‹ La comédie de DanteChapitre 13 sur 19 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

FRANGESOA DE RIMINL

GaUotto fk U Ubro ecMto icriae, (Inféra. T.)

Un peintre éminent a su popolariser, en la transportant magistralement sur la toile, la tragique aventure des deux amants de Rimini, magistralement poétisée par Dante, et chacun d'applaudir. Mais 8*aviser de dire que le grand Gibelin a été plus poète encore qu'on ne le suppose, puisque, dans une pensée religieuse et politique à la fois, il aurait symbolisé deux personnages réels, et se mettre en mesure d'expliquer le symbole, c'est un crime de lèse-poésie et de lèse-peinture aux yeux des fanatiques de Dante et de M. Scheffer. Ces genslà, on le voit, sont de puissants logiciens. Pour eux, le symbole cesse d'être poétique du moment qu'il est ramené à la vérité sous-entendue, c'est presque les larmes aux yeux qu'ils vont répétant sur tous les tons : « Laissez^nous notre erreur, u

£h ! mon Dieu, nous ne demandions pas mieux et nous l'avons prouvé. Dans l'Introduction publiée sous le titre de Dante hérétique, eta , comme dans la Comédie de Dante traduite en vers

SELON LA lettre ET COMMENTÉE SELON L'ESPRIT qui l'iuspini, UOUS

nous étions borné à exposer l'un des sens de cet épisode si justement admiré, celui que Dante ^pipeWeanagogique, désireux de ménager la. sensibilité de ces âmes rêveuses ne vivant que dans une atmosphère de poésie et d'art, où viennent se jouer capricieusement les nuages exhalés du cigare de la régie ; puis aussi, il faut le dire, parce qu'une explication plus complété aurait exigé des dévefeppemenis dans les-

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quels il u*était possible d'entrer, qu^après avoir écarté ou déchiré des voiles bien aulrement épais que celui de Francesca.

Mais il s*est élevé des voix pour nous mettre au défi de donner à cette mélancolique création une signification acceptable et convaincante pour tous. On n*a pas craint de dire, que suspecter l'orthodoxie de Dante c'était le calomnier, troubler lâchement sa cendre glorieuse au fond de son tombeau. Force nous est donc de démontrer nonseulement que nous n'avons rien avancé que nous ne crussions vrai en notre âme et conscience; mais encore dont nous ne fussions en mesure d^établir, sur preuves authentiques, la pertinence et la vérité.

Cette fois, du moins, on ne nous accusera pas de ne point justifier nos assertions, car le Paradis illuminé a giorno, par lequel nous complétons notre commentaire de la Comédie, répond victorieusement à ce reproche. Nous aurions tout au plus à craindre d'être tombé dans l'excès contraire et d'avoir voulu trop prouver ce qui, par soimême, brillait d'évidence. Aussi croyons-nous pouvoir maintenant revenir, avec quelque espoir de rencontrer moins d'incrédules, sur deux épisodes bien connus de V Enfer et du Purgatoire, où ils se font comme pendants, l'un et l'autre y figurant symétriquement à la fin du chant V.

Nous nous faisons donc fort, arrivé à la fin d'une tâche aride et dans laquelle nous avons trouvé si peu d'encouragement de la part de ceux qui semblaient le plus aptes à en apprécier les difficultés, de démontrer à quiconque voudra faire usage de sa raison :

Oame quoi FranceiMa de Rlmliii et la Pla des ToloBiel sont deax églises eathares oa albigeoises.

On aurait tort de s'étonner, et encore plus de se récriera pareille proposition, quand l'illumination du Paradis révèle et met en relief des choses bien autrement stui)éfiantes. Ainsi l'on peut y voir avec évidence que, pour Dante, saint François et sainte Glaire, saint Thomas d'Âquin et saint Bonaventure, saint Anselme, saint Pierre Damien, saint Benoit et le grand abbé de Clairvanx lui-même, saint Bernard, étaient ses coreligionnaires, professant la foi évangélique des Vaudois- Albigeois, ces protestants du moyen âge, et qu'il entend les revendiquer à ce titre; qu'à l'en croire» l'ange de l'École n'aurait tenu que par un fil à l'Église romaine, si bien que l'audacieux sectaire ne craint pas, à l'aide d'un prodige d'adresse, de lui iairs

accepter et reproduire, sons' forme orthodoxe, la doctrine émanatiste des<yiiostiqiies, exposée, professée par sa mystique Béatrice.

