Dci gratin et meritis prwcedentibus. (Lib. lil, dist. 26.) Aussi, en reconnaissance de l'emprunt qu'il lui fait ici, a-t-il donné place à Pierre Lombard dans son Paradis; mais nous soupçonnons qu'il avait encore d'autres motifs.
<c Q;iAiconiiue sait t&i\ nom doit espérer en toi, » etc»
18. Nous connaissons les astres qui, de grade en grade, ont éclairé le puëtc et lui ont mérité de contempler les rayons de l'étoile flamboyante. Mais comme il sent bien qu'on pourrait lui demander quelque chose de plus clair, et surtout de plus précis, il se raccroche aux psaumes, dont il excelle à exploiter le sens. David tout le premier, que Pétrarque, par un motif analogue, compte au nombre de ses Solitaires, a fait, à l'en croire, pénétrer l'espérance dans son âme, la distilla nel mio cor pria, Savez-vous pourquoi? Lisez, de grâce, le psaume ix, auquel le malin théologien emprunte ce verset : Sperino in te colarche santio H nome tuo. « Je vous louerai. Seigneur, parce ([ue vous avez renversé won ennemi (Satan Aleppe) ; ceux qui me haïssent tomberont dans la dernière faiblesse et périront devant vptre face. Car vous vous êtes déclaré pour ma cause, vous vous êtes assis
CHANT XXV. lut
sur votre trône, vous qui jugez selon la justice. Vous avez repris et traité avec rigueur les nations, et Vimpie a péri. Les armes de Vennemi ont perdu leur force pour toujours. Mais le Seigneur demeure éternellement; il jugera lui-môme tous les peuples avec justice. Le Seigneur est devenu le refuge du pauvre (de Lyon, du Vaudois), et il vient à son secours, lorsqu'il est dans l'afiliction; que ceux-là
ESPÈRENT EN VOUS QUI CONNAISSENT VOTRE NOM, parce que VOUS
n'avez point abandonné, Seigneur, ceux qui vous cherchent. Chantez des cantiques au Seigneur, parce qu'zY s'est souvenu du sang de ses serviteurs (Albigeois et Templiers) pour en pj-endre vengeance. Il n'a pas mis en oubli le cri des pauvres (de Lyon). Que les pécheurs soient précipités dans l'Enfer. Levez-vous, Seigneur, que l'homme (qui s'est fait Dieu) ne s'affermisse pas dans sa puissance; que les peuples soient jugés devant vous. Établissez, Seigneur, un législateur sur Qux, afin que les peuples connaissent qu'ils sont honmies. » Le psaume suivant n'est pas moins instructif : a Pourquoi, Seigneur, vous ôles-vous retiré loin de moi? Tandis que Vimpie s'enfle d'orgueil, le pauvre est brulê; le pécheur est loué dans les désirs de son âme et le méchant est béni. Le pécheur a irrité le Seigneur, Dieu n'est point devant ses yeux ; ses voies sont souillées en tout temps. // dominera tous ses ennemis, car il a dit en son cœur : Je ne serai point ébranlé; et de race en race je vivrai sans souffrir aucun mal. (Les portes de l'Enfer ne prévaudront pas.)
Étonnez-vous, après cela, que Dante déclare avoir puisé son espérance dans cette haute théodie et s'écrie : Qui ne sait le nom du Grand-Architecte parmi ceux qui, professant comme moi la foi albigeoise, s'egli ha lafede mia, espèrent, comme moi, que Dieu anéantira la double puissance de l'homme et tirera vengeance du sang de ses serviteurs. Voy. combien de psaumes sont cités dans la F. *. M. *.
....Im6u de ^oire pluie.
Je la fais à mon tour sur d'autres repleuvoir.
19. Maintenant que nous savons en quel sens le Pasteur évangéliqne entendait les psaumes, voyons comment TÉpttre bénie a fait pénétrer en pluie dans son âme, con lo stillar suo, cette espérance d'un triomphe prochain : « Mes frères, considérez comme le sujet d'une trës-graude joie les diverses afflictions qui vous arrivent, sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience; or, la patience doit être parfaite dans ses œuvres, afin que vous soyez vous-mêmes
PARFAITS (Cathares, Kadosh). Renonçant à tontes les produetims impures du péché, recevei avec docilité la parole qni a été entée en vous (le mot perdu et retrouvé, verbum amorU). Celui qui observe exactement la loi parpaitb (la loi d'Amour), qui est celle i>ëu LIBERTÉ, trouvera son bonheur dans ce qu'il faiL La religion et la piété pure (non celle de dame Pietà) consiste à visiter les orpheiins et les veuves dans leur affliction {voy. les recommandations faites aux Rose-Croix à ce sujet) et à se conserver pur de la corruption du siècle 'présetu (du monde mortel, voy, la Vita nuova, on Béauice passe du siècle corrompu au siècle incorruptible). Ne sont-ce pas les riches qui vous oppriment par letn* puissance et qui vous traînent devant les tribunaux (de l'inquisition)? Aimez votre prochain comme vous-même, selon qu'il est écrit Si vous tuez, vous êtes violateurs de la loL (Voy, Rinieri.) Réglez donc vos paroles et vos actions comme devant être jugés par la loi de liberté; car celui qui n'aura point fait miséricorde sera jugé sans miséricorde (ainsi, malheur ï dame Pieià ou Pietra). La bénédiction et la malédiction partent de la même bouche. Mais vous, qui êtes-yods pour juger votre PROCHAIN? Vous, riches, pleurez, poussez des hurlements (comme les dames de Florence) dans la vue des misères qui doivent fondre sur vous. Vous avez vécu sur la terre dans les délices et dans le luxe, vous vous êtes engraissés comme pour le sacrifice, vous avez condamné et tué le juste sans qu'il vous ait fait résistance (les Templiers) ; mais vous, mes frères, persévérez dans la patience jusqu'à l'avènement du Seigneur (Empereur), qui est proche. Voilà le juge qui est à la porte (un cinq cents cinq et dix, IVD£X). » Voilà ce que vous lirez, moins nos parenthèses, dans l'éptlre de l'Apôtre. Comment le pasteur évangéliquc n'aurait-il pas prêché la patience à ses frères pleins de dévotion pour A.L.T.R. VI, en ^prenant poar texte l'épitre de saint Jacques et n'aurait-il pas mis tout en œuvre pour faire repleuvoir dans leurs âmes l'espérance qui remplissait la sienne, quaftd l'avènement du idessie impérial, législateur de tous les peuples, lui semblait si prochain ? Puis, la mission apostolique du pasteur florentin n'est-elle pas exprimée en toutes lettres dans ce vers : In aUrui vostra pioggia ripluo ? de quelque manière qu'on veuille entendre le mot cabalistique dont le poète fait un si fréquent usage.
Tandis que je parlais ainsi, je pouvais voir, etc. Des irails de flamme au sein du vivant incendie ^ etc.
20. Saint Jacques n'est pas moins charmé que saint Pierre d'une
réponse qui flatte son amour-propre d*auteur, et dont le sens intime ne lai échappe pa^, et il manifeste sa satisfaction par des éclairs répétés, a gtiisa dibaleno, indices d'un incendie prêt à éclater, al vivo seno di quello incendio^ mais contenu jusqu'à l'avènement prochain du législateur universel.
Dis-moi doncy d'y trouver plaisir j'ai confiance, Ce que, dans ton penser, ie promet Vespérance,
21. La patience que recommandait saint Jacques à ses frères, et dont il fit preuve dans son martyre, in fin lapalma, dérivant de l'espérance, c'est pour lui un véritable plaisir, à raison de l'amour dont il brûle pour cette vertu, de savoir ce qu'elle promet à celui qui en parle si bien.
Je repris : L'écriture ancienne et la nouwlle, etc,
22. L'Ancien Testament, dans ce que nous en admettons, et le Nouveau qui, tel que l'entend mon église, fut inspiré par l'esprit d'amour, sont d'accord pour m'indiquer un même signe distinctif, segno,h savoir, le costume du grade, ra6t/o^comme disent les Maçons. Or, ce costume, qui est précisément celui des Parfaits, c'est-à-dire la chasuble blanche des Rose-Croix, décorés de leur bijou, que nous connaîtrons bientôt, me donne la preuve qu'il est bien réellement celui des âmes amies de Dieu, ed esso lo m'addita délie anime che Dio s'ha fattto amiche. Trouvez donc un nominatif et un sens acceptable avec l'interprétation des commentateurs, et surtout tâchez de rattacher cette proposition h ce qui suit.
D'un double vêtement, nous V enseigne Isatef Chacune se i^rra riche dans sa patrie, etc,
23. L'intention de Dante est tellement de faire allusion au double costume des Rose-Croix, se montrant tantôt sous l'habit séculier, de couleur sombre, tantôt avec les insignes de leur grade, qu'il falsifie à plaisir Isaîe. £n effet, le propliète parie d'un double héritage, in terra sua dupliciapossidebunt, Lxi, 7, et non pas d'un double habit, doppia testa. Aussi ie rusé théologien prend-il soin d'ajouter que l'expression de saint Jean est bien plus explicite à ce sujet, piii digesta, à l'endroit où il traite des blanches tuniques, dove tratta délie bianche stole. Nous serions bien en droit de dire ici, comme Cagnazzo au damné : Odi malizia. Mais reportons-nous au ch. vu , v. 9 de
V Apocalypse, nous pourrons juger jusqu'à quel point la pensée do poète s'y tit>uve digérée et rendue intelligible : « Je vis une grande multitude de toute nation et de toute langue (langue de France, d*Iia]ie, d'Allemagne), ils se tenaient debout devant te trône et devant ïayneau (l'allusion est donc politique et religieuse) vêtus de robes BLANCHES et ayant des palmes dans les mains. Alors un des vieillards me dit : Qui sont ceux qui sont vêtus de 7'obes blanches? Seigneur, rc|)ondis-je, vous le savez. Et il reprit : Ce sont ceux qui sont \enus ici après avoir passé par la grande tribulation (de la Croisade et du Temple), et qui ont lavé et blanchi leur robe dans le sang de Tagneau (dont les Rose-Croix mangent la chair dans leur banquet et dont ils brûlent le sang sons Fcspèce du vin). C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, qu'ils servent nuit et jour dans son Temple; n celui qui est assis sur le trône les couvrira comme une tente ; ils n'auront plus à souffrir parce que Vagneau sera leur pasteur et il l(*s conduira aux sources vives. « Je suis l'eau vive, » a dit le Seigneur étions-nous fondés 5 répéter que l'eau vive signifiait la doctrine?), ei Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux. »
Qu*cst-il besoin de réflexions après une citation à ce point significative? N'en résultc-t-il pas évidemment que, |)our le pasteur Dante, théologien consommé, le Paradis, avec sa dolce vita, était le partage exclusif de ceux qui professaient la doctrine des Parfaits, Kadobh, Solitaires, Rose-Croix, revêtus de la robe blanche, dont il a même en soin de faire un vêtement religieux en l'appelant stola; sans douie parce qu'il n'osait employer le mot pianeta.
Jp terminais ces mois, quand soudain fui chanté. Dans l'espace, au-dessus de 7\ous, Sperent in te, etc.
24. Les psaumes ix et x nous ont révélé toutes les espérances du |)asleur proscrit; espérances auxquelles c'était pour lui, chesidileitava d'esse, une consolation d'associer les chœurs célestes. Il faut donc lui pardonner de se complaire à leur faire entonner sperent in te, comme pouvaient se le permettre, dans le Temple, ses çhers frères Rose-Croix, des psaumes paraphrasés par lui dans le sens sectaire et gibelin, chant auquel répondaient toutes les loges, tutte le carole.
.... Si d'autant d'éclat rayonnait le Cancer ^ elc.
25, Si le Cancer qui, marchant h reculons, au rebours du progKs,
symbolise la Papauté, avait un soleil pareil au personnage qui entre en scène, i*hiver glacial qu'elle répand sur la terre {voy, la Canz. , lo son venuto al punto delta ruota) serait éclairé de rayons inaccoutumés, au )x>ini de n'avoir que trois jours à durer, si bien que chacun de ses trois nnois étant d'un seul jour, la Pâque de résurrection arriverait le troisième, et le soleil d'Orient triompherait des ténèbres catholiques, comme le Sauveur triompha de l'Enfer. Tâchez de comprendre, si vous le |)ouvez, l'interprétation astronomique que rottimo donne de cette comparaison ; nous renonçons à l'analyser.
Comme se Ih^e et inarche une vierge joyeuse , elc.
26. Pcul-élredeyiiie-t-on, maintenant que bien des mystères sont éclaircis, pourquoi celte nouvelle Splendeur, qui n'est aulre que Tapôtrc saint Jean, est comparée à une vierge joyeuse, vei-gme lieta, vierge imbue de la Gaie science. Nous avons dit, en effet, dans le Purg, IX, note 7, comment Lucie et saint Jean ne faisaient qu'un pour Dante, qui fait subir au saint aigle du Christ le mémo dédoublement mystique qu'à ses Rose-Croix. Il procède ici à son égard comme il a fait avec Guido Guinicelli et avec son trisaïeul, en comparant i'unàune mère retrouvant son fds, l'autre ù Climène. L'apôtrebien a'mé vient donc faire honneur à Béatrice, à la foi albigeoise de Dante, per far onoi^e alla novizia^ à la sposa, à celle dont l'arrivée a été saluée dans \q Purgatoire par ces paroles significatives, vient sponsa deLibano (l'oy. la note 6 du ch. xxx); aussi l'Ottimo nous dit-il : In questo ballo oTwravano Béatrice si corne la sposa predetta. Il faut croire, du reste, que saint Jean n'est mû par aucune mauvaise pensée, non per alcun fallo; mais c'est ce que nous verrons bien. Quant à l'ardent amour dont il est embrasé, comme tous les fidèles Maçons, nous ne saurions eu douter, puisqu'il vient se joindre à saint Pierre et à saint Jacques, tournant à qui mieux mieux sous l'impulsion de l*amour, pour mêler sa voix à la leur, en chantant aussi sperent in te, sur le même air albigeois.
Elle se mit alors à répéter en chœur La note avec le chant y elc.
27. Misesi li ml canto e nella nota. Il fallait bien indiquer que
le plain-chant des Rose-Croix n'était pas celui des Catholi((ue8, clamm^
inferni, dit Rinieri, canum latrattis, dit Pilichdorf.
1146 LB ÇARADIS.
Restait à regorder, immohiU et sans voix, etc.
28. La sponsa Béatrice reste, silencieuse et immobile, les yeux fixés sur les trois colonnes du Temfrie, comme une fiancée ne songeanl qu*à Tépoux ; « attendu que toute notre foi réside dans ces trois vertus, » nous ont dit les Maçons ; fixe respicjebat istos très, quia TOTA FIDES NOSTRA in ilUs tribus virtuiibus constat , ajoute le Postill. caet. Qu'on dise que les premiers commentateurs n*avaient pas rintelligcnce du texte.
....Celui qu'ici tu vois Pour appuyer son front trouva le sein propice De notre Pélican, etc.
29. Béatrice se décide enfin à rompre le silence ; mais nous n'avons rien perdu [ïout attendre, car elle parle d*or. En effet, le théologien Rose-Croix, qui n*a garde de passer sous silence tout ce qu'il croit pouvoir exprimer sans danger, irouvc moyen de lui faire compléter par une figure mystique le fameux abito des Rose-Croix. Or, ne vous y trompez pas, c'est bien le même, Vabùo eieito^ auquel le solitaire Pétrarque (Royal-Arche de pierre, Petr'archa, renfermant précieusement la lumière sous le nom de Laure) a donné des yeux cl des pieds dans ces vers :
Vedi quant' arte indora, imperla e innostra U ABiTo ELETTO, et non più visto altrovej Che dolcemente gli occui e i piëdi nuove.
Le costume des Rose-Croix Vabito eletto ne se compose pas seulement de la chasuble de satin blanc, de la bianca stola que vous connaissez, il est complété par le bijou, dont vous trouverez la description dans le Tuiieur de Bazot, p. 89, comme dans ceux de Villiauuic et de Dclaulnaye. Il consiste en un compas d*or ouvert à 22 degrés 1/2, offrant dans l'ouverture supérieure une rose surmontée d'une couronne; au-dessous de la rose, au milieu du compas, une croix rouge et au pied, d'un côté, s'appuyant sur un quart de cercle, un aigle ; de l'autre, un pélican s^ouvrant la |)oitrine pour nourrir ses petits, tous les deux en ca^gent* Ce bijou se porte suspendu à un ruban d'un rouge vif, bright redcolour, aux deux bouts duquel sont brodées une rose et une croix. {Light on Masonry, p. 231.) Ce qui explique comment Vabito se dore, s'emperle et s'empourpre à force d'art. Ce qui explique non moins bien avec quel à-propos Béatrice appelle ici sur saint Jean l'attention de son fidèle en lui disant : Voilà
CHàWT XXV. 1147
celui qui reposa sur le sein de notre pélican, car G*est comme si elle lui demandait ainsi que faille Maître, lors de la réception d*un Rose-Croix : «Connaissez-vous le Pélican ? Do you knoa^ tke Pélican?» Question équivalant à : Êtes-vous bon chrétien ou Parfait ? « Le pélican étant Temblème du^ Sauveur, et de sa parfaite humanité, » voici le texte : Among us it is a Symbol of the saviour of the world andof his perfect humanity. Je lis en note : why do they not also admit his perfect divinity {*) ? Concluez, car maintenant vous ne pouvez guère douter que l*albigeisme templier n'ait présidé à un papeil enchaînement de faits, de paroles et de symboles.
Ne cessait Béatrice De tenir ses regards fixés au même lieu, etc.
30. Fidèle à]son rôle, Béatrice ne cesse, en bonne Albigeoise qu'elle est, pcrsonniGantla doctrine des Rose-Croix, de fixer ses yeux, attenta, sur les trois colonnes du Temple, la foi, l'espérance et la charité ou Taniour, sous la figure de saint Pierre, saint Jacques et saint Jean.
Ainsi je m'aveuglais, Vœil sur ce dernier feu, etc,
31. Dante s'aveugle ainsi à observer saint Jean, nonvedeiue diventa, pour s'assurer s'il a été assumé en corps dans le Ciel, ou s'il n'y est qu'en esprit. Or, ses yeux étant trop faibles pour suffire à résoudre un si grave problème, la question devient pour lui un peu plas obscure qu'auparavant. Heureusement saint Jean s'empresse de venir à son aide avec Y Apocalypse,
Dans la terre est mon corps, et terre y restera, etc.
32. Voici les paroles de saint Jean dans V Apocalypse, Vf , 9 : « Je vis sous l'autel les âmes de ceux qui avaient souiïcrt la mort pour la parole de Dieu (comme tes Albigeois et les Templiers), et ils criaicni d'une voix forte : Seigneur, jusques à quand différcrcz-vous défaire
{*)  en croire Rinieri Saccone, certains Cathares auraient cra quod Cliristus filUts fuerit Joseph et Marlœ et quod peccator fuerit : et ipsc Cliristus eorum sectam ferc deslructam rcparaverit, et quod per sectam ipsorimi snlvus factus siï... Item dicunt quod ipsi sbit Pater et Pilius et Spiritiis Sanctus, lUe entm dicituv Pater qui^ pnnw intral sectam ipsorum ; Filins quiatàli Patrcperipsins prœdicationcm itit rai sectam fpsorum ; Spiritus Sanctns qui est perfectus in secta ipsorum^ c. vi, p. 266. Mais le langage symbolique nous paraît dominer dans tout cela. Le Cailiaïc éuit te Pils, la Christ, comme on l*a tu, note 2 du chant xxiv, comme on verra, noies 13 et lA^du Ghant suivaot, qu'il était Adam. Les inquisiteurs eux-môuies s*y perdaient
1148 LR PARADIS.
jostice e( <1e venger notre sang de ceux qui habitent rar la terre? Alors on leur donna à chacun une robe blanche; et il leur fut dit qu'ils attendissent encore en repos un peu de temps, jusqu'à ce que fût rempli le nombre de ceux qui, étant leurs frères et serviteurs de Dieu comme eux (Templiers- Albigeois), devaient comme enx souffrir la mort. >» On comprend maintenant la réponse de saint Jean : Mon corps, l'ordre du Temple, en qui vivait mon esprit, est sur la tenr, tu terra è il mio corpo, où il se fait humble, terre inerte, e terra è, conjointement avec ceux qui ont pour devise A . L T. R. I. , cou gliaUri, jusqu'au temps prochain où le nombre des victimes de Rome sera assez grand pour que le Seigneur se décide à venger le sang de ses serviteurs, tanto che 'l numéro nostro con l'etemo proposùo s'agguagli. Alors ceux à qui fut donnée la robe blanche pourront être ûers de la porter et ne se cacheront plus pour s'en revêtir. Pas la moindre ambiguïté. Si l'on veut entendre ce vers dans le sens littéral, il en résultera que Dante, dualiste éclectique, n'aurait pas partagé l'opinion des Cathares absolus, voyant un ange dans saint Jean : B, Virgo et B, Joannes Evang. descenderunt de cœlo, et NON ERANT DE ISTA CARNE. (Act. de l'inq. de Carc. 1247. D», xxii, MOI. MoneU, 223.) Voy. sur la résurrection des seuls disembodied 5;7trir5^Lighton M. '. 1 61 .
Au chtire radieux Mrhe qu'il n'est monlé
Que deux splendeurs encore aoec Us deux (untgues, ete,
33. Le docte historien des Cathares vous apprendra d'après Moneta, Reinerius, Alanus, etc.,que, dans le système cathare, le Christ, participant de la nature divine^ comme Fils de Dieu, sansêtreégal an Père, ni uni avec lui en substance, aurait revêtu pour venir sur la terre un corps de nature angélique, la chair humaine, comme le monde entier étant l'œuvre du Démiurge et, à ce titre, incompatible avec la divinité ; qu'il n'aurait dès lors souffert qu'en apparence et serait remonté au ciel avec le corps éthéré qu'il en avait apporté. Que la Vierge Marie aurait été un Esprit céleste, revêtu de même d'un corps éthéré, par lequel Jésus n'aurait fait que passer, comme un rayon de lumière à travers une glace, y ayant même pénétré par l'oreille et en étant sorli parle même chemin (doctrine qu'on retrouve chez des Pères orthodoxes, tant de l'Orient que de l'Occident)» (Schmidt, ii, 31 etsuiv.) Ce système admettait donc l'ascension au ciel du Christ et de sa mère angélique dans la glorification de l'âme, et du corps ou de la forme apparente, stola glmiœ. (Ecoles, x v. ) Nais on
ne s'est pas aperçu que ces due luci sole excluaient uécessairemenl le prophète £lic, enlevé au ciel dans un char de feu, selon TËcriture. Excellent motif pour que le saint Jean des Rose-Croix tienne à ce que le monde catholique soit informé qu'il n'y eut pas au ciel nne troisième admission pareille, questo apporterai net mondo vostro. Mais ])eut* être faut-il entendre aussi que Dante doit apprendre à son monde albigeois, que, revêtu des deux tuniques, en corps et en âme, il a été admis dans le chapitre des Rose-Croix, beato chiostro, et que, seul des eiilés Florentins, il a pu le contempler avec ses deux yeux, due luci sole cke saliro. Nous sommes habitués à de bien autres tours de force.
A ces mois s'arrêta cette ronde enflammée^ etc.
3/i. Ici Dante craint évidemment d'avoir été trop loin et de trahir sa pensée en insistant. Il s'arrête donc au dernier mot prononcé par saint Jean. La comparaison dont il se sert ne saurait laisser aucun doute. Ce sont des rameurs s'arrôtant au coup de sifflet du patron, parce qu'ils sont las ou eu péril, per cessât- fatica o rischio, ou, comme dit l'Ottimo, presso a SGOGLIO, si che ischifa pericolo di UOMP£R£ IL LEGNO.
Ah! combien mon esprit se sentit émouvoir, etc,
35. Dante ne brise pas sur l'écueil son navire, qui n'est point, il nous l'a dit, une fragile nacelle ; mais il s'aperçoit qu'il a perdu la vue à force de plonger dans les rayons de saint Jean, personnification de l'amour; en effet, il se retourne vers Béatrice, qui est aussi amour ( Vita rmova), puisqu'elle est sa foi, sa doctrine personnifiée, et il est tout simple qu'il ne puisse la distinguer du saint Apôtre, puisqu'elle se couCoud nécessairement avec lui.
ciiA.^T xni.
Lorsque, la vue éteinte et le trouble en mon cœurt etc,
1. Tandis que Dante est à réfléchir sur le singulier effet produit
par le rayonnement de saint Jean, sur cette atnorption d'un amonr par un autre, son attention est de nouYeau ramenée fers le gloneax Apôtre, qui lui adresse la parole.
Il est juste à parUr que je te dédommage.
2. En attendant que tu recouYres'Ia faculté de voir Béatrice- Amour, absorbée en moi, la vista che hai IN MB consuma, il est juste que je t*cn dédommage en te parlant d'amour.
Dù-vioi dune où toji cœur met le but qu'il poursuit^ etc.
3. Dis-moi donc à quoi ton âme aspire ; et compte que tu reverras distinctement Béatrice dès quMl lui conviendra, car le regard de ses yeux, qui sont ses enseignements, n*est pas moins infaillible pour guérir les aveugles que la main d*Anauie, à qui saint Paul le persécuteur dut de sortir de son aveuglement.
Vienne, dis-jc, à stm gré, lât ou tardf le secours^ etc.
h. (/est par l'étude des Saintes-Écritures, en méditant sur les compositions, en prose de romans ou en vers de Canzoni, des docteurs albigeois, côttime aussi par les représentations symboliques, offertes à ses regards dans les réceptions maçonniques, que Fainour de la théologie, dit TOttimo (de la théologie vaudoise) pouvons-nons dire, pénétra dans le cœur de Dante; et dés lors les yeux du poète furent les portes, fvr porte, par lesquelles elle entra, avec toute l'ardeur dont il ne cessa de brûler pour elle, quand' ella enirb coi fmco ond* io sempre ardo. Il est donc naturel que le remède lui vienne de celle qui lui a ouvert les yeux au point d'en faire des portes. En attendant, elle lui iuspire cette réponse tant soit peu entortillée à la demande de saint Jean : Le bien qui rend heureuse cette cour est Valpka et Voinega de toute écriture m'enseignant l'amour avec plus ou moins de force, lievemenie o foiHc. Il est douteux qu'à la place de saint Jean vous eussiez applaudi à pareil amphigouri. Mais admettez jiue rA[)ôtre, doué d'une plus grande pénétration, eût ainsi compris la phrase : Le monosyllabe B. E N. Béatrice- Henri, ma foi et mon ;*oi, devise qui fait le bonheur de cette cour des princes Rose-Croiï, est le principe et la fin de toute cette poétique amoureuse, sa-ittura, qui va prêchant la religion d'Amour dans un style plus on moins fa-
cile à dëofaiftirer. Penscz-Toas alors que saint Jean eût hésité à reconnaître dans le candidat nn vrai fidèle d'Amour ?
En passant ta doctrine à crible plus menu, etc.
5. L'algie du Christ a pariaitement compris, puisqu'au lieu de répéter sa question, il en formule une autre, afin dépasser la doctrine religieuse et politique du candidatusk un crible plus serré, a piùan^ gusto vaglio. Il demande donc à Dante : Qui a dirigé toutes tes aspirations vers ce double but, chidrizzo Carco tuo a toi bersaglio?
Car le hient lorsqu'il est compris en vérité, etc.
6. Cet aqiour s*est Imprimé invinciblement en moi par des arguments philosophiques, (en tendez- vous bien? non pas théologiques, arguments fournis dès lors par la raison) et de plus par l'autorité qui dérive d'ici (d*où ? du ciel des Rose-Croix ? pourquoi ne pas dire une pauvre petite fois, par l'autorité de l'Église catholique romaine?) ; car c'est ainsi que le bieu, eu tant qu'il s'agit de fi.ËlV. tel qu'il est entendu dons nos loges et dans nos temples, m quanto B. EN. COME s'iN- TENDE, embrase d'amour tous les cœurs, cosi accende amore; amour d'autant plus grand qu'il comporte en lui plus de mérite, quanto più di boutade in se conipende, B.1^N. comprenant à la fois la véritable religion évangélique et le bonheur social. Vous voyez de quelle importance il est de comprendre B.£N. Ce ne sera pas notre faute si vous n'y parvenez pas.
Or, rien n'est compai-ahle à Vessence supréne^ etc.
7. L'esprit de quiconque sait discerner la vérité, sur laquelle je me fonde, la mente di ciascun che cerne la verità in clie si fonda qtiesta pmova, doit donc se diriger, en suivant la religion d'Amour, amando, vers fi. EN. qui nous offre tant d'avantages réunis, aW essenza ov' è tanto vantaggio, de préférence à une religion de toute autre essence, piii che in altra; car tous les biens qui se trouvent en dehors d'elle, chez- la prostituée sa rivale, par exemple, ne sont qu'un rayonnement de sa lumière, dérobé au véritable foyer oriental.
f Des êtres élemels l'amour est le premier. »
8. Je déduis cette vérité de Platon en premier, car j ai invoqué d'abord les arguments philosophiques, et je mets le philosophe grec,
lloS LE PARADIS.
bleu au-dessus de Moïse, or Plaion, s*est exprimé ainsi : Amorem, aio, Deorum antiquissimum. Il est clair d'ailleurs que Dieu disatil k Moïse sur ie moût lloreb : Ego ostendam omtw bonum tibi (Ex. xxxui, 9), en parlant de lui-uiômc, di se parlandot entendait se manifester à lui comme le Dieu d'amour, ce que Moise ne comprit pas {*). Mais tu as mis le comble à ma conviction dans ton éTangiic, où tu proclamas hautement que ie Verbe, qui est amour, « était au commencement avec Dieu, Dieu lui-même; qu'en lui était la vie et que la vie est la lumière des hommes. » i, 1, !2^. Ces paroles subii mes remportent sur tout ce qu'a écrit Moïse, iMaton même, et révèlent bien mieux le mystère d'amour, d'où dérive pour nous la lumière, alto preconio che grida Carcano di qui laggiii sovi-a eut ogni bando.
Mais dit, nesens'tu pat d'autres liens encor, etc,
9. Cette réponse assez catégorique, sinon très-orthodoxe, ne suffit pas à saint Jean. Après avoir recommandé à son disciple d'aimer Dieu par-dessus tout, puisque l'autorité de la raison et l'autorité évangélique sont d'accord sur ce point, il lui demande s'il n'a pas encore d'autres puissants motifs pour aimer Dieu, con quanti demi questor amor ti morde. Dante qui voit bien ce qu'attend de lui l'aigle du Christ répond : que l'existence du monde et la sienne propre, la mort que le Fils de Dieu souffrit, afin qu'il eût la vie « qui est la lumière » et l'ensemble de ce qu'espère tout fidèle comme Uà; il ne veut pas de confusion, mais elle eût été moins possible encore s'il eût dit nettement un mot de la résurrection de la chair ; tels sont les puissants motifs qui, joints aux précédents arguments, l'ont arraché au calliolicisme, mer d'amour mauvais, mar deU'amor torto (grâce au capo reo) et l'ont conduit à embrasser la religion de l'Amour juste et vertueux, diritio. C'est toujours la même manière d'esquiver la
(*) Bien mieux : « M(»Ese, disaiciu les Caihares, a reçu la loi d*un lit^mpeur, d*un Jongleur, il a (t\é lui-même un sorciei',!uii larron (Ebrard., 127; Ennang., 224; Honeia, 112; AcL de l*inq, de Carcass. 1247, Doai, xxii, t" 100) et il est dunmc |x>ur avoir cxOcuié les ordres de son maître ; pour avoir ùlé liomicidc cl pour avoir commandé à son peuple des guerres d*externil nation ; tous les autres Pères de l'ancienne alliance sont damnés comme lui, car il est dit que t tous ceux qui font les œuvres de la loi sont sous la nialé- ■ diction» Gui. m, 10. (Âlanus,84, 85, DispulaliOt 1718.) D^oii cette conséquence, que la loi, n'ayant pasOtc donnée par le Dieu bon, n'est qu'ombre et vanité, qu'elle ne conduit pas uu siUiit mais à la uort, parce qu'elle ne counnande pas l'AMOt/B et quVIle 'permet de iialr son ennemi. • (Ebrard., 1 18 ; Monela, 196 et suiv. ; Disput. 1715etbuiv. reregrin.Pnscianus, 9b.)yoy. iichinidt, ii,22. Cuinpi enez dès lors pourquoi Moî^ ni aucun des Pères de l'ancienne alliance ne ligureiit dans le Paradis pas plus que Unt de saints de la nou\elle, à cOié du Guillaume d'Oiangc, de Uaiuoard et de saint Hubert Guiscard.
difficulté à l'aide de tours elliptiques, de mots à double entente et de réserves d'intention. C'est le procédé cathare dénoncé unanimement par tous ceux qui ont écrit sur ces hérétiques , mais poussé à sa suprême puissance.
J'aime toutes U$ fleure qu'en son riche domaine^ etc,
10. Dante aime toutes plantes dont se pare le verger du jardinier éternel, selon qu'elles sont portées plus ou moins à servir la cause de B. EN. , selon qu'elles se rapprochent, par leurs opinions, leur croyance» leurs actes et leurs discours, de la doctrine politique et religieuse qui est la source de tout bien, quanto daL.yia lor di bene è porto^ Comment cette répétition fatigante de ben de bene, et de lui u'at-€]le pas mis sur la voie de la véritable acception à donner à ces monosyllabes cabalistiques? L'écroulement de la vi' arche du pont des Maleb(Mge aurait dû pourtant indiquer suflBsamment son intention d'affecter le vi au lieu du vil à son héros dans la série impériale. (Voy.E. XXI, note 26.)
A peine je me tue, qu'une douce harmonie^ etc» il. Voilà l'examen de Dante terminé, à la satisfaction des glorieux Maîtres qui l'ont interrogé ; que se passe- t-il alors? Un doux chant de joie, un dolcissimo canto, celui d^Hosanna, sans doute, retentit dans le ciel. Béatrice s'y joint de grand cœur et répète avec les dévots d'A.L.T.R.'l. Saint, Saint, Saint; la mia donna dicea can gli ALTRI : Santo, Santo, Santo. Eh bien , les mêmes chants de joie précisément saluent le récipiendaire, par qui le mot, le verbe d'amour a été retrouvé. « Hosannal s'écrient en chœur les Rose-Croix, Hosanna au plus haut des cieux ; paix et bonne volonté aux hommes sur la terre ! La musique joue, The music immediately plays^ et tous chantent saint, saint, saint! holy, koly, holy, lord In (LIght on Mas. , p. 228. ) Nous soumettrons donc trèé-humblement cette question aux doctes, qui jusqu'à présent se sont obstinés à faire la sourde oreille : Comment se fait-il que dans le Paradis Dantesque tout se passe absolument comme dans les loges maçonniques et cela dans les moindres détails? Qui donc est sous l'influence d'une préoccupation systématique? Peut-être se tronvera-t-il enfin quelque bonne âme pour daigner trancher la question dans le savant journal, à la porte duquel je frappe en vain depuis trois ans, en toute humilité.
11S4 LE PARàDIS.
Comme rompt U êommeil un$ hnur »Mtê, ete,
1 3« Le doute n'est plus permis à Dante lorsque le Ciel applaudit eo cbœur à sa professioa de foi» d'espérance et d'anKMir ; les écailles tombent de ses yeux, il voit la lumière, lume acuto, qui l'arrache à un sommeil de mort, lo dissonna. L'esprit d'examen, l'esprit rationnel, spxrto tùivo, s'est ravivé en lui, à mesure qu'en passant de grade en grade, il a revêtu un costume différent, digonna tn gonna. Réveillé désormais, il a horreur de ce qu'il voit dans le monde catholique, lo svegliato cid che vede abhorre , tant l'éveil subit qui lui a été donné sur maintes choses Ignorées l'a pris au dépourvu, si nescia è la subùa vigxlxa. Mais enQn le jugement lui vient en aide, fin che la stimatxva nol soccarre, et Tempôche de commettre des imprudences compromettantes. Ce fut ainsi qu'il suffit d'un regard ou d'un enseignement de celte doctrine d'Amour, dont Téclat resplendissait bien loin de son foyer oriental, piii dx mille miglia, pour dégager ses yeux de toute immondice, (jw'squiglia, et rendre sa vue plus perçante qu'auparavant De cette comparaison il résulte, que les vives clartés répandues dans son âme par l'évangile de saint Jean, l'apôtre de l'amour, dans la loge des Rose-Croix, lui ont fait prendre en dégoût, tout d'abord, ce qu'il voyait d'actes de haine autour de lui» il jmzzo del paganesmo, au point de lui faire mettre en oubli la prudence, contrairement aux enseignements de Béatrice. Heureusement ce premier mouvement dura peu, grâce à la virtit stimativa qui, venant à son secours, lui fit comprendre la nécessité d'une habile circonspection.
