LA ROBE
Toutes ces dames semblent porter comme un uniforme fantaisiste, et paraissent les comparses d’un gigantesque vaudeville qui va se jouer le soir.
Un beau jour, toutes les femmes ont paru déguisées en bergères Watteau : c'était comme une gageure.
Trois mois après, elles étaient toutes en Camargo.
Quand les femmes sont jolies, elles le sont forcément avec toutes choses, et cela ne fait rien à l’affaire ; mais quand elles sont laides !
Une fois le tour fait et le solde d’uniformes féminins complétement écoulé, on crée un nouveau modele, qui circule de la même façon et se fabrique, comme l’autre, à lemporte-pièce pour la comédie du gros public.
Quelques personnes exceptionnelles parmi les couturières en renom ont le goût assez sûr pour imposer un choix judicieux et raisonné aux femmes de leur clientèle.
Celles-là, on les consulte comme on consulte des notaires ou des officiers ministériels.
Et je ne vois pas pourquoi je n’avouerais point ici les consultations que j'ai été prendre rue Drouot, à l'étude de Madame Herst.
Quand je dis l’étude, étude est bien le mot,
Entrée solennelle, grandes salles, tables recouvertes de tapis verts, cartons innombrables, clercs et petits clercs, tout y est.
Il y à quelques rares études en ce genre à Paris.
Les questions de robes, de costume et de chapeaux, ces questions majeures à notre époque, comme dans toutes les autres, questions vivantes et toujours renouvelées, y sont traitées ex professo pour la plus grande gloire de Paris et son retentissement dans le monde entier.
Les petits clercs, qui font songer aux petits clercs de la Chanson de Fortunio,
savent, sous la direction supérieure, rédiger une toilette de bal, de mariage et de contrat, avec autant de certitude, de sécurité, de maestria, que leurs confrères en cravate blanche en mettent à rédiger les contrats et à grossoyer des actes.
LS
La supériorité d’un genre d’étude sur l’autre n’a pas besoin, je pense, d’être
démontrée. Chacun sait qu’il existe de charmants notaires; mais tout le monde peut être notaire et diriger sans trop de peine une étude où lon trace des grimoires sur le papier timbré, tandis que tout le monde ne saurait diriger une de ces études comme celle de la rue Drouot, où il est nécessaire de réunir, autant que possible, à la rectitude du notaire, la touche du dessinateur, l'harmonie du coloriste, l'imagination du poëte, là-propos du diplomate, et — le goût de la femme. |
À côté de ces études qui font loi dans la question toujours mouvante et toujours renouvelée du costume, combien existe-t-il d’officines où tout se fabrique de la façon la plus moutonnière !
Et combien appliquent une robe et un costume comme on applique une formule mathématique !
De toutes les couturières, la plus autoritaire, la plus implacable dans ses volontés ou dans ses fantaisies, c’est le couturier, un type nouvellement apparu sur notre scène, et qui date de ces dernières années.