ACTE in un
' LA DUCHESSE
Je m'accuse, pendant mes prières du matin et du soir, surtout celles du matin, d'avoir été distraite... Je pensais à la robe que j'allais mettre...
EBERHARDT, indifférent.
Oui, les robes... très bien... Allez!...
LA DUCHESSE
A la messe, je reste des minutes entières à regarder les toilettes au lieu de m'occuper du Saint Sacrifice.
EBERHARDT, impatienté.
Bon... Allez!...
LA DUCHESSE
Un dimanche, je suis arrivée en refard pour la messe, l'évangile était commencé sans être tout à fait terminé. Je crois que je n'aurais pas dû me contenter d'une messe aussi fortement entamée. Je l'ai fait cependant et je m'en accuse.
EBERHARDT, trépignant.
Continuez, ma fille !
LA DUCHESSE
F^n causant avec mes amies, j'ai raconté sur le compte du prochain des histoires de nature à le rendre ridicule...
EBERHARDT, altontif.
Quels étaient les faits que vous prêtiez au pro-
chain ?... S'agissait-il de fornications ?... d'actes contre nature?...
LA DUCHESSE
Oh, grand Dieu, non I Je relevais de petits manques d'usage ou de légers travers... J'ai le défaut d'être moqueuse... Il m'arrive de pousser les personnes un peu simples à dire des naïvetés, et lorsqu'elles tombent dans le piège, de promener sur les assistants un regard qui provoque un rire général.
EBERHARDT, à bout de patience.
Je vous ai dit que j'étais- pressé. Assez de balivernes et commencez votre confession.
LA DUCHESSE
Mais mon père, elle est finie.
EBERHARDT
Ah, vraiment, ma fille, elle est finie I... Me prenez-vous pour un imbécile?... Est-ce avec des distractions pendant vos prières que vous avez gagné ce chapeau de général, et ces bijoux, et ces dentelles, et toutes \os fanfreluches?... Ma pauvre enfant, il n'y a qu'à vous regarder pour deviner quel commerce \ous faites. Vous êtes une enseigne vivante! Alors, quoi? On n'ose pas avouer au père Eberhardt ce qu'on affiche insolemment sur le trottoir.
Le père Eberhardt juge un peu a ite I