La premihe âme dite à la Vertu première.
13. Le nouveau personnage que Dante s'étonne de voir en leur compagnie, con noi, est Adam ; Béatrice le désigne dans des termes que n'aurait pas désavoués le gnostique le plus puritain. U est pour elle la première âme créée, non pas directement par Dieu, qui dans la doctrine exposée au ch. xxix (voy. la note 3) n'a exercé sa puissance créatrice que sur le monde des intelligences; mais indirectement, c'est-à-dire par la vertu ou puissance première, viriù, dynamé, émanée de lui, autrement dit par le Démiurge par ^amiita prima che la prima virtù créasse mai (*).
(*) ffan omnla, inquiunt p€mUcUmt, Jetu Cfiristo régna dixis^et diabolus esse
Tout stupéfait d'àimrd, un* splendeur nouvelle, eic,
iU, Pourquoi Dante est-il plus stupéfait^ stupefatto, en apercevant Adam, qn*il ne Ta été à Taspect des trois Apôtres qui viennent de l'interroger? Parce qu'ici se renouvelle celte fantasmagorie qui l'a fait se voir déjà dans Jason, dans Gurion, dans Ulysse, avec qui même il s'entretint; dans David, Ryphée, etc. Il nous a même préparés à ce dernier tour de force, en répétant deux fois dans le Purgatoire qu'il a tient d'Adam, » qu'il est « revêtu de la chair d'Adam, o et c'est encore ce nom XAdam qu'il fit répéter au cortège de Béatrice au moment où, dans Eden, il approclia de l'arbre symbolique, comme pour se désigner lui-même ainsi. Mais sa stupéfaction ne dure pas plus qu'un souffle de vent, et il se relève comme la feuille, par sa propre vertu ; car sa foi lui inspire cette création d'Adam, dont il est ainsi \efattar, par sa prima viriii, l'intelligence. La combinaison est certes des plus curieuses à étudier dans ce qu'il va dire, poussé qu'il est par un si ardent désir de parler à cet Adam, en qui il se voit lui-même, comme il vient de l'indiquer dans ces mots à double entente, me che dinanzi vidi (*).
0 toi, diS'je^ seul fruit qui jamais soit excru, Dans sa maturité complète, antique père, etc.
15. 0 Dante-Adami né à la vie Nouvelle, initié aux mystères du Temple, quand tu étais déjà parvenu à l'âge mûr, matttro, ou bien nel mezzo del cammin ; toi dont, comme pasteur évangéiique, chaque nouvelle épouse est à la fois la fille et la bru, puisqu'elle épouse un
datvrum, nisi obiinuisset eorum dominatumt utquœ a se essent facto, uCdeclaratum est. (Euthym. monach. Zigab., p. ii, 5S, p, 220. Bibi. Vet. PP. t xii.)
Pateritius dicU, quod minor crcator, scUicet Lucifer (le Démiurge) omnia vistbitia a'eavit. Sic crgo Diabotus est crcator hujus sœculù (Rcincrios, Contra Val' denses, c vi, ibid., p. 271, u xxv.)
(*) Dicunt, quod Adam fuit primus tiomo, qui secundum eos per creationem Dei, EX PRiEDiCATiONE, primo crcatus fuit, qui pHmus fccit voluntatem Dei, crcdendn seetœ eorum, (Relneriiu, Contra\Waldenses, Yi, p,267.) Voy. la pote 2 du ch. xxiv. \\ eal évident que le véritable sens du symbole avait échappé à Taposut caihare de- Tenu dominicain et inquisiteur pour la foi. Autrement il aurait dit : Les Cathares désignent par le nom d'Adam leur pasteur spirituel, Tépoux de leur église, qui dès lors de- Ticnl son Eve. Cet Adam, engendré par la pi-édicaiion de la vraie doctrine, est pour eux rœuvre de Dieu, dont il est le premier à faire la volonté, et sa parole engendre ft son tour des fils et des filles k Dieu. Gela est si vrai que les deux ministres assisUnts venant Immédiatement après le pasteur ou Tévéque, étaient désignés par les noms de fiU majeur et de fils mineur, (Moneia, 278 ; Reinerius, 1760.) Le premier étant d'ordinaire son successeur désigné. Or ce Rinierl Saccone, qui se méprend sur maints autres points encore, pourrait bien avoir'surfiiit sa valeur réelle, en se donnant pour évéque cathare. lors de sa conversion, aûn d'en tirer meilleur proût. Nous ne pensons pas qu*U eût dépassé le diaconat, fidèlement consacré dans la Mai^nnerie.
de tes fils, je te prie de m'adresser la parole sans qae j'aie besoin de tlhterroger, puisqa*étant moi-même, tu vois au mieux ce que je désire.
Comme, encor que couvert, Vanimal qui i'agite, etc.
16. De même qu*on être animé, caché par une couverture métaphorique, un animal coverto, laisse apparaître dans ses mouvements l'impression dont il est affecté, l'affetto convien che si paia, de même cette âme, dissimulée sous le nom du premier homme, amtna primaia, me laissait transparaître en personne à travers sa couverture, Ml facea trasparer per la coverta, tant, pour me complaire, elle devenait habile en Gaie science; quant ^eila a compiacermi vcnia gaia. Trouvez donc un commentaire plus clair que cette traduction.
J*aperçoii mieux en ioi Vobjet de ton détir, elc,
17. Dante-Adam, s'empressant de satisfaire au]vœu de sou Sosie, répond : Je distingue mieux le désir recelé en ton sein, que toi ce qui t'est le plus évident, attendu que, âme dégagée de la matière comme je suis, je le vois dans le miroir de vérité, qui imprime sou parélie sur les autres choses, quand rien ne saurait lui faire subir le sicu ; je le vois dans l'étoile flamboyante qui se réfléchit sur tout Rose-Croix, et lui imprime un caractère divin, celui de p<i$teur ou d'apôtre, par Feffet d'un véritable parélie ; / stamp you. (Light on M. *. , 209.)
En ce moment, de moi tu désires savoir, etc.
18. « Tu veux savoir combien Dieu me fit habiter le sublime jardin où Béatrice te prépara h si longue ascension, c*cst-à-dire par combien de grades il nous fallut passer, toi ou moi, depuis notre ba|v têmc mystique sur la montagne du Purgatoire, jusqu'à noire admission au grade de Rose-Croix, à l'aide de l'échelle de Jacob des Solitaires, 52 lunga scala. Tu veux savoir en outre, combien de temps nos yeux se complurent au milieu de Téglise des saints qui composaient le cortège de Béatrice, dans cette Florence qui était pour nous un Eden; quel fut le vrai motif du grand courroux de Bonifacc VIII et des Noirs, la propria cagion del gian disdegno; enfin quel fut l'idiome conventionnel dont nous fîmes usage et que nous créâmes, tidioma ch* usai, e ch' io fci. » Toujours la raôine préoccupation du poëte au sujet de ce langage crotico-religieux, de ce nuovo stile, sur lequel il s'est étendu dans le Purgatoire, et qui nous a valu ie
curieux (railé de Vuig. Eloqm'o. (Voir nos RévéL) Toqjours le même en)|H'essemcnt à s*eo proclamer Tinventeur.
Maiê parce qtie j'avais transgressé la défense.
19. £h! mon pauvre ami, ce ne fut pas le fait d'hérésie en luimême qui nous valut un si long exil, tantoesUio; ce ne fut pas notre goût pour le fruit défendu, il gustar del legno, tant d'autres sont dans le même cas, qu'on laisse bien tranquilles à la condition de pécher sans bruit et sans scandale ; notre malheur fut seulement de laisser apparaître au dehors ce qui aurait dû rester secret, ce fut la révélation du signe distinctif de mon grade, de ma qualité de pasteur évangélique, solamente il trapassar del segno, La faute en fut à notre église florentine, à notre Eve indiscrète, che non sofferse di star sotto alcun vélo (Purg. xxix), à ces dames de Florence qui s'en allaient si décolletées, montrant colle poppe il petto (Purg. xxiii), et qui laissèrent transparaître nos signes symboliques, trapastar il segno.
Aux lieux où, de Virgile invoquant Vassistance, etc* 20. Depuis V Enfer, où notre dame te dépêcha Yirgile, on compte, jusqu'ici, quatre mille trois cents deux vers, véritables révolutions de soleil, puisqu'ils n'ont cessé de répandre la lumière, et ces vers, comme autant de soleils, ont passé neuf cent trente-trois fois à travers toutes les étoiles des huit cieux du Paradis, c'est-à-dire l'espace d'environ douze ans de 365 jours chacun, depuis que nous y travaillons sur la terre, c'est-à-dire depuis 1300. Remarquez les nombres cabalistiques 9 et 33, qui jamais ne manquent de revenir à point nommé.
La langue qui par moi fut parlée et formée, elc,
21. La langue erotique que nous parlâmes, sans l'avoir créée, puisque Frédéric II et Pierre Desvignes, Guido Guinicelli, Cino de Pistoja, et tant d'autres, s'en servirent habilement avant nous, ridiome amoureux s'éteignit, tutto spento, car il nous fallut y renoncer, entendu qu'il était de trop de gens, lorsque la confusion se mit dans les rangs gibelins, par suite de la défection du Nembrod Guido de la Torre ou de la Tour {Enf. xxxi et Purg. x), quand « les travaux furent suspendus {conftision has corne on our works\ que le
mot, verbum, le langage fot perdu » • et le Temple détnûL (Ught onM.\ Voy. surtout le Vulg. elofj., pp. 387 et suiv. des RéoeL)
Sur terre n*apparaU pour y durer ians eeiM, fie.
22. Bien de ce que produit l'Amour sectaire guidé par la raison, nullo effeito raztonabile, n*est immuable; au contraire, les effets de cet Amour changent selon les divers grades ou deux par lesquels il doit passer, seguendo il cielo, en renouvelant sa Gale science, lo piacere uman riruwelUu II est naturel à Tbomme de parler; ceux qui méritent ce nom parlent la langue des saints, des Parfaits, qui les distingue des brebis orthodoxes; mais la providence impériale du Grand- Orient, Natura, laisse les habiles combiner de nonvelles locutions, selon qu'il est avantageux à TOrdre, iecando cke v'abb^Ua.
Sur terre on appelait EL le aouverain bien, etc.
23. Bien avant que nous entreprissions notre voyage de TEorcr (qui sait même si Y infernale ambascia ne fait pas allusion à Tambassadc près de fioniface YIII ?), l'idée que nous exprimons par B.ËN. se formulait par Un ou I, initiale A*Imperaior (je suis plus qu'autorisé à suivre la leçon de TOttimo et du chanoine Dionisi, confirmée par plusieurs uès-auciens manuscrits), bien suprême, auquel nous parviendrons à force de Gaie science et à l'aide des déguisements qu'elle nous suggère, somma bene onde vien la leiizia che mi fascùu
Puis ELI fut ton nom, et n'importait en rien, etc.
iU. Il s'appela ensuite E.L.L, c'est-à-dire Enrico, iMcemtmr^ ghese, Imperatore, et rien de plus convenable, cià comiene, puisque tel était le nom de notre monarque bien-aimé. Or, il en est des princes comme des feuilles, l'un s'en va, l'autre vient; mais, ici l'autre, c'est A.L.T.R.A., Arrigo, Lucemb., TempL, Re, Augusto. Je lis, dans un cahier manuscrit que le mot de passe du grade est Eliael, mot qui paraît bien de la même famille que Eli.
Sur le mont qui plus haut dresse au-4essus de Vonde, ete*
25. Nous sommes restés, en ta personne, sept heures environ sur la montagne du Purgatoire, dans le lieu de réflexion et d'expiatioa, où tu es arrivé souillé des vapeurs de l'Enfer roiBain» et que tu m
CHANT XXVI. llBd
quitté purifié ponr une vie nouvelle, con vita pwa, bien que flétrie par un arrêt inique, e disonesta; car tu y es entré à la première heure du jour, comme les Maçons, et tu en es sorti au moment où le soleil change de cadran après la sixième, corne 'l sol muta quadra aW ora sesta. De pareilles concordances ne seraient-elles pas bien étranges si nous avions fait fausse route jusqu'ici ?
C*est ainsi que le très-subtil théologien albigeois a trouvé moyen de nous apprendre qu'après être passé Maitre secret, puis Maître PARFAIT, il avait été décoré de la clef d'ivoire, clef du langage du Temple, et qu'à ce titre il avait pris rang parmi les Lévites, autrement dit parmi les pasteurs évangéliques, you hâve hadrang amang the Lévites; enfin qwe sous ce même nom d'ADAM, father Adam, il avait présidé, comme Vénérable, la loge philosophique des Chevaliers adeptes de l'Aigle et du Soleil. (Voy. Light onM.\<, pç. 253 et suiv.; Bazot, 113; Villiaume. 189.) Comment, en effet, auraii-il pu intercaler tant de dénominations étranges qui se produisent dans la série des principaux grades, s'il ne se fût avisé de l'expédient rétrospectif que nous signalons ici ? Mais, après s'être dédoublé tant de fois, Dante-Béatrice pouvait-il hésiter à se mettre en scène comme Dante- Adam, conversant avec lui-même et répondant à ses propres questions, de la même manière qu'il est procédé dans les loges entre le Maître et le Candidat? Adam lui-même, selon l'Écriture, n'était-il pas homme et femme, et le P. Lombardi ne nous vient-il pas en aide lorsqu'il dit : « Le poète, à l'imitation des saintes Écritures, a pu, dans Adam, comprendre également Eve? » Il l'a si bien pu qu'il Ta fait, et que Dante-fiéabrice ne diffère en rien de Dante identifié, en tant qu'Adam et Eve, avec son église florentine. {Voy. Léon Hébreui Philosophie d'amour, dialog. m.)
ilien de plus compliqué, nous en convenons, qu'un mysticisme aussi savamment élaboré, que ces créations multiformes de l'esprit sophistique signalé unanimement chez les Pauliciens, les Vaudois et les Patérins, par £uthymlus, Rinieri, Pilichdorf, Moneta et Bossoet. Mais nous ne nous lassons pas d'en suivre les mille combinaisons capricieusement enchâssées les unes dans les autres, et se rattachant toutes à une même pensée, à l'aide du lien mosaïque qui les unit, pour nous servir des termes du Banquet, La tâche que nous avons entreprise n'est pas moins fatigante que le jeu du casse-tête chinois, et nos forces sont sans doute au-dessous d'elle; que ce soit un motif pour nous pardonner s'il nous arrive parfois de faillir dans quelqu'une de nos interprétations. Nous pouvons errer sur certains détails, mats
1160 LE PARÀDI8.
nous avons la conviaiou d'être dans le vrai pour toai ce qo'il y a de vraiment capital dans cette œuvre prodigieuse, où Ton uc sait ce qui l'emporte de l'immense doctrine ou de l'immense génie poétique.
CHAUT XXTII.
Le Paradis entier s'écria : Gloire au Père, etc,
1. Tout le Paradis Dantesque s'écrie : Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit ! Mais sans s'expliquer, bien entendu, sur la question de savoir comment ils procèdent l'un de lautrc, si le Fils est ou non a>nsubstnntici, s'il réunit ou non les deux natures» etc C'est que renseigne a une grande valeur, et que les mots en sont une excellente lorsqu'ils ont une valeur élastique. Le docte Rose-Craix le sait mieux que personne : aussi sa joie est-elle sans bornes en entendant chanter des paroles dont l'orthodoxie ne saurait être soupçonnée. L'univers entier lui semble rire de la mystification dont les plus fins seront dupes à Rome, mi sembrava un riso deW universo. Aussi dans ce Paradis en joie s'enivre-t-il non moins par les yeux que par l'oreille, mia ebbrczza entrava per l'udire e per lo viso, tant ce qu'il voit et ce qu'il entend dans le ciel des Rose-Croix est d'accord avec sa pensée intime.
0 lonheur ineJfahU, extase sans pareille, etc.
2. Comment une joie ineffable ne régnerait-elle pas au foyer de la Gaie science? Comment ces princes Rose-Croix, dont la vie entière est consacrée à l'amour, à rendre la paix au monde en l'arrachant an joug théocralique , désireraient-ils quelque chose en sus de cette Gaie science qui est la richesse la plus assurée, vira intera d^amore e dipace?
Tous deux étant oiseaux, à changer de plumage,
3. L'Homère du vaudéisme a pris admirablement toutes ses mesures. Sa profession de foi catholique sur les trois vertus théologales ne saurait laisser de doutes au sujet de son orthodoxie, il peut donc
donner carrière à sa haine contre les chefs de Ti^lise romaine et prendre saint Pierre lui-même pour interprète. Les anaihèmes qui tomberont de cette bouche sacrée sembleront dirigés uniquement contre des pontifes indignes, contre des abus condamnables, non contre le dogme catholique lui-même. Saint Pierre rougit de ses successeurs, et une divine colère le transporte à la vue de leurs méfaits. De blanche qu'elle était, la Splendeur dont rayonne l'Apôtre s'avivant encore, est devenue pourpre, à l'opposé de ce qui est arrivé à Béatrice, au ch. xviii. De la couleur de Jupiter, saint Pierre est passé à celle de Mars, comme si les deux planètes changeaient de plumage, ou les deux loges correspondantes de décoration, ce que l'Ottimo explique ainsi : «Jupiter est une planète bienveillante et signifie, selon les astrologues, dignité ecclésiastique; Mars, au contraire, ayant en propre la colère, il en résulte que, par cette comparaison, le poète a voulu mettre en relief l'irritation d'un haut dignitaire de l'Église, courroucé contre les modernes pasteurs. »
La Providence, là, qui dispense à son gré, etc* lu U n'était guère possible d'employer ici le mot Natura; aussi le poète le remplace par celui de Providence, sans y joindre d'épithète bien entendu ; or, cette providence du Grand-Orient, qui règle la hiérarchie et prescrit à chacun sa tâche, a recommandé le silence à tout le bienheureux chapitre des Rose-Croix, beato coro, afin que de toute part on pût entendre la condamnation de l'Église catholique prononcée par le successeur immédiat de J.-C.
.... Nfl t'émerveille pas Si de couleur je change ainsi, etc.]
5. Saint Pierre ne parlera pas seulement pour lui, mais aussi pour Ions les saints Apôtres et pour tant de Solitaires et de Rose-Croix qui, empressés de marcher sur leurs traces, sont unis par un même amour, dit rottimo, gtunti in uno amore. Tous, en conséquence, animés d'une même pensée, manifesteront, en changeant également de couleur, une indignation égale à la sienne, vedrai trascolaj^ar tutti costoro.
L'intrus qui sur la terre est assis en mon lieu^ etc»
6. C'est contre Boniface VIII que fulmine l'apôtre indigné, vous
diront les commentateurs, c'est loi qui avait usnrpé le siège pontifical, son élection n'étant point canonique ; c'est son avarice et son orgueil que le po^te a vonlu stigmatiser. N'en croyez rien ; Boniface VIII avait à peine régné 6 ans en 1300, or, il but bien du sang et des immondices pour faire un cloaque d'une ville comme Rome, il en faut beaucoup pour rassastier Satan, et ce n'est pas Taffaire de cinq ou six ans ; puis d'ailleurs quel serait le sang que Boniface aurait fait couler ? Croyei bien que, dans la pensée dantesque, ce sang se rapportait tout à la fois à la querelle des investitures, an massacre des Albigeois et aux supplices des Templiers ; celte pensée va d'ailleurs devenir bientôt plus explicite.
Ija couleur qu'à la nue imprime U soIeU, etc.
7. On se rappelle que Béatrice est devenue toute blanche dans le ciel de Jupiter ou des chevaliers Kadosb, dont la loge est tendue de blafiCt après que son teint eut rougi dans le ciel de Mars, affecté aux Patriarches des croisades, dont la loge est décorée de draperies rouges; le même effet scénique est répété ici. Le Ciel entier prend une teinte enflammée, saint Pierre s'empourpre; autant en arrive des Apdires et de la foule des Bienheureux; même cause.^nême effet. C'est que la loge des Rose-Croix est tendue de rouge, 15 Atiit^trit/trrc^. (Voy. Lighi, on Masonry, p. 2^17.) Sommes-nous dans le vrai?
Béatrice à ces moi* auui changea d'aspect.
8. Autre fanusmagorie, Béatrice ne rougit pas, quoiqu'elle change d'aspect, trasmuto sembianza, ou plutôt d'apparence extérieure, elle s'intimide, comme une femme honnête, sûre d'elle-même, en apprenant la défaillance d'A.LT.R.VI. Faut-il donc expliquer que la mort de l'empereur Arrigo de Lux. , Templier et Roi VI, sa faUama, rendit singulièrement timide la pauvre foi albigeoise, qu'elle redevint V humble Béatrice de la Vita nuova; que par prudence elle fut réduite à se dissimuler, à trasmutar sembianza^ à s'éclipser enfin? Doutex-vous encore ? Peut-être comprendrez-vous du moins le ihéologien albigeois s'écriant: Pareille éclipse se Qt, je crois, au cid, f«ie £CLissi in ciel fue, quand pâlit la suprême puissance, quando pati la suprema possanza, ce Christ dont Henri était le représentant sur la terre, où comme lui il devait juger les vivants et les morts. Peutêtre à celle dernière preuve si évidente, la valeur réelle d'ALTRUi et des autres termes analogues est-elle désormais fixée.
Puit, la w>iaf fowtmoit d'un ion plu$ véhément, etc.
9. La voix de saint Pierre n'est pas moins changée que sa couleur lorsqu'il reprend la parole* Le modf nous en sera sans doute connu plus urd, mais il semble que déjà le début ne manquait pas de véhémence.
Non, VÉglise du ChrUi n*a pas été nourrie, etc.
16. Saint Pierre tonne d*abord contre la simonie dont sont entachées les élections pontificales et dont le résultat est de faire livrer à prix d'or, comme une prostituée, TÉglise du Christ, son épouse, à des mains indignes. Il se plaît à rappeller qu'elle a été nourrie du sang de sept martyrs : du sien, de celui de Lin, de Clet, de Sixte, de Pie, de Galixte et d'Urbain, en tout sept Papes de la primitive Église, jusqu'en 223. Sur quoi l'Ottimo nous dit que « c'est là un nombre parfait^ composé qu'il est de 3 et de h, et que sous ce nombre parfait, sotto questo numéro, le poète entend tous les successeurs de saint Pierre ayant subi le martyre pour l'Église; » ce qui nous reporte à la fin des persécutions, et fait comprendre que le véritable esprit de l'époux aurait abandonné l'épouse au moment où elle s'établit triomphante à Rome, au temps du pape Sylvestre, lorsque Constantin fit le premier ricco padre; époque à laquelle, nous dit fiossuet, les Yaudois prétendaient « s'être retirés de l'Église romaine ; prétention si ridicule, ajoute-t-il qu'elle ne mérite pas d'être réfutée. » {Uisu des Var., xi, p. 490.) Telle est aussi la fin de non-recevoir opposée dédaigneusement par nos premiers contradicteurs à notre méthode d'interprétation.
Nous n*avons jamais eu, certes, Vintention, etc,
11. Nous n'avons pas entendu que nos successeurs eussent à traiter en réprouvés ceux qui, comprenant l'Évangile autrement qu'eux, comme les Albigeois, ou la question des deux puissances, comme les Gibelins, n'en faisaient pas moins partie du peuple chrétien, parte del popol cristiano; ni qu'ils eussent à lancer contre les uns et les autres, sous l'étendard des Clefs, segnacolo in vessillo, des bandes do mercenaires, et à faire couler ainsi à flots le sang de leurs semblables, baptisés par l'eau ou par l'esprit, che conlra i battezati combaitesse, en foulant aux pieds la loi d'Amour.
De$ brefs, pour or vendu»^ aussi menteurs que vaine, etc.
12. Les premiers pontifes étaient loin de penser que la Ggare de saint Pierre gravée sur Tairain, /Sortira c/tit^tY/o^ servirait à sceller des bulles destinées à vendre à prix d'argent et d'or des indulgences menteuses, a' prwilegi venduti e tnendaci, dont ils rougissent et s'indignent dans le Ciel, oiuf io arrosso e disfavxUo.
Dans chaque pâturage on voit le loup rapace.
13. Les Papes et surtout Grégoire YII alléguaient, pour réclamer le droit d'investiture, que les Empereurs n'appelaient à Tépiscopat que des prêtres indignes, et depuis que le saint-siége a usurpé ce droit contesté, les choix sont plus déplorables que jamais. Dans tous les diocèses, pei* tutti i paschi^ les évêques, avides de richesses, sont devenus des loups rapaccs, iupi rapace portant, comme Foulque de Marseille, la désolation au milieu de leur troupeau. Aussi rotdmo nous renvoye-t-il aux hypocrites, ipocriti tiisti du ch. xx de VEnf, £t Ëuthymius, Rinieri , Pilichdorf, s'accordent-ils pour nous dire que les hérétiques avaient horreur de l'effusion du sang, même de celtd des criminels et des animaux, ne faisant d'exception que pour le serpent, qu'il était permis de tuer {voy. Schmîdt), et qu'ils avaient en horreur, comme nous l'avons dit au sujet des reptiles dont sut se délivrer Guillaume de Gellone, (xviii, note 17.) O jugement de Dieu, pourquoi cs-lu gisant, perche giaci, dans la personne du IVDëX, dans celle du VELTRO, du Venerando Enrico, Lucemb. TempL, Re Ottimo^ qui devait refouler aux enfers la fuia^ la prostituée romaine ! Notez que, dans plusieurs anciens manuscrits on lit avec l'Ottimo, o difesa di dio, ce qui est à nos yeux la leçon originale. O héros vengeur de Dieu, pourquoi n'es-tu plus qu'un cadavre!
Cahorsins et Gascons s'apprêtent, pleins d'audace, etc.
l/i. Les Cahorsins et les Gascons, caorsinieguaschi, ne sont pas seulement les papes Clément V et Jean XXII, le premier de Gascogne, le second de Cahors, ce sont aussi les cai'dùuUî e prelati, nous dit rottimo ; IUi.de Vasconia et Caorsulis qui aliquando habent majorem partent cardinalxum, ajoute de son côté l'annotateur du Cod. Glembervie, attendu que ces deux Papes s'étaient entourés de leurs compatriotes. Mais quel est le sang qu'ils s'apprêtent à boire à l'envi les uns des autres ? Celui de saint Pierre et de ses successeurs ? Non certes; leur patrimoine, à eu croire les commentateurs, toujours si
ciaivoyants? Pas davantage ; quoiqu'il fût bien liquide, la métaphore serait un peu forcée. Non, le sang dont ils se repaîtront est le nôtre, entendez -vous bien ? ttostro sangue, c'est celui des Templiers, celui des fidèles professant la même doctrine évangélique que saint Pierre, les Rose-Croix, les Albigeois, et dans ce sens la métaphore n'a rien que de très-acceptable. O Église primitive, qu'est devenue ta foi, ta pureté à ton début? Épousé immaculée, te voilà, comme Église catholique romaine, descendue au rang d'une vile prostituée, a che vit fine canvien che tu caschi!
Mais hientât y saura pourvoir Ja Promdence, eic,
15. Mais bientôt un Empereur, ra/ra;7rm;tV/enza^ digne de succéder au noble Henri, suscitera le Scipion véronais, Can grande de la Scala, le grand Khan des Tartarins lombards, et le fera marcher, nouveau ve/r7*o^ contre la Garthagc délestée. Il se souviendra du de- Lenda CarthagoQï viendra ainsi, comme je l'entends, si com'iocon-cipioy au secours de l'Église évangélique, soccœrà tosto, celle qui seule doit régner dans Rome, sous l'égide de la monarchie universelle, celle gloire du monde, gtoria del monde. Demandez aux commentateurs quel est le régime de soccœrà. (Voy. VAfrica de Pétrarque.)
Vas proclamant ce dont je ne fais point mystère»
16. Et toi, mon fils, qu'ils traitent d'hérétique, tufiglio, dont la foi est la même que la mienne, tu vas être encore obligé, par la mort de ton Messiie, de descendre à la feinte, ancai- giii torfieiai, à raison du joug pesant de la mort catholique per lo moruil pondo; que cela ne t'empêche pas de tonner contre la prostituée dans ce langage dont tu es l'Adam ; imite-moi dans ton beau style à double et triple face, aprila boccajUe dissimule pas ce que jeji'ai pas dissimulé, ;toyt noscander quel ck' io non nascondo; mais laisse entendre aux nôtres ce que j'ai sous-entendu. Le vicomte de la Revue contemporaine n'avaitil pas raison de m'attcndre au Paradis « avec mes toiles d'araignées? » (.çtir), il comptait sans saint Pierre, che soccon^à tosto.
Commet à flocons glacés, noire pâle atmosphère, elc,
17. De même qne l'atmosphère catholique projette ses vapeurs gelées, qui tombent tu bianca falda di fredda neve ed in noiosa pioggia onde Caere s'aïuista (Canz. xilL Voy, RéveL p. 379), ce qui
arrive dam notre air, aert nastro, quand la corne du booc romain, du cajnicomo, dit TOttimo, s'avise de toucher au soleil d'Orient, \ rétoile flamboyante des Rose«Croix, (la Stella des premiers chantres d* Amour, leur fieur, leur rosa fresca, fronzuta.) De même notre Rose-Croix vit remonter en vapeurs triomphantes, bien difiërentes des tristes vapeurs glacées du papisme, tous ces Bienheureux qui venaient de fraterniser avec lui et avec Béatrice, après avoir applaudi aux glorieux examinateurs par qui sa foi avait élé proclamée irréprochable et tout évangélique.
Le$ tuivii mon regard, juigu'à ce que Veepaoe, eU»
i8. Gomme le poète en a beaucoup dit, peut-être même trop, et qu'il pourrait y avoir péril à insister davantage , le moyen em(doyé lui interdisant par son excès même d'aller plus avant , il feint de ne pas pouvoir suivre plus loin du regard ses splendides fictions, sembianti, attendu que 1/ mezzo fer lo molto gli toise 'l trapassar pm avanti.
Ma dame alors voyant qu'il n'était plue en haut, etc.
19. Béatrice, non moins convaincue que son fidèle du danger de regarder plus longtemps en haut, l'invite à regarder en bas, afin de reconnaître combien il a fait de chemin depuis qu'il est passé d'unp Église à l'autre, de l'occident à l'orient, guarda^ lui dit-elle» came tu set vohot comme te voilà converti.
Cette courbe par iu)u9 avait été décrite, etc.
20. II voit en effet qu'il a parcouru tout l'espace qui, à partir du méridien, jusqu'à l'horizon occidental, forme ce qu'on appelait de son temps le premier climat ; si bien qu'il aperçoit d'un côté au delà des colonnes d'Hercule, fk'anchies par lui sous le nom d'Ulysse {Enf, xxvi), et par suite la Péninsule italique, avec le lieu où siège le vieux de la montagne catholique (^Enf. xiv) ; de l'autre, bien plus près en de çà par rapport à lui, di quà pressa^ le rivage syrien d'où la lumière d'Orient, pure comme l'innocente Europe et la chaste Béatrice, fut, doux fardeau, dolce carco, transportée par un Jupiter quelconque, peut-être Barberousse, mais plutôt Frédéric II, dans les pays d'Occident Comme il n'a pas besoin d'en voir davantage, il se hâte de dire que le soleil, qui se trouvait sous ses pieds, lui étant
CHAKT. XXVII. 1167
dans le ciel des étoiles fixes, l'empâchaît d*ea découvrir plus ; attendu qu'il s'était avancé de tout un degré, ou que la lumière avait pro* gresaé pour lui d'un nouveau grade, un segno e più pariito^
Mon esprit constamment vers ma dame tendu, etc.
21. Si vous voulez entendre avec les commentateurs, donneare, dans le sens de courtiser, il vous faut traduire, qu'il brûlait de tourner sur sa dame les yeux de son esprit qui, amoureux d'elle, ne cessait de la courtiser. Mais si vous nous en croyez enfin, vous traduirez : Mon esprit qui ne faisait qu'un avçc Béatrice, ma pensée parlée, mon verbe, qui se damoisait en elle, comme toujours, che donnea con la mia donna sempre, brûlait du désir de reporter sur elle toute mon attention, de la contempler en moi-même, sans me laisser distraire par les objets extérieurs.
Tout cela rétmi serait iemé et sans force, etc,
22. L*examen de conscience auquel le pieux théologien vient de se livrer, ou si vous l'aimez mieux, la contemplation de Béatrice, le plonge dans le ravissement Rien dans les œuvres de la nature, rien dans celles de l'art, n'est aussi beau, aussi lumineux que sa doctrine, et ne cause un plaisir aussi divin, lorsqu'il lui est permis de sourire, c'est-à-dire de se manifester dans son éclat. Que sont près d'elle les beautés de chair, que sont tontes les belles madonnes et toutes les saintes dues aux pinceaux de Cimabue et de son ami et maître Giotto 7 rien, niente verso lo placer divin che mi rifuise, ou, comme le disent rottimo et l'Annot. Gaet , omnes aiiœ scientiiB (lisez doctrine), •nihil mnt respectu hujus sacrœ theologùJB. Pourquoi n'ajoutait- il pas catholicœ? C'est qu'il pensait evangelica.
De son divin regard Vinfinence invincible, etc»
23. Telle est la puissance de cette contemplation, la virtii che lo sguardo (deUa mente) m'induUe, qu'il est enlevé du 8' ciel au 9% des étoiles fixes, où brillent les Gémeaux, les Rose-Croix géminés, del bel mdo diLeda, dans le premier ciel mobile, dont le mouvement est le plus rapide, velocissimo.
Voyons donc, comme nous l'avons fait jusqu'à présent, à quelle science et à quel grade maçonnique peut être comparé le premier mobile où nous sommes arrivée « Le ciel cristallin, lisons-nous au
1168 LB PAftADIS,
XT* ch. do Carwito on banquet des Rose-Croix, offre nne ressemblance des plus manifestes, ha camparagicne assat manifesta, avec la philosophie morale; car celle-ci, selon cequ*a écrit Thomas, sur le second de l'Éthique, nous consacre aux antres sciences, ordma not aUe aUre scienze; en effet, comme le dit le philosophe, au v* de rÉthique, la justice légale (le monarque dont émane de droit toute justice) ordonne (qui de droit) pour apprendre (enseigner) les sciences, ordina le scieme ad apprendere, et commande, œmanda, afin qu'elles ne soient pas délaissées, de les apprendre et de les enseigner. De môme ledit ciel ordonne par son mouvement la révolution quotidienne de tous les autres; révolution au moyen de laquelle tous ceux-ci reçoivent chaque jour ici-bas la vertu de toutes leurs parties. (C'est bien des deux d'ici-bas qu'il est question, et mandano n'est pas oublié, quoi qu'en pense Pederzini.) Car si la révolution de celui-ci n'ordonnait pas tout cela, non- ardinasse dès peu de leurs vertus ou de leur aspect, visia, arriverait ici-bas. Or, admettons que ce 9** ciel pût ne pas se mouvoir, la troisième partie du ciel serait encore invisible en chaque lieu de la terre, ancora non veduta. Il n'y aurait pas ici de génération, ni vie animale, ni vie végétale; il n'y aurait ni jour ni nuit.,., tout l'univers serait désoi^anisé et le mouvement des autres serait en vain, elmovimento degli A.L.T.RJ. sarebbe indamo. (Tous les manuscrits portent bien altriei non pas astris comme le voudrait Pederzini, qui n'y comprend rien, comme tant d'autres.) De même, cessant la philosophie morale, le gai savoir serait celé pour un temps, rA.L.T,R.£ scienzie sarebbanoceUue alcun tempo, il n'y aurait ni génération (mystique), ni vie de félicité (ni salut par la consolation albigeoise), c'est en vain qu'elles auraient été mises par écrit (l'aLtre scienze) et trouvées anciennement (dans. l'Inde, r£gypte et la :>yrie). Pourquoi il est très* manifeste que ce ciel (le 9*) est comparable à la philosophie morale. »
Nous croyons pouvoir dire à notre tour que le ciel de la philosophie morale, mobile éclairé des actions humaines, nous parait essentiellement comparable à la loge philosophique, qu'un de nos cahiers manuscrits intitule nec pUts ultra^ et cela par plusieurs raisons. En effet, à ce premier titre en latin, s'enjoint un autre, celui dcphilo^ sophe inconnu, en caractères hébraïques, et Ught on Masonry, où l'ordre des grades se trouve interverti, l'appelle pkilosofical lodge et Chef de la Maçonnerie, ce qui indique que c'est là le couronnement de tout le système. Ce grade est très-curieux à étudier dans son rituel, dans son catéchisme et dans ses termes hermétiques, car il est
CHANT XXVÎI. 1169
pour nous le trait d'union entre les Maçons templiers et les alchimistes, dont je laisse à d'autres le soin d'interpréter le langage mystérieux ; mais j'appellerai particulièrement l'attention sur un livre des plus singuliers, qui traite évidemment de ce grade suprême de la Maçonnerie. Il est intitulé : Le Suisse catholique deux fais, oudoarine philosophique dédiée aux juges grands-commandeurs inconnus, par le F. \ Tacxsi. Paris 181i!i« On se rappelle que le fameux illuminé saint Martin prenait le nom de Philosophe inconnu.
