‹ La comédie de DanteChapitre 15 sur 19 · DE L*HÉRÉSIE DE DANTE · texte numérisé non relu

DE L*HÉRÉSIE DE DANTE

Au midi, la secte s*était iairoduite en Espagne dès la seconde moitié duxii"»iôcie. (G. Neubrig. 435.) Mais elle n'eut d'établissement que dans les provinces voisines de la France, en Aragon, en Cataiogne, en Léon, en Navarre. (P. VaU.Cern. 560; Luc. Tud. 482, 465; Espana Sagrada, etc.]

Au nord elle se fraye sa voie en Allemagne et, dès 4052, l'empereur Henri III sévit contre elle a Goslar, dans la Basse-Saxe Herm. Contract. 1. c* add. ad chron. Saxon, ap. Bouquet, xi, 642; Gesta Episc. Leodiens. 902), et, apportée sur le Rhin par les marchands hongrois, elle y constitue son église, dont Texistence n'est trahie qu'en 44i6; elle y conserve son importance dans tout le cours du moyen âge. (£ venin. EpisL 452 et suiv.) Vers 4450 on la rencontre en Suisse, en Bavière, en Souabe et dans la Saxe, où elle avait pénétré par la Hongrie iFasU Corbej.y 77), favorisée là, comme ailleurs, par la dégradation morale et intellectuelle du clergé. (Potho, De statu domûs Dei, Bibl. Max. PP. xxi, 489 et suiv.) L'église cathare de Cologne s'était propagée dans plusieurs autres villes du diocèse, et principalement à Bonn, où elle comptait do nombreux croyants vers 4 4 60. (Eckbeit, 942; Caesar. Heisterb. 378; Trithem. Ann. Hirs.; Godofr. Annales,], c.) L'hérésie cathare est également signalée en Angleterre vers 4 459, (Guill. l^eubrig. 455, 47; Bad. Coggeshale, 92; Rad. de Diceto, Imag, hist. ap. Bouquet, xiii, 487), comme aussi en l'année 4240. (Pétri Blesens. Epist, 443, ad G. archiep. Eborac. Bibl. PP. col. XII, II, 793. Baleus, Cent. 3, p. 258; Fiiilin, De fanât, sœc. XII, in Angliâ repertis.)

Dans les pays slaves, l'église cathare ^tait parvenue de bonne heure à une grande puissance ; elle régnait sans entraves de la part du clergé romain, méprisé pour sa démoralisation (Fejer, ii, 339, Ibid» 35< ; 1. c. 444, 111,1, 417; Farlati ui, 254], dans tous les pays sur la rive droite du Danube. Elle avait ses éUiblissemenIs en Hongrie, en Croatie , en Esclavonie, en Dalmatie et surtout en Bosnie. (Vulcus à Innoc. III. Kaona, IV, 576 ; Farlati, ly, 472; Fejer, m, i, 254 ; Reiner., 4767 ; Thom. Archidiac, 568, 570.) La Bulgarie, la Thrace, Constantinople, avaient leurs églises et leurs évèchés. (Reiner., 4767; Farlati, m, 232.) Enfui l'hérésie toujours envahissante avait pénétré jusqu'en Bohème et en Pologne, (Raynald, xiv, 29, n» 42; Wadding, iv, 63; Boczek, iri, 238.) Elle avait gagné l'Albanie et la partie méridionale de la Servie appelée alors la Rascia. (Farlati, iv, 382 ; Wadding, viii, 92 et suiv.) Aussi estce un pays que, malgré son obscurité, Dante ne manque pas de mentionner {Par. ch. XIX ) comme aussi l'Autriche, la Bohême, la Hongrie, l'Esclavonie, enfin tous les lieux où l'hérésie avait pris pied.

l'Allemagne occidentale n'était pas à l'abri de Tinvasion hérétique, car le synode de Trêves sévissait contre elle en 4234 (Gesta archiep. Trevir. 244) et les Dominicains découvraient, un siècle après, jusqu'à des Lucifériens parmi les nombreux Cathares du diocèse de Passau, à Vienne et daus la Styrie. {Annales Noves, 531 ; Pez, Script, rer. Austriac , ii, 533 et suiv.) Dans la première moitié du xm° siècle, les communautés les plus nombreuses paraissent avoir été en Bavière. (Add. à Reiner., a;?. Grelser, 27.) Il en existait aussi en Autriche, qui correspondaient avec celles de la Lombardie et de la Dalmatie (M. Paris, 443), à Mayence, à

Trêves, à Cologne, dans la Hesse, la Westphalie ei le pays de Nassau. (Ge$ta Trev. arcfùep., 2i3, 344; Albericus, ii, 543; Reitnchronick, ap. Kuchenbecker, i4nfiai. Hassiac,, coll. vi, 250.)

En Italie, Milan est tout d*abord un des foyers les plus actifs du catharisme. Cotte ville e^ten 4466 plus hérétique que catholique. {Acta SS. Avril, II, 595 ; Ughelli, iv, 456 et suiv.) « Ce qui prouve, dit M. Schmidt, que les villes guelfes 8*oppo«aient aux prétentions des empereurs et faisaient alliance avec les papes, non par sympathie pour le catholicisme, mais dans un intérêt municipal ; résistant aux uns pour défendre leur indépendance républicaine et s'alliant aux autres pour avoir leur appui politique. » (1,60.) Ce qui est (rès-vrai, Dante en fournissant mainte preuve. Dès 4 4 50 on trouve des Cathares à Florencb, où Tuu de leurs principaux pasteurs s'appelle Diolisalvi ( Vita Parmi. AcL SS. mai, 5, 86), et le premier évèque de lu branche de Concorezzo en Italie, est de Florence. (Visnier. 268.) Les femmes s'y distinguent par l'ardeur de leur zèle pour la propagation de la secte. {Ad. SS. mai, I. c) En 4476 ils sont assez puissants pour déterminer une révolution dans le gouvernement de la cité [Chr. m. s. ital. ap. Lami, ii, 494), ce qu'Ozaoam appelle un soulèvement d'épicuriens; oui épicuriens comme Cavalcanti; et Florence devient un lieu de refuge pour leurs coreligionnaires proscrits. (Lami, ii, 496.)

 Orvieto le catharisme domine en 4425(/sfor. di Chiusi, ap. Muraton, Rer, It, scr, Supp. i, 898), ce qui lui vaut une persécution en 4463. {Act. SS. mai, 1. c. Ist, Chiusi, 1. c, 903.) Delà il gagne Viterbe, où presque toute la population se déclare pour lui {Act, SS. I. c. 87) ; mais où Dante signale des défections dans ce qu'il appelle les pécheresses de Viterbe. {Enfer^ xiv.)

A VÉRONE l'hérésie se montre tellement audacieuse qu'en 4484, Lucius m, expulsé de Rome, y rend, en concile, un décret d'excommunication contre elle, ordonnant de livrer ses adhérents au bras séculier. (Mansi, xxii, 476 ; Câcsarius Heislerb., 390. Cf. Raynald, xii, 786.) A FfiRRARR , Tévèque est obligé pour expulser les Cathares de se faire assister du pouvoir civil. (Muratori, v, 89.^ Ils sont poursuivis à Modènb, en 4192. (Molendina Patarinorum, I. c. 86, 87.) En 4494, Henri VI rend un édit contre ceux de Prato, qui se réfugient pour la plupart dans Florence. (Lami, ii. 484. Voy. le doc. p. 523 et p. 496.) Vers la même époque il y avait un grand nombre de ces sectaires en Calabre. (Joachim, in Apocal.^ P 434.) En 4224 il y en avait à Naples et à Aversa. (Loi de Frédéric II, 4224 ; Mansi, xxiii» 589 ; Raynald, xiii, 379. n« 49).

Outre les Cathares il y avait encore en Italie, au temps d'Innocent III, des partisans des réformes tentées par Arnauld de Brescia, comme aéssi des Vaudoisou Pauvres Lombards. (Reiner., 4775.) Mais les Cathares ou Patérins, de beaucoup plus puissants, comptaient des adhérents parmi la haute noblesse et la riche bourgeoisie, aussi bien que parmi les habilants des campagnes ; ils occupaient les magistratures et dominaient dans beaucoup de nuinicipes, à tel point que le clergé n'osait s'attaquer j n eux. (Keiner., éd. Gretsfr, 35.) A celle époque Milan était leur métro- |>ole en Italie. {Frag.incert. auct. ap. Uralitiu.-», ii, 90 ; Matlh. Paris, 296; St. de Belluvillu, 86.) Mais Dante nous donne suffisamment à connaître

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que la hauie suprématie avait passé de son temps à l'église de Mantoue. Croyants et Parfaits remplissaient Vérone, Yiterbe, Ferrare, Florence, où ils formaient près du tiers de la populatiouy chifire plus fort que celui de Cacciaguida ( Par. xvi ), comme aussi Pralo et Orvieto. (Muratori, v, 89; lunoc. III, Epist, ix, 81 ; ap. Brequigny, ii, ii, 850, et vu, 37; L c* II, 11, 850 ; Vita Parent, in Act. SancU mai, v, 86; Voy, notamment pour Florence, Ripoll, i, 74 , et Lami, ii, 537 et suiv.) Ils ont des communautés à Faenza, à Rimini, à Como, à Parme, à Crémone, à Plaisance. (Innoc. ep. IX, 48, ibid. vu, 37 ; Matth. Paris, 442 ; Mansi, xxiii, 586 ; Vit. Parent. Act. Sanct. mai« v, 86; M. Paris, L c. Inn. Ep. ix, 466 à 469. Ugbelli, II, 222.) Leur église de Desenzano, sur le lac de Garda, signalé par Dante {Enfer, xx) est une des plus importantes. (Bonacurs. édit. de Baluze, 584;Reiner., éd. Grelser, 35. ^ Ënfm dans Rome même ils ont une communauté organisée et des écoles publiques. (Csesar. Heislerb., 391.)

Concurremment, le vaudéisme se matiifestait, vers 4470, à Lyon, où il avait été sans doute apporté des vallées du Piémont, et se répandait avec une rapidité étonnante vers le nord et vers le sud, mais surtout en Provence. Il trouva de nombreux partisans dans cette contrée el finit par s'y fondre avec i'albigéisme. Dès le milieu du xii^ siècle, on trouve le midi de la France divisé en plusieurs évêchés, ceux de Toulouse, d'Âlby, de Carcassonne, du val d'Âran, dans le comté de Comminges, et d'Âran. (Bouquet, xiv, 448; Reiner., 4767, 4774; Robert de Monte, 324.) Le peuple donnait aux Cathares, dans les bras desquels il s'était jeté en haine du clergé romain, le nom de bonshommes^ de bons chrétiens [Paradis, xxrv); leurs adversaires les traitaient de Tisserands et de Poblicains, par corruption de Pauliciens. En Italie on les appelait plus souvent Patérins, Tartarins ou Pauvres Lombards.

En 4463, le concile de Tours prescrivait au clergé, catholique une extrême vigilance contre l'hérésie. (Can. 4; Mansi, xxi, 4477.)En4465 les prélats de la Provence appelaient les Cathares à une discussion publique de leurs dogmes dans le château de Lombers. (Mansi, xxii, 457; D. Yaissette, m, 535 et suiv. en note.) En mai 4467, les Cathares euxmêmes se réunissaient en concile près de Toulouse, à Saint-Félix-de- Caraman, pour régler les affaires de leur église. (Besse, 483; Sandius, 590 ; Bouquet, xiv, 448.)

En 4477, une persécution suscitée par Raymond V, comte de Toulouse, de concert avec le cardinal-légat Pierre de Saint-Chrysogone, ne sert qu'à démontrer combien l'hérésie avait déjà jeté de profondes racines dans les pays de langue d'oc. (Lettre de Raymond ap. Gervas. Cant. Chron., 4441 ; Lett. de Henri de Clairvaux, ap. Roger doHoved., •578; Biog. Toutous., ii,33; Rob. de Monte; ad. ann. 4178, 324.)

En 4180, première croisade albigeoise, prôchée par lo cardinaUlé;;at Pierre de Saint-Chrysogone , sans autre résultat que des ruines et du sang, si bien qu'il f^iut en revenir à des discussions publiques avec les Bonshommes, en 4190, dans l'église de Narbonne. (Bern. Font, calid., Adv. Waldenses, ap. Gretser, app. xii, ii, 196 et suiv.). Et c'est en vain qu'en 4495, dans le synode tenu à Montpellier, injonction est de nouveau faite aux prélats du Midi d'exécuter les prescriptions du concile de La-

tran de 4479 contre les hérétiques ; ralbigéisme gagnant Chaque jour da terrain, menace désormais TÉglise de Rome elle-même.

Le danger était dune immense pour le catholicisme , et il s'aggravait de jour en jour, lorsque, promu au siège pontifical , Innocent III jugea l'instant venu d*étendre une main de fer sur l'hérésie. Il parvint à en triompher à force d'habileté et d'énergie. En même temps qu'il la poursuivait sans relâche en Italie, tant par lui-même que par ses légats, il proclamnit la croisade contre les Albigeois , et l'ouragan dévastateur se déchaînait sur le midi de la France.

