Acte V, se. XII
/ En s'attaquant aux coteries politiques et littéraires, J Scribe a recueilli y)lus d'une vive riposte, plus d'une 7 censure amère et souvent injuste, où Ton ne respecte pas plus sa personne que son talent. Si cuirassé qu'il soit contre les attaques et les coups d'épingle de la critique, se contentant d'en appeler au peuple, c'està-dire au parterre, le seul juge qu'il reconnaisse, ses instincts d'honnête homme se révoltent contre l'abus de la dillamation, ce fléau d'un monde où règne la publicité la plus efl'rénée, où l'on ose tout dire, tout imprimer, même et surtout ce qui n'est pas. Il s'indig-ne de voir les personnages les plus honorables, les plus intègres, les plus dévoués à leur pays, exposés aux coups du premier coquin venu, d'un misérable folliculaire dont la plume vénale, trempée dans la boue, peut saHr la réputation la plus pure, et trouve trop souvent pour complices la sottise et la malignité publiques. Il prend cor|)s à corps ce monstre redoutable que Beaumarchais avait déjà livré au mépris des ^ honnêtes gens sous les traits de Basile : la Calomnie^ ^ tel est le titre hardi qu'il ose donner à sa comédie nouvelle. Ce titre avait inspiré déjà, un demi-siècle auparavant, à Marie-Joseph Ghénier une éloquente épître en réponse à ceux qui l'accusaient d'avoir livré son frère aux bourreaux. Le monstre, vaincu et terrassé sous cette foudroyante riposte, ne s'en était pas moins relevé le lendemain. Il avait déjà, comme il a encore aujourd'hui, pour l'alimenter^ ce fonds des reptiles que certains gouvernements ne craignent point d'entretenir pour la honte de la presse européenne.
liO LA COMEDIE EN FRANCE AU XIX*" SIÈCLE.
et dont la tribune française elle-inrme n'a pas toujours su se préserver. Scribe, avec une vaillance qui l'honore, va droit à ce nid de vi[)tTes qu'il foule aux pieds en jetant pour déti ces paroles de Raymond placées sous forme d'épigTaj[»he en tète de la pièce :
Courage !... Poursuivons ma route 1... J'ai donc en chemin marché sur quelque reptile, puisqu'il siftie et qu'il mord^.
D'un coté, un ministre honnête homme, esprit ferme et noble C(tîur, Raymond, que son mérite seul a fait monter de la plus humble condition au faîte du [)Ouvoir. Couvert de sa «Iroiture et de sa probité comme d'une cotte de mailles qu'il o[»pose aux attaques de ses ennemis, censuré par les mécontents, qui raccusent de tout sacrifier à sa famille, par sa fanililo, qui lui reproche de ne rien faire pour elle, il répond par le mépris aux misérables qui, après Ta voir calomnié dîins sa vie publiipie, l'ont blessé dans ies allcrlions les plus chères de sa vie privée, dans sa piété lilialc pour un vieux père qu'il honore, qu'il îiinic d(» loul son conir, et qu'on l'accuse d'avoir renié <'t abandonné.
D'aulrt' pai'l, une jeune lille pure et innocente, ('érile, la pupilicth^ Raymond, enveloppée, elle aussi, sans le sjivoii', d'un cercle infernal de mauvais bruits; virlinie d'une étourdei'ie du vicomte de Saint-AndK*, qui, sans la eonimîlre ni l'avoir jamais vue, n'a pas eiainl de la conq)i'omeltre pour sauver l'honneur d'une lenune mariée, la propre sdnir du ministre. Telles sont les deux victimes sur- lesquelles va s'abattre la calomnie.