Toujours est-il que dans le livre anglo-américain, nous voyons, comme dans le premier mobile dantesque, plusieurs cercles concentriques, et que l'adepte, interrogé sur la signification du dernier de ces cercles, répond : Il représente immensité de l'Être étemel et suprêmy, qui n'a ni commencement ni fin, the grand citcle represents the immensity of the Eternal suprême, who has neither 6eginning nor end, d'où suit que celui qu'il renferme immédiatement équivaudrait au premier ciel mobile, puisque nous verrons celui-ci contenu à son tour par l'Empyrée. Nous y voyons, qu'à la loge philoso- /i/iii^ue, dans laquelle on apprend la signification des divers symboles, succède la loge morale, où il est question des trois règnes animal, végétal et minéral, quït selon Dante, « périraient avec toute génération si le mouvement du grand ciel venait à cesser, » et qui là sont désignés comme les gouverneurs de la nature, governors of nature ; que l'or et rai*gent sont des métaux parfaits, et que l'art peut porter les autres métaux à leur perfection, aussi bien que la nature, ce qui est le but de la science hermétique, etc. Nous ne chercherons pas à pénétrer davantage dans ces ténèbres, d'où doit sortir la lumière; selon la devise de ce dernier grade : Imx ex tenebris; il nous suffit d'avoir indiqué ceux des points de comparaison qui nous apparaissent distinctement, quoiqu'il y en ait sans doute bien d'autres. Nous avons hâte de reprendre notre interprétation du texte.
CJiaque partie en est vie et lucidité, etc.
25. Ce 9' ciel se compose des nombreuses loges mères répandues dans lès diverses contrées, loges mères qui sont à ce titre les plus élevées, eccelse, dans ce que l'ordre du Temple appelait ses provinces.
Parties constituantes, parti, du grand tout maçonnique, et foyers de vie, pour l'Ordre entier, mvmtm^^ elles ont toutes la même décoration, les mêmes rites, les mêmes symboles, elles sont uniformi; aussi Dante ne peut-il dire dans laquelle de ces loges mères, sa foi
béfttiGantc lo condoinit, ti ce fut en TiMcane, en Lorobardie, dans les légations. Il y en avait en elTel on peu partout, au témoignage do révérend dominicain, Rinieri 8accone, l'inquisiteur ex«Cathare, déjà cité : Ecclesia Frauda, Ecclesia Tolosana^ Carcassonnenns, AUri" gensis, SclavonÙB, Latinarum de Constantinopoli, GrcBcorum, tiK* dem, Eceletia Philadelphia in Romania, Burgalta, DvpinthÙB^ etc. {Ap* D, Martenne» Y» p. 1767.) Défense aux F. * . de dire où reçus.
UoM «ilU, qui lizail mon déiir en num sein^ éU,
36, Les désirs du théologien ne pouvant Être que ceux de sa foi, c*élait bien le moins qu'elle les connût et qu'elle en sourit de joie ; puisqnlls se rattachaient nécessairement à la Gaie science, |>ar suite, Dieu lui-môme, objet de cette foi, et avo deU'Arte devait se réjoDÎr en elle» Dio parea nel suo visa gioire.
.... La natiu\' commence ,• Et ce Ciel ioui entier n"a d'autre emplacement.
27. Suivons maintenant rexplication de Béatrice : la providence monarchique et tcmplière, qui imprime le mouvement gouvernemental à tout le système, tutto intamo mncve, en maintenant le monde en paix, quieta il mezza, commence son action à partir d*ici, sua nieta, puisqu*au delà de ces loges mèn»sil n'y a que le (irand-Orienl, rétoile flamboyante, la puissance unique, universelle.
QiM le divin Eêprii^ elc,
28. Toutes ces loges mères, composant le neuvième ciel, soDt embrassées par la pensée impériale, qui est le foyer, le dave vere lequel elles tendent sans cesse; car c'est de lui que dérive cet amour qui les meut et la doctrine qu'elles propagent, doctrine qui est une force, une puissance, virtti, dynamé, Voy. dans le Corwito ir, comment le mouvement rapide du 9** ciel au sein du ciel Empireo (ciel suprême de l'Empire, au risque de révolter les philologues), est déterminé par le fervemissimo appeiiio que ressent chaque partie de l'un à tout oe qui est de l'essence de l'autre.
La lumière et l'amour embrassent son enceinte, elc,
29. Il va sans dire que le ciel suprême de l'Empire étant toot
amour et lumière, il ombrasse le ciel des loges mères de cet amour lumineux, de même que celles-ci embrassent dans leur amour et éclairent de leurs lumières tous les fidèles d*A.L.T.R.I. Enfin, que cette zone de loges supérieures, qttel precinto, est seule à comprendre, en les recevant directement, les ordres, les instructions dirigeantes (lu Grand-Orient, dans Torbite duquel elle se meurt, quel precinto colui che il cinge êolamente intende. Ainsi sont mis d'accord Landino, Daniel, Venturi et J/)mbardi, dont les interprétations différentes n'arrivaient' pas à faire comprendre cette phrase si claire dans le sens que nous lui restituons.
Son mouvement par nul autre ne se meture, etc.
30. L'action des loges mères, par rapport au monarque universel Henri, n'est pas distincte de la sienne, puisqu'elle leur est transmise directement, non è suo mcto per A,L. T. A. 0. distinto, mais c'est par elles que sont tuiles , endoctrinés, misurati^ les fidèles d'A.L. T. R.I., gli altri son misurati da questo ; voici comment : le mot d'ordre est adressé à deux et à cinq (notez que 2 et 5 font 7, nombre parfait, rottimo l'a dit maintes fois du parfait Henri VII), et ceux-là bien et dûment tuiles, ils le font passer à dix, à vingt et à bien plus encore, si corne diece da mezzo e da quinto (son misurati). On remarquera que le verbe misw*are correspond ici parfaitement au verbe oi^dinare, si habilement employé dans le passage du Convito, rapporté note 22, que les habiles n'y ont vu que du feu ; prenez successivement ordinare, dans ses trois acceptions différentes, savoir donner les ordres sacrés, organiser et commander, vous finirez par vous y reconnaître. (Vby. Icsgradesd'ÉludesQ, desl5, LightonM. *.)
.... Dans ce sol profond le temps a ses racines^ elc,
31. Tu peux voir clairement désormais, comment l'avenir ou le Temps armé de sa faux, destinée à renverser Rome, est en germe dans ce vase lumineux du Temple, testo, dans ce vuso naturale signalé par Stace le Toulousain {Purg. xxv), dans ce Saint-Graal, ou cette étoile flamboyante ; comment l'organisation mystérieuse des fidèles d'A.L.T.R.1. est comme le feuillage, /romfe^ de cet avenir dont les fruits sont si impatiemment attendus.
Si tout cela ne se suit pas dans un admirable enchaînement et n'apparaît pas intelligible et parfaitement clair à l'esprit de tout homme de bonne foi, quand le texte, entendu selon la lettre, ne rend que
téoèbrcs sous la pioche des plus érudits, il faut que nous soyons dope de la plus étrange hallucioaiion, comme ou ne se gêne pas pour le débiter h bas bruit ; mais alors qu*on veuille bien prendre la peine de nous ramener à la raison et à la vérité ; qu'on veuille bien nous dire comment la diatribe de Béatrice contre la corruption du siècle peut se rattacher à la description raystico-astronomique que nous venons d*analyser ; on n*est pas savant poiir clabauder à bois clos et pour tenir la lumière sons le boisseau.
0 cotivoitise humaine! en tes fatales eaux, eic.
32. O détestable cupidité de cette louve romaine, dont le joug pèse tellement sur ses esclaves, véritables suivants de la mort, mortali, qu'elle les submerge dans les eaux fangeuses de sa doctrine, ajfonde sotto te, au point que pas un n*a le pouvoir de lever ostensiblement les yeux vers la lumière, nessuno ha poder di ritrar gii occhi fuor.
On voit bien, par instant t un penser vertueux^ etc,
33. Les hommes, ceux qui ne sont pas des brebis détestables, des brutes (Conv.^, auraient bonne volonté de secouer le joug, ben fiorisce ilvolerc; mais la pluie catholique [il pleut, ^\$eni les F.F. '. en péril, et rap|>clez-vous les pluies de feu ou glacées de ri*;nfer), cetic pluie stérilisante, ne discontinue pas, pioggia continua, et fait avorter les meilleures intentions.
L'innocence f la foif chez Venfant au berceau^ etc.
3/i. L'Église romaine ne produit la foi que chez les enfants, dont rintelligence n'est pas encore mûre, et cette foi fugitive disparaît quand leur vient la raison avec le premier duvet, pria fugge che le guancc sien coperte. Il ne reste plus que des athées ou des hypocrites. Cela se comprend -il?
Tel, bégayant encor, qui jeûne exaclemefit, etc.
35. Ceux qui jeûnaient enfants, hommes devenus, ne tiennent compte de carême, de vigiles ni de quatre-temps, lorsqu'ils pensent le faire impunément, divora gualunque cibo per qualunque tuna. — Rinieri nous dit des Yaudois et Cathares : Jejunia ecclesiœ non curant, (C. V.)
Tel, bégayant encorct aime, écoute sa mèret etc.
36* Ceux qui, enfants, aimaient et écoutaient pieusement la sainte mère Église, ama ed ascolta la madré, hommes devenus, voudraient la voir abattue pour ne plus se relever, disia poi di vederlasepoUa. £st-il possible d'exprimer plus nettement que pas un homme intelligent, arrivé à Fâge de raison, ne croyait des doctrines imposées par la violence, et que ceux qui s'y soumettaient extérieurement obéissaient à la crainte ou à l'intérêt, en attendant le moment désiré où ils pourraient s'affranchir d'un joug détesté?
La belle fille ainsi, d^abord blanche et vermeille^ etc.
37. C'est ainsi que se recrute l'église évangéliquc à l'enveloppe blanche ou noire, selon la circonstance, comme le pavé mosaïque du Temple, comme l'aigle blanche et noire, comme les tentures, les habits et les bijoux de l'Ordre maçonnique; celle belle fille de l'astre flamboyant, qui se lève à l'Orient, apportant la clarté, et tourne le dos à la nuit catholique, ch' apporta mane e lascia seia; belle-fille à la peau d'une blancheur éblouissante, pelle bianca, qu'il lui faut montrer noire au premier abord, nera, ml primo aspetto. Voilà pourquoi la Comédie diabolique, que nous dévoilons enfin après cinq siècles, apparaît si obscure au premier aspect. Voilà pourquoi Ecbert, cité par Bossuet {Hist. des Y or., p. 501), appelait ces hérétiques des hommes obscurs, de même que Boccace désignait Dante par le nom de Minerva oscura. 0 génie des commentateui-s, voyant dans cette bella figlia la nature humaine, dont le soleil, padre d'ogni mortal vita (Purg. xxii), est le père. Quand on songe qu'il y a bien dix mille volumes de cette force ! Mais ils ont pour eux le vote universel et l'approbation des docteurs catholiques, qui finiront, m'assure-t-on, par me faire mettre à l'index, attendu que je leur signale l'hérésie où ils ne la soupçonnaient pas.
En s*égarant toujours vogue le genre humain^ etc.
38. Apprends, pour ne pas t'étonner de ce que je dis et de ce qui arrivera bientôt, que tout le mal provient de ce que le gouvernement, disputé entre deux pouvoirs rivaux, n'est pas dans une seule et puissante main, dans celle du monarque universel, m ten^a non è chi govemi. C'est ainsi que l'entend aussi l'Ottimo : Perd mal va il governo dello Imperxo, e mole quello del Pasturale. Mais avant <(ue de longues années se soient écoulées, il s'élèvera de ces. loges mères,
1174 LE PAnADfS.
de CCS deux supérieurs, des cris pareils aux mgîsseiiients du lion, ruggcran questi cieli supemi. Ib n*ont rugi qu'eu 89.
3/oM awmi que janvier laisse Vhiver arrière, etc.
89. A ce rugissement, la (empéte si désirée des fidèles d'Amour éclatera enfin, et le poêle révolutionnaire verra avec bonheur une nouvelle forme de gouvernement substituée h l'ancienne; le Pasteur évangélique, l'apôtre de l'hérésie, ordonné par saint Pierre, se réjouira de la ruine du sainl-siége; le missionnaire socialiste applaudira au bouleversement social qui enrichira les pauvres et réduira les riches à l'indigence, cambiando condnion ricclii e vtendici. Alors la Papauté, la Fortuna, virera de bord, le poppe volgerà m' son le prore (il y a là un calembourg tant soit peu leste), ce que l'on attend depuis si longtemps, che tanto s'aspetta. Alors la flotte humaine voguera à toutes voiles vers ses nouvelles destinées, dans la voie du droit, de la vérité et de l'amour, diretia. Alors enfin ce maître Parfait de l'ordre du Temple, ce sublime et souverain prince Rose-Croix, qu'on nous accuse d'avoir méchamment calomnié, recueillera le fruit des vérités semées par lui à pleines mains, sous forme de fleurs poétiques, dans sa Comédie, si justement proclamée divine, e vero frutto verra dopo il pore. Qu'on dise que la Maçonnerie est un jeu d'enfants.
CHANT nvill.
Lor$q}»e celle par qui mon âme au Ciel ravie S^emparadisait toute, implacable aux pervers, etc.
1. Celle qui béatifie emparadise nécessairement, surtout lorsqu'elle met en relief avec tant d'art la véritable cause des maux qui afiligent au temps présent, nella vîta présente, les serfs misérables attachés à la glèbe pontificale, mise^i mortali, courbés sous le joug de la Alort théocratique, et leur signale le remède à des soufl'rances intolérables, aperse il vero.
De même que celui qui, levant sa paupih'et Aperçoit devant lui briller dans un miroir, elo,
2. Le théologien albigeois retrouve aussi exactement qqc possible.
CHAMT XXVIU. 117B
daos les cnsei^ements de la foi doctrinale qui Vemparadise^ûdtVA ces yeux qui l'ont converti à la religion d'Amour, omie a pigUarmifece amoT la corda, tout le système maçonnique du Temple, système qui 8*y reflète comme dans un miroin C'est ce que reconnaîtra, comme lui, quiconque sera frappé de ce qui se révèle dans ce volume d'une si savante poésie, cid che pare in quel volume, pour peu qu'on y r^arde de près, comme nous avons fait, quandunque nel sua giro si adocchia. La nouvelle fantasmagorie qui s'offre à Dante n'a rien, au reste, qui doive l'étonner, puisqu'elle est la contre-partie de ce qu'il vient de voir, au point de s'accorder comme la note musicale avec la mesure du vers, Raccorda corne nota con suo métro.
Un point clair, lumineux, d'où partout rayonnait, eic*
3. Est-il besoin de dire que ce point radieux, éblouissant, punto che raggiava lume, est le foyer lumineux de la raison, le soleil de justice, de vérité et d'amour, l'étoile flamboyante des Rose-Croi>, en un mot, le Grand-Orient du Temple ?
Comme la lune auprès d'une étoile placée.
U. La Papauté, dont font si peu de cas les fidèles d'Amour dans leur dixième ciel, et qui de là leur paraît moins que rien, quale Stella par QUINCI piii poca, semblerait, à côté de ce foyer lumineux, aussi pâle que la lune, dont nous lui donnons le nom dans notre langage symbolique, pan'ebbe luna locaia con esso, si jamais ces deux astres ennemis pouvaient figurer dans le môme ciel, comme des astres à côté l'un de l'autre, corne Stella con Stella si colloca. Mettez donc eu avant, pour la centième fois, le profond respect avec lequel Dante parie de la Papauté dans sa Comédie et à la fin de son traité tk Monarchia.
Un cercle fiamloyant, qu^un autre ausH splendide Circonscrivait, etc,
5. De même que le collège des Cardinaux est le halo de la lumière papale, la luce che il dipigne, aux lieux de la résidence du pontife romain, où le brouillard de la superstition est le plus épais, guctndo H vapor che 'l porta è piii spesso; de même, autour du Grand-Orient, devenu centre, quand Béatrice nous l'a représenté, dans le chant précédent, comme un vaste cercle lumineux, immuable, circonacri-
Tant le monde, sans être circonscrit lai-même, et donnant TimpoUoD au premier ciel mobile des loges mères; Tbabile négromanciea nous montre ici neuf cercles concentriques augmentant d'ampleur et diminoant de rapidité dans leur mouvement de rotation, à mesure qo'ik s'éloignent du point central. Le ciel le plus près de ce point rayonnant tonrne donc avec une vitesse sans égale, celui qui vient après se meot avec moins de vélocité, et ainsi de suite jusqu'au neuvième, le plus vaste de tous. Rien de plus facile à comprendre.
La flamme rayonnait et plus vive et |)liM helU, etc.
6. Le cercle le plus voisin de la pure étincelle, para favilta, source de toute lumière, est nécessairement le plus pénétré de la vraie flamme de l'amour, avea là flamma più sincera; il est le plus imba des rayons de la vérité, ptù di leis^invera. Et voilà comment le même système maçonnique se reproduit ici complètement retourné, quoique l'idée soit la même au fond. Peut-être allons-nous bientôt être édifiés sur la cause de cette transformation, qui d'abord semble n'avoir été faite que pour dérouter, en les éblouissant, ces pauvres commentateurs profanes, qui se sont avisés de reconnaître là l'essence divine elle-même, au milieu du monde spirituel, et se sont extasiés béatement devant ce magnifique tableau.
Ma dame, me voyant tout pensif demeuré, eio,
7. De ce Grand-Orient, étoile flamboyante qui répand la lumière sur le monde entier, dépend le ciel maçonnique et le système général d'où procède l'action mystérieuse de cette providence unitaire que nous appelons Nature, da quel pumo dipende il cielo e tutta la Natura. Le cercle des loges mères, le plus rapproché de ce centre d'action, reçoit de lui et transmet, le plus rapidement de tous, l'impulsion première qui lui. parvient directement. C'est là l'effet de l'ardent amour dont ces loges mères sont l'inépuisable foyer, composées qu'elles sont de Parfaits lévites de Dieu, qui est amour,
Écoutons Ozanam : « Comme à ce spectacle le poète demeurait suspendu entre l'étonncment et le doute, Béatrice lui dit : De ce point dépend le ciel et toute la nature. C'était Dieu. Et dans ces cercles, qui mutuellement s'attiraient vers leur centre, il reconnut les neuf Ordres de créatures spirituelles qui, entraînées par l'amour, oniraînciit elles-mêmes le monde entier. C'étaient les anges. » Telle était bien, on ellet, ce que le pocle théologien, ce Parfait sublime,
CHAMT XXVIII. 1177
voulait donner à entendre ; mais sa pensée, on le Yoit, était bien différente, et le consciencieux écrivain, tout en constatant que ce passage n'avait pas été compris par les interprètes, n'en comprenait lui-même que la lettre. Son œuvre n'a pas moins été justement couronnée.
Si le monde m*offra%t, répondis'-ie à l'instant. L'ordre que je remarque en ces ephères ardentes, etc.
8. Si le monde catholique, dont Satan est le Pape, était organisé conformément à ce que je vois, je n'aurais rien à désirer, se H mondo fosse posto con Cordine ck'xà veggio. On le conçoit de reste. Mais ce n*esi pas tout, et le trait qui semble décoché si innocemment n*en est que plus acéré. Jugez-en : Mais dans ce monde, tel que nous le voyons, mondo sensibile, les cercles maçonniques, les voûtes du Temple, le volte, sont d'autant plus divines, plus parfaites, qu'elles s'éloignent davantage du centre catholique, de ce gouffre où s'entassent tou$ les crimes et au fond duquel règne Lucifer plongé dans son antre glacé, du punto al quai si traggon d'ogni parte i pesi. (Enf. xxxiY.) Ozanam n'avait certes pas entendu le sens intime de ce passage ; le vénérable Tommaseo non plus, qui, ayant passé sa vie à coUiger les textes auxquels il est fait allusion dans la Comédie, ne saurait se faire à l'idée d'avoir gaspillé tant de labeur au profit d'un hérétique, et se cramponne à l'autel de Dante catholique. Nous regrettons de briser son idole ; mais il n'y a pas de transaction possible entre le mensonge et la vérité.
Si donc dans ee sullime et sérafhique temple, etc.
9. Pour que Dante soit satisfait, il faut que Béatrice lui explique, dans cet admirable Temple des très-excellents anges Rose-Croix, dont les murailles ont pour uniques matériaux l'amour et la lumière, che solo amore e luce ha per confine, matériaux dont ses Parfaits Yitafoiu savent tirer si bon parti, comment il se fait que l'Église catholique, qui devrait reproduire l'image du Ciel, puisque son chef se dit le réprésentant de Dieu sur la terre, en soit si différente; quand le Temple, au contraire, reproduit si exactement son modèle céleste, corne l'esetnplo e Cesemplare non vanno d'un modo. Quant à lui, il s'y perd. Per me indarno a cio contemplo»
Si tu nos pas aux doigts la vigueur nécessaire, etc.
10. La prudente habileté d'un si grand maître dans l'art royal
exigeait en effet qne le nœud de l'énigme fût mes terré poor décourager toute tentative de la part des profanes, tanto per non tentare èfatto todo. On peut voir si le suecèt a répondu à i'iotentkm.
Les cercles corporels sont ou plus ou moins amples, etc.
11. Nous pensions bien que le renversement à vue de tout le système céleste ne tarderait pas à s'expliquer, et Ton doit reconnaître désonnais qu'il avait pour but d'exalter le Temple, foyer d'amour et de lumière, aux dépens de l'Église, où la haine est an centre avec l'ignorance ténébreuse. Suivons toutefois le conseil de Béatrice et aiguisons ce que notre esprit a de plus subtil pour suivre et comprendre sa MmonstThiïou, imarnot'assottglia. Étrange institutrice, dont le disciple a besoin, ce semble, pour comprendre ses discours, d'égaler le profond savoir et la subtilité, sous peine de n'en rien tirer d'intelligible. Matériellement parlant, la circonscription des logeséglises est plus ou moins vaste, / cerchi corporali enno ampi ed arti, selon le plus ou moins d'action doctinale et politique, virtute, qu'elles ont à exercer sur les fidèles qui relèvent d'elles, per tuttelar parte; sous le rapport spirituel, plus il est en elles de savoir et d'amour, bontà, filus elles contribuent au salut; plus le corps maçonniqoe-cathare s'étend, plus grand est le nombre des fidèles auxquels il procure le salut, maggxor sainte maggior corpo cape, si tous les lévites qui le composent sont également Parfaits, s*egU ha le parti ugualmente compiute.
D'où suii que celui-ci^ qui dans sa course immense Eniraine l'univers, etc,
12. En conséquence, ce neuvième ciel, qui peut se comparer k la philosophie morale et sans lequel il n'y aurait ni gai savoir, ALTAK scieme, ni génération mystique, ni vie de félicité ou salut (Courtio), ce premier mobile, qui entraîne avec lui la monarchie universelle, costuicke tiitto quanta râpe l'alto universo seco, correspond, sous le rapport intellectuel, au cercle dont la circonférence a le moins d'étendue et qui, plus voisin du foyer lumineux, a le plus d'amour et de savoir ; ce qui se résume en deux figures dont la signification est identiquement la même. Quel sublime Architecte qne Dante !
*Sf donc à la vertu, non point à l'apparence, cio,
13. Si donc, tu as égard au mérite et à l'influence, virti^ dynamé.
de ces cercles concentriques, plus qu'à leur étendue apparente, parvenza, qui ne constitue qu'une fantasmagorie gnostîque, tu verras que, dans chacun des neuf cieux dont se compose l'organisation matérielle du Temple, le plus et le moins d'amour, de doctrine et» par suite, de puissance d'action, correspond admirablement aux cieux intellectuels, dont nos grades reproduisent la hiérarchie et les dénominations. Le sentiment de la paternité ne se ré?è]erait-il pas ici ?
Quand Borée a foufflé de sa plus douce haleine^ etc.
iU. De môme que l'atmosphère albigeoise, quand Borée souffle du côté de l'Orient, dalla guancia orul' è più leno (c'est toujours de l'Orient que le vent-souffle dans le Paradis dantesque), les vajKîurs qui l'obscurcissaient, roffia (crasse selon le P. Lombardi, terme équivalant à la caligine del mondo. Purg, xi) venant à se dissi|)er ; ce dont rit dans toutes ses loges ou paroisses, ogni parroffia, le ciel sectaire, qui croit le jour du salut prochain; ainsi notre théologien se rasséréna à cette ré[K)nse si claire de sa dame, et il vit la vérité aussi distinctement que l'étoile flamboyante lui apparaissait dans le ciel des Philosophes inconnus (soîclens, épicuriens, pythagoriciens, etc.), corne Stella in cielo il ver si vide.
Les cercles radieux, à peine finit-elle,
A torrents emhrcLSés lanchent l'étincelle, etc.
15. Ici, applaudissement général de l'église albigeoise, en admiration devant le tour de force que vient d'accomplir Béatrice, révélant, au conspect de Rome, dans un langage qui n'est qu'à eUe, tous les arcanes de l'organisation sectaire, sans les rendre pour cela plus accessibles à l'œil des profanes ; chants A'hosama, répétés de chœur en chœur, ou de grade en grade, pour exalter ce Grand-Orient, punto fisso, qui les tient, les a tenus, et les tiendra toujours, fidèles d'Amour qu'ils sont, dociles à ses ordres souverains ; car c'est agPiubi {de jubere) qu'il faut lire avec le manuscrit Cliigi ; lezzione curiosa, dit le P. Lombardi, et non pas agliubi, leçon niaise, dirons-nous, et par cela même généralement adoptée.
Béatrice voyant ma pensée incertaine, etc.
16. Les Séraphins, les Chérubins et les Trônes composent le premier ternaire, le plus rapproché do foyer lumineux, ce que saint Bonaventure appelle la première hiérarchie, dénomination que nous
trou VOUS fidèlement reproduite dans le grade de Chef du tabernacle, dont la loge est appelée hiérarchie, the lodge ù styled an hierarchy. (L on M. '. 2i!iâ-^6.)|Les Philosophes inconnus ont donc ici rang de Séraphins, les chevaliers, Princes adeptes de Taigleetdu soleil, celui de Chérubins, qui leur est expressément affecté dans leur loge, avec les noms de Zabriel, Gamiel, Uriel, etc. {Ibid., p. 25/i et Tuilettrde Bazot, p. 113.) Enfin, les Rose*Groix, Kadosh ou Solitaires, celui de Trônes ou miroirs, dans lesquels, comme purs et Parfaits, se réfléchit Taspect divin, trani del divino aspeito; tous subissant volontiers les liens, vime, qui les attachent les uns aux autres, et d'autant plus sublimes, qu'ils sont plus près de la source de lumière et d'amour, à laquelle ils s'efforcent de s'assimiler, à proportion de la science qu'ils ont acquise dans l'art royal, e posson quanto a veder son sublimi. Les Trônes ou Rose-Croix terminent cette hiérarchie, attendu qu'à eux s'arrête le privilège de connaître et de contempler face à face le chef suprême du Grand-Orient, le représentant de Dieu sur la terre, celui devant lequel nous avons vu Dante fléchir le genou, en se disant: Ecce Agnus Deù (Ëpist.)
;.»0r, tu peux concevoir CUie la béatitude est dans Vacte de voir^ etc,
17. Tous les membres de cette hiérarchie ont la connaissance de l'art royal, de la Gaie science, hanno diletto, selon que la vérité leur apparaît plus ou moins distincte et qu'ils y plongent plus profondément, quanto la sua veduta si profonda net vero. En conséquence, la béatitude, ou la foi Béatrice, est dans l'acte de voir cette vérité, dans la doctrine, non dans l'acte d'aimer qui n'en est que l'effet, et qui ensuite vient en aide à cette foi béatifiante, si fonda Cesser beato neW Otto che vede, non in quel M ama, che poscia seconda. Telles sont les abstractions d'où sortit Béatrice. Dans ces quelques vers est concentrée l'essence mystique dis cette gracieuse et obscure ^linerve qui sortit, tout armée de subtilités scolastiques, d'un cerveau non moins puissant que celui du Jupiter olympien, puisque, par la seule force du génie, il a su créer tout un monde matériel et immatériel, et peut-être cette institution arcane qui tient Rome en échec.
La vue a pour mesure, en chacun, le mérite, etc,
18. Voici la version des commentateurs : Les œuvres méritoires, que produisent la grâce et le bon vouloir, sont la mesure de la luci-
CHANT XXVTII. 1181
dite de leur coup d'œil ; mais la même lercine s*entend au moins aussi bien dans cet autre sens^ qui nous paraît bien plus conforme à l'esprit général du poème, puisqu'il est en opposition arec la doctrine de l'Église. Les bonnes œuvres, qui produisent la grâce et la volonté de poursuivre dans le bien, sont la mesure de la lucidité de leur coup d'œil, Del vedere è mUura mercede, che graiia fartorùce € buona vogUa. Faut-il traduire che par qui ou par que? Nous en ferons juges les doctes, en leur demandant comment les anges pourraient faire autre chose que de bonnes œuvres, au conspect de Dieu dans le ciel, dont le mal est exclu depuis la chute de Satan. Ce qui nous confirme dans la pensée que les anges dont il s'agit ici sont tout à fait corporels et non moins désireux de mériter par leurs actes la faveur du souverain que la grâce du Très-Haut, désireux de bien faire à force de zèle, d'amour et de savoir, manifestés de grade en grade, cosi di grado in grado si procède.
Le deuxième temairet après qui se déploie^ etc.
19. La seconde triade épanouie dans cet âge d'or, ce printemps impérial {p*imavera, la quale c Libra, dit l'Oltimo, ch' è opposita ad Ariete) printemps contre lequel ne saurait prévaloir le Bélier pontifical, le bélier des ténèbres, noitumo ariete, en opposition avec l'Agneau sans tache, qui tollit peccata nvundi, se compose de trois Ordres différents, chantant, selon trois modes divers qu'enseigne la Gaie science, les louanges du Seigneur, osanna suonano in tree ordinidi letizia onde s'interna. Or, dans cette hiérarchie sont les trois Ordres de déesses, in essa gerarchia son le tre dee, savoir les Dominations, les Vertus, puis les Puissances. Ce n'est pas'assurément parce que ces trois noms sont féminins que Dante en fait des déesses, non, c'est à raison du dédoublement mystique du corps et de l'esprit, maintes fois signalé, qui fait des initiés parvenus à certain grade des dames, donne, et par suite des déesses, selon leur élévation progressive dans les dignités de l'Ordre. Au risque de nous égarer dans ce monde si nouveau pour nous, qui n'avons pas vu la lumière, tout en nous flattant d'arriver à la faire voir aux autres, nous croyons, sauf erreur, que ces déesses appartiennent aux grades de Commandeur du Temple, de Grand-Maître Architecte, et de sublime Chevalier Élu, dont chacun comporte plusieurs subdivisions, inutiles à mentionner ici, mais qu'on trouvera dans tous les rituels.
Les Prinoeê en premier, après eux, Uè Archanges, eic»
20. Les PriDces se couipUnt en foolo dao» les rangs des bérilien du Temple : princes de Mercy ou grands Trinitaires Ecossais, princes de Jérusalem, princes du Secret royal, princes du Tabernacle, princes du Liban, Nous ne saurions déterminer précisément ceuK qui doivent être rangés en qualité de Principautés dans la troisième hiérarchie i mais ils doivent certainement se trouver parmi ceux que nous venons de désigner; les Archanges comprennent à coup sûr les chevaliers d*Orient, du Temple, de la Croix-Rouge^ du Serpent d'Airain, de grand Écossais de la voûte sacrée, de Noachite, etc. Quant k la foule de ces anges qui s'amusent aux jeux scéniques des épreuves par lesquelles on fait passer les Néophytes, angelici Uuii, il n'y a pas à les chercher ailleurs que parmi la foule des Maîtres, des Compagnons et des Apprentis, tous plus ou moins remplis de zèle pour acquérir la Gaie science et pour se rendre ainsi dignes de voir la lumière. Voilà comment, plus nous avançons dans ce dédale inextricable à première vue, plus la démonstration devient saisîssantei plus s*amoncèlent les preuves de la participation de Dante aux doctrines et aux mystères du Temple et de ses héritiers.
Tous ces ordres divers, tendant vers le milieu, eic»
21. L'action des excellents Anges qui composent ces trois hiérarchies (embrassant au total 33 grades divers, nombre égal à celui do chaque Cantique du poème) , est double à tous les degrés ; eu haut, ils ont les yeux fixés vers le centre directeur, rfi su, tutti rimirano; en môme temps ilsopèrentau-dessousd'eux d'une manièreirrésistible, di giUvincon; si bien que toussent attirés vers Dieu ou son représentant de jure sur la terre f^de Monarchia)^ et que tous travaillent à attirera lui ceux qui viennent après eux dans l'ordre des grades, comme aussi les hommes de bonne volonté en dehors de leur église, ^cAe verso iddio tutti tirati som e tutti tirano. Mais la tradition est tellement perdue dans cette église dont l'origine remonte si loin {voy. pp. 271 et suiv.dcs Rin)cl,),(\\xty pour certains de ses membres, les trente-trois degrés de l'Écossisme et tous les grades templiers sont une superfétation de la Maçonnerie, qui ne compterait en réalité que les trois grades d'Apprenti, de Compagnon et de Maître; taudis que, pour d'autres, Torgauisalion maçonnique elle-même serait de création toute moderne; attendu qu'elle ne remontrerait pas plus haut que 16Zi6, ayant en pour fondateur £lie Asmole, célèbre antiquaire anglais, et plus tard l'Écossais Michel Ramsay, qui vers 1700 aurait organisé l'Écossisme,
poar travailler à la Restauration des Sluarts. L'érudition des doctes en est là. Quant mx diverses communions protestantes, elles ne se doutent guère que Dante et les Templiers sont à compter au nombre de leurs Pères et qu'elles ont avec la franc-maçonnerie une wi^ne commune, puisqu'elles remonteraient jusqu'à Técole gnostique,
Denys à contempler dans leur vaste splendeur, etc.
22. Que Dante crût ou non saint Denys l'Âréopagite l'auteur du traité intitulé de la Hiérarchie céleste, ouvrage traduit par l'Irlandais Jean Scot, par Hugues de Saint-Victor et par le maître de saint Thomas-d'Aquin, le moine Albert, dit le Grand; s'il s'appuie de son autorité, c'est qu'il avait reconnu que ce traité, d'essence toute gnostique, ne faisait que développer la doctrine de l'émanation, en rattachant le christianisme aux idées néoplatoniciennes. Mais peut-être aussi savaitil de bonne part que l'organisation des maçons du Temple avait été combinée précisément sur le modèle fourni par la hiérarchie céleste du faux Aréopagite, che li nomo e distime corne fo io.
Grégoire, en oertaim pointa t qui fut d'avis contraire, eie*
23. Aux yeux du théologien dissident, quoique chrétien sincère, ce fut un grand tort de la part du pape saint Grégohre, surnommé ie Grand, d'émettre une opinion différente, da lui poi si divise, en bouleversant l'ordre si bien déterminé par Denys. Comment un Pape pourrait-il y voir clair dans les choses du Ciel T Aussi, à peine celui-ci mit-il le pied dai^s le Paradis, que, reconnaissant sa bévue, il en rit de bon cœur,{/t se medesmo rise. Scène de comédie toute voltairienne, qui aurait dû faire réfléchir les bonnes âmes, affolées du catholicisme dantesque, sur la pensée doctrinale personnifiée dans la Théologie Béatrice ou béatifiante.
