ACTE II
ches ses comptes, son écriture doit pourtant commencer à t'être familière !...
JOSÉPHINE, riant.
L'œil du maître n'y a vu que du feu !... (Elle sort
en riant.)
BERNARD
Ce qu'il y a de particulier dans cette aventure, c'est que tu es dispensé de déchaîner sur ma tête une avalanche de compliments... Je les ai encaissés d'avance... Jamais veau, tétant sa vache de mère, n'a bu autant de lait que moi pendant que tu chantais les louanges de Louis Léger... Ah ! que ce jeune littérateur m'a valu de plaisir!... Dis donc, ce n'est tout de même pas une raison parce que j'ai dégusté ma ration d'eau bénite, pour me montrer cette figure longue d'une aune... Tu as l'air tout dérouté !...
FÉLIX
Je le suis... avec une aimable gaminerie, tu m'allonges un coup formidable...
BERNARD
Bougre de bougre!... Raconte-moi ça, papa!...
Et pourquoi pas?.,. Ton talent mérite cette confidence... J'ai parlé tout à l'heure de mon découragement... Il n'est pas nouveau... Dès l'apparition de mes premiers drames, malgré l'admiration que l'on me témoignait, j'ai senti une résistance du
public. Qu'est-ce donc qui me rendait si peu sympathique aux foules?... A force de retourner le problème, j'ai trouvé que mes écrits ne reflétaient pas suffisamment les préoccupations du commun des mortels et qu'il fallait mener la vie de tout le monde pour dépouiller mes œuvres de leur excès d'originalité... Or, que font la plupart des hommes?... Des enfants... Tu es le fruit de ce raisonnement...
BERNARD
Tu t'es offert un gosse d'étude !...
FÉLIX
Oui.
BERNARDj très amuse.
Dire que je suis tout bonnement un exercice de style !... un devoir de rhétorique !...
FÉLIX
Tu prends cela d'une façon... J'ai séduit la fille du fermier de mon père... Elle vivait honnête et heureuse auprès de ses parents... Ta naissance lui a coûté la vie... Mon exercice de style a tué ta mère...
BERNARD
Ce papa !... Il veut imiter le commun des mortels, et qu'est-ce qu'il fait?... Il confectionne un enfant pour assouplir sa mentalité ! Mais les humbles mortels, cher et illustre père, lorsqu'ils engendrent, sont plus inconscients que le nuage pendant l'averse... Les femmes deviennent grosses parce