On peut y voir que, de sou temps, Tltalie était inondée d'Albigeois réfugiés parmi leurs frères d'outremonts, et, ce qui est à noter, dans la Lombardie, la Romagne et la Toscane, où Thérésie, qui se dissimulait dans l'ombre, avait ses principales églises; hérésie se rattachant au Gnosticisme néoplatonicien de Técole d'Alexandrie et aux Templiers.

On peut y voir non moins clairement, au milieu de toutes les splendeurs du triomphe, l'apothéose de l'église sectaire elle-même, devenue la Rose mystique, la reine des anges, des Parfaits, sons le nom de Marie, en même temps qu'un moine grec, antérieur d'un siècle à Dante, et un inquisiteur milanais, qui écrivit plus de cinquante ans avant lui, sont là pour attester, d'accord avec le savant historien des Cathares, M. Schmidt, que les sectaires, afin de pouvoir aflBrmer, sans se parjurer, qu'ils croyaient à la Vierge, Mère du Rédempteur, désignaient .symboliquement leur église par le nom vénéré de Marie, « qui devenait ainsi une métaphore. » {Lib, sent, inq. Tolos. 9Û. Eymericus, 21 U.)

On peut y voir enfin Dante, ne faisant en cela que se conformer à l'usage traditionnel de ses coreligionnaires, grouper autour de celle qu'il appelle comme eux Marie, notre dame^ madonna, c'est-à-dire autour de l'église cathédrale de Mantoue, madotma in cathedrùjAeH églises hérétiques qui, se rattachant à la sienne, devenaient, par rapport à elle, des mères ou des filles, et les personnifier iiousdes noms bibliques.

C'est qu'en effet, une fois cette clef de l'allégorie trouvée, il est impossible de méconnaître près de Marie, à ses pieds, l'église de Florence sous le nom d'ËVE, église dont le poète théologien prend soin, dans sa Comédie, de se proclamer l'Adam, comme son pasteur ; celle des Gnostiqnes orientaux dans Raghel ; l'église Piémontaise ou Yaudoise dans Sara, celle des Pauvres de Lyon dans Rerecga; dans Judith celle de Toulouse, glorifiée pour avoir tué son Holopherne en Simon de Montfort, celle de Ferrare dans Ruth ; et le Temple lui-même dans saint Je an-Baptiste, le patron des Francs-Maçons, ces Templiers modernes. On ne saurait dès lors être surpris que Dante, dont une métaphore si compliquée devait clore magnifi(|uement le poème, ' ait voulu en essayer Teffet dès le début en personnifiant l'église sectaire de Bimini sous le nom de Francesca, et plus tard ceUe de Sienne, Cleopatras lussuriosa, sous celui de la Pia des

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Tdomei oa des ProiiMÊES, par simîlitade de nom et de uMeors.

Or, s*1l est incontestable, aa témoignage de l'inquisiteur Rinieri Saccone, de Vaissette, corroboré par les monuments conservés dans les archives de l'inquisition, qu*il y avait à Rimini une église Albigeoise ou Cathare, on demi-siècle avant Dante ; s*il est incoutestaUe que le poète florentin a déployé^ tous les trésors de son génie pour apitoyer les flmes tendres sur le sort de la pauvre Francesca ; et s'il est démontré, d'autre part, que Francesca, personnage réel et contemporain, se réduit définitivement, sous la puissance du génie, à une figure allégoi'ique, à une métaphore habilement ménagée pour dérober a x regards une congrégation hérétique, il faudra bien en conclure que Dante, si profondément touché du sort de cette infortunée, au point d'en tomber lui-même comme mort, corne corpo mono code, professait les mêmes doctrines que cette église persécutée, anéanliepar le farouche Malatesta; qu'il avait embrassé la même foi, partant qu'il était hérétique ; ce qui justifie le titre de cette étude supplémentaire.

