Acte V, se. VII
dont elle a entendu parler, elle se moque de lui dès qu'il a le dos tourné et rit de Témotion naïve éveillée dans le cœur du bon vieillard :
Dieu I qu'il est amusant ! Mais c'est un vrai trésor,
Il a ressuscité les mœurs du siècle d'or.
Il dîne le matin, à l'antique il s'habille,
Et j'ai cru voir marcher un portrait de famille*.
Danville l'arrête au nom de son affection :
Oh ! n'en ris pas : je l'aime.
Mais Hortense est jeune, spirituelle, habile à saisir les ridicules, et ne résiste pas au plaisir de la médisance. Pourtant, si semblable qu elle soit à Gélimène, elle a un fonds d'honnêteté, de bon sens et de bon cœur qui reparaît à la fin. C'est une fille d'Eve transportée de province h Paris, enivrée, affolée par les séductions de la capitale, de ce monde où les succès, les applaudissements l'attendent, où elle trouve partout des adorateurs et des louangeurs de son esprit et de sa beauté. Aux instances du jeune duc, son propriétaire et son voisin, s'ajoute la complicité d'une grand'mère, vieille folle qui adore le plaisir et risquerait vingt fois la ;vertu de sa fille ou le bonheur de son gendre pour avoir l'honneur de faire son revérsi ou son piquet avec M. le chevalier.
Entre ces deux voix qui la poussent vers le monde, Hortense, avec ses dispositions natives, peut-elle résister ? C'est à propos d'une soirée que va s'engager la première lutte avec son mari, jusque-là si bon, si indulgent pour tous ses caprices. Cette soirée du ministère annoncée depuis longtemps, pour laquelle