L’INSTRUCTION OBLIGATOIRE ET LAÏQUE
A côté des instituteurs qui spéculent sur les portions de soupe et, pour faire prospérer leur usine, ne pensent qu’à mettre tous les ans à l’Exposition universelle des produits exceptionnels destinés à attirer le chaland, il est certains hommes dévoués et convaincus qui pensent avoir à remplir une importante mission.
Qu’ils soient laïques, prêtres ou simples frères, ceux-là pensent que la tâche de former les hommes destinés à subir les luttes de toute sorte indiquées pour l’avenir, est une tâche sainte et utile au premier chef.
Leur spéculation ne réside plus que dans l’ordre moral, philosophique et intellectuel.
Heureux ceux qui croient ! disent-ils, heureux ceux qui croient à quelque chose ou à quelqu’un.
Heureux ceux qui se haussent quelque peu pour regarder au-dessus des choses terrestres.
Heureux ceux qui savent qu’ils ont une âme, et que cette âme ne s’éteint pas simplement comme la lampe soufflée par le vent.
Heureux ceux qui pensent qu’il y a encore une famille, une patrie et des devoirs à remplir.
Heureux ceux qui croient qu’il y a autre chose en ce monde que les jouissances de la vie matérielle, et les satisfactions brutales des sens à l’imitation des animaux.
Les hommes qui sont fermement persuadés de telles choses, sont bien près de pouvoir en faire entrer la conviction dans l’esprit des autres.
Et il est de notoriété que ceux-là mêmes à qui l’on enseigne ces principes, reçoivent encore avec plus de fruit l’instruction qui les accompagne.
Et les écoles gouvernementales ou professionnelles en démontrent chaque jour la preuve dans les examens à subir pour y être admis.
C’est pourquoi, en dépit des efforts insensés de ceux qui, sous prétexte de liberté, veulent entraver le développement des idées léguées par la tradition, la réflexion et la morale des siècles, nombre de gens, qui sont passés de l’autre côté pour leur agrément particulier, ne se soucient guère d’envoyer leurs enfants à la concurrence.
— Allons bon! disait dernièrement un pur à un autre, toi qui es un bon, tu envoies ton gosse chez ces calotins de frères, au lieur de le mettre chez l’obligatoire et laïque du quartier.
— Merci! pour qu’à dix-huit ans il me flanque des giffles.
— Tant pis, je le laisse toujours là, il se débrouillera après.