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L’ACADÉMIE FRANÇAISE ET LES VISITES

Aussi ne fit-il pas les visites obligatoires et ne fut-il pas de l’Académie, pas plus qu’ Alexandre Dumas l’ancien, qui ne voulut pas faire de visites, sans doute pour les mêmes raisons. Pas plus qu’ Alphonse Karr, qui s’est retiré à Saint-Raphaël, — maison close, — sans doute pour ne pas en recevoir et peut-être aussi pour ne pas en faire.

Mais M. Émile Ollivier y est entré, à l’Académie; y entreront de même certaines autres gens de mérite qui pourront comme lui, tranquillement, se livrer à une suite savamment échelonnée de visites — couronnées de ces fins dîners où l’on politique au dessert.

Ainsi il y a trois hommes que, dans notre première jeunesse, ceux de ma génération, et moi tout le premier, aimions et aj^préciions avec une passion véritable.

L’un d’eux personnifiait la science profonde de l’humanité, l’étude implacable des passions, l’analyse du cœur humain et la connaissance de ses plus insondables replis.

Le second, c’était la gaieté, l’esprit vivace, l’invention féconde et riche, la chaleur persuasive et le mouvement passionné.

Le troisième, c’était la raison ornée, l’esprit judicieux, la vérité prenant les formes inattendues et paradoxales pour frapper l’intelligence et le cœur, une forme littéraire irréprochable jusque dans les excentricités, la sagacité des races du Nord unie à toutes les souplesses de l’esprit gaulois.

Balzac, Alexandre Dumas, Alphonse Karr.

Et aucun de ces trois n’a figuré parmi les membres de l’Académie française !

Aucun de ces trois noms n’a trouvé grâce devant des hommes qui rayonnaient à la façon de MM. Lebrun, ou Vitet, ou Viennet, ou Népomucène Lemercier, etc., etc.

Il est vrai que Balzac est mort, et que son nom grandit encore chaque jour.

Il est vrai qu’ Alexandre Dumas, lui aussi, est mort et qu’on le lit toujours,

et que l’on vient enfin de lui rendre un double et juste hommage en donnant un fauteuil à son fils, qui Fa, du reste, plusieurs fois mérité par lui-même.

Pour ces deux premiers, le crime de l’Académie française est pleinement consommé et la peine irrémissible. Mais il reste encore Alphonse Karr, qui n’est pas mort du tout, et l’on semble en disposition de lui faire subir le même sort qu’aux deux autres.

Heureusement Alexandre Dumas fils vient d’ouvrir une porte qui pourra sans doute être quelquefois utilisée dans l’avenir.

Froissé du déni de justice fait à son père, l’auteur du Demi-Monde n’a pas cru devoir céder à la tradition qui exige du candidat les visites indispensables et l’expose aux rebuffades de ses juges.

Désireux de faire cette précieuse recrue, un certain nombre d’académiciens se sont réunis en commission et ont décidé de constituer une majorité qui déclare devoir donner, d’une façon absolue, sa voix au candidat qu’elle se désigne elle-même.

C’est alors que, pour ne pas rompre complètement avec la tradition, ledit candidat fait des visites qui deviennent des visites de remercîment, au lieu d’être des visites de solliciteurs.

Ainsi a fait Alexandre Dumas fils.

Ainsi on aurait dû faire pour Balzac et pour Alexandre Dumas père,

Ainsi il faut qu’on fasse pour Alphonse Karr,

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