Une fois l'œuvre d'extermination consommée avec le concours de Simon de Moutfort, de l'abbé Ârnauid Amaury et de l'évêque Foulque, assisté des prières de suint Dominique , les plus Influents et les plus compromis parmi les hérétiques durent s'expatrier. « Quelques-uns allèrent jusqu'en Bosnie; d'autres passèrent en Espagne ; le plus grand nombre se réfugia en Lombardie, où ils avaient, depuis lexii^ siècle, leur église française à Vérone. » (HisU des cath., i, 294 .) Mais les luttes violentes que suscita dans la plupart des villes rétablissement des nouveaux tribunaux de la foi, témoignèrent de la persistance vivace de la secie et de l'irritation des populations. {Arch. de Vinquis. de Toulouse et de Carc<us.) Les inquisiteurs étaient insultés , poursuivis, massacrés, les registres d'uu tribunal odieux brûlés. {Ibid,) L'hérésie ne cessa de donner signe de vie que dans le cours du xiv" siècle, quand les procédés de l'inquisition commencèrent à s'adoucir, en exécution des mesures ordonnées par Clément Y et par le concile de Vienne. Mais elle continua à couver sous la cendre, jusqu'au moment où elle fit explosion sous le nom de Réformation.

Doctrines, rites, usages religieux des Catbares oa Albigeois.

Il est presque impossible de formuler aujourd'hui les doctrines professées par les dissidents appelés Vaudois, Albigeois, Cathares, etc. Continuellement épiés, poursuivis, menacés, ils écrivaient nécessairement peu d'ouvrages dogmatiques, quoique l'inquisilenr Moneta cite ceux de Tétricus (ii , 42 , 71 , 79 , 94) , Rinieri Saccone , celui de Jean de Lugio (1773), et Luc, évoque deTuy en Espagne, leur Perpendiculum scientiarum, titre tant soit peu maçonnique. Les livres saints , traduits en langue vulgaire, leur fournissaient le texte de leurs instructions orales, et ils se mettaient à la portée de tous dans des compositions, tant en prose qu'en vers, où une phraséologie symbolique et des noms de convention leur permettaient de combattre leurs ennemis tout en propageant leur foi. Mais la plus grande partie des romans , poèmes , cansons , sirventes, etc., dus à la verve féconde des missionnuires de l'albigéisme, ront désormais anéantis. Objets d'une poursuite incessante de la part de l'inquisition, un petit nombre seulement a survécu ; Ih littérature elle-même & péri, sous la double atteinte de ^autorité politique et de la puissance religieuse {vûy. Fauriel). Les détenteurs même de ces livres proscrits

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finirent par les livrer aux flammes, dans la crainte d'être compromis par e(jx. Témoin le marquis de Monlferrant, en Auvergne, faisant brûler en qucmtité considérable, au commencement du xiii*' siècle , îibros omnes seclarum^ et notamment ceux des Albigeois, qu'il avait mis quarante ans à amasser. (St. de Bellavilla, 85.)

Leurs croyances ne nous sont donc parvenues que par l'organe do leurs adverSiiires , et d^ailleurs le langage évidemment symbolique employé par eux dans leurs controverses, rend assez difficile de les préciser avec certitude. Nous en avons exposé quelques-unes dans le cours de notre Commentaire. Nous ne signalerons donc ici que celles qui nous paraitiont offrir quelques rapports avec les propositions émises dans la Comédie, et, dans les mêmes limites, nous appellerons l'atleniion sur les rites et les usages de ceux que nous considérons plus que jamais comme ayant été les coreligionnaires du poëie florentin ou leurs héritiers directs.

Pour les Cathares , il y aurait eu deux créateurs; l'un d'eux, principe do limûère , tout amour et bonté, aurait produit' le monde invisible, intellectuel, éternel , dont tout est parfait; Tautre, envieux et mécluint, principe de ténèbres, du mal physique et moral, serait Tautrur du monde visible, matériel , périssable, qu'il gouverne seul et auquel le Dieu bon reste étranger. (Monela; 3; Eckbertus , 899 ; Ermengaud., 223; Alamis, 6; Luca Tudensis, 94, etc.)

C'est en parUmt du même principe que chez les F.'. M.*, il est dit au récipiendaire dans la loge philosophique de la clef : The compass gives you the facuHy ofjudging by yoUrself ihat whatever God has created (immediately) is well... In himself there is no evil, because he ha$ made every thing [in heaven) with eœactness, and every ihing (celestial) exists ACCORDING TO His wiLL, conseçuentîy as it ougiit to be.... The wish of the Eternal in creatiny the world ( of intelligences) by a libéral aci ofhis otvn, well foresaw every matter that could possibly happen in C4)nsequence ihereof; that is io say : That every thing therein contaified AT THE same TIME op THE CREATION, wos good. Voilà en quels, termes frère Vérité adresse la parole à Tun de ceux qu'il appelle zealous eoctirpaters of superstitions and lies , perpendicular men, made polished by reason, pour qui i'Ëvangile doit être la seule loi à suivre» [Light on M.'., 256.) Revenons maintenant à la doctrine cathare.

Le Dieu bon a formé le monde invisible de quatre éléments immatériels ; c'est la u cité permanente » ayant ses cicux, son soleil, ses astres, qu'il a peuplée d'êtres célestes , composés d'une âme et d'un corps immatériel, et d'un esprit qui les dirige ; tout ce peuple céleste , créé b la foiSf au commencement de toutes choses , constitue la Jérusalem céleite, le peuple de Dieu. (Moneta, 3, 42 et suiv.) Quand saint Paul prijB Dieu de conserver « l'esprit, l'âme et*le corps dus fidèles» (i** Thessal., v, 23;, les Cathares entendaient Tintclligence supérieure exerçant pour t'ùme de chaque homme céleste les fonctions d'ange gardien. (Moneta, 406]

S'ils accordaient donc que le Dieu bon a créé aussi les choses visibles, ils entendaient les choses visibles aux anges et aux hommes célestes. (PerigrinusPriscianus, 94.) N'attribuant pas d'existence réelle à la création visible, elle était pour eux le néant ou rien, puisqu'elle n'était pas l'œuvredu Dieu bon, seul capable de donner Vétre, qui est une perfection.

Lors donc qu'ils conressaient que Dieu a créé le tout, ils excluaient dans leur pensée ce qui e^^t en dehors du Gel ou de la perfeclion. [Act. de Vinq. deCarcass., iUl ; Doat, xxii, f. 96.) On retrouve ici la filiation des expressions symboliques, Niente ou Nulla, appliquées au Pape, prince du monde matériel, en même temps que Tutto à TEmpereur, prince du monde intellectuel, et Ton s'explique celte épitaphe du poëte, si peu comprise jusqu'ici , Theologus Dantes NuHius dogmatis cxpers, c'est-àdire profondément versé dans le dogme catholique , dans la doctrine de messire Néant. Si les Cathares répondaient affirmativement aux inquisiteurs leur demandant s'ils croyaient que Dieu a créé le ciel , la terre , la mer, elc, c'est qu'ils entendaient par le ciel , les âmes célestes, création du Dieu bon , par la terre, les âmes terrestres , non initiées encore à la vérité, par la mer, l'eau pro/bndc et pure de la doctrine du salut, et par tout ce qu'elle contient, la foi qui sauve et purifie. [Disp. inter Cath. et Pater. 4707.) C'est dans ce système métaphorique, adopté pour dépister l'inquisition, que la Comédie a été conçue et exécutée, de même que tant d'autres compositions italiennes et provençales.

D'origine divine , puisqu'elle est l'œuvre directe de Dieu , l'âme humaine, à la différence du corps, n'est pas destinée à rester sur la terre où l'a réléguée sa désobéissance. Elle retournera au Ciel, laissant sa dépouille à la terre, domaine du démon, qui seule est Venfer. (Moneta, 381 ; Reineritis, 4768.) C'est dans le même sens que les Francs-Nfaçons disent au néopliyte qui se présente pour le grade de maître : Shall the dusl retum to the eartk, as it was; and the spirit retum unto God who gave it. (Lighton M.*., 61 .)Toutes les âmes célestes seront sauvées, car si Dieu procédait par élection envers les âmes qu'il a créées, il serait injuste et non plus parfait. Les seuls damnés destinés à rester sur la terre sont les esprits créés par le mauvais Dieu. (Alanus , 24 ; Monéia^ 44 et suiv., 549; Act. de l'inq. de Carcass.^ 4247; Doat, xxii| f. 98 , 404 ; De Toulouse, 4273; Ibid., xxv, f. 60.) Ils rejetaient en conséquence la doctrine de la prédestination, qui leur paraissait une erreur énorme, telle qu'elle est établie par saint Augustin. (Moneta, 549.) Pour ceux d'entre eux que M. Schmidt appelle les dualistes mitigés, l'âme, insufflée par Dieu au corps créé par le démon, était douée du libre arbitre, Ponunt liberum arbilrium , dit Moneta , 6 ; aussi Dante exalte4-il cette faculté sous le nom de nobile virtù, et la fait-il préconiser par Béatrice. {Par., y.)

Jésus-Christ n'était pour la plupart des Cathares qu'une créature du Dieu bon , mais Dante nous fournit la preuve que, pour certains d'entre eux au moins , il était, conséquemment aux doctrines gnostiques, une émanation du Père, ainsi que l'a pensé Néander. (Kirchengeschichte, v, 766.) .Dieu, disaient-ils, n'a pu s'humilier jusqu'à se loger in utero mulieris , pour s'incarner en revêtissant un corps formé par le Dieu mauvais. {Act. de Vinq. de Tout., 4 £73; Doat, xxv, f. 60; deCarc, 4305, ibid., xxxiv, f. 98 ; Lib. sent. inq. Tolos., 249.) Il est venu sur la' terre avec le corps éthéré dont il est revêtu dans le ciel. (Aianus , 69.) Le Christ n'aurait fait que passer par Marie, qui du reste aurait été ellemême pour beaucoup un esprit céleste , en qui il serait entré et d'où il serait sorti par l'oreille (Moneta, 223, 232^ Ev, Johannis, chez Benoist,

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i( 290), doctrine qu'on rencontre dans d'anciennes liturgies de TÊglise et chez plusieurs Pères orthodoxes, en Orient et en Occident.

Le Saint-Esprit, inférieur à Jésus-Christ, diffère de substance avec lui, substantialiter diversus, et avec le Père , qui seul est Dieu ; il est le chef des esprits célestes, de ces anges gardiens qui consolent sur la terre les âmes célestes obligées d'y rester, et auxquels s^applique le nom de Paraclet. (iMoneta, 4, 269 ; Reinerius, 4768.)

On veut que les Cathares crussent à une transmigration des âmes dans un certain nombre de corps, jusqu'au moment où elles reconnaîtront et embrasseront la vérité. (Moneta, 4 42.) Pierre de Vaucernay fixe à sept le nombre de ces transmigrations (556). Âlanus parle de dix et môme de seize. (P. 24.) L'âme de saint Paul, selon d'autres, aurait traversé jusqu'à trentedeux corps, avant d'arriver à la lumière dans le trente-troisième. {Act, de Vinq. de Carcass., 1305 ; Doat, xxxiv, f. 96.) Comment le savant auteur de V histoire des Cathares et Albigeois, dont nous résumons les précieux travaux , n'a-t-il pas reconnu à ces chiffres que de pareilles migrations étaient purement symboliques , comme tout le reste ; que les sept premières se rattachent aux sept grades primitifs de la Maçonnerie, les trente-trois aux trente-trois grades de l'Écossisme templier, et les nombres intermédiaires à la limite indiquée par Dante, à ces grades que ne pouvaient franchir les enfants dont il signalait les volti e voci puerili, enfants qui voulaient bien x^ombatlre Rome, mais n'osaient embrasser la religion d'Amour? {Par,, xxxii.) Telle est si bien la signification de ces diverses transmigrations, que M. Schmidt lui-même nous a dit : « Suivant les Cathares, la mort n'a pas la même signification que pour tous les hommes. Pour ceux qui achèvent leur expiation , c'est-à-dire qui sont initiés dans la secte (pour commencer une vie nouvelle) ^ elle est le terme de la pénitence, le moment où l'âme , dégagée des liens de la matière, rentre dans le monde céleste du Dieu bon. » (ii, 47.) Les autres continuent sur la terre et dans un autre corps l'œuvre de la réhabilitation. Par suite , point de jugement immédiat après la mort, point de purgatoire (S. Bernardi Serm., 66; Eckbert,, 899; Moneta, 374; Reiner., 4752 ; Disp., 4733); point de résurrection de la chair au jugement dernier (Ermengaud., 238 ; Ebrard., 448; Alanus, 48 ; Moneta, 348; Reiner., 4761 ; Disp., 4736); point de prières pour les morts, car Dieu cesserait d'être juste s'il faisait miséricorde aux coupables pour les mérites d'autrui. (Eckbert, 915 ; Alanus, 4 63 ; Moneta, 374 et suiv. ; Dwp., 4733.)

