CHAPITRE XXIII
Histoire et théâtre. — Division des partis. — Pièces de circonstance : {apolitique et le vaudeville. — L'agitation sur le théâtre et l'émeute dans la rue. — il. Cagnard. — Scribe : Le Foyer du Gymnase.
Nous avons suivi jusqu'ici la marche de la comédie sous le Consulat, sous l'Empire, sous la Restauration : nous arrivons aujourd'hui à une nouvelle période, celle de la Monarchie de Juillet, qui clôt la première moitié du xix** siècle. Cette période n'est, à coup sûr, ni la moins riche, ni la moins brillante par le nombre et la valeur des œuvres et des hommes qu'elle a produits. Nous y verrons des talents, déjà consacrés par la renommée, achever et compléter par de nouveaux succès leur glorieuse carrière ; d'autres se révéler et s'épanouir dans tout Téclat de leur maturité ; d autres, enfin, poindre à l'horizon et préparer pour la fin du siècle cette seconde pléiade dramatique qui compte déjà plus d'un nom fameux.
Mais avant d'aborder la question du théâtre, il nous faut dire un mot de Tétat politique et social qui s'y rattache. La révolution de 1830 est un fait capital dont nous devons tenir compte pour expliquer l'évolution qui s'opère edors sur la scène française.
les dispositions des auteurs et du public, les sentiments et les idées qui vont avoir cours ou se trouver aux prises. Victor Hugo dit, à un autre point de vue, dans la préface de Marion Delorme : « Il serait facile de démontrer que cette grande secousse d'affranchissement et d'émancipation n'a pas été nuisible à l'art, mais qu'elle lui a été utile ; qu'elle ne lui a pas été utile, mais qu'elle lui a été nécessaire.... Un jour. Juillet 1830 ne sera pas moins une date littéraire qu'une date politique. »
Républicains, bonapartistes et libéraux constitutionnels, unis dans un effort commun pour renverser les Bourbons de la branche aînée, cessent de s'entendre le lendemain de la victoire. La bourgeoisie, déjà en possession de la fortune par le travail et l'économie, par l'achat et la vente des biens nationaux, par les spéculations financières, s'empare du pouvoir, en portant sur le trône un roi fait à son image. Avec elle, nous entrons dans ce que Louis Blanc appelle Vère des intérêts matériels '. Véritable héritière de 89, elle dispose et bénéficie de la terre et du capital, des grandes entreprises industrielles, des canaux et, plus tard, des chemins de fer, de toutes les sources de la production et de la richesse. En face de cette société positive, bien repue et bien assise, formant le parti des satisfaits, se dresse le parti des mécontents : les révolutionnaires enthousiastes, les utopistes généreux ou naïfs qui rêvent un idéal de société plus ou moins romanesque et chimérique à la suite de Saint-Simon et de Fourier; les fidèles et les opiniâtres du parti militaire qui n'ont pas cessé de croire à l'étoile des