‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 118 sur 122 · I. Acte III, se. IV · texte numérisé non relu

I. Acte III, se. IV

ravissement où 1 ame se dilate avec la pensée, Cécile

s'écrie

Que le ciel est grand ! Que ce monde est heureux î Que la nature est calme et bienfaisante !

Et Valentin, reprenant à l'unisson cet hymne d'enthousiasme :

Dis-moi, dans cette poussière des mondes, y en a-t-il un qui ne sache sa route, qui n'ait reçu sa mission avec la vie et qui ne doive mourir en l'accomplissant? Pourquoi ce ciel iuimense u'est-il pas immobile ? Dis-moi s'il n'y a jamais eu un moment où tout fut créé ; en vertu de quelle force ont-ils commencé à se mouvoir, ces mondes qui ne s'arrêteront jamais?

Cécile. — Par l'éternelle pensée.

Valentin. — Par l'éternel amour. La main qui les suspend dans l'espace n'a écrit qu'un mot en lettres de feu. Ils vivent parce qu'ils se cherchent, et les soleils tomberaient en poussière si l'un d'entre eux cessait d'aimer*.

On se croirait ici ramené aux visions sublimes de Gicéron dans le Songe de Scipion^ à cette théorie platonicienne des mondes roulant dans l'espace, enchaînés par l'amour et l'harmonie. Alfred de Musset a dû connaître quelques-unes de ces divines extases en compagnie de George Sand, et peut-être est-ce là un souvenir de ses ravissements passés.

La confession de Valentin, tombant aux pieds de Cécile et s'accusant d'avoir voulu sottement imiter le Lovelace de Richardson, est un dernier triomphe de l'amour. L'apparition subite de la baronne, de l'oncle Van Buck et de Tabbé en quête des fugitifs, nous fait rentrer dans la réalité. Le neveu, converti cette fois au mariage, se charge de justifier le titre et la morale de la pièce en rappelant qu'il ne faut jurer de rien.

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