I. Acte II, se. I
Maintenant, il faut bien en convenir, cette partie si vivement engagée au début, cette bataille si vaillamment ouverte trompe un peu notre attente. Scribe n'a pas tiré du sujet tout ce qu'il contenait et tout ce qu'il semblait nous promettre. Habile arrangeur plus encore que profond penseur et moraliste, il n'a retrouvé ni le fouet de Ju vénal, ni l'âpreté mordante de Beaumarchais. A cette pièce de la Calomnie^ que manque-t-il tout d'abord? Un Basile ou l'équivalent. Ce fantôme de la calomnie, invisible, impalpable, impersonnel, s'évapore en mille petits chuchotements sans prendre un corps, une figure accentuée comme celle de l'Imposteur dans Molière ou du Maître à chanter dans Beaumarchais : « La Calomnie, dit Raymond, est partout, et le calomniateur nulle part^ » N'est-ce pas là précisément un défaut sur le théâtre ? Les diffamateurs sont des jaloux, des imbéciles, des bavards ou des badauds, plutôt que des scélérats ou des coquins de profession.
Le châtiment attendu et mérité n'arrive point. Peut-être Scribe n'a-t-ilpas voulu assombrir ici la note comique. Peut-être s'est-il flatté de ne pas tomber dans le lieu commun du vice puni et de la vertu récompensée. Il a mieux aimé nous montrer la Calomnie bête suivant son cours éternel avec la sottise et la malice humaines. Dans le Don Juan aussi bien que dans le Tartufe de Molière, la justice de Dieu et du Roi paraît à lafm pour amener le dénouement : la conscience publique est satisfaite et rassurée. Elle ne l'est point chez Scribe, attentif ordinairement à ménager les préjugés du parterre. Faut-il attribuer à