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pelle que Thérésie a suivi le cours {Enf. xx et Par. xv) depuis la vallée d*Agrogna jusqu'à Mantoue, puis jusqu'à Ferrare, va se jeter daus la mer, aGu d'obtenir la paix pour lui-même et pour les pauvres Vaudois qui ont suivi son cours, pei* aver pacc co* suoi SEQU AU.
La religion d'amour pour laquelle s'enflamment facilement les nobles cœurs, qui les anoblit même encore (Convito iv), amor ck* a gentil car ratto s'apprende, fit que le bon peuple de Rimini s'éprit de la belle enveloppe ou du beau Temple, délia bella persona cke mi fu tolta, dont fut expulsée, par trahison et violence sanguinaire, h belle confraternité vaudoise. (Innoc. III, Epist., 1. vu, ep, 37; 1. c. II, II, /i73.) Manière d'agir toute guelfe, dont gémit encore la pauvre Française, e 'l modo ancor m'offende, attendu que les Malatesta continuent de la traiter très-brutalement dans ceux de ses membres qu'ils peuvent atteindre (1). L'amour, par une juste réciprocité, cA'a nullo amato amar perdona, me fit aimer mon fidèle peuple de Aimini {Polo) ; aussi, ne m'abandonne- t-il pas dans les tribulations que Rome me fait subir, ancor non m'abandona. La religion d'amour nous a valu la mort au même moment, l'Église et ses membres ne faisant qu'un, anwr condusse noi ad una morte; Gaîne, séjour des Guelfes, des apostats, des traîtres envers leurs anciens frères, attend le boiteux Gianciotto Malatesta, l'un de ces dogues de Verrucchio, dont les crocs ne cessent de se tremper dans le sang vaudois, fan de' demi succhio (Enf. xxvii), tyran farouche, qui s'est montré aussi impitoyable envers l'église sectaire qu'il l'avait été envers les deux amants, dont l'un était son propre frère.
Dante est profondément affligé du désastre de l'église de Rimini et il s'écrie : Combien de douces pensées de paix et de charité évangéllque, combien d'espérances d'un meilleur avenir, <fuanti dolci pensier, quanta disio, nourrissaient nos frères ! Et voilà pourtant ce qui leur a valu un traitement si cruel, mena costoro al doloroso passai Puiss'adressant à l'église persécutée : Fille des vallées, pauvre Française abreuvée de douleurs et d'angoisses, humble église éprouvée si cruellement, tes martyrs m'inspirent la plus profonde pitié et me réduisent, quelque tristesse que j'en éprouve, à feindre l'orthodoxie, Francesca, i tuai martiria lagrimar (papiser) mi fanno tristo e pio
(1) a Les Cathares de Kimini entretenaieni encore , en 1Î67, des relaifons arce ceux des villes lombaides. 'Miiratori, ^niiq, Itai. Y, 1M.) Il y eiil même en rctte ville une rue qui porta longtemps le nom de rue des Patérins. » (Krone, U , note 5 . Schmidt, Hitf, det Caih. I, p. 177.;
(suivant de madonna Pietà), Mais dis-moi, au temps où tu étais timidement désirée par les nobles cœurs de Rimiui, al tempo dei dolcisospiri, comment leurs dispositions craintives à embrasser la religion de l'amour, xdubbiosi désir i, se manifestèrent-elles pour toi? Si tu désires connaître le premier germe de notre amour, la prima radice delnostro amore^je ferai comme une pauvre Yaudoise obligée d'afficher Torthodoxie, corne colui che piange e dice. Tu sais que notre propagande se fait à Taide des poèmes et des rumaus sectaires des Provençaux. Or donc, un jour que nous nous délections à un prédication {Lettura, instruction), dont le texte éuit pris du roman albigeois de Lancelot, où ce chevalier du Saint-Graal embrasse la religion de Tamour, amor lo stringe (le texte original est perdu), nous n'avions pas de profanes avec nous et nous ne soupçonnions pas qu'on nous épiât, soli eravamo e sema sospetto; plus d'une fois cette lecture, quella lettura, cet enseignement (en anglais lecture, et instruction chez les Maçons français), attira notre attention, gli occhi ci sospinse, et, en même temps, ne laissa pas que de nous effrayer, scolorocci 'l viso; mais un passage du livre triompha de nos hésitations, un punto fucheci vinse: quand nous lûmes que l'amant delafoiréduite à végéter au fond des bois, d'oùson nom de Genièvret lui àonn^ïlV oscubimfratermtatis et recevait d'elle, en échange, le consolamentum : mot à mot : baisait son sourire ou adorait ses persuasions (Convito)^ ildisiato riso esser bacciato da cotanto amante. Alors ce peuple de Rimini, personnage collectif, cotanto amante, qui, malgré notre désastre et le déguisement auquel nous sommes réduits, ne se séparera jamais de moi, restera fidèle à sa foi, me baisa de même la bouche, m'adora et reçut de moi le comolement, tout en tremblant d'avoir à compter avec Rome, la bocca mi baccià tutto tremance. Il me donna le baiser de paix, d'adorare, (d'où, B.£N. adora (Purg. v), rendant par là hommage à ma seconde beauté, comme tu le dis de la bouche de Béatrice. Le livre sectaire fut ainsi notre entremetteur, et aussi Arnaud Daniel, ce galeotto, ce vaurien albigeois qui l'écrivit (Tasse). Nous n'eûmes pas besoin d'en entendre davantage. Notre conversion à la religion de l'amour étant désormais un fait accompli. Quel giotmo piii non vi leggemmo avante. (Voy. l'Appendice IV.)
