LA MAIN DROITE ET LA MAIN GAUCHE
archer est utile. Il est bon de savoir se servir des jambes dont la nature vous a doués, mais il est plus indispensable encore de savoir mettre à profit les bras et les mains, premiers appareils qui nous distinguent du reste de la création, et dont les ancêtres revendiqués par le savant et modeste M. Littré partagent seuls quelques avantages avec nous.
L’usage raisonné et raisonnable des mains est certainement ce qui nous assure la prééminence indiscutable, parmi tous les êtres jetés sur cette terre. Sans pouce utilement et pratiquement opposable, il ne saurait être question ni de vêtements, ni d’armes offensives ou défensives, ni d’instruments de
travail, ni d’études, ni d’art, ni de progrès. Sans les mains, le cerveau de l’homme] demeurait pour ainsi dire stérile, et nous étions peut-être condamnés tout simplement à l’instinct.
Or, par une étrange et bizarre conception de l’esprit, il semble que l’homme s’applique à diminuer, autant qu’il lui est possible, la puissance que ce mécanisme merveilleux lui confère.
Dieu a trop bien et trop généreusement fait les choses, semble-t-il se dire, n’en abusons pas. Sachons sagement en supprimer la moitié.
La somme du mal n’est-elle pas supérieure à celle du bien? Et, dans ce cas, n’y a-t-il pas un avantage mathématique à biffer une partie des œuvres que les mains peuvent mettre à jour et produire?
Il n’est venu jusqu’ici à personne, que nous sachions, l’idée de dresser ses enfants à ne voir que d’un œil.
Personne, jusqu’alors, ne les a exercés à ne marcher que sur une seule et
même jambe, en faisant à cloche-pied de petits bonds élégants et gracieux.
On n’a jamais pensé à les contraindre d’entendre seulement d’une oreille, et de ne sentir que d’une narine.
Mais en revanche, tous les parents s’accordent à priver leurs enfants de l’usage de l’un de leurs bras et de l’une de leurs mains.