Toif ne sots pas surplis qu'un mortel, sur la terres Ait dit la vérité sur un si haut mystère, eto,
2li. Ne t'étonne pas qu'un mortel ait pu exposer dans tousses détails notre organisation mystérieuse, tanto secreto. Disciple de saint Paul, qui, ayant été ravi au Ciel, avait pu en observer l'ordonnance, chi 'l vide, il avait reçu de lui les renseignements les plus détaillés, et bien d'autres vérités encore, sur le monde des intelligences, con altro assai del ver di questi giri, c'est-à-dire sur tout le système des émanations, base de la Gnose qui n'est autre chose que la tradition apos-
toHquc. Et toi Dante, mon fidèle, ravi de même an Ciel, tont en disant : lo non Paolo sono, tu sauras, revenu sur la terre, exposer comme lui ce grand arcane, tanto secreto, avec assez d'art, pour que la lumière apparaisse aux adeptes dans tout son éclat, ^n laissant dans leurs ténèbres les profanes désorientés.
CHANT ni\.
Quand, Vun $otit le Bélier, l'autre aous la Balance, Les enfants de lAtone, etc»
i. En aussi peu de temps qu'il en a fallu pour que TEmpire soleil et la Papauté lune, astres opposés, un moment en équilibre, l'un sou!$ le symbole de la justice, la Libra, Tautre sous celui de l'agneau, montone, changeassent de position sur l'horizon terrestre, cambiando l*emisperio si dilibra, la foi Béatrice fut réduite à garder le silence ; mais dans l'obscurité qui suivit Téclipse de la puissance impériale et du droit, elle n'en conserva pas jîioiiis l'espérance de voir resplendir de nouveau son soleil; aussi la voyons- nous, le visage embelli d'un sourire, di riso dipinto, observer fixement ce foyer central, cette étoile flamboyante, dont l'éclat irrésistible avait entraîné la conviction de son fidèle théologien, liguardando fiso nel punto che m' avea vinto,
.... Au-devant de tes vœux Je vais, sanr demander ce que tu veux apprtndre, etc,
2. La théologie béatifiante du poète ne pouvait voir qu'en Dieu ce qu'il pensait et croyait, ove s'appunta ogni ubi e ognî quando. Éclairé dès lors au mieux sur ses désirs, elle n'attend pas ses questions pour y répondre et lui explique, à sa manière, la création du monde des intelligences.
En de nouveaux Amours, l'Amour saint, éiemel S'épanouit, etc*
3. Dans les divers systèmes gnostiques pour lesquels nous renvoyons au savant ouvrage de M. Matter, souvent cité, comme au plus complet et au plus facile à consulter, tout procède de Dieu par irra-
diation. « Selon Bardesanes, le Dieo éternel, heureux de la plénitude de sa vie et de ses perfections, ayant résolu de répandre ce bonheur et celte vie en dehors de lui, se multiplia et se déploya en plusieurs êtres de sa nature, qui, pour cela même, portent le nom iVÉans ; ainsi que, dans la Kabbale, les émanaiians de Dieu portaient le nom de FA ou d'autres désignations de Tétre suprôme. » (i. p. 307.) Dans touus les écoles gnostiques , « le monde intellectuel est le déploiement des facultés de TÊtrc suprême, du père inconnu, du Temps sans bornes^ comme rappelle le Zend-Avpsta ; il s*csè fait par une suite d'émanations. Le monde inférieur, au contraire, est loin d'être l'ouvrage de Dieu, il est celui d'une puissance inférieure, d'un démiurge. • (i. p. 250.) Or^ selon Béatrice, l'étemel amour, afin de se manifester dans sa splendeur et de pouvoir dire j'existe, sussisto, s'ouvrit, s'épanouit, se déploya ou s'irradia, tous ces termes sont équivalents, en neuf ordres d'amours, /aperse in noue amœ^ l'etemo amore, H est im()ossiMc, h coup sûr, de rendre plus exactement l'idée d'émanation et celle d'Éons, .sans en prononcer le nom ; et si le savant auteur de YHist, des Cathares veut relire avec attention cette exposition doctrinale, il ne persistera pas, croyons-nbns, h soutenir, contre l'opinion de Mattcr et de Néander, qu'on ne pourrait, t sans lui faire quelque violence, découvrir des traces rcconnaissablcs de gnosticisme dans le système Cathare, et que sa filiation gnostique ne saurait être prouvée par aucun témoignage historique. » (il. 263.) II nous .semble que celui de Dante en vaut bien un autre, et par le même motif, il ne s'étonnera plus que, dans sa vie d'Innocent III, Hurter fasse descendre les francs-maçons des Cathares, de même que M. II. AJartin les rattache aux Templiers, tout en méconnaissant le lien Cathare qui unit les uns et les autres {Hist, de France, iv, 177, 478,) bien qu'il signale l'esprit ascétique dos Parfaits et Tidéc templiére dans la chevalerie du Saint-Graal, dans cette Masscnie » ù laquelle on ne peut guère douter, dit-il, que ne remonte, d'échelon en échelon, la francmaçonnerie moderne. » {Hist. de France, iv, 398.) ÉrudiLs et philosophes peuvent rire maintenant de l'idée baroque par nous mise en avant, de celte folle gagettre, qui nous a fait proclamer Dante hérétique et franc-maçon. Ne semblc-t-il pas que nous soyons bien près de gagner notre pari ? Espérons : le vrai finit toujours par triompher, eût-il pour adversaires, toutes (es universités, toutes les académies, tontes les Sorbonnes ot tous les critiques du monde.
1186 te pàHabis.
Cwr 9mmi cofnm« oprès n'avaient pas prit natt* ance, «le.
2i. Le temps n^existant pas au se&n de l'étcrniic, on ne peut dire que Dieu fût resté dans Tinaction avant celte création sponianée, comparée à dessein à celle de l'univers dans la Genèse, où Tespntde Dieu est représenté porté sur les eaux, ferebaïur super aquas, et oà il n'est pas parlé de la création des intelligences célestes.
Pures, forme et matière, en union complèU^ elc,
5. La forme et la matière de ces intelligences, facultés, perfections, types des idées du Très-Haut, jaillirent, s'irradièrent à la fois, pures et dans une parfaite union, par un même acte, de la volonté suprême, infaillible de sa nature, usciro ad atio che non avea folio, comme trois flèches sont lancées à la fois par un arc à trois cordes. Ainsi ces intelligences ou facultés sortirent de Dieu, usciro; elles éuient donc en lui, elles faisaient partie de son individualité divine, et par suite elles ne pouvaient se manifester en dehors de lui que par émanation. Existantes antérieurement li l'acte qui les faisait rayonner extérieurement, co-éteruelies avec Dieu, elle^ n'étaient pas susceptibles d'être créées, à proprement parler, car l'acte dont elles étaient i'eiïet ne produisait pas ce qui n'existait pas, il mettait en dehors ce qui était concentré dans le plérome. {Voy, p. 272 des RévéL)
"El, comme le rayon s'en rient resplendissant^ etc.
6. La comparaison achève d'éclairer la pensée du poète théologien, le triple ciïet produit par l'acte divin, d'où résulte à la fois, la matière, la forme et la hiérarchie des intelligences célestes, s'accomplit aussi rapidement et de la même manière que le rayonnement du soleil, raggîo, à travers un cristal; tellement qu'il n'y eut pas d'intervalle entre l'irradiation et l'accomplissement parfait de la volonté divine ou l'émanation opérée, raggid insieme tutto.
Ensemble fui créée avec ehaq^ie substance t etc.
7. Ici les commentateurs ne comprenant pas que Béatrice parle uniquement du monde d'émanation et non du monde de création, œuvre du démiurge, se sont évertués à rattacher à ces paroles l'éclosion du monde matériel : mais Béatrice, contre son habitude, semble avoir voulu Jusqu'à un certain degré, mettre ici les points sur les I, on disant que les substances qu'elle a désignées comme les plus rap-
proebëes de Dieu, savoir les Séraphins, CIi^'m ubins el Trônes, (fuelle susianzie, sont ies plas élevées dans le monde d*émaoailon, nei monda in che puro atiofu prodotto, et cela comme Esprits contemplatifs et directeurs; qu'au plus Ims, sont les Principautés^ ies Archanges et les Anges, qui, n'ayant que la simple puissance, doivent attendre Timpulsion pour être mis en jeu, et qu'enûn entre ces deux faiérarcbies, celle des Dominations, Vertus et Puissances, réunissant la puissance et Tactivité, potenzia con alto, se rattache aux deux autres hiérarchies par un lien indissoluble. Essayez donc de faire avec les commentateurs une puissance pure du monde matériel et des divers cieux des puissances actives.
Jérôme écrite que Dieu dans la béatitude, etc.
8. Nuus avons ici une nouvelle preuve de tout ce que TArt royal comporte d'artificieuse habileté. Le théologien albigeois ne diiïère pas avec saint Jérôme sur la question de savoir si les anges ont existé antérieurement à Thomme, le démiurge, dont le monde matériel serait l'œuvre, étant lui-même une intelligence céleste selon les gnostiques. Le point de dissidence entre eux est seulement de savoir si leur création a été de beaucoup antérieure à celle du monde et s'ils ont préexisté durant de longs siècles, lungo traita di secoii.
Mais la vérité, telle ici que je l'ai dite, etc.
9. Au surplus veux-tu savoir la vérité sur l'origine du monde des intelligences, dont j'ai parlé longuement h dessein, et sur la création de l'univers matériel dont je me serais bien gardée de dire un mot, trop goncc que j'étais par le texte de la Genèse ? Tu n'as qu'à lire les écrits des néoplatoniciens et des gnostiques, que l'Esprit Saint a éclairés, (juesto vero è scrilto in moUi lati dagli scriitori delio spirito santo. Lesquels, madnnie, s'il vous plaît? Et tu le reconnaîtras si tu y regardes bien, car il y faut de l'aiiention et surtout de la prudence, tu len'awedraisiben tu guati. B.EÎV. pourra t'y aider.
Et seule la raison suffit pour t et) instruire, etc,
10. Selon saint Jérôme, dont l'opinion est aussi rejetée par saint Thomas d'Aquiu (part, i, quaest. 61, art 3), les anges auraient été créés bien des siècles avant notre monde. Il n'en peut être ainsi, objecte Béatrice, qui parle comme ce pliihxsoplie scolasiiquc disant :
Il ne faut pas multiplier les êtres «ans nécessité ; eu eflet, ou ne peat admettre que tant de moteurs aient existé si longtemps, cotanto, sans avoir rien à faire mouvoir. 11 u*y durait donc entre elle et saint Jérôme qu*uue question de temps, qui n'exclut en rien rantériorité de la création des anges. Ainsi celte petite guerre» dirigée contre un docteur de rÉglisc, n*a d'autre but que de déloonicr l'attention de la peiiséc hétérodoxe qui préside à toute cette exposition dogmaiiqnc.
Tu sais où, quand, comment à Dieu plut de protluire, etc.
11. Maintenant que tu sais que ces amours angéliqucs ont étô créées par émanation, à une époque impossible à préciser, hors de tout espace compréhensible, j*ai répondu à trois des questions que tu désirais m'cnteudre résoudre.
Or, en bien moins de temps, je te le certifie. Qu'on n'est à compter vingt, etc.
42. Béatrice oublie de uous dire à partir de quel moment il s'agirait do compter vingt : selon les commentateurs, ex* serait à |>artir de la création des anges, contemporaine de celle du monde visible ; ce qui n'est guère admissible et ce qu'ils ne se donnent pas la peine de justifier; car enfin si l'orgueil causa la révolte dans le <;iel, il faut un intervallodo leiups quelconque pour que celle cause pût naître, pour que la reheilion éclatât, pour que le châtiment s'ensuivit, nifin pour qtie les éléments fussent boule vers('*s ; nous croyons donc être bien près du vrai en pensant que, pour le théologien albigeois, le mal naquit du débordement du pléromc dans le monde matériel, créé par le démiurge; débordement qui aurait amené n ne grande perturbation dans cette création récente, turbô il sttygetto de' vosirielcmetin, ce que Basilidc appelait le trouble et la confusion primitive (Malter II, 90), sœur et mère de la confusion de Babel.
Le surpluK demeura, etc.
13. Les intelligences que le plérome ne rejeta pas de son sein se mirent h entourer le Bytbos, le père inconnu, alors s'organisa le système de cercles concentriques, de grades s'emboîtant les uns dans les autres, que nous retrouvons dans la combinaison templièrc, con* ormément ù cette idée gnostique d'après laquelle le monde visible est la reproduction du monde invisible, et qui constitue l'Art royal, Valiva rimase e comminciô quesia arte, art d'où dérive la Gaie science;
ce qui fait que les Anges du Ciel ne s'y livrent pas avec moins de joie, dilettOy que les anges terrestres.
Ce qui, causant leur chute, à tout jatnais perdit Tant d'êtres immortels, etc*
1/i. L'orgueil envieux, il rnaledetto super bir, causa fa chute de celui que nous avons vu, personnifiant la Papauté, écrase sous le {Xiids de ses richesses mal acquises et sous celui de tous les méfaits de Tbumanité, da tutti ipesi deimondo costretto.
Ceux que tu vois ici, de la toute bonté' S'avouant émanés, reconnurent^ etc.
15. Les autres se reconnurent humblement, inodesti, les Éons, les émanations de cette bonté parfaite dont ils tenaient leur sublime intelligence; mais Béatrice, toujours aussi réservée sur dos |)oînts ou ne peut plus scabreux, n'indique pas comment, émanés de la même source, les prcmîei^s auraient écoulé Torgueil, et comment, avec lui, le mal se serait introduit dans le séjour de tout bien; comme si les désirs muels de son fidèle ne se fussent pas portés dans cette direction.
Aussi la vue en eujc, l'esprit fut exalté, etc.
16. Leur vue acquit plus d'énergie par TefTet de la grâce illuminante, récompense de leurs bonnes œuvres, attendu que del vedere c misura mercede {voy. la note 18 du chant xxviii), et pour bien manifester son opinion, contraire à la grâce accordée gratuitement, Béatrice ajoute, toujours en mots à double sens, bien entendu : Recevoir la grâce selon la mesure de l'amour est la récompense d'un mérite antérieur, à savoir l'amour ou le bien opéré, ricevei' la grazia è mcritoro; en effet meritoro, dans le sens de remunératoire, est en parfaite concordance avec le sens d'œuvre méritoire pour mercede^ sens admis par tous les commentateurs.
Hi pour toi mes discours ne sont pas restés vains, etc.
17. Si tu as bien fait attention à mes paroles; et en effet, on voit qu'il faut y regarder à deux fois ; je t'en ai dit assez pour que, sans avoir à m'expliquer davantage, et pour cause ,'5e7iz' altro aiutoro, tu trouves à proftlçr beaucoup dans ce consistoire albigeois, ifuesto eon^ çistoro.
Mais^ comtnv sur la terre on dil, en vos écoUt, etc.
18. Les auges ont-ils la faculté que nous appelons mémoire! Telle est la grave question dont se préoccupe Béatrice. Mais qne Youlezvous? elle a bien osé aborder subrepticement celle de la grSce. Quant à la comubslaruialitè du Verbe, à la procession de l'Esprii-Saint, à la présence réelle dans Tlilucbaristie, qui du U" au v« siècle divisa les Pères de l'Église, elle est trop habile pour y faire la moindre allusion; bien plus, chercliez dans le Paradis si vuus y trouverez saint Justin, saint Irénée, saint Hilairc, saint Ambroise, saint Jérôme qui vient d*êtrc réfuté, saint Grégoire de Nyssc, qui tous tinrent pour la présence réelle. Ils n'y Ggurent pas plus que saint Clément d'Alexandrie, Origène, Tertuliien, saint Athanase, saint Grégoire de Naziance, saint Basile qui ne crurent qu'à la présence spirituelle, mystique ou figurée ; doctrine adoptée par Zwingle et Calvin.' Tous ont été soigneusement laissés ù l'écart, afin de n'avoir pas à se trahir, même par la simple admission de quelques-uns d'enli^c eux (*). Quant à savoir si (es anges sont doués de mémoitT, cola ne touche en rien au dogme «.'t la question peut se traiter sans péril, quoiqu'elle se réduise à ceci : la tradition gnosiique a-t-clle été interrompue, ou s'cst-ellc continuée directement depuis les Apôtres jusqu'aux Yaudois et aux Templiers?
On enseignait en effet dans les Écoles orthodoxes, mais peut-être dans une intention qui Tétait peu, per le vostre scuote, dans l'intérêt de vos écoles albigeoises, que les anges se souvenaient^; telle était l'opinion d'Albert-le-Grand, que nous avons vu dans le Paradis, (De quatuor coœvis.Tr. iv, guast. 27, art. i.) Mais, selon lui, leur mémoire était différente de la nôtre. Béatrice part de là pour déclarer franchement que tout le débat roule sur des équivoques qui obscurcissent la vérité, la verità si confonde equivocando in si fasta lettura.
Depuis que Dieu créa ces éires fortunés, ek,
19. Voici donc la vérité sur l'objet de cette grave controverse : Depuis l'instant où les premiers Parfaits, les Apôtres, ont été favorisés
(*) Voulci-Tous savoir la cause de ces exclusions systéinitiqurs, dcmandèK-la su moine de Zigabène. Voici ce qii*il vous répondra : Gavete, ùtquit Ev., k palsis pbo- PiiETi». Fulsos appcltant projiftctas, magtium Basililh, ihcoloaim sptendorcm^ Gre- CORiUM, Ijnguam iilaiii aureain, Joankem (Jean Dsinascène l'advci'>aire des iconoclaste») quox ut dovxcsticos sequimur. Prœlcvca caetera y quœ adversHs lias sanctos istU qui fulmine et ignc coetesti digni aioi/, dcbacchanlur, (xlv, Max. Bib. Vci. PP., t. XIX, p. 227.)
de la présence et de la parole du Sauveur, Fils de Dieu et Dieu luimême, pour qui dès lors rien n'est caché ; les membres de leur Eglise, queste sustame, nature angélique, imbue de la religion d'Amour, qui est la Gaie science, source de bonheur et de salut, poichè fur gioconde delta faccia di Dio^ n'ont pas détourné les yeux de la source de vérité, de la gnose, non volser viso da essa. Gomme ils*n'en ont pas été distraits par la doctrine nouvelle, à leur égard, du catholicisme, da nuovo obbietto, ils n'ont pas besoin de se souvenir, leur attention» leur pensée n'ayant pas subi d'interruption, per concetto divùo.
On rêve donc là-has, Us i/eur tout grands ouverts, sic,
20. On rêve tout éveillé des deux côtés, non dormendo sisogna^ eu croyant être dans le vrai sur une question dont il faut connaître le double .sens pour la traiter. Mais vous vous figurez que le plus honteusement coupables sont ceux qui, employant un langage mensonger, savent très-bien que les anges dont ils parlent ne sont pas au Ciel. Eh bien, non, ce sont ceux qui prennent les mots au pied de la lettre, les docteurs orthodoxes, qui se laissent bonnement duper par l'apparence, ce sont les premiers, Vuno^ celui qui va credendo dicer vero, et non pas Valtro^ car Béatrice vous le dit : neW uno è più colpa e più vergogna.
Vous philosophez bien, mais sans suivre un chemin, etc.
21. Pourquoi aussi tous les chrétiens n'adoptent-ils pas la philosophie morale du neuvième ciel, celle des Rose-Croix et des philosophes inconnus, ce nec plus ultra de la Gaie science ? C'est que non andaie giù per un sentiero filosofando; et qui plus est, nous le disions tout à l'heure, vous vous laissez duper par l'apparence, sous laquelle se dissimule habilement la doctrine des Qdèles d'Amour et leur pensée secrète, tanto vi trasparta l'amor deW apparenza e del suo pensiero.
Avec moins de courroux que quand vous délaissez I
La divins Écriture ou quand vous la faussez. \
22. L'église albigeoise serait assez coulante sur cette facilité à so | laisser abuser par un langage de convention ; mais ce qui l'indigne,
c'est de voir l'Église romaine s'écarter de l'esprit de l'Évangile, (juan- , do è posposia la divina scrittura, repousser même certains Évan-
1192 LE 1»ARADIS.
giles couimc apocryphes, ceux de rEufance et de Nicodciue, par exemple, et tortarer le sens du texte sacré, o quando c larta,
Vout ouhlieg combien de' sang coula sur terre, etc.
23. On oublie combien de sang vaudois, albigeois, cathare et templier a coulé |X)ur semer la parole divine dans le monde catholique, xeminarla net mando, et combien sont chers b Dieu ces humbles Parfaits à la vie austère qui s*y ratlachcut avec amour, chi umiU mente can essa s'accosta.
Pour paraître cjuicun s'ingénie et vetU faire, etc.
26. Bien lom d'imiter celte humilité, c*est à qui fera de l'esprit et de la science dans les chaires catholiques, ciascun s'ingegna, les prédicateurs brillent, mais l'Évangile, la loi d'Amour se tait» 7 vangelio si lace.
L'un s '(m va débitant qu'à la mort du Sautevr, etc.
25. Il s'agit bien vraiment de savoir si, lors de la Passion du Sauveur, il y eut éclipse de soleil |)ar l'interposition de la lune, éclipse qui n'aurait été visible que pour une faible partie de la terre, ou si le soleil lui-même se serait voilé, afm que le miracle fût apparent tout à la fois |)our les Espagnols, les indiens et les Juifs, ce qui Taurait rendu bien plus saisissant encore.
Le nombre des Lapi dans Florence n'est rien, etc,
26. Florence a moins de gens portant le même nom de baptême, que l'Kglisc'romainc de prédicateurs de cette force, osant débiter de pareils contes du haut de la chaire, si faite favole. Jugez par là des autres, dont il ne faut souffler mot, sous peine du bûcher, et qui, vraisemblablement, se rattachent aux grandes questions mentionnées note 18. Aussi leurs ouailles, le pecareile che non sanno, restentelles dans leur ignorance, repues qu'elles sont de vent, pasciute di venio; mais tout ignorantes qu'elles soient, elles sont inexcusables de ne pas voir à quel point le clergé catholique se joue d'elles et les exploite à son proCt, ^wn le scusa non veder lor datuio.
Aux Apôiret le Christ n'a pa< certainement
Dit : Ailes et préchex au mande des sorneltest etc,
27. Pricdicate evangelium^ Aii J.-C. à ses Apôtres; telle fut la base de la (roctrine de vérité, verace fondamento^ qu*il leur doriua mission d'enseigner. Il ne leur dit pas d*aller débitant des sornettes, ciance, recueillies dans les œuvres de tels ou tels docteurs dont, aussi réservé que Béatrice, nous passerons les noms sous silence. L'Évangile seul, à l'exclusion des écritures hébraïques, retentit dans leur bouche, quel tanto sono nelle sue guatice, et, seul, il leiu: valut de lance et d'armure. Mais il faut le glaive au clergé romain.
Avec deijeux de mois et des fadaises pures, etc-
28. Des arguties et des bouffonneries, motti ed iscedcs voilà les armes des prédicateurs catholiques, Dominicains, Bénédictins, Franciscains, qui s'en vont, le capuce rabattu, tout gonflés de leurs succèsy lorsqu'ils ont fait rire quelques niais, jmr che ben si rida, confia il capuccio. Aussi quelle différence avec les prédicants apostoliques, ces Parfaits, de nature angélique, séraphins pour l'amour, chérubins pour la science, dont le regard ne s'est jamais détourné de la face du Dieu de vérité et qui, par ce motif, n'ont pas besoin de mémoire. Pent-être apercevra-t-on maintenant le lien logique qui rattache cette diatribe contre les Ordres mendiants et prêcheurs à la question soulevée si inopinément sur la mémoire chez les intelligences célestes.
Tel oiseau cependant sous le froc se blottit, etc. 29. Ce n'est pas la colombe, cette fonne mystique de l'Ëspril-Saint, Vuccel chenel becchetto s'annida, c'est Satan lui -même qui se cache sons le froc monacal. Ah ! si le vulgaire ignorant pouvait s'en douter, se *l volgo il vedesse, il n'irait pas demander l'absolution au coufessionnal. C'est aux Parfaits qu'il s'adresserait pour obtenir le consolement, et il ne s'aviserait plus d'acheter ces indulgences auxquelles il est assez sot pour avoir confiance, non ton^ebbe la perdonanza di cite si confida. Le F. Riuieri nous le dit : Indulgentias ecclesia respuunt et dispensationes dérident. (C. v, p. 265.) Ce fut par là que débuta Luther.
La sottise à tel point est accrue en vos jours, etc,
30. La stupidité ignorante des catholiques est devenue telle que,
1104 LE PARADI8.
mettant leur conOance dans des imposteurs qui foulent aux pieds l'Évangile, unique témoignage de la vérité, sema pruava (Cakun tesiimonio, ils s'arrangeraient, sur leur parole (rompeuse,* de toute religion quelconque, puisqu'ils en sont venus à Tidolàtrie et à l'adoration de Satan, ad ogni promission si converrebbe.
De saint Antoine aussi s'engraisse îe pourceau, etc.
31. Voilà comment s'engraissent les Ordres mendiants, diquesio ingrassa il porcosanC Antonio, et tant de membres du clergé catholique, aitrx assai, qui sont pires que des pourceaux, et payent le vulgaire imbécile de paroles où n'est point imprimé le sceaa de vérité, que n'a point inspiré l'esprit évangélique, moneia sema conio.
Mais revenons au ^u(, et sur larouîe vraie, etc,
32. Béatrice ne s'est pas autant écartée de son sujet qu'elle veut bien le dire, en faisant ressortir la didorence, qu*elle tenait à signaler, entre les anges du Temple et les démons de l'Église romaine, ditmonia qu(t in templis manufactis habitant, comme dit le moine de Zigabène ; mais il était habile de laisser croire à une digression, sem digressi assai.
Des Anges de tout rang ta multitude est telUt etc.
33. Tu peux juger, par la foule des Anges dont tu vois les rangs se succéder ici, dans un ordre hiérarchique que nous appelons grades, s*ingrada, de la multitude de nos fidèles. Us sont si nombreux que ta pensée du pontife romain ne saurait le supi)oser, ni les inquisiteurs eu dresser la statistique, mai non fu loquela tw concetto MORi AL che tanto vada; mais il est sage d'imiter Daniel et de citer, comme loi, leur nombre à l'aide de chiffres indéterminés, in sue migliaia determinato numéro si cela {*).
(*) Il est assez singniicr cfiic dans wà Summa, cU<^e plus haut, le F. Rioieri Sacoone procède précisément comme le rtn nui mande Béatrice, bien qu'il aoit loin de vouloir Heu cacher. En eflct, apr6s a\oir coiiipir ni Ix)mbardie 2,200 Cathares des diverses comoiunions, appnrtenaiil aux églises ilc Vôrono, de Manioiie, de Milan et à celles de la Ri** magiic ; dans colles de 'I oscanc cl de S|iol<;te, etc., le Douiinicaiu (youte : ■ Ces Catiiaro, dont lechiflTie bV'ivve ù peine à ^,000 en totalilé, doivciii éUv entendus dans le scm <i< PAnrAin (ministres ordonnés) t'u que tes eroffants sont sars nOHBKC •
La première clarté qui partout illuminé, eU»
SA. La lumière du Très-Haut lui-même, la pritna luce, qui s'épand rayonnante ici, comme là-bas, sur toute cette nature angélique des Parfaits, chc tutta la raia^ est proportionnée au grade de Tange qui la reçoit; et elle leur parvient pjir autant de modes, que leur aptitude, leur rang, leur caractère, peuvent le requérir, per tanii rnodi in essa si recipe quanti son li splendori, a che s'appaia. Aussi quelle différence entre les anges du Temple, si vertueux, si nourris de saine doctrine, et ce clergé romain si scandaleux, qui croupit dans Tignorance et dans l'oisiveté, et dont les œuvres sont celles de suppôts de l'Enfer !
Uamour diversemenl hrvXe et tiédit en elle, etc.
35. L'amour étant en proportion de Fintelligence du sujet, aW alto chi concepe segue l'affetto; moins ce dernier a d'intelligence pour saisir les abstractions de la gnose, moins il a de lumière et, par suite, moins il est apte à ressentir la douceur de l'amour, (famor la doicezza diversamenle in essa ferve e tepe. Combien cet amour ne devait-il pas être fervent chez le docte théologien dont le génie a pu concevoir et exécuter, en triomphant de tant de dilDcullés, tout ce monde de prestiges et de fascinations où se sont perdus les plus brillants esprits I
Vois donc l'immensité de l'étemel pouvoir, etc.
36. Vois combien est sublime en son immensité ce bien suprême, ctemo valore, qui s'est parcelle dans une telle multitude de miroirs, tant au Ciel, dans les intelligences célestes, que sur la terre, dans les anges du Temple, qui réfléchissent également sa lumière, tanti speculi fattis*ha, in che si spezza, en restant un ♦comme avant, au sein de sa Adèle église albigeoise, son émanation, comme les Anges du Ciel, et illuminée comme eux de ses clartés.
Toutes ces interprétations nous semblent s'enchaîner de mieux en mieux et approcher de plus en plus de l'évidence; mais nous avoiis beau redoubler d'efforts pour magnétiser un auditoire prévenu, nous avons beau multiplier les passes, nous uenous flattons pas de parvenir à rendre lucides tant de gens, infermi délia même, et d'autant plus incurables qu'ils s'obstinent à ne pas voir. Et savez-vous pour* quoi? Parce qu'ils n'ont pas vu les premiers. Telle sera, jusqu'à la Uii des siècles, la pierre d'actkoppeinent des inventeurs. Or, nous
1196 LE FARADI8.
n'avons rie» décou?ert, rion proclamé de neuf, rien qui ne se trouvât dans Rosetti. £h ! mes dignes messieurs, que ne preniez-voos donc la peine de le lire? Que ne parliez-vous avant moi, j'aurais dit la chose après vous?
cuÀ^T xn.
Six mille milles loin peut élre de nos hords^ etc.
1. A l'heure où cet Orient, si cher au poète théologien, jouit du soleil de Midi, qui l'inonde de lumière, le triste Occident est encore plongé dans les ténèbres de l'ignorance ; mais l'aurore n'est pas loin pour lui ; lieurcusement la fourrière du soleil, la chiarissima ancella del sol, ne tardera pas à paraître. A mesure qu'elle s'avance, les astres de la nuit disparaissent peu à peu, jusqu'à celui qui rayonnait le plus, et que vous reconnaîtrez peut-être, il ciel si chiude di vista in vista fino alla piii betla,
S'éieignii le triomphe à la mnlUple ronde, etc.
2. De même s'effaça ce triomphe dans lequel joue la foule des anges maçonniques autour de l'étoile flamboyante, en offrant l'image renversée de cet autre triomphe dans lequel la même étoile, déployée en un vaste cercle, devient le ciel Empiréc et embrasse toutes ces circonvolutions concentriques au milieu desquelles elle apiiaraît enclose dans la dernière décoration, parendo inchiuso da quel cK egU inchiude. Puis, lorsque ce merveilleux spectacle eut disparu peu à peu aux regards de l'habile décorateur, mû par l'amour, il dirigea ses regards sur celte adorable Béatrice qui l'avait si bien inspiré.
Tout ce que jusqu'ici j'ai dit d'elle et pensé, elc,
3. Eh ! mon Dieu oui, Béatrice devait lui paraître belle au delà de toute expression, tant il lui avait dû jusque-là de magnifiques conceptions, d'admirables tableaux, de prodigieux effets de style. Seul il était à même de l'apprécier à toute sa valeur et de jouir, comme son créateur et son père {voy. la Viia nuova, p. ft7, des RéveL)^ de toat
gbant XXX» 119?
ce qu'olTraii de splendtde ce mirade de beauté, certo io credo che solo il iuo fatto}^ tuiio la goda, *
Je me confesse donc, en ce moment critique, etc.
h. Si Béatrice se surpasse cllc-inômc en ce moment, c'est qu'eHe arrive au ciel des cicux, à riùnpirée; aussi Dante, à court de louanges cl d-hyperboles pour exalter ses charmes, se déclare-t-il vaincn par son sujet ; mais c'est sans en penser un mot, car nous le verrons arriver, sans fléchir un instant dans la pensée plus que dans l'expression, jusqu'au dernier vers de sa Comédie.
Car ainsi ([u'au soleil s'cpand un voile épais^ etc
5. Ce que le sourire de Béatrice achevait de lui révéler dans ce dernier ciel était d'une telle nature, que son esprit devait défaillir de terreur, la mia même da se nxcdesma scema, rien que d'y songer, de même que la vue tremble défaillante en se Gxant sur le soleil, corne Sole il viso cite ptii tréma.
Jamais depuis le jour où vint en cette vie, etc.
6. Depuis le jour de son iniliation h la religion d'Amour, jour oà la doctrine de vérité, la dame de salut, la reine de son esprit, donna délia sainte, délia mente, lui laissa voir sa beauté, jusqu'à celte dernière révélation, il n'a pas trouvé à poursuivre son chant de difficultés insurmontables; bien qu'obligé parfois, on s^cn souvient, de faire sauter le poème sacré ; mais cette Ibis, il a atteint les dernières limites de l'art, corne ail* ultimo siio ciascuno urtista. Laissant donc le soin de la peindre à un plus habile, qu'on attendra longtemps, il se décide à passer outre, pour mettre fin à la tâche ardue qu'il a eu l'audace d'eutreprendi*e, Cardua materia terminando.
Du ton de voix, de Vair d'un chef rempli d'ardeur ^ etc.
7. Comme un guide toujoura prêt à lui venir en aide, con alto e voce di spedito duce, sa foi Béatrice reprend la parole et lui déclare que, sortis du premier mobile, le plus vaste corps de l'univers, puisqu'il embrasse les autres cieux, ils se trouvent dans l'Ëmpyrée, qui est pure lumière, lumière intellectuelle pleine d'amour, puisqu'elle lui donne naissance, amour du vrai bien rempli de joie, puisque le triomphe de Béatrice et de Henri, B.EN., doit ramener l'âge d'or
1198 Le PAR'ADIS.
sur la terre, joie d'one douceur qoi dépane tout, paîaqu^elle dérive de Tamoar et de la Gaie scîcoce, k laquelle non» de?om la poésie amoureuse, anun- di vero B. K V. , pxen di letizia.
Ici du Paradis va b' offrir à tet yeux, etc.
8. Tu vas voir les deux milices du Paradis, Cuna e l'altra milizia. Celle à laquelle tu t*iiUéresses parliculièremeut, car c*est ceHe des Templiers k laquelle tu appartiens, commiiitones Christt, va se dmhitrer à tes yeux, revêtue de ce glorieux costume qu'il lui a fallu dépouiller pour ne le porter qu'eu secret; mais elle le revêtira fièrement au jour du triomphe définitif du droit; quand la Fuia, la Lupa aura été refoulée aux enfers, et que le trône impérial s*élèvera majestueux sur les débris du saiut-siége romain, alV uUima giustizia. Autrement dit : au témoignage du Révérend frère Rinieri, « lorsque rEuipercur et le chef de TÉglise cbréiicnne confesseront tous deux la foi évangélique {voy, cb. xxiii, note 6), c'est-à-dire lorsque le monarque universel, roi et ponlife, comme les empereurs romains» régira la terre, comme Dieu le Ciel, en la faisant jouir d*uue paix que rien ne viendi a plus troubler et qui sera « Cordre dans ta liberté, »
Ainsi, m' enveloppant, une lumière vive, etc.
9. La subite clarté qui enveloppe le poète de lumière vivante, mi circonfulse luce viva, est celle du ciel Euipyrée, le dernier de tous; revenons donc au Convito, afin de nous reconnaître un pou à son sujet : « Le ciel Empyrée, à raison de sa paix, per la sua pace, ressemblé à la science divine, simiglia la divina scieiiza, qui est pleine de toute paix; car elle ne comporte aucune lutte d*opinions,/û^ ûfopintoni, ou d'arguments sophistiques, vu la très-excellente certitude de son sujet, qui est Dieu. C'est d'elle, en eiïel, qu'il disait à ses disciples : « Je vous donne ma paix ; je vous laisse ma paix ; » en leur donnant et leur laissant sa doctrine, qui est cette science dora je patate, (Il ne dit pas théologie et encore moins théologie catholique, parce que cette science dont il parle est la gnose donnée par le Christ à ses Apôtres.) C'est d'eUe queSaloinon a dit : « Les reines sont soixante et les concubines quatre-vingts, et les jeunes suivantes soot sans iiombi*e; une seule est ma colombe, est ma parfaite. » Toutes les sciences sont ainsi désignées par lui sous le nom de reines» de concubinas et de suivantes; celle-ci (la science divine ou i^itasû^ comme elle est appelée dans l'Évangile), il la nomme (k)loinbo, parce qu'elle
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est sans tache de dispute, senza macula di lue, et parfaite, parce qu'elle nous fait voir parfaùemem la vérité, dans laquelle s'apaise notre âme. » (u, 45.) Ëst-if possible de s'exprimer plus clairement? Nous sommes donc transportés en pleine théologie albigeoise ou gnoslique, fort diiïércute de celle de Rome ; théologie qui embrasse toutes les autres sciences, comme le théologien Dante nous en a laissé la preuve vivante, et qui les illumine toutes ; dont l'éclatante lumière, pure de toute ombre d'opposition, doit assurer la paix universelle, en donnant satisfaction à la raison et le calme à toutes les âmes. Voyons comment ce brillant programme sera rempli dans les trois chants qu'il nous reste encore à soumettre à l'analyse.