Tandis que s'exprimait ainsi l'église vaudoise de Rimini, son peuple fidèle faisait mine d'orthodoxie, piangeva, et comme il était ami d'A.L. r.R.O. (Arrigo, Lucemb. Templaro, Re dttimo), j'en fos appitoyé et effrayé tout à la fois, au point de faire comme lui, eu feignant d'adorer dame Piété et de me montrer bien moins Yaudois
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que je n'étais, tb venm mena ; je tombai même jusqu'à affecter les dehors du catholicisme , caddi corne corpo nwrto code.
Nous n'ajouterons rien à cette interprétation qui se réduit à une traduction presque littérale.
De même que Francesca, laPta des Tolomei, la pauvre dévête du Purgatoire, chant Y, personnifie une communauté sectaire; elle est l'église de Sienne, trahie par un pasteur apostat, qui l'avait épousée ' avec l'anneau rituel, innaneUata pna, disposando, m'avea con la sua gemma. Église dont les membres, réduits à se disperser, se réfugièrent dans la Maremmc , où iis furent moissonnés pour la plupart par la misère et par l'insakibrité'de l'air, Sietma mi fe : disfeeemi Maremma; or nous ne serions nullement surpris quand ce pasteur apostat n'aurait été autre que l'évêque de Sienne, qui, sur la dénoiH dation d'Albert, livra au bûcher le pauvre Griffolino d'Arezzo, pour tentative d'embauchage, c'est-à-dire, pour avoir tenté d'initier à l'art royal, voUe ch'io glimostrasst Parte, celui qu'il appelait son fils, cke Cavea per figliuolo. (Voy. Enf., xiix, note 20.)
Ainsi, par la toute-puissance du génie, deux aventures véritables ont été si habilement détournées de la réalité, pour servir de voile symbolique à des faits non moins réels, que la fiction a étouffé la catastrophe historique sur laquelle se concentrait tout l'intérêt du poète. Qui se doute aujourd'hui des persécutions endurées par les Yaudois dans Rimini et dans Sienne, lorsqu'il n'est personne qui ne se soit attendri sur la triste fin des deux amants et sur celle de la Pia? Eh bien , ces deux tragiques aventures contribuèrent sans doute puissamment, en ces temps de persécutions et de prosélytisme, à recruter de nombreux croyants à l'église proscrite. 0 sancta poesia, mais aussi sancta simpiicitas!
Ce double épisode, dont la signiGcation ne saurait plus guère laisser d'incertitude , fait naître un doute dans mon esprit, comme dit Dante, et j'espère que ce doute me vaudra quelque faveur de la part de ceux dont l'âme poétique ne renoncerait pas sans regret à la gracieuse réalité de deux jeunes femmes dont le nom s'est perpétué glorieux d'âge en âge, Béatrice et Laure. S'il est désormais démontré que l'immortel auteur de la Comédie a trouvé moyen de ramener à l'état de figures et de créations symboliques des personnages dont l'existence est historiquement prouvée, que d'individualités réelles il a fait des êtres collectifs, à raison de certains rapports de nom , de même qu'il a déguisé sous des noms mythologiques des personnages contemporains ou appartenant au siècle précédent, nous pourrions
bien avoir été trop loin en reléguant absolument Béatrice et Tamante de Pétrarque au rang des pures fictions. Nous serions donc assez disposé à admettre que Dante, gardant un tendre souvenir d'une jeune fille, objet d'un premier amour, se serait complu à en faire le personnage capital de son poème et la personnification de sa foi, d*au* tant plus que les noms jouent, comme on Ta tu, un grand rôle dans la symbolique dantesque, et que celui de Béatrice avait en lui-même une signification en parfait rapport avec le sujet Nous en dirons autant pour Pétrarque et Laure. Mais qu'on ne nous en demande pas davantage, nous ne saurions aller au delà de cette concession.
On ne comprend peut-être pas bien encore comment un roman du Saint^Graal , celui de Lancelot par exemple, dont nous n'avons plusque des imitations paraphrasées, celui de Tristan, ou la fin tragi- que de Francesca et de la Pia, pouvaient venir en aide au prosélytisme vaudois; ni pourquoi ce prosélytisme procédait par figures et mots à double entente, à la manière de Griffolino d'Arezzo.
Afin donc de donner une idée de la manière dont se faisait cette propagande, des précautions dont s'entouraient les missionnaires apostoliques et des figures employées par eux, pour sonder les dispositions de ceux qu'ils espéraient convertir, nous transcrivons en note tout un chapitre du F. Rinieri, qui peut paraître assez curieux à connaître (1). Passages de l'Écriture, trésors ou secrets merveilleux
(1) Quomodo se ingérant familiaritati magnorum,
Heeretiri callide sliident quiiiiter te iugeraal familiariiatt nobitium et magnorum. Et hoc faciunl hoc modo :
AHq>i8i inei-ces grataa, ut annuloa et pepla Dominis et Domînalms exhibent ad emenihim. Qnibus venditia, ai homines qusrant ab eo: U»bes plurea ad vendendum? Rpspondet : Habeo preliosiores gemmas, quam «unt i^tn ; bas vobis darem,»i fareretis me Mcunim, qnod non proderetis me clericis. Seoiiriiate itaqne accepta , dicit : Habeo gemmnm adeo fuigentem , quod homo pêr eam eognoscit Deum. Aliam (babeo) qvm tantum rutilât , qiiod amomm Dei aecendit in corde habentis eam, et aie de caeteris ; gemmas dicit metapfioriee, (La pierre de l*anneau d'Angélique est de cette famille.) Postea récitât sibi aliqnod devotum capitulum, ut est id Luc» : Missus est angélus Gahriel^ etc. Tel de sermone Domini , Joann. xiii : Ante diem festum^ etc. Gum igitur inceperit auditori placere, tum lubdit capilulum Mallh. xxiii : Super cathedra m Moysi^ etc. f^œ voifts^ qnitulistit elavem scientiœf ipsi non hitratis, et cœiera intrare prohihelis, Ft illud Marct : Vœ vobis f qui devoratis d*»mos ptduarum^ et que scquunt. Qussitus autem ab auditore, de quo iatœ imprecationes intelligantur , reapoodet de Clericis et re-> ligiosis,
Post, hiereticus facit comparationem status Ecclesiae Romanse ad statum ipsomm, sic dicens : Doctores RomaïUB EcclesiaB aunifastuosi in vestibus et moribus.
