‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 34 sur 122 · Acte II, se. XI · texte numérisé non relu

Acte II, se. XI

à l'adresse de tous les temps. Imposant silence à rhonnête et candide jeune homme, il l'arrête en lui disant : « G est bien î c'est bien ! Voilà de ces choses qu'on ne dit jamais... après*. » Après, en effet, c'est-à-dire au lendemain de la victoire, tout le monde veut avoir été du complot pour en recueillir les fruits. Bertrand a supplanté ses rivaux,

< dupé ses ennemis comme ses amis, et reste maître de la situation. Il se résigne à devenir premier ministre et accepte, non sans peine, malgré son âge, la présidence du conseil d'où l'on prétendait l'évincer.

Son compère, ou plutôt sa dupe. Rate» Burkenstaff , est le type de la bouffissure bourgeoise, l'héritier de M. Jourdain, à une époque où la faveur populaire a remplacé la faveur royale. Déjà, au temps de la Fronde, le conseiller Broussel en avait offert le plaisant modèle : mais le jeu était devenu dangereux depuis l'avènement de la royauté absolue, jusqu'au jour où le grand mouvement de 80 vint mettre le pouvoir aux mains du tiers état. La révolution de 1830 ravivait ces ambitions moyennes dont Burkenstalf est la naïve et comique expression. Fier de la fortune acquise par son travail et son économie, avec les cinq cents ouvriers de sa manufacture, avec son prestige commercial, convaincu de son importance et de son mérite, il s'est dit qu'il était une puissance et a senti l'ambition lui monter au cœur. Une voix ten-

-> tatrice, comme celle des sorcières de Macbeth, a murmuré à son oreille : « BurkenstafP, tu seras bourgmestre de Copenhague! »

Page 1