On peut être certain, du reste, que les Cathares croyaient à la transmigration des âmes de la même manière que Ips Templiers modernes croient être tour à tour Melchisédech, Salomon, Cyrus, etc., dont, selon le grade, ils prennent successivement le nom dans leurs loges: de même que Dante croyait avoir passé du corps d'Adam dans celui do Ryphée, dans ceux de David, d Ezéchias, etc. Les inquisiteurs devaient se perdre dansces fantasmagories, et, à leur suite, les historiens, signalanljusqu'aux derniers siècles des Pythagoriciens dans le royaume de Naples. {Voy, Baldachini, Vita di Campanella etE. Renan., Hist. de l'Averroïsme.)

Selon les Cathares, le seul moyen de réhabilitation pour l'âme pécheresse était une pénitence radicale et un changement absolu de vie, en se faisant admettre dans leur église. Cette réception^ appelée le Consolamen-

tum, était leur baptême de feu, ou baptême de FEsprit, en opposition au baptême d'eau ; il se conférait par l'imposition des mains , et indépendamment de sa signification symbolique , il avait l'importance et tous les effets d*un sacrement. (Ermeng., 236 ; Bonacursus, 209; Monela, 273 et suiv. ; Reincr., 1764 et suiv.) De ce moment, le croyant était Parfait, il était Pur, Saint ou Cathare; il était parmi les amis de Dieu, les honthommes , les bons chrétiens. (Mansi , xxii , ibl\Act. de Vinq,^ çà etU; Lib, sent. inq. Tid., 23, 403, 431.)

Eh bien , les héritiers du Temple conservent fidèlement le baptême de feu. Que réiM}nd en effet aux questions qui lui sont posées le récipiendaire au prado de Maître Advitiam, Vénérable de toutes les loges symboliques? Qu'il a été reçu par l'acier et par le feu, — «Que signifie lo feu? —11 rappelle A notre esprit que nos ancêtres, our forefathers^ étaient purifiés par h feu. » [Light on M,\, 237.) Il est bien diflicile de ne pas entendre faits Purs ou Cathares par le baptême de feu ou de l'Esprit. Il y avrait tout un livre à faire de pareilles concordances entre lo Catharismo, la Maçonnerie et Dante.

A Timitalion des Apôtres , les Parfaits s'interdisaient toute propriété personnelle ; les revenus des biens qu'ils abandonnaient s'ajoutaient à un fonds commun servant aux besoins de l'église et de ses ministres, fonds commun alimenté par des donations*, pensions et legs , provenant de la munificence des croyants. (Act. de Vinq. de Carcdss. ; Doat, xxii, f. 44 3; lÀb, sent. inq. Toi., 401, 549.) Ils étaient donc communistes ^ nooâ n'avons donc pas calomnié Dante en le disant socialiste.

Les rigoristes parmi les sectaires réprouvaient le mariage (voy. presque tous les auteurs déjà cités) ; ils s'interdisaient non moins sévèrement l'usage de la viande et de toute nourriture de provenance animale, nbid.) Chez les Cathares mitigés, ces prohibitions n'étaient de rigueur que pour les Parfaits. De là ces dénominations de Pythagoriciens et de Sioïciens par lesquelles les premiers étaient désignés, et celle d'Épicuriens appliquée aux derniers; dénominations reproduites parles écrivains du temps, qui n'en savaient pas la valeur, et par les modernes qui s'étonnent de l'existence de ces sectes philosophiques au moyen âge. En faisant vœu do pauvreté, le Parfait renonçait à toutes les joies de la famille et se consacrait à une vie errante, pleine do périls et de privations. (P. Vall. Cern., 556; Lib. sent. Inq. Toi., 450; Bvervin., 45i.) Qu'on se rappelle l'existence de l'austère Alighieri, s'al3stênant de faire une seule fois la moindre allusion à sa femme et à ses enfants, soit dans son poëme, soit dans ses autres écrits. Voilà pourtant l'homme dont on a fiiit un Céladon platonique el un coureur d'aventures galantes.

Dans la branche de Bagnolo notamment, la plus éclairée, à ce qu'il semble, les simples croyants pouvaient être mariés, posséder des richesj^es, faire la guerre et se nourrir de tous mets indifféremment, sauf absolution des Parfaits. Tous n'étaient pas initiés aux doctrines les plus secrètes du catharisme ; Vinstruction complète n était donnée que ceux dont la persévérance avait été éprouvée. (Reiner., 4768 j Act. de Vinq. de Carcass.y 4 305; Doat, xxxiv, f. 402)

L'organisation ecclésiastique de la secte était des plus simples, car, rejetant tous les autres Ordres de la hiérarchie, el'e n'admettait que lé-

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pîscopat et le diaconat. Les croyants donnaient à leurs évoques le nom de Père ou de Maître^ comme les apôtres appelaient Jésus-Christ, et comme Dante appelle Virgile ou de Virjjilio; ce nom de maître reste de même affecté au Vénérable dans la Maçonnerie ; chez les Vaudois, les évèques étaient désignée par le nom de Barbas, équivalant à père. A chaque évoque étaient attachés deux ministres, destinés à le suppléer, avec le litre de Fils majeur et de Fils mineur. (Nous retrouvons ces deux acolytes dans la Maçonnerie sous les noms de Semer warden etde/umof toarden.) Venaient en dernier les diacres el sous-diacres, appelés, en cas d'absence de l'évoque el de ses fils, A en remplir les fonctions dans les localités éloignées. (Monela, 278, 343. Arch, de Vinq, de Toul., Reiner., 4766.) Or, la Maçonnerie a précieusement conservé ses diacres et ses sous-diacres, senior and junior Deacons. {Voij, Light on M.', dès l'initiation au premier grade.)

Leur église consistait dans la réunion des Parfaits , seuls bons chrétiens et successeurs des Apôtres , peuple de Dieu sur la terre , église devant toujours être pure et sainte dans ses membres, et avoir la saine intelligence du christianisme, pour conserver lô don des miracles. Or, les Parfaits faisaient des miracles, lorsqu'ils convertissaient des âmes à Dieu, éloignaient d'eux les serpents , et leur parlaient des langues inconnues ; linguis novis loquuntur , quia ipsi credentibus suis inavtdita proferunt. {Disp. ini, Cath. et Pat., 4750.) Dante aussi faisait des miracles en parlant et en écrivant dans une langue nouvelle, dont l'Amour était le dittator. Ils refusaient en conséquence le nom et le caractère d'église à celle de Romo, qui conservait dans son sein des membres corrompus et pervers (Ebrard., 133 ; l>isp., 4754), comme ne cesse de le faire Dante dans tout le cours de sa Comédie, divinisée par les sectaires. Ils lui reprochaient ses pompes , ses richesses , le luxe de ses ministres , son ambition, son insatiable avarice (Moneta , 390 , 393 et suiv.) et faisaient remonter sa décadence au temps du pape Sylvestre. (Bonacursus , 209.) Elle était pour eux la synagogue du démon, l'église du Dieu mauvais (inspirateur de l'amour mautmis, Dante), celle dont il est parlé ch. xvii de V Apocalypse. (Moneta, 397; P. Vall. Cern. , 556; Act. de Vinq. de Carcass., 4247, D*, xxii, f. 98 ; Lib. sent. inq. Tolos., 37.) La leur était l'église de» Purs, des justes, den amis de droiture, comme disaient les Provençaux, de drittura^ écrit Dante; et de même les Maçons so disent : Sons ofrighteousness. Nostra est ecclesia ubi sunt homines justi et casfi, non mentientes, non fraudantes* (Disp. int. Cath. et Pat., 4*751 .

L'église cathare, au contraire, étaii la Jérusalem céleste exaltée dans l'Apocalypse, et c'est sous ce nom que l'église de vérité figure encore* dans les cérémonies maçonniques, comme dans la Comédie, où ses habitants sont revêtus de la bianca stola, robe blanche d'innocence, are clothed in white. «La tenture de la loge de réception au grade de Grand- Pontife ou sublime Écossais représente la céleste Jérusalem, descendant du ciel sur les nuages pour écraser les restes de la Jérusalem actuelle (Rome, la cité terrestre) et un serpent à trois têtes ou hydre enchaînée , représentant la perversité, mckedness, des infidèles qui y résident» En bas, la Jérusalem actuelle semble renversée sens dessus dessous, et la Cité céleste semble écraser le serpent à' trois têtes. » Le récipiendaire

mis en présence de ce tableau déclare détester fous les perfides et jure de rompre toutes communications, correspondance et liens d'amitié avec ceux qui sont tels. (Ligth on Jlf.%, 233-34.) Vedi nostra ciUà, dit Béatrice à Dante. ( Par. xxx.)

Mais il y a plus : réglise de vérité se reproduit encore sous une autre forme dans les cérémonies maçonniques. Nous avons parlé (note 46 du ch. xxni) de la conception dans la lune: voici comment celte 6gure est expliquée au récipiendaire: The conception or womaV rising in ihe moon, demonstrate^ the purity that matter subsists of in order ta remain IN ITS PURE STATE wimixed with any other body, from tvhich must corne a new king and a révolution, or fuUness of lime fiUed with glory, whose name is albraest ( Vabraxa gnostique?). Or, rien de plus clair que ce symbole, grâce aux explications de noire commentaire et aux preuves à l'appui. Il nous montre Téglise cathare sous la forme d'une femme ou d'une vierge pure, s'élevantau milieu du monde catholique, de la lune maculée, toute matière, s'y conservant immaculée, unmixed uith any other body, et devant enfanter un Messie appelé à opérer une glorieuse révolution religieuse et sociale, quand les temps seront accomplis. On voit que la lune conserve ainsi dans la maçonnerie la signification symbolique qu'elle ne cesse d'avoir dans lîi Comédie. Cet asire changeant est encore là TÊglise romaine^ bien différente de celle viei^esans tache, de cette Marie, chaste mère du Rédempteur impérial, personnification mystique de la communauté des Cathares.

Dieu étant présent en tous lieux, surtout « là où deux ou trois sont assemblés en son nom, » ils ne se réunissaient que forcément dans des édifices de pierre. Ils célébraient indifféremment les cérémonies de leur culte dans des forêts , des prairies , des vallées , des cavernes , dans des châteaux ou des cabanes. (Ebrard., 432, 462;Alanus, 458; Moneta, iH ; Disp,, 4749 ; Euthymius, de Bogom,,t7,) - Où nos anciens frères se réunidsaient-ils avant qu'ils eussent des loges? est-il demandé à l'apprenti maçon, qui répond : On the highest hiils and ihe lowest traies ; et trois suffisant pour composer une logo parfaite, on rappelle, dans la prière adressée à Dieu, les paroles du Rédempteur : Thouhast promised that a tvhere two or three aregathered togetherinthy name, thou fciU be in themidst ofthem, and bless them. » Light on M.*., 45, 38. Une nappe blanche sur un banc, sur une table, où le Nouveau Testament était ouvert à l'évangile do saint Jean , tel était leur autel et tout l'appareil du culte. {Act. de linq.) Vous trouverez de môme une bible ouverte sur ce qu'on appelle l'autel dans les cérémonies maçonniques. A leurs yeux, les images étaient des idoles. (4452, Fast. Corbienses, 77; P. Vall. Cern., 557; Moiieta, -i54; Disp., p. 4749, etc.) La croix rappelant un triomphe du Dieu mauvais , ils l'avaient en horreur, ne comprenant pas que des chrétiens pussent adorer, dans l'instrument de son supplice, rignominio du Sauveur, ignominiam Christi, disant : Si pater vesler suspensus esset in aliquo patibulo , ipsum patibulum abominaremini , et non honoraretis illud. (Moneta, 464 ; Ub. sent, inq, Tolos., 42, 121, 4:^2, 4<8, 4 94 .) Crucem dicunt characterein esse bestice, quœ in Apocalypsi esse legitur , et abominationem in loco sancto. ( Bonacursus , p. 209.) On comprend dès lors pourquoi les Templiers, d^ns leurs initiations mysté-

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rieuses, auraient craché sur ]a croix. Du reste, les inquisiteurs opéraient certes de leur mieux pour faire prendre en horreuraux sectaires, soumis par eux à la pénitence, cotte croix qu'ils leur faisaient porter sur leurs habits, en étoffe de couleur rouge. Aussi Dante 'a-t-ii soin d'indiquer que celle de ses Patriarches des croisades est de toute aut,re forme.