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aonoocés avec mystère, poésies amoureuses ou récits cbevalereiqiies piquant vivement la curiosité et smenant des explications plus oa moins étendues, selon la disposition manifestée par les auditeurs, allusions agressives contre les désordres du clergé, citations de TÉcriture sainte, tout était mis en œuvre pour recruter mystérieusement des croyants à la religion de Tamour; en luttant pied à pied contre la religion de haine et ses ministres tout puissants. Mais ces missionnaires, constamment sur la brèche, oà ils affrontaient des périls incessants, avaient la foi qui enfante des prodiges, et c'est à cette foi enthousiaste que nous devons des chefs-d'œuvre, coihme la Comédie, les poésies de Pétrarque, le Roland, la Jérusalem, etc.
Ecoutez maintenant Bossuet vous disant, d'après Pilichdorff (c x, p. 280) : « Us n'allaient point comme un saint Bernard, comme un
Matib. xxiix : Amant primotrecubituê et pocari appttumtahhominlbus Rahhi : RabÎDOs vero taies noD quaBriniiu. Item ipsi iunt incontinente* ; sed unuiquis(|ne soitnim usorem suant hahet et ciim ea caste vivit. Item, sunt diuttes et avari^ quibus dicilur : Fœ vohit (fivitièus ^ui htibetit hic consotationem vntram! Ileoiy tunt voiaptuosi^ quibus dicilur : F'œ vobi*^ qui devomtii domos viduanim^ etc. ! Nos vero utcu nique sustenta mur. Item, ipsi pugnant et heiia induettmt et mandant occidi et incendi pauperes ; quibus dicitur : Omnit qui acceperit giadium^ gladio perîbit. Nos vero ab eis pei secutionem patimur propter justitiam. Ilem« corne dunt panem ociosum, nibil opérantes. Nos vero manibus operamur. Item, ipsi voluntesse doclores soli; quibus dicitur Mattb. zxiii : Vœ vobii^ quituUttis davem tcientia! Apud nos vero tam feminœ quam viri docent (c'est pourquoi les femmes vaudoises de Florence devisaient si bien de Troie, de Rome et de Fiesole] et discipulus Sfptem dieruni docet alium. Item, rarus est doctor, inter eos, qui tria capitula coutinuata Novi Testament! iitleraliter sciât corde. Apud nos Terorori» ett vit çeifemina qui textum non tciat TULOARrraa reeitare. Et quia veram fidrm Chriui habemui, et sanctam vitam et doctrinam , dooemus omnes nos ; ideo scriâeb et pharUasi gratis persequuntur nos ad mortem,'Ut Gbristum.
PrsBterea ipsi tantum dicunt et nonfaciunt, et alligant ooera gravia in httmeros bomioum, sed digito suo lise non moveot, Nos vero omnia facimtu qum docemus, llem. plus cogunt servari traditiones hominum quam Dei mandata, ut jejunia^ fista, ire ad Ecc/esiam, et multa alia, qu» sunt hominum instituta. Nos \ero tantum docirinam Clinsti servare suademm et apostoloruiu. Item, ipsi pœ-* nitentes onerant pœnij giavissimis, quas nec digiio movent. Nos vero , exemplo Cbrisli, dirimus peccal» ri : f^atfe viam^ et amptius noUpeecare, Et ei per manus ifflpositiouem (la cunsolatiou) omnia peccata re'axamus, et animas tran*mtttimus in morte ad cœium. Ipsi auUmJere omhes ammas transférant ad iafvruum,
Uis ei aliis proposilis . dicil bserelicus : Pensate qiiis status sit perfe tior et qusB fides, Dosira vt-l Ecclesia Romaiia? et itlam eligite. Et sic a fi le catboUca snbveriilur , per errores eorum aversus. Et sic crt*den< ipsorum et receptator et fauter et defensor, ei per plures menées ipsum occullaos, in domo discit de secta ipsorum. Reinenis. [Cont, Waldenses. Cap. vni, p. 278.)
saint François, attaquer, au milieu du monde, les impudiques, les usuriers et les autres pécheurs publics, pour tâcher de les convertir. (Gomment Tauraient-ils fait si la prédication leur était interdite sous peine du feu ?) Ceux-ci, au contraire, s*il y avait dans ]es villes ou dans les campagnes des gens retirés et paisibles, c'était dans leurs maisons qu'ils s'introduisaient avec leur simplicité apparente. A peine osaient-ils élever la voix, tant ils étaient doux. Mais les mauvais prêtres et les mauvais moines étaient mis aussitôt sur le tapis ; une satire subtile et impitoyable prenait la forme du zèle; les bonnes gens qui les écoutaient étaient pris; et, transportés de ce zèle amer, ils s'imaginaient devenir encore plus gens de bien en devenant hérétiques. Ainsi tout se corrompait Les uns étaient entraînés dans le vice par les grands scandales qui paraissaient dans le monde de tous côtés. Le Démon prenait les simples d'une autre manière, et, par une fausse horreur des méchants, il les aliénait de l'Église, oii l'on en voyait tous les jours croître le nombre. » (Hist des Var., p. 585.)
