‹ La comédie de MolièreChapitre 44 sur 94 · ACTE III, SCÈNE ?. 65 Monsieur l'intendant fait bien le nécessaire · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE ?. 65 Monsieur l'intendant fait bien le nécessaire

HARPAGON

Paix.

MAÎTRE JACQUES

Monsieur, je ne saurais souffrir les flatteurs; et je vois que ce q:»'ii en fait, q-to se3 contrôles perpétuels sur le pain et le vin, le bois, le sel et la chandelle, ne sont rien que pour vous gratter cl vous faire sa cour. J'enrage de cela, et je suis tâché tous les jours d'entendre ce qu'on dit do vous : car, enfin, je me sens pour vous de la tendresse, en dépit que j'en aie ; et, après mes chevaux, vous êtes la personne que j'aime le plus.

HARPAGON

Pourrais-je savoir de vous, maître Jacques, ce que l'on dit de moi?

MAÎTRE JACQUES

Oui, monsieur, si j'étais assuré que cela ne vous fâchât point.

HARPAGON

Non, en aucune façon.

MAÎTRE JACQUES

Pardonnez-moi; je sais fort bien que je vous mettrais en colère.

HARPAGON

Peint du tout. Au contraire, c'est me faire plaisir, et je suis bien aîse d'apprendre comme on parle de moi.

MVÎTRF. JACQUES.

Monsieur, puisque vous le voulez, je vous dirai franchemet qu'on se moque partout do vous, qu'on nous jette do tous côtés cent brocanta à votre sujet, el que l'on n'est point plus ravi que de vous temr aux chausses, et de faire sans cesse d< s contes de votre lésine. L'un dit que vous faites imprimer des almanachs par-ticuliers, où vous faites doubler les quatre-temps el les vigiles, afin de profiler des jeûnes où vous < bligez votre monde; l'autre, 3ue vous avez toujours une quere.lo toute prête à faire à vos vatets ans le temps des élrennes ou do leur sortie d'avec vous, pour vous trouver une raison de no leur donner rien. Celui-là conte qu'une fois vous fîtes assigner le chat d'un de vos voisins, pour vous avoir mangé un reste d'un gigot de mouton; celui-ci, que l'on vous surprit, une nuit, en venant dérober vous-même 1 avoine de vos chevaux ; cl que votre cocher, qui était celui d'avant moi, vous donna, dans l'obscurité, je ne sais combien de coups de bâton, dont vous ne voulûtes rien dire. Enfin, voulez-vous que ie vous dise? On ne saurait aller nulle part, où l'on ne vous entende accommoder de toutes pièces. Vous êtes la fable el la risée de tout le monde ; el jamais on ne parle de vous que sous les noms d'avare, de ladre, de vilain et de fesse-matthieu.

HARPAGON, en battant maître Jacques.

Vous êtes un sol, un maraud, un coquin, cl un impudent.

Hé bienl ne l'avais-je pas deviné? Vous ne m'avez pas voulu croire. Je vous avais bien dit que je vous fâcherais de YOUS dire la vérité.

HARPAGON

Apprenez à parler.

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