Le service religieux consistait dans une prédication ou instruction sur un passage du Nouveau Testament ; ensuite, les croyants, ployant les genoux, imploraient la bénédiction. Tous alors récitaient l'oraison Dominicale, l'unique prière qu'ils crussent permise à des chrétiens, et ils la terminaient par ces mots, qui ne se trouvent pas dans la Vulgate ; « Car à toi appartiennent le règne , la gloire et la pui^ance à jamais. » (S.Matth., VI, 43; Arch. de Vinq. de Carcass.y n%2, D', xxii. f. 4406; Vaisselte, m, pfeuves, 436, 438; Lib. sent. inq. ToL, 40, 44 ; Pereg. Priscianus, 95; Arch, de Vinq. de TouL, 4273, f. 47; Moneta, 445.) Aussi vous remarquerez que Dante s'est abstenu dans son xi' chant du Purgatoire de donner la fin du Pater noster, qu'il fait réciter aux orgueilleux. Le service Sd terminait par la bénédiction, qui se donnait en ces termes : Le Père, le Fils et le Saint-Esprit veuillent vous épargner un jour et vons pardonner vos fautes. (Àrch. de Vinq. de Toul., 273, D^, XXV, f. 447-49; Lib. sent. inq. Toi , 29.)

Le consolement ne se donnait qu'aux adultes et aux croyants des deux sexes, jouissant de toutes leurs facultés. (Actes de Vinq. ; Eymericus, 433.) « Je promets, disent aujourd'hui les Maçons, de n'admettre à l'initiation ni un vieillard en enfance, ni un mineur, ni un athée, ni un idiot ou un fou. » (LightonM,'., 62.)

Dans les temps de persécution, cette cérémonie, la plus imposante du culte, se faisait de nuit et dans lé plus grand mystère. (Eckbert., 944 ; St. de Bellavilla, 90.) De nombreux flambeaux allumés symbolisaient le baptême de feu.* L'assemblée se rangeait en cercle (figure parfaite) autour de la table couverte d'une nappe blanche servant d'autel (Vais- ' sette, III , preuves, n"' 224, 387), perordinem incircuitu cum reverentia magna. (Eckbert., 944.) The Brethem assemble round the altar, and FORM A ciRCLE, leaving a space for the most Excellent Master. (Light on M,-., 446.) Le ministre, placé au centre, donnait au néophyte, debout près de lui, l'instruction doctrinale, le bénissait par trois fois (comme saint Pierre, qui tre volte cinse Dante), et recevait du nouveau frère la promesse de se conformer aux règles de la vie cathare; engagement analogue à celui que prennent les Maçons. It s'engageait, entre autres, à ne jamais dormir sine camicia et bracis, ce que prescrivait aussi la règle des Templiers, et à être toujours accompagné de son socius. (Forma qualiier hceretici hcereticant hœreticos suos; chez Martenne etD. Th. Nov. anecd., V, 4776; Arch. de Vinq. de Carca^., 4243 , D^ XXII , f. 410 a.) Le Pasteur lui donnait ensuite le livre saint â baiser, puis appelait, sur lui l'EspritSaint, le Paraclet. Alors l'assemblée récitait l'oraison Dominicale, et le service était clos par la lecture des dix-sept premiers versets de l'évangile selon saint Jean (Vaissette, /. c; Ermeng., 236; Euthym., Narr. de Bogom.t 26), lecture reproduite fidèlement duns certains grades de la Maçonnerie ; ajoutez que dans les

récepUoiifl il n'est pas moios cité de psaumes ou de passages de VApocalypiê que sur. les rampes du Purgatoire.

Eu signe de son initiation , le frère consolé recevait quoddam filum iubtile linewn vel Utneumpro habitu (les Maçons appellent leurs iosigoes OM bijoux abito) quem portai supra camiciam. (Forma qualiter, etc., I. c; Lt6. sent, inq, Tohs., 249.) Les femmes portaient cordulam cinctam ad camam nudam subtus tnamillas, (Àrch, de Vinq. de TouL, 4:273, D^ XXV, f. QO a.) Il est assez remarquable qu'aujourd'hui encore Tappreoti Maçon est introduit dans la loge de réception ud pied nu, Taulre chaussé d'une sandale (en souvenir des insabbatati?) avec une corde autour du cou, dont la longueur mystique est de trois milles (Light on il.-., 8], et le Maître Maçon de Marque, Mark master, avec celte même corde roulée quatre fois autour du corps. (Ibid,, 96.) Le nouveau Parfait recevait par deux fois le baiser de paix, que le ministre lui donnait-sur la bouche, bis in ore ex transverso; osculum fratemitatis qu'il transmettait à son voisin et qui passait ainsi à la ronde , puis l'assemblée se séparait. {Forma quai, etc., L c; Arch, de l'inq. de Carcass., 4243, DS xxii, f. 442 6, etc.) Les Parfaits et les Parfaites se donnaient entre eux les noms de frère et de S(Bur, {AcL de l'inq. de Carcass., 4243, DS xxiv, f. 203 et suiv.) Aussi Dante ne manque-t-il pas d'employer les vocables fraie et suora, uu lieu de fratello et de sorella. Ilâ avaient de plus des mots et des signes particuliers pour se reconnaître entre eux, sans se révéler aux autres. (Alberic. 326, Proc. d*Arm. Pungilovo, Mural., Ant. tï., V, 434.) Tous ces usages rituels se perpétuent encore fidèlement dans la Franc-Maçonnerie, et se retrouvent avec les moindres détails dans la Comédie.

Chez les Cathares, la cérémonie appelée bénédiction o\i fraction du pain correspondait à la Sainie-Cène ; elle se répétait à chaque repas. Après avoir récité l'oraison Dominicale , un ministre, ou le plus âgé des Parfaits, bénissait un pain, dont il distribuait les morceaux aux assistants. (Evervinus, 455; Reiner«, 4763.) Ils appelaient ce pain panem sonda orationis (Lib, sent. inq. Joi.^Eymeric, 274), disant quod erat pams de Deo. (Ùb. sent., 442.) Dans les temps de persécution , le pain béni était porté en secret aux croyants éloignés, surtout aux fêtes de Noël et de Pâques, (Proc. d'Arm, Pungilovo, chez Muratori) Antiq, it., V,437; i4rc^. de l'inq. de Toul, elLib. sent., 442, 460, 498.) Ils n'atiachaieut du reste aucune signification mystique à leur pain bénit, bien loin de croire qu'il eût à devenir, par la consécration, le corps même de Jésuâ- Christ, puisque pour eux ce corps n'aurait été qu'apparent. (Eckbert., 922 ; Ëbrard., 447; Reiner., 4763.) Les Maçons ont aussi la fraction du pain dans leurs banquets, où ils reproduisent celui d Emmalis (Ught on M.'., 234 ) ei Dante y fait maintes fois allusion tant dans son Convito que daus la Comédie.

Leur pain céleste n'était pas celui que les Parfaits avaient béni, c'était la parole de Dieu, procurant la vie à celui qui s'en nourrit {Arch. di Vinq. de Carcass., 4305, D\ xxiv, f. 4 00a; Eymeric, 274); c'éUil cette doctrine de vérité que Dante appelle, dans son Banquet, le pain des anges. Pour eux le corps du Christ, c'était leur église , à les en croire la seule église de Dieu. (Steph. de Bellavilla.) Interrogés s'ils croyaient à hi présence réelle du corps de Jésus-Christ dans la Cène, ils répondaient

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uffirmativemmit entendant parler de leur propre personne , consacrée par le pain bénit, membre de réglise des saints, et prùente à la célébration. (Eckbert., 899, 924.) Cest toujours la même subtilité, les mêmes équivoques imagées dont abonde la Comédie.

L'église cathare , formée de la communion des Parfaits, était l'église idéale, invisible, réalisée sur la terre ; les croyants, Téglise extérieure et visible à côté de celle de Rome. Partant de ce principe que, pourcommu* niquer le Saint-Esprit, il faut le posséder soi-même, et que, pour pouvoir laver les souillures des autres, il faut avoir les mains pures, ils exigeaient chez leurs minisires la pureté absolue , la perfection morale. (DisfhU., 4753.) Voyez dans les rituels toutes les recommandations de vertu, de probité, de charité, d^amour du travail, adressées par les Maçons aux récipiendaires, et notamment la réception au grade de Royale Arche, où il est donné lecture de la deuxième épitre de saint Paul aux Thessal., c. m, du V. 6" au 48«. (Ught <mM.\, 424.) Accusant d'autre part le clergé catholique d*avarice , de simonie , d'intempérance , d'oisiveté , d*hypocrisie, etc., ils refu^aient toute efficaciié à ses prières, car selon eux, sa fol était fausse et morte , la vérité n'était pas dans sa bouche. (Arch. de l'inq. de Toul, D^ xxv, f. 39 a; saint Bernard, Serm., 36, i, 4500; Eckbert., 902; Moneta, 433, etc.)

Les croyants, astreints à une sévère éconoitiie, menaient une vie active et laborieuse , afin de subvenir à la fois à leurs besoins et à ceux de réglise cathare, à ceux de leurs frères indigents ou malades. (S. Bernard., Scrm., 66, 4494; Joachim, In Apoc, f. 432; Ebrard., 470; Luc. Tud., 463 ; Moneta, 306.) Ils avaient leurs hospices et leurs écoles gratuites. (VitaS. Dominiei, inAct. sancU Août, i, 569.) Très-versés dans la connaissance de rÈcriture sainte et très-habiles à l'interpréter en leur sens. (Eikbert. , 923.) leurs Parfaits soutinrent souvent avec avantage de longues controverses contre les théologiens de TËglise. En effet, la plupart, dans le midi de la France comme en Italie, sortaient des familles de la noblesse et de la riche bourgeoisie, dont la culture intellectuelle était beaucoup plus avancée qu'ailleurs dans ces contrées, et les jeunes gens capables étaient envoyés dans les universités pour y terminer leur éducation, surtout dans celle de Paris. (Lett. d'Yves de Narb.y 4245; ap. ; llatth., Paris, 413.

Le suicide , loin d'être un crime ou même un péché aux yeux des Cathares, était pour eux une marque do foi , une preuve de sainteté. lis y avaient donc recours, par le fer, la faim, la strangulation ou le poison, soit pour ne pas tomber vivants aux mains des inquisiteurs, soit pour échapper aux souffrances du bûcher, soit même pour ne pas perdro les effets du consolement et finir comme les anciens confesseurs. Le suicide par la faim s'appelait Vendura. {Lib. sent, inq. Toi., 28, 33, 70, 4M, 434, 479 ; Reiner., ap. ; Gretzer, 40.) Rien de plus logique dès lors que la béatification de Caton d'Utique, signalé, dès les premiers vers du Purgatoire, au respect des croyants, comme le représentant do Dieu, à qui l'âme noble ou cathare doit revenir, de même que Marcie à Caton. Quale uomo terreno ptù degno fu di significare iddio che Catone ? Certo nullo. (Conv., iv, cap. 28.)

Notre intention ayant été de n'appeler ici l'attention que sur les

dogmes, opinions et usages cathares dont on peut trouver trace dans la Comédie, et dont la reproduction identique saute aux yeux dans les mystères de la Franc-Maçonnerie, tels qu'on les célèbre encore de nos jours, nous terminons ici ce résumé. Nous étions pourtant bien (enté de donner un peu plus de développement à ce petit traité d'urchéologie comparée, d*où semblerait résulter la parfaite consanguinité du Catbarisme et de la Maçonnerie. Nous ne songions à rien moins, en effet, qu'à établir, à l'aide de rapprochements assez saisissants, la fraternité de Torganidalion maçonnique et de la Comédie. Que voulez-vous ? nous sommes un esprit tellement sophistique et paradoxal! Oui, c'est à ce point que, pour nous, Dante serait le véritable père de lu Maçonnerie, telle qu'elle existe encore aujourd'hui. Il en aurait combiné tes grades noaibreux, les symboles, les cérémonies diverses, en les greffant sur les mystères bizarres du Temple, si peu connus maintenant, de manière à y relier, sans les confondre, faction politique et Taclion religieuse, toutes deux soumises à une direction unitaire. On y retrouve, en effet, pour peu qu'on veuille y regarder, les idées théoriques et gouvernementales, le faire et jusqu'aux expressions de ce génie encyclopédique. Sa paternité s'y révèle à chaque pas, dans ces allusions géminées à l'Écriture et à l'histoire, dans ces citations des psaumes ou de l'Evangile qui se reproduisent de .grade en grade; dans la glorïGcation de la raison, de la justice ou droiture, du travail, de la charité pour le pauvre et l'opprimé; comme aussi dans la haine qui y respire contre les destructeurs du Temple, en s'alliant à une prédilection toute particulière pour l'aigle romaine, the Roman Eagle ; toutes choses qui, pour être passées inaperç^ies depuis longtemps, n'ont pas moins leur signification pour les profanes qui s'avisent de réfléchir.

Et puis comment ne pas être frappé en voyant les Chevaliers de h Marque chrétienne procéder à leurs travaux en vertu d'une bulle du pape Sylvestre, 61/ a bull of his holiness Pope Sylvester ; au temps duquel les Cathares font remonter leur séparation de l'Église romaine {Bossuet, hist, des Var.)\ d'où les Séparés, Kado8h,o\i Solitaires ; en remarquant certaines marches maçonniques exécutées contre le cours du Soleil, à l'instar du vol de l'aigle romaine^ que Constantin volse contra il corso del Cieb. (Par,, VI?) Comment ne pas s'étonner surtout en croyantreconnaître, pour l'avoir vu figurer en Paradis (xni), le Salomon des Maçons, fondateur^du premier Temple, et vengeur du fils de la veuve, comme Trajan, qui la vedovella consola del fiylio (xx), dans le Salomon-Trajan de Dante, Henri VII? Quand, bien plus, ce triplex etunus Deus, opposé au serpent à trois tèles, au triplex Geryon, nous parait se confondre si complètement avec le Cyrus maçonnique voyant, dans un rêve, le vieillard au pied d'argile (Enf. xiv), sous la figure de Nabuchodonosor chargé de chaînes, etPhilippe-le-Bel sous celle d'un lion féroce, comme au début de la Comédie.

