‹ La comédie de notre temps ... études au crayon et à la plumeChapitre 187 sur 200 · ENDURCI · texte numérisé non relu

ENDURCI

t riche et qui me plaise,

i soi

-= Tant que je n'aurai pas trouvé une femme belle, qu

je resterai garçon.

N'a jamais eu le temps de se marier.

sous les yeux. Vous awez vu que votre Balzac a créé la génération qui la suivi. Vous êtes en train de créer une génération qui va suivre votre théâtre el vos écrits du jour. Lie récit des causes célèbres et des crimes étranges et bizarres dont vous inomdez vos journaux, a fait éclore une légion de filous, d’assassins et d’escarpes, qui puisent dans cette lecture des recettes, des enseignements et des trucs. Le danger est là peut-être autant que dans la fausse idée que vous laissez donner de vous au monde entier.

Si vous étiez tels que vous vous laissez représenter, je m’indignerais peutêtre, mais comme vous tolérez d’être représentés sous des couleurs odieuses qui ne sont pas les vôtres, je vous plains.

Mon étranger, dans sa naïveté, ne paraît-il pas avoir quelque peu raison?

Pour en revenir au sujet qui nous occupe, insistons de nouveau sur ce point, le théâtre vit uniquement sur un mariage et une famille de convention.

Quand Arthur a épousé Caroline, ce qui se fait généralement à la fin de tout vaudeville qui se respecte, la série de ses déboires commence. Arrive Ernest, puis le poison, les épées, le pistolet et le fusil. Tout cela, pendant un espace de trois à cinq actes, se mêle, se démêle, se retourne et se déroule, avec accompagnement de robes à quinze cents francs,

de pêches à quinze sous, et de détonations dans la coulisse. Voilà le drame.

Si au milieu de ce fouillis apparaît par hasard la vieille femme, n’espérez pas y rencontrer celle qui est la gardienne du foyer dans la vie usuelle de la famille, la femme dépositaire des traditions, de l'honneur et du respect du passé, cette femme n'existe pas au théâtre. Celle qui la remplace et circule dans l’action n’est plus que lhorrible duègne, âpre, fantasque, repoussante et ridicule.

Et pourtant, quoi de plus aimable, de plus attendrissant que la vieille femme qui, sachant premdre son parti des années, se consacre à remplir une mission importante et tutélaire pour tous les âges?

Qui ne songe à sa mère qu’il aime ou qu’il a perdue, en voyant et en

écoutant une femme domt le cœur est sans orage, dont le visage a été flétri

par les douleurs et par les soins de la maternité, dont la parole est grave et douce, l'entretien léger et instructif, l'observation fine et juste?

La famille dans laquelle se trouve une de ces adorables vieilles comme celles dont nous parlons, est une famille bénie. Quel vide cruel lorsqu'elle disparaît !

Ce sont les hommes qui font les lois, ce sont les femmes qui font les mœurs , a dit un sage. Les jeunes les rédigent, les vieilles les imposent.

Au théâtre, on semble ignorer tout cela. Est-ce parce que la toile baisse

toujours au moment où le séduisant Roger épouse la gracieuse Emma? Emma n'a pas le temps de vieillir.

En dehors de la scène, heureux les salons qui possèdent quelques-unes de ces vieilles femmes distinguées, chez lesquelles il ne reste plus de la femme que la mère ; soucieuses de l'esprit, de la science, du talent et de la vertu, sachant faire graviter autour d’elles tout ce qui reste de bon, de bien, d’honorable et d’élevé par Le temps où nous vivons.

Ces salons ne sont-ils pas une sorte de conservatoire précieux, où se perpétuent avec autorité les traditions du beau langage, de la politesse, de l'esprit, et les plus nobles aspirations qui distinguent l’être civilisé de celui qui ne l’est pas ?

Une jeune femme, quels que soient sa beauté ou son esprit, est inhabile à remplir ce rôle; elle ne semble pas assez désintéressée dans la lutte et ne saurait avoir l’autorité nécessaire pour donner un avis prépondérant sur les hommes, sur les femmes et sur les choses.

Un plaisant disait un jour: Il y a trois sexes, le sexe masculin, le sexe féminin, et le sexagénaire.

Les sexagénaires, ces femmes d’un sexe pour ainsi dire neutre, qui ne gardent des premières années que la grâce et l'habitude de plaire, en y ajou-

tant l'expérience mise avec indulgence au service des jeunes et des inexpérimentés, sont les arbitres des manières et du goût; la jeunesse les accepte comme juges et les respecte.

Une jeune femme doit se faire présenter dans un salon par une de ces fées protectrices.

Quant au jeune homme, s’il n'a pas su se mettre sous la tutelle et sous l'égide d’une de ces femmes qui disposent à leur gré de la bonne opinion de tous, il est perdu.

Mais les vieilles femmes ont une manie dont on se gare facilement quand on est marié, et qu’il faut redouter lorsqu'on est garçon, elles se plaisent à faire les mariages.

Pour une femme, le mariage est un commencement. Pour un homme, le mariage est une fin.

Tel est du moins le préjugé qui a’ cours en France et de nos jours. Une sorte d’affranchissement pour la jeune fille, une sorte de servage accepté par le futur. Les intérêts semblent donc diamétralement opposés.

N'est-ce point pour cela que toutes les jeunes filles brûlent de se marier, tandis que tant de jeunes gens hésitent toute leur vie, et finissent par mourir vieux garçons, si, de guerre lasse et devenus trop mûrs, ils ne se sont pas, vers la fin, décidés à épouser leur cuisinière ?

Il est cependant des unions qui ne sont pour aucun des conjoints ni une défaite ni une conquête, où la vie intime chante la poésie de la tendresse et de l'amour.

Où l’on partage sans compter les bonheurs et les angoisses de la famille, où les devoirs et les droits se confondent, où la séparation dernière est une

suprême et inconsolable douleur.

Il en est certainement, et les enfants nés de pareilles unions sont ceux parmi lesquels on aurait joie, sécurité, à choisir un mari si l’on est jeune fille, une femme si l’on est de l’étoffe à faire des maris.

Mais. mais ! la vie a de telles exigences , les dépenses sont si lourdes, et ceux qui ont expérimenté l'existence savent si bien ceci : Rien ne coûte plus cher que de ne pas avoir d'argent !

Aussi, pour décider les jeunes gens à accepter le rôle et les charges de mari,

il faut ouvrir largement le chapitre des compensations. La question de dot devient donc et tout d’abord la question nécessaire. Il faut que le petit dieu malin soupèse les papiers, les écus, les contrats,

feuillette les grimoires et les chartes, fasse les additions, les soustractions et les balances.

Les autres considérations passent, le plus souvent, en deuxième ou en troisième ligne.

Aussi, plus tard, bien des canifs se promènent sans facon au milieu des contrats; ce qui, en bonne conscience, pourrait, par suite des considérations premières, être prévu dans le cahier des charges.

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