LA CGURÉE DES PLACES
= Mais, mon ami, c'est bien émbarrassant; si jé mets le baron auprès de la comtesse, et il n'y a pas moyen de faire autrement, ils se mangeront;
— Cela nous fera des économies,
Ne vous asseyez à volre place que lorsque voire voisine ou vos voisines se
seront parfaitement installées et que le jeu difficile des robes et des traiînes aura été exécuté de la manière la plus complète.
Vous risqueriez des conflits graves et impardonnables avec les volants, les garnitures et les dentelles.
Le personnage le plus marquant est assis à la droite de la maîtresse de la maison. Si dans l’assistance se trouve un prélat, cette place lui appartient de droit; de même que, dans le corps diplomatique, la première place appartient encore de droit au nonce du pape.
Les autres convives sont placés, autant que possible, suivant les règles de la hiérarchie sociale et de toutes les hiérarchies ou civiles ou militaires, dont le maitre de la maison doit connaître à merveille toutes les gradations.
Les places dites d'honneur sont celles qui se trouvent à Ja droite et à la gauche du maître et de la maitresse de la maison. Les deux femmes le plus en évidence, soit comme position en raison de celle de leur mari, soit les plus âgées, sont placées près de l’amphitryon.
Le tact doit enseigner les dérogations à cet usage général.
Les jeunes gens et les jeunes filles au bout de la table.
Pendant la durée du repas, les hommes placés près des femmes doivent
rendre à leurs voisines tous les petits services qui éviteront à celles-ci toute gêne et tout effort.
Ces petits services, fort limités du reste, se bornent le plus souvent à verser l’eau et le vin ordinaire dans le verre de votre voisine, les gens se chargent du reste.
Évitez avec soin toute maladresse, et soyez spirituel, — si vous le pouvez.
Il n’est pas mal de vous précautionner de quelque nouvelle du jour que vous assaisonnerez de votre mieux.
Si les circonstances vous ont donné pour voisine une personne qui vous
soit inconnue, tenez-vous dans les généralités, de peur de commettre quelque imprudence.
Nous n’avons pas besoin de citer ici l’histoire si connue de l'abbé Cosson.
Ainsi vous savez qu’il ne faut pas déployer complétement votre serviette et l’attacher par un coin à votre boutonnière, ou avec deux épingles de chaque côté de votre gilet; |
Que vous ne devez pas manger votre potage en tenant votre cuiller d’une main, votre fourchette de l'autre;
Qu'il ne faut pas couper son pain, mais le casser;
Ne pas porter vos aliments à votre bouche avec votre couteau;
Ne pas nettoyer proprement votre verre avec votre serviette ;
Ne pas manger vos olives avec une fourchette ni la salade avec vos doigts ;
Ne pas laisser votre coquille d’œuf sans la briser sur votre assiette ;
Ne pas demander du bordeaux et du champagne, mais bien du vin de Champagne ou du vin de Bordeaux.
Aulant vaudrait vous prescrire de ne point imiter ces gens qui, par un temps de chaleur, ôtent leur habit et demandent poliment la permission de diner en bras de chemise; desserrent la boucle de leur pantalon pour préparer un asile plus confortable aux mets qu’on va leur servir ;
Versent le vin dans leur potage, sous prétexte que cette mixtion est des plus stomachiques; | Boivent le bouillon qui reste dans leur assiette à soupe, en portant l'assiette à leurs lèvres ; #9
Appellent le domestique garçon;
Se font servir trois fois du même plat;
Jettent les os sous la table;
Boivent dans le verre de leur voisine et l’embrassent au dessert, etc., etc.
Toutes ces pratiques doivent être écartées avec le soin le plus scrupuleux.
Règle générale :
Si par hasard un usage ne vous est pas familier, il est prudent d'observer autour de soi comment agissent les autres. N’ayez pas trop de précipitation.
Dans un diner prié, un provincial à qui l’on avait servi à la fin du repas un bol d’eau tiède, parfumée, suivant l'habitude, d’un peu d'essence de menthe, s’était empressé de le boire, croyant faire comme tout le monde. Vous jugez du trouble qui suivit.
Huit jours après, nouveau diner, nouveau bol. Le malheureux refuse énergiquement.
— Je vous rends grâces, madame, dit-il à la maîtresse de la maison, la dernière fois cela m’a incommodé.
Le diner une fois terminé, le signal étant donné par la maîtresse de la
maison, qui se lève la première, vous offrez le bras à votre voisine et vous la
reconduisez dans le salon, à sa place.
C’est le moment de reprendre vos gants et votre chapeau. Après le café, qui se sert dans le salon, vous remettrez le gant de la main gauche, et vous tiendrez votre chapeau de la même main.
La politesse vous prescrit de passer la plus grande partie de la soirée dans la maison où vous avez diné.
Il est de rigueur que la visite qui suit le diner accepté se fasse dans la
huitaine.