ÉLOMIRE
J'aurois des cornes, moi! moi, je serai cocu!
l'orviétan.
On ne dit pas qu'encor vous le soyez actu; Mais, étant marié, c'est chose très certaine Que vous l'êtes, du moins, en puissance prochaine.
Du vivant de Molière, il ne fut pas imprimé autre chose sur son ménage. Après sa mort, à une époque indé-
terminée, un grossoyeur de notes et d'anecdotes, de petits papiers et d'extraits de journaux, dont le recueil manuscrit est venu jusqu'à nous*, le sieur Jean-Nicolas de Tralage, paraît-il, s'amusait à dresser un double catalogue des comédiens qui « vivaient bien » et de ceux qui (( vivaient mal », et, parmi ces derniers, il rangeait c( la femme de Molière, entretenue à diverses fois par des gens de qualité et séparée de son mari ». C'est là un renseignement à la Tallemant des Réaux, un on-dit recueilli et enregistré sans critique ; nous verrons ce qu'il faut penser de l'entretien et de la séparation. Il y a bien encore le factum du Guichard que nous connaissons, mais il se retrouvera bientôt.
J'arrive enfin à l'acte d'accusation formel et détaillé qui pèse le plus lourdement sur la mémoire d'Armande, à la Fameuse comédienne ^. C'est un petit livre, publié en 1688 avec la rubrique de Francfort, réimprimé jusqu'à cinq fois en neuf ans, et anonyme. On pouvait donc se donner carrière pour lui chercher un auteur, et on n'y
1. Une partie de ce recueil a été imprimée par P. Lacroix, dans sa Nouvelle collection moliéresque, sous le titre de Notes et documents sur les théâtres de Paris au dix-septième siècle, 1882.
2. La Fameuse comédienne a été l'objet d'assez nombreux travaux, aboutissant presque tous à des réfutations expresses. Le premier qui s'en soit occupé est Bazin, dans ses Notes sur Molière^ et les critiques postérieurs n'ont guère fait que répéter ou développer ses arguments. Viennent ensuite : M. Jules Bonnassies, en 1870, dans la notice d'une bonne édition du pamphlet; M. Ch. L. Livet, en 1877, dans une autre édition (sous le titre : les Intrigues de Molière et celles de sa femme, ou la Fameuse comédienne), dont le texte n'est peut-être pas le mieux choisi, mais où l'on trouve tous les éclaircissements désirables et beaucoup de renseignements nouveaux; M. A. Vitu, dans un solide article, Madame Molière^ publié par le Gaulois du 24 mai 1879 et réimprimé par le Figaro du 22 janvier 1881. M. J. Loiseleur discute, nécessairement, la Fameuse comédienne, et de très près, dans la deuxième partie de ses Points obscurs, mais peut-être lui accorde-t-il, çà et là, trop de confiance.
a pas manqué ; on l'a attribué successivement à La Fontaine, à Racine, à Chapelle, à Blot, le chansonnier de la Fronde, à M"" Guyot, comédienne de la rue Guénégaud, à M"** Boudin, comédienne de campagne, à Rosimont, autre acteur de la rue Guénégaud, etc. Il n'y a lieu de discuter aucune de ces attributions, également dénuées de preuves; les deux premières surtout sont d'une haute fantaisie : ni La Fontaine, malgré sa médiocre dignité de caractère,, ni Racine, bien qu'il ait eu des torts envers Molière, n'étaient capables de commettre une infamie, et la Fameuse comédienne en est une. Racine, en particulier, repentant, converti, entièrement retiré de la littérature depuis 1677, avait d'autres soucis en tête que d'écrire des libelles orduriers. Tout ce que l'on est en droit de supposer, c'est que le livre part de la main d'une femme, et d'une femme de théâtre. Il dénote, en effet, du tripot comique et de la vie des comédiens, une si exacte et si minutieuse connaissance, que l'auteur masqué dut être non pas seulement un écrivain dramatique ou un amateur très répandu dans ce milieu spécial, mais un comédien. Toute profession très absorbante — et aucune plus que celle-là ne prend son homme tout entier — imprime une marque spéciale aux idées et au langage; quelle que soit l'originalité de caractère que la nature ait donnée à un comédien, il sent et pense, voit et parle d'une manière qui lui est plus ou moins commune avec tous ceux qui montant sur les planches. Or quiconque est un peu familier avec l'envers du théâtre reconnaît dans la Fameuse comédienne un parfum de coulisses prononcé. Mais, si un comédien pense et écrit de façon spéciale, encore plus une comédienne, qui joint au tour d'esprit et de langage particuliers à sa profession celui qu'elle doit à son sexe. C'est le cas du livre qui nous occupe. La place
prépondérante qu'il donne aux femmes, la manière dont il parle des hommes, la haine jalouse qui l'inspire, le choix des médisances ou des calomnies, je ne sais quoi d'oblique et d'insinuant, tout cela dénote une main féminine; comme aussi la finesse de certaines remarques, la' grâce facile et l'aimable négligence des tours.
