Épître à Bayard sur son désert de Retz, où il avait uDe
propriété.
OU la maladie aient eu le temps de l'assombrir et de Tattrister. 11 n'a pas connu ces dernières heures du crépuscule quelquefois si pénibles, même pour les enfants gâtés de la fortune et de la gloire, ainsi qu'elles le furent pour Lamartine, son compatriote. Sa vie simple et unie s'écoule doucement entre les affections paisibles de la famille et les émotions du théâtre, où les bravos lui restent, sinon toujours, au moins le plus souvent, fidèles jusqu'au bout. Gomme son ami Scribe, il est de mœurs, d'opinion, de tempérament, un écrivain bourgeois, libéral et conservateur, en dehors de tous les partis. Élève de l'Université, médisant volontiers des Jésuites, mais sans passion violente ni exaltation, modérant au besoin, avec sa sagesse pratique, les ardeurs et les impatiences de ses jeunes camarades barbistes trop pressés d'arriver au baccalauréat, à l'épaulette, à la République ou à la liberté. Il leur chante sur l'air de Bonjour^ mon ami Vincent :
Ne vous pressez pas, ne vous pressez pas !
On tombe en courant ; ne vous pressez pas.
Par son éducation, par ses affinités et par ses goûts. Bavard continue la libre tradition classique et nationale tout à la fois : il se rattache à la race gauloise qui procède de Rabelais, de Marot, de Régnier, de Molière et de La Fontaine. Un de ses premiers essais dramatiques est un à-propos en un acte et en vers libres, fait en commun avec Romieu et représenté à rOdéon le 15 janvier 1824, pour l'anniversaire de Molière.
Malgré son culte fervent pour l'auteur du Misanthrope, on ne saurait dire qu'il songe à le suivre ou à
l'imiter : ses vues ne portent pas si haut. Ainsi que l'a très bien remarqué Scribe, un juge compétent dans la matière, Bayard appartient plutôt encore à l'école de Dancourt et de Picard, par le naturel et la belle humeur comme par le mouvement et l'action dramatique; ne creusant pas non plus profondément, mais saisissant vivement les physionomies au passage et sachant leur donner la vie et l'expression.
« Ce qui distinguait Bayard, dit Scribe dans la préface de ses œuvres, c'était la gaieté, la verve, la rapidité, l'entrain dramatique. L'action, une fois engagée, ne languissait pas. Le spectateur, entraîné et pour ainsi dire emporté par ce mouvement de la scène, arrivait joyeusement et comme en chemin dé fer au but indiqué par l'auteur, sans qu'il lui fût permis de s'arrêter pour réfléchir ou pour critiquer. »
C'est un peu le système des montagnes russes où de la vapeur a|)pliquée à l'action théâtrale. Au temps de Molière, on voyage moins vite, on se complîdt volontiers aux dissertations et aux analvses morales, qui demandent des loisirs et des quarts d'heure d'arrêt.
D'accord avec Scribe sur les principes et les procédés de son art, Bayard partage ses antipathies et ses préventions, ce que nous avons appelé son chauvinisme liUéraive^ h l'égard des drames et des romans étrangers, mis à la mode par les traductions de G(nlhe, de Schiller et de Walter Scott.
Le romantisme, avec ses aspirations vagues, ses formes nébuleuses et solennelles, n'a qu'un médiocre attrait pour cet esf)rit gaulois, vif, alerte, ami du bon sens, de la ])récision et de la réalité.
Naguère, à pi'0|)os d'un roman de M. PaulBourget, un critique de la Revue Dleue^ M . Chai'les Bigot, s'écriait
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dans un article plein de sens et de patriotisme : « Où est le temps de la France gaie, de la France bonne enfant et joyeuse, qui riait des comédies et des vaudevilles, qui, après avoir pleuré aux tragédies et aux drames, n'en sortait pas moins résolue et prête à l'action? Le rire môme est devenu amer, et de l'émotion ne sort plus qu'un pénible accablement, le sentiment de l'impuissance, de la vanité et de l'inutilité de l'effort. »
Cette France bonne enfant et joyeuse est celle à laquelle appartient Bayard. D'amertume, il n'en est point chez lui. Est-ce à dire qu'il reste froid, indifférent? Non. Le rire et le sentiment s'associent sur son théâtre, même dans les pièces les plus gaies, telles que les Enfants de troupe et le Gamin de Paris, A l'instar de Scribe et, bien qu'au second rang, avec plus de sensibilité et de naïveté peut-être, il a parcouru toute la gamme comique, depuis la farce jusqu'à la comédie de mœurs et d'histoire, depuis le Palais-Royal et le Vaudeville jusqu'au Théâtre-Français, en passant par rOpéra-Comique, où il a laissé un aimable souvenir avec la Fille du régiment. Cependant, son vrai théâtre est le Gymnase. C'est là qu'il règne après Scribe, dont il remplit très dignement la place dans les longs intervalles où l'auteur du Verre d'eau et d'Une chaîne porte sur une scène plus élevée ses ambitions littéraires.
Dans cet examen rapide du théâtre de Bayard,
nous aborderons tout d'abord les œuvres du genre
drolatique, les plus voisines de l'ancien vaudeville tel
que l'ont pratiqué avant lui Désaugiers, Théaulon et