Nous en sommes arrivé à pouvoir résumer ainsi en quelques lignes la trilogie dantesque : l'Enfer est le temps présent, nostra vùa, c'est le monde orthodoxe avec ses misères intolérables sous le joug sacerdotal. Le Purgatoire, c'est la voie de l'affranchissement, c'est l'antagonisme de la vérité et de l'erreur, de la sainte et de la prostituée, c'est la période d'épreuves indispensable à traverser, pour que la cité céleste, l'église de l'amour, Maria, ait à se manifester gl(»rieuse aux antipodes de la cité terrestre, de l'église de haine, destinée à s'effacer sous des flots de lumière, absorbée dans LuciA. {Convùo, II, 5,) Le Paradis enfin, c'est le triomphe après la lutte et ses angoisses ; c'est Marie victorieuse de sa formidable rivale, grâce à la fusion des diférentes branches de l'hérésie, dont les églises, laissant à l'écart toutes divergences de doctrine, n'en forment plus qu'une désormais ; constituaiit de la sorte « l'Athènes céleste où, grâce aux trois vertus théologales et à la Gaie science, le tre virtii e L'or le délia venu i^r^rfia^ philosopheront d'accord, animés d'un même vouloir, concor-devolmente, les trois écoles enseignant une même croyance, écoles déguisées sous les noms de stoïciens, de pythagoriciens, d'épicuriens. » (Conoito, m, 16. Voy, l'Appendice I, à la suite des Preuves.)

Voilâcomment l'illumination agiompA^i Paradis^en projetantune clarté inattendue sur la trame et les masques de la Comédie, en révélant des faits d'une grande portée par les questions qu'ils soulèvent, et en faisant apparaître h l'improviste un moyen âge tout autre que

cdni doiH «His « votts les oreilles .re|>auuest a singulièremeiit simplifié notre tâche qui, sans elle, auraU ^té plus toogueetlatioriense. Le jour une fois fait sur cette scène spieodide^ décorée de tous les prodiges de Tart et du génie, rien ne devient pins facile qae de donner, celle fois, une explication complète d'un .épisode laissé à dessein, d'abord, dans une demi- obscurité. Quelques lignes suffiront désormais pour opérer, en suivant le poème vers k vers, une transformation à vue, une véritable transfiguration, de manière à forcer les admirateurs ébahis de M, Scheffer, dont cette révolution ne diminuera en rien le mérite, de reconnaître l'église cathare de Rimini dans Francesca, comme aussi celle de Sienne dans la Pia des Tolomei.

Nous reprenons donc le commentaire à ce. vers du chant Y de l'Enfer : Orson,venuto là, dove moUo pianto mi percuote, supposant que le lecteur voudra bien suivre notre glose le texte spos les yeux, afin d'y recourir au besoin.

Ainsi que nous l'avons dit, les pécheurs en la chair, i pecçaton camali, sont ceux qui ont péché, au moins, ext^eurement, c'està-dire apostasie, par des motifs tepaporels, qui ont soumis leur raison à la volonté, au caprice du Pape, la ragion al talentq. Dans un lien où la raison est réduite à se taire et à suivre en aveugle, luog(>(Cogm luce muto, les malheureux sont, battus pai: la bourrasque guelfe, bufera in/ema/^ déchaînée. contre eux par la cupidité et le fanatisme, conirari venti, dont la rapacité, rapina^ les moleste sans trêve en les poussant à leur ruine, alla ruina. I^orsqu'ils la voient devant eux, imminente, 'terrible, ils blasphèment la Providence impériale dérivant de Dieu, nfrtii divina, attendu qa'ils ont été abandonnés à la persécution par Adolphe de Nassau et par Albert I*' d' Autriche.

Ils sonl. comparés aux grues .et aux étourneaox, parce qu'ils ont passé du blanc au noir, et qu'ils sont, comme les Templiers et les Francs-iMaçons, leurs héritiers, blancs ou noirs selon le temps, le lieu et les personnes. Leur châtiment consiste à être sans cesse flagellés par l'air néfaste du catholicisme, l'aer nero, dans ce monde tyrannisé par Satan on le Pape, qui en est le prince, le seigneur suzerain (i).

