CHAPITRE XXXIII
JULES SANDEAIJ (1811-1883).
Mademoiselle de la Seiglière.
A la suite de George Sand, et sans Tenglober dans l'orbite de sa gloire littéraire, il nous faut sig-naler un écrivain qui lui prête la moitié de son nom et que le roman conduit aussi vers le théâtre ; nous avons nommé Jules Sandeau. Talent aimable et délicat, pénétrant et recueilli, rompu aux fines analyses du sentiment et aux observations morales sur la société contemporaine, mêlant les nuances de l'émotion contenue aux traits de Fironie discrète, les élégances et les g-raees du style aux charmes d'un esprit vif et primesautier. Malgré les liens multiples qui l'attachent à l'auteur de Lélia^ Sandeau échappe aux périls d'une « ommunauté où le talent court risque de se trouver é(!rasé par le g"énie. Entre tant de renommées plus bruyantes ou plus éclatantes que la sienne, il a son coin, je dirais volontiers sa maisonnette, son jardinet, dans ce vaste domaine dramatique et littéraire du XIX® siècle. Ses i)roductions théâtrales sont peu nombreuses; mais avoir h soi une œuvre qui vous appartient, qui a chance de vivre et de durer, c'est un j)rivilége refusé bien souvent aux gens les plus applaudis de leur vivant et parfois oubliés avant leur
mort. Mademoiselle de la Seiglière, consacrée sous la double forme du roman et de la comédie, le Gendre de M, Poiner^ fait en commun avec Emile Aug"ier, assurent à Sandeau un rang honorable, bien que modeste, dans l'histoire du théâtre contemporain.
Pour Mademoiselle de la Seiglière^ Tidée mère du roman, d où est sortie la pièce, est empruntée à Tétat social créé par la Révolution et les institutions nouvelles, (\m règlent les rapports des classes entre elles, les droits et les devoirs des citovens envers l'État. Le vieil émigré rentré en France après une longue absence, n'ayant rien oublié ni rien appris, est un de ces attardés naïfs et entêtés qui ont obstinément dormi, bouché leurs oreilles et fermé leurs yeux h tout ce qui s'est fuit depuis vingt-cinq ans, et se réveillent un beau matin tout étonnés que le monde et l'histoire aient marché sans eux; qu'un ordre nouveau se soit établi sur les ruines d'un passé disparu; que de grandes choses, de grandes constructions et de grandes renommées soient venues remplacer celles d'autrefois; que le Gode civil ait détrôné les anciennes coutumes, et que le j)rincipe d'égalité ait soumis à la même loi, aux mûmes impôts, aux mômes obligations, le gentilhomme et le manant.
SansdoutcÇe personnage n'était pas neuf au théâtre. Do Klins le mettait en scène dès les premiers jours do la Révolution dans Ir Réveil d'Epiménide, Béranger h; ohansonnait sous les traits plaisants et fanfarons du Marquis de Carabas, brandissant son sabre innocent ot déclarant que
A rÉtat, pour son bien, Un gentilhomme ne doit rien.