‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 61 sur 122 · Acte 11, se. XIV · texte numérisé non relu

Acte 11, se. XIV

if)6 LA COMÉDIE EN FRANCE AU XIX' SIÈCLE.

[j'uh'io de la nouvelle comédie est née d'une double et nïéme d'une triple réminiscence : d'abord du Ma- 7*iaf/e enfantindc Scribe; puis de la pièce d'Alexandre Duval, témoin ce nom de Mme Michelin rappelé iiKîidemment ; enfin du Chevalier à la mode de Dancourt, auquel l'auteur emprunte le personnage si (îonnu de Mme Patin, plaisamment transportée à V(;rsailles, depuis qu'elle est devenue la baronne de Bel léchasse j)ar son mariage avec le grand lévrier ou gardien des levrettes du roi. 11 y a là tout un travail de marqueterie dramatique et historique assez adroitement combiné, où figurent les noms et les souvciiiirs (le la duchesse de Bourgogne, une prin- (îcîsse (|ui aime à rire dans une cour où règne l'ennui; (le Louis XIV deverm sourd, depuis qu'il n'entend plus résonner partout le bruit de ses louanges; de Mme d(î Maintenon, la Vieille, ainsi qu'on l'appelle, gardienne jalouse des bonnes mœurs, amie et complice de laitière duchesse de Noailles, qui songe à (ïnvoyei* son gendre, le jeune duc de Fronsac, à la liustilliî, pour lui apprendre la continence et la sagesse.

On (ist tenté de se demander comment Bayard a quitté U\ (jyumase, le berceau de sa Reine de seize ans, pour (raiis|)()i't(M' tout ce beîm monde de la Cour sur la scène gi'ivoisc^ du Palais-Royal. C'est qu'il y est v(îriu chercher l'actrice dont il avait besoin, celle pour IjMjUiîlle avait été |)i'écisénient fait ce rôle de Richelieu imberlx^ débutant (hms la carrière de la galanterie : celle Virginie Déjazet (|ui, douze ou treize ans plus toi, s(» lé vêlait sous U) costume masculin d'Octave djuîs Ir Mnnage cnfaniin. Sous l'habit brodé deRichelitui, (AW allait trouver l'occasion d'un nouveau triomphe. Ce petit duc, qui l'ossemble fort au Chérubin do

Beaumarchais, amoureux de toutes les femmes, avec sa mine fraîche et rose, est encore un enfant, ou tout au plus un adolescent, gentil comme un ang-e, malin et vicieux déjà comme un démon, tournant un compliment, même en face du roi, avec Taplomb et l'àpropos d'un vieux courtisan, renvoyant Tironie à ceux qui affectent de le dédaigner pour sa jeunesse, adressant ses déclarations en tous sens, aux princesses du sang royal, aux filles d'honneur, et même à la cidevant Mme Patin, sans grand souci du rang ni de l'âge : butinant, picorant en papilloa sur toutes les fleurs qu'il rencontre, qu'elles soient de la nouvelle ou de Tarrière-saison. Toutes les dames accueillent en riant ses audaces, et s'en amusent comme d'un jeu sans conséquence. La duchesse de Bourgogne ellemême l'a baptisé sa petite poupée^ un nom que le téméraire accepterait volontiers si la princesse consentait à se distraire avec lui. Un soir déjà l'effronté s'est introduit dans sa chambre, et en est sorti caché dans un coffre.

Et c'est cet amoureux universel, ce petit volcan toujours prêt à prendre feu, que les grands-parents ont eu l'imprudence de marier avec Mlle Diane de Noailles, une grande et belle fille de dix-huit ans, hautaine et fière, peu satisfaite de se voir pour époux un enfant de quinze ans, qu'elle domine de sa taille, de son âge et de son dédain. Maïs il s'agissait d'unir deux noms et deux fortunes avant tout. Pour l'union des corps et des âmes, elle se fera plus tard, comme elle pourra. Un article V du contrat spécifie que le jeune duc entrera en jouissance de ses droits matrimoniaux à partir de sa vingtième année. E^ns l'intervalle. M. de Fronsac, tout marié et Richelieu qu'il

ie% La comédie en FRANCE AU Xïï* SIÈCLE.

*M (Uz\f:UM \}HV hfju mariage, sera replacir sons la (\\r('A\\()ïi (hi'^f'/ii pr<rcepteur5. chargés de perfectionner sofi orthographe;, une partie faible chez lui. ftarait-îl, et rest/re aij?».si incorrecte que sa conduite. Ce qui ne Icnip^'chera pas d'arriver à l'Acadrrnie française, où l'ortt^ographe n'a jamais clé d'ailleurs obligatoire, ménic fjour concourir h la rédaction du dictionnaire. (Juanl à Ifi nouvelle duchesse d^ Richelieu, jouissant rJu titre d'épouse sans en remplir les devoirs, ellfr fiourra recevoir les hommages des galants telsque le chevalier de Matignon, tout disy»osé à lui faire firfîfidrf; fiatience durant cette longue attente. Mais le fictit duc n'est pas de ceux qui se contentent d'un rôle honorairr; et ridicule. La plaisanterie de la maligne duchesse de Bourgogne, lui envoyant, au lieu d'un brevet de colonel, une boîte de dragées ; les f)ointes ironifjues de Matignon sur sa position de mari en esf)éraijce; les dédains de la belle Diane, qu'il essaye vainement de fléchir par Taccent d'une passion sinr;ère, (;l qui s'obstine à le traiter en écolier, achèvent de Texaspérer. Blessé, froissé dans son nmour-profire (ît dans sa dignité d'homme, il jure de sr* venger : c'est par les fenmics qu'il y arrivera.

Jr; f(M-<'ii voir à iria belle-mère et à ma femme si je suis un piirant! à ma fetniiio surtout.... Je veux qu'elle enrage, qu*elle .soit jalouse, qu'elle soit... tout ce quUl est possible d'être, i\\\\\\\ ! ('ar je suis lancr;, et Ton ne m'arK'tera pas.... Â moi touleH I(;m femmes !... oxreptc ma belle-mère ... Toutes à la fois si elles veulent ; rAlle générale,... je suis si en colère * !

N'oublions pas (|U(M;e ten'ibic séducteur est Virginie I)rjnz(îl.

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