ACTE III
FELIX, souriant.
Les spectateurs ont de quoi se sentir intimidés.
EBERIIARDT
Il n'y a pas de spectateurs.
FÉLIX
Alors, les assistants, que sont-ils ?
EBERHARDT
Acteurs aussi...
FÉLIX
Il y a donc un moment où la représentation devient une réalité ?...
EBERHARDT
Oui, c'est celui où les fidèles, groupés autour de Jésus, réclament la vie éternelle en échange d'un trésor d'une richesse inouïe : le martyre d'un Dieu. Ce sont des choses que j'ai toujours un véritable plaisir à expliquer aux foules... Les gens qui viennent à nous sont pauvres... Quelle joie de les conduire à Dieu les mains pleines!...
Ah, mon père, quel théâtre vous me révélez ! Faire un drame qui tout à coup devient une réalité poignante et s'empare des spectateurs.
EBERHARDT
Depuis bientôt vingt siècles cela se joue des milliers de fois chaque matin, sans que le public
s'en lasse... Nommez-moi un chef-d'œuvre qui en fasse autant...
FÉLIX
C'est à décourager le génie !...
EBERHARDT
Ah ! si les grands esprits se mettaient à l'école de Jésus... Son génie, à lui, n'était qu'amour et l'humanité a répondu par l'amour... Sur cet autel nous voyons Jésus, nous le touchons, nous le portons à nos lèvres... Sa tendresse perpétue le miracle de la présence réelle I...
Celui que n'ose espérer le génie !... Nos plus hautes ambitions ne vont qu'à souhaiter l'aumône d'un souvenir au bout de quelques siècles...
EBERHARDT
Vous dites nous... Qu'avez-vous donc à faire avec le génie ?...
FÉLIX
Je suis littérateur, mon père...
EBERHARDT
Et moi qui vous prenais pour un banquier véreux, réfugié dans nos montagnes !... Je suis pourtant, d'habitude, assez bon physionomiste et je devine, presque à coup sûr, la position sociale des
gens... (Entrent la duchesse et Bernard.)
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