ACTE I
l'ai déposé chez le concierge du théâtre Scribe, ignorant que M. Perrotin, le directeur, ne commande ses pièces qu'aux auteurs célèbres et ne lit, sous aucun prétexte, celles des débutants.
PELAUD
Et il a lu la vôtre ?
FÉLIX
Non, mais son regard étant tombé sur la couverture de mon manuscrit il m'a, par petit bleu, annoncé qu'il recevait ma pièce.
PELAUD
Oh ! Oh !
FÉLIX
Il avait entrevu ces mots : Le Tombeau vide... Or le matin même le ministre lui avait promis la croix, à condition que pour justifier sa nomination, il monterait une œuvre littéraire. Devant Le Tombeau vide, il s'est écrié : « Avec un titre pareil, si ce n'est pas littéraire... »
PELAUD
Très joli !... La vérité c'est que vous avez eu la chance de tomber sur un jour où il était, par hasard, clairvoyant.
FÉLIX, insistant.
Perrotin m'a juré qu'il n'avait pas la moindre idée de mon œuvre en la recevant et qiie ma lecture aux artistes, l'avait agréablement surpris parce que cela se laissait écouter.
26 LA COM E h I E D C G E \ I E
PELAL'D, s'empressant de noter.
Il a dit : se laissait écouter ?
Ma foi oui.
PELAL'D
Peut-on vous demander votre âge ?...
FÉLIX
Vingt-huit ans, monsieur Pclaud.
PELAUD
D'ordinaire les vocations n'attendent pas si tard pour se déclarer. Qu'est-ce qui a subitement déclenché la vôtre ?
FÉLIX, riant
Ah ! c'est toute une histoire !
PELAL'Dj prenant son crayon
.J'écoute!...
FÉLIX
Vous viendrez me la demander après ma dixième pièce.
PELAL'D, brandissant son crayon.
Tout de suite I... Nous disions donc?...
FÉLIX
Jamais de la vie I