(i) « L« terre, lo domaine du démou , est le lieu de punition , de péniien^e, ei lei Cathares sont conséquents à leurs principes en soutenant que la terre est le séjour des damnés, qu'élu esTit'iHraa, et qu'il n*y en a pas d*autre. *» (Moneia, 8S1 \ Rinieri, i778; Schmidl, II, p. <9.)

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Sèmiramis esft bîea TÉglise de Rome qui conduit à leor rame oein qui la soivent, alla ruina; €U* elle tut jadis l'épouse da Christ, \ qui die a soccédé et dont elle a délaissé les voies ; succedette a Nino efv sua sposa, sa digne épouse, au temps de Pie et de Sixte, avant Sylvestre, le primo ricco padre; mais non plus au temps des Grégoire Vil, des Boniface et des Clément. {Voy. Bossuet, Hisî. des var.,\. XI, p. &90.) Nous rappellerons ici que l'Enfant Jésus dans les bras de la Madonne s'appelle le bambino, dont Nino est une abréviation familière.

Didon, celle qui se tua ou se livra à la Mort pontificale, quoique dévouée de cœur à la loi d'Amour, /ancise amorosa, est une église Ix>mbarde ou Cathare, restée veuve d'un certain Sichée, connu vulgairement sous le nom d'Amaldo de Brescia, que firent périr sur le bûcher, en 1155, les ordres impitoyables d'Adrien lY, le Pygmalion romain, frère impie, meurtrier de ses frères, par soif de l'or, auri sacra famés. La Didon Bresciane se laissa égarer par les manœuvres du CapanéeTebaldoBrissato (Enf. xiy), et se révolta contre l'empereur Renri YII, peccato camale dont le poète lui garda rancune. La Creuse, qu'elle contristaen même temps que l'ombre de >ichée-AmaIdo, est la parole évangélique délaissée par le Pius,on le Pape auquel elle se livra amorosa (1).

Cléopâtre, fille, femme et sœur des Ptolémées, est l'église de Sienne, personnifiée dans la Pia, parce que cette dame était de la famille desTOLOMBi on des Ptolémées, et qu'elle avait épousé Nello, seigneur de la Pietra, de même que l'église de Sienne s'était donnée à Rome, Madonna Pietra, ou à son seigneur suzerain. La Cléopâtre Siennoise est lussuriosa, par allusion aux habitudes somptueuses et au luxe des Siennois, devenus aussi partisans des vanités catholiques, altra vanità, que les Français eux-mêmes : Fu giammai gente

(i) £n 12i5, près de cent ans après le suppliée d*Aniiud, il y eat a Bresda un combat entre les Cathares et les catholiques; ces derniers furent vnincus et plusieurs de leurs églises incendiées. (Raynaîd, ziii, 828^ n* 47.) Les hérétiques tie celte ville, proté{;és par une partie de la noblesse, étaient si puissants que, sans respect pour le clergé, ils entouraient de vénération leur ministre Guy de Lâcha, en qui beaucoup d'entre eux voyaient un successeur de saint- Jean. A sa mort il put être enterré sans opposition de la part du clertié catholique et sa mémoire resta en honneur dans la ville. F.n 1S38 seulemeut, rinquisititm le fit exhumer et brd'er. (Bzovius, 407. ii*> 11.) Ainsi poiut de doute louchant l'existence d'une église dissidente à Brescia {f^oy. 'pour les églises suivantes, Reiuerus, Simma, 1767.)

si vana corne la Sanese? (Enf. xxix.)Noas avons là tout le procédé des persoaniGcations dantesques par analogie de noms.

