‹ La comédie de notre temps ... études au crayon et à la plumeChapitre 124 sur 200 · LES BANQUETS · texte numérisé non relu

LES BANQUETS

oRSQU’'ux diner se donne dans un endroit public

et réunit un certain nombre de convives, à propos

d’une idée, d’un fait politique ou non, d’une

association d’un ordre quelconque, il cesse de

s'appeler diner, et prend le titre de banquet. On en compte de toutes les espèces.

A leur tête, les banquets politiques. As se subdivisent en banquets démocratiques, où lon mange la salade, le veau froid légendaires, où l’on boit du vin au litre, où l’on monte sur la table pour faire des discours, tant qu'on n’a pas assez bu, pour être couché dessous.

En banquets libéraux ou conservateurs, où l’on humilie la salade et le veau froid de la démocratie par le turbot sauce aux câpres et le filet sauce Périgueux de la bourgeoisie. Autant de discours au menu que dans les banquets démocratiques; seulement on ne monte pas sur la table et on tombe plus rarement dessous.

Il y a encore le banquet philanthropique, où l’on mange pour les pauvres qui meurent de faim.

Les banquets de toutes les corporations : coiffeurs, jardiniers, blanchisseurs, avoués, notaires, elc.

Les banquets d'actionnaires.

Les arts ont leurs banquets, l’industrie ses banquets.

Tous les banquets, quels qu’ils soient, se rencontrent sur un point identique. Les banquets ne sont que des diners détestables, dans lesquels les mets communs, froids et tièdes, mal déchiquetés, les vins frelatés, vulgaires, ou escamolés par les gens de service, forment l'ensemble le moins satisfaisant pour les adeptes de la gaie science. | |

Excepté pour ceux qui comptent ou espèrent y conquérir une position, soit dans le domaine de la politique, soit dans celui de la finance ou de l'industrie, le banquet n’est point un plaisir : c’est une corvée que l'on subit et dont on n’a pu se garantir, soit par intérêt, soit par convenance.

Une seule espèce de banquet échappe à ces inconvénients, et encorel c’est

celui qui réunit les vieilles amitiés de l'enfance.

Les banquets de collége se multiplient de nos jours et se sont constitués sous l'impression d’une excellente pensée, celle de la solidarité née sur les bancs du collége et de la protection familiale, élargie en dehors des limites trop étroites de la famille.

Mais... il y a bien des mais. Cependant l’idée n’a pas toujours été inféconde. En général, de nos jours, le banquet, ce nouvel instrument inventé par le progrès du dix-neuvième siècle, a été moins habile pour fonder que

pour détruire.

Depuis soixante ans, les émeutes, les bouleversements et les révolutions se

font à table.

8 je 1}

« Vous êtes prié d'assister au banquet des anciens élèves du collége X..., qui se fera dans les salons de l'hôtel du Louvre, le. janvier... Le prix de la souscription est de 15 fr. »

Quinze francs! Les souvenirs et les regrets, les vieilles amitiés, les parfums littéraires et classiques, son enfance, sa jeunesse, les premières vanités, les premiers déboires, les premiers triomphes, tout cela pour quinze francs!

Va pour quinze francs!

Hier donc, à six heures du soir, je franchissais allègrement les degrés de l'escalier monumental qui illustre la grande cour vitrée à l'hôtel du Louvre.

En haut de lescalier se promenait un gentleman d’une excellente tenue, dont l’aspect me rappela complétement celui de notre sous-préfet; la serviette blanche qu’il portait négligemment sous le bras gauche était le seul indice de nature à préciser la nuance qui sépare ces deux fonctionnaires ; il s’avança vers moi d’un air gracieux.

— Monsieur est sans doute du banquet de MM. les dentistes? Suivez le corridor à droite.

Moi, qui suis notaire à Brioude, près de Clermont-Ferrand, depuis quatre ans à Pâques, je ne pus m'empêcher de lui indiquer, par la gravité que je sus imprimer à ma physionomie, à quel point était ridicule son manque de discernement.

— Banquet du collége X...., lui dis-je avec une dignité froide.

— Très-bien, monsieur! fit-il sans s’émouvoir; prenez le corridor à gauche. Et il recommença tranquillement sa promenade.