Car, si le livre est odieux, [il s'en faut de beaucoup' qu'il soit mal écrit; il a sa valeur littéraire, et assez grande, par sa langue, qui est de la meilleure époque et du meilleur aloi, par son style libre et souple, périodique sans lourdeur, familier sans trivialité. Il n'est aucunement pour donner tort à la boutade célèbre de P.-L. Courier que «la moindre femmelette de ce tempslà vaut mieux pour le langage que les Jean-Jacques et les Diderot ». Quant au fond, les inventions haineuses dominent, mais tout n'est pas à rejeter. Il faut distinguer d'abord les faits généraux se rapportant au milieu où vivait Armande : ils sont généralement exacts; et les laits particuliers qui lui sont attribués : la plupart sont imaginaires. L'auteur a certainement vu de près Molière et Armande, elle a probablement fait partie de leur troupe, elle connaît par le menu l'histoire de leur théâtre. Le caractère et la manière d'être qu'elle prête aux; deux époux, les incidents publics de leur existence qu'elle raconte, tout cela montre en elle un témoin bon à entendre. Mais c'est tout. Possédée contre Armande d'une haine féroce, haine de femme et de comédienne, elle n'a qu'un but, qui est de la rendre odieuse ; ce qu'elle sait des actions de son ennemie, elle le dénature, ou,tout au moins, l'exagère; ce qu'elle ne sait pas, elle l'invente. Qui veut déshonorer un homme lui attribue des actes d'indélicatesse ou de lâcheté ; qui veut déshonorer une femme lui prête des amants: ce sont les moyens les plus sûrs. Aussi notre auteur fait-elle d'Armande une
vraie Messaline, et une Messaline du dernier ordre, de celles que l'on paye. Malheureusement pour l'effet de son récit, elle voulut trop prouver, et, surtout en pareille matière, qui veut trop prouver ne prouve rien. La réputation d'une femme est chose fragile; mais, par cela même, redoubler les coups est une tactique maladroiie. A celui qui s'acharne dans Tatlaque comme dans la défense, on est toujours tenté de répondre avec la marquis 3 de Lassay : « Comment faites-vous donc pour être si sûr de ces choses-là? » Et dans la Fameuse comédienne les affirmations abondent, avec pièces à Tappui, lettres, conversations, etc. Il y a trop de faits précis articulés, trop de détails complaisamment énumérés sur des actes qui, par lour nature même, ne sont exactement connus que des seuls participants. Aussi, dès les premières pages, l'incrédulité naît chez le lecteur; il voit trop bien qu'il a sous les yeux un ramassis d'histoires suspectes, et, s'il lui prend fantaisie de les examiner de près, il reconnaît que toutes celles que Ton peut contrôler sont démenties par des faits positifs, et que les autres pèchent contre la plus simple vraisemblance.
