‹ La comédie de notre tempsChapitre 32 sur 121 · LES CARRIÈRES LIBÉRALES · texte numérisé non relu

LES CARRIÈRES LIBÉRALES

Le rêve des pères et des mères de famille, /\AA depuis le commencement du siècle, fut et est ' "A malheureusement encore, de mettre leurs J enfants à même d’entrer dans les carrières dites libérales.

Par carrière libérale , on entend ces carrières où l’on n’a d’autre assujettissement, d’autre ligne de conduite et de travail que ceux dont on s’impose soi-même l’obligation.

Ces carrières, en France, mènent à tout, ou ne mènent à rien.

Il y a comme une sorte de tombola affectée par le sort à chacune de ces carrières; çà et là, quelques gros lots rayonnent au loin comme de gigantesques miroirs à alouettes, et attirent la foule.

— Uo fils comme celai-là, on ne peot pas le laisser dans la mélasse; il sera avocat.

Quelques rares privilégiés atteignent le sommet où ces éblouissements dominent; la plupart des autres ne saisissent que le vide, végètent dans l’ombre ou croupissent dans les bas-fonds, et de là jettent à l’état social, dont ils avaient espéré ce qu’ils n’ont pu atteindre, des cris de haine, de misère et de vengeance.

La meilleure de toutes les carrières libérales est, sans contredit, celle de riche propriétaire et d’opulent rentier.

Cette carrière est la seule à laquelle toutes les paresses, toutes les ignorances soient permises, et où elles puissent être portées avec élégance et désinvolture. Là, le tilre de bachelier n’est qu’une simple fleur portée à la boutonnière par convenance et concession à certaines idées qui ont conservé le vague préjugé du latin.

Celte carrière est néanmoins sujette à quelques déboires ; il est certains hommes qui s’empressent de l’épuiser avant le temps, et mettent trois ou quatre années au plus à répandre sur tous les chemins la moisson de billets de banque et d’écus bien trébuchants que Messieurs leurs pères avaient mis cinquante ans à ramasser sou à sou.

Hàlons-nous de dire qu’ils ont le plus grand tort, et que les autres carrières libérales dont ils seront forcés par la suite de faire l’acquisition leur fourniront sans doute de bien faibles compensations.

Les sages poursuivent tout simplement cette carrière, mangeant chaud, buvant frais, ne versant, il est vrai, aucune lumière sur les obscurs blasphémateurs qui ne leur manquent pas, mais se couvrant bien, se logeant avec confortable, réparlissant prudemment leur avoir et sachant voyager à propos quand la conservation de leur sécurité l’exige.

Ceux-là ont beaucoup d’amis. Ils n’ont pour ennemis que leurs femmes, leurs enfants , leurs domestiques , les indigents , les décavés qui passent dans la rue et que leur voilure éclabousse, la satiété, les indigestions, la goutte et l’apoplexie.

Aussi chacun les envie.

Car cette carrière n’est le partage que d’un nombre bien trop restreint d’individus heureusement privilégiés.

Il faut donc sagement penser à quelque autre débouché pour l’emploi de ses facultés et de son temps.

Les carrières libérales les plus recherchées après celle dont nous venons

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