Au bout du corridor à gauche, un homme noir, à cravate blanche, n'ouvrit respeclueusement une porte dorée sur tranche, à travers laquelle bruissaient les rires et les voix. À peine ma personne eul-elle le temps de s’encadrer dans l'ouverture de cette porte qu’un hourra salua mon entrée.

— Tiens, c’est Durand!

— Ce bon Durand !

— Ce vieux Durand!

— Cet excellent Durand! Vive Durand! Durando salutem !

Et tout aussitôt une dizaine de mains s’emparèrent des miennes; je fus pressé, accoladé, embrassé.

— Mon brave Durand! d’où viens-tu? d’ou sors-tu? I y à plus de dix ans qu'on ne l’a vu!

— Messieurs, leur dis-je, je ne veux pas vous dissimuler plus longtemps la vérité. Je suis notaire, et notaire à Brioude, en Auvergne, non loin de Clermont-Ferrand, ce qui est une circonstance atténuante, Voilà pourquoi, depuis dix ans, je nai pas revu ni vous ni Paris; et au fait, c’est à peine si Paris et vous je peux vous reconnaitre, c’est à peine si je me reconnais moi-même : cependant il me semble que je n’ai pas l’air d’un dentiste!

— Un dentiste ! allons donc ! tu es tout ce qu'il y a de plus notaire! cHogur GÉNÉRAL. — Vive Durand! vive le notaire de Brioude !

C’est alors que je pus seulement jeter un coup d’œil autour de moi.

— Comment ! c’est là mon petit Sainte-Menehould ! Ma parole d'honneur, je l'aurais rencontré dans la rue que je n'aurais pu deviner que c'était toi. Quand je pense que tu forçais le 8 à saute-mouton! Comment diable as-tu fait pour collectionner cet admirable embonpoint ?

— Je te donnerai l’adresse de mon boulanger. Tu verras quel homme supérieur |

— Ce n’est-pas comme ce pauvre Dupont; toi, mon vieux, {u as encore trouvé le moyen de maigrir.

— Voilà ce que C’est de conserver les anciens fournisseurs du collége ; on n’est jamais victime que de ses bons sentiments.

__ Eh! ch! ce brave du Breuil commence à arborer le genou ! Mudoque genu progreditur.

— Ne blaguons pas du Breuil, il y a déjà deux ans que je ramène.

__ Que celui de nous qui ne ramène pas lui jette la première pierre !

Ces messieurs sont servis.

— Vite au réfectoire, mes amis! nous dit Sainte-Menechould; jai été

appelé par la commission à veiller au menu; pour cela je suis féroce, et vous

m’en direz des nouvelles.

— Vive Sainte-Menehould !

— Ah çà! mes petits trognons, il ne faut pas nous quitter, nous sommes tous copins; faisons un bloc, tous du même côté ; nous sommes les jeunes, laissons les mûrs à part, respectons les vieux, et tenons les gamins à distance.

Un tourbillon passe auprès de nous en courant.

— Vivement ! au bout de la table, là-bas, ceux de la rhétorique de 63, pas de vétérans! à bas les vétérans !

La table est richement ornée de poires, pommes, oranges, de galantines et de fleurs en papier.

Je constate que la rédaction de ces banquets n’a pas sensiblement varié depuis unc dizaine d'années ; quelques nuances habilement touchées révèlent seules le coloriste, et Sainte-Menchould est, dit-on, le Delacroix de la chose.

Potages : Julienne, purée Créer.

Vins : Madère et Xérès sec.

Attention, messieurs! voilà entrée de poisson ! En avant le turbot, le turbot, cet inséparable compagnon du grand diner. — Virgile l’a dit, fait du Breuil, un de nos forts en version.

… [n grandine turbo l’olvitur.

— Bravo! Virgile.

Qu'on dise donc encore que les études classiques ne sont bonnes à rien !

CHOEUR

C’est le turbot

Qui s’avance beau,

Qui s’avance beau.

— Garçon, sauce genevoise !

— Garçon, sauce aux câpres!

— Moi, je préfère la barbue.

CHOEUR

La barbue Qui s’avance bue,

Qui s’avance bue.

— Silence à l'orchestre !