Aussi en sommes-nous à nous demander, si le Cyrus sous le patronage duquel fui reconstruit le second Temple, celui qui, résolu to libérale the captivesj(ccs pauvres Cathares esclaves dans Babylone) permit à Zorobabel to approach the degrees of his throne; qui lui demanda à être initié aux mystères du Temple, en déclarant porter lui-même le

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tablier de$ maçons et le faire porter à ses courtisans « à llmitalion des ' ouvriers du Temple » (Voy. Liyht on Mr., 443-48, 52, 307 et suiv., et Villiaume, 421-35), ne serait pas, en déBnitive, Henri de Luxembourg; car alors le Zorobabel, qui entreprit si courageusement la reconstruction désirée, ne serait autre que le gran Padre Âlighieri lui-même, si tieureux, nous le savons, d'avoir été admis à embrasser les sacrés genoux de son prince bien aimé, VAgnus Dei, rédempteur des captifs. (Lettre de Dante à ce monarque.)

Si donc nous ne sommes dupe d*un mirage trompeur, il y aurait peu à s*é(bnner de tant de points de ressemblance entre la Trilogie dantesque, où domine un symbolisme mystique d'une obscurité suvammentcombinée, et cette institution mystérieuse, aux cérémonies et au langage bizarresi dont les membres, ne connaissant, à l'heure qu'il est, ni son origine ni soiî but réel, en sont arrivés à croire que leur secret n'est qu'un mythe destiné à voiler une école de philosophie naturelle (épicurienne, pythagoricienne, platonicienne, stoïcienne, c'est tout un). La Comédie, en effet, ne serait alors que la mise en œuvre poétique d'une même idée politique, religieuse et sociale, enfantée par le même cerveau olympien; idée puissante autant que féconde, dont l'influence/s'étendaot aujourd'hui encore sur le monde entier, y aurait réalisé, sous forme républicaine et sous tous les gouvernements, la Monarchie universelle du génie qui avait rêvé celle de l'Empire (*).

Desirerait-on maintenant savoir à quelle époque s'opéra la fusion entre le catharisme, le templarisme et le parti impérialiste ou gibelin, fusion à laquelle Dante, fait très-clairement allusion dans les derniers chants du Paradis, [voy. aussi le xxiii^), et à laquelle son habileté diplomatique ne fut pas certe étrangère? Qu'on lise avec attention cet exposé historique dont nous donnons ici la traduction fidèle, sauf quelques parenthèses :

a Après les persécutions dirigées contre les Templiers, dont l'Ordre fut banni au concile de Vienne, le 4*"^ octobre 4344, et dont les propriétés, laissées à la disposition du Pape, furent données en partie aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, en 4 34 2 ; le nombre des chevaliers qui avaient échappé était fort restreint. Us cherchèrent donc à recruter leur Ordre en y admettant des personnes qui leur inspirassent confiance et qu'ils crussent capables de garder un secret de la plus haute importance. C'est ce qu'ils trouvèrent parmi les bons et vertueux Maçons que Saloinon avait distingués après la construction du Temple. (Lisez parmi les bonshommes de la Massenie du Saint-Graal, dont les travaux avaient pour but la Jérusalem céleste, et qu'avait distingués antérieurement le Salomon Frédéric II, par lequel le gnosticisme avait fait invasion dans le Temple.) La candeur et l'intrépidité.dont ils avaient fait preuve dans les plus grands

(*) Si ces études tombent dans les mains de quelqu'un !des dignes Maçons qui répudièrent l'Ordre après le meurtre du F.*. Morgan, ^et publièrent le livre curieux intitulé ligfit on Masonry ; ilA reconnaîtront sans doute Terreur dans laquelle ils sont tombés, en croyant la Maçonnerie dirigée contre le christianisme, lorsqu'elle ne menace en réalité que l'Ëglise romaine, dont les cheCs, ne s'abusant pas sur sa portée réelle et peut-être même sur son origine cathare, l'ont frappée mainte fois d'excommunication. Ils n'ont pour s'en convaincre qu'à ajouter au mot religion, l'épithète catholique^ dans l'allocuUon du P, Adam, pages 2d5 et suiv. de L. on M,\

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dangers, la sagesse, Tunion, la charité, l'amour, rimpartialilé, la discrétion et le zèle qu*on admirait cheE eux (les dritti coêiumi de ces teMto santi qui édifièrent le Toulousain Stace, si versé dans les mystèrss du VasoNaturale, Purg.,xxii, xxv), tout cohtribuaà leur persuader, qu'ils ne pouvaient mieux faire que de s'vmn avec euI. Leurs pères, leure patrons et affiliés recherchèrent donc la faveur d'être admis dans leur association et initiés à leurs mystères. Les nouveaux initiés furent informés par les Maçons (du Saint-Graal) de ce qu'ils étaient réellement, des événements d'une cruauté barbare auxquels ils avaient échappé (la croisade albigeoise) et des résolutions qu'ils avaient prises d'augmenter m^ crètement leur nombre, de rétablir leur Ordre (du Saint-Graal) et de reprendre possession de leurs domaines (du Languedoc et de la Provence). Los Templiers offrirent alors à leurs frères leur concours, pour les aidera prendre leur revanche et, leur cause étant désormais commune, ils les invitèrent à compter sur eux et sur leur Juste gratitude (pour leur avoir tendu la main comme à des frères opprimés). Les chevaliers Grands-Élds ayant approuvé leurs projets et accepté les offres des Princes Maçons, il fut convenu entre eux qu'en place de l'insigfte de Tordre du Temple, qui était une crota;Cvue d'assez mauvais œil des deux parts, comme iflfr' trument de la Passion du Christ), les uns et les autres adopteraient dorénavant les symboles, signes et mots de passe des Maçons. Divetsês mialogies dans les événements de leur histoire donnant aux Templiers la conviction que les diflérents signes de la Maçonnerie {Massenie) les mettraient entièrement à couvert contre là malice de ceux qui chercheraient, comme il avait été fait déjà, à s'introduire frauduleusement dans TOrdre, et qu'ils ne pouvaient mieux confier le véritable secret, qu'à ceux dont ih avaient, à l'épreuve, reconnu la loyauté, et en qui ils avaient la plus grande confiance. (La langue maçonnique serait alors celle dont Adam dit! ÏJidioma c/i' io usai e fei, Par. xxvi.) Il en fut donc ainsi, et les Templiers passèrent par les différents degrés connus dans la Maçotinerie qui, remontant à la consiruction du Temple de Salomon, se perpétua jusqu'à sa destruction, signalée par les événements les. plus remarquables; icé^ nemcnts entièrement analogues à la DEStRucrroit des ctiEvAUttê t)u Temple (mêmes causes, mêmes effets dans la croisade albigeoise qtii écrasa la Afas5(mt>).... Voilà d'où la Maçonnerie est dérivée et comment elle a été transmise jusqu'à hous ; voilà ce qui nous porte à nous asso* cier des hommes dont le mérite, le courage, les bonnes mœurs, leur valent de titres à ce qui n'était accortié qu'à la naissance chefc les ancêtres des Templiers. »

II y a certes là toute une révélation et ce récit d'une extrême limpidité, qui remonte probablement jusqu'à Dante lui-même, porte en soi tous les caractères de Tauthenticiié, quoiqu'il ne fuille certe en chercher les éléments ni dans les chroniqueurs ni dausles historiens anciens ou modernes. Mais on le trouvera tout entier dans Light ohM,\^ 285-86, tel qu'il est journellement débité par tes héritiers du Temple et des Bonshommes de la Massenie, dont les plus doctes croient n'accomplir qu'une vaine cérémonie et ne se doutent pas qu'ils font un cours d'histoire. lU ne se doutent pas davantage que ces Chevaliers de Malte auxquels ib font jui^ une haine implacable, ne sont autres que les champions du Pape, seigneur

DE l'hérésie dé DANTE. 1290

) suzerain, comme capo reo, du chàteau-fort de Malte, sur le lac de Bol-

> dentia, où étaient enfermés les criminels ecclésiastiques; pénitentiaire

' auquel Dante ne manque pas de faire allusion, à ce tiire, cbant tx dti

Paradis. Ils ne se doutent même pas, s'ils savent que le fameux Hiram

I Abiff, assassiné par des misérables, est la figure de Jésus-Christ ; qu'il

est aussi la personnification mystique de l'église cathare elle-même^ de

I ce Temple de la Jérusalem céleste dont le Sauveur, Grand Architecte

I qu*il était, disait aux Juifs qu'il le reconstruirait en trois jours ; église

i cathare ou « loge dont la première place fut erktre trois moi^gnes inac-

f cessibles aux profanes, dans une profonde vallée, où régnaient la paix^

\ la vertu et V union, » (Light on M.*., 306.)

r Mais il ne faut pas donner aux érudits, qui fîfiiraient par être déso-

\ rientés, trop de besogne à la fois, nous nous arrêtons donc et nous reH-

ï verrons ceux qui désireront de plus amples rensigoements sur le catha-

r risme proprement dit , à V Histoire des Cathares, de M. G. SchmidI ,

I œuvre remarquable, qui nous a été d'un grand secours, et dans laquelle

I une impartialité toute chrétienne met encore mieux en relief la plus cons-

I ciencieuse érudition.

i Nous ne terminerons pas cette note sans inviter les théologiens et avec

) eux le savant historien de Port-Royal des Champs, à rechercher s'il ne

I serait pas possible de retrouver quelques traces des doctrines cathares

f dans celles que la Compagnie de Jésus poursuivit avec tant d'acharné-

I ment soùs le nom de jansénisme ; car les opinions religieuses de ces

; Solitaires, dont la vie austère et la morale régide rappellent étonnamment

I la manière de vivre et de penser des Parfaits, pourraient bien remonter

t beaucoup plus haut que l'évêque d'Ypres. Nous en croirions volontiers à cet

égard l'instinct persécuteur des inquisiteurs du grand roi, fort éloignés

I de partager l'admiration enthousiaste de Dante et de Pétrarque pour les

; Solitaires. Que dirait M. Cousin, grand Dieu! s'il lui fallait reconnaître

I des Parfaites dans le^ belles pécheresses de cour, gracieux objets de ses

I amours platoniques rétrospectifs '^

Notre inteotion était de condenser à la fin de ce Commentaire les nouveaux éléments fournis par le Paradis^ pour compléter la Clef du langage symbolique des fidèles d'Amour; mais le volume est déjà bien gros, puis cette Clefn'éxwM qu'un résumé ou table alphabétique, il sera toujours temps de lui donner son complément. Nous n'y manquerons pas, si Dieu nous prête vie, pour Tédification de M. Saint- René Taillandier et de ses patrons, dont la bienveillance à notre égard $*est manifestée à tant de signes. Nous espéron.snous en acquit-

1300 PREUVES DE l'hérésie DE DANTE.

ter de manière à les oietlre en mesure d'entendre coarainmeoi k Taidç de nos bouffonneries^ dont l'Académie des inscriptions et belles lettres doit s'amuser un de ces jours, les poètes et romanciers provençaux, Pétrarque, l'Arioste, le Tasse, fioccace, les sonnets de Michel Ange, la prose de Gravina, de Marsîle Ficin et des autres platoniciens composant la Société de la Truelle, etc., ce que nous les déûons de faire, même à Theore qu*il est, avec toute leur gra?ité et tout leur bagage bibliographique. Il ne soflBt pas, en effet, d'afoir lu beaucoup de lettre moulée, allemande ou autre, et même de vîeui manuscrits, pour se poser en docteur et se croire eu droit de rudoyer le pauvre monde; il semble encore qu'il conviendrait au moins de comprendre ce qu'on a lu. Nous tâcherons donc dans notre humble sphère d'y aider ces superbes maîtres, sans même espérer d'eux un remcrcîment pour leur avoir mâché le pain des anges. Puisse-t-illcor être léger !

La critique est une puissance qui date de bien loin et, du grand au petit, il faut compter avec elle, sans trop se préoccuper de ses caprices et de ses boutades; car elle a, comme tous les souverains, ses engouements et ses répulsions, avec les meilleures intentions possibles de se montrer juste envers chacun. Mais gardez-vous d'appeler son attention sur un ouvrage sérieux dans Tinslant où il lui plaît de se distraire* aux éclosions de la littérature facile ; ne lui parlez pas de fouiller dans de vieux livres, lorsque s'étalent sur son bureau les plus fraîches productions de l'esprit du jour; ne lui demandez pas un effort, un labeur quelconque, quand, mettant à profit les loisirs que lui laisse la politique, elle se complaît aux douceurs du far poco, Ob ! alors rien nepent l'émouvoir. Nul ne le sait mieux que nous qui, depuis trois ans, allons sollicitant humblement de ses organes les plus accrédités, non des éloges, mais un jugement motivé, et qui n'en sommes guère plus avancé pour cela. Mauvais vouldr chez les uns, sous une influence que nous révélerons peut-être un jour, défiance chez d'autres , paresse chez certains et indifférence chez tous pour une question sans actualité, dont il faut rechercher laborieusement la solution aux xiir et xiv* siècles. Voilà ce que nous avons le plus généralement rencontré.

