‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 11 sur 122 · Acte I, se. I · texte numérisé non relu

Acte I, se. I

Je rentre quand je veux, je sors quand il me plait ; Je dispose de moi, je m^appartiens, je m'aime, Et, sans rivalité, je jouis de moi-même.

Célibat! Célibat! Le lien conjugal A ton indépendance offre-t-il rien d'égal?

Véritable action de grâces opposée à Thymne du mariage entonné par Dan\alle, et qui fait de cette première scène une sorte de jeu-parti ou d'églogue bourgeoise à deux voix.

Pourtant, si opiniâtre qu'ait été jusque-là sa foi au célibat, Bonnard la sent un moment ébranlée par le bonheur apparent de Banville et lui annonce sa conversion à l'heure même où l'infortuné mari vient de croiser le fer avec le duc, et rentre le cœur ulcéré de sa défaite, moins sûr que jamais de sa félicité conjugale. Be là un nouveau coup de théâtre, une nouvelle volte-face qui ramène le rire suspendu depuis quelque temps. Au risque de se contredire, sans vouloir lui expliquer la chose, Banville, par conscience, par alfection sincère pour son vieil ami, dans lequel il voit d'avance une victime innocente du mariage, cherche à l'en détourner et nous offre une plaisante contrepartie de la thèse soutenue par lui dans la première scène :

Et de te marier tu ferais la folie !

BONNARD

Du ton que tu prends là je suis émerveillé, N'est-ce pas toi, mon cher, qui me l'as conseillé ?

DANVILI.E.

A ton âge !

BONNARD

De grâce ! es-tu moins vieux que moi ?

DANVILLE

Oh! moi, c'est autre chose, entends-tu bien ; mais toi....

A toutes les réponses justificatives, h tous les arguments tirés de son prétendu bonheur, Dan ville oppose cet éternel refrain :

Ah ! moi, c'est autre chose,

sans lui expliquer pourquoi.

Le ci-devant apôtre du célibat, qui s'attendait à être complimenté, ne comprend rien aux objections de son ami et se formalise à son tour des doutes élevés sur sa future moitié, qu'il ne connaît pas encore :

... Ah çà! mais c'est étrange!

Pourquoi voudrais-tu donc, quand la tienne est un ange, Que la mienne, mon cher, fût un démon? Pourquoi?

Danville, poussant plus avant l'explication, sans lui rien dire de positif, émet une hypothèse qui donne la chair de poule au pacifique Bonnard :

Si tu surprends chez elle un amant, un complice. Enflammé d'un beau feu pour l'honneur de ton nom. Tu te battras.

BONNARD

Du tout !

DANVILLE

Tu te battras.

BONNARD

Ehl non.

Tu peux pour ton honneur prendre ainsi fait et cause ; Mais je dis à mon tour que moi, c'est autre chose. Je ne me battrai pas *.

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