Dans l'Hélène pour laquelle se prolongèrent des temps si déplorablés, comment méconnaître cette beauté Parfaite devant laquelle les vieillards eux-mêmes étaient len admiration, comme jadis ceux de Troie ; poar qui déliraient jusqu'à Tâge de quatre-vingts ans tant de fidèles d'Amour ? Faut-il donc vous dire que cette Hélène n'est autre que l'église de Toulouse, qui se métamorphosera en Judiih à la fin du poème, l'église de Toulouse, per cuitanto tempo reo sivolse, par le fait du capo reo et de la Rhéa romaine, sa rea sposa, quoi qu'en dise le philologue genevois, très-fort sur l'orthographe grecque, mais qui n'entend rien à l'orthographe italienne 7 Le chevalier Paris, ravisseur adultère de l'Hélène langgedocieune, aurait donc eu pour nom, Simon de Montfort. On sait que lui aussi finit par périr misérablement en laissant échapper sa belle conquête.

Le grand Achille est l'empei-eur Frédéric I( qui, après avoir sévi contre l'hérésie sous la pression d'Innocent III, son Ghiron, finit par prendre la défense de la foi dissidente, de celle qui devint sa dame, Madonna, dont il se fit le champion et combatit les ennemis, de concert avec les fidèles d'Amour, con amare al fine combatted.

Combien Tristan, le chevalier Parfait, nous apparaît différent de l'orgueilleux Paris, .^imon de Montfort, le favori de Vénus Pandemos ou de la prostituée ! Fidèle amant de la belle Essylt, Iseult, ou Isotta, la petite Isis Albigeoise, l'humble Griselidis de Boccace, dont Pétrarque faisait tant de cas, Tristan est tout bonnement, son nom aurait dû le trahir depuis longtemps, le représentant des Pauvres de Lyon, de cetto église de Lyon, fondue plus tard avec celle de Toulouse, à qui Montfort fit passer de si tristes jours. Le bourreau est ainsi placé près de la victime.

Dans Tristan de Léonais on du Lyonnais reconnaissez de plus le très-procbe parent du Pauvre Guérin, ou Guerino Meschino, dont les aventures eurent, vers cette époque, tant de succès en Italie (1). Une fois convaincus que ces deux Pauvres chevaliers ne sont autres que des Leonisti seu pauperes Lugàunt, comme les appelle le F. Rinieri, essayez un peu d'employer noire méthode d'interprétation, qui consiste tout bonnement à étudier l'histoire contemporaine et à rechercher le sens des mots, il vous sera facile alors d'appliquir leur vé-

fl) « La ville de Lyon se nommant alors Leona en lalin, on appela les Vaudois Uonistet ou lienistes, » (Boasuet, Hist. des Var, p. S54. Vor, l'Appendice II.)

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ritable nom anx personnages qui figurent dans les romans dont ces chevaliers sont les héros, comme aussi dans bien d'autres. Tous inviterez alors les érudits à étudier d*nn autre point de vue les ouvrages qu*ils commentent, en n'y cherchant que le sens littéral (1).

Doute-t-on encore que toutes ces figures mythologiques ou chevaleresques représentent dans le poème des confraternités religieuses? Qu'on se reporte au xxxn" chant du Paradis. Qu'y Toit-on en regard des Didon, des Hélène, des Cléopâtre, apostates par faiblesse et devenues dans l'enfer teirestre de véritables payennes, par leur retour à l'idolâtrie catholique? Vous y voyez les églises restées, en totalité on en partie, fidèles à la religion de l'amour, à savoir : i'Ëve florentine, la Rachel gnosiique, la Sara piémontaise, la Rebecca lyonnaise, la Judith languedocienne, la Ruth ferraraise, la syrienne Anne, savoorant les joies du ciel en récompense d'une foi inébranlable ; toutes Israélites, remarquez -le, sans la moindre petite sainte romaine, pour leur faire pendant ; puisque Lucie elle-même, la vierge sicilienne, en ne la considérant pas comme purement symbolique, personnifierait l'église de Syracuse, dont la constitution remonterait à Frédéric IL Criminelles aux yeux du poète, les unes sont poussées à leur ruine par la romaine Semiramis, la prostituée de Babylone, l'épouse infidèle du Christ; tes autres s'enivrent de bonheur en contemplant les perfections de la lombarde Marie, l'église immaculée de Mantoue, la mère du rédempteur de l'Italie. Ainsi correspondance parfaite entre la fin et le commencement du poème. Ainsi contrôlées l'une par l'autre, il .semble que l'interprétation du ch. y de V Enfer et celle du xxxir du Paradis, arrivent, en se prêtant un mutuel appui, à un degré d'évidence qui laisse peu de prise au doute. Mais poursuivons.