Voulez -vous des renseignements plus précis , plus détaillés? M. Schmidt va vous les fournir : « Rien n'^alait chez eux (chez les Parfaits ou pasteurs évangéliques) l'enthousiasme pour leur église, la force de leur conviction, leur zèle pour la propagation de leur foi. Ils s'exposaient à tous les dangers , ils traversaient , comme disent quelques auteurs, les pays et les mers, dans l'espoir de convertir une âme à leur secte. (Eckbertus, 899; Lucas Tud. préf. Humbert de Romanis, liUl). Tantôt ils voyageaient comme pèlerins, tantôt ils se faisaient recevoir comme ouvriers dans les nombreux ateliers de tisserands du Midi ou de la Flandre; tantôt ils parcouraient les pays comme marchands, s'arrêtent dans les lieux où se tenaient les grandes foires du moyen âge, s'y mêlant aux vendeurs et aux acheteurs, et saisissant toutes les occasions pour entamer des conversations religieuses (1152, Fasti Corbienses, 11, Innocenta III, Epist L X, ep. 206, Baluze, II, 125. Lettre d'Yves de Narb. ap. Matth., Paris. M 3.)
« Quand il s'agissait de faire des prosélytes, leur prudence égalait leur zèle; avant de s'adresser eux-mêmes à ceux qu'ils voulaient gagner, ils envoyaient auprès d'eux des croyants, pour exciter leurs désirs spirituels, ou bien aussi leur simple curiosité. Tantôt c'est un croyant, accompagné d'un Parfait, qui entre chez un ami pour lui demander l'hospitalité pour la nuit ; le croyant commence par parler de la nécessité du salut et de la difficulté d'y parvenir ; le soir, le Parfait vient s'asseoir au fover avec les habitants de la maison, et leur
demande s'ils veulent entendre « quelques bonnes paroles ; » il parie alors « d*une manière excellente de Dieu et de TEvangile. » Etoonés et curieux, les assistants vont engager leurs amis et leurs voiaios à se joindre à eux, pour entendre les discours de cet homme ; quand même ils apprennent finalement qu'il est un hérétique, ils le vénèrent néanmoins comme « un bon chrétien, » comme un « ami de Dieu, » et le prient de continuer ses instructions. (1309. Liber sènu inquis. Tolos. 23. Berthold's iPree/t^fren^ 307. ) Tantôt un croyant, conversant avec un ami, Texhorte à songer au salut de son âme^ et à se rendre à Dieu. L*ami demande : « Comment le pourrai-je faire ? » et le croyant répond : « Si tu veux m*en croire, tu le pourras bien ; tu sais que Jésus-<:brist a souffert la persécution pour nous ; si donc nous voulons être sauvés, il faut que nous le soyons par ceux qui sont persécutés comme lui et à cause de lui. » L*ami demande quels sont ces hommes, et on le conduit dans une réunion où il voit avec quel respect on écoute les discours et on reçoit la bénédiction des Bonshommes; il vient les visiter plus souvent et finit par s'attacher à leur foi. » (Arch. de l'inq. de Gare. 1305. Doat. xxxix, f''9/i>>etsuiv.)
V Souvent aussi, suivant un adversaire de la secte, on commence par exciter chez tes pauvres l'aversion pour un clergé comblé de richesses et ne se souciant pas de la misère du peuple. On leur dit qu'à l'exemple del'liglise primitive, aucun chrétien ne devrait être ni plus riche ni plus pauvre que l'autre, et que le vrai christianisme n'est (juelâoà la communauté des biens est établie, pour l'association des Parfaits, et où, tous ensemble, les Parfaits <^omme les croyants, se réunissent pour soulager les infortunes de ceux qui n'ont rien. « Veux-tu donc sortir de ton état misérable, viens à nous, nous aurons soin de loi, tu n'auras plus à lutter contre l'injustice du sort (Joachim, inApocal,, f» 13 1-.)
<« L'instruction que les Parfaits donnaient à ceux qui s'étaient réunis pour les entendre, commençait d'ordinaire par les doctrines pratiques, par ce qui se rapporte aux devoirs de la vie. A cela se rattachait l'enseignement anti-catholique sur les vices du clergé et sur le joug sous lequel il tenait le peuple^ sur les doctrines qui répugnaient au sens commun ou qu'on taxait (Cidolâtrie, comme la transsubstantiation et la vénération des images. Ce n'est qu'après avoir ainsi disposé les âmes, qu'ils disaient que V Écriture sainte a unsensqu^eux seuls pouvaient expliquer et qu'ils abordaient V enseignement sur la partie métaphysique et théologique de leur système. Ils terminaient en persuadant à leurs auditeurs que l'Eglise de Rome. n'est pas la
vraie, et que pour être « bon chrétien, Bonhomme, » et pour arriver à une « bonne fin, » il fallait entrer dans Téglise cathare, seule dépositaire de la vérité et des moyens de saluL » (Actes de Tlnq. , passtm.)
