‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 104 sur 122 · Voir Revue politique et littéraire, février · texte numérisé non relu

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en (jilïisions passionnées, telles que les Nuits de Mai ou d'Octobre, Le lyrisme, qui est rélément principal de la poésie au xix° siècle, se retrouve encore même dans ses Comédies et Proverbes, L'action dramatique n'aura pour lui qu'une importance secondaire.

De bonne heure, cependant, il a tenté la fortune du théâtre en donnant à l'Odéon, dès 1830, un simple lever de rideau en un acte : la Nuit vénitienne, ou les Noces de Laurette, L'épreuve ne lui a pas réussi. Scribe a échoué vingi fois avant d'arriver au succès, et il n'en persiste pas moins, possédé de ce terrible démon qui l'obsède, jusqu'à ce qu'il devienne enfin maître souverain du public et de la scène : il reste fidèle h cette passion, toute sa vie, et meurt dans l'enfantement d'une ])ièce nouvelle. Alfred de Musset est loin d'avoir cette persévérance et cet entêtement: un échec a suffi pour le dégoûter. Tl s'est retiré sous sa tente, et se donne à lui-même la comédie en comj)Osant ir Spectacle dans un fauteuil, pour son plaisir et pour celui de ses lecteurs, sans avoir à braver les rigueurs de la critique théâtrale et les caprices du parterre. Il s'est allranchi de cette double tyrannie, contre laquelle proteste son humeur indocile et indépendante. N'est-ce pas d'ailleurs le théâtre à bon marché ?

Mon livre, auii lecteur, t'ollre une chance égale : Il te coûte à peu près ce que coûte une stalle. Ouvre-le sans colère, et lis-le d'un bon œil. Qu il te déplaise ou non, fenne-le sans rancune : lu spectacle ennuyeux est chose assez commune, ?!]t tu verras le mien sans quitter ton fauteuil.

Ca recueil contient : les Mandons du feu, la Coupe

et les Lèvres^ A quoi rêvent les jeunes filles ^^ œuvres faites pour être lues plutôt que jouées.

C'est dans le même système et le même esprit qu'il compose ses Comédies et Proverbes en prose, se contentant de les publier dans une revue^ sans vouloir tenter de nouveau les périls de la représentation. Quelquesunes de ces œuvres resteront quinze et vingt ans sans paraître sur la scène. Il leur faudra le voyage de Saint-Pétersbourg-, les applaudissements de la Cour et du public russes, l'audace d'une actrice entreprenante, Mme Allan- Despréaux, pour qu'elles osent aiVronter, non sans préventions et sans pronostics funestes, les feux de la rampe au Théâtre-Français. On fut tout étonné de voir que ces pièces se tenaient debout, qu'elles avaient un charme, une saveur particulière.

Est-ce à dire qu'Alfred de Musset soit l'inventeur du genre, qu'il ait le premier trouvé ce cadre libre et flottant du proverbe ou de la comédie familière ? Non. Les théâtres de société existaient déjà au xvni* siècle. Collé composait pour le duc d'Orléans certaines farces intimes qu'on jouait à huis clos, sans oser les risquer sur la scène publique. A la fm du siècle, Carmontel avait offert plus d'un échantillon de ces bluettes dramatiques, dont la trame frêle et légère rappelait les éventails auxquels il donnait son nom. Plustard,sous la Restauration, un ancien magistrat homme du monde, Théodore Leclercq, fournissait, sous le titre de Proverbes, tout un répertoire aux salons de bonne société. En face du théâtre public, il créait la comédie de

1 . Voir Tanalyse de ces trois pièces dans la Revue politique et littéraire du 4 mars 1882.

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