1/ Amour, qui de ce Ciel fait la paix et la joie, etc,
10. Un éblouissemeut pareil à celui que tu viens d'éprouver, dit Béatrice, frappe toujours celui qui pénètre pour la première fois dans ce Ciel de la pure et vcriiable lumière, où doit s'allumer le flambeau de la foi, per far disposto a sua fiamnia il candelo. Cet éblouisseluent dispose l'âme à la foi , en lui faisant reconnaître combien sont profondes les ténèbres dont elle s'est dégagée par degrés, et tel est le salut par lequel l'accueille l'amour, source de paix et de bonheur, l'atnor che cheta questo cielo accoglxe in se con si fatta salute. Il n'est guère possible d'ailleurs de ne pas être ébloui lorsqu'on vous enlève un bandeau de crêpe noir, black crape, et qu'on se trouve dans un endroit Irès-éclairc. Or, nous voyons, p. 255 du livre intitulé Light on Masofvy, auquel il nous faut toujours revenir, tant il nous fournit de précieux renseignements, que sur Tordre du P. Adam, maître ou vénérable de la loge Philosophique ou des Philosophes inconnus, le candidat, suivant les yetix bandes son guide, appelé frère Vérité, broiher Truth, nom dont ne rougirait pas dame Béatrice, est introduit par lui an sein du vrai bonheur, to the true hàppiness; que la loge est appelée sanctuaire, lodge or sanctuary, que le P. Adam y trône, tenant un sceptre surmonté d'un globe, comme ayant été constitué souverain maître du monde, et créé père souverain de tous les hommes; enfin, que l'interrogatoire rituel une fois subi par le postulant, on lui ôte son bandeau, the candidate is unveiled. Rien donc de plus simple que l'éblouissemcnt poétisé par Dante, qui saura bien revêtir le reste de la cérémonie d'aussi décevantes couleurs.
1200 tt PkKkttÈ.
D'un0 nouvelle r«i« auni j'était dcU, etc.
il. NtMHSculeiDcnt le poëlc théologien se sent &txé en TeriociM énergie* me iomumtar di sopra a mia virtuie, maïs une vue ma- Telle, ncveUavùta, notez rexprcsûon, s'est rallamée en lui, an point qne nulle clarté n'est trop éclatante pour ses yenx, et en effet, pour nnc rif nouvelle ne faut- il pas une vue nouoeUe, apte \ envisager les choses sons on aspect tout Ji fait nenf T
J'en vit resplendir une à Voepect de rivière, etc,
1 2. I^ Nouvelle décoration nous offre une rivière ou , pour tradoirc litléraleiuont, une lumière en forme de rivière aux clartés falgorantes, in forma di riviera fulvido difulgori, coulant entre deux rives, où resplendit un merveilleux printemps, mirabil primaoera. Mais ne voilà-t-il pas que dans la décoration de celte loge philosophique, qiuh lifiée de sanctuaire, de Grand-Concile, dont nous avons pairie, nnfc 10, nous trouvons un globe, « image de la matière à son état complet, » est-il dit p. 265 ; or, ce globe est traversé par une rivière, et ^ en croire la uiéme autorité « la rivière en travers du globe, ihe rker accross the globe, représenterait l'activité des |)assions, aussi nécessaires à rbommc dans le cours de la vie, que l'eau à la terre pour y faire naître les plantes, » p. 266. Nul doute, que le sens du symbole n'ait été altéré ici , et que son explication ne doive être que la doctrine, la science, représentée par l'eau vive {Ego sum aqua vira), comme nous l'avons maintes fois répété, féconde la matière, comme Teaa le sein de la terre. Dante pouvait-il manquer de leproduirc un pareil symbole, pouvait-il faillir à le brillanter de ses plus splendidcs couleurs î
De tes ondes sortaient de vives étincelles, elc,
13. De ce cours d'eau vive sortaient des étincelles non moins vives, di tal fiumafUi uscivan faville vive, qui s'introduisaient de tonies parts dans les fleurs» ^t mettean m* fiori, et paraii^snient des rubis enchâssés dans l'or. L'explication se présente d'elle-même à la pensée : Du vaste fleuve de la doctrine, /iumana^ jaillissaient, comme autant d'étincelles, des notions lumineuses, déjiosées dans le sein des Parfaits, comme dans des fleurs, dans des lis sans tache qu'elle faisait éclore, fleurs destinées à produire des fruits délicieux : lAlia campi seipsos vocam, quod animai candorc puri sint, virtutibusque ornait, fuaitmt milla potuerit indui Satotnon, qui animai vestem kabmi
inquinatam. (Euthym. Monach., zig. p. 227.) Ces étincelles sem blaiciU des rubis, couleur de feu, symboles de science chérubiquc, enchâssés dans l'or pur des Cathares ou purs, La figure poético-mystique est, on le voit, de la plus scrupuleuse exactitude.
PtiM, de leurz doux parfums hientél comme enivrées, ele.
\U> Enivrées des parfums de science et de vertu exhalés par ces âmes parfaites, les connaissances acquises revenaient, accrues de nouveaux trésors, les apporter en tribut au réservoir commun, r^îprofondavan se nel miro gurge, et à mesure que l'une y rentrait, une autre en jaillissait plus lumineuse^ s' una entrava, un* altra ri uscia fuori. Et les commentateurs, très- bons catholiques, de crier bravo i ces merveilles de pyrotechnie Cathare.
LHmpatient désir en ion sein qui s'éveille^ etc.
15. Plus Dante brûle du désir d'apprendre ce que signifie cet effet de scène, qui n'est pourtant pas bien diflBcile à pénétrerdésormais, plus Béatrice se réjouit; mais elle lui déclare qu'avant toute explication, il lui faut boire de celte eau de science, di questa aquacanvien che tu bei, comme elle a déjà fait pour celle d'Eunoè, qui n'en diffère guère, attendu que ce breuvage contribuera beaucoup à lui ouvrir les yeux de l'intelligence, le tout au gré du soleil de ces mêmes yeux de riiitelligence, 'l soldeglt occhimiei.
.,„ Ce fleuve radieux , Ces topazes sortant^ rmlrant pures, légères, etc.
16. Voyez combien cette digne Béatrice y met de bonhomie; loin de vonloir tromper personne, elle déclare à son fidèle qu'il n'a devant lui qu'une métaphore en action. Le fleuve doctrinal, lui ditelle, les topazes scientifiques entrant et sortant, les plantes-néophytes, qui sourient, sont des figures préliminaires, légèrement voilées, de la vérité qui est leur but; son di lorveroambriferiprefazii Impossible d'être plus explicite. Convenez que si nous sommes ballociné par ces préfaces ombrifères, se^manifestant au milieu d'une explosion d'étincelles fulgurantes, on pourrait l'être à moins (*).
(*} Comme nous assistons ici au dernier tableau maçonnique dont le.poéte ait Jugé k propos dMllustrer sa Comédie, et que nous n'avons plus dès lors k revenir sur l*institution mystérieuse que nous n^avons cessé de trouver si étrangement m6iée aux diverse» combinaisons du poëme ; nous rappeJierons que deux savants écrÎTains, Hurter et
1909 LE PAHADIS.
Non qu'en lui-même il soit bien difficiU à voir, etc.
17. Bien loin d'être améres, acerbe, ces choses-là seraient bien douces à voir s'opérer ostensiblement ; mais cela viendra, et tu as le tort grave de ne pas croire à la réalité de ces superbes perspectives, è U difetto dalla parte tua, che non hai viste ancor tanto superbe.
Jamait U jeune enfant si vite ne se jette, ete,
18. AUX paroles de Béatrice, dont le sens n*est pas douteux pour lui comme pour les commentateurs, Dante se précipite, non moins avidement que Tenfant sur le sein de sa nourrice, vers Tonde doctrinale qui a produit les Parfaits, che si dériva perche vi s'immcyli, tant il a hâte devoir, grâce à elle, s'accomplir réellement de si belles choses, que n'oserait orgueilleusement rêver l'humble Parfait.
A peine la toucha le bord de ma paupière, etc. *
19. A peine a-t-il touché l'eau merveilleuse, non du bout des lèvres, mais du bord de ses paupières; car c'est par les yeux, qui voient, lisent et parlent, que s'acquiert la doctrine dont la vertu fait voir la lumière ; ce qui s'éployait en longueur, longueur de temps, d'efforts incessants, se réunit en corps, se concentre, fait masse et prend la forme lapins parfaite , la forme ronde, miparve di sua lungkezza divenuta tonda. Aussi l'Oltimo nous dit-il : La quale ridontitate ha a significare P£RP£ZI0NE.
Tels des gens qui. d*abord, du masque se couvrirent, etc,
20. Nous vous l'avions bien dit, que dans tout cet ensemble féerique, il ne fallait voir que les décors d'une comédie dont ce monde terrestre était le théâtre ; comédie dans laquelle tous les personnages, plus ou moins travestis, apparaissaient sous le masque, comme les acteurs de l'antiquité. Le magicien dont les prestiges vous ont fait «longtemps illusion, vous le déclare lui-même ici i il n'a mis en scène que dfi masques, gentesotto larve, gent masquée qu'on reconnaUpourtoule autre qu'elle n'est apparue d'abord, che pare altro ehe prima, lon-
MaUer. l*un dans sa Vie d* Innocent lit, Tautre dans son Histoire du Gnosticisme^ n'ont pas hésité à raïUfclicr ta Franc- Maçonnerie moderne au Cutharfsme et an Tetnple;de même que M. II. Martin, t. m, p. S98, de son Histoire de France, déclare qu*à son aris celle associaiioû de soi disanl conslrucleurs ■ remonte d'échelon en éclielon. Jusqu'à la Maaenie du Sainl-CraaL ■ On Toit que nous aurions fait erreur en twnne et docœ compasnie.
CHANT XïX. lilOS
qu'elle dépouille son déguisement, se si sveste lasembienza non sua in che dispatDe, Notre tâche a consisté précisément à déshabiller tous ces gens masqués, à commencer par Danie et Béatrice, età montrer sous leurs costumes d'emprunt, Grégoire VII et la comtesse Malhiide, Innocent III et saint Dominique, Raymond Béranger et l'église albigeoise elle-même et tant d'autres encore. Peut-être finira-t-on par croire que nous n'avons pas été trop mal inspiré en nous isolant de la foule des doctes, en extase devant l'oi thodoxie du poète florentin, et en persistant à faire parte da noi. Notre labeur aura été long et rude, mais nous y aurons gagné d*y voir clair au milieu de ces fleurs et de ces étincelles, fiori e favi'lle, qui, se mettant en plus grande fête, in maggxor fesie , se transfigurent tout à coup et deviennent les deux cours du ciel, ambo le corti del ciel manifeste,
0 retplendiêsement de Dieu, far qui je vis
Le royaume céle»te en son iriomfthe immcmet etc,
21 . Quoi qu'on en dise, il fallait un grand courage au poêle théolo-» gien i)onr oser, sous le régime de compression le plus impitoyable* exposer, même en figures et sous la forme d'un rêve poétique, sa foi et ses espérances; pour oser donner à entendre, même Ik mots couverts, qu'il voyait dans l'avenir le sublime triomphe de cette monarchie universelle qui, enfin victorieuse de Satan Aleppe, prince do monde de ténèbres et d'erreur, dsvait amener le règne de la vérité, Dammi virtute a dir conC io vidi l'alto trionfo del regno verace.
Là'haul une lumière es/, qui rend, vive et pure, etc.
22. Pour le poëte, comme pour le théologien. Dieu est lumière et c'est sous cette forme qti'il se rend visible k l'homme^ qui ne jouira de la paix et du bonheur qu'autant qu'il pourra le contempler dégagé de tous voiles ; pour le Gibelin, cette lumière s'était manifestée dans son héros, Henri de Luxembourg, che solo in L. VI veder ha SUA PAGE, toujours /uf jusqu'à la fm.
Bile affecte d^un cercle immente la figure, etc.
23. Cette lumière divine aflecte nécessairement la forme circulaire comme la plus parfaite, si distende in circular figura, et telle est son immensité qu'elle dépasse de beaucoup la circoDléreuce du soleil, puisqu'elle embrasse l'univers visible et invisible.
Ce ((u%l en a^faraiiy de scm ardeni foyer
N'est qu*un rayonnement qui se reflète intense, etc.
2U. N'apparaissant que par irradiation, fassi di raggio lutta sua pufTenza, la lumière divine se réfléchit,- sur la terre bien entendo» dans le Grand-Orient, la plus haute sommité .du premier mobile, riflesso al som»w del^mobile jnvno, composé, ainsi qu'on Ta vu, notes 22 et suiv. du ch. xxvK, des loges directrices ou mères, et recevant dès lors de Dieu môme l'esprit qui fait sa vie et sa puissance, che prende tfuimti ly ivere e potenza.
Et, comme le coteau semble avec complaisance, etc.
25. Tous ceux de nos frères qui, répudiant l'Église romaine, ont fait retour à la lumière de vérité, venue de là-haut, quanio fia noi lassa fatto ha rùorno, rangés par étages superposés, selon leur grade, autour de l'étoile flamboyante, se mirent, avec bonheur dans ce foyer do ia doctrine à l'onde lumineuse, comme les herbes et les fleun» du coteau dans le ruisseau limpide coulant au fond du vallon, cotneclwa t>i aqua.
Si le rang le plus près d'elle enceint, tout entière, etc.
26. Si le rang des hauts dignitaires de l'Ordre, le plus rapproché du foyer lumineux, renferme en lui un si ^asie réservoir de science, in se raccoglie si gran lume, combien cette rose mystique, figure de l'église des purs, des Parfaits, est-elle pour étendre au loin ses dernières feuilles, estretne foglie ?
Ma vue en parcourait la sitblime grandeur, etc.
27. Comment le coup d'œil du Pasteur albigeois se serait-il égare au milieu de son église, de ce foyer du gai savoir, di quella aUe^ grezza, que personne ne connaissait mieux que lui en long et en large, nelC ampio c nell* altezza? Comment ne se serait- il pas rendu parfaitement cumple du nombre des fidèles, du quanto, et de leur qualité, du quale, c'est-à-dire de leur grade, que lui révélaient de reste leurs bijoux et décorations diverses?
Là, rien au loin qu'on perde ou de près qu'on acquière, etc.
28. La loi naturelle qui veut que celui qui est loin voie moins bien que celui qui est près u'ôtant et n'ajoutant rien à la sûreté du coup
d*œil là où Dieu gouverne directement, le poète théologien, en quel^ que lieu qn'il fût, de près ou de loin, presso e Icmano^ promenait un regard toujours aussi pénétrant sur les choses de sa foi, inspirée par Dieu même, émanée directement de lui, et sur tout le personnel de son église cathare.
Vers le cerUre doré de la rote étemelle, etc.
29. Un parfum de louange au dieu de lumière, ce soleil d*un éternel printemps, qui se tient toujours en dehors de Thiver pontifical, che sempre sverna, s*élcvait de la partie centrale de la rose mystique, nel giaUo délia rosa; du chœur de cette église albigeoise, où figuraient ses plus hauts dignitaires, dont les ornements plus ou moins dorés se rapprochaient de la couleur des étamines.
Voit quelle voete eixeeinte offre notre Citét ele,
30. Au beau milieu de sa contemplation, qui lui inspire des pen^ sées trop compromettantes pour oser les exprimer, malgré toute la bonne volonté qu'il en a, quai* è colui che tace e dicer vuole, il est interrompu par Béatrice, qui Tcniraîne dans les rangs de ses collègues aux chasubles d'or, ces jaunes étamines : Regarde, loi dit elle, combien est nombreux le couvent des Templiers, aux tuniques et anx manteaux blancs, celui des croyants, des pui-s, des Parfaits maçons à qui Ton remet une peau d'agneau, lamb skin, comme emblème d'innocence (Light on M.\, 38), mira quanto è'I convetuo délie bianche stole! Tout cela est pourtant assez intelligible. On n'en continuera pas moins de me crier : Où est la preuve que les bianche stole soient les Templiers et les Cathares? Où est la preuve que Dame ait été ordonné ministre et peut-être même évêque d'une église évangélique? Le cartnlaire de l'Ordre cl celui de l'église n'existent plus, autant que je puis croire ; mais le poème est là sous les yeux de tous; que ceux qui savent lire fassent usage de leur intelligence, ils verront (L. on M. •., 230) the cubic stone changed in mystic rose.
Sw ce trémie, où déjà ton regard s'est portée etc.
31. Vois combien s'étend loin notre Cité, vedi nostra città, quanto ella gira, celle dont le Christ est citoyen et non pas le pontife romain, celte Jérusalem nouvelle édifiée sur le modèle de la Jérusalem céleste (lisez, de grâce, le \\V chap. de l'Apocalypse, auquel ren-
Toie rOltiroo {Aggnmta dei Cod. Laur,)^ cité sainte dans laquelle le Temple se relèYPra triomphant, grâce à Tart merYeiilcux des ma* çons, qai ont juré de le reconstruire, après avoir tiré vengeance de ses déprédateurs. Vois les sièges de nos pères, tellement garnis dans tous les grades, qu'à peine s'il est à désirer de faire de nouvelles recrucsy che poca gente ornai et si disira, phrase assez déplacée dans le Paradis, où les élus sont toujours charmés de voir augmenter leur nombre, aucun motif politique ne leur faisant craindre les indiscrétions (*).
Sur ce trâne où déjà i<»i regard s*ett porlé, etc,
32. Sur ce grand siège, dit Béatrice^ in quel gran seggio, sur ce trône impérial, objet constant de ton attention et de tes vœux, doal tes regards ne se sont jamais détournés, a che tu gli occhi tieni, surmonté qu'il est de la couronne du successeur des Césars, per la corona che già v*è su posta ; avant que toi-même sois appelé au banquet de noces de l'agneau, a queste nozze, c'est-à-dire avant que ta sois témoin du triomphe de la nouvelle Jérusalem « venant de Diea« parée comme une épouse qui s'est parée pour son époux « {Apac^ XXI, 2), et non pas avant que tu aies à mourir, s'asseoira l'âme du noble empereur Henri Vil , l'aima deW alto Atrigo, prince qui entreprendra de remettre l'Italie dans la voie du droit, ch'a dnzzare Italia verra, avant qu'elle soit disposée à se soumettre an régime impérial et à recevoir la vraie doctrine, dit encore TOitimo : In prima ch'ella sia disposta a ricevere la regola e la DOTTRINA VERA. {Aggium. del Cod. iMur.) Pouvait-on s'exprimer plus clairement au XIV' siècle? Voyez si Gaspard Gozzi osait parler même au xvia'. (Révél., p. 431.)
"Fascinés par l'aveugle et cupide avarice, etc.
35. La louve romaine, dans son insatiable avidité, la cieca cupidigia, ensorcelle les Italiens, v'ammalia ; elle leur fait repousser ceux qui leur apportent le Rouvonicmcnt por excellence avec la doctrine
(*) Peut-^tre qu'après avoir vu la liose se transformer en cité, autremeui dit en église, nos savants se décideront enfin à comprendre rallégorie de ce famenx ronnn de la Base, ob ils n*ont m Jusqu'ici que ténèbres. Le poème est pourtant écrit en françaUet Tameor a eu soin de prévenir le lecteur que la doctrine Albigeoise ou Cailiare,ait d'Amour ou de Gale science, y éuit « tout enclose. > Ils uniront sans doute par se piquer d*honnear et ne me laisseront pas h lâcbcde leur expliquer du français, passe pour ritalieii.
CHANT XXX. iâO?
véritable et les rond semblables h l'enfant qui repousse la nourrice dont le tait calmerait sa faim.
Tel au divin forum régnera triomphant, ele. *
36. Clément Y, qui occupera alors le saint-siége, suivant les voies du mensonge et de riniquité, lorsque Henri marchera dans celles de la vérité et de la justice, lui sera constamment hostile, tantôt à visage découvert, tantôt en secret, paLese e coperto. Cela signifierait, selon rottinio, que, tout au contraire de la vie honorable et pure de Henri, celle di papa Clémente di Gascogna fia larda e sconcxa^ si che il viaggio deW uno sarà a FIN£ DI BEAXITDDINE, e la via deU* altro tenderà alla terzea bolgia. Plus explicite, Tannotateur du manuscrit Glembenie, nous dit : Poetando videt sedem quam expectabat Imperaior Henrigits et quomodo Papa FUIT CAUSA dicti Henrighi mortis. Il est certain que ni Yillani, ni Mb. Mussato, ni Conrad Vecer, ni plusieurs autres, ne disent que ce prince fut empoisonné dans rhostie, par le frère Bernard, du couvent de Montcpulciano, comme le rappelle Téditeur du P. Lombardi ; mais le fait rapporté par Baiuze [Mise. 1, 162) lÛt-il vrai, est-il bien certain que les écrivains contemporains, en Italie surtout, eussent cru pouvoir en faire mention sans péril (*)? '
Mais en ce posle saint Dieu le sot^rira peu, etc,
35. Conformément à la prédiction de Jacques Molay sur le bûcher, Dieu ne souffrira pas qu'un pontife indigne survive iougtem))s au double forfait de rempoisonneraenl sacrilège d'un empereur et de la ruine du Temple, poco sarà da Dio sofferto nel sanîo officia; il sera précipité dans l'Enfer, detinso, avec Simon le Magicien et avec Boniface VI II, qui sous lui s'enfoncera plus avant dans cette gaîne embrasée en communication avec l'étang de feu. (Enf. xix.) Il en sera ainsi parce qu'il est dit, au ch. xx(, 8, de V Apocalypse, dont s'est inspiré le poëte pour toute la fin de ce chant : « Pour ce qui est des exécrables et des hmnicidesy des fornicateurs et des empoisonneurs.
{*) Ce qu'il y a de certain cVsi que deux dominicains avouent rcmpoisonnemcnt, Piolcmsiis Luc(*ncis et Conradus de Halbersladt, et que Ponlredea frtn» pH^eurs crut eocure dcTOir s'en faiie absoudic, trente-trois ans plus tard, par le fils de Teuipereur, le roi Jean, qui avait alors besoin du Pape conlic Louis de Bavltrc (I.cibnltz, Cad. jus. §ent , I, p. ISS.) Enfin d'après un inannscrit du xiv« siècle, ibieas Syhtus, qui fat depuis le pape Pie II, dit aussi dans son Hisl. lioli-^ Krchcr, p. 138: u llenrictts Vll^ iiosHU fraude, veneno exHnctus fertur.
iM8 LE PARADIS.
des idolâlr€8 et de tous les fnenteurs, leur partage sera dans Télaiig brûlant de feu et de soufre, ce qui est la seconde moru Ces rapprochements, au milieu des chants d*amour du Paradis, n'ont rien qui surprenne de la part de Béatrice , personnification de la théologie des Pauvres de Dieu ; mais ne seraient-ils pas bien étranges dans la bouche de celle qui personnifierait la théologie romaine?
CHANT ini.
Sou» forme à*%me rote à la pure blancheur , etc.
i. Tous les membres de Tordre du Temple, néophytes, profès, aflBliés, portant rhabit|blanc, autrement dit tous les fidèles d* Amour, tous les pneumatiques ou spirituels, Albigeois, Cathares, Vaudois, comme vous voudrez les nommer, car, à quelques nuances pK*s« pour nous c*est tout un ; la milice sainte, milizia santa, que TOttimo appelle la santa cavallcria, revêtue de la robe d'innocence, dont le «ang , versé à flots par les croisés et les inquisiteurs , a consacré i*union mystique avec le Christ, che net suo sangue Ckristo fece jpo^a; l'église évangélique, en un mot, nous est représentée ici sous la forme d'une rose blanche, symbole de pureté; et c'est de la \éntable doctrine, de la rivière aux lumineuses étincelles, on s'en souvient, que s'est formée cette magnifique fleur, insigne des Rose- Croix, ou cette église fondée sur la pierre cubique.
U autre f en wîUini, qui nmtel chante avec délice^ etc,
2. L'autre milice, dont le concours était indispensable au recrutement et à l'instruction de la première, au maintien de la discipline dans ses rangs, et que nous avons vue s'élever sous forme d'étincelles de la rivière lumineuse, peut h la rigueur être de nature évangélique, mais ce ne sont pas des anges. Au risque de vous déplaire autant qu'en vous montrant dans Béatrice une idée et une religion, en place d'une jolie et poétique jeune fille, faisant éclore dans l'âme de son ami d'enfance, de pures et éternelles amours, nous devons encore ici vous désabuser. Verba volant, dit le proverbe; c'est pourquoi, dans les auges des commentateurs, il vous faut voir tout bonnement des pa-
rôles. Veuillez, en effet, nous suivre dans celte description métaphorique, d'où le mot d'ange est soigneusement écarté. Les paroles inspirées des Voyants de la secte, comme autant de Verbes lumineux, célèbrent , en volant au loin , la gloire du Dieu qui les parfume d'amour, i'altra milizia vede e conta la glaria di coImx che Cina^ mora, et sa bonté qui leur accorde tant de puissance sur les âmes, ta bantà che la fece cotanta, Cej paroles, en effet, sont proférées oralement et, instructions, mots d'ordre, avis officiels, elles passent rapidement de bouche en bouche dans les rangs sectaires, où elles sont fixées par écrit; alors, compositions en vers ou en prose, romans ou contes, traités religieux ou même poèmes sacrés, tout cela circule à l'envi sous forme catholique, et se transmet de main en main au milieu d'une société inquiète, passionnée qui s'en repaît avidement.
L*autre, comme un essaim de joye^ises abeilles, etc.
3. De même que des abeilles allant et venant des fleurs à la ruche, ces paroles, d'une saveur aussi douce que le miel, descendaient en féconde rosée sur cette grande rose ou église, dont les feuilles ou les ouailles sont si nombreuses, i'altra milizia corne schiera d'api nel gran fior descendeva che s'adoma di tante foglie. Elles reprenaient ensuite leur essor et remoDlaienl en actions de grâces, en louanges au Seigneur, au Dieu d'amour, quindi risaliva là dove il suo amor semprc soggioitta.
De tovu brillait la face autant qu'ardent brasier, Leurs ailes étaient d'or, etc,
U. Comme il faut bien aider un peu à l'illusion, ces paroles pren* ncnt des faces; mais ce sont des faces enflammées de chérubins, esprits de science, vous dira saint Bonaventure, et par suite resplendissant au loin, le facce tutte avean di fiamma viva. Leurs ailes sont d'or, c'est bien le moins, puisqu'elles volent en parlant d'or;'quant au surplus, au corps de la doctrine qu'elles enseignent, eh I mon Dieu, est-il besoin d'ajouter qu'il est blanc, pur, cathare, à tel point que la neige n'en approche pas, l'altros tanto bianco che nulla neve a quel termine arriva. Puis, si vous remarquez qu'en regard de /'A.L.L est rA.L.T.R.O., vous comprendrez qu'il ne peut y avoir d'opposition entre le fond et la forme.
Chaque foii quê ploM^éOlml Uurt phalênf€$ flièlëÊ, etc.
5. Quiad ces ptroles bénies detMtidiient du hftnt dé la didre dans l'église, où elles étaient r«cmliies pioiisement de banc en banc, le mot y est, (/ua$ido scendean net fiar m banco In banco, elles y portaient la paix et le ai>le ardent,' qui allaient redoublant à roesore qu'elles volaient de bonche en bouche, porgevan délia pace e éM ardore ch' elli ac^istat>an ventilando il fianco. C'est ainsi que« soos la plume du poCte théologien, les paroles ou les raggionamenii, car il y a eili, prennent uonHMolement une face, mais encore un flanc
San» ftM UvJt muUHudty m volant, ifmxmhrMt» ttc.
6. Bien loin dlnterccpter la vue et d>mpécher les membres de l'église de plonger leur regard dans les plus hauts mystères du Ciel, cette multitude de paroles pleines de doctrine, plenitudine valante, les leur rendait accessibles dans tout leur éclat, tion impediva la vùta e lo sptcndore. Qui, mieux que Danlo, ayant reçu de saint Pierre sa mission apostolique, et devenu ainsi intermédiaire entre Dieu et son église albigeoise, savait leur faciliter, à force d'art, Cinterporsî trà *i dissopra e *i fiore?Ot\ parviendra peut-être un jour à comprendre quelle é(ait la rosa, il flore, la Stella, pour laquelle extravaguaicnt à l'enTl, jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, les poètes contemporains de Frédéric lî, tant italiens que provençaux; mais nous sommes très-poétiques en France, et nos académiciens en téic. Aussi tiendrat-on encore longtemps aux cours d'amour et à la chevalerie, telle que l'ont rêvée les érudits brevetés, avec ses ardeurs platoniques et ses belles châtelaines aux vertus immaculées. (Voy. les RévéL, pp. 26 et 27.) Dans cette Gaie science qui, selon eux, ne constitue qu'une poétique amoureuse, ils ne voudront jamais reconnaître une docinne philosophique et religieuse. Et pourtant cosi si gira.
La divine lumière à l'éclat ^femel, etc.
7. Indépendamment de ce que des paroles d'une plénittide remarquable de vraie doctrine ne sauraient intercepter la vue de l'intcftigeuce. Comme les sermons des prédicateurs orthodoxes, scede, ajou" tez que la lumière divine de la gnose, communiquée aux Apôtres, est si pénétrante de sa nature, qu'elle s'infiitre dans l'univers entier, selon que les esprits y sont mûrs pour la recevoir, ckè la luce divina è pénétrante per Puniverso, seconda ch' è degna; si bien que tous
les obstacles que lui o))po8e l'Église romaine sont impuissaiits contre elle, M che tmlla le pttote essei'e estante.
Ce royaume m^offrait, paisibUt heuretix séjour^ etc.
8. L*égilse albigeoise, où règne exclusivement la paix et le gai savoir, questo sicwo e gaudioso regno, remonte jusqu'au temps des Apôtres ; aussi compte-telle une foule de saints personnages, tant dans les premiers siècles du christianisme, quand florissaient les docteurs de la gnose et ceux de l'école néoplatonicienne, que depuis la conversion des pays de langue d*oc à la religion évangélique et postérieurement à la fondation de l'ordre du Temple, gente antica e navella; mais il serait dangereux de révéler leurs noms. Tous ayant du reste la même manière de voir et de penser, tous également dévoués à la religion de l'Amour, viso ed aniore avea lutta ad un segno,
O toi, triple lumière, en une éloiîe unique^ $lc.
9. O lumière des Trinitaircs écossais, o trina tuce^ seuld étoile flamboyante, unica Stella, qui , scîntillaiit à la vue de tes fidèles, quand la fouie profane est plongée dans les ténèbres du catholicisme (misei'i profani, Enf, vu), leur promets le bonbeur en ce monde et dans l'autre, viens ^ notre aide au milieu de la tempête que Rome a soulevée contre nous, guarda alla nostra procella.
Si, lorsquils voyaie^U Rome et son pénible ouvrage, etc.
10. De même que les barbares soldats de Monlfort,' venus de cette France du nord sur laquelle ne cesse de se faire sentir Tinfluencede la Galisto pontificale, idolâtre de celui qu'elle appelle son fils aine et qui la fait tourner à son gré, barbari venuii OA TAL plaça che ciascun giorno d'Elice si cuopra, rotente col SUO FIGLIO OND* ELLA È VAGA, étaient dans le ravissement en voyant Rome triompher au prix de tant de massacres, dans la lutte acharnée de la croisade, ardua sua opra ; quand du fond du palais de Latran Innocent III assura la prépondérance à TÉglise catholique^ guando Laterano aile cose mortali atidù di sopra. L'Ottimo, toujours bien avisé, a soin de dire qu' Elice est la constellaiion de la Grande-Ourse ou du Chariot, carro chefu Calisto et renvoie spezialmente nu Purgatoire où vous serez édifiés sur ce chariot ou saiat-siége par la noie 28 du cb. xxv et celles du cb. xixii.
1219 LE pàbadis.
Comètm dut ma turprtM à CêtU heure être immenee^ eie.
il. De même moi, qui voyais dans l'avenir le trioraphe de bmhi église et de sa doctrine, moi qui passais, an gré de ma fantaiâe poétique» des choses de la terre, dirigées par de grossiers ap|)étif s homaÎBS et passagères de leur nature, aux choses du Ciel , tout amour ei lumière, dont la durée doit être étemelle, al divino daiV umano^ des mun de Florence, infectés de papisme et séjour d'iniquité, au milieu d'ua peuple de justes et de Parfaits, in papol giusto e sano^ combien ne devais-je pas être ravi en admiration I
Stupéfait, maiâ charmé, je me tentais jouir, etc,
12. Aussi était-ce souvent une jouissance pour moi, quand je me complaisais dans ces doux rêves, de penser silencieusement et de ne rien entendre de ce qui se disait autour de moi, non udire e starm muto. Avions-nous raison en avançant que, tous tant que nous étîoos de traducteurs, nous n'avions fait et pu faire que des contre-sens en reproduisant, dans quelque langue que ce soit, un poème conçu et exécuté dans un pareil système? Or, songez que toute une littérature de la même famille dort encore ensevelie dans vos bibliothèques et ne réserve pas de moindres surprises à ceux qui, se décidant enfin ^ suivre notre méthode, dont ils peuvent maintenant juger les résultats, entreprendront d'en fouiller la lettre pour en faire jaillir l'esprit, au risque de scandaliser V Univers, que fait pâmer le moyen âge.
Et comme un pèlerin arrivé dan$ le temple, elc.
13. De même qu'un de ces pèlerins de la religion d'Amour, qui, sous mine d'un vœu à saint Jacques de Compostelle, partaient d'Italie et passaient par Toulouse, comme Cavalcante, dans le but d'y visiter les cbels de leur Église et de pouvoir redire à leurs frères en quel état se trouvaient les affaires du Temple {voy. les notes précéd.) qtiasi peregrxn che si ricrea nel TEMPIO del suo toto riguardando, e spera lidircom' egli stea. Croyez-vous que ceux-là n'eussent pas à se réjouir dans le Temple, d'avoir abusé l'Église avec leur prétendu vœu? Combien de frères voyageurs dans la Maçonnerie !
Partout, de rangs en ra;i}gs, je promenais de mimt^ etc. \h. C'est ainsi que Dante, en sa qualité de philosophe inconm, suit dans son poème l'ordre philosophique, ce dont l'Ouimo qui le
èonnaissait familièrement, se fait garant en ces termes: andeè da sapere che CAutare, tutto che H suo stile 6ia poetico, elii tiene net suo parlare /'ORDINE FiLOSOFicp. £n promenant donc dans tous les sens ses regards an milieu de cette vive lumière du Temple» Dante uevoyaitdans tous les grades, per/i^éu^t^ que des frères remplis dV mour , vùi a carità suadi, parés de leur dévouement pour A. L. T. R. VI et de la haute estime de ce prince, d'ALTRVL Utvie fregiati e del suo Riso, comme aussi de leurs œuvres méritoires a tous égards, A'aiii ornati di iuite onestadù Vous figurez-vous ces Parfaits parés du rire d*autrui, ou du leur?
Du Paradis déjà mes yeux avaient com^iis, elc.
15. Dante n'a fait encore que promener sur le Paradis un coup d œil d'ensemble, qui lui a permis d*en saisir la foî-ma générale, peu différente de celle du Temple, mais ses yeux ne se sont fixés sur aucun point en particulier, ce qui le dispense de nous donner de suite des détails qu'il rései*ve pour un peu plus tard.