cr On raconte aussi que maintes fois, après avoir attiré des catholiques dans leurs réunions, ils établissaient entre eux-mêmes des controverses sur les dogmes de l'Eglise et sur ceux de la secte ; l'un d'eux se chargeait du rôle d'attaquer l'hérésie, et finissait par s'avouer vaincu par son adversaire, afin de faire croire aux catholiques présents que les arguments cathares étaient irrésistibles. (Lucas Tuden* sis, 161.) Sur les hommes lettrés, on agissait par des écrits, qui exposaient le système dualiste et combattaient le catholicisme. Çà et là on déposait sur les bords des grandes routes, ou au milieu des forêts, des traités contenant les doctrines cathares, revêtues de quel-ques formes orthodoxes ; les pâtres ou les chasseurs qui les trouvaient les apportaient aux prêtres, et beaucoup de ceux-ci se laissaient, à leur insu, séduire à l'erreur. (Lucas Tudensis, 184.) On composait même des chansons hérétiques, que l'on enseignait aux enfants, qui les chantaient dans les rues, pour exciter l'attention du peuple. » (Berthold, 308. Schmidt, Hist. des Cath. ou Albigeois, il, 159 et suiv.)
Qu'on se rappelle tant dé canzoni amoureuses, inintelligibles ou du moins incomprises aujourd'hui, composées par Dante, Cavalcanii, Gino de Plstoia, Pétrarque et bien d'autres; compositions alors populaires; comme aussi la Comédie, dont les vers étaient dans la mémoire de simples artisans, et de gens de la dernière classe, que l'on commentait cent ans après dans les Églises; les strophes de l'Arioste et du Tasse, chantées par les gondoliers de Venise, où l'hérésie avait à peu près ses coudées franches; la seigneurie s'y étant constamment refusée à l'établissement d'un tribunal inquisitorial composé de moines. (Sarpi, Hist. deW inq. in Venezia. Limborch, 65 et suiv.)
Ceux qui, après avoir lu attentivement cette longue citation, si riche en précieuses révélations, en feront leur profit pour apprécier certains faits connus de la vie de Dante, ses voyages dans presque toutes les drties de l'Italie, en France, en Angleterre même, dit-on, sa profession, au moins ofiicielle, de médecin, sa vaste érudition, surtout comme théologien; pour bien étudier ensuite sa manière de procéder dans la Comédie, les questions religieuses qu'il y soulève, les controverses qu'il y fait engager, et surtout ce qu'elles ont d'illogique en apparence dans leurs conclusions; ceux-là pourront difficilement méconnaître en lui l'apôtre enthousiaste de l'hérésie, son mission-
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uaire, son poëte et son docteur, en mémo temps que son diplomate et son homme d*Éiat II leur faudra reconnaître alors que la Comédie, ce poème encyclopédique, où se trouve résumé tout ce que i'humanité avait amassé de savoir au moyen âge, a été composé par lui tout à la fois comme machine de guerre et comme moyen de recrutement, afin que, répandue et prônée par les croyants, commentée par les Parfaits, elle eût à devenir, comme les compositions eu vers et en prose qui Tavaient précédée, versi d^amore e prose di romanzi, une arme d*autant plus redoutable qu'elle frapperait dans l'ombre; une sauvegarde pour les propagateurs de la religion d'amour, enGn un appât pour la foule attirée vers eux par les prestiges d'une poésie sans rivale et par une avide curiosité.
Tels étaient les moyens en usage dans l'église sectaire pour recruter ses rangs en bravant la persécution, les auathèmes et les bourreaux. C'est ainsi que les troubadours étaient devenus pour elle des auxUiaires si puissants et si dévoués. C'est ainsi que Dante fut amené à composer son poëme dans un système tel qu'il pût suppléer et continuer leur propagande religieuse, au moins en Italie. Mais pourquoi» demande-t-on, écrire dans un langage accessible seulement à un petit nombre d'initiés? Précisément afin d'exciter la curiosité par l'étrangeté des images, par la vivacité des couleurs, par la magnificence de la poésie, de donner l'éveil au sentiment religieux par des controverses sophistiques à double face, et de préparer un accueil favorable à ceux-lk qui se présenteraient dans les villes et les châteaux porteurs du précieux manuscrit, en se déclarant aptes à en expliquer les figures et le sens interne. Le poème sacré, poema sacro, fut indubitablement destiné par son auteur à remplacer • l'exemplaire du Nouveau Testament, qui jamais ne quittait les Parfaits et qu'ils portaient sous leur manteau dans une bourse de cuir. (Schmidt, ii, 95.) Ce livre, en temps de persécution, était contre eux un témoignage accusateur. Mais comment incriminer, soupçonner môme la très-orthodoxe Co^ médie, composée sous l'inspiration de la très-sainte et très-humble Béatrice, si remplie de dévotion pour Marie, qu'elle eut toujours en grande vénération. (Fifamn7a.)Catond'Utique, lui-même, à la porte du Purgatoire, était admis, sous uue si bonne garantie, comme un saint catholique.
