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Littérature dramatique, t. II, chap. xxix

i36 LA COMÉDIE EN FRANCE AU XIX** SIÈCLE.

Au Don Juan de Casimir Delavigne on oppose tout d'abord le Don C<wlos de Schiller pour la vérité historique. Mais le drame allemand n'a-t-il pas, lui aussi, sa large part de romanesque ? Le rôle du marquis de Posa, ce rêveur humanitaire, n est-il pas, comme on Ta dit, un pi^odigieux anachf'onisme * au milieu des luttes de la Réforme, lorsque la tolérance était également inconnue aux catholiques et aux protestants? Et ce Philippe. II, un moment fasciné par l'ardente parole du marquis, se laissant prendre à rêver la gloire de roi philosophe et libéral, n'est-il pas encore plus chimérique et plus étrange que le Philippe H s'agenouillant devant une belle Juive dont il ignore la nationalité?

Racine s'était permis de faire Néron amoureux, Delavigne s'est demandé pourquoi il n'en userait pas ainsi avec Philippe II ; pourquoi le Démon du Midi dans sa jeunesse n'aurait pas ressenti les mêmes atteintes charnelles et sensuelles que le monstre naissant. D'ailleurs, chez l'un et chez l'autre, l'amour se trouve associé à tant d'arrogance, à tant de jalousie haineuse et vindicative qu'il fera bientôt de l'amant un despote et un bourreau. Le rugissement et la griffe du tigre se trahissent au miheu des galanteries et des caresses. Les terreurs de l'Inquisition, invoquées contre Dona Florinde pour vaincre ses scrupules et fléchir sa volonté, valent bien l'enlèvement nocturne de Junie par ordre de Néron. Cette passion n'est du reste qu'une fièvre passagère dont Philippe aspire à se débarrasser comme d'un tourment fatal, tant il a hâte d'entrer dans son rôle de tvran exterminateur.

l.IIeiiirich, Histoire de la littérature allemande^ t. II.

Il en arrive à souhaiter, ainsi qu'il l'avoue à son confident Ruy Gomès, qu'une vieillesse anticipée vienne tout à coup lui glacer le cœur.

L'auteur a si bien prévu les objections de la critique qu'il va au-devant, pour ainsi dire, et nous fait voir, à travers les ivresses d'un caprice amoureux, le triste et implacable fanatisme du roi dévot : le Philippe II de l'histoire succédant à celui du roman.

De même pour Don Juan, devinant qu'on lui reprocherait d'avoir ramené aux proportions d'un étudiant en vacances et d'un amoureux vulgaire le grand capitaine chrétien, le vainqueur de Lépante, le conquérant de l'Afrique, le pacificateur des Pays-Bas, il a voulu faire pressentir tout ce glorieux avenir qui l'attend dans les explosions d'une âme où bouillonne le vin fumeux de la jeunesse.

Ah! le danger! voilà l'émotion qui me plaît. Dans un duel ou dans une bataille, sous quelque forme qu'il se présente, il est, le bienvenu. Si j'étais né roi, j'étoufferais dans mes États, et je ne pourrais respirer à Paise que dans ceux des autres ^

Un Alexandre en germe, incommode pour ses voisins, et tant soit peu emphatique, il faut l'avouer.

L'auteur lui prête un enthousiasme assez bizarre pour le vaincu de Pavie, pour ce brillant François I"' dont il raffole, avec la légèreté étourdie d'un j(;une homme ébloui de la bravoure et peut-être aussi des aventures galantes du roi chevalier. Sentiment flatteur à l'adresse du chauvinisme français, mais qu'un bon Espagnol ne saurait approuver. Oîjiendanl, tout libre penseur^ qu'il est dans ses airerilions et dans s(;s

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