LES MÊMES
M. Perrichon. — Ah! voici un charmant petit tableau. 1523, Une Alerte, de Protais.
AU SALON DE PEINTURE
M. Bassecourt. — Après Billet, ça arrive quelquefois.
M. Perrichon. — A l’ordre, monsieur Bassecourt. Ce tableau-là est charmant, il a de l’effet; le paysage est bien exécuté, à mon avis, et les figures très-réussies. L’ensemble me rappelle celui de l’année dernière, tout un régiment couché sur l’herbe, dans le même bois peut-être que celui qui est ici présent, le colonel seul, éveillé, vigilant et attentif. Cela m’est resté dans le souvenir. Dans le tableau de cette année, la sieste est terminée, les soldats sont debout, comme le colonel. On s’apprête au combat, c’est une alerte, on annonce l’ennemi.
Irma. — Pauvres gens !
Madame Perrichon. — Moi, j’ignore si ce peintre-là est un grand peintre. Je ne m’y connais pas; mais toutes les fois que j’ai vu quelque chose de lui... eh bien, je ne sais si c’est l’exécution, si c’est le sujet, mais toujours ça m’a touchée, et ça m’a dit quelque chose.
M. Perrichon. — Allons, je le mets comme l’autre sur mon carnet d’échéances.
Irma. — Voyez donc quelle délicieuse petite fillette, ici, au n°473; c’est de M. Cot : Mademoiselle H...; est-elle gentille! Si j’avais une petite fille, je serais ravie de l’avoir ainsi.
Monsieur Oscar, n’est-ce pas le même M. Cot qui avait fait l’an dernier le charmant tableau : Jeunesse ? Si je me rappelle bien, deux jeunes gens... un jeune homme et une jeune fille...
M. Bassecourt... se balançant. — Certainement, j’ai bon souvenir; M. Cot voulait montrer sans doute que l’amour est une balançoire.
M. Oscar. — Parlez pour vous, monsieur Bassecourt.
Madame Perrichon. — Ces vieux garçons, tous les mêmes!
M. Oscar. — Amour, lien des âmes, coloration de la vie, ligne sublime, excuse sublime de la matière; amour, toi qui règnes sur ceux qui ont la croyance et la foi dans le beau et dans le bien, pardonne à ce mécréant qui te méconnaît, parce que tu l’as dédaigné.
M. Bassecourt. — Merci! Voilà une phrase qui est modelée dans la pâte.
Ces Dames. — Charmant, charmant!
M. Bassecourt. — Si j’étais peintre, je ferais un tableau allégorique : V Amour épousant la Dot.
M. Perrichon. - — Ça ne serait pas déjà si bête. Un peu de l’un, un peu de l’autre, il faut cela. Le proverbe dit : La beauté passe, la laideur reste. Ce n’est pas pour la dot que je dis cela, car une dot de quatre cent mille francs, par exemple, n’a jamais passé pour avoir rien de laid.
Irma. — Tenez, monsieur Bassecourt, voici qui vaut mieux que vous, permettez-moi de vous le dire. Au n° 363, Basse-cour au Château. C’est fin, charmant et coquet ; quels jolis petits bébés près du pigeonnier ! Et ces petites dames si fraîches , si bien mises ; les délicieux canards ! Oh ! papa , comme je trouve ce petit tableau aimable et d’une jolie couleur! Si tu m’achetais cela? c’est de M. Charnaij.
M. Perrichon. — Nous verrons. Qu’en dites-vous, monsieur Oscar?
M. Oscar. — Vous pouvez y aller; achetez sans crainte.
Irma. — J’étais bien sûre que M. Oscar serait de mon avis.
M. Oscar. — Puissiez-vous, Mademoiselle, être toujours du mien!
Madame Perrichon, à part. — Ce jeune homme est bien.
M. Oscar. — Monsieur Perrichon, permettez-moi de vous signaler ce tableau de M. Beijle notamment, Combat de tortues. Suivez-moi ce garçon-là; un progrès étonnant de la couleur, de l’harmonie , de la solidité , faisant les étoffes et les accessoires d’une façon remarquable.
M. Bassecourt. — Et les têtes?
M. Perrichon. — Les têtes aussi. Je pointe M. Beyle, j’irai le voir demain.
Madame Perrichon. — Ah! par exemple, voici de la peinture qui n’est pas faite à la crème, 939 : Première coquetterie , par M. Huas , comme celle de M. Haunneru.
M. Bassecourt. — C’est plutôt fait à la sauce.
M. Oscar. — Et la sauce n’est pas mauvaise; cette petite fille a trouvé un joli morceau d’étoffe jaune, de cette belle étoffe Beqnault, que ce grand artiste a su si bien mettre à la mode, et elle se plaît à l’essayer, ce qui vraiment ne lui va pas trop mal. Monsieur Perrichon, il faut pointer M. Huas, je ne vous dis que cela, et puisque vous ne voulez pas encore votre portrait par M. Bastien Lepage ,à votre place, je me le ferais faire pardf. Huas. C’est de lui, au numéro 938, un bon portrait de M. Couder, le peintre de fleurs.
M, Bassecourt. — Et puis c’est un garçon aimable, complaisant, et si vous ne voulez pas de rides, il ne vous en fera pas.
M. Perrichon. — Pourquoi me dites-vous cela, puisque vous savez bien que je n’en ai pas ? Après ça , j’en aurai peut-être. Je prends toujours l’adresse de M. Huas.
M. Oscar. — S’il avait eu à faire le portrait de Mademoiselle Irma, quel joli portrait !
Irma. — Monsieur Oscar, je vous en prie.. .
M. Perrichon. — M. Oscar est dans le vrai; tu as beau baisser les yeux et prendre la teinte du coquelicot, c’est comme ça.
AU SALON DE PEINTURE