Je vis, quand je pensais trouver là Béatrice, etc» 16. AU moment où il se retourne pour s'enquérir à sa conductrice de certaines choses dont il ne se rend pas bien compte, Béatrice n'est plus près de lui, un autre personnage a pris sa place. Celui qu'il aperçoit an lieu de la dame de son esprit, donna délia mente, est . un vieillard, sene; d'où suit qu'il aurait été déjà vieux lorsque le Temple l'aurait conquis sur l'Église. Il porte l'habit blanc, comme les glorieux frères du Temple , vidi un sene vestùo con le gloriose gente, attendu que c'est un Bénédictin. Cette bienveillance fraterneUe qui dérive du gai savoir, se montrait répandue sur sa face, lorsqu'il agissait extérieurement dans le sens de dame Piété, iVi atio pio, et tout en lui était d'un tendre père. Voici le texte : Diffuso era per glîocchi e per le gène di benxgna letizia IN ATTO PIO, quaU a tenero padre si canviene. Dante tient à faire un Barba du pio sene.
Béatrice m^envoie en son lien prhe de toi*
17. OÙ est-elle? demande le fidèle disciple de Béatrice, de la doctrine cathare personnifiée ; et le vieillard lui répond : C'est cette doctrine béatifiante qui m'a converti, qui m'a tiré du lieu où j'étais, pour que ton désir fût complètement satisfait,a terminai' lo tuo disiro
lSt4 LE PARADIS.
liOSSE Beaince me oel luogo mio. Or, quel fat l*objet des TGBux, des espérances du mysUgogue florentin 7 Son poème eatier, tons ses écrits, en vers ou en prose, sont là pour eo rendre témoignage ; Le triomphe de l'église évangélique sur TÉgiise caiholîque, sous le patronage d'un monarque unifcrsel. Le vieillard snfaatitué ici à Béatrice doit donc, à son sens, avoir contribué activcineat à l'accomplissement de cette rénovation religieuse et politique.
Au iroitihne pourtour tu peur l'apercevoir, etc.
18. Béatrice, trinité par similitude dans la vie nouvelle, doctrine réfléchissant l'éternelle vérité, est devenue Trône, irono del dknno aspettOy ch. xxviii, c'est-à-dire miroir iSusottospeccki, voidicete Troni, ch. ix; miroir réfléchissant dans te Ciel la divine Trinité, qui, salon saint Bernard « cohabite et coexiste avec nous » De interiore dçmo, [Voy, p. 280 des RèvéL) Son fidèle ra[)erçoit en conséquence an troisième rang du plus haut grade, terzo giro del terze gradOf parmi le^ intelligences désignées par ce nom, occupant le trône réservé à ses mériies incontestables, nel trono a che suai merti la sortiro.
Je la i?w se faisant soi-même sa couronnef tic,
19. On peut admettre à la rigueur que la doctinc de vérité, personnifiée dans Béatrice, devienne symboliquement un miroir réfléchissant les rayons de la lumière éicrnclie ; mais on se demande comment les âmes innocentes qui, dupes du récit fantastique de la Vie nouvelle et de la mystification de Boccace, rêvaient une jeune femme en chair et en os, béatiOée par l'amour du poète quinquagénaire, s'y prenait pour la faire, en tant que miroir, se tresser une couronne des rayonsqu*elle réfléchissait; puis aussi comment, non content de l'avoir fait sainte de son chef, son adorateur enthousiaste n'aurait pas craint de l'introniser au rang des plus hautes intelligences célestes. On a bien raison de dire que rien n'est impossible à l'amour, nous ajouterons, ni à la crédulité. L'annotateur Caet. sachant un peu mieux i quoi s'en tenir sur l'essence réelle de la dame de l'Esprit, dit fort bien, qu'elle se couronne de rayons divins, quia nihil videmus de gloria Deij nisi quanitim m beatbice demonstratur. Quels démonstrateurs en eflet que Ic6 yeux de Béatrice, à en croire le Convùo!
CHANT )iX)iI. mib
N*€st aucun œil mortel si loin des régions , etc,
20. La théologie albigeoise, une fois rendue au divin foyer dont elle émane, a beau se trouver à une distance jncon^mensnrable, elle n'en est pas moins perceptible à l'intelligence mortelle ; aussi Qapte qq perd-il pas de vue sa chère Béatrice, attendu que sa pure irpag^ lui arrive rayonnante par la tradition apostolique, parla gnose et non pas indirectement, par l'intermédiaire des docteurs de l'Église romaine, per mezzo niista,
0 Dame en qui réside et vit mon espérance, etc,
21. 0 doctrine religieuse en qui mon espérance puLse chaque jour une force nouvelle, in cui la mia spevQUza vige, toi qui dajgq«|S pénétrer dans l'Enfer catholique où je m'égarais, pour me procurer le salut et laisser trace de tes pas daps pité-Horence, où j'eus (rop peu de temps la satisfaction de voir de nombreux fidèles d'Amour, se pressant dans l'église évangélique, écouter ma parole et me nommer leur pasteur.
A ton divin pouvoir, j'aime à le reconnattrey ele.
!22. C'est toi qui m'as ouvert les yeux, c'est à ton influence bienfaisante que je dois d'avoir vu tant de choses sous leur véritable aspect, et d'avoir su en tirer si bon parti ; car c'est toi qui m'en as ac« cordé la grâce et m'en as inspiré le courage, dal tuo podei^e e dalla tua bontade riconosco la grazia e la vxrtute.
Tu m'as, serf que j'étais, tiré 4e Vesclavagê, eie,
23. Serf que j'étais de celui qiji s'intitule servus serporum^ (u m'as affranchi de son joug, de celui de l'Egypte et de Bablyone ; tu m'as procuré la liberté de la raison, de la science, servo nondi signer ma di vil servo si fa chida quel signor (amore) si scosta, {Voy, la Canz. Doglia mi reca nello carardire, p. 369 des Révél.) Tu as eu recours pour y parvenir à tous les moyens les plus eflBcaces, aux conseils de l'amitié, au prosélytisme sectaire, h l'initiation, aux épreuves mystérieuses, enfin à l'enseignement doctrinal, per tutte quelle vie^ per tutti i modi che di cià fore avei la potesteue.
Conserve en moi les dons de ta magnificence, elc,
2k. £utrelicos eu moi cette ardeur qui fait accomplir de grandes
choses, la tua magnificenza in me custodi, afio qne mon âine, que tu as rendue saine et parfaite, de maladive et souffrante qu'cfle était, au r^iine des docteurs catholiques, ait à se dégager, digne de toî, des liens de la matière, si che l'anima mia, che fatia haï sana, piacente a te dal carpo si disnodi.
Elle me regardât sourit à ma prière, ete, 25. Ainsi pria le chrétien sincère, mais peu catholique, et celle on qui se personnifiait sa doctrine religieuse lui sourit de loin, en regardant avec amour son fidèle disciple, du sein de ce foyer de Téternellc lumière où elle était revenue, sorrise c riguardommi, pai si toimo aie eiema fontana. Combien de temps cette doctrine religieuse u'a-t-elle pas paru à mille lieues loin de celui dans Tâme duquel elle avait un temple, quella si lontana came parea.
Vole de toti regard dans tout ce beau jardin, etc.
26. Afin que tu puisses accomplir en véritable Parfait, reprend le saint ^vieillard, la tâche à laquelle ta vie fut consacrée; acciocke tu assommi P£RF£TTAM£NTE tuo cammino, j'ai reçu missiou de ta foi- Béatrice, inspirée par l'amour, de venir vers toi et de la remplacer, a che priego ed amor santo mandammi. Promène tes regards sur cette merveilleuse décoration, qui d'abord t*a repi*ésenté une rivière, puis une rose, métamorphosée à celte heure en jardin. Ton œil acquerra ainsi la pénétration nécessaire pour ne pas te laisser éblouir par des métaphores et distinguer la vérité de la fiction, en t*élevant plus haut à la clarté divine, cheveder lui {questo giardino) t*acuirà la sguardo piùcUmontar per lo raggio divino; mais lisez aussi rec/er L.VI.
La reine du Ciel,
Pour qui hrûle mon cœur dun amour immortel, etc.
27. La reine du Ciel, il ne faut pas s'y tromper, n'est pas ici la Vierge Marie, Mère immaculée du Sauveur des hommes. Par une de ces transformations à vue d'œii, auxquelles on doit être accoutumé désormais, et dont les preuves ne se fettint pas attendre, la Rose-Eglise est devenue jardin, attendu que dans ce jardin iriallait faire surgir une rose nouvelle, plus splendide et plus sublime, la rose des Roses, la rose du jardin céleste, h savoir xNotre-Darac, la cathédrale, TÉglise-Mère dont relevaient toutes les autres, celle de Mantoue, fondée par Manto,
CHAiNT XXXI. 1217
comme nous savons {Enf, xx), après le désastre de celle de Toulouse. C'est là, cette reine du ciel sectaire dont le saint Vieillard, qui Jui porte le plus ardent amour, espère la faveur pour tous ceux qui, comme Dante, ont foi eu elle ; la Regina del Ciel, <m<f io ardo tutto (SamoTy ne farà ogni grazia, car je suis son fidèle Bernard, perocM io sono il suo fedel Bemardo, rallié à la religion d'Amour.
S'il résulte quelque scandale de cette révélation, la faute n'en est pas à nous. Rien n'était plus facile que de nous adresser un avis paternel, auquel nous nous serions empressé d'obtempérer, si notre manière d'interpréter la Comédie avait paru faire courir le moindre péril à la^foi, et jeter le doute dans les âmes timorées; c'était dans ce but que nous avions dédié au Saint-Père l'ouvrage intitulé Dante hérétique, etc. £n l'absence de toute objection de la seule autorité compétente en cette matière, nous avons poursuivi et terminé le travail dont nous avions donné une ébauche préliminaire. Nous sommes donc en mesure de décliner tout reproche à ce sujet, deux années s'étant écoulées depuis notre première publication.
Il n'y a pas d'ailleurs à s'étonner beaucoup de voir l'illustre abbé de Clairvaux érigé en docteur de l'albigéisme, quand nous avons vu Dante revendiquer successivement pour son église de non moins grandes illustrations catholiques, à savoir : saint Thomas d'Aquin, saint François d'Assises, saint Bonaventure, Pierre Damien et même saint Benoît. Afin d'abréger autant que possible ce commentaire, déjà bien long, nous ne reproduirons pas ici ce que nous avons déjà dit pages 279 et suiv. des RévéL, touchant les motifs spécieux, que put avoir le.théologien Florei)tin, pour mettre saint Bernard en scène avec le rôle d'hiérophante à la fin de sa tèLéié^ afin qu'il eût à la conduire jusqu'à Vépopsis. Nous nous bornerons à en signaler de nouveaux.
Ainsi nous voyons saint Bernard s'élever, comme Dante lui-même a pu le faire, contre les désordres si nombreux dans les monastères d^énérés : intempérance, luxe excessif, passions coupables, sensualité, concupiscence. {Apolog. c. vu.) De même dans sa lettre à Henri, archevêque de Sens {De officio Episcoporum), il tonne contre la simonie, contre l'ambition démesurée et l'insatiable avarice du clergé. « Convient-il au pasteur, s'écrie-t-il, d'assouvir ses appétits comme la brute, de ramper dans la boue, de s'attacher à la terre, etc..^ »
Dans le livre De consideratione, recueil d'instructions adressées par lui au pape Eugène III, son ancien moine, où il s'élève sévèrement contre différents abus et traite les cardinaux de » Satrapes, auxquels la majesté convient plus que la vérité» (liv. iv, ch. ii, 3): « Je{>ais,
dit-il au Pape^ quelle est votre demeure, des incrédules et des flatteurs se mêlent à votre compagnie, loups et non brebis, et toutefois vous en êtes le pasteur... Saint Pierre ne paraissait pas en public, chargé d'or et de pierreries, etc. ; à voir la pompe qui vous environne, on vous prendrait pour le successeur de Constantin, plutôt que pour le successeur de saint Pierre. » (Liv. m., c. iv, 639.) Enfin dans son dise. 65 il disait : « Les mœurs des Albigeois sont irréprochables, ils ne font de mal à personne, leurs visages sont mortifiés et abattus par le jeûne. Ils ne mangent pas leur pain comme des paresseux, mais ils travaillent pour gagner leur vie. » N. Schmidt s*cst plu à « signaler les principes d'humanité et de patience qui distinguent l'abbé de Glairvaux de presque tous ceux qui, après lui, ont combattu les hérétiques. » {Htst. des Co/A., il, p. 23i.)H^;pr^li(;t, disait l'abbé de Glairvaux, capianturpoiiùsqtiam effugentur^ capiantur, dico, NOM ARMIS SED ARGUMEMTIS, quibtis refeUontur errores ipsorum,,, Htee
est voluntas EJUS QUI VULT OMNES HOMINBS SALYOS FlERl, et od
agnitionetn veritatis ventre, (Serm. 6A, i, i/i86.) Or, le salut pour tous était un point capital de la doctrinedes Cathares. Etquand les hérétiques étaient traînés au supplice par une foule fanatisée, il s'écriait : Approbatnus zelum, sed ^factum non suademus, quia FIOES SUA-
DENOA EST, NON IMPONENDA. (Serfkl. 66, p. U99.)
Fondant la science sur l'amour, saint Bernard, qui embrassa simultanément la voie active et la voie contemplative, la foi et ses œuvres, s'était proposé pour but final de ses enseignements, l'union avec Dieu, par la contemplation et l'amour, avec les hommes, par l'action et la charité ; il semble appartenir à la même école de philosophie pratique que Hugues et Richard de Saint- Victor, mis{par Dante dans son Paradis,
Les Templiers dont le concile de Troyes lui donna commission de rédiger les sUtuts (Labbe, CoLL des Conc.; Rohrbacher xv, A38)i ajouUdent à leur serment de combattre pour la foi : la promesse d'assister « par paroles, armes et actions les religieux de l'ordre de Ctteaux, avec lesquels, disaient-ils, nous avons une association spéciale^ comme étant nos frères particuliers, » (Ann. Cist i, p. 187, n"" 2A.) £t saint Bernard, de son côté, les glorifia dans son livre de Laude novœmilitiœt ad Milites Templù
Le docteur évangélique put assurément partir de ces divers points de contact, pour supposer chez le grand abbé de Glairvaux des opinions en harmonie complète avec les siennes ; d'auunt plus qu'il n'ignorait pas que saint Bernard s'était réconcilié avec Abélard, grâce
à la médiation de Pierre ie Vénérable. Il savait aossi que Tillustre abbé, malgré ses infirmités, s*était décidé à accompagner, en 11^7, le légal Aibéric, envoyé en mission dans les pays de langue d'oc. Il connaissait Taccueil enthousiaste que lui avaient fait les mêmes populations qui venaient de huer le légat pontifical, à Bergerac, à Gahors, à Verfeuil, à Sarlat et à Toulouse, où il logea au monastère de saint Saturnin. Mais Tétrange docilité avec laquelle les hérétiques s'étaient empressés d'obéir à cette parole puissante, si bien que C hérésie sembla disparue comme par enchantement, au lieu de constituer un miracle à ses yeux comme à ceux de l'abbé Rohrbacher {Hist. univ. de t'Égl. Cathol. XV, p. û.71), n'aurait été pour Dante que le résultat naturel de la communauté de foi. Peut-être aurait-il cru au miracle si, pour se raviver, ces conversions subites n'avaient eu bientôt besoin d'être vigoureusement stimulées par des prédicateurs bardés de fer. Toute cette fin du poème, appuyée du commentaire de l'Ottimo, offre la preuve manifeste que saint Bernard était à ses yeux un coreligionnaire. Et de plus, il est certain que Dante ne fut pas seul à le croire et à le proclamer tel. Un siècle avantlui, en effet, les Cathares revendiquaient hautement l'abbé de Clairvaux pour un des leurs. On ne saurait en douter quand le fait est positivement attesté par Bossuet dans son Hist. des Variations, livre xi, n° 165. Voici comment il s'exprime, en rendant hommage aux mérites du saint : « C'était là qu^n voyait un esprit vraiment apostolique et une sainteté si éclatante, qu'elle fut en admiration même à ceux dont il avait combattu les erreurs. De manière qu'il y en eut gui, en damnant insolemment les saints docteurs, exceptaient saint Bernard de cette sentence (Apud. Ren. c. VI, p. 755) et se crurent obligés à publier, qu'à LA fin il s'était Mis daî^s leur parti, tant ils rougissaient d'avoir contre eux un tel témoin. » Citons les expressions même de l'ancien ministre Cathare, Hinieri Saccone, que Bossuet dit avoir bien connu les Vaudois et leurs doctrines, pour avoir passé dix-sept ans parmi eux, avant d'abjurer et de devenir inquisiteur pour la foi.
Waldenses sci'ipta Patrum non recipiunt, dicentes quod quatuœ* Evangelista scripserunt utiliter, quia in cordibus, sed quatuor alii inutiliter, quia in pellibus. Primas quatuor scilicet, qui utiliter sa^ip^ serunt, interpretantur Matthœum, Lucam, Marcum, et Joannem, Istos dicunt recipiendos; et ipsi eos recipiunt, sed tamen moraliter exponunt, Alios quatuor dicunt Hieronymum, [Augtistinum, Ambrasium et Bemardum. HORUM SCRIPTA CONTEMNUNT et ipsps dicunt, damnatos, prjeter bernardum, eoquod ipse goiivërsus ab errore
SUO SIT ETSALVATUS, UT IPSl DICUJNT. {iVax. bibi vel. PP. t XIX, cap. VI, p. 266. Lugd. ap. Ânissonios, 1577.)
I^ous sommes curieux de savoir ce que ]e grand Bossuet aurait eu h répliquer au grand Alighierî, s*écriant à son tour : L'Église Romaiuc éprouva tant de honte d'avoir contre elle des témoins comme saint Benoît, saint François d'Assises, saint Pierre Damien, saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, saint Anselme de Canlorbery, saint Benoît et saint Bernard, quelle prit le parti de les dérober à l'église rivale et de les canoniser, pour ks accaparer frauduleusement à son profit, sans réclamation |K)ssible ; et moi-même ne m'a-t-elle pas, sciemment ou non, accej)té comme un de ses plus glorieux enfants; n'a-t-elle pas proclamé, exalté mon orthodoxie? De deux choses Tune : ou vous avez été dupes, et aloi-s que devient voire prétendue infaillibilité, ou vous saviez que vous vous attribuiez des illustrations qui ne vous appartenaient pas, et alors où est votre bonne foi?
Ne dirait-on pas que l'aigle de Florence rétorque ici par avance l'argument de l'aigle de Mcaux? ^c clirait-ou pas qu'il a voulu, en se faisant initier par saint Bernard aux plus sublimes mystères, dansiez» plus hautes régions du Ciel, se montrer fier d'un tel témoin, et qu'il s'écrie : Il fut mon maître! Et Bossuet ne vient-il pas lui-même en témoignage à Dante, en mentionnant cette persistance des Cathares persécutés à proclamer Bernard l'un des leurs, non comme des criminels honteux, mais comme des hommes confessant intrépidement leur foi?
Lisez au surplus l'Ottimo déclarant que L'Auiore pone se vedere Nostra-Donna (Notre-Dame, la cathédrale de l'hérésie) per INDUZIONK di San Bernai do, après avoir dit d'une manière assez nette, ce semble : Fu bisogno ail* Antoine che non soloavesse Béatrice per Duce, ch* € la sciENZA ALLO IISTELLETTO, ma fu bùoçno d'aversan Bernardo per DUCE , accio che avesse TOPERAZIONE d'essa scienza naturalë; e teologia convenne esser ïiï.L\G\o^ï. secondo QUELLO ORDINE di san Bernardo, ck' ello si ORDiNo per suo duce, (Voy. p. 282 des BévcL) On peut se rappeler que Luther est d'accord avec Dante, et probablement par des motifs analogues, pour proclamer la sainteté de ^aint Bernard. {Voy. ch. xil, la note à la un.) £st-ce que lui aussi aurait eu honte d'avoir pour adversaires et l'abbé de Clairvaux et saint Bonaventure et saint François d'Assises ?
Tel, de la Croatie ou du pays Slavon, eic-
28, De même que celui qui jvient du fond de rAllemagnc, de la
Croatie ou des mines du Harz, et de la Drungarxa de F. Riuieii (pas une église Cathare oubliée, roy.'aux preuves supplémentaires), pour visiter notre Temple, où Thomme devient la véritable image de J.-C, viene a veder la Veronxca nostra (qui n'est pas , on le voit, la relique romaine), et non-seulement se rappelle avec bonheur que notre sainte doclrine remonte aux Apôtres, fer Cantica famcunon si sazia, mais se dit, lorsqu'il a vu la lumière, fin che si mostra, mon Seigneur J.-C., Dieu véritable, c'est ainsi que l'homme arrivé à l'état de Parfait, est devenu votre ressemblance ; or fu si fatta la sembianza vostra. On ne dira plusque Dante s'enveloppe h plaisir d'obscurité. Lisez de grâce Rinieri, disant des Vaudois : Corpus Chrùti dicunt essepurumpanem, COK?\}S autem PïiOPMVM appelant \EKVU CORPUS Christi (p. 267 ihid.), son image/ sa ressemblance véritable, vera xkon.
Tel je reitotf, mueVei la vtia aitentivef eic.
29. Voilà comment j'étais en présence de saint Bernard, en qui je voyais notre ressemblance comme Vaudois, la Veronica nostra; en présence de l'abbé de Clairvaux, le sévère réformateur, dont l'amour, la vivace carità, fit un Parfait, et que la contemplation amena, au milieu du monde catholique, à goûter infmiment notre religion de paix etj d'amour, che 'n questo monoo contemplando , gustô di QUELLA PAGE, Cette paix que prêchait Dante avec tous les missionnaires évangéliques. Y a-t-ii là amphibologie?
Ti* ne confiai<ra« pa*, dtt-»l, flh de la grâce, etc.
30. Fils de la grâce, accordée aux bonnes œifvres, pieux ministre de la religion d'Amour, dont les œuvres sont si méritoires, tu ne connaîtras pas l'essence de ce temple du gai savoir, questo esser giocondo^ dit modestement saint Bernard, si tes regards s'arrêtent en bas sur un de ses plus humbles desservants. Lascia questi pensieri simula fivi e attendi al tuo proposùo, dit i'Ottimo, qui semble impatient de voir la réalité prendre la place de l'allégorie.
Regarde, en remontant ces cercles dans Vespace, etc.
31. Remonte de diocèse en diocèse, de circonscription en circons- • cription, guarda i cerchiy jusqu'au premier de tous ; là tu verras s'élever notre cathédrale, Notre-Dame in cathedra, la pure reine à
laquelle est soumis ce royaume évangêlique, rempli de dévouement pour elle, teggiseder la Regïna eut questo regno è suddùo e divoio.
Le côté du T^ewint qui de feux s'illumine, etc.
32. De même que le parti de FOrient, d*où vient la lumi^ gnoslique albigeoise» l'emporte incootestablement en pure clarté sur le parti de TOccidcnt, dont \a déclinant le soleil catholique, la parte oriental soverchia quella dave H sol déclina ; de même le Vaudois Dante, Tbommc de la vallée du Pô, par sa trisaïeule, femme de Cacciaguda, portant son regard du côté des Alpes Pennioes, appiè deW Alpe che seira Lamagna (Enf. xx), où s*élève Mantoue, fondée par Manto, ne l'oubliez pas, quasi di voile andàndo a monte; il vit la partie supérieure, le conclave suprême de la secte, parte nello stre-ma, l'emporter en lumières, en profond savoir sur les autres membres de leur église, vincer di Uime tutta l'altra fronte. C'est bien ainsi que l'entend l'Ottimo disant avec boohommie : De même cette chaire de Notre Dame était en grande lumière, cosi quella cattedra dinosira donna era in grande luce, puis il ajoute e l'aUre patti delta Rosa, seconde piii e mena vicine a quello luogo (Notre Dame ou sa chaire était donc un lien) erano piû e mena luminose e ckiare. Si vous hésitez à croire, sur notre seule aflSrmation, que Marie oq Notre Dame soit l'églLse cathare, peut-être en croirex-vous le témoignage du F. Rinieri, lisez donc : Dicum Jesum Christwn esseFiUum, Maria Virginis, non camaliter ex ea, scd spiriiualiter per PKJEDI- CATÏONEM EJtlS GENITUM... quando Jésus VERBUM PR.EDTCATIONIS Beatce Virginis Mariœ suscepit. Dicunt enim quod PR^DICANDO, traxit eum in sectam ipsortim ; et SIC FACTUS EST FILIUS DEI credendo; quiante fuit filius camalis et peccatoî\ (pp. 266 et 267 H et B, ibid.) L'allégorie est on ne |)eut plus claire, et pourtant le révérend inquisiteur, qui ne la comprend pas, s'évertue h démontrer l'absurdité de cette croyance, qui tendrait à donner à Dieu une fiHe avant de lui reconnaître un fils : Supposito quod Jésus fuerit de secta ipsorum, Beata ergo Virgo, qu{B pra^icavit ei Verbum ftdei, necessario prius credebat, Ergo ip.^a priusfilia fuit, quant ipse Jésus filitisfuit, Ergo Deus Pater p7'ius habuit filiam quant filium. (Ibid. C.) Puissamment raisonné; mais il ne résulte pas moins de cet exposé naïf que, j)our les sectes évangéliques, cette bienheureuse Vierge- Marie, qui prêchait si bien, n'était autre que leur église, ne cessant d'engendrer au père commun des fils parfaits à la ressemblance de Jésus-Christ.
*Ct!ANt xxxt. 1293
c'est identiqaenient, on le voit, la métaphore employée par les Pao-> licieos, an rapport d'Ëothymius de Zigabène, et que noos avons rapportée plus haut textuellement : « Us prétendent que tons ceux des leurs en qui vient résider le Saint-Esprit, sont mères de Dieu, Dei parentes, attendu qu'ils conçoivent le Verbe, te portent en eux, m utero gérant^ et Tenfantent, pariant, en enseignant les autres. Ajoutant que celle qui la première fut la mère de Dieu, n*eut rien de plus que ce qu'ils ont eux-mêmes. »
Ces preuves ne suffisent-elles pas? en voici d'autres qui ne sauraient laisser le moindre doute, autrement je ne sais où il faudrait en chercher : « Certains Cathares professaient au sujet de la mère du Christ une doctrine beaucoup plus allégorique et plus mystique encore que celle qui faisait de Marie un ange. Marie, disaient-ils, n'est ni un ange ni une femme, elle n'est qu'une métaphore; LA Vierge EST l'église cathare, quI engendre comme fils de Dieu tous ceux qu'elle reçoit en son sein {*). » (Scbmidt, HisU des Cath», il, 12.)
Ainsi la pacifique et splendide oriflammef etc
33. De même qu'à l'Orient, d'où se répand cette lumière que sut diriger si mal le Phaéton romain, quand le monde attend avec impatience qu'elle se dégage des ténèbres catholiques, brillent les clartés matinales, lorsqu'elles vont décroissant ailleurs, quinci e quindi il lume si fa scemo ; de même la haute Église directrice, arborant l'élcndard de la paix, celui de saint François d'Assises, le pauvre de Dieu, celui de la monarchie universelle et de la religion d'Amour, quella pacifica oriafiamma distribuait avec précaution et à des degrés inégaux, le pain de vie et la flamme sacrée dont elle était le foyer, nel mezzo s'avivava e d'ogni parte per igual modo allentava la fiamma. « Peut-être, disent les Académiciens de la Crusca, l'auteur fail-il allusion à l'oriflamme des Reali di Francia, q O prodigieux académiciens, soyez bénis I vous êtes de la force du F. Rinleri.
Dan* ce centre, je \^ de fconhewr iransporUSf etc.
ZU. Dans ce milieu, a quel mezzo. Est-ce au milieu de la Vierge-
(*) Un Albigeois brûlé à Toulouse, en ISIO, avait enseigné Martam non esse née fuisse muliercm carnalem, mais qu'elle signifiait l'église Cathare. {Lib. sent, inqnis, Tolos, 92.) — JUariam negant fuisse muliercm carnalem; sed sectam suam et oboireh 8C0M mcciiT esse Mariah viROiziEM, veram pœHitentiam , castam^ et virginem Qu.c GENEiuT FiLios DEi,V/ua»(/o recipiuntur ad eamdam sectam et ordinem, (Eyinericus, 27ft.)
Marie, au milieu de IViOamme, comme le veut Costa, ou au milieu de la Rose des Bienheureux, au dire du P. Lombardî, qui ne sait pas mieux comment se tirer de cette audacieuse métaphore ? Que ne consultaient-ils rottimo 7 II leur aurait dit nettement : « Je vis à Notre- Dame» a Nostra Donna vidi, plus de mille Anges ou Parfaits chanter en grand costume» splendienti e meLodianti; mots correspondant à con le penne sparte festanti. Notez que chacun de ces Parfaits est arrivé à une si haute position par une naissance illustre ou, comme Dante, par des talents hors ligne dans Part d*Amour, ciascundùtimo difulgore e d'arti*. Il nous semble voir d'ici cette auguste assemblée célébrant la fête de Saint- Jean d*été, festanti, dans sa cathédrale de Mantoue, dans cette Rose des roses qui, nous l'avions bien pensé, sans être académicien de la Crusca, est un local et non un végétal ou un morceau d'étoffe plus ou moins brodé.
Sourire une heauU qui (Ut élus des deux, etc.
35. Dante voit sourire aux jeux de la plume de ces Parfaits, penne sparte, plumes disséminées en Italie, en Provence, en Allemagne, et produisant à l'envi canzoni, cantiche^ trtonfi^ romans de geste et de chevalerie, toutes compositions amoureuses de la même école; il voit sonrire à leurs chants enthousiastes, mais tant soit pçu monotones {voir Ginguené, Fauriel, etc.), a tor canti, une beauté qui est joie dans les yeux de tous les saints d'A.L. T. R.I, letiziaera negli occhià tutti gli attri santi. Comment ne pas reconnaîtra dans cette bellezza la doctrine fiéatrice, qui se propageait, sous forme de Gaie science, dans les enseignements, occhià de tous les Parfaits, saints ou Cathares, partisans de TËmpire? £tonnez-vous après cela de l'invasion de la poésie amoureuse en Italie, en Allemagne, en France, en Espagne, de l'établissement des cours d'amour, de cet étrange phénomène du platonisme dans les écrits, au milieu d'un sensualisme grossier, de cette manie de chevalerie s'étendant sur l'Europe et l'Asie comme une épidémie, et de cette profusion de romans, si bien compris alors, dans lesquels une dame, de beauté et de vertu parfaite^ est constamment adorée par un chevalier parfait^ persécuté par des tyrans félons, des géants monstrueux, et une fée malfaisante. Que nos docteurs se décident ou non à la réplique, la cause est entendue désormais, et il leur faudra se résoudre à laisser refaire l'histoire du moyen âge, avec celle de la philosophie scolastique, des littératures du Midi, de la chevalerie, des Templiers, etc., car ils seront de trop
CHANT X\XI. 12ào
mauvaise humeur pour se remettre à la besogne qu'ils ont si bien gaspillée. Je ne ?ois, quant à présent, que MM. iMichelet et Henri Martin pour débrouiller le chaos fait par d'autres et dans lequel eux-mêmes ont eu jusqu'à présent tant de peine à se reconnaître ; quant à nous, qui aurons mis la science sur la véritable trace, il est évident que nous n'aurons pas rendu le moindre service à l'histoire de la France, attendu qu'au lieu de découvrir tout cela clair et flambant dans quelques vieux manuscrits français, oubliés dans la poussière d'une bibliothèque, il nous a fallu le relever laborieusement et mot à mot dans un poëme italien qui se trouve à la portée de tout le monde. D'où suit que nous avons fouillé plus ou moins heureusement dans la |x>ésie italienne, dans de vieux bouquins laissés à l'écart, mais que nous n'avons pas, à proprement parler, fait un travail sur i'hisioire de France, puis notre style est si peu à la hauteur du. genre, et le style c'est l'homme, a dit Buffon.
Quand j'aurais la parole aussi riche et facile, ete,
36. L'amant théologien de la doctrine béatifiante eût-il été aussi riche de termes décevants, que son imagination était ingénieuse à lui suggérer des déguisements variés, le péril était tel, qu'il n'aurait osé aller plus loin en parlant des perfections de N. D. , et tenter d'expliquer le bonlieur qu'elle promettait à la terre, non ardirei lo minimo tentar disua delizia.
Tant il la c&nlem'pla lui-même avec trai^sport.
37. Quand saint Bernard vit les yeux de l'apôtre florentin se fixer attentifs, dans l'ardeur de son zèle vaudois, nel caldo del suo calor, sur ce miracle de beauté doctrinale, il se mit à la contempler luimême avec tant d'amour, gli suoi con tanto a/fetto valse a lei, que s'accrut encore celui dont brûlait dans son âme l'adorateur de Béatrice. D'où résulterait que les écrits de saint Bernard, tuoi occhi, auraient puissamment contribué à la vocation cathare de Dante, a miei {occht) di rimirar si fer più ardenti; l'on comprendrait alors rottimo disant : La fin que se proi)osa Dante, au terme de sa vie, fut d'être un* des suivants dudit saint et de marcher sur ses traces, fu ad essere de* seguaci in vesTiGl e in vita del predetio santo. Or, cela ne signifie certes pas que Dante se proposât de se faire moine bénédictin de Claivaux,
12i6 Le PARADIS.
CHANT nill.
De lui^mémê tongea U aamt eonUmplatêuff «le. i. Si noas suivions, au début de ce cbaot, la Tersion de l'Ottimo, il fondrait Wrel'affettoha'l suo piacer il contemplante, c'est-à-dire, la eonteuipiation de saint Bernard produit l'effet désiré sur Dante en redoublant son lèle pour la foi albigeoise, ce qui se relie parfaitement aux derniers vers du cbant précédent. Mous lisons au contraire dans l'addition au God. Laur. Refetto ai syo ptacer, etc. , ce qnl nous paraît la véritable leçon originale. Mais en adoptant raéme celle qui est le plus généralement adoptée affetto al suo piacer quel com^ templanu, on ne peut qu'être frappé de ces paroles du vieux commentateur : « L'auteur montre ici comme quoi saint Bernard et loi dirigèrent leurs regards dans la Rose, avec une concorde parfaite, corne IN UNA CONCOBDIA sonto Bemardo e l'autore dirizzarono glt occhi nella Rosa. » Il n'est pas posssible d'exprimer plus clairement, avec l'intention de feindre, que saint Bernard et Dante avaient identiquement la même manière de voir; et pour nous il est hors de doute que le poète n'a pas voulu donner à entendre autre chose. Eu eiïet, c'est parce que leur foi aurait été la même, que l'illustre abbé de Clairvaux aurait rempli de son plein gré, avec lui, le rôle de maître et de docteur évangélique, après Virgile et Béatrice, lirero officio Di DOTTOBE CLssunse^ qu'il serait devenu son socius et son guide*
Vois aux pieds de Marie et plue quejamait belle, etc.
2. Gomment a-t-il jamais pu tomber dans l*idée d*un homme ayant le sens commun, que Dante ait été précisément placer au plus haut pang du Paradis, la première pécheresse, la première cause de tous les maux de sa descendance 7 Oui, ce serait Eve, la mère da genre humain, qu'il aurait entendu nous montrer siégeant aux pieds de Marie, mère du Rédempteur I Mais si Notre Dame on Marie est tout bonnement une cathédrale, comme nous l'avons vu, Eve doit être aussi une église, la seconde en importance dans l'Ordre des diocèses ; nous voici donc ramenés à cette église florentine dont le théologien Dante fut l'époux ou le pasteur, à cette Eve indiscrète qui ne put se résigner à rester cachée sous le voile du mystère, che non sofflrse distarsottoakun vélo, (Purg. xxix.) Ainsi donc celte toute
CHANt XXXtU 1337
belle église de Florence» peut-être celle qa*il appelait son beau saint Jean, ouTrilla plaie saignante, apei^se e pume la piaga^ plaie d*exil et de mort, qui s'adoucit et se cicatrisa dans le aein de l'église de Mantoue, cette Marie qui la richiuse ed urne. Ainsi, dans l'ordre hiérarchique, venait en tête Notre Dame de Mautoue (*); après elle, da' suoi piedif l'Eve ou l'église de Florence. Peut-être décooTrirons^nous plus tard le rang de l'église de Ravenne dans laquelle il exerça en dernier le ministère sacré, comme on peut le voir par ses églogues et par celles de son ami et initiateur de Yirgiiio (**}.
