‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 108 sur 122 · Acte II, se. VI · texte numérisé non relu

Acte II, se. VI

2. C'est la vieille histoire de la Maie femme qui conchia la prude dame^ dans le fabliau du xm^ siècle. Voir la Satire au moyen d</e, chap. v.

Au sortir des vêpres, elle ose aJ3order Octave sous la tonnelle d'un cabaret et provoque ainsi la colère de Claudio, qui la menace d'un châtiment exemplaire. A cette tyrannie conjugale, Marianne oppose la fierté de la femme honnête blessée dans sa dignité. La chaste colombe est devenue à son tour une furie, bravant les menaces de son mari, brisant les chaises et faisant appeler Octave : audacieux défi jeté à Claudio.

Pendant ce temps, l'infortuné Cœlio, l'amant rêveur et incompris, attend avec impatience le résultat des démarches faites par son ami auprès de l'inflexible beauté. Au milieu de ses angoisses, il engage avec sa mère, l'indulgente Hermia, un dialogue étrange en l'interrogeant sur les aventures de sa jeunesse. Or il se trouve qu'Hermia, comme Marianne, a jadis aimé et épousé celui qui sollicitait sa main pour un ami. Le messager est devenu le mari d'Hermia, le père de Cœlio, tandis que l'amant véritable, le malheureux Orsini, s'est tué de désespoir.

Les teintes sombres et mélancoliques dominent dans cette comédie et en feraient un véritable drame, si le personnage d'Octave ne ramenait avec lui la gaieté. Le mélange des genres, héritage de Shakespeare repris par l'école romantique, est un des proi cédés chers à Musset pour en tirer des contrastes. D'ailleurs, n'est-ce pas là l'image de sa vie, mêlée de folles gaietés et d'amères tristesses, d'espérances et de découragements? Uhomo duplex qui est en lui se retrouve dans toutes ses créations.

Octave est l'opposé de Cœlio, un sceptique, un railleur, un viveur insouciant, ayant pris le parti de rire de tout pour ne pleurer de rien, ne croyant qu'à une

chose en ce monde, à l'amitié, plus sûre et plus fidèle que lamour, cherchant, ainsi que le fera plus d'une fois le poète, dans l'ivresse d'un vin fumeux le remède suprême à tous les maux. En vain Marianne essaye de le ramener à des plaisirs plus relevés, piquée de le voir s'en tenir aux amours inférieures des courtisanes comme Rosalinde. Octave lui oppose sa chère bouteille, la plus durable et la plus fidèle des maîtresses.

Deux mots, de grâce, belle Marianne, et ma réponse sera courte. Combien de temps pensez-vous qu'il faille faire la cour à cette bouteille que vous voyez, pour obtenir ses faveurs?... Elle n^a reçu, j'imagine, aucune éducation ; elle n'a aucun principe ; voyez comme elle est bonne fille. Un mot a suffi pour la faire sortir du couvent : toute poudreuse encore, elle s'en est échappée pour me donner un quart d'heure d'oubli, et mourir. Sa couronne virginale, empourprée de cire odorante, est aussitôt tombée en poussière, et, je ne puis vous le cacher, elle a failli passer tout entière sur mes lèvres dans la chaleur de son premier baisera

Avouons qu'il faut la verve étincelante de Musset et la magie de son style pour rendre possible une telle scène et un tel langage dans la comédie. Nous avons entendu déjà Panard, Collé, Désaugiers, Gouffé, chanter les plaisirs de l'ivresse, les joies de la dive bouteille dans le vaudeville, mais sur un ton bien différent.

Octave, du reste, ne s'en tient point au lyrisme. Ailleurs, dans un dialogue invectif avec Claudio, il prend le style de la parade, sans arriver comme Vadé aux trivialités de bas étage. Cependant, il faut reconnaître qu'ici le poète déroge et se montre, dans ce

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