— Eh! là-bas! mille baïonnettes! le capitaine du fond. C’est lui! C'est Gustave de Chauvin! oncques ne lai vu depuis que nous étions cornichons ensemble, au bahut, et que nous potassions notre bachot.

— Silence , messieurs ! pas d’argot, pas de langage Benoïton !

— Nous sommes tous littéraires!

— Oh! mes amis, l’argot du collége n’est pas du Benoîton.

Dulces reminiscilur Argos.

cHoEur. — Cinq cents vers à l’élève du Breuil !

— Dites donc, vous autres, qui est-ce qui se souvient du petit Fontaine ?

— Parbleu ! tout le monde, je vois encore lomelette qu’il avait chipée à

la cuisine, un vendredi, et que nous avons mangée à quatre pendant la classe d'histoire naturelle.

— Où est-il donc?

— Le voilà là-bas, il est procureur impérial, du roi, de la république, il est assis entre Ducros, qui a mal tourné : il s’est fait abbé... et Dusacq, le joli Dusacq, qui est devenu agent de change !

— Te rappelles-tu comme cet animal-là trichait à la bloquette?

— Je parie qu'ils parlent de la conversion de l'Emprunt mexicain.

— Oh! oh ! à la porte ! à la porte !

CHOEUR

La barbue Qui s’avance bue, Qui s'avance bue.

— Ah çà! dites donc, garçon, j'ai choisi du saint-émilion 54, et vous nous donnez du 57 ; vous savez, celle-là, mon petit, il ne faut pas me la faire, et remportez votre bouteille.

— Vive Sainte-Menchould ! vive le commissaire !

— Et puis, regardez-moi donc ces truffes, c’est du charbon calciné ; franchement, j'aime mieux des truffes en mérinos.

— Bravo, le commissaire ! une fourchette d'honneur au commissaire !

— Eh là-bas ! Sainte-Menehould, et le falerne ! on n’a pas encore passé de falerne ; en avant le cœcube!

— Faites-moi venir Théodore, le sommelier.

— Théodore, vous savez la marque que j'ai choisie pour notre champagne, et tâchez de ne pas vous tromper. Je connais le Masque de fer, je vous en avertis, et si je n’en suis pas content, je le prierai de parler de vous dans le Figaro.

CHOEUR GÉNÉRAL. — Vive Sainte-Menchould ! un autel à Sainte-Menehould ! Evohé! évohé !

— Allons, mes enfants, c’est le moment de prononcer quelques paroles bien senties.

— Chut! voilà le président du banquet qui parle. Qu’est-ce donc que ce vieux-là ?

— C'est un général retour du Mexique; il n’est pas de notre temps, aucun de nous ne l’a connu, mais il paraît que c’est un brave; il est borné au nord par le vieux proviseur qui a quitté en 55, au sud par Chose, de l’Académie française; voilà de véritables gloires pour notre collége.

— Ah çà! taisez-vous donc là-bas, on n’entend pas l’orateur.

L’oraleur élevant la voix :

— ... Et resserrons les premiers liens de notre jeunesse.

(Salve d’applaudissements.)

Les garçons écoutent d’un air convenable et suffisamment convaincu : — Ce vieux sec a l'air d’un militaire; ces gens-là, ça parle fort, mais ca ne parle pas longtemps; ce n’est pas comme l’avocat général d'hier, ou les curés de la semaine dernière; — nous pourrons bientôt lever notre couvert.

— .… À l’armée française, ce précieux rempart de nos institutions !

À la littérature, aux sciences et aux arts, ces pionniers de la civilisation ! À la presse ! à Punion des arts!

Au baron Taylor !

Claudite jam rivos, pueri : sat prata biberunt. (Applaudissements frénéliques.)

— Maintenant, il s’agit d'aller prendre le café, la fine liqueur etle cigare… — Dis done, Châteauroc, te rappelles-tu la baguette aux habits du pion de cinquième, que tu avais chipée au vestiaire, et que nous avons fumée derrière le pavillon, avec le gros Delcourt; te souviens-tu comme il a été

malade ?

Faucibus ingentem fumum, mirabile dictu, Evomit..…

Il s’en est payé deux jours d’infirmerie.

