‹ La comédie de MolièreChapitre 35 sur 94 · LA FLÈCHE, FROSINE · texte numérisé non relu

LA FLÈCHE, FROSINE

LA FLÈCHE, sans voir Frosine.

L'aventure est tout à fait drôle ! Il fau* bien qu'il ait quelque part un ample magasin de bardes; car nous n'avons riea recomai au mémoire que nous avons.

rao^iNE.

Ilél c'est toi, mon pauvre La Flèche I D'où vient celte rencontre

LA FLÈCHE

Ah! ahl c'est toi, Frosine? Que viens-tu faire ici?

FROSINE

Ce que je fais partout ailleurs: m'entremettre d'affaires, me rendre serviable aux gens, et profiter, du mieux qu'il m'est pos-sible, des petits talents que je puis avoir. Tu sais que, «tans ce monde, il faut vivre d'adresse, el qu'aux personnes comme moi le ciel n'a donné d'autres rentes que l'intrigue el que l'industrie.

LA FLÈCHE

As-tu quelque négoce avec le patron du logis?

FROSINE

Oui. Je traite pour lui quelque petite affaire, dont j'espère une récompense.

LA FLÈCHE

De lui? Ahl ma foi, tu seras bien fine, si tu en lires quelque chose ; el je te donne avis que l'argent céans est fort cher.

FROSINK.

Il y a de certains services qui touchent merveilleusement.

LA FLÈCHE. i Je suis votre valet; et tu ne connais pas encore le seigneur Har-pagon. Le seigneur llirp'gon est. de tous les humains, I humain le moins humain, lo mortel de tous les mortels le plus dur et le plus serré 11 n'est p»int d* service qui (tousse sa reconnaissance jus-qu'à lui faire ouvrir les main-. Do la loiange, de l'estime, de la bienveillance en paroles, et de l'amitié, tant qu'il vous plaira ; ruais de I argent, point d'affiires. Il n'est rien de plus sec et de plus aride que ses bon nés grâces els^s caresses; et donner est un mol pour qui il a lant d'aversion, qu'il ne dit jamais, Je vous donne, mais Je vous prête U bonjour. \

FROSINE

Mon Dieul je sais l'art de traire les hommes; j'ai le secret de 53 I/AVARJS.

m'ouvrirleur tendresse, de chatouiller leurs coeurs, de trouver les endroits par où ils sont sensitJes.

LA FLÈCHE

Bagatelles ici. Je le défie d'attendrir,du côtédel'argent, l'homme dorji il e>l question. Il est Turc là-dessus, mais d'une lunuerie à désespérer tout le monde; el l'on |>ourrait crever, qu'il n en bran-lerait pas. En un mol. il aime l'argent plus que réputation, qu'hon-neur et que vertu; et la vue d'un demandeur lui donne des con-vulsions; c'est le frapper par son endroit mortel, c'est lui percer te coeur, c'est lui arracher les entrailles; el si.,. Mais il revient: je me relire.

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