CONSEILS AUX ASPIRANTS BACHELIERS
Si vous n’appartenez point à quelque institution douée d’un costume réglementaire, évitez les faux-cols étranges, les cravates à nœuds étudiés,
et les coiffures à raies et à bandeaux méthodiques, qui pourraient vous poser dans l’opinion d’un examinateur grincheux comme un membre présent ou futur de la tribu des Petits Crevés.
Asseyez-vous modestement à votre place, ni trop en avant, ni trop profondément dans votre chaise.
Ne craignez point de montrer une légère émotion. Les examinateurs sont généralement flattés de cette allure, qui marque à la fois de la déférence, de la crainte et du respect.
Et si la parole est hésitante et embarrassée, faute de science ou de mémoire, vous trouverez des juges mieux disposés pour mettre votre silence sur le compte de cette émotion, qui en pareil cas est un hommage.
Répondez toujours quelque chose , et sachez conserver assez de présence d’esprit pour rester dans quelques généralités prudentes, où l’examinateur bienveillant n’ait pas trop de peine à vous tendre la perche.
11 est vrai que tous les examinateurs n’ont point l’heureuse et bienfaisante nature qui signalait jadis l’excellent homme auquel je ne suis point fâché, au nom de mes anciens collègues au bachot, de tresser cette couronne.
— Si je vous demandais, disait-il, qu’est-ce que la division?
Me répondriez-vous : La division est une opération par laquelle étant donné un nombre nommé diviseur, on veut savoir combien de fois il est contenu dans un autre, nommé dividende?
— Oui , Monsieur.
— Très-bien.
— Le résultat de l’opération ne se nomme-t-il pas quotient?
— Oui, Monsieur.
— C’est parfait.
Et l’on avait gagné sa boule blanche.
Il en était de même pour toutes les questions.
Pour les aspirants bacheliers, M. Thillaye était un père.
Aussi la reconnaissance publique l’avait surnommé le père Thillaye.
Mais tous n’étaient pas ainsi, et il régnait un deuil dans le camp lorsque c’était M. Lefébure de Fourcy qui prenait sa place.
M. Saint-Marc Girardin occupait alors le fauteuil des lettres, qu’il changea depuis pour celui de l’Académie française. Lui était inégal dans ses bienfaits, suivant que le temps changeait, ou bien que le déjeuner exerçait une influence bonne ou fâcheuse sur ses facultés digestives.
Les hommes changent, mais les examens restent. Il doit encore en être à peu près de même de nos jours. En tout cas, les candidats ne doivent pas ignorer qu’une bonne petite recommandation préalable ne saurait nuire.
Les examinateurs sont des philosophes qui connaissent la vie, et savent bien que toute cette érudition de pacotille, quel que soit l’examen, sera balayée avant six mois, comme les neiges de l’hiver dernier.
Et que pour tous les collégiens, ou du moins pour la plupart, la principale valeur du diplôme conquis à l’examen, eât d’être un exeat.
LES PETITES FILEES.
L’éducation des petites filles qui grandissent et deviennent jeunes filles, se fait souvent encore et fort heureusement à l’abri du foyer. C’est par les femmes et les mères que les traditions sacrées du passé se continueront encore pendant quelque temps.
Il est encore des mères qui savent se dérober aux fêtes de chaque jour, et à la tentation de montrer chaque soir à la clarté des bougies les épaules éclatantes et les bras richement modelés qu’elles ont ou pensent avoir. Elles veulent présider elles-mêmes à tout ce que doivent savoir, à tout ce que doivent ignorer ces petits êtres sur la tête desquels doivent reposer un jour l’honneur, la vertu, et la tradition des familles.
Mais il en est aussi qui ne peuvent résister ni aux bals, ni aux fêtes de toute sorte, et pour lesquelles les enfants sont une entrave. C’est pour soulager
ces mères que les pensions ont été créées, et que les couvents sont ouverts.
Certes, il est des pensions précieuses pour les jeunes filles et des couvents recommandables à tous égards.
Mais chacun des enfants, mis ainsi à l’écart, n’a-t-il point entrevu déjà dans l’ intérieur où le sort l’a placé, des exemples fâcheux çà et là, dont la conscience lui échappe , mais sur lesquels le voile ne saurait manquer de se dissiper peu à peu.
Ces petites filles une fois réunies, toutes ces observations séparées sont mises en commun, s’agglomèrent, se multiplient, et se répartissent entre toutes. C’est alors que la tête et l’esprit travaillent plus que de raison, la famille faisant défaut.
Il se fabrique dans la plupart de ces usines plus de femmes du monde et de femmes de plaisir que de mères de famille.
Nous ne dirons point comme ce fantaisiste qui, passant en revue les différentes écoles destinées à fabriquer des hommes, concluait ainsi : La meilleure de toutes les écoles, est l’école du malheur.
Si la vie en commun peut avoir son côté utile pour l’homme auquel sont réservées les préoccupations de la vie extérieure et de la politique, la vie d’intérieur est la meilleure des écoles pour celles qui doivent présider plus tard aux nécessités et aux combinaisons multiples de la vie de chaque jour.
Le Chrysale de Molière disait jadis :
. Qu’une femme en sait toujours assez
Quand la capacité de son esprit se hausse A connaître un pourpoint d’avec un haut-de-chausse.
Et la connaissance du grec lui semblait bien inférieure à celle du pot-auleu. Le grec n’a point acquis de vertu supérieure de nos jours, et la science de tous les détails que comporte une maison a continué, en dépit de tout, à être hautement prisée par ceux qui n’ont point l’intention de rester célibataires.
Les mères prudentes, revenues pour elles-mêmes des raouts, des soirées et des bals, et qui veulent élever convenablement les jeunes filles, les gardent pieusement près d’elles.
Le
Domum mansit, lanam texit,
du poète a toujours, depuis l’antiquité, conservé son charme et sa vertu.
COSTUMES ET VISAGES