Ce qui vient, il faut l'avouer, à la décharge des organes de la cri*

tique, c'est que nous n*avons pas été plus heureux près des diverses académies, dans lesquelles nous comptions trouver des juges compétents, et auxquelles nous nous étions fait, en conséquence, ua devoir d'adresser nos études sur la (Comédie. C'est sans doute qu'elles leur ont paru absolument indignes d attention ; sinon, ces corps illustres auraient trouvé moyen, par quelques paroles bienveillantes, d'exprimer leur opinion sur l'ouvrage et d'encourager l'auteur, éclairé par leurs conseils, à poursuivre ses travaux.

Rebuté ainsi de toutes parts, je n'en dois que plus de gratitude à HM. Félix Mornand et Jules de Prémaray, non pas uni pour la courtoisie avec laquelle ils ont fait droit à ma requête, que pour Je courage qu'ils ont eu d'émettre les premiers une opinion favorable à mon égard, et de proclamer en face de nombreux opposants, dont les plus hostiles n'étaient pas ceux qui élevaient la voix, que l'auteur de Dante hérétique et de la Comédie commentée dans son sens intime,^ pourrait fort bien avoir rencontré juste, en signalant dans le grand ' poète florentin un tout autre esprit que celui du catholicisme et du dévoilement à l'Église romaine.

Je suis heureux de compter aussi parmi les hommes de savoir et d'intelligence ayant compris ce qu'il pouvait y avoir de vrai et de ftoond dans la voie où je marchais en éclaireur, MM. Philarète Gbash», F. Aiaux, du Constitutionnel, Â. Peyrat, de la Presse, Jourdan et A. Michel in Siècle. J'en citerais bien encore quelques-uns, mâh U ne faut compromettre personne, il faut attendre que chacun ait pu formuler son jugement lorsqu'il trouvera le moment opportun.

Car ces honorables écrivains ne sont pas les seuls ï penser ainsi. Pios d'un homme de lettres, je le sais, parmi ceux qui ont fait une étude particulièro des littératures du Midi, auraient volontiers formulé leur avis dans le même sens ; mais la partie la' plus obscure du poème, le Paradis, restait à interpréter, ceHe qui paraissait dérendue par un plus formidable boulevard d'orthodoxie. Les forces du commentateur pouvaient le trahir au moment décisif, et son audacieuse entreprise avortée, il restait en butte i tous les traits du ridicule. A quoi boa s'exposera partager son sort? Le plus sage n'était-il pas d'éviter de se compromettre en prenant parti avant que la victoire fût assurée? Et voilli comment les traditions d'béro&me passent de la politique dans la littérature.

£h bien, raison de plus pour redoubler d'efforts et pour conduire ii fin la tâche commencée. Il s'agissait d'ailleurs de prouver aux deux honorables écrivains qui, seuls, nous avaient tendu la main dans Ta-

l^Qdoq où nous laissaient tant d*autres, dont il semblait que Qons aurions été en droit d'attendre assistance, que nous ne sommes pas de ceux qui lâchent pied lorsqu'ils se spot une fois engagés sur le terrain de la vérité.

FuiSi comment battre qq retraite, quand le nombre des contradic* teurs allait s'éclaircissant ; quand les seuls qui se soient risqués à engager un simulacre 4e discusMon, renonçant à la soutenir et se renfermant d9lts Uf^ silence prudent, laissent à d'autres le soin de les suppléer 7 On a pu juger de la valeur de leurs arguments par les citations dont nous avons fait précéder notre commentaire des deux premières Cantiques, Voyons si l'orthodoxie de Dante aura recruté des champions plus redoutables dans le cours de cette année.

|4e premier en date est U. Atto Yanucci, qui dans un article de la Hemta Enciclop^ica du 5 février 55, publiée à Turin, nous signale comme un détracteur de l>ante, « voulant fai]*e passer tous ceux qui voient en lui une des plus grandes intelligences du monde pour un troupeau d'imbéciles, yegg^ di stalidi; « je serais de plus, à l'eu croire, un ennemi de la liberté et de l'indépendance italienne ; en conséquence, j'aurais écrit « amire Dame et contre les autres grandes in^ligences des siècle» passés, afin de faire tomber mes coups sur les hommes qui professent, de notre temps, cette hérésie qui se propose pour but la liberté des peuples, Per bauere cosi gli uominiche aie età noêtra professarono l'^e^ia chevuoU fattiliberi ipapoli, »

Ce n'est pas tout, j'appartiens comme catholique « à cette école intolérante qui, gouvernée par la fureur, emploie les injures au lieu de raisons, et vaudrait voir brûlés tous ceux qui ne pensent pas comme elle; n je suis au nombre des « champions furibonds de l'ordre^ furibondi campioui deW çrdws et mon livre contre Dante, dont je suis l'aceusaiare furibomlo, dicté par la fureur, la mauvaise foi et la folie, nuovofurore, mala fede e folUa» est un immense recueil de songes, d'arguties, d'erreurs et de furibonde irisiizie, » Pauvre signor Atto I vutre article furibond m*a fait bien rire. Pourquoi aussi vous escrimer de la sorte contre des moulins k vent? Il vous était si facile de vous renseigner sur mon compte k Turin même ; Leopardi, mon collaborateur et mon ami, vous aurait affirmé que je n'étais un fanatique ni en religion ni en politique et que je ne veux faire brûler personne ; autant en aurait fait Massari, l'honorable député ; tous deux prêts à jurer que durant des années entières ils n'ont remarqué en moi aucun symptôme de fureur. On vous dira même au besoiu que j'ai pu discuter tranquillement dans le salon de J. Ricciardi avec Mazzini, sans la

moindre velléité de le prendre aux ohevcnx, quoique nous fussions loin d'être du même avis au sujet de sa lettre au 'Pape, qu*ii venait de publier. Bien plus, il m'est arrivé maintes fois de m'entretenir, très-amicalement je vous jure, avec les deux Poerio, avec ¥^ Ruggiero, avecBozzelli, qui depuis, mais alors il était vertueux, avec Texcellent Mammiani, le savant M" Melloni, Monsignor Muzzarelli, encore bien d*autres, qu'il y aurait peut-être danger à citer quanta présent, et de traiter avec eux les grandes questions de l'indépendance et de la liberté constitutionnelle en Italie. Or, » nous n'étions pas toujours d'accord sur les moyens, ceux d'entre eux qui ont survécu vous attesteraient, qu'il n'y eut jamais dans nos discussions doute, divergence sur le but à atteindre. Quant à ma bonne foi, je m'en rapporte à ce que vous en dira M. Ferjus Boissard, mon loyal contradicteur, dont vous exaltez la tolérance, en n'ayant garde de l'imiter, et qui ne désire pas moins que moi-même, voir une controverse sérieuse s'engager sur i'brthodoxie de Dante, dans l'espoir que l'autorité de juges compétents viendra trancher ce qui ne lui paraît pas moins qu'à moi une très-grande question, au point de vue religieux, philosophique et littéraire. Voyez, caro sigfiore, comme vous écrivez l'histoire !

Vous êtes, faut-il le dire, tout aussi malencontreux en fait de critique. Moi détracteur de Dante, moi vouloir traîner ses œuvres dans la fange, gettarle net fango! Mais lisez donc le volume dont vous avez cru rendre compte,'nutamment la p. /i51, et pu*s réfléchissez donc : les idées qui ont enfanté le protestantisme au xvi** siècle, la révolution au xviii* et le socialisme au xïx% ne seraient donc que fange à vos yeux ? Ah I mieux vaut vous avoir pour ennemi que pour ami. Moi le calomniateur du grand Alighieri I l'accusant sans preuves et dans l'impossibilité de donner la clef de son langage mystérieux ; mais trois volumes de preuves étaient déjà publiés quand vous écriviez ceci, et le troisième vous donnait précisément la clef désirée. C'est jouer vraiment de malheur; aussi ne vous tiendrai-je pas plus longtemps sur la sellette, et ne vous chercherai-je pas querelle sur certains mots dont, entre gens qui se respectent, on ne doit user qu'à bon escient et en déduisant ses preuves; tâchez seulement de n'y pas revenir.

On ne devinerait jamais qui s'avise de faire chorus avec le trèsirascible signor Atto, bon catholique, je suppose, et grand ami de la tolérance, qu'il parait pratiquer peu. C'est, sans doute, un écrivain de l'église réformée, un protestant qui se voile modestement sous les initiales R . de C. Je me trouverais ainsi pris, comme dans un étau, entro deux camps opposés. Ainsi quand je signale dans l' Alighieri un des

AVEC LA CRITIOUK. 1365

précurseurs de la Réforme, je soulève contre moi et Rome qui le revendique et Genève qui tient à le lui laisser. On n*est pas moins chanceux.

L'article publié par M. R. de C, dans le Bulletin littéraire de la Bibliothèque universelle de Genève, n"" d'avril, un peu plus modéré dans la forme que celui de Turin, quoique non moins acerbe au fond, aboutit à la môme conclusion. Inspiré par l'esprit de dénigrement, je me suis fait le calomniateur de Dante. Or t> la calomnie qui s'exerce contre les morts, pour être moins courageuse que celle qui s'attaque aux vivants, n'est ni plus excusable ni plus permise... Qu'avâit-il à dissimuler? quelle précaution avait-il à prendre celui qui, par la bouche de Béatrice et par celle de saint Pierre, a tracé, de rÉglise déchue et des Papes avilis, des portraits dont toutes vos gloses n'atteignent ni l'énergie ni la crudité? « Mille pardons, mon^ sieur, il avait à dissimuler une foi qui avait fait massacrer les Albl* geois et brûler les Templiers. Mais, répliquez-vous, « Dante a été condamné au bûcher et à la confiscation des bieos précisément pour o[MnJons politiques par les magistrats de Florence. Ce qu'il a bravé comme citoyen, Taurait-il redouté comme sectaire? » Ah! monsieur, vous qui me reprochez de méconnaître les faits et de déGgurer l'histoire, ignorez-vous qu'une fois hors du territoire florentin, le condamné Dante pouvait vivre en paix à quelques lieues de ses foyers, et se rire des sbires du |)odestat ; tandis que, l'anathème une fois lanôé contre lui, comme hérétique, Rome, assez tolérante en ce qui n'attaquait que la discipline, pouvait le poursuivre et l'atteindre partout comme hérétique, en Italie et même à l'étranger? Rappelez vous donc Arnaud de Brescia, Savonarole, Jean Huss et tant d'autres.

M. R. de G. veut bien me pardonner, comme péché véniel, « d'avoir fait de mauvais ouvrages, méconnu les principes de toute poétique et les lois de l'imagination, et de m'être montré le rival de Ghapelain, en défigurant le poëme de Dante, en le travestissant, comme Scarron celui de Virgile, car personne n'eu veut à Scarron , pour son Virgile travesti... Ce que nous ne pouvons accepter, dit-il, parce que ce n'est plus de l'interprétation, mais de la calomnie, c'est la prétention du commentateur d'imputer à Dante lui-même ces déguisements de pensée, cette hypocrisie de langage, cette dissimulation perpétuelle, qui forment avec le caractère du poète le plus complet contraste... Il y a un plus grand malheur que de ne pas comprendre la poésie et de défigurer l'histoire, c'est de méconnaître et de noircir un honnête homme... C'est pour notre propre compte

ISOÇ aruêté de compte

que Qou» «muneg «évères envers un écrivaio qqî, o^ mto^geaat per* floone, ne mérite loi-ioême point de ménagements, i

Il y avait lien de s'attendre, ce semble, que le sévère M. C, de IL , si terrible contrf f ces aulenrs inratués e| bixirres qui sacri&em à de simples jeux d'esprit les piqs pures renommées, > allait signaler, dans les trois volumes qv*il avait sous les yeui, quelque grosse bévue historique, qu'il arriverait ii proposer un sens acceptable aux Çaimmi, que les plus habiles déclarent ne pas comprendre, à ta Vie nçweUe» «on moins obscure, wBanq^^î, commentaire qui rend plus inioielligible ce qu'il parait vouloir expliquer, au traité de Yul^x eloquio, qui remonte au déluge ; œuvres dont j'ai donné l'analyse et l'explicatioQv sans que personne jusqu'ici ait eu le courage d'élever la voix et de déduire ses preuves pour me convaincre d'erreur. Nulleq^ent ; cet intraitable cbampiou de Tortbodoxie de Dante ne soufite mot de ces œuvres secondaire du grand poète, oA Théréaie se trahit à chaque ligue. Il n'a garde de s'engager sur ce terrain et choisit de préférence celui de la Comédie. £h bien , vous croyez peut-étrf que, le point d'attaqoe ainsi circonscrit, il va se mettre en mesure de démontror, en l'appuyant sur l'histoire, sur dea documents précis, sur des témoignages contemporains, que je me suis lourdement mépris en signilant S4int Dominique sous la figure de Minos, le grand Hilde* braod sous celle de Ploton, la comtesse Mathilde sous celle de Proserpiue; en reconnaissant Innocent III dans le centaure Nessos, son pupille Frédéric II dans Achille, Raymond de Toulouse dans l'aveugle Tiresias, la secte albigeoise dans sa fille Manto, etc. , etc. erreur. Four H, A. de C, toutes ces révélations sont comme non avenues; il les passe complètement sous silence. Là pourtant, en grande pai^tie, est la clef de l'allégorie et du poème tout entier.