Représentez-vous un de ces ministres vaudois désignés par le nom de Parfaits, introduit au foyer de quelque famille de la riche bourgeoisie ou de la noblesse, déployant les pages du poème divin et commençant la lecture des passages qu'il suppose les plus propres è
faire impression sur ses hôtes, étudiant sur chacun d'eux Teffet qu'ils produisent, les réflexions qu*ils suggèrent, et réglant en conséquence les développements à donner à sa glose. Vous pourrez vous faire alors une idée de ce qui se passa au commencement du xiv siècle lors de Papparilion de la Comédie. Vous comprendrez comment surgirent de tous côtés tant de commentateurs, fort habiles à noyer le sens intime sous la lettre , dans leurs annotations manuscrites, dont beaucoup ont survécu; mais réservant pour des conférences secrètes, pour les veillées du manoir, les exph'cations orales, qui encore n'étaient données que peu à peu, et à mesure que l'initiateur acquérait plus de confiance dans la discrétion de l'initié. Vous comprendrez alors l'intérêt qui, dès le début, s'attache au poème, l'aitCRtion générale qu'il excite, l'admiration dont il devient l'objet, au point de rentrer en triomphe dans Florence, pour y être commenté par Boccace en pleine Église catholique. Or que fait Boccace? Fidèle aux us de SCS coreh'gionnaires, il lit en public un docte commentaire, dont il nous est resté partie, il s'y étend longuement sur ce que chacun sait, sans jamais s'écarter de la lettre; mais il connaît ses auditeurs, il a remarqué leurs impressions, entendu les réflexions de chacun d'eux ; il a pu faire son choix dans le nombre, et il sait à coup sûr ceux avec lesquels il peut s'ouvrir plus ou moins, dans des entre^ tiens secrets, sur l'esprit et le but d'un poème dont il a, comme Pétrarque, rinidligence au plus haut degré; car il est certain que ceuxlà ne le trahiront pas. Peut-être ipême à cette époque, où Talbigéisme ayant cessé d'être redoutable à ses yeux, Rome avait pris le parti de croire à l'orthodoxie de l'Alighieri, celui qui se serait avisé de révéler la nature sectaire du poème aurait-il payé cher sa trahison et subi lui même, comme hérétique, le châtiment qu'il aurait cru faire tomber sur d'autres. Voilà comment Rome aurait contribué pour sa part à épaissir les voiles dont l'auteur florentin avait envelqppé sa création, comment elle aurait aidé Béatrice à passer aux yeux de la foule pour la personnification de la théologie catholique, Francesca de Rimini et la Pia, pour de tristes victimes de l'amour et d'une jalousie barbare.
Nous pensions pouvoir à l'occasion de cet Episode des deux amants de Rimini, dont le Roman de Lancelot semblerait avoir amené la sanglante catastrophe, pouvoir traiter avec quelque développement la question des Romans de chevalerie, qui, pour, nous, ont été inspirés par le même esprit d'opposition à l'Église romaine; mais l'aitention doit être fatiguée par un commentaire déjà bien long, et cela nous
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mèoerait trop loin, à la fin d*an travail qu*il n'a pas tenu à noos d'abréger.
En ce qui concerne particulièrement ceux du Saint-Graal, M. H. Martin a très-judicieusement signalé leur origine et Télémenikimrique qui y domine ; quant à Tesprit albigeois qui leur a donné la forme et qui fut, pour parler comme Dante, leur virtii informaiiva^ il a échappé à son habile et judicieuse critique. Sans faire remonter jusqu'en 720 Taiicieu livre intitulé : De rege Arthuro et rébus gestis ejus. De Mensa rotunda et strenuis equititms, par un auteur anonyme, dont Piits fait mention sous le nom de VHermùe breton (Hist, of English poetry, /, p. X, note 6), nous croyons pouvoir affirmer qu'il a eu la même origine qne les romans du Saint-Graal ; que celui de Lancelot {d*anceUus, servant de Dieu), et qu'il a été écrit en Angleterre, dans la langue anglo-saxonne par un affilié da Temp!e. Pour nous, Gauthier Map, le prétendu chapelain de Henri If, le même à qui sont attribuées des satires très-âpres contre Home et le haut clergé, est le pendant, en Angleterre, de l'archevêque Turpinen France. Le monarque farouche qui faisait assassiner Thomas Becket, se souciait certe assez peu des chants et lais des bardes bretons pour que personne s'occupât de les réunir dans l'espoir de lui être agréable ; mais il était bon de donner le change en assignant an livre une source orthodoxe. Avec ce passe-port il put être traduit de l'anglais en français par Luces de Gast, Robert etEliede Borron, comme aussi par Guyot de Provins, trouvère champenois, devenu Bénédictin de Cluny, l'auteur de la bible Guyot, œuvre anti-romaine d'une extrême virulence. Il en fut fait aussi des versions en allemand, sur la leçon de ce dernier, puisque le Templier Souabe, Wolfram d'Eschenbach, déclare dans son Parceval, avoir suivi Kiot. Au témoignage da Tasse, Arnaud Daniel donna une traduction du Lancelot ; enfin, « il y eu eut dans toutes les langues du monde civilisé. » (Paulin Paris, lettre à M. de Montmerqué.) Les évangiles apocryphes adoptés par les Albigeois, notamment celui de Nicodême, eurent ainsi libre carrière dans toute la chrétienté et purent, à l'abri de leur déguisement anglo-breton, circuler impunément sous les yeux de l'inquisition. Hic fecii cui prodest. Nous nous bornerons à cette simple exposition et nous renverrons au t. in de VHist. de France, par M. H. Martin. On y trouvera une remarquable appréciation critique de la littérature chevaleresque; il sera facile, pour ceux qui se placeront à notre point de vue, de rectifier ce qu'elles ont d'erroné en certaines parties. {Voy. l'Appendice V.)