Le premier amant attribué à Armande est l'abbé de Richelieu, petit-neveu du grand cardinal; il était, en effet, d'humeur galante, avec une préférence marquée pour les comédiennes. Et voici comment se seraient établies ses relations avec la femme de Molière : « Comme il étoit libéral et que la demoiselle aimoit la dépense, la chose fut bientôt conclue. Ils convinrent qu'il lui donneroit quatre pistoles par jour sans ses habits et les régals. L'abbé ne manquoit pas de lui envoyer tous les matins par un page le gage de leur traité et de l'aller voir toutes les après-midi. » Ce marché d'amour est commode et simple ; mais, outre que l'on sait par les contemporains les noms des principales amies de l'abbé
et que M"' Molière n'en est pas, il faut admettre, Molière et sa femme demeurant dans la même maison, ou bien que les allées et venues du page et de l'abbé ont passé inaperçues pour le mari, ou bien qu'il en a su le motif et les a tolérées : deux hypothèses également inadmissibles. Si maintenant nous consultons les dates, l'invraisemblance devient impossibilité. Armande s'était mariée le 20 février 1662, et le 19 janvier 1664 elle donnait un fils à Molière. Veut-on placer une intrigue galante entre ces deux époques? Ce serait faire commencer son inconduite de bien bonne heure. Quant à l'abbé, il part, dès le mois de mars 1664, avec l'expédition organisée pour défendre la Hongrie contre l^es Turcs et meurt à Venise le 9 janvier 1665. Cela n'empêche point la Fameuse comédienne de faire durer sa liaison avec M"*' Molière jusqu'après les représentations de la Princesse d'Élide, à Chambord; or cette pièce ne fiU jouée qu'après le départ de l'abbé, le 8 mai 1664, et à Versailles.
Une nouvelle et double aventure se serait greffée sur celle-là. Durant les représentations de la Princesse, a Armande devint folle du comte de Guiche, et le comte de Lauzun devint fou d'elle » ; irritée des dédains du premier, elle se jeta résolument à la tête du second. Ici encore se présentent une impossibilité et une invraisemblance. Éloigné de la cour depuis 1663, à la suite d'un petit complot contie M"" de La Vallière, le comte de Guiche était ensuite parti pour la Pologne et se trouvait encore à Varsovie en mai 1664. Quant à Lauzun, on ne le trouve pas nommé parmi les personnages qui figuraient dans les fêtes où fut donnée ^a Princesse d'Élide] plusieurs, cependant, étaient à la fois moins qualifiés et moins en vue que lui. En outre, tout plein à ce moment de sa passion pour M™' de Monaco, il était peu désireux,
sans doute, de se prêter aux caprices d'une comédienne aussi bruyante et encombrante que l'Armande représentée dans la Fameuse comédienne. Ainsi, la médisante ennemie a eu la main malheureuse ; entre les grands seigneurs célèbres à la cour par leurs aventures galantes, elle a choisi trois des plus connus, se disant que, dans la foule de leurs maîtresses, une de plus passerait sans difficulté; mais elle savait mal ce monde-là, et son ignorance l'a trahie.
Bien que l'abbé de Richelieu soit en route pour la Hongrie, notre libelle le retient en scène, et pour lui faire jouer un fort vilain rôle. Furieux d'être abandonné par Armande, il ai-.rait « fait apercevoir à Molière que le grand soin qu'il avoit de plaire au public lui ôtoit celui d'examiner la conduite de sa femme; et que, pendant qu'il travailloit pour divertir tout le moud , tout le monde cherchoit à divertir sa femme ». Une grosse querelle conjugale suit naturellement cette confidence. Armande joue la comédie des larmes; elle avoue son penchant pour Guiche, mais elle proteste que « tout le crime a été dans l'intention », ne dit mot de Lauzun, demande un pardon qu'elle obtient sans peine, et profite de la crédulité de son mari pour continuer ses intrigues « avec plus d'éclat que jamais ». Cette fois, elle y met une indifférence de cœur, une régularité et une âpreté au gain qui la rangent parmi les femmes galantes de profession. Elle prend une entremetteuse en titre, la Châteauneuf, et ne refuse aucun des nombreux amants que cette matrone lui présente, « pendant qu'elle fait languir une infinité de sots qui la croient d'une vertu sans exemple ». Ne voilà-t-il pas deux choses assez difficiles à concilier, « l'éclat » d'une vie galante et une cour d'amoureux transis? Cependant Molière, averti dç nouveau, se met dans une fureur violente et il menace
sa femme « de la faire enfermer». Nouvelle scène de cris et de larmes; mais, au lieu de s'humilier une seconde fois, Armande le prend de haut, et exige une séparation. En vain, sa famille, celle de Molière, leurs amis communs essayent de l'apaiser : « Elle conçut dès lors une aversion terrible pour son mari, elle le traita avec le dernier mépris; enfin elle porta les choses à une telle extrémité que Molière, commençant à s'apercevoir de ses méchantes inclinations, consentit à la rupture qu'elle demandoit incessamment depuis leur querelle; si bien que, sans arrêt du Parlement, ils demeurèrent d'accord qu'ils n'auroient plus d'habitude ensemble. » Il y eut donc non pas séparation judiciaire, mais séparation à l'amiable. D'autres témoignages s'accordant ici avec celui de la Fameuse comédienne^ on peut tenir le fait pour assuré.