Non, il prend çt et là quelques épisodes, dont il lui semble que le commentateur a exposé le sens avec moins d'évidence, et voici' comment il croit arriver à le réfuter : s Faut-il se fâcher pour le poète on rire du commentateur, quand, sous la plume de ce dernier, l'on voit Francesca et son amant devenir « une figure géminée symbolisant , l'hermaphi'oditisme mystique des fidèles d'Amour, forcés de se laisser entraîner, sous la conduite de la prostituée de Babylone, à la bourrasque infernale? ou quand de Sémiramis il fait la figure de 1* Église de Rome ! ou quand de Diomède il fait l'empereur Henri VII ! et de Didon a le type de l'église infidèle au Christ son époux? » du comte Ugolin la Papauté, et de Rhéa, épouse de Saturne, TJ^Use romaine, etc. » « Que faut-il penser d'un système d'interprétation

iYSG hk CRITIQUE. 1307

If Mi n€ recule pas ilavaot 4» ^^^s qoQséqœaces? » demande U. C, de R., et il coaiioue de le sorte, Four cet es^posé si carieax dans soo étraogeié du mystèi;e de b génératioD sectaire, mis par Daote ii9Qs la boucbe de Stace, pour ce passage nou moins admirablement conçu, oih il est parlé «Le U ^mation de Tâme, pas ua essai de réfutation, pas un mot qp mette en relief la vérité à côté de Terreur. M citation faut de preuve pour ce terrible contradicteur, écoutes-Ie vous dire avec yn aplomb imperturbable : $ De nouveaux ei^emples ne nous apprendraient rien de plus. » Quoi, monsieur, pas même la grande scène de la lin du Purgatoire T a £t Ton perd son temps k réfuter ces cboses-là : on les expose, on ne les discute p^ n

Que (a^t-il penser, dirons-nous k notre tour, d'un pareil système 4e crMiqne ? Qu'il est facile, et eûcore plus commode assurément; mais, bi pi*ottve quelque (^ose, c'est plutôt en faveur du livre attaqué, dontla partie substantielle n'est pas même effleurée ; et surtout quand celui qui l'emploie proclame Tintention de n'user d'aucuns ménagements. Jgn paroles, sans doute, a-t-on voulu dire; mais en ergoments, c'est se montrer aussi par irop économe. Et lorsqu'après avoir crié ^ la calomnie, on reste impuissante prouver son dire, loin d'9l>order de front les positions principales de l'ennemi ; quand la défense, entreprise è grand fracas, est réduite à tourner timidement les difficultés, U n'eogs^er la lutte que sur des points accessoires, et là Hkême finit par avorter, on s'expose h ce que, par un juste retour, l'épitbète de calomniateur retombe de tout son poids sur celui qui l'a lancée.

U y a des gens que la contradiction irrite. Nous sommes loin d'être du nombre, Dieu merci ; car nous la croyons indispensable à la manifestation de la vérité, et nous l'appelons, en conséquence, de tous nos vcBu«; m^is c'est à la condition qu'elle sera courtoise et loyale des deux parts, sans jamais s'écarter de celte convenance que donne l'éducation et de cette dignité calme, fruit d'une conviction qui s'appuie sur l'étude et la réflexion. Tels sont les caractères que nous aimons à rencontrer dans les lettres d'un bibliophUc, lettres signées L. G. de Belleval. L'honorable écrivain ne partage pas notre opinion sur l'esprit qui aurait dicté la Coosédie et les autres ouvrages de l'Alighieri; mais lui, du moins, 'ne fulmine pas contre nousl'anathème, parce que nous avons enti*epris de prouver que, loin d'êire orthodoxe, Dante professait des doctrines en opposition à celles de l'Église romaine. Il pose nettement, et sans colère, ses objections dans YVtnon du 2ft juin dernier, et aussi les reproduisons-nous ici

1306 ARftÊTÊ DE COMPTE

d'aotant plus Tolontiera que nous espérons y aymr répondu dans œ dernier voluine de manière à lui donner complète satisfaction.

« Il me répugne» dit Tbonorable écrivain, de ne voir en Daote qn*un révolutionnaire... Tout le poème n'estnl, lui aussi, qu'iui voile qui recouvre une ardente prédication, un cri aux armes ! ccMitre rÉglise, contre tons les pouvoirs? Béatrice n'est-elle que « la pensée verbe de Dante, sa foi sectaire, » le langage qu'un incessant symbolisme, dont nulle phrase ne saurait être lue et comprise sans le secours d'une clef? S'il en était ainsi, comment donc, lorsqu'on était plus près, lorsqu'on touchait au temps où vécut Dante, c'est-à-dire, qnaod il devait exister encore une foule de gens ayant appartenu au même parti que lui (s'il était pasteur, il faut bien qu'il ait eu un troupeau), ayant partagé ses idées, ses affections, ses colères, comment aucune explication de ce genre ne s'est-elle fait jour? Gomment, pour se produire, ont-elles attendu des centaines d'années? L'état de l'Italie, cependant, permettait alors toute chose; la révolte — ou la révolution, comme on voudra l'appeler — y bouillonnait par mille cratères. Pourquoi Dante, avec son imposante renommée, n'a-t-ii pas été choisi quelque part pour drapeau? Pourquoi n'anrait-on pas d^ traduit tout haut, quelque part, quelques-unes de ces énigmes que déchiffre, en plein xix* siècle seulement, M. Âroux? Pourquoi quelqu'un n'a-t-il pas expliqué, avant lui, que ce mot de Bice, accepté par tout le monde pour la syncope de Béatrice, n'est composé que de quatre initiales, résumant dans ces deux syllabes la foi de Dante en politique et en religion ? Pourquoi n'a-t-on pas indiqué qu'il en était de même pour Ben (le souverain bien}? Je serais fort embarrassé, et je ne serais pas le seul ï coup sûr, d'avoir à répondre à ces questions épineuses. »

Après avoir cité un passage des œuvres posthumes de FauricI sur l'amour de Dante pour Béatrice, amour qui, selon lui, ne coasiituerait qu'un non sens poétique,' une insipide et froide pédanterie, s*i] ne fallait voir, dans la dame de ses pensées, que la théologie, M. de Belleval conclut ainsi : « La condamnation est rude; mais, en vérité, je dois l'avouer, je m'associe à l'avis du savant professeur, et j'aime bien mieux prendre Dante pour ce qu'il était, pour un poète, uo grand poète, que pour un conspirateur, que pour l'émissaire, voire le chef de sociétés secrètes religieuses ou politiques. »

Et moi aussi; mais ce que nous aimons mieux diffère trop souvent de ce qui est, fut ou sera; la question est donc de savoir si le jugement de Fauriel, tout rude qu'il est, a rencontré juste. Peut-être

que, après avoir examiné les effets do nouvel éclairage de notre iuveulion sor les décors et les personnages du Paradis dantesque» M. de BeHeval aura-t-il à regretter de s'être déclaré contre le pédantismes S'il en est ainsi, il a trop de loyauté pour ne pas reconnaître franchement, qu'en fait d'archéol(^e, le sentiment poétique est un guide trompeur.

C'est peut-être aussi à l'influence du sentiment poétique qu'aura cédé M. Ulric Guttinguer. Quelques lignes élogieuses sur le Hvrc et sur Fauteur, insérées dans la Gazette de France du 2 février 1856, annonçaient son intention de rendre compte « le plus tôt possible » de nos études sur Dante, en y apportant a l'attention et l'examen dus à d'aussi sérieux et con^iencieux travaux. » Nous espérions donc trouver en lui un critique disposé à discuter sans prévention des travaux dont il reconnaissait la nature grave et élevée. Par malheur, M. Guttinguer n'a pas jusqu'ici donné suite à ce bon mouvement

Ce n'est pas assez de rencpntrer peu de sympathie chez les amis de la poésie, il nous faut encore avoir des philosophes pour adversaires. C'est M. Frédéric Morin qui, dans la chronique littéraire de la Revue de Parts du 15 janvier 1856, s'est chargé de faire bonne justice de mes irrévérences au sujet de Dante, que dis-je? de mes « accusations insensées. » Voulez- vous savoir quel est « le système d'un certain M. Aroux, fort goûté des fanatiques et qu'on peut regarder comme le Nicolardot du poète de Florence? » Écoutez bien : « Dante n'aurait été qu'une sorte de franc-maçon du xiv" siècle, un navet anticipé, un adepte des sociétés secrètes les plus dangereuses, un continuateur direct de cette œuvre mystérieuse de restauration païenne, que les gnostiques, les manichéens et les autres hérésiarques, ces prédécesseurs des UbératreSy avaient déjà tentée; un apôtre clairvoyant du vice, du mal et de la destruction, un criminel qui se propose formellement de renverser la religion, la famille, la propriété, et de leur substituer, à travers des ruines sanglantes, des rêveries monstrueuses de sensualité et d'orgueil, inspirées dès l'origine par le démon aux cœurs corrompus, etc. , etc. »

Yoilà comment en est venu à comprendre et à écrire un professeur de philosophie, à qui l'on doit quelques pages estimables dans une vie de saint François d'Assises. Mais que voulez-vous? M. Veuillot est le cauchemar de M. Morin; aussi, lorsqu'il lui arrive de flairer dans quelque proposition la moindre tendance vers les doctrines de Y Univers, il ne se possède plus et sa philosophie lui fait défaut II est juste d'avoir égard à une telle prédisposition et de pardonner quelque

chose. Ainsi fais-je de grand cœur. Je ne loi en veut donc pas d'avoir battu M. Veuillot sur mes épaules. 3*aurai seulement on reproche I lui faire, c'est d'adopter le procédé commode préconisé par At. ft. de C et de décliner une controverse calme et sél*ieoM. En effet, ne goofmaodc-t-il pas M. Ferjus-fioissard d'avoir entrepris de réfsier Tanleur des Révélations^ au lieu de se borner à lui dire tout crament son fait? « Pourquoi déucher hh Aroot du monde qui renioore (toujours M. Veuillot et les siens dont j'ignore même les noms) et ne pas dire la térité à celui-ci comme à celui-là 7 Le livre de ce prétendti révélateur n'est pas une œuvre qu'on discute en eUe-même avec loot l'attirail de la dialectique. Il fallait le constater, cela était suffisant, il fallait le constater comme un des résuUats bitarres de ce matérialisme pieux qui s'est sourdement introduit dans ce siècle à l'abri dé mille réticences, et qui, aujourd'hui, jetant le masque, prétend tout haut déloger son hôte, la raison humaine. »

On pourrait croire qu'une foia édifié par l'avant-propos de itia seconde publication sur ma non-complicité à l'égard desdoctrines de i' Vnmn, il va changer de svstème et vouloir apprécier de sens rassis, dans son application pratique^ un mode d'interprétation dont II a rejeté sai» etamen la théorie générale. Nullement; sa philosophie ne procède pis ainsi. aNousrépondronstontsimplement.dit-lKkM. ArouxenlecitaDl Le bon sens des lecteurs restera juge de ses commentaires. » Et là-dessus, ouvrant le livre, au v*' chant de V Enfer, il se refuse à reconnaître dans l'épisode de Françoise do Rimini rhermaphrodillsme mystique des Ddèles d'Amour. « On a honte de discoter une tele invention, • s'écrie-t-il la rougeur au front ; mais enfin, daigne-t-ll objecter, si l'union des deux amants représente une idée mystique et albigeoise, elle ne saurait constituer une faute et un adultère. « Mille pardons, monsieur, vous oubliez que vous venez de citer les lignes que voici : « Malheureux réduits à apostasier leur foi (albigeoise) par faiblesse de cœur, etc., * or vous ne sauriez méconnaître que, dans toutes les croyances possibles, l'apostasie constitue une faute, un adultère. Il n'y a donc là, ni contradiction ni hypothèse gratuite. Tous ne contestés pas que la colombe soit la figure de l'esprit, mais vous vous refusez ï admettre que les deux amants de Rimini personnifient les Albigeois d'Italie, parce qu'ils sont comparés par le poëte à deux colombes, h dis oui, vous dites non, mais peut-être aurez-vous changé d'àvis à ta fin de ce volume. Ils ne sauraient symboliser l'union de Fiateltigerice et de la volonté, attendu, dites-vous que « la philosophie albigeoise séparait d'une manière absolue l'intelligence et la volonté. >

