LA COIFFURE
Quelques-unes, qui prennent la chose plus au sérieux que d’autres ou qui croient ne pas être devinées, ou pour lesquelles la garniture est plus indispensable au point de vue de la forme ou de la sévérité des relations, ont en réserve une troisième garniture de cheveux, les cheveux de nuit et les cheveux de bain.
Ces cheveux, plus communs, sont des cheveux de fatique, et ne craignent ni les froissements de l’oreiller, ni l’eau douce, ni l’eau salée.
Mais la plupart des femmes n’y mettent pas tant de façons.
Au bain, le peu qu’on a de cheveux se renferme dans un bonnet de toile cirée, qu’on est libre de gonfler sur la nuque pour Peffet.
Les bains de mer sont désagréables, l’eau de mer abime les cheveux. — Moi, cela m'est parfaitement égal, je laisse les miens dans ma cabine.
Aucune femme ne possède réellement, si ce n’est par voie d'acquisition, les chevelures opulentes dont se parent les têtes depuis quelques années.
Si par exception il s’en trouve une dans un salon ou dans une réunion quelconque, il arrive toujours à point nommé quelque accident, une maladresse habile, dont le résultat est amené avec une merveilleuse dextérité.
Le peigne se détache, — par hasard, — les épingles abandonnent leur
poste, les puissantes torsades se répandent en flots opulents sur les épaules et jusqu’au delà de la ceinture.
— Quel supplice que d’avoir tant de cheveux ! je ne peux rien en faire ! dit la dame si richement douée, en rattachant avec effort les fugitifs. Mon ami, dit-elle à un diplomate émerveillé qui s’empresse auprès d'elle, que vous êtes heureux d’être chauve !
— Hum ! disent les voisines.
— Le fait est, ma chère, dit une bonne amie, que ce poids doit être bien pénible. Aussi les cheveux de devant en souffrent. Prenez garde à votre raie, elle se fatigue et s’élargit. — C’est un boulevard.
Peu importent les observations des médiocrités inquiètes et jalouses ; le fait est devenu hors de discussion. Le but est atteint.
Si au lieu d’être une dame, le possesseur d’une si merveilleuse chevelure est une demoiselle, l’accident prémédité peut avoir des résultats pratiques de premier ordre. Plus d’un mariage a été enlevé ainsi pour ainsi dire à la
baïonnette. Mais le futur, généralement, ramène beaucoup, à moins qu’il ne
soit tout à fait chauve
Au! Je chapeau! ce couronnement de lédifice, comme dans la toilette masculine !
Le chapeau féminin est certainement, parmi les accessoires qui figurent dans la comédie de notre temps, celui sur lequel la fantaisie s'exerce le plus, et dans des proportions qui semblent confiner parfois à la mystification.
Sous prétexte de chapeau, les objets les plus étranges
viennent tour à tour prendre place sur le sommet de la tête de ces dames.
On y voit couramment des raisins, ou noirs, ou verts, ou rouges, OU violets ; des cerises, des groseilles, des prunes, des oïseaux-mouches, des colibris, des plumes de coq, d’autruche, de faisan, de geai, de perruche, de perroquet, etc.
On y rencontre des ornements d’or, de cuivre, d'argent ou d’acier; du carton, du tulle, de la soie, du velours, des paillettes de toute sorte. Je crois même y avoir vu jusqu’à des légumes.
Le chapeau est un protée aux mille formes ; tantôt une assiette, tantôt une boite, tantôt un plateau, tantôt une barque, tantôt une corbeille, tantôt un panier.
C’est à qui trouvera les combinaisons les plus étranges pour donner un aspect inattendu à cette petite chose qui se place, au gré du moment, ou sur le nez ou sur la nuque, ou sur le côté de droite ou sur le côté de gauche, au
sommet de l'édifice des faux cheveux, placés en tour perpendiculaire au-dessus du front, ou en contre-poids du chignon qui se répand en arrière.
Les idées les plus folles sont admises par les faiscurs ou faiseuses, et il se
trouve toujours quelque audacieuse pour surmonter sans crainte sa tête et son visage des conceptions si bizarres qu’elles puissent être.
Le point de départ est toujours le même.
C’est le chapeau de bergère : la calotte recevant la forme de la tête, et la
passe large, étendue symétriquement tout autour, pour abriter le visage et les côtés soit du soleil, soit de la pluie, — le chapeau utile et rationnel, en
un mot.
Mais que de transformations et de modifications subit ce chapeau sous la main de la modiste! toutes ces transformations n’ayant d’autres règles que la
fantaisie et le caprice.
Tantôt la calotte se dresse comme un monument, tantôt elle s’aplatit en forme d’assiette. Elle s’élargit uniformément en cylindre, ou s’évase en lrom-
blon, ou se rétrécit en cône tronqué, se rattache à la passe à angle droit, ou à angle aigu, ou à angle obtus, ou suivant la ligne parallèle,
VISAGES
ET
COSTUMES
ET
ACTEURS
Mrs
Avec ça que si j'avais voulu quand j'étais une jeunesse, j'aurais pas porté aussi un chapeau!
