LES COLLABORATEURS DE SCRIBE
BAYARD (i 796-1853).
Son caractère et son talent. — Variété de son répertoire. — Genre drolatique : Les Gants jaunes ^ Indiana et Charlemagne^ tu Marquise de Pretinlaille. — Comédie moyenne : La Heine de seize ans, tes Premières Armes de Richelieu^ le Gamin de Paris. — Les Enfants de troupe. — Le Mari à la campagne.
En parlant de Scribe, nous avons dit seulement un mot de cette nombreuse pléiade de collaborateurs qu'il entraîne, englobe et noie pour ainsi dire dans rimmense étendue de son orbite dramatique, dans ce vaste empire dont les limites s étendent depuis les hautes régions du Théâtre-Français et du Grand Opéra, jusqu'aux derniers confins du drame, de Topéra-comique, de la farce et du vaudeville. Nous n'essayerons pas d'énumérer le nombre de ses satellites.
Il en est un cependant que nous nous reprocherions d oublier, et que Scribe semble avoir recommandé à notre attention en se faisant l'éditeur de ses œuvres. EIsprit charmant, prime-sautier, qu'il a choisi et chéri entre tous; qui, après avoir été son camarade au collège, un peu yjlus Jeune, est devenu, comm^
158 LA COMÉDIE EN FRANCE AU X'lX° SIÈCLE.
il le rappelle dans une affectueuse et spirituelle épitre :
Son neveu, son rival, et toujours son ami*.
C'est de Bayard qu'il s'agit.
Parmi les poètes comiques et chansonniers du xix° siècle, entre Désaugiers et Labiche, il n'en est peut-être pas dont la physionomie, d'accord avec le caractère et le talent, soit plus ouverte, plus franche et plus souriante que celle de Bayard. Né à GharoUes, dans cette vineuse et plantureuse Bourgogne, patrie des Noëls et de la Mère Folle, de La Monnoye et de Piron, il'a justifié son origine par sa gaieté et ses chansons. La bonté est venue s'y joindre. Membre de l'Association barbiste, dont il fut un des administrateurs les plus actifs et les plus dévoués, il donne à tous l'exemple de la plus cordiale camaraderie. Chaque année, il apportait au banquet fraternel de Sainte-Barbe son Noël pour la patronne de la maison, son joyeux écot de belle humeur et de couplets, toujours jeunes et toujours nouveaux, en ayant le droit de répéter :
Mes vieux amis, nous ne vieillissons pas.
De toutes les jeunesses, il avait gardé, môme en perdant ses cheveux, la meilleure, la seule, la vraie : celle du cœur et de l'esprit.
On peut dire de lui qu'il a vécu, et presque aussi qu'il est mort dans la joie et la sérénité d'une Ame aussi bonne qu'heureuse, au milieu d'une fête donnée pour célébrer l'anniversaire de la naissance de sa fille, en pleine santé, en plein succès, avant que la vieillesse