AYfiG LA CRITIQUE. ISll

Bn étes-voos bien sûr, monsiear? L*habileté sectaire en a douné I garder ï de grands clercs qui pouvaient vous égaler endoctrine. Pont TOUS, le maître de P Univers n'est point Tempereur Albert d'Autriche* è*c8t Dieu ; que n'aiez-vous in tout le poSme au lieu de vous arrêter I un épisode dont je n*avais donné, à dessein, qu'une explication partielle 7 Vous auriez vu plus de Vingt ibis Fldée de Dieu confondue dans la pensée de Dante avec celle de Ffimpereur : vous auriez acquis la conviction qu'il n'y avait pas contre^sens à entendre pio dans le sens de papiste, d'homme-lige de dame piété ou pietà ; et quand vous aurez pu comparer la symbolique de la Maçonnerie avec celle du Pa« radis, vous ne rirez plus, j'en suis sflr* de l'interprétation que j'ai donnée aui mots lacrimar et ridere. Les hommes d'intelligence, et Je vous crois tel, peuvent sé révolter d'abord contre ce qui les sur^ prend par soU étrangeté« mais jamais ils ne s'entêtent contre l'évi'* dcnce« Il en sera donc de Vous, comme de saint Grégoire, dont l'Alighleri dit si plaisamment, que si tosto corne gli occhi aperse in questo ciel, di se ntedesmo rise. (Paradis, xxviîL)

Vous avez encore les yeut fermés, c'est pourquoi» sans vousbasar* der au delà des quelques vers relatifs à Frat^cesca, sans aborder aucune des interprétations, bien autrement concluantes, dont la Clef du langage symbolique est comme la table et le résumé, vous vous hâ« tez de m'atlirer sur votre terrain, c'est-à-dire sur celui de la philo^ Sophie. Est-ce parce que j'ai déclaré que j'étais peu philosophe? Je ne le suppose pas ; aussi n'hésitai-je pas à répondre à votre appel.

« Les hérésies albigeoises, dites-vous, se rattachent par des liens trèS'lndirects à une certaine métaphysique qui n'est point un mys^ tére et qui a son nom dans l'histoire* 11 n'y avait aucun péril à professer les idées générales de cette philosophie^ dont les rapports avec l'hérésie échappaient aux gens du vulgaire; et l'on pourrait citer plus d'un docteur, même parmi les plus orthodoxes, qui les proclame trèshaut, sans se douter de leurs conséquences. Au moins faudrait-il les retrouver dans la divine Comédie, pour avoir le droit de conclure comme le nouveau traducteur. M. Aroux, je pense, ne contestera point la légitimité de la méthode que je lui propose pour clore le débat.

(I Or, je le lui demande, qu'il fouille dans l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis, y trouvera-t-il, je ne dis pas la métaphysique en question, mais même son ombre? Ce n'est pas assez dire : entre les diverses doctrines philosophiques qui se partageaient les âmes au xiu« Biède, quelle fût celle que choisit Dante ?^

t M* Aroux ne devrait pas ignorer que les Dominicains, étabKi

principalement contre les hérésies do midi de la France, avaient constitué une philosophie destinée à la déraciner des intelfigencos. Au contraire, sans reprendre à leur compte les idées albigeoises, les Franciscains en avaient une frayeur moins vive; ils rappelèrent même dans leur système très- complexe et un peu subtil, celles qui leur paraissaient LE MOINS CONTRiaRES au dogme reçu. «

« Â quise rattachera Dante 7 Aux Dominicains ou aux Franciscains? Il devrait se rattacher aux Franciscains si le système de M. Âroux avait b moindre apparence de vérité. 11 se rattache visiblement aux Dominicains. »

Vous avez cent fois raison, monsieur, la philosophie de Dante, qui, au tant que nous en pouvons juger dans notre ignorance philosophique, nous parait être le naturalisme néoplatonicien, combiné avec les formules d'Aristote et la méthode d'Averroès; la philosophie de Dante se rattache visiblement aux Dominicains, mais essetuiellement aux Franciscains. Gela vous surprend, et pourtant vous n'en douterez plus, lorsque vous aurez compris le langage de Béatrice et celui de saint Thomas d'Aquin dans le Paradis. II pourrait donc se faire que vous eussiez été presque prophète, quand vous avez écrit ces lignes à toute autre adresse que la mienne : « Nous voyons venir rheure où sainty Thomas d*Aquin, si exclusivement célébré aujourd'hui par nos fougueux théocrates, sera poursuivi, ni plus ni moins que Bossuet, par leurs huées indécentes; à moins pourtant que son titre de saint ne les tienne un peu en respect En tout cas, nous croyons pouvoir prédire, sans nous engager beaucoup, qu'on ne tardera guère à lui décocher, en l'enveloppant de quelques réticences obligées, l'épithète accusatrise de rationaliste, voire même de panthéiste. »

J'ignore, bien entendu , quel accueil les rédacteurs de l' Univers ^ qui n*ont soufflé mot de mon ouvrage, veuillez le remarquer, réservent à une proposition émise avec la plus extrême habileté par Dante au sujet de saint Thomas d'Aquiii, à savoir : qu'il ne tenait que par un fil à l'Église de Home ; mais si, en rapprochant les doctrines que le poète florentin met dans sa bouche, de celles qu'il a exprimées dans ses écrits, ces Messieurs arrivaient à reconnaître une ortliodoxie douteuse chez l'ange de l'École, pourriez-vous en conscience trouver mauvais qu'ils en manifestassent quelque mauvaise humeur? Il faut être juste avec tout le monde et plus encore avec ses adversaires

Puissé-je vous trouver tel une autre fois et ne pas avoir à repousser des allégations comme celle-ci : « Rien n'est plus clair, plus ri-

goureax, plus incontestable que la pensée qui lui a dicté son |)oënie (à Dante), Vobsairiié rC existe que dam les détails historiques, les allusions perdues, etc. Yoilà les énigmes qu*il fallait deviner, et ce sont celles-là 'précisément que M, Aroux laisse de côté. « Ah I nionsiear I Tenillez citer un détail historique négligé, une allasion omise, une comparaison tirée de la physique, de Tastronomiedont je n*aie signalé la portée dans son sens intime. Une autre fois vous voudrez bien prendre la peine de me lire avant de me condamner, n'est-il pas vrai?

Je ne me hasarderais pas à en dire autant d*un jeune écrivain de la Revue contemporaine aujourd'hui fondue avec VAthemBum^ « M. Aroux, dit-il, est Tautenr d'un livre : Dante hérétique , etc. ; d'une brochure : Dante pasiew d*une église albigeoise de Florence (lises de l'égrise), et enfin d'une traduction complète de la Divine Corné* die. » Or, je n'ai point publié de brochure avant de donner ma tradaotion commentée du poème, et si le jeune critique se fût donné la peine d'ouvrir cette traduction, il aurait vu que ce qu'il prend pour un ouvrage distinct, fait suite au Comm;entaire, dont il est partie intégrante et résume les explications dans un ordre alphabétique, sous ce titre Clef de la Comédie, etc. C'est dans le n"" du 30 avril 56, que M. le comte Fouchcr de Careil a daigné émettre un jugement sommaire à notre sujet, tout en prononçant ex cathedra sa sentence sur Dante, traduit par Lamennais, Comment révoquer en doute sa compétence 7 « M. de Salvandy envoya M. Ozanam en Italie, avec la mission de rechercher les documents de l'histoire du Dante. M. Fortoul a confié récemment à l'auteur de^cette étude nne mission semblable. (Voyez* vous ce qu'il y a de profondément habile dans le rapprochement de ces deux missions?) Nous espérons que M. le ministre de l'instruction publique, qui joint à une connaissance approfondie du poème de Dante le goût et l'étude des grands artistes de son temps, ne laissera pas s'arrêter l'impulsion que Fauriel et Ozanam ^nt donnée. « Malheureusement M. Fortoul n'a pas eu le temps de réaliser les espérances de M. le comte et de relever, « par un décret rappelant celui de Florence instituant un enseignement national en l'honneur de Dante, la chaire qui nous donna Fauriel. » Mais M. Roulland, qui n'a sans doute pas moins à cœur que son prédécesseur de ne pas nous priver des Fauriel et des Ozanam disponibles, ne laissera pas avorter une si bonne idée. Nous la lui recommandons.

Quelle triste figure aurait faite dans une chaire pareille, M. de Lamennais, auteur d'une « étude qui est une page de plus à ajouter

mt tiûM négations de la critiqae contemporaine • loi a qui a traduit la Divine Comédie et ne paraît pas Tavoir comprise. » Mais cranment s'en étonner 7 « Sa vie de Dante écourtée et des indicatioBs soperfidelles de ses principaux ouvrages attestentle manque d'études précises et l'absence d'érudition dantesque, j» Aussi c'est pure générosité de la part de M. le comte s'il ne s'attache pas « à relever la faiblesse des connaissances historiques de U. Lamennais sur l'eut des sciences au xiir siècle. » Mais lui qui plonge un regard d'aigle dans les obscurités du poêle florentin, il vous signalera dans la Vùa mtova, « des tablettes où Danle notait jour par jour les traces fugitives de ses premières pensées ; » dans les compositions de l'éoole amoureuse, « un mélange d'amour et de métaphysique, où d'obscures aUégories se mêlent aux maximes subtiles et délicates d'une chevalerie qui nous est inconnue, et contribuent à faire de l'amour un grimoire. » Mais il est de trop bonne maison pour s'arrêter à déchiffrer du grimoire. Beaucoup de gens trouvent que rien n'est plus prolixe et plus diffus que le style du Convito, mais M. le comte, en admira* tioD devant « l'énergique précision de la langue philosophique dans l'École, « vous dira, en pen&aiit à la prose du Convito : « Il y a là des hauteurs et des profondeurs, des précisions que l'intelligence contemporaine est loin de comprendre. » Même la sienne, ce qui prouve sa modestie. Quant au sujet du livre en lui-même, « C'est la lutte de deux anoours qui se disputent son cœur et que deux dames per- 8(»nifient, Béatrice et la Philosophie. » Où peuvent donc avoir l'esprit ceux qui veulent voir deux croyances dans ces deux amours et deux églises dans les deux dames ?

Quant à la Comédie (monsieur le comte n'a point porté sa sentence sur le traité De Vulgari eloquio) M CoiwédÏQ «reproduit, dans son ensemble et dans ses parties, la vie si complexe du poète et ses trois ^ques distinctes. L'Enfer, lePurgatoireet le Paradis répondentàces trois phases : la vie publique, l'exil et la vision. » Comme cela est net et fait bien jaillir la lumière sur les obscurités du poème! et puis quelle noble assurance dans cette déclaration : « J'ose affirmer que si la Somme de saint Thomas venait à se perdre, on retrouverait, dans ses parties essentielles, sa philosophie traduite en vers par le Dante. • Qui peut douter d'après un tel témoignage que tout le poème n'ait été inspiré par la plus pure orthodoxie? « Ceux qui s'étonnent de lire sur la porte de ce grand édifice ces mots. Comédie divine^ ceux-là ignorent sans doute qu'un abîme sépare le comique de l'homme de celui de Dieu, et que la comédie dans le Ciel est bien souvent la tra-

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gédie sur la terre (cela veat-il dire qu'on y rit de bon cœur de nos tribulations?), draine émouvant et terrible, dont Dieu tient les acteurs dans sa main, et où l'homme, après avoir occupé la scène quelques instants, disparaît dans les coulisses de Téternité ! Loin de lui, toutefois, la pensée que « ces péripéties sanglantes, que ces grandes catastrophes ne soient que des jeux préparés par le grand Aristophane du Ciel pour les plaisirs d'un parterre inconnu. » A la bon ne heure, voilà de Térùdition dantesque relevée par les plus heureux effets de stylo et celle de M. Lamennais, il faut le reconnaître, est bien pâle à côté.

Mais en dépit de son rationalisme révolutionnaire, de ses hérésies politiques et religieuses, M. de Lamennais a du moins un mérite aux yeux de son sévère censeur. Il a tenu bon contre « rinqualiûable méprise de ftj. Aroux, » il est donc juste de lui en savoir gré. Oui, «M. Lamennais lui-même, si prévenu^et surtout 5tcree/u/e^ A résisté CETTE FOIS. » Son manque d'érudition n'a pas laissé son jugement en défaut, « il a prouvé du moins à !VL Aroux que sa chimère d'un Dante hérétique ne peut tenir, même pour des yeux prévenus, devant les résultats tout autrement décisifs des recherches et des convictions d'Ozanam. ]l abeau par ses traductions, ses clefs et ses commentaires se mettre l'esprit à la torture pour faire du Dante un fantenrde Thé* résle, un eimcmi de l'Église et même un imposteur, le Dante de l'orthodoxie résiste à ses prises et M, Lamennais lui-même refuse

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