‹ La comédie de notre tempsChapitre 66 sur 121 · UN TABLEAU A SUCCÈS · texte numérisé non relu

UN TABLEAU A SUCCÈS

Je ne vous dirai pas au juste ce que représente ce lableau-là, niais il y a gros à parier que ce sont des baigneuses.

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AU SALON DE PEINTURE

Madame Perrichon. — Mais je ne suis pas fâchée du tout que les femmes se montrent un peu...

M. Bassecourt. — Et moi donc... Du reste, ça dépend.

Madame Perrichon... — Et prouvent qu’elles ont plus de talent, d’esprit, de goût, et surtout plus de jugement que beaucoup d’hommes. Et certainement si notre bêtise de soi-disant suffrage universel n’avait pas la prétention de restreindre le vote aux seuls hommes, parmi lesquels il y a certainement plus d’imbéciles que parmi les femmes, je crois pouvoir assurer que les choses n’en iraient pas plus mal.

M. Perrichon. — Ma bonne amie, je te l’ai dit cent fois, tu n’entends rien à la politique.

Madame Perrichon. — Ça n’empêche pas qu’à commencer par mademoiselle Rosa Bonheur, qui fait les animaux mieux que n’importe qui actuellement; madame Herbelin, qui fait encore de la miniature comme pas un; madame Lemaire, que nous venons de voir tout à l’heure; mademoiselle Jacquemart, dont la spécialité est de peindre les ministres , et qui les fait à merveille...

M. Bassecourt. — Seulement... quand on n’esl pas ministre... Ainsi, voyez cette année !

Madame Perrichon. — Ça, ça m’est égal. Eh bien, il y a, parmi toutes ces dames et demoiselles, des peintres dont l’opinion et le talent valent mieux que l’opinion et le talent d’une quantité de ces messieurs.

Sans .compter que nous n’avons encore parlé ni de madame Henriette Browne, dont le portrait de femme, n° 273, est un des bons portraits du Salon; de mademoiselle Dubos, dont le n° G3G, Rosette, est une peinture fort agréable...

M. Perrichon. — Je te ferai remarquer seulement, ma bonne amie, que presque toutes ces dames, ou peu s’en faut, sont élèves de M. Chaplin, et que, par conséquent, c’est un peu M. Chaplin à qui revient une bonne partie du succès de ces dames.

Madame Perrichon. — Ce que tu dis là ne signifie rien. Ce n’est pas M. Chaplin qui est le maître de mademoiselle Alix Durai, et vois-moi ce petit tableau au n° 678, Une Rêverie; il me semble que c’est charmant, très-bien peint, et qu’il y a bien des messieurs qui s’efforcent de marcher dans les brodequins de M. Toulmouche et qui sont loin d’en faire autant. Voici madame Muraton qui fait des natures mortes comme le premier Philippe Rousseau venu, etc., etc. J’en citerais comme ça une cinquantaine. Seulement, je ne sais pourquoi les dames jusqu'alors ne font guère le paysage,

et cependant, comme tu le disais tantôt, c’est ce qu’il y a de plus facile. Mais cela commence, et je viens même de voir au n° 1107 une marine qui est très-jolie, très-juste, et qui est peinte par une dame, madame La Villette; il faut dire aussi que c’est la seule.

Et tenez, pour finir, n’avons-nous pas encore des aquarelles fort remarquables signées par une dame qui , pourtant , ne paraît pas en avoir besoin , madame la baronne Nathaniel de Rothschild! Voyez-moi ça aux nos 2531 , 32 et 33.

M. Bassecourt. -4— Ah! par exemple, si sa peinture n’a pas des tons riches!

Madame Perrichon. — Oui, certainement. Eli bien, parmi tous les messieurs Rothschild, et Dieu sait s’il y en a! pas un n’en pourrait faire autant.

Vous ne sauriez me contester cèei : c’est que le progrès chez les dames est flagrant.

M. Bassecourt. — Après cela, il y a maintenant tant de dames et de demoiselles que l’on peut ranger dans la catégorie des Françaises peintes par elles-mêmes, qu’on les voit sans étonnement, un beau jour, entreprendre de faire de la peinture pour les autres.

M. Perrichon. — Mais ceci n’est pas une excuse suffisante. Certes, je ne blâme pas les efforts de celles qui , parfois, sont notre plus belle moitié. Mais si mon oncle a pu, certain jour, paraître exagéré en disant que le cliar de l’Etat navigue sur un volcan, prophétique parole, cependant, et dont nous voyons, hélas! la triste réalisation de nos jours, je dois dire de plus que ce bouleversement des habitudes et des aptitudes n’est pas sans donner au penseur un grave souci.

Nous voyons chaque jour les rôles s’intervertir. Une époque où les femmes commencent à devenir bacheliers et docteurs , orateurs de club et colonelles, peintres et sculpteurs, pendant que les couturières sont remplacées par des couturiers et les corsetières par des tailleurs en corset, est évidemment une époque troublée.

Madame Perrichon. — Quand je te dis que nous marchons tout doucement au suffrage universel.

M. Perrichon. — En attendant, regardons les tableaux, cela vaut mieux. Allons, Monsieur Oscar, il s’agit de pointer.

AU SALON DE PEINTURE

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