Cette rupture ne saurait être antérieure, ni au mois d'avril 1665, car à cette époque Armande donnait à son mari un second enfant, — une fille qui eut pour parrain M. de Modène et pour marraine Madeleine Béjait, — ni même, comme on le faisait remarquer tout récemment % au mois d'octobre de la même année, où Molière signait, avec sa femme, le bail d'une maison rue Saint- Thomas-du-Louvre. Peu de temps après, Molière tombait malade ; nous le savons par Robinet, qui annonce, le 21 février 1666, sa guérison et sa rentrée au théâtre. Si l'on admet que le Misanthrope reflète quelque chose de l'état d'esprit du poète et de ses sentiments envers
l.A. Vitu, VHôtel de Molière rue Saint-Thomas-du-Louvre. — On ne saurait, toutefois, suivre M. Vitu jusqu'au bout, et concliir3 avec lui de ce simple bail, que, d'octobre 1665 à octobre 16f8. Molière et sa femme habitèrent ensemble, ni, à plus forte raison, que « leur intimité se resserrait » à ce moment même : un emménagement commun ne suffit pas à prévenir une rupture.
sa femme, la séparation peut être rapportée au moment où cette pièce fut jouée, c'est-à-dire en juin 1606, ou, au plus tard, vers le mois d'août de la même année, après le Médecin malgré lui. On a vu que, dans les trois pièces qui suivent celle-ci : Mélicerte, le Sicilien et Amphitryon, Armande est laissée de côté : c'est M"^ de Brie qui en obtient les beaux rôles ; ne serait-ce point un effet du ressentiment de son mari, effet très naturel et d'autant plus pénible pour elle que jusqu'alors elle avait eu dans les distributions une part plus flatteuse et plus large?
Depuis ce moment ils ne se virent plus qu'au théâtre, Armande restant à Paris avec sa mère et ses sœurs, Molière passant ses rares loisirs dans une petite maison de campagne qu'il avait louée àAuteuil. Un jour, il rêvait tristement dans son jardin, lorsque, selon la Fameuse comédienne, il reçut la visite de son ami Chapelle, et, « comme il étoit alors dans une de ces plénitudes de cœur si connues par les gens qui ont aimé», il s'épancha dans une confidence que l'auteur du pamphlet prétend reproduire tout au long et au vrai :
« Je suis né, disait-il, avec les dernières dispositions à la tendresse; et, comme j'ai cru que mes efforts pourroient lui inspirer par l'habitude des sentiments que le temps ne pourroit détruire, je n'ai rien oublié pour y parvenir. Comme elle étoit jeune quand je l'épousai, je ne m'aperçus pas de ses méchantes inclinations, et je me crus un peu moins malheureux que la plupart de ceux qui prennent de pareils engagements. Aussi le mariage ne ralentit point mes empressements; mais je lui trouvai tant d'indifférence que je commençai à m'apercevoir que toute ma précaution avoit été mutile et que tout ce qu'elle sentoit pour moi étoit bien éloigné de ce que j'aurois souhaité pour être heureux. Je me lis à moi-môme des reproches sur une délicatesse qui rae
sembloit ridicule dans un mari, et j'attribuai à son humeur ce qui étoit un effet de son peu de tendresse pour moi. Mais je n'eus que trop de moyens pour m'apercevoir de mon erreur ; et la folle passion qu'elle eut, peu de temps après, pour le comte de Guiche, fit trop de bruit pour me laisser dans cette tranquillité apparente. Je n'épargnai rien, à la première connaissance que j'en eus, pour me vaincre, dans l'impossibilité que je trouvai à la changer. Je me servis pour cela de toutes les forces de mon esprit; j'appelai