‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 27 sur 122 · Acte m, se. vu · texte numérisé non relu

Acte m, se. vu

qui s'observent, se jalousent et se froissent mutuellement. La morgue aristocratique, Topulence financière et l'économie bourgeoise sont en présence. On ne parle pas encore d'un quatrième quartier, le faubourg Saint- Antoine, qui fera son apparition plus tard avec la démocratie ouvrière, en attendant que Belleville nous envoie un nouvel élément. Il y avait là déjà une source de discordes intérieures, dont la royauté devait un jour payer les frais. Les rancunes de la Chausséed'Antin contre le faubourg Saint- Germain auront leur part dans la révolution de 1830.

« J'étais frappé, nous dit l'auteur dans sa préface, de l'esprit de lutte qui divisait alors la société en deux grands partis, l'un repoussant de ses dédains l'opulence roturière, l'autre renvoyant d'injustes mépris à l'illustration héréditaire ; tous deux coupables d'orgueil, oublieux des leçons du passé, méconnaissants du présent, imprévoyants de l'avenir, et quelquefois je me laissais aller ou j'hésitais à la pensée de mettre aux prises toutes ces prétentions contraires. »

Ce fut à la suite d'une conversation avec le duc de Fitz-James, un des libéraux et des clairvoyants du parti royaliste, qu'il conçut l'idée de sa pièce. « Vous ne voyez donc pas, mon ami, lui disait le duc, que la monarchie est en train de se perdre ! » Et il l'engageait en même temps à user de la comédie pour éclairer l'opinion publique. « Moi, que je fasse de la politique au théâtre! répliquait Mazères'. — Pourquoi pas! Lancez-nous à la tête de dures vérités, de piquantes épigrammes, qu'à coup sûr nous méritons bien, car nous nous conduisons comme des fous, tous tant que nous sommes, et, je le répète, nous marchons à notre ruine. »

r/t LA COMÉDIE E5 FRA5CE AU XIÏ* SIÈCLE.

Ce n'était rien moins qu'une œuvre de censure publique et de sauvetag-e que le vieux royaliste avisé demandait au jeune écrivain. Mazères. talent aimable mais indécis et un peu mou, aurait-il assez de force et de foi dans la comédie pour tenter l'entreprise? Il vint trouver Picard et lui exposa le premier échafaudage de la pièce telle qu'il l'avait conçue.

L'union récente d'un général de haute maison avec une riche héritière de la finance, par l'entremise d'un aigrefin ami de tout le monde, lui avait fourni l'idée de rapprocher ainsi le faubourg Saint-Germain et la Chaussée-d'Antin. Le mariage, ce fonds éternel de la comédie, était le trait d'union naturel pour opérer ce ralliement. Le banquier Marligny, la marrjuise d'Olmar, le vicomte et colonel Delbois, rentremctteur Després, existaient déjà dans sa tète et avaient pris corps à ses yeux. Picard, avec ce flair de limier dramatique qui saisit une piste, eut bientôt entrevu ce qu'on pourrait tirer d'un pareil sujet. Séance tenante, pour l'alimenter et l'égayer, il proposai l d'y joindre le ménage marchand de la rue Saintl)(;nis, .M. et Mme Bertrand, leur fille et le commis (iustave; enfin, le personnage de Desrosiers, l'épousenr ambulant, dont les prétentions matrimoniales vont selevant toujours avec ses coups de fortune et s(îs héritages successifs, et qui finit par n'épouser p(;rsonne. Ce débarqué de Colombie, ^mi a vu Bolivar^ «;ut sa large part dans le succès. Picard y obtint son (hîrnier triomphe avec Télève qu'il regardait comme son héritier.

lin heureux chassé-croisé s'établit entre la Chaussécî-d'Antin et le faubourg Saint-Germain, s'étendant même jusqu'à la rue Saint-Denis. Delbois, le gentil-

homme libéral, annonce, en terminant, le règne de la concorde et de la paix :

Cette union sera durable.... Plus d'orgueil,.. . plus de haines,... plus de rivalités;... ne sommes -nous pas tous de la même famille * ?

Le vœu du bon duc de Fitz-James était réalisé, du moins sur le théâtre. Mais le médecin n'était pas certain de l'efficacité du remède et, quelques années plus tard, constatait l'impuissance de la comédie à guérir les vices de la société. « Pour moi, écrit-il avec l'accent chagrin qui rappelle trop l'homme désabusé, j'aime de passion la comédie, elle m'amuse; jen fais, mais je n'y crois pas. » Dernier cri d'un auteur dépité contre un genre qui n'a pu le mener même à l'Académie,

Empis, formé comme Mazères à l'école de Picard, partagé, lui aussi, entre l'administration et la littérature, a trouvé moyen de les mener de front jusqu'au bout. Tour à tour secrétaire des bibliothèques royales jusqu'en 1824, vérificateur des services de la liste civile, chef de division au ministère de la maison du Roi, il débutait au théâtre par des livrets d'opéra avec Mennechet et Coursol. Plus tard, il devenait administrateur de la Comédie-Française et y laissait les traces les plus honorables de son passage. En 1847, étant déjà un des vétérans de l'art dramatique, plus heureux que son ami Mazères, il venait rempla-

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