ACTE IIl
FÉLIX
Les pommes n'ont pas poussé sur la fruitière...
PERGAIN
Alors, vous blâmeriez l'arbre qui vendrait ses pommes?
Nous voilà dans un verger !...
PERGAIN
Soit... Rentrons à Paris... En ce moment on joue votre pièce... Que vendez-vous au spectateur?...
FÉLIX
Mon tra\ail...
PERGAIN
Travail qui a consisté à faire la toilette de votre esprit avant de le mettre en montre... Céline aussi, prend la peine de s'attifer avant de venir s'exposer dans ce promenoir...
FÉLIX
Voudriez-vous insinuer qu'entre le trafic de cette enfant et le mien vous ne voyez aucune différence ?...
PERGAIN
Aucune... Elle se vend, vous vous vendez aussi... car vous n'allez pas soutenir que dans vos pièces il n'y a pas tout vous-même... Autant qu'elle, vous tirez profit de vos amours... Ce sont vos tendresses, vos larmes, vos faiblesses que vous
mettez en scène... Ce sont aussi les abandons de celles qui ont eu des bontés pour vous et les effusions de vos parents et amis. Tout compte fait, vous bazardez bien plus de choses, dites sacrées, que Céline...
FÉLIX
Permettez !... Avec Céline, on prend livraison de la marchandise, alors, qu'avec moi, il faut se contenter d'une représentation... J'idéalise, elle matérialise... Ceux qui viennent à moi ont soif de beauté...
CÉLINE
Et à moi, soif de laideur peut-étr-»?... Avant de parler, regarde-moi donc!... Tu étais si bien élevé pour commencer, je n'aurais jamais cru que tu en arriverais à me mépriser ainsi...
Moi, te mépriser! Où en prendrais-je le droit? De plus grands que moi se sont penchés vers la pécheresse.
CÉLINE, subitement radoucie.
Je sais qui tu veux dire !... Le temps où j'allais au catéchisme n'est pas si loin !...
MÉRU
Etes-vous drôles, les enfants, de vous disputer pour si peu !... Tenez, je vais vous mettre sur un pied d'égalité parfaite... Nous sommes tous des ouvriers... Toi, Céline, tu gagnes ton pain avec ta cuisse, moi, avec mon orthographe, Pergain n'au-