— Eh bien ! où est-il donc?

— Oh ! tranquillise-toi, il est sorti de linfirmerie : on dit même qu'il vient de se marier.

— Pauvre diable! j'étais sùr qu’il finirait comme cela. À propos, j'ai rencontré hier notre vieux professeur de troisième, le père Cardut.

— Avait-il encore son chien Zamor ?

— Non, la pauvre bête Pa quitté pour un monde meilleur. En voilà un chien précieux pour corriger les compositions : le père Cardut, qui n’a jamais été un grand piocheur, jetait les copies au milieu de la chambre, et Zamor les rapportait une à une à son maitre.

— Parfait, parfait! les places étaient données suivant l’ordre où Zamor rapportait les copies.

Le père Cardut était un homme qui comprenait son époque !

— Je bois ce petit verre au souvenir du père Cardut.

— Ah çàlest-ce vrai, mon pauvre Ernest, que toi aussi tu es professeur ?

— Que veux-tu! mon bon vieux, tout le monde ne peut pas être notaire.

— À preuve que voici là-bas Bernardin qui est médecin. Il est venu ici pour chercher de la clientèle, et je ne lui donnerais pas mon chien à soigner.

— Où est donc Sainte-Menehould ?

—— {1 vient de partir à l’instant; drôle de bonhomme, ce Sainte-Menchould, un dineur en ville sans vergogne ; il a fait un trou à la lune, mais il excelle à retourner les salades et à amener du monde dans les grandes tables d'hôte.

— Et Dupont ?

— Le maigre Dupont ! il a une jolie position : son père s’est enrichi en faisant faillite trois fois avant 48 ; il a épousé une gentille petite femme qui coupe dans le genre Benoîton et lui en fait porter de grises.

— C'est donc un homme à voir.

Quant à Dufour, un niais qui s’amusait à nous recevoir, à nous donner des dîners splendides, il est ruiné ; personne ne le voit plus, c’est bien fait.

— On ira dîner ailleurs.

— On dinera toujours mieux qu'ici, les vins surtout sont détestables; moi, j'ai une propriété près de Bordeaux, un vin délicieux, un bouquet ! une saveur !! 450 francs la pièce, c’est donné, j'en ai placé huit ce soir. Tiens, voilà mon adresse...

—— Certainement, je ne l'oublierai pas. — As-tu causé avec le petit du Breuil ? C’est un charmant garcon, il a tenu ce qu’il promettait, lui qui était si fort dans les classes, il m'a remis sa carte dans ma poche, et na prié d'aller le voir.

__ Eh bien, mon ami, tu feras à merveille. I m’a extirpé un cor Ja semaine dernière, et j’en ai été très-salisfait.

Il est pédicure de S. M. le roi de Portugal.

Hélas !

Comme je parlais, Dusacq, l'agent de change, et Gaston de Châteauroc s’en allaient aussi, bras dessus bras dessous, et riaient aux larmes; je pus m’approcher sans être vu, ils parlaient de moi.

— Ce pauvre Durand est superbe ! Est-il assez notaire ! est-il assez Auvergnat ! Et son habit, quelle coupe! comme on sent que son tailleur habite Saint-Flour!... Mais il y a là un client. Le père de sa femme a fait une fortune superbe dans les pâtes de Clermont, c’est lui qui a eu l’heureuse idée d'ouvrir à la citrouille de nouveaux horizons, et de la produire dans le monde sous le nom de pâte d’abricots.

— Très-fort, très-fort , le beau-père.

—— Et je compte proposer quelques petites affaires au gendre.

— Grand mercil mes bons amis, grand merci! Et je suis rentré tristement à mon hôtel.

Demain je repars pour Brioude

Saintes émotions, joyeux souvenirs de l'enfance, je vous ai retrouvés avec bonheur. Non ! je ne regrette pas mes quinze francs, mais je ne sais quel vague mécontentement m’assiége. Dix ans se sont passés sans que j'aie jamais pu rencontrer un de ces braves garçons avec lesquels, pendant sept ou huit années, j'ai cultivé les barres, le saute-mouton, les racines grecques, la balle au mur et

le Gradus ad Parnassum. Nous n’avons plus rien qui nous réunisse mainte- P

nant que ces lointains souvenirs.