Sw U troiêième rang €$ite autr^y au-^ttaous d'elle, eie*
3. La place de Rachel, figure de la vie conieniplative des solitaires ou Cathares, était n^arquée près de samte Béatrice, la foi doctrinale éclairée par la raisoo, ou la théologie sectaire, dont elle est comme la scear. Elle aussi est un miroir de vérité, ce qui lui vaut de siéger au troiaème rang, celui des Trônes. Mais nous voycMis de plus en elle l'église gnostique, cette vewe dont les Maçons se disent les -fils et nous renverrons ceux qui refuseront d'admettre dans Rachel une figure sectaire, au moine de Zigabène, qui s'exprime ainsi, en par-* knt des Pauliciens : fitigunt RacheUm fuisse mulierem quandam TIDUAM (fîUB^ cum duos haberet filias, quo tempore herodes pueros moi-es confregavit, honorem et gratxam apud ipsum se eanstimans mituram, eas in mariwnspeaemjmutatas attulit. Vettnn cum et filùs sua tanquam mares UN A GUM ALIIS ESSENT INTERFEGT^, et reliqua maires lugerent. Racket ita plarabat, ut nuUam admitteret eanso^ laiionem. Quoniam dum conaretur decipere^ decepta fuerat filiasque ipsa suas temei^e perdiderat, atque hoc allegorice irUerpre^
{*) La préiêreiice toute paiticnlitre manifestde par Dante pour Téglise de Mariione notts ferait supposer qu'H appartenait à la branche Cathare de Bagnoto dout, selon Rinieri, le» principaux centres étaient Maivtode, Brescia, Bergame^ Florence, et qui était répandue dfailleurs dans le Milanais, la Toscane, la Marche de Trévise, la vallée do Spoiètc et la Roraagne. {Voy. Schmidt, i, p. 165.)
(**) Ce dernier, désirant le déterminer à venir se Gxer près de lai, à Bologne, lui disait entre^ antres choses slgnificaiives i
Eheti pulvereo quod stesin tegmine scabro.
Et mérita indignons singuUos pascua Sartii
Bapta tuis gregibus, ingrata dedectit urbi t
Il n^est pas besoin de dire que pascua Sarni signifie les pâturages de TArno. Viens,
ajoutait-il, les pins iufluenis parmi nous, et les fidèles de tous les grades, l'aflirnicnl que
tu n'auras aucun danger à courir :
Hue odes, et nostros timeaa neque, TUyre^ saltua; Namquc fldem cclsœ, conçusse vertiee, pinus Glandifer œque etiam quercusque artmsta dcdere, iVoH lieicinsidim, non tieic injuria^ etc.
1228 tv: PARADIS.
tantes, dicunl Rachètent patrem esse cœlestein, ntjus filîtt sint, ANI- MA AD^. et ANIMA CHRISTI (qiij ne sont autres que des Parfaits, vay. ch. xxvi, note i^ et ch. xxxi, note 27) quitus ab Herode, îd esta MUNDI PRINCIPE (le Pape ou Satan Aleppe) sublatis, patrem lugere mortem illarum^ nec ullam consolatwnem admittere. (xxix, p. 226.) Notez que cette RacheMii, vivant au temps d'Hérode, ne serait pas fille de Laban. Qui donc aurait tué les fiU de la veuve?
Là sont aussi Sara, Réhecea, eic,
&. Sara et Rébecca viennent ensuite; or, nous avons levé jusqu'ici assez de masques pour être en droit de dire aux érudits : Maintenant cherchez à votre tour; mais comme ils ne trouveraient peut-^tre pas plus qu'ils n'ont fait jusqu'ici, nous leur proposerons cette explication : La première, la plus ancienne, Sara, serait l'église dont il est fait mention dans la chronique de saint Tron, celle du Piémont, dont l'évêque Claude de Turin aurait été l'Abraham ; la seconde, l'église de France, celle des Pauvres de Lyon, sa fille ou belle fille, dont l'Isaac serait Pierre Valdus. f.es Pauvres de Lyon seraient ainsi les Juifs d'hier, comme cherche à le donner à entendre rottimo; en employant le root Giuderi, contraction de Giudei (fieri. Rappelez-vous, -en effet que, lors de sa réception^ le Rose- Croix dit venir de Judée, et avoir passé par Nazareth, ce qui indique son passage de la religion de mensonge à celle de vérité. (Foy. note ii du ch. XXIV.) Quanta Judith, qui obtient une stalle de faveur en Paradis, pour avoir tué Holopherneet délivré Béthulie, son nom véritable est assez facile à trouver. Ne reconnaissez-vous donc pas Téglisc de Toulouse, celle qiiele poète a désignée au v chant de r£n/i?r sous le nom d'Hélène, celte belle proie d'un ravisseur adultère? L'élise de Toulouse était' alors bien déchue, puisqu'elle ne vient qu'en sixième, après avoir brillé au premier rang. IVlais elle a eu beau tuer Montfori- Holophernc, elle n'est pas moins tombée sous le joug du roi trèschrétien, ses Parfaits ont été livrés au martyre ou réduits à fuir, et sainte Marie de Mantoue a dû prendre sa place. De même, cette bonne Ruth, la ftloabite, devenue femme du \ieu\ Rooz, qui fut la bùava del cantor che disse miserere mei, est l'église de Ferrare, la Vaudoise, venue de la vallée du Pô, del val di Pado, qu'aurait prise pour femme Cacciagnida, le Patriarche des croisades (ch. xv), église ou femme qui aurait été la bisaïeule,' non pas du mi David, mais précisément de celui qui, dans sa douleur de la défaillance de son
CHANT XXXll. 1239
Eve, per doylta del fallOy paraphrasa les psaumes de la pénitence, dans on* esprit non moins sectaire que Gibelin ; de même que, pour mettre en défaut l'inquisition, il avait composé son credo à double face ; cette église de Ferrare enfin dont le sang coula à flots avec celui des Aldighieri Fontana, par le fait de Tévêque de Feltre. {Vmj, chant IX.) Pas un trait qui n'accuse la ressemblance et Tidentité.
Ton œti dutt pour wf suivre, à chaque nom sacré, etc.
5. N'admirez-vous pas comme saint Bernard, celui du poêle, bien entendu, est au courant de l'histoire ecclésiastique de l'hérésie, et quel zèle il apporte, en sa qualité de Ubero dottor, aflTranchi du servage romain, à éplucher feuille 5 feuille, difoglia tnfoglia, cette blanche rose des Purs ou Catliares, dont le parfum doit paraître très-peu orthodoxe à ceux-là même pour qui Dante était l'orthodoxie poétisée? N'admirez-vous pas la sûreté de coup d'œil avec laquelle il passe en revue dans ces églises, savamment groupées autour de Marie, la revue générale de l'armée anti-catholique ?
Séparant en deux parts la bienheureuse enceinte^ etc.
6. Ces filles d'Israël, ou ces églises du peuple élu, sont donc des Yaudoiscs sur toute la ligne, et elles établissent la distinction qu'il est essentiel de faire entre les feuilles de rose. Nous tâcherons de ne pas nous y perdre; d'ailleurs nous nous recommandons, quant aux points de détail, aux professeurs de théologie, les priant, par la même occasion, de vouloir bien nous expliquer pourquoi, en regard de toutes ces saintes Israélites, ou soi-disant telles, les saintes romaines brillent par leur absence (*).
(*} Lucie elle-même, qui da reste ne parait pas ici, pour ne pas déranger 5ans doute la symétrie hébraïque, n'est pas une Romaine, mais bien une Sicilienne. Cependant la Sicilienne Lucie, indépendamment de son symbolisme particulier, dont nous avons donné Texplication dans VEnfer et le Purgatoire, ne personnifie pas moins en même temps une église, celle de Syracuse, remoniant probablement au r&gne de Frédéric IL Mais croyez-en plutôt Ozanam, disant avec son enthousiasme et sa bonne fol ordinaires: aGiacopo di Dai^ie, autorité décisive en matière biographique, nous révèle que son illustre père pi-ofessait une dévotion favorite pour sainte Lucie, vierge et martyre ûe Syracuse... Des pi\>diges multipliés aticstaient sa puissance; de ce nombre il faut en compter un qui étonna Vérone, en 1308, époque à laquelle plusieurs fixent dans cette ville le si^our du proscrit Florentin, etc., etc. {Dante et PML Cath,, pp. 313 et suiv.) lAi proscrit florentin dut contribuer puissamment pour sa part, on n'en saui^it douter, aux miracles opérés par sainte Lucie à Vérone, sous le patronage du grand kan des Cathares on Tartarins, et Giacopo di Dante a\ait eio instruit ^ trop bonne école pour n*étre pas une • autorité incontestable, en matière biographique. Voyez aux preuves sui^plémentaiTeà comment les Cathares faisaient des mintcles.
Cwr Mion le rt^airA qw, sur tem^ lajài Dirigea vers le Chrisi, etc.
7. Ainsi que nous l'avons va au sujet du Troyen Rypbée, le poiol de vue est pour beaucoup dans Taffaire du salut Or les Vaadoîs« comme le reconnaissent, au surplus, tous les auteurs ecclésiastiques, et Bossuet en tête, ne voyaient pas précisément in Crùio, c'cst-à-^irc en matière de foi, soit religieuse, soit politique, de la môme manière que les Albigeois. Leurs églises forment donc le mur de séparation au milieu des saints degrés ou grades, qui, d'uu côté comme deTantre, ne conduisent pas moins au salut et à la gloire éternelle, qtteste sono il muro a che si parton le sacre scalee.
Où la fleur est partout de pétales fournie ^ etc.
8. Dans la partie où la fleur est garnie complètement de ses feuilles, sont les sectaires qui n'attendirent pas la venue du Messie Henri VII pour croire à un monarque rédempteur, in Cristo venturo, ayant pour mission de refouler la Louve aux Enfers; ceux, par exemple, qui mirent successivement leur espoir dans les comtes de Toulouse, dans Frédéric Barberousse et dans Frédéric II.
,.,. Comme de ce côté De la reine du Ciel le trône respecté, etc.
9. De l'autre côté, où il existe des vides, plutôt par suite de défections qu'à raison de nouvelles recrues à faire, onde sono intercisi di voto i seinicircoli, sont ceux qui se rangèrent sous les drapeaux du r£mpereur descendu en Italie, %n prima M ella fosse disposla, ceux-là a Cristo venuto ebber li visi.
De même, à Vopposé, celui de ce grand Jean, etc.
10. A côté de la cathédrale de Mantoue, le Temple, personniCé dans saint Jean-Baptiste, le glorieux patron des loges maçonniques ; le Temple dont les membres, toujours saints, sempre santo, endurèrent l'exil en Ecosse, en Allemagne, etc., il deserto, les tortures et le bûcher, martiro, et subirent deux ans avant d'avoir pu se reconstituer, le joug de l'Enfer catholique, l'infemo da due, annC
Sorts lui sont Augtistin et Benoit et François, etc,
il. Parmi les Bienheureux qui, formant une bande distincte ton-
chant au vandéisme, cosi cerner sarttrOy et dont te chef osten^ble est le Précurseur , devaient nécessairement figurer saint François d'Assises, et saint Benoît» que Dante nous a signalés comme deux patriarches des Pauvres de Lyon. Quant à l*évêque d*Hippone, ce serait probablement parce qu*il fut, comme le remarque M. £. Seissct, a le plus philosophe des docleiu^ du christianisme, » et passa du maiériaiisme de Manës à Maton, pour se jeter ensuite dans les bras du Christ, en restant platonicien ; ce serait comme auteur de la Cité de Dieu, dont le sujet, analc^ue à celui de la Comédie Aï^" même, est la lutte de la cité de Dieu contre la cité du Diable, que nous le verrions placé aux premiers rangs du Ciel. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que les autres saints, désignés à dessein en deux mots, gli aLtriy seraient immanquablement saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, saint Pierre Damien et tous ceux que Dante nous a fait passer en revue dans son poème, jusqu'à Robert Guiscard, Guillaume et Rainoard. On comprend que le catalogue complet était impossible à reproduire ici sans rendre l'artifice trop manifeste, tant à raison des omissions que des admissions. Mais, au demeurant, comme nous n'avons là que trois noms de baptême sans qu'aucune épithèie imprime aux personnages désignés leur caractère distinctif, comme toute cette fiction paradisiaque ne nous a offert jusqu'ici, sous des noms révérés, que des illustrations vandoises et contemporaines, si Ton veut nous en croire, on restera convaincu que, tout en paraissant avoir en vue saint François, saint Benoit et saint Augustin, le poète a entendu signaler au respect des siens trois hauts dignitaires du Temple, leurs homonymes, de telle sorte que l'ennemi, dope du stratagème, eût à les confondre avec leurs saints patrons. En effet, nous avons vu, notamment, pour saint Augustin, que Dante repoussait avec les Cathares, sa doctrine sur la prédestination.
Admire en ses desseins la sagesse divine; etc.
12. N'est-il pas admirable, en effet, que le poëme sacré nous donne ainsi la preuve authentique, par la bouche de saint Bernard, de la fusion opérée, par l'intervention àfis Templiers, entre les Gibelins de la veille et ceux du lendemain, comme aussi entre les deux sectes sœurs, vaudoise et albigeoise, l'urto e Paltro aspetto delta fede, de telle sorte que tous sont appelés à peupler sur le pied de l'égalité, le jardin céleste, igualmente impiere questo giardino; or, cette fusion nous est signalée comme due à la haute influence de
i'£iupire, à l'aUro prmfvedet' divine. Qae de faits restés ignorés de l'hisioire et que de filons elle a encore à découvrir, dans la mine que nous lui ouvrons si péniblement! (Foy. à la fin des Preutessupplêm.)
Qu0 nul n0 vient siéger jwur ton propre mérite, etc.
13. Sache qu*à partir du quatorzième rang ou gradin qui sépare à moitié les deui initiations mystérieuses, che fiede a mezzo H traito le due DisCREZtONi (ce dernier mot, dans le double sens de division, et de discrétion sous la foi du serment), on n*est pas admis pour son propre mérite, per nullo proprio rnei-ùo, puisqu'on n'appartient ni à Tune ni à Tautre des deux croyances vaudoise et albigeoise ; mais dans un intérêt politique, per rA.LT.R.Vf. Kncore y faut-il certaines conditions, con certe condizioni, consistant dans la naissance i la vie nouvelle par le baptême maçonnique, les épreuves, le serment ei l'accomplissement de certains rites. Mais dans tous les cas, ces initiés aux mystères du Temple ne pouvaient pas aspirer au delà du quatorzième grade de l'Écossisme, à celui de Chevalier d'Orient, croyonsnous. Nous en recommandons la lecture dans JÀghtonM. \
Avant d'avoir acquis la libre élection,
1&. L'absolution est donnée à tous ces Gibelins, à raison du secours qu'ils prêtaient, sans en avoir soupçon, à la secte à laquelle on espérait bien qu'ils se rallieraient un jour ou l'autre; c'étaient des enfants qni ne savaient pas encore faire usage de leur raison et choisir entre la vérité et le mensonge, sono sptriti assoUi prima d'aververe ele^ 2i'amV attendu, dit l'Ottimo, que il raziocincare non puote essere ne* i fancitdli. Ce qui est d'une vérité très-orthodoxe.
T en feront foi leurs traits et leurs voix enfantines, etc.
15. Tn peux le reconnaître à leur extérieur, à leurs insignes, voltiy comme aussi aux mots de reconnaissance indiquant leurs grades inférieurs, per le voci puerilû D'où nous concluons que les Gibelins restés fidèles au catholicisme, étaient traités d'enfants, et que cette dénomination de parti leur avait été affectée dans le langage secret des sectaires.
Tu te tais enlacé dans sa maille subtiUt etc.
16. Le théologien vaudois, qui n*admet pas la grâce sans les œu«
CHANT xxxu. 1233
vres, feinl d'éprouver un doute; mais son saiut Bernard, qui connaît les ressources de cet esprit fécond en subtilités, pensiei- sottUi, sera de force à dénouer le nœud le plus serré sous les yeux du Pape même, béatifié qu'il est; aussi, dit-il : lo ti soiverà farte legame. Voyons donc comment l'abbé de Clair?anx saura parler hérésie sous forme orthodoxe, art royal dans lequel, nous l'avons vu et nous en avons à chaque instant de nouvelles preuves, excellaient les membres de l'église cathare.
Dans toute cette ampleur du royaume du Ciel,- etc.
17. Dans toute cette organisation monarchique et sectaire, il n'y a pas plus à trouver une idée catholique, casual ou fortunal punio, que la tristesse, la faim on la soif ne sont possibles dans le Paradis ; car elle est constituée de par la loi éternelle, puisqu'elle dérive de J.-C. par les Apôtres, per etema lege è stabilïto, loi à laquelle elfe correspond comme l'anneau au doigt, giustamente ci si risponde deW anello al dito. Nous rappellerons ici que, dans tout le cours du poème, Dante n'a cessé de désigner la Papauté par les mots Fortuna ou Venturay le casus des latins, et que l'idée lui en a été sans doute suggérée par ces paroles d'Isaïe : Quiparaverunt mensam Fortunée et dmnoni poculum tmpleverunt. (C. LXY, } il.)
N'a jMM sine causA la véritable vie, etc.
18. Ce n'est pas sans cause que ces Gibelins sont admis prématurément à nos mystères, festinata geniCy qui les acheminent à la vie • de vérité, a vera vùa, et que nous leur conférons des grades^ dans de certaines limites, selon qu'entre eux ils sont plus ou moins utiles et méritants, intra se piii è meno eccellente.
Le monarque par qui tant d' amour , d'allégresse, etc.
19. Le monarque, par qui l'Amour et la Gaie science régnent au suprême degré dans ce royaume, créant les esprits, le menti creando, et non pas les âmes, soit par lui-même, soit par son représentant, comme lui profès dans le gai savoir, nel suo lieto aspetto, les dote à son gré, sous le rapport de la grâce qu'il leur accorde, et confùre le grade selon Taptitude, a suo piacer di grazia dota diversamente. Ce que tu vois ici est lu résultat de celte manière d'opérer dans les réceptions, (jui basii l'c/fetio.
Sn cêê jumêa/ux déjà d» eoUn hrtUant, êie»
20. Lesdeoz frères jumeaux de rÉcriture, Esaûet Jaoob, étaient loin d'être d'accord en tous points, puisqu'ils se battaient dans le sein de leur mère. L*un avait les cheveux rouges» l'autre les avait noirs, comme le remarque l'Otiimo; Rébecca et Dieu préférèrent le dernier, d'où résulta que, nés du même sang et au même moment, ils eurent un sort très-différent.
Ce$ dmes dans la gloire ont à prendre ieur place.
21. Il en est de même des Gibelins orthodoxes qui devieooent, par l'initiation, frères des Albigeois et des Templiers, mais qui ne sont pas d'accord en tout avec eux ; c'est pourquoi il faut que la sublime lumière de la grâce impériale, di cotai grazia l'aUissimo lume, rayonne sagement, degnametae s^incapelli, selon la couleur des cheveux, seconda il color de' capelli; il faut qu'elle ne les admette pas aux grades supérieurs tant qu'ils ne seront pas jugés dignes de gravir toute l'échelle de Jacob, et qu'elle les relègue aux derniers degrés, comme autant d'£saû, sauf à proportionner l'avancement au mérite, dans les limites voulues.
A percevoir les dons de la bonté première.
22. En conséquence, point de merci pour leur orthodoxie, sanza merch di lar costume, pour leur habitude de croire à l'aotoriié de l'Église romaine, en dépit de la raison. Quels que soient d'ailleurs leurs mérites, ils sont échelonnés dans les grades inférieurs, différents des autres uniquement en ce qu'ils ne donnent pas la vue parfaite de la vérité, sol differendo ml primiei^o acume. Tout cela est assurément très-logique et dicté surtout par une prudente politique. Et puis quelle habileté consommée dans l'expression !
Pouf avoir le salut suffimit Vinnocence, ctc,
23. Dans les premiers temps de Tégiisc dissidente, il suffisait, pour être admis dans son sein et, dès lors, pour avoir le salut, d'être de vie pure et né de parents professant la foi des Parfaits, con Cintiocenza la fede de' parenti. Saint Bernard en sait long sur tout cela.
Et tout mâle dès lors dut être circoncis,
2k. Quand les catholiques devinrent persécuteurs et que les dis»-
dents durent dissimuler leur croyance, le secret devint indispensable; alors il fallut s'assurer de la discrétion des récipiendaires, même de bonne vie et mœurs» masc/it ail* innocentî penne, leur faire acquérir le sang-froid et l'énergie nécessaire, à l'aide des épreuves, acquistca^ viriuie, afin de refréner la langue, per circoncidere, sous-entendu, la Itnffuaj expression métaphorique que vous trouverez expliquée en ce sens dans le Dict. d'Alberti. Rappelez-vous, du reste» avec quelle rigueur le poète châtie dans V Enfer et dans le Purgatoire le péché d'indiscrétion, peccati délia gola.
Aux limbes s'engloutit Vinnccence elle-même, etc.
25. Puis, quand vint Henri VII en Italie, temps de grâce où s'accomplit la fusion désirée entre les Gibelins et les sectaires, ceux d'entre eux qui étaient honnêtes gens furent admis dnns les loges; mais comme ils ne recevaient que le baptême de néophytes et non celui de Parfaits ou Kadosh, ils étaient retenus dans les grades inférieurs, sanza battesmo perfëtto di Crùto, taie innoôenza laggiù si ritenne. C'étaient des enfants, des innocents, qu'on amusait avec des hochets. Si Dante insiste tant sur la perfection Au baptême, c'est avec l'intention de distinguer celui qui était administré par ses coreligionnaires, le baptême de feu ou de l'Esprit, dont Ecbert explique la cérémonie rituelle dans son septième sermon, et celui qui était donné aux petits enfants par les prêtres catholiques, baptême contre lequel s'acharnaient les hérétiques, dit Bossuet. £n effet, nous lisons encore dans Rinieri Saccone : De baptismo dicunt quod ablutio, quce datur infantibus,twnprosit. Item, quod patrini non intelligant quid respondeant sacerdoti (p. 265). Item, quod baptismus nihil valeat, nisi quantum vaUant mérita baptizantis, Parvulis vero non prodest nisi fuerint {baptizantes) perfecti in secta (p. 267). « Voilà pourquoi, dit Bossuet, les hérétiques exagéraient la corruption du clergé, pour faire voir qu'il n'y avait plus de sacrements parm nous. » (Hist. des Var,, p. UU9.) Voilà pourquoi, ajouterons-nous, papes et cardinaux, clergé séculier et régulier, sont représentés dans toute la Comédie, sous de si noires couleurs.
Regarde m^inlenant cette beauté suprême, etc,
26. Regarde maintenant cette sublime église de Mantoue, qui ressemble le plus au Christ |)our la pureté, la perfection, l'éclat des lumières; ses enseignements seuls peuvent, par la clarté de la doc-*
trine, te préparer à jouir de la vue du Clirist, la sua chiarezza sala ti puà dispotre a veder Cristo.
Je vis j^Xeuvoir «ur elle une telle allégretset etc.
27. Je vis les esprits saints des Parfaits et des poètes sectaires, créés pour s'élever aux plus grandes hauteurs du mysticisme amoureux, menti santé create per trasvolar a queW altezza, faire pleuvoir sur cette église bénie un déluge de vers inspirés par le gai savoir, aUegrezza. Aussi cette église, objet de Uut d^hommages mérités, excita en moi une admiration sans égale, tant je la voyais ressembler k Dieu, infiniment bon, infiniment parfait.
Je UvUà ses pieds en abaissant son aile, etc.
28. Vous vous imaginez sans doute, sur la fpi des commentateurs, que cet Amour, qui le premier descendit vers elle eu chantant Ave Maria, est Tange Gabriel ; rappelez-vous combien ils vous ont abusé déjà en vous le désignant, au xxiir chaut, sous forme de couronne, chantant iJJe suis TAmoor angélique ; et faites attention, car il semble, que c'est le même qui rentre en scène, puisque le poète a soin de vous dire : Quell] anwr che primo li dùtcese cantando Ave Maria, grcuia plena. Celui-là est pourtant tout autre; vous allez voir.
La bienheureuse cour, toute en ehaur, se complut, etc,
29. La bienheureuse cour de Chevaliers, de Patriarches, de sublimes Princes, aurait eu bien mauvaise grâce à ne pas répondre par ses acclamations au salui d'un si haut personnage ; aussi chacun fit-il sa partie dans ce chorus général, et la joie rayonna sur tous les visages dans la Lombardie, si ch' ogni vistas'en fe più serena; taudis qu*à Rom^, dans Avignon, à Naples et à Florence, les visages étaient bien loin d'être gais. C'est qu'en effet, un personnage réel s'offre ici à nous et uon pas l'amour évangélique du xxiir chant, quoique le poète se soit arrangé pour qu'on eût à faire confusion.
0 saint f «■«, pour mot qui restes eux ce lieu Loin du siège élevé, ton étemel partage, etc,
30. Dante considère si bien saint Bernard comme un des Pères de son église, qu*il l'appelle santo padre, en reconnaissance de ce qu'il s*est dérangé pour remplacer Béatrice. Quel est, demande-t-il.
CHANT XXXIt. 1ââ7
cel anî»e qwo je vois avec nn si grand air, ron tanto ijiuoco, éludior les rnseignenients de noire dame, guarda ncgli occ/n la nostra regina, cl y puiser pour elle tant d'amour, qu'il semble tout en feu, innamorato si, che par di fuoco?
En ces mots feus recours à ce vieillard divin, elc,
31. Côsi ricorsi ancora alla dottrina di coluî, CH' ABBELLIVa dî M ABU, carne del sol la STELLK matutina. Il faut bien traduire, j'eus de nouveau recours à la doctrine de celui qui s'embellissait des beautés de l'église vaudoise, de même que l'étoile flamboyante reproduit celles du soleil mystique. Mais Arnaud Daniel ne dit-il pas tan m* abbellisy etc.? {Pg. xxvi.) Il faudrait entendre alors que Marie convenait beaucoup à Bernard. Tout cela n'empêche pas que le vrai Bernard n'ait persisté, jusqu'à la mort, dans la foi catholique, le témoignage de Bossuet, l'évOque orthodoxe, quoi qu'en pense \* Univers, l'emportant de beaucoup sur celui du poêle florentin ,évêque hérétique.
.... Tout ce que peut l'Ange, l'âme accomplie, Possédeir de vaillarit, de grcuiieux, de beau, etc.
32. La réponse de saint Bernard mérite qu'on en pèse les termes : En lui est toute l'intrépidité et toute la beauté gracieuse, baldezza e leggiadrta, qui peuvent se trouver réunis dans un ange et dans une âme, et il nous plaît qu'il en soit ainsi, tntta è in lui e si volem che sia. La beauté, rien de mieux, mais la hardiesse, pour accomplir un glorieux message d'amour près d'une vierge timide, on n'en voit pâft la nécessité, et puis pourquoi distinguer entre un ange et une âme?
Car il vint à Marie apporter le rameau, etc.
33. En effet, c'est lui qui descendit en Italie apporter la palme en signe d'union, de fiançailles, è l'église cathédrale des Albigeois, perche egli è quegli che porta la palma giuso a Maria, quand le fils de Dieu, le Messie impérial, consentit à se charger du fardeau que nous lui imposions, celui de régénérer l'Italie en renversant la Papauté, giiando H figliuol di Dio carcar si valse délia nostra salma. Comme les ailes que cet ange déploya devant Marie nous apparaissent hérissées de lances, dinanzi a lei le aie distese, nous n'hésitons pas 5 reconnaître en lui le prince Jean de Luxembourg, élu roi de Bohême en 1 309, le propre fils de l'empereur Henri VIT, envoyé par ce monarque, à la tête d'un corps de troupes, pour contracter alliance avec les chefs de
Téglise dissidente, alliance condoe à la grande satisraction des Parfaits, et proclamée par Dante dans sa lettre h tous les princes et peuples d'Italie. Ce jeune prince venant d'outrc-monls, giuso, apporter aux Farfaits de Lombardie la palme de fiançailles entre TEmpereur et leur église, devenait à leurs yeux un ange de paix, un messager céleste, un autre Gabriel, et Ton pouvait dire de lui bien mieux que d*un ange du Ciel, qu'il réunissait baldezza e leggiadria, grâce, beauté et vaillance. Encore nn tour de force.
Les grands Patriciens, ctemelU parure, etc.
Zk, Que tes yeux suivent ma parole à mesure qu'elle désignera, dans les rangs de notre église, les grands Patriciens de cet Empire, très-juste sous le rapport politique, très-pieux au point de vue religieux, nota i gran patrici di questo impei'io giustissînio e pio. Tous les personnages dénommés seront donc autant de masques cachant autant d'illustrations contemporaines.
Les deux qui, tout en haut, siègent les plus heureux, etc.
35. Les deux Patriciens les plus rapprochés de Notre-Dame, de celle dont Auguste est devenu l'époux, sont nécessairement deux hauts dignitaires de l'église impériale, puisqu'ils sont les plus rapprochés d'elle, propinquissxmi ad Augusta, ce dont ils sont on ne peut plus heureux, più felici, et que saint Bernard les désigne comme les deux racines de la Rose, d^esta rosa quasi due radicù
8'offre à gauche ce Père à qui sa convoitise, etc»
S6. Le siège diocésain de l'Eve florentine se trouvant immédiatement au-dessous de Notre-Dame de Mantoue, c'était bien le moins que son époux, son pasteur, se donnât la satisfaction de se voir luimême dans une position en rapport avec son rang et avec les services rendus à VAugusta, par la fusion et par la création de ce langage destiné à propager en secret la vérité. L'àdam florentin est donc signalé, comme le Père dont le goût audacieux pour la vérité fut fécond en longues amertumes pour tout ce qui, dans Florence, n'appartenait pas à l'espèce des brutes catholiques et suivait les lois de la raison, pe>* lo cui ardito gusto Tumama SPECIE tanto aniaro gusta.
Cet ancien Père à qui le Christ de sonjardint ttc,
37* À la droite de Notre-Dame est un pontife vénérable, padre
vetusto di sania chiesa, parce qu'en efiet c'était un archevêque; mais à cette époque, nioines, abbés, chanoiues et prélats avaient sou* vent un pied dans les deux camps, témoin le chanoine Pétrarque. Toujours est-il que nous avons toutes raisons de croire que ce padre vetustOy ï qui le Christ Henri recommanda cette belle église, questo bel fior, en le désignant pour son chef suprême, par la remise des clelis, le chùwi raccammandà , avait pour nom véritable, Pierre Aichspaker. Nous lisons, en effet, que ce prélat très-remuant, d*abord évêque de Bâie, promu ensuite à rarchevêché de Mayence, était lié intimement avec Henri de Luxembourg; qu'il contribua de tous ses efforts à l'élection de ce prince à l'Empire, de concert avec le cardinal de Prato et avec Otto de Granson, son successeur sur le siège de BâIe, et sa créature, qui accompagna Henri VU en Italie. {Voy. MuUer, Gesch. der Schweiz.^ il, p. 15, noie 2; Cour. Vecer, De rébus Imp. Henri VII, in Urstis scrr,, il, et J. G. Pfister, Hist. d^ Allemagne, V, liv. 3.) Peut-être Pierre Aichspaker y vint-il luimême dans le cours de l'expédition et fut-il connu personnellement du poète théologien, qui se prévaut ici de son prénom de Pierre pour le faire figurer au lieu et place de l'Apôtre.
A sa suite ett celui qui, par la morl jalotue, etc.
38, Pierre Stabili, connu sous le nom de Cecco d'Ascoli, auteur de VAceràa, brûlé comme hérétique, à plus de soixante-dix ans, après avoir professé l'astrologie à Bologne de 1322 à 1325, vit en effet, avant de mourir en 1327, pria che morisse, lorsque Dante luimême n'existait plus depuis six ans, les temps si difficiles que l'église sectaire eut à traverser à cette époque, tutti i tempi gravi; il put même, en sa qualité d'astrologue, prédire quelques-uns des désastres éprouvés par la bella sposa, dont perça le flanc la lance de Judas, dans la main de Charles de Valois, et que martyrisèrent, dans la personne des Templiers, les ferrements de la torture, chiavi. Voilà comment le poète a pu lui imposer ici le masque de l'auteur de V Apocalypse, son Acerba étant écrite, en effet, d'un style tout à fait apocalyptique, et contenant, selon l'inquisiteur, maintes acerbitates.
Près de l'autre ett ce chef sotu qui vécut de manne, etc,
39. A côté de Cecco d'Ascoli, siège le jurisconsulte Cino de Pistoja, sous l'apostolat duquel ses concitoyens, race ingrate, mobile et fantasque, passant des Blancs aux Noirs, de Toulouse à Rome,senour«
rirent de la manne de ses paroles, rtmées ou non, visse di numna. Et voilà le Moise legistadu iv*" cb. de V Enfer. Qaantà voir dans ce |>rétendu Moïse le législateur des Hébreux, on n*y saurait songer, si Ton se rappelle que, pour les sectaires, le Moise juifétait un sorcier, un larron et Tagent sanguinaire du Dieu mauvais. (Ëbrardus, 127; Ermeng., 22&; Moneta, ii2; Act. deVinq, de Carc, 12&7, Doat.,f. 100.) Cino aurait donc été juriste comme Dante médecin, pour mieux prêcher.
A Pierre faisant face, est assise saitiie Anne, etc.
liO, En regard de Pierre Aichspalter, siège, sous le nom de sainte Anne, relise Pauiicienne d'Orient, l'église Syrienne Alexandrino; celle dont le mystérieux et introuvable chef est si souvent désigné au moyen âge sous le nom du Prêtre-Jean, roi et pontife, dont TArioste a fait le Sénape, en butte aux persécutions des harpies et délivré, à Taide du cor enchanté ou de la parole de vérité, par le prince normand Astolphe d'Angleterre, baptisé à dessein d'un nom Lombard, Sara est cette église d'Orient ayant des évoques en Bulgarie, i Constantinople, eu Arménie, en Palestine et probablement jpsqu'cn Abyssinie ; que les poêles du temps de Frédéric II appelaient la rose de-Syrie. Cette église ou rose est donc bien, comme l'ont pensé Matter et Néander, la mère de l'église ou Rose d'Italie, de Notre- Dame ; aussi est-elle représentée dans l'extase à l'aspect du triomphe de cette ûlic de sou amour, et chantant, les yeux Gxéssur elle, le joyeux hosamia. Nous avons donc ici à peu près la reproduction de l'idée qui a déjà mis en scène Sara et Rebecca ; seulement la filiation est directe. Mais il résulte de là que les écrivains anglais Jones, Blair, Stanley, Faber, etc., n'avaient pas tout à fait tort en rattachant les ans aux autres Pauliciens, Cathares, Yaudois; et que hhigh'Churchj, en prétendant remonter directement à l'église apostolique, pourrai^ bien ne pas errer autant que le pense le savant professeur Schmidt (II. 269.)
Ei vis-àr^)is d'Adam tu vois siéger Lucie»
ki. Enfin vis-à-vis de l'Adam Florentin, tnaggior padre di farnilia, car il avait six enfants, en outre des nombreux croyants qu'il considérait comme sa famille, brille Lucie, la lumière albigeoise et maçonnique, à laquelle V Apocalypse a fourni tant de rayons. Cette Lucie au capuce vario pituo, dont Guido Guinicelli avait fait sa dame et Dante, au dire de l'Ottimo, una idea del sua imelleito. Ce
CHANT XXXII. 1â4i
fol en effet sous rinflaence de cette idée bmiineuse, que la foi B^mtrice arracha le poète à la forêt obscare et sauvage du catholirisme {Enf. Il), où il aurait trouvé sa ruine en ce inonde et dans l'autre. Avec combien d'art le poète ne nous reporle-t-il pas au début du poème, en faisant passer sous nos yeux plusieurs des personnages qu'il a pris soin de nous signaler au début! A l'aide d'un trompe -l'œil qui, faute d offrir aucun trait déterminé, permet de prendre un personnage pour un autre, il a ramené sous nos yeux, avec Lucie, l'Adam de Florence et le Moïse de Pistoie, son ami, dont les travaux maçonni» ques étaient suspendus lors de la descente d'Henri VU ; alors qu'ils virent venir un possente con segno di vittoiia vicoronato, et il nous a donné ainsi la clef de son allégorie.
Mais de ta vision le temps qui se dérobe, etc*
U2, Comme il ne faut pas dépasser le nombre des 33 degrés de i'Écossisme et qu'il est temps de mettre fin airxxxil* chant du Paradis pour passer au dernier, destiné à clore cette vision poétique, ce rêve merveilleux, durant lequel la vérité sommeille, tandis que veille la fiction, perché V tempo fugge che l'assonna; il convient de couper court à une nomenclature déjà longue et assez difficile d'ailleurs à poursuivre sur ceton, et pro])ortionner l'ampleur de l'habit à l'étoffe disponible. Quel admirable tailleur que Dante, sachant par les prodi* ges de sa coupe, ménager son étoffe albigeoise de manière à en tirer on vêtement confectionné dfins les règles les plus strictes de l'art catholique I Buon sartore che, corn' egii ha del panno, fa la gonna.