à mon secours tout ce qui pouvoit contribuer à ma consolation; je la considérai comme une personne de qui tout le mérite est dans l'innocence, et que son infidélité rendoit sans charmes. Je pris dès lors la résolution de vivre avec elle comme un homme qui a une femme coquette, et qui est bien persuadé, quoi qu'on puisse dire, que sa réputation ne dépend point de la méchante conduite de son épouse. Mais j'eus le chagrin de voir qu'une personne sans beauté, qui doit le peu d'esprit qu'on lui trouve à l'éducation que je lui ai donnée, détruisoit, en un moment, toute ma philosophie. Sa présence me fit oublier mes résolutions, et les premières paroles qu'elle me dit pour sa défense me laissèrent si convaincu que mes soupçons étoient mal fondés, que je lui demandai pardon d'avoir été si crédule.
« Cependant mes bontés ne l'ont point changée ; et si vous saviez ce que je souffre, vous auriez pitié de moi. Ma passion est venue à un tel point qu'elle va jusques à entrer avec compassion dans ses intérêts ; et quand je considère combien il m'est impossible de vaincre ce que je sens pour elle, je me dis en même temps qu'elle a peut-être une même difficulté à détruire le penchant qu'elle a d'être coquette, et je me trouve plus dans la disposition de la plaindre que de la blâmer. Vous me direz sans doute qu'il faut être père pour aimer de cette manière; mais, pour moi, je crois qu'il n'y a qu'une sorte d'amour, et que les gens qui n'ont point senti de semblables délicatesses n'ont jamais véritablement aimé. Toutes les choses du monde ont du rapport avec elle dans mon cœur. Mon idée en est si fort occupée que je ne sais
rien en son absence qui me puisse divertir. Quand je la vois, une émotion et des transports qu'on peut sentir, mais qu'on ne sauroit dire, m'ôtent l'usage de la réflexion. Je n'ai plus d'yeux pour ses défauts, il m'en reste seulement pour ce qu'elle a d'aimable. N'est-ce pas là le dernier point de la folie, et n'admirez-vous pas que tout ce que j'ai de raison ne sert qu'à me faire connaître ma faiblesse sans en pouvoir triompher ? d
Le passage est éloquent et une grande émotion s'en dégage ; non seulement il ne part pas d'une plume ordinaire, mais je n'hésite pas à y voir, malgré quelques tournures languissantes et quelques faiblesses d'expression, un des beaux morceaux de la prose française en sa plus belle époque. Faut-il aller plus loin, et y reconnaître, comme on le veut, l'esprit ou la main de Molière luimême, que ce soit un compte rendu écrit de souvenir par Chapelle, ou une lettre adressée par Molière à son ami *, compte rendu ou lettre tombés dans les mains du libelliste? Il n'est besoin, ce semble, de recourir ni à Tune ni à l'autre de ces deux hjpothèses. Si l'on admet que la Fameuse comédienne, malgré sa détestable inspiration, n'est pas l'œuvre du premier venu, mais d'une actrice douée d'un talent de style naturel, le plus simple serait d'admettre encore que ce morceau est aussi bien son œuvre que tout le reste. Rompue à la pratique du théâtre, elle combine certaines parties de son récit comme autant de petites pièces ; ici, elle aura vu la scène à faire, et la tirade pathétique à écrire. La situation n'estelle pas de celles qui inspirent et portent? Soutenue donc par le souvenir du Misanthrope^ l'imagination échauffée par les plaintes brûlantes d'Alceste, sa haine contre Armande venant par-dessus, elle a réussi la scène