Chacun à de son côté éparpillé sa vie laborieusement et péniblement aux quatre vents du ciel, chacun de nos mots, chacune de nos pensées nous l’apprend. Nous nous sommes revus non sans plaisir, nous nous séparons sans peine.

Le côté cruel, le voici : dix ans se sont passés, et moi qui me voyant chaque jour, non sans quelque complaisance, j’oserai le dire, ne saisissais ni la marche des années ni le misérable travail auquel se livre sans relâche le temps, cet impitoyable distributeur de rides et de pattes d’oie, je constate avec effroi de terribles ravages. J'ai vu les cheveux qui sont tombés, ceux qui commencent à blanchir, les crânes dénudés, les nez qui rougissent, les pommettes qui s’accusent, les rides qui grimacent en profondes ciselures, les lailles qui épaississent, les abdomens qui pointent, et je n'ose plus faire mon inventaire. Cest égal, une des choses qui m'ont le plus attristé, moi notaire, c’est d’avoir été pris par le garçon pour un dentiste.

Pour M. Durand, notaire,

À peuple nouveau art nouveau. La photographie est à coup sûr une forme de démocratie dans l’art qui caractérise plus particulièrement les tendances de notre époque.

Cette invention merveilleuse, mise à la portée de tous, qui fixe et immobilise un instant de la vie et fait asseoir la Vérité sur sa sellette, y fait

comparaître en même temps toutes les petites Tächez de prendre l'air excessivement ù je Da naturel. prétentions, toutes les petites vanités, comme aussi toutes les petites illusions inhérentes à la nature humaine. Si, comme l’a souvent dit le Sage, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, toutes les vérités ne sont pas davantage agréables à voir, au moins celles qui vous concernent personnellement.

Le poëte qui disait :

Il n’est pas de serpent ni de monstre odieux Qui, par l’art imité, ne puisse plaire aux yeux,

w’avait pas prévu l'invention de Niepce de Saint-Victor et Daguerre. En tout cas, il est à croire que le serpent et le monstre odieux à qui lon montrerait leur portrait photographique ne se plairaient pas à leurs propres yeux, ct déclareraient leur épreuve mal réussie.

Ou du moins le serpent se complairait à l’image du monstre, et le monstre

à l’image du serpent, réservant tous deux la critique pour leur image personnelle.

Un photographe, en quelque temps de pratique, devient forcément un philosophe, pour peu qu'il prête attention aux scènes variées, quoique toujours les mêmes, que la comédie de son temps lui représente dans son officine.

Si la Vérité a été représentée toute nue, et difficile à tirer du puits qui lui sert de vêtement et d’abri, la fable qui l’a imaginée ainsi est des plus intelligemment conçues. Celui ou celle qui semble demander une image vraie, ne pense qu'à déguiser la vérité. Une femme qui sait que ses yeux sont petits, les écarquille de tout son pouvoir. Si sa bouche est grande, elle s'efforce de la rapetisser, et la contracte et la plisse comme-lorifice d’une bourse à coulisse dont on a serré les cordons.

Si la Bouche est trop petite, elle s'efforce de la distendre par un sourire contraint.

Celui dont l'attitude est habituellement simple et bonasse prend des allures de capitan.

Celui dont les traits sont violents s’étudie à les édulcorer par des airs gracieux.

Et ainsi de suite.

Si les portraits ne ressemblent guère, à qui s’en prendre?

De là cette supériorité marquée des portraits d'enfants et de vicillards; les uns n'ayant pas encore appris à n'être pas naturels, les autres (avec quelques exceplions cependant) ne tenant plus à ne pas être tels qu'ils sont.

Quant aux jolies femmes, elles ont beau faire, elles le sont toujours; mais beaucoup moins pourtant qu’elles ne le voudraient, et surtout moins qu’elles ne le pensent.

On a beaucoup médit de la photographie.

On l’a surtout beaucoup calomniée.

Celui qui examine avec soin les Expositions artistiques depuis un certain nombre d'années, doit reconnaitre les progrès incontestables que lui doivent les arts du dessin, et comment la photographie est le meilleur maître de dessin qu’on ait jamais eu.

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