Od y remarque surtout les ligues que nous transcrirons ici. Outre qu'elles font foi d'une grande justesse de coup d*œil chez l'honorable écrivain, elles prouvent que nous n'avons pas été si mal inspiré en rattachant la Maçonnerie au Temple et en signalant le poëte Florentin comme affiliée cet Ordre proscrit :
« Dans le Tùurel, la légende du GracU atteint sa dernière et splendide transfiguration, sous l'influence d'idées que Wolfram semblerait avoir puisées en France et particulièrement chez les Templiers du midi de la France. Un héros.-appelé Titurel, fonde un Temple, pour y déposer le saint Vaissel, et c'est le prophète Merlin qui dirige cette construction mystérieuse, initié qu'il a été, par Joseph d'Arimathie en personne, au plan du Temple de Salomon. La chevalerie du Graal devient ici la Massenie, c'est-à-dire une franc-maçonnerie ascétique, dont les membres se nomment les Templistes, et Ton peut saisir ici l'intention de relier à un centre commun, figuré parce Temple idéal, l'ordre des Templiers et les nombreuses confréries de constructeurs qui renouvellent alors l'architecture du moyen dge. On entrevoit là bien des ouvertures sur ce qu'on pourrait nommer l'histoire souterraine de ces temps, beaucoup plus complexes qu'on ne le croit communément
« Ce qui est bien curieux, et ce dont on ne peut guère douter, c'est que la franc- maçonnerie moderne ne remonte d'échelon en échelon jusqu'à Idi massenie d\i Saint-GraaL » {Hist. de France, t. III, p. 398.)
Si ces notes tombent sous les yeux de M. H. Martin, nous croyons qu'il y acquerra la certitude que ceux qui composèrent les romans de la Table 'Ronde et du Graal, étaient très au courant des triades galliques, des arcanes de la doctrine théologiqne des bardés, comme aussi des Mabinogion, et que, contrairement à ce qu'il dit, p. 360, ils savaient fart bien le sens du symbole, au double point de vue kimrique et vaudois.
Pour eux le vaissel était le Temple, le vcuo naturale de Stace {Pîirg. xxv), en latin gradalis ou gradale, par allusion à l'échelle des grades ; pour eux, celui envers qui Joseph d'Arimathie est Tinstru* ment de la vengeance céleste, celui qu'ils appellent Pierron et qui, au dire de M. Paulin Paris, « ressemble beaucoup au premier des souverains pontifes, i est précisément le successeur dégénéré de saint Pierre ; aussi est-il représenté comme habitant le vau d'Avaron, la vallée du grand Avare, avarone en italien, autrement dit de Plutus, de l'homme riche, etc. La vallée de l'Avare, contraste avec ces vallées
1280 l'hérésie DR DANTE DÉMONTRÉE.
alpestres où se réfugièrent les fidèles d'Amoar^ amis de droiture, de largesse et de courtoisie, et d*où ils prirent le nom de Yaudois, Valdus n*étant que le surnom d'un de leur:» apôtres.
Nous ap|)ellerons, en terminant, Fattention de M. H. Martio sur le fragment du Graal publié par M. Francisque Michel, où il est dit qu'après le départ de Petros pour TOccident avec ou brief, les démons tiennent conseil pour décider comment ils parricodront à engignier le Sauveur et à recouvrer leur ancienne influence sur les hommes. 11 y verra que Tun d'eux est d'avis de procréer un fils, qui nos sens portast et dèist nos paroles et nos prières; et il ne pourra douter que ce fils ne soit Pierron, engendré, en effet, d'un incube et d'une fille de mauvais instincts, pour Dieu notre pèt*e engignier et forbeter et conchier, de même qu'il ne pourra guère révoquer en doute que Petrus n'entende désigner la vallée du Tibre, lorsqu'il dit, en partant muni de son brief: En la terre vers Occident, ki est sauvage durement, es vau d^Avaron m'en irei.
Nous recommanderons aussi au docte écrivain le roman de Jaufre ou Geoffroi et Brunissende de Montbrun, qui, traduit de bonne heure en catalan, était, à en croire Mnntaner, dans sa chronique, mis de son temps au même rang que Lancelot du Lac II y trouvera notamment certain épisode de Mélian de Montmélier, chevalier Parfait à tous égards, qu'un chevalier nommé Taulat, dont la force n'a d'égale que sa méchanceté, retient depuis sept ans sur un lit de douleurs. Son père a succombé sous les coups du féroce Taulat qui, loi faisant la guerre à son tour, lui a enlevé une partie de ses terres, l'a blessé de plusieurs coups de lance, l'a fait prisonnier et l'a enfermé dans un château où il se complaît à entretenir ses plaies toujours vives et saignantes. A peine sont-elles au moment de se fermer, Taulat le fait prendre par ses valets et flageller cruellement, jusqu'à ce que le sang coule de nouveau de ses blessures.
L'allégorie saute aux yeux, et pourtant Faoriel, qui la signale, n'a su voir dans Taulat que la i^ersonniûcation « de la force et de l'autorite brutales, telles qu'on les voyait souvent' à ces époques, et dans Geoffroi, le génie de la chevalerie luttant contre cette force perverse. » {Hist. delà poés, prov., m, 117.) Nous y voyons, nous, la Papauté s'acharnant sur les deux Raymond Béranger dont elle prolonge la déplorable agonie, jusqu'au moment où l'ordre du Temple leur suscitera un vengeur dans un chevaiierduSaint-Graal; mais peut-être sommes-nous dans l'erreur. C'est ce que nous croyons être en mesiuv d'éublir prochaînctnent de manière à convaincre les plus incrédoles.
SUPPLEMENTAIRES.
