‹ La comédie de notre temps ... études au crayon et à la plumeChapitre 173 sur 200 · UN APOTRE DE SALON · texte numérisé non relu

UN APOTRE DE SALON

dans une époque telle que la nôtre, où il existe autant de fanfarons du vice, est-il à regretter qu’il y ait quelque part un fanfaron de vertu?

Du reste, M. Du Rand est magnifique à voir lorsqu'il est lancé sur le turf d’une nouvelle œuvre. Il ne tient pas en place, il court vingt salons, il arrache les prédicateurs récalcitrants du fond des communautés, il enlève les dames patronesses, conquiert des myriades de lots et fait jaillir l'argent des qoussets rebelles. Il va, vient, se multiplie, gourmande le zèle de madame de B..., encourage l'enthousiasme de madame de CG... C’est un général au moment d’une bataille.

Brave homme que M. Du Rand! Il est sans fortune, il n’a rien ou bien peu de chose à lui; mais il a le génie des charitables inventions, il sait les mots magiques qui délient les cordons des bourses et forcent l'entrée des secrétaires. Aussi que de mal, que de mouvement, que de démarches!

Les goûts de M. Du Rand sont simples et modestes; néanmoins il s'impose le tracas de n’aller que dans les maisons où la vie est large et opulente, où les dîners éclatent en mets recherchés, vins précieux, en cristaux et argenterie, où les conviés sont riches et nombreux. C’est là seulement que la moisson peut être abondante; mais il a une mission, et pour cette mission sainte il faut savoir faire des sacrifices.

Un de ses amis avait une maison agréable et vivante où les visiteurs se pressaient en foule et où M. Du Rand avait, pendant dix ans, brillé dans tout l'épanouissement de ses charités et de ses vertus; un chagrin, un malheur ferme la porte du salon. Plus de réunions, plus de fêtes, plus de visiteurs. Mais M. Du Rand vient revoir son ami : Mon très-cher, lui dit-il de la plus pieuse voix, tu sais quelles sont les pénibles exigences des devoirs que je me suis imposés. Îl me faut, à mon grand regret, vivre avec les heureux et les riches, afin que je puisse glaner sur eux pour mes pauvres. Tu n’es que malheureux, toi, je te plains du plus profond de mon cœur. Mais venir m’asseoir à ton foyer solitaire, ce serait perdre ou voler le temps que je dois à mes bonnes œuvres. Si, ce qu'à Dieu ne plaise, jamais tu deviens misérable , tu me reverras, mon pauvre ami, je apporterai des bons de pain.

Un homme qui peut ainsi s’arracher à ses sentiments est un homme d’élite.

Aussi chacun lui témoigne les plus affectueuses sympathies. Quand il entre dans un salon, le meilleur fauteuil est pour lui, la meilleure place au coin du feu, les dames et les jeunes filles s’empressent autour de lui, on lui prend sa canne, son chapeau; on lui apporte de petites chatteries, de petits récon-

fortants ; il est comme une façon de directeur pour lequel toutes les dames

prennent des allures de nonnes ou de visitandines.

— Ce cher M. Du Rand! Vous avez tort, mon ami, de vous fatiguer autant. Vous venez sans doute de présider à la réunion des Petits Goîtreux. J’en étais sûre; et vous avez parlé longtemps, trop longtemps. Je vous jure que vous avez tort. Tenez, mon ami, voilà que vous toussez encore! une petite toux sèche qui m'inquiète! (Elle sonne.) Baptiste, apportez à M. Du Rand un lait de poule comme hier.

— Mais, mon cher ami, cela n’a pas de bon sens, vous devriez vous ménager. Quand ce ne serait que dans l'intérêt de vos bonnes œuvres. Qu’est-ce que tout cela deviendrait sans vous? Il faut vous faire une raison.

M. Du Rand entend toutes ces caressantes paroles avec une affectueuse résignation, mais son pieux devoir est tout tracé!, et les labeurs de toute sorte ne sauraient effrayer son courage.

— Chère madame, il est vrai que je suis quelque peu fatigué, voilà trois tours de suite que je dine en ville; demain, je vais au bal, rue de la Chaussée-d’Antin, après-demain rue de Varennes. Le même jour, réunion musicale chez madame de C... pour l’œuvre des Petits Samoyèdes. Tout cela est pénible, c’est vrai, mais le bon Dieu ne marchande pas avec moi, il saura me donner les forces nécessaires. Merci mille fois, madame, de votre bon intérêt, mais, positivement, je vais beaucoup mieux maintenant, et, du reste, je n’ai pas le droit de me reposer. Le malheur, lui, est infatigable, et ne se repose pas.

Toutes ces dames lèvent les yeux au ciel. Quel dévouement, quelle abnégation! On le reconduit avec sollicitude jusqu’à lantichambre, on veille à ce que son paletot soit bien fermé sur sa poitrine, à ce que son cache-nez ne puisse livrer passage à quelque perfide courant d'air.

— Cher monsieur Du Rand, bon monsieur Du Rand! Quel délicieux mari aurait fait cet homme-là, s’il avait consenti à se marier ; mais cet homme-là n’a jamais pensé à lui!

Et s’il se marie jamais, ce ne sera qu'avec une femme riche, — ce lui sera un moyen de plus de faire le bien.

(Uie parisienne, n° du 8 janvier 1865.)

de

d'autres dames patronesses,

« Grâce au dévouement et à la charité Ébénistes est entrée dans une voie de succès et

SN

Il est inutile de me proposer des billets, @TTT T1 GROSSE BANQUE.

je ne gigue jamais.

— On lit dans la Patrie :

inépuisable de madame Jules Grippart et

l'œuvre des Petits

prospérité. »

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Précautions orafoires — suivant l'axiome :

« Non bis in idem.» MADAME LÉONIE DE SAINT-PIHAR.

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