LES PETITES FILLES
J’aimerais mieux garder cent moulons dans un pré ,
Qu’une fille dont le cœur a parlé.
Ainsi dit la chanson. L’essentiel, c’est que le cœur, ce bavard, ne parle que le plus tard possible.
Il faut donc occuper l’activité, l’intelligence et l’ardeur de ces petits êtres, pour couper de bonne heure la parole à cet orateur sujet à faire souvent de graves interpellations. La mission d’une mère n’est point une sinécure.
La tapisserie, ce lanam texit des anciens, la broderie, le catéchisme, la première communion, les langues étrangères, le catéchisme de persévérance, sont d’intelligents et puissants dérivatifs.
Un des plus satisfaisants concours est apporté aux mères par l’étude du piano.
Rien n’absorbe la réflexion et l’activité comme cette gymnastique de la main et des doigts, qui confisque l’attention sur les touches d'ivoire de l’instrument terrible dont retentissent tous les étages des maisons parisiennes.
Deux ou trois heures chaque jour sont ainsi consacrées à ce travail , qui ne laisse que peu de place à la pensée. C’est autant de gagné sur l’ennemi.
Quelques jeunes filles, çàetlà, finissent par devenir musiciennes, ce qui n’est point un mal.
Mais la plupart, une fois mariées, s’affranchissent de la tyrannie qui les forçait à taquiner chaque jour les touches blanches et noires de cette mécanique si fatigante lorsqu’elle n’est pas mélodieuse, et ferment leur piano pour ne plus le rouvrir.
Mais le problème a été résolu, et le cap des Tempêtes est doublé. A un autre nautonier maintenant le soin de conduire la barque prudemment, jusqu’alors conduite en vue du port.
MAISONS DE LA LÉGION D’HONNEUR
La vie a ses nécessités, l’état social a ses exigences. Les militaires, notamment, qui sont appelés à voyager incessamment, et à se porter, au premier signe, sur tous les points où le service et le devoir l’exigent, ne peuvent pas néanmoins être sevrés des douceurs de la famille.
La femme qui accompagne son mari partout où il lui est possible de le faire, ne se trouve pas dans les conditions normales que réclame l’éducation des enfants, — surtout des jeunes filles.
L’Etat a prévu ces difficultés, et, dans sa sollicitude pour les hommes chargés de défendre le pays , a fondé , pour les garçons , certains prytanées , où ils reçoivent l’instruction pratique destinée à en faire des militaires utiles ; pour les filles, les maisons de Saint-Denis, d’Ecouen et des Loges, où elles reçoivent l’éducation destinée à en faire des femmes capables de venir en aide à leurs parents, ou de subvenir à leurs propres besoins si elles sont orphelines.
Ces maisons sont consacrées aux filles de légionnaires, chevaliers ou officiers de l’Ordre.
Ces maisons sont admirables de tenue, de soins et de prévoyance.
Outre l’instruction nécessaire à toute femme qui doit plus tard avoir un ménage et élever des enfants, on s’efforce de constituer aux jeunes filles un état qui puisse, à un moment donné, les tirer d’affaire.
La musique, le dessin de figure et d’ornement, la peinture sur porcelaine, leur sont enseignés par des professeurs de mérite.
Mais cela n’empêche point d’insister, avec le plus grand soin, sur le raccommodage des bas, de la lingerie, sur la broderie, la tapisserie et même la cuisine.
Une heureuse innovation, due à ces dernières années, je crois même à l’initiative de l’impératrice Eugénie, a été de fonder un cours de télégraphie électrique, que suivent un certain nombre de jeunes filles de la dernière classe,
COSTUMES ET VISAGES