Les ombres gémissantes, ch* amor di nostra vita dipartUle, représentent ceux, en si grand nombre, qui cédèrent à la crainte, à la violence ou à l'intérêt; ceux que l'amour des biens temporels, l'amoar mauvais, comme l'appelle Dante , celui qui peuple son Enfer, fit

(i) Engagez-Iet i repasser attentivement tout ce qui a été écrit en langue /îmosine ; non pas dans la langue des Lionousins, mais dans celle des ProTcnçaui, œr idiome des Pauvres de Lyon, langage de Taumène, ùmosina. Ils comprendront alors que les Papes avaient de puissantes raisons pour vouloir anéantir et dans ses monuments écrits et dans son usage journalier ce truchement de l'hércsie ; de même que Clémence Isaure, issue,* croit-on, des comtes de Toulouse, en eut d'excellentes pour ressusciter, vers 1490 ^ sous le nom àtJeux Floraux ^ un éublissement signalé, au xtii« siècle, sous le nom de CoUége Je la Gaie science. Bon ang ne peut mentir, (^of . TAppendice III.)

s'éloigner de leurs frères et renoncer à la vie des Parfaits, se séparer d'eux, di nostra vxta.

Après aToir entendu Virgile ou de Yirgiiio, lui désigner par leur nom de convention les anciennes églises sectaires, vaudoises on cathares, lenrs féaux champions et leurs persécuteurs féions, nomar le donne antiche e i cavallieri, ces dames et ces chevaliers que l'Arioste devait chanter après lui dans son Roland furieux (1), Dante s*enquiert de deux ombres, que la bourrasque guelfe n*a pas grand'peine à emporter, si paion alvento leggierù Certain que ce sont des coreligionnaires, des croyants de la religion d*amour, si différente de la religion de haine des Papes, puisque amor U mena, il les prie de venir lui parler, si cela ne peut nuire à la cause impériale, à son cher Arrxgo Lucemb. Templaro, Re, Imperatore, qui est ainsi Vautre, et non pas Dieu, s*A.L.T.R.I. nol niega. A son appel affectueux, a)fertuoso grido (comment n'aurait-il pas été toute tendresse pour des frères malheureux 7) , les deux âmes souffrantes viennent à lui, comme des colombes, oiseaux de l'amour, et symboles de résurrection, ayant bon vouloir de rentrer au doux nid ou au temple de Rimini, al dolce nido dal voler portât»

L'une d'elles prend la parole ; mais, remarquez-le, elle s'exprime le plus souvent au pluriel, comme peut le faire un être collectif : Noi che tignemmo *l mondo di sanguigno,,., noi pregherentmo,,. noi udiremo e parleremoavui.. et pourtant elle est seule à parler. Elle s'adresse au poète en l'appelant animal grazioso e benigno, pour indiquer que son âme,^h différence de celle des brutes catholiques, est illuminée par la grâce et amoureuse du bien, de B.EN. , c'est-à* dire de Béatrice et d'Enrico. Elle lui déclare que si le monarque universel, l'Empereur, lui était favorable, amico, elle prierait dévotement L.VI« le Luxembourgeois YP du nom d'Henri, de lui faire obtenir le triomphe de sa religion d'amour et de paix, per la tua PACK. Elle ne lui dicline pas son nom de Francesca, c'est-à-dire la Française, la Yaudoise, non plus que celui de son fidèle Polo, contraction de PopolOy elle s'en fie pour cela à son intelligence. Mais elto lui apprend qu'elle est native des bords de l'Adriatique, où Ravenm avait en effet son église Yaudoise (Rinieri), constituée sous les auspices de Guido de Polenta, près duquel Dante finit ses jours dans l 'exercice de son apostolat; sur cette plage où le Pô, dont on se rap-

(1) Le donne, i eavailier^ l'arme, gli amori

Le oorlesie^ Vaudaci imprese^ io Canlo, ttc,

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