Qué malheur!!!
La passe, de son côté, est prise de mouvements étranges et épileptiques : Parfois on l’a vue se dresser en auvent au-dessus du front, et se rejoindre de chaque côté des joues pour abriter les oreilles.
Ou bien se rouler.en cornet, au fond duquel se retire modestement le visage, à la facon de mesdames les quakeresses.
À certaines époques, elle se fait maigre et étroite sur le devant, n’acceptant plus que le rôle effacé de tour de tête et de mentonnière, tandis qu’en arrière elle s’élargit et se tourmente en forme de bavolets destinés à recouvrir Ja nuque et le cou.
Puis tout à coup la passe se fait si petite qu’on ne la voit plus. Le petit bord se cache sous les fleurs, les dentelles et les rubans. Le chapeau n’abrite plus, les naltes et les cheveux suffisent à ce rôle.
Le lendemain, la passe a reparu, elle se contracte et se relève sur le côté, retenue par des fruits ou des fleurs.
Elle se livre à des sinuosités inattendues ou se redresse autour de la calotte comme une sorte de corbeille dans laquelle on entasse tout ce que le caprice met sous la main.
Parmi toutes ces fantaisies, combien sont ingénieuses, combien présentent une combinaison élégante, artistique ou gracieuse ? Qui pourrait le dire avec certitude au moment précis où ces fantaisies apparaissent |
Ce qui semble charmant aujourd’hui, paraîtra sans doute pitoyable et ridicule demain.
Au temps où florissaient les manches à gigot, les chapeaux Paméla, à grande et large passe, à haute calotte monumentale, chargés de plumes, écrasés de rubans ou de fleurs, dominaient puissamment de leur envergure l’'étalage des manches gonflées de crin et de ouate. On les proclamait adorables, suivant les dires de l’époque.
Survint la guerre des manches bouffantes et des manches plates. Ces dernières ayant remporté la victoire, le gigantesque chäpeau Paméla, honteusement détrôné, fut remplacé par le chapeau bibi, un chapeau minuscule, qui avait abdiqué les passes et les trois quarts de sa calotte. Il fut sans protestation proclamé adorable à son tour.
Action et réaction ! loi fatale aussi bien dans la physique, la balistique, que dans la politique ou la toilette !
. Contraria contrariis curantur, le succès est dans les contraires.
Cet axiome, que les allopathes déclarent vrai pour leurs malades, l’est encore plus pour les fabricants de bibis ou de pamélas. Plus les chapeaux diffèrent, plus il est impossible de ne pas les remplacer.
À vrai dire, les femmes, sans autre souci que celui du changement et du nouveau, se laissent aller gaiement à ces fantaisies, nées pour [la plupart dans les officines des faiseurs ou faiseuses à l'affût de nouveautés à placer et à vendre,
Comme disait Rabelais, une belle femme, füt-elle coiffée d'ung panier, sera toujours belle et plaisante à voir.
Les belles femmes, les jolies femmes le savent à merveille. Celles qui ne sont ni belles ni jolies croient le devenir en imitant scrupuleusement celles qui le sont. Les autres suivent forcément, à la façon des brebis de Panurge.
De là le courant invincible de la mode. 1 De là ces conceptions étranges que les femmes consentent à équilibrer sur
leur tête sous prétexte d'élégance, de recherche et de nouveauté. Elles en sont quittes pour rire aux larmes trois années après de ce qu’elles ont porté
trois ans auparavant.
Les maris, eux, chargés de payer, rient peut-être moins; mais c’est là leur affaire.
Il faut le dire, le sceptre de la mode west pas une vaine figure. Mais en temps de république, il n’a pas été reléqué avec les vieux accessoires abandonnés par M. Prudhomme.
Paris l’a conservé.
Le morceau de soie, de paille, de velours, de bougran ou de tulle, tourmenté nouvellement par les modistes
parisiennes et agrémenté de rubans, de fleurs en calicot, de dentelles ou de fruits en carton, n’a pas plutôt été arboré
sur les têtes des femmes élégantes à Paris, qu’il part en conquérant faire son tour de France, d'Europe et du monde entier. Les étrangers n’ont pas l'énergie nécessaire pour créer des bibis, ils les subissent.
Le bibi en vigueur à Paris s'impose {yranniquement pour l’année qui suit au monde entier.
Pendant le siége de Paris, en 1870, les femmes des deux mondes r’ayant pu consulter l’oracle, ont conservé deux ans de suite la même forme de chapeau. Ce fut un deuil !
Le bibi, quel qu’il soit, est une domination et une puissance.
De plus, c’est une raison commerciale.
Cest là son excuse.