Le résumé instoriquo que nous donnons ici pourra être consulté avec fruit par les lecteurs studieux, car il comporte l'explication de plus d'un mystère. On y trouvera, en outre de faits peu connus, quoiqu'en rapport direct avec la Comédie, maintes choses qui auraient pu naturellement avoir leur place dans le corps du Commentaire ; mais n'étant pas indispensables à Tinlelligence du lexle, il a paru préférable de grouper faits, doctrines, rites, etc.. afîn qu'ils pussent se prêter appui mutuellement, et de renvoyer le tout à la fin de nos études, pour y recourir au besoin.
Topographie du Catharlsme.
Le catharisme est d'origine orientale, tous les écrivains qui en ont traité sont d'accord à ce sujet; de là tant d'allusions à l'Orient dont fourmille la Comédie. M. Schmidt a cherché à démontrer, dans sa très-savante Histoire des Catfiares, que cette secte ne dérivait pas directement du manichéisme, en se fondant « sur ce qu'elle aurait renoncé au caractère symbolique particulier à celui-ci. ^ Peut-être la Comédie, dont la contexture est toute symbolique et dont le sujet est la lutte des deux principes, l'amènera l-ello à modifier son opinion. Peul-étre aussi les démonstrations éinanulistes de Béatrice, appuyées des discours mis par le poëte théologien dans la bouche de saint Thomas-d'Àquin, feront-ils penser au docte historien quo a sans lui faire, la moindre violence, on pourrait découvrir dans la Comédie, et par suitedans le systèmecaihare, dont elle nous paraît relever essentiellement, un gnoslicisme très-reconnaissable. » (ii, 263.) Mais sans nous arrêter à rechercher si le catharisme est de provenance exclusivement manichéenne, priscillianiie, gnostique, paulicienne ou bogomile, ce qui a peu d'împortaucc pour
notre thèse {Cf. Muratori, Mo»heiin, Gibbon, Bossuet, J. Lami, Gîeseler, Fariati, Habn, Néander, Matter, Schmidt), il nous suffît de constater mxi essence hétérodoxe et sa provenance orientale.
Si nous osions nous permettre une opinion à ce sujet, nous dirions qu'un double courant a fait pénétrer l'hérésie cathare dans nos contrées d'Occident. Elle aurait suivi parallèlement la voie de terre et celle de mer, gagnant d'un côté par la Bulgarie, l'un de ses foyers principaux, la Moldavie, la Pannonie, la Moravie, la Bohème et la Dalmatie; elle serait passée de là dans la Péninsule italique; de l'autre côté, les nombreuses relations commerciales de la Provence avec les pays de l'Orient, puis le grand mouvement des croisades lui auraient ouvert la route de la France, d'où elle se propagea au delà des Pyrénées et de la chaîne des Âlpeâ, en faisant de la Lombardie , placée comme au confluent des deux invasions, le centre de sa propagande, après le désastre des Albigeois.
Nous suivrons maintenant ses traces dansces diverses contrées, à partir de son apparition dans chacune d'elles.
Sous le règne d'Alexis Cumnène, les Pauliciens et les Bogomiles, déjà nombreux dans l'empire grec, deviennent l'objet de poursuites rigoureuses.(Eulhym. Zigab. Adv. Masal. xxii, 4 4 i; Anne Comnène, À lex. xv, 486 et suiv.) En 4440, synode deConstanlinople, lançant l'excommunicalion contre les hérétiques. (Léo Allatius, 644, 674 et suiv.) Les progrès des sectaires continuent en 4 4 80 , ils se propagent dans la Thrace, la Grèce et les provinces d'Asie. (J(»h. Cinnamus, ii, 40, p. 64 et suiv.) Theod. Balsamon, Sch. in Photii Nom, Xi 8, p. 449; Germanua, Or<U. de exalta, crue. 4 4 4 et de Imag. 439.)
L'hérésie apparaît presque en même tennps en France (Glab. Rad. 35), en Flandre (Mansi, xix, 424, 25), en Italie, en 4030 et 35 (Sismondi, jRep. itaij i, 445) et en Piémont (Landulph. Sen. 88, S9, Glab. Rad., 45). C'est surtout dans l'ancienne Aquitaine, dans cette Narbonnaise où l'arianisme avait régné, dans le Languedoc et la Provence qu'elle se propagea avec ropidilé dès les premières années du xi* siècle. Ôe là elle gagne tous les pays au sud de ta Loire, le Périç:ord, l'évôché de Limoges, la Marche de Poitiers. (Âdémar, 454, 459, 464; GalL christ., ii, 543; Gest. Synod. Aurel, 604.) Dès cette époque, Toulouse en est devenue comme la métropole. Mais on la trouve aussi dans la Champagne, où elle a établi son centre d'action dans le château de Montwimer, au diocèse de Châlons, et de là elle se répand ddns celui de Rheims. (Martenne et D., Ampliss. Coll., i, 776; Glab. Rad., 23.) Gerbert, soupçonné de partager ses doctrines, croit devoir se prononcer contre elles. (Ep. 75, ap. Bouquet, x, 408.} En 4025, elle se montniit à Liège et à Arraà. (Mansi,xix, 428 ; J. Lami, c. 423 et suiv.) En 4463, un certain nombre de Cathares flamands se réfugiaient à Cologne. (Godofredi Annales, 336.) De 4474 à 4478, l'évôquo d'Arras, Frumald, exprimait ses regrels à Alexandre III de son impuissance contre ces hérétiques. (Mart. et D. Ampl. Coll. y II, 628.) Ce n'est qu'en 4482 qu'il parvenait à découvrir quatre de leurs principaux chefs, et les livrait au bras séculier. (Rad. Coggeshale, 92.) Vers 4470 on découvrait également une communauté secrète de Cathares daus la ville de Rheims. [N. ibid.)