‹ La comédie de Molière; l'auteur et le milieuChapitre 15 sur 41 · Voyez encore ci-après, chapitre vi · texte numérisé non relu

Voyez encore ci-après, chapitre vi

aucun d'eux ne l'accusa d'être ce qu'il craignait tant de devenir.

Vers la fin de son Impromptu de lliôtel de Condéy Montfleury le fils faisait dire par un de ses personnages :

... L'on doit finement dessus certain chapitre...

Un autre répondait par ces deux vers de V Ecole des femmes :

Hé, mon Dieu! notre ami, ne te tourmente point; Bien huppé qui pourra l'attraper sur ce point.

L'allusion est anodine, et ce serait trop en tirer que d'y prendre un argument contre Armande mariée depuis deux ans à peine. Bientôt de Visé lance sa Vengeance des marquis. Venant après Montfleury, il éprouve le besoin d'insister sur l'insinuation de son prédécesseur. Dans rimpromptu de Versailles, Molière avait dit du Portrait du peintre de Boursault : « Je réponds de douze marquis, de six précieuses, de vingt coquettes et de trente c.s, qui ne manqueront pas d'y battre des mains ». Le raisonneur de la Vengeance des marquis, Ariste, relève et reprend le mot : « 11 a été plus de c.s qu'il ne dit voir le Portrait du peintre : j'y en comptai un jour jusqu'à trente et un. Cette représentation ne manqua pas d'approbateurs : trente de ces c.s applaudirent fort, et le dernier fit ce qu'il put pour rire, mais il n'en avoit pas beaucoup d'envie. » Le dernier, c'est évidemment Molière ; mais ne voit-on pas qu'il n'est incorporé dans la bande que pour donner lieu à retourner contre lui le trait qu'il avait lancé? De Visé ne croyait pas lui-même au bien-fondé de son allusion, et la preuve

c'est que, dans un recueil par lui publié en cette même année 1663, les Nouvelles nouvelles, il disait de Molière : « Si vous voulez savoir pourquoi, presque dans toutes ses pièces, il raille tant les c.s et dépeint naturellement les jaloux, c'est qu'il est du nombre de ces derniers. Ce n'est pas que je ne doive dire, pour lui rendre justice, qu'il ne témoigne pas sa jalousie hors du théâtre : il a trop de prudence et ne voudroit pas s'exposer à la raillerie publique; mais il voudroit faire en sorte par le moyen de ses pièces que tous les hommes pussent devenir jaloux et témoigner leur jalousie sans en être blâmés, afin de pouvoir faire comme les autres, et de témoigner la sienne sans crainte d'être raillé. » Voilà qui est bien alambiqué, mais la réserve, du moins, est expresse : dans Molière, de Visé ne voyait qu'un jaloux.

Sept ans après, en 4670, alors que la réputation d'Armande, si elle fut jamais compromise, devait l'être définitivement. Le Boulanger de Chalussay, l'auteur iVÉlomire hypocondre, n'était pas plus affirmatif que de Visé. Il représentait Élomire, c'est-à-dire Molière, se plaignant de sa santé à L'Orviétan et à Bary. Élomire « a une grosse toux, et l'oreille lui corne de mille tintoins ». Bary répond :

Les cornes sont toujours fort proches des oreilles,

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