‹ La comédie de notre temps ... études au crayon et à la plumeChapitre 50 sur 200 · DE LA PUDEUR · texte numérisé non relu

DE LA PUDEUR

fait hors d’âge, et encore ! il n’est pas une femme qui ose protester au bal,

le soir, contre celles qui montrent presque tout, en ne montrant presque rien.

Notez que ce n’est pas que je m’en plaigne. Seulement, je constate.

S’il y a la pudeur du matin et la pudeur du soir, il y a encore deux autres pudeurs : la pudeur d’eau douce et la pudeur d’eau salée.

Les bains d’eau douce s’environnent pour les femmes des plus jalouses précautions. Les toiles les plus compactes, les planches les plus serrées, | dérobent aux regards des rares spectateurs placés à un demi-kilomètre de distance, le moindre détail du peignoir le plus sombre et le plus fermé dont s’enveloppent discrètement les dames.

Voilà ce qu’exige la pudeur d’eau douce.

Devant l’immensité de la mer, c’est tout autre chose. Nul curieux n’est considéré comme indiscret. Des costumes élégants et gracieusement passementés sollicitent au contraire les regards et interrogent les lorgnettes.

Les formes s’y dessinent aussi correctement que possible. Les jambes, jusqu’au genou , brillent dans toute leur nudité, et toutes ces Vénus Anadyomènes ne pensent pas à réclamer trop rapidement le peignoir lorsque l’eau

salée se complaît à souligner leurs formes, — surlout si ces formes sont irréprochables, ou bien encore si elles le croient, — ce qui, pour élles, revient tout à fait au même.

Telles sont les convenances de la pudeur d’eau salée.

Une femme qui observe consciencieusement les exigences de ces quatre pudeurs différentes, en tenant compte des temps et des circonstances, agit, suivant l’opinion, exactement comme elle doit agir; et nul ne pense, que je

sache, à lui en faire quelque reproche.

I ne s’agit plus pour elle que de ne pas confondre l’une avec l’autre, ce qui entrainerait pour la réputation les plus graves inconvénients. Ces conditions observées, qu’elle joue avec sécurité son rôle dans ce petit acte de la comédie de son temps. C’est son devoir, et c’est son droit.

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