Et nous élèverotis nos regards pleira d'ardeur, elc,
U^. C'est en élevant ses regards vers Dieu, source d'amour, et dès lors le premier de tous, sans perdre toutefois de vue le but politique, guardando verso L.YI, que le fidèle d'Amour parvient è pénétrer, autant qu'il est possible à l'homme, dans les plus sublimes clartés de la doctrine, pei' lo suo fulgore.
Pa/r une humble prière il nous faut demander, etc,
tiU, C'estilonc à Notre-Dame, à Marie, cette personnification métaphorique de Féglise proscrite, qo'il] faut s'adresser pour obtenir de voir la lumière dans toote sa splendeor ; car c'est de l'église mère
seule qu'on peut obtenir celte grâce iltummame, k soin de nous dHre rottimo ; il ne s'agit que de comprendre.
Dan» ce qu$ je dirai que ion caur, ta raison^ eie.
b5. Les instructions de saint Bernard à son disciple ne s'écartent en rien, on le Toit, des prescriptions maçonniques. Certain de sa docilité, il lui dit : Tu me suivras, on m'imiteras, tu mi seguirai; tous deux, avec le même amour Albigeois au cœur, nous n'aurons qu*nne même manière d'aimer^ de penser et de prier, si che dai dicer nuo lo cuor non partû Alors le saint Bernard du poète, bien différent de celui que l'Église romaine révère, commence la prière que nous allons analyser à son tour.
CHANT nillf.
O Vi»rge, de ion file à la fois fille et mère, He.
1. Vierge immaculée, Église sans tache, dont les membres sont tous purs et Parfaits, n^re spirituelle du Christ impérial, ton père, ton protecteur temporel, humble dans la persécution qui s'acharne sur toi, sublime par ta doctrine et ta vertu, umile ed alta^ type de toute perfection, conçu de toute éternité dans la pensée du Très-Haut, termine fisso delC etemo consiglio,
VofT toi s'ewnohlii iani noire \umaine natwe» eie.
2. Tu as tellement relevé ceux qui savent user de leur raison, tuniana natura, en faisant d'eux des Par faits, que le père commun, l'Empereur, tY faitor, celui qui fait, ne dédaigna pas de devenir l'œuvre des Parfaits, en se faisant initier par eux, non disdegnà di farsi sua fattura, c'est-à-dire fattura delC umana natura. La construction est irréprochable.
En ce pudiqw sein se ra/viva Vardeur, eio, ^
3. C'est en ton sein que se raviva la flamme de l'amour, doat l'ardeur a fait germer» dans des pensées de paix éternelle, la fleur de h
CHANT XXXIIt. 1343
monarchie universelle, nel ventre tuo si raccese l*amare per lo eut caldo nell* etema pace cosi è germinaio questo fiare.
Ici nous te voyons comme une flamme ardente, etc.
U. Tu es pour tes fidèles croyants un foyer lumineux d'amour, meridiana face di carità, et une source vive d'espérance pour ceux qui subissent encore le joug de la mort tbéocralique, Intra mortalh se' di speranza fontana vivace.
Sans ailes veut voler qui n'a recours à toi, ete»
5. Telle est ton influence, o Noure-Damc de Mantoue, que ceux qui désirent obtenir une grâce quelconque, qualvuol grazia, soit du Très-Haut, soit de son représentant sur la terre, ne sauraient être exaucés que par ton intercession ; et son désir aspire à voler sans aiies^ vuoL voler senz* A. IL , c'est-à-dire vent que le Temple l'emporte sur rÉglise sans l'appui, SArriqo^ Lucemb. Imperatare.
Pour tous» sur terre, au Ciel, est ta honte si grande, etc»
6. Tu pousses môtne la bonté jusqu'à prévenir la demande, quand tes fidèles ont bien mérité de toi, ou quand tu vois chez les profanes des dispositions à se rallier à toi.
£n toi miséricorde, en toi tendre pitié, En toi magnificence, etc,
7. Tu réunis, dans ta perfection Cathare, à la miséricorde ou tolérance envers ceux qui sont égarés dans les voies du catholicisme, la véritable piété, et ce génie qui enfante les grandes conceptions, magnificenza ; enfin tout le mérite que peut posséder une créature t'a été dévolu. Tu réunis toute perfection, puisque tu personnifies la grande église des Parfaits.
Ce mortel qui du vide, en hcks dans l'univers^ etc,
8. Depuis l'abîme de douleurs creusé par le Catholicisme, immense lacune morale et philosophique restée ouverte dans les basses régions de l'univers, infima lacuna, jusqu'à ce point élevé de la doctrine, ce croyant a passé en revue toutes les vies spirituelles, le vite spiritali, selon qu'elles éuient dirigées par l'autorité ou par la raison, flambeau de l'existence intellectuelle ; accorde-lui, je t'en supplie, la grâce de
1244 Lf. PARADIS.
contempler le dernier Icrmedu saint; c'est-à-dîre, achève ce qu'a » bien commencé Béatrice ou la darma délia salure, a6n qu*il puisse voir V Alpha et VOmega, princi^Àum et finis (Apoc xxi, 6), en élevant pins haut encore ses regards, verso Vultïma soluté.
Et moi qui n*ai jamais désiré pour ma vue, etc,
9. Accorde-lui Vepopsù, la manifestation complète de la lumière d'Orient Je t*en supplie avec plus d*ardeur que je n*ai jamais prié pour moi-même, mat pertnio veder non arsi piii ch' io lo fo per lo sue, tant il s*est identifié avec moi, tant je suis heureux de te présenter un coreligionnaire. Dissipe tous les nuages , ogni' mibe gli disleghi; fais disparaître les derniers vestiges de son catholicisme, di sua mortalùà, afin que se révèle à lui le souverain bien, si chè *l sommo piacer gli si dispieghù Une pareille ardeur de zèle chez un saint français en faveur de Dante, toujours si mal disposé à Tégard de la France, aurait pourtant dû paraîti'e assez extraordinaire et appeler Taitention des critiques. Mais non, tous dormaient sur les deux oreilles, comme ils font encore, aussi bien en Allemagne qu*en Angleterre, en Hollande et en Italie. Mais nous finirons sans doute par les réveiller, Si les catholiques font les sourds, les protestants entendront
Je t'en conjure enoor,faist 6 céleste reinet etc.
10. Je t'en conjure, reine, qui fais ce que tu veux dans ton Temple, car tu ne veux que ce qui est juste, d'aviver son intelligence, afin qu'il conserve dans son intégrité l'impression produite en lui par cette sublime révélation, ehe conservi sani, dopo tanio veder, gli affiettisuoi, et qu'il reste digne du nom de Parfait,
Voie tant de bienheureux unis à Béatrice, etc.
11. Qu'il triomphe, sous ta protection, de la crainte et de Tintrrôt, movimentiumani. Vois noire foi doctrinale, Béatrice elle-même, se joindre à moi et à tous nos Parfaits, quanti beaii, pour t'adresser la même prière, per li miei prieghi ti ckiudon le mam; car nous comptons beaucoup sur le succès de la Comédie, où sera fidèlement retrace chacune des impressions morales, des doctrines et des espérances du poète théologien, que son ayeul Cacciaguida a fait de son mieux pour encourager à ce sujet.
Ainsi comprise, il semble que la prière adressée par saint Bernard
à la reîue do» Anges, ne manque ni de couleur ni d'énergie ; ce dont ou s'étonne de la trouver complètement dépourvue dans le sens littéral ; de même qu'elle est en parfait rapport avec la pensée constante du poète et avec celle qu'il prête, bien gratuitement sans doute, au grand abbé de Glairvaux. Autrement Abélard aurait été trop vengé.
Ces yetix là-haut de Dira vénérés et chéris, etc,
12. Les yeux ou les eoseignemenls de Notre-Dame de Mautoue, enseignements aimés de Dieu et qu'il a en grande estime, gli occhi da Dio diletti ^ venerati, étant restés fixés dans l'esprit de saint Bernard, dans ses prédications dernières, /i55t negli Oraror^ cela nous démontre combien les dévotes prières sont efficaces là-haut, ne demostraro qttanto i devoii prieghî le son gratï, puisque saint Bernard dut à sa dévotion sincère de connaître la véritable religion du Christ, si différente de CeWe de Rome.
Puis au divin foyer d'étemelie darté, elc,
1 3. Puis les yeux ou les enseignements de Notre-Dame se portèrent sur la lumière éternelle, où l'on ne saurait croire que la créature puisse plonger sa vue avec tant de limpidité, ait eterno lume si drizzaro, net quai non sipuo creder che s'invii per creatura Vocchio tanto chiaro. Seule l'église sectaire était apte à plonger un regard sûr et limpide dans les arcanes du Ciel. Quanta TÉglise catholique, son atmosphère, qu'elle ne dépassait pas, était celle de l'Enfer. L'Ottimo substitue s'iniiàïinvii; il ajoute à cette variante curieuse l'explication que voici : È tanto adiré corne diventare simile dtquella eosach' è consideraia. C'est qu'il savait fort bien que la prétention de l'Albigeoise iMarie était d'être la piii somigliante a Cristo. C'était au nom de cette même sainte Marie, Madonnaon Notre-Dame de Mantoue, que Arrigo Baldonasco adressait à Frédéric II l'épitreen vers dont nous avons donné la traduction p. 458 des RcvéLy et dont on trouvera le texte p. 70 du recueil iniïUàéPoetidel primo secolo, Florence, 1816 (*).
(♦) Nous aurions éié assourdi d'un concert de liuées si, dès le début de ce commeiilairc, nous avions signalé deux églises cathares personnifiées dansFrancesca de Rimini et dans la Pio, h savoir : ccllede Riminl elalle de Sienne, ftien n'cit pourranl plii> vrai. Maintejiant que nous pensons aroir accumulé asseï de preuves, nous pouxoii» revenir sur cva deux ^pi»odcs.Oii les trouvera doncà la lin du volume ramenés è leurjéiiiabicsiguificaiion.
Ei mai, du Urm9 auttnêl imdaimU Umê me» dérin, efe.
ift. Si près do bat Goal de unis les désirs, Tardear da mien devint telle qu'elle m'absorba entièrement, comme cela devait être; car il faut lire l'ardar del desiderio in me s' imi, ainsi qne porte le Cod. Caet. au lieu de l'absurde, in me finii; c'est probablement à ce passage que doit s'appliquer la note de l'Ottimo mentionnée plus haut
En MOHtianit Bernard^ cf vénirahU maUr€, etc. .
15. L'ardeur du désir s'était si peu calmée chez le fidèle d'Amour, qu'an moment où Bernard lui fit signe en souriant de regarder en haut, il avait devancé déjà l'invitation, io era giàper me stesso toi quai ei voleva. Ici dit l'Ottimo, l'auteur mostra la continua doitrina del caritativo maestro e dice che elii era talb DISCEPOLO quale celui desideraoa; cioè la virtii divina lo attraeva a quella si corne a sua PERFEJ^iONE. En effet, on ne devenait parfait qu'en voyant la lumière dans Notre-Dame et par Notre-Dame. Mais n'est-il pas remarquable que Dante apporte tant d'insistance à signaler saint Bernard comme s*employant avec ardeur à sa conversion ? Car enfin c'est par son exemple, m*accennava, et par ses discours persuasifs, sorrideva, que l'abbé de Ciairvauile stimule à élever ses regards vers la source de la doctrine véritable, in suso. Tout cela pourtant est passé inaperçu depuis des siècles.
. . . Car ma vue épurée Plongeait de plus en plut, en la vtw clarté, etc.
16. Devenu par le désir tel que Bernard le voulait, dit encore l'Ottimo, qui tient à ce qu'on ne se méprentie pas sur l'albigéisme de l'abbé deClairvaux, et sur l'influence qu'il put avoir sur les convictions du poêle, Danie e^t comme ravi en extase, ratto, et sa vue avivée, épurée, c'est-à-dire devenue Cathare, sincera, pénètre, en y plongeant de plus en plus, piii e piii, dans le rayon de la sublime lumière, qui par elle-même est vérité, che da se è vera, conformément à la parole évangélique. Ego sum vera lux.
Dès lors n\a vision en éclat en beauté
De tout langage humain dépasse la Umite, etc.
17. En quoi consiste cette vérité qui apparaît à Dante dans le rayon lumineux? Il s'en tait quant à présent, sauf à tenter un peu plus tard de nous en glisser quelques mots. Nous n'en connaîtrons maintenant
que les effets, et noas saurons que, depuis ce moment, son coup d'oeil fat tellement sûr et perçant, qu'il n'ose l'exprimer, même dans le langage symbolique, Ttel parlar nostao, attendu que ce langage doit redouter certains regards inquisiteurs^ a tâl vista cède, et qu'il pourrait lui en cuire d'avoir trop de mémoire, cède la memona a TANTO OLTRAGGio. Et en effet, à ses yeux, quel plus grand outrage envers Thumanité et la loi du Christ que d'envoyer au bûcher ceux qui prêchaient le retour à l'Évangile, que de chercher, par la violence et l'effusion du sang, le triomphe de la vérité? L'Ottirao nous disant : Memaria ne parlatura non puote a tanto oUraggio, semble vouloir qu'on entende que la mémoire et le langage le plus habile ne peuvent que rester muets en présence du bûcher d'une part, et de la mort de Henri VII de l'autre, tanio oltraggio. Mais quant à vouloir que le si grand outrage provienne de toi vista, les commentateurs seuls ont pu s'en aviser, et on les a crus ; toujours guia absurdmn.
Tel céUU dont un tonge agila Je tommeil, eic.
18. L'infortuné proscrit, quiVétait flatté de si douces espérances, te figure avoir fait un songe dont il ne lui est resté que l'impression délicieuse ; mais il ne peut plus se flatter de voir Arrigo Lucemburgfiese Templaro, Re, Oitimo; le songe s'est évanoui à la mort de son héros, et si la passione impressa rimane, CA.L.T.R.O, alla mente non riede, car il n'y a plus moyen de songer à lui ; c'est le coeur qui s'en occupe, non plus l'esprit, la mente*
Oui^ tel mck vision def^i» \on m'a \aiêtéf eU»
19. Cette vision du monarque universel, vainqueur de Rome et protecteur suprême de l'église évangélique, s'est presque évanouie entièrement, quasi tutta cessa mia visione; car est-il possible de compter sur le successeur de Henri? Elle a du moins laissé, dans le coeur de l'homme politique et religieux, la douce Impression qui sur* vit à ses rêves d'avenir, ancor mi distilla nel cuor il dolce che nacque da essa. En parfait chevalier, Dante, on le voit, confondait dans une même pensée Dieu, sa dame et son roi. Consultez donc, pour votre instruction, tant de savants ouvrages sur l'origine de la chevalerie, dont plusieurs, dit-on, ont été couronnés.
Aimifond au soleil la neig^ du matin, etc.
20. Ses ilIusioQS se sont évanouies, comme fond la oeige au soleil, cosi la tieve al sol sidisigilla; elles se sont envolées comme les feuilles qui portaient les oracles de la sibylle, cosi al vento nelle foglie lievi si ptrdea la sentenza dtSibilla. Essayez donc de rattacher ces comparaisons d'une poésie toute mélancolique, à une vision purement religieuse, ne pouvant laisser que des pensées de bonheur et aucun regret amer dans l'âme de celui qui en aurait été favorisé.
O iu^rrétM lumière à l'éclat tout divin^ etc.
21. O sublime lumière, éteinte trop tôt, toi qui t*élevais tellement au-dessus de la portée intellectuelle des Guelfes catholiques, che latuo ti levi da* concetti mortali, puisse mon esprit parvenir à retracer quelques-unes de ces brillantes qualités que tu faisais apparaître, aUa tnia mente ripresta un poco di quel che parevx; puisse mon langage symbolique avoir assez de puissance pour transmettre à la race future, allafuiura gente, une parcelle de ta gloire, unafavilla sol délia tua gloria. Le souhait du poète aura été cinq cents ans à s'accomplir, en admettant que ce commentaire de la dernière Cantique parvienne enfin ë faire jaillir la lumière du sein des ténèbres. Autrement je ne répondrais pas qu'il ne s*écoulât encore cinq siècles avant qu'on s'avisât de reconnaître l'église vaudoise dans Marie et l'empereur Henri VII dans la summa lucc; tant le Temple de Plutus attire plus les regards, au temps où nous vivons, même ceux des doctes, catholiques ou dissidents, que celui des neuf Sœurs, ancien style; tant aussi on fait aujourd'hui de la littérature de coterie ou plutôt de compagnonnage, depuis qu'elle est devenue un métier ; tant la science est tenue de s'eiïacer devant le savoir faire. Qu'en résulte-t-il? c'est x]ucceux qui se contentent de parler sont réduits à demeurer bouche closedevant ceux qui crient, et souvent encore avec accompagnement de trompettes. Et puis, u'avons-nous pas les considérations de parti ou de corps, qui ont bien aussi leur valeur?
Car ne m*en revint»il qu 'un vestige en mémoire, etc.
22. Par le peu que j'aurai osé rap|)eler et faire retentir dans mes vers, ô noble Henri, objet de mes éternels regrets, on se fera une idée d'autant plus grande des bienfaits qui seraient résultés de ta victoire sur la Papauté, pm si concepcra di imi viuoria.
SHl me fdt arrivé de détourner leeyeux. Je me serati jperdu, etc.
23. Je suis persuadé que si, après avoir tu la lumière dans tout cet écht qui pénètre profondément Tesprit, l'acume del vivo raggio, et après avoir confessé la foi évangélique, je m'éuis fait, par mes actes ou par mes discours, occhi, l'adversaire de Henri de Luxembourg, se gli occhi rriiei dà L. YI fossero aversi, j'aurais fait fausse route, 10 saret smamtOj comme ces Guelfes convertis à Talbigéisme qui se déclarèrent cependant contre l'Empereur, et que, dans mon indignation de leur félonie, j'ai plongés dans i'£nfer.
Je diu à ce penser plus de ferme assurance, etc,
26. Loin d'imiter les déserteurs apostat&de la plus juste des causes, cette lumière d'Orient où j'avais puisé ma nouvelle foi, m'enhardit à soutenir les droits imprescriptibles de l'Empire, to fui piû arditoper . questo a sostener, si bien que je lAe décidai à me rendre de ma personne près du très-vaillant monarque, tanto cfC io giunsi l'aspetto mio col VALORE INFINITO. Il suflSsait, pour entendre ce passage, de se reporter à la lettre dans laquelle il dit : Benignùsimum vidi et clementissimum te audivi. Comprenez-vous maintenant pourquoi ce mot de valore a été si obstinément appliqué à Dieu dans tout le cours du poème? (Voy. à la fin des preuves supplémentaires.)
0 grâce intarissable où je puisai Vaudace, etc,
25. O gracieuse bienveillance du très-dément Empereur, c'est loi qui m'inspiras la présomption d'anticiper les décrets divins, de célébrer ton triomphe à l'avance, o abondante grazia, ondt io presunsi ficcar la viso per la luce eiema, présomption punie par la perte des riantes perspectives qui m'étaient si chères, tamo che la veduta vt consunsi
En elle j'aperçus comme un volume immense, ete,
26. J'avais vu, dans c« que la lumière d'Orient révèle de plus arcane, nel suo profondo vidi, que l'amour, concentré dans un foyer unique, s'était épanoui et répandu par tout l'univers, comme je Tal décrit au ch. xxix, s'aperse in nuovi amori l^eteimo amore; de telle sorte que l'accident, la substance et leurs divers modes se rattachent tous à ce premier amour, tutti conflati insieme, c'est-à-dire cumflati, tous émanés de lui et comme soufflés à la fois. Ce que j'en dis
ici n*e8t qu*HDe simple indication, un simplice Utme, car il serait on ne peut plus imprudent de s*étendre davantage. Notez que de nombreux tcites portent ifuasi conflati, ce qui doit être la bonne leçon.
De ce groupe divin je croit qu'alors je vis. Distincte à mes regards, la forme universelle, etc,
27. T/id^e me vint donc de réaliser sur la terre, dans nne monarchie universelle, ce s^-stèmc d'émanation directe d*un centre unicpie, d*où dériverait l'action directrice et auquel tout se rattacherait dans le gouvernement du monde; et je crois avoir bien vu cette forme de gouvernement universel dans la manière dont opère Féternel amour au sein de réiernelle lumière, la forma universal di quesio nodo credo ch' io vidi; forme exaltée dans ma Comédie, comme dans mon traité de Monarchia, Aussi, en le déclarant ici hautement, dkendo questo, |)our les miens seulement, à la barbe de tant de' gens qui ne me comprendront pas, je sens que j*en ai plus de joie, più di largo mi semo ch* io godo, que mon cœur bat plus à Taise dans ma poitrine.
M.. Un rapide instant Effacé plus en moi cet aspect éclatant^ etc.
28. Un seul moment, un punto solo, a suGB pour renverser mes espérances et me plonger dans la stupeur, Utargo, en rejetant leur accomplissement aussi loin que l'est de nous Fentrcprise des Argonautes ; citation mythologique qui me permet de répéter par trois fois à la rime, en ^igne d'adieu à mon prince chéri, le nom contracté à*Arrigo/àzm celui du navire Argo, d'après le procédé dont j'ai déjà fait usage au chant xxix du Purgatoire.
•...Immobile, attentif.
J'admirais, y mettant mon dme toute entière^ etc.
29. Mon esprit, qui s'était absorbé tout entier, tutta sospesa, dans ses idées de monarchie universelle , n'avait pas laissé , pour c.-tte préoccupation politique, de rester immuablement en contemplation. fiua, immobile ed attenta, devant l'étoile flamboyante et profondé-» ment dévoué à cette religion d'Amour où il ne se rassasiait pas de puiser la lumière, e sempre di mirar faceasi accesa.
CHANT XXXIIt. 12S1
CapHvêiêllemeni oetfevivé lumière, etc»
30. L*inteIHgence grandit et s'éclaire tellement % ses rayons, a quella tuce cotai si diventa, qa'il est impossible de se détourner d'elle pour les faasses lueurs du Papisme, volgersi da lei pe)' aliro aspetto è impossibil che mai si consenta.
.... Tout ce qui hon d'elU ÎT'eet qu'imperfection, est en elle parfait,
31. En effet, le bien poliiique et religieux, objet constant de la volonté dans Téglise évangélique, est tout entier concentré en elle, '/ B. EN. cKè del volere obbietto tutto s'accoglie in lei; de même que le mal est concentré dans TÉglise romaine, dont TEufer est l'image et Satan Aleppe le chef souverain. Aussi ce qui est défectueux, perverti en dehors de ce foyer lumineux, ast-il parfait en lui, fuor di quella è difettivo cio che k è PERPETio, et notamment les minisires du culte bien entendu, puisque ce sont des Parfaits, tous gens de vie et de mtBurs exemplaires, à la différence du clergé catholique, si essentiellement difettivo.
Pour dire déformais ce que je me rappelle, etc.
32. Ces dernières tercines étant suffisamment claires, au moins pour les fidèles d'Amour, j'abrégerai désormais, ornai sarà piit, corta mia favella, n'entendant pas m'étendre plus sur mes souvenirs, a quel ch'ioricordo, que ne peut le faire l'enfant à la mamelle; oui, il sera prudent de ni'exprimer de même à bâtons rompus, touchant ce qui me reste à dire encore, pour terminer cette splendide représentation donnée toute entière au bénéfice d'une secte proscrite, aux applaudissements enthousiastes des proscripteurs.
Ce n'est pas que l 'oJJ'Wt dans Va/rdente splendeur , etc.
33. L'astre flamboyant sur lequel le poète avait les yeux fixés se modifiait, si travagliava, prenait des formes différentes, à mesure qu'il l'observait; non qu'il y eut en lui variété d'aspect, piit ch' un semplice semblante, puisqu'il resuit toujours, en réalité, tel qu'il l'avait connu d'abord, chè tal è sempre quai era daoante, mais son point de vue changea, comme il arrive à tous les hommes politiques, lorsque son horizon se fut élargi.
• .. Datut la claire Êubttane9 De ce foyer profond, je vis, eic,
3&. Il lui sembla alors voir, dans la profonde et claire essence, trois cercles, tre girx, de trois couleurs et d'une égale ampleur, di tre colori e d'una continenza; ils se montraient réfléchis Tun de l'autre, comme l'est un arc en ciel par un second et par un troisième, came Irxda Iri; le troisième paraissait un feu émané également d'un c6té et de l'autre, fuoco che quxnci e quindi igttalmente si spiri. Que Dante ait voulu donner ici le change en paraissant avoir eu l'intention de retracer une image orthodoxe de la Trinité, cela saute aux yeux; mais qu*a-t-il voulu peindre en réalité? On le saura bientôt.
O comhien mon langage Eet faible, eans couleur, près de la vive image, etc.
35. Oh ! qu'il aurait bien su autrement déveloper sa pensée s'il avait été libre de le faire, et que son dire n'aurait pas été aussi écoarté corto 'l dire ; comme le symbole n'aurait pas fait défaut à la croyance, poco al mio concetto^ s'il n'avait pas été contraint à parler pen, quoique ce peu fût insuffisant, non basta a dicerpoco. Mais ne regrettons pas trop tôt la sobriété de sou langage, car il n*a pas encore tout dit.
O lumière étemelle Kahitant seule en soi, ete,
36. O lumière éierneUe qui, résidant en toi-même, est seule à te comprendre, qui t'aimes parce que tu te comprends et te complais à te comprendre, e da te intellettaed intendente te ami edarridil Rien de mieux que d'invoquer Dieu dans les moioents difficiles. Mais oo va voir que Dieu et la triple lumière dont nous nous occupons diffèrent complètement, quoique l'une représente l'autre aux yeux du poète.
Ce cercle qui semhlaii émané de tes feux, ete,
37. Quand j'eus observé quelque peu cette circonférence qui sem* Mait conçue en trois, in tre concetta, comme une lumière réfléchie, (la seule leçon du Cod, Antald, , doit filre la vraie; in te, semble peu admissible, lorsqu'il est suivi de dentro da se;) elle me parut se peindre intérieurement, dentro da se, de notre image nuancée delà même couleur^ del suo colore stesso miparve pùua délia nostra ef-
CHANT XXXIIl. 1253
fige, car toate mon attention se poruit sur elle, perché H mio viso in lei tutto era messe. Si l'on tenait tontefois à lire ûi te le fond de la pensée ne s'en trouverait guère modiûé ; car on en serait quitte pour traduire : cette perfection une et triple, circulazion, émanée de toi, in te concetta m'apparaissait comme ta lumière réfléchie, ce qui revient toujours au même.
Maintenant que nous sommes à peu près d'accord sur la valeur littérale des mots, il nous sera facile de déshabiller cette lumière qui depuis si longtemps tranche de la divinité et de la réduire à l'état de majesté, ce qui semble encore quelque chose.
L'annotateur Gaet qui, de même que l'Ottimo, en savait plus qu'il n'en disait, s'exprime ainsi : Describit in forma spherica perpegta. Dieit Augtistinus de giyit. DEI, quod Temiegistusphitosophus, dixit Deus est sphjera. Ergo dicit qvod erat ad similitudinem arcus cœlestis, qui habet divisas arcus et revolutiones diversorum colarum et tamen unus argus est. La forme sphérique étant la plus parfaite, Dante a donc jugé à-propos de représenter sous forme circulaire les trois perfections qui lui apparaissaient dans la profonde et trèsilluslre essence de son héros (Ârrigo, Argo^ Areo, car on écrivait aussi Arricus) représentant de Dieu sur la terre. Ces trois perfections offraient, comme Béatrice, comme la fip;ure de la Vérité chez les Maçons, les trois couleurs de la Foi, de l'Espérance et de la Charité, ces trois colonnes du Temple, couleurs arborées aujourd'hui par le Piémont et par la jeune Italie, à savoir : blanche, verte et rouge. Or, la première perfection du monarque qui, pour Dante, était Henri VI, Varco sesto des Malebolge {Enf. xxi, note 26) résidait dans son droit, 7U5, de monarque universel; là seconde, procédant de la première et comme son reflet, dans sa mission de Sauveur^ de Rédempteur de l'Italie, de Messie, enfin, la troisième, dans la religion d'Amour, dont TEsprit, che parea fuoco, celui qui donnait le baptême de feu, était en lui, et qui s'inspirait également dies deux autres perfections, pour lesquelles elle était un puissant moyen de propagande et de triomphe. Or, dans cet ensemble de perfections^ qu'il concevait subdivisé en trois et toujours un, si concetta pareva in tre, se reproduisait pour lui rimage des Parfaits, nostra effige, d'autant plus que le chef suprême du Grand-Orient portait le costume, les couleurs et les bijoux de l'Ordre. Voilà pourquoi Dante mit en lui tout son espoir et dirigea de ce côté toutes ses visées, perché H mio viso in lei tutto era messo.
Rien déplus simple et de plus facile à comprendre n'est-il pas
vrai 7 Mais pour cela il ne fallait pas se préoceaper de Tooioii hyposutiqae du Verbe divin avec rhumanité et ne rien chercher an delà ; il fallait étudier, en regard des antres ouvrages de Dante, l'état social, politique et religieux du temps et porter dans sa littérature un onl attentif et quelque peu intelligent C'est ce qu'on ne s'est pas aviséde faire. Nous tiendra-t-on à crime d'avoir touIu y voir plus clair?
Comme le géomètre occytfé som relâchet etc.
38. Vous aurez beau vous creuser la tête semble dire ici le mystagogue à ses lecteurs orthodoxes, vous ne trouverez pas plus le principe arcane qu'il m'a'plu de dissimuler sous ce trompe l'œil catholique, qu'un géomètre à la recherche d'un problème dont la base lui échappe. Vous ne le devinerez pas dans l'a&pect nouveau, vista nuopa^ sous lequel je vous représente mon idéal monarchique., il aurait bien voulu voir à l'œuvre, et après le triomphe, jusqu'à quçl .poipt les perfections de son héros étaient en rapport avec l'image qu'il s'en faûsait». corne si comenne l'imago al cerchio^ comment il s'identifiait avec elle ; mais tant de bonheur ne lui était pas réservé» tna non eran da pid le proprie penne.
L'estùr était trop grand pour qui l'avait tenté, etc.
39. Hélas I un coup de foudre, fulgore, vint le frapper cruellement et emporta tout ce que son esprit avait désiré et rêvé, in che sua voglia venne; qui sait même si Dante n'a pas écrit svenne ?
Vimaginatiûn m moi fléchît à voir, étcr»
/iO. Ce qui lui fait défaut, cômprenez'^e bien, ce n'est pas le langage, ni l'habileté à l'employer, c'est la force, la puissance nécessaire pour réaliser ses hautes conceptions religieuses, politiques et sociales, puissance qui lui échappa à la mort' de son héros, ail* alta fantazia qid mancà ;7055a. Mais il' trouva du mbinis des consolations dans cette religion d'Amour qu'il avait eAibrassée dépuis longtemps déjà; qui dès lors avait absorbé loàs ses désirs et régné sur sa volonté, GIA volgeva il mio disiro eH veUé. Ce fnt à elle qu'il se consacra désormais tout, entier.
Résigné à ia volonté divine, au velte^ il abandonna entièrement la sienne, comme une roue dont toutes les parties subissent à la fois la même j^lp^lsion, s^ gré de cet Amour suprême qui imprime le
CHANT XXXlll. 1255
mouvement à Timmeose roue de l'univers intellectuel ayant ses deux, son soleil et ses astres peuplés d*êlres immatériels, (ftloneta 3, U2 etsuiv.)
Ainsi la fin du premier poème répond au début, le dénouement à Texposition. Dante s'égarait dans les voies de Terreur, Chè la diritta via era smarrita; il trouva un guide vers la vérité, vers la lutfiîère ; il consulta la raison et la raison l'éclaira sur la foi véritable, qui désormais régna en souveraine dansson'âme, dont elle fit le bonheur. Cette foi était persécutée, proscrite ; il appela le génie à son aide et mit tout en œuvre pour la faire triompher de la foi rivale. Retraçant en vers immortels ses perfections, les épreuves Imméritées qu'il lui avait falhi subir, il se fit son poète, son hérault, son négociateur. Non content de lui recruter en tons lieux des partisans actifs et dévoués, il lui chercha un protecteur, un rédempteur, et le nouvel empereur; Henri de Luxembourg, dcThitson Messie. Il est dans la Comédie X^Deus in machina, il est, dès les premières scènes, le Veltro, le Judex,' et c'est lui qui, sons une forme symbolique, dot cette splendide représentation, comme la parfaite image de la divinité. C'est sous ses auispices, avec soh concours et celui de son Homère, que s'accomplit cette mystérieuse fusion de trois éléments d'une énergie vivace, également hostiles à l'Église romaine, à savoir : la Massenic albigeoise, les débris du Temple et le parti impi^rialiste ou gibelin ; triple opposition qui, transformée désormais, ne constituera plus qu'un seul corps, sous le nom de Franc-maçonnerie et ne cessera de porter tantôt dans l'ombre, tantôt en plein jour, les coups lés plps redoutables au catholicisme.
Tel est le véritable dénouement de la Comédie, attristé Seulement par la fin prématurée du héros ; c'est là ce qu'elle avait pour but de proclamer et d'offrir aux fidèles d'Amour comme motif d'espoir dans un meilleur avenir et comme une consolation après le désastre dont ils gémissaient
N'eussious-nous réussi qu'à rétablir ce dernier fait, si complètement enseveli dans la nuit des siècles, qu'à le rendre au moins vraisemblable, nous croirions n'avoir pas été trop mal inspiré en nous avisant de fouiller au fond de l'aire dantesque ; car nous y avons trouvé maintes choses dont on pourra, certes, contester la valeur, mais dont la vérité historique, une fois les faits et les doctrfnes mis en lunitère, finira, tôt ou tard, par être reconnue; le temps ne fait rien à l'affaire.
Nous aurions été bien malheureux dans ces longues explications si elles n'avaient pas converti boii nombre d'esprits sérieux et si dé-
J2o6 LE PARADIS.
sormaisil leur éiait possible de douter que Oanle ait usé d'un artifice prodigieux pour dissimuler sa croyance religieuse et les vœui de rénovation sociale qu'elles lui inspiraient Nombre d'incrédules ne persisteront pas moins à crier au système, à rhallucioation, à la calomnie; beaucoup même sans avoir jamais la le poème divin, et surtout le Paradis, dont peu dlaliens même osent affronter la mystique austérité. Eh bien ! ils ont un moyen bien simple de nous confondre : Que les plus doctes d'entre eux entreprennent d'interpréter clairement la dernière Cantique dans le sens orthodoxe, de la rendre intelligible à tous, du commencement à la fin, en faisant disparaître tout ce qu'elle offre d'illogique et de contradictoire dans son contexte littéral Ils fourniront ainsi à plus d'une indignation pru-demment muette à Theure qu'il est, l'occasion de s'épancher et à nous celle de reconnaître notre erreur, avec la même bonne foi que nous avons apportée à dire : Dante est pour nous un hérétique, an novateur politique et religieux, il a mis en œuvre, avec toule|la supériorité du génie, une symbolique dont les éléments lui étaient fournis par la secte même à laquelle il appartenait, et dont les doctrines ne pouvaient de son temps se manifester au grand jour. Nous avons déduit nos preuves, qu'on prenne la peine de les discuter.
Contraint de nous rétracter, nous invoquerions alors même, comme circonstance atténuante, l'opinion et le témoignage des premiers commentateurs du poëme, en signalant le caractère symbolique, ainsi que la fiction à laquelle l'auteur aurait été réduit à recourir. Nous citerions notamment TOttimo terminant par ces mots significatifs ses notes sur la Comédie : Intenda chi legge che PAutore net testa poetizza e FINGB, e cosl FA LA GHXOSA; Deo gratias.
Loin d'imiler en cela ce vieil ami du poêle florentin, on nous rendra du moins cette justice, nous n'avons point usé de feinte en nous efforçant de voiler celle dont son Auteur avait emprunté, selon nous, le secours ; mais comme lui nous adressons nos actions de grâce à Dieu pour nous avoir accordé d'arriver au terme de notre tâche. Puisse le zèle studieux et persévérant que nous y avons apporté, nous valoir la bienveillance de ceux de nos lecteurs qui auront persisté à lire jusqu'à la fin un ouvrage accueilli par les uns avec défiance, avec ironie et mauvaise humeur par les autres, et que n'auront indisposé contre lui ni l'hostilité ouverte, ni les insinuations perfides